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Belles du Livre:livres d'occasion arts littérature histoire et science.

 

CD et 33 tours de musiques classiques d'occasion

 

Photographica France

                                                                                                                              Le Parti de Mon Innocence 2

 

                                                                                                                              Le Parti de Mon Innocence 3

 

                                                                                                                                 Le Parti de Mon Innocence 4

 

                                                                                                                                 Le Parti de Mon Innocence 5

 

                                                                                                                                 Le Parti de Mon Innocence 6

 

                                                                                                                               Le Parti de Mon Innocence 7

 

                                                                                                                               Le Parti de Mon Innocence 8

 

 

 

 

                                                          Le Parti de Mon Innocence

 

 

              

                    Bip, Bip ! Bip, Bip !

 

 Pour la suite des « Bip ! Bip ! » s’adresser directement à moi, je suis obligé de rationner les « Bip ! Bip ! » que voulez-vous les temps sont durs !

 

Aux âmes bien nées :

Et les moisiphiles ont-ils le droit à l’existence ? et même à l’essence (de rose et de benjoin) ?

Je ne vois pas pourquoi il y aurait un syndicat d’intérêt, une conjuration franc-maçonne et juvéophone (du commissaire Juve ennemi de Fantômas) contre ces braves champignons de couche, de Paris ou d’ailleurs, cabale venue des élites masquées de Saint-Germain des Prés qui préfèrent le caviar métissé à nos petits champignons mignons - nos braves champis, champignons de France - qui font de la résistance dans leurs carrières souterraines pendant que d’autres se dorent la pilule ... - et qu’eux blanchissent sous le harnois.

Je pose la question : la truffe est-elle plus morale que le champignon de Paris ?

 

La bêtise est fascinante (les bons auteurs ne me contrediront pas), surtout quand elle s’exerce à un haut niveau comme chez Dominique de Villepin, ce héron qui essaye toujours de picorer une assiette vide.

 

Je lis un entretien dans le Figaro du 21/6/2004 entre deux économistes, je suis toujours étonné de voir à quel point la science économique est mal fichue, et dans ses bases et dans ses modes de raisonnement. Il faudrait entièrement la rebâtir, définir ce qu’est une richesse neuve, montrer comment, par quels moyens on la produit et on la distribue et comment elle va enrichir ensuite la société tout entière.   

Pour comprendre vraiment l’économie, il faut déjà saisir le mode de fonctionnement du monde physique - question énergétique par exemple (thermodynamique) - et celui du monde vivant. L’enrichissement véritable, premier et dernier but de l’être, est celui d’un mode de complexification qui va sans cesse croissant et qui est négentropique.

Comment ce mode d’enrichissement se provoque ? se transmet ? se perpétue ?

Voilà les bonnes questions à poser.

Unification et différenciation qui sont les bornes de tout marché qui est toujours l’union de deux mouvements contradictoires qui seuls sont susceptibles de former un moteur.

Il n’y a pas de véritable différence entre le mode de fonctionnement d’un moteur physique et celui d’un moteur abstrait - c’est à dire du fonctionnement de notre cerveau. Donc inutile d’opposer richesses réelles et richesses fictives (ce sont les mêmes).

Il y a par contre des intérêts momentanés qui sont divergents. Il s’agit donc toujours de résoudre ces conflits d’intérêts.

 

Je connais peu de gens qui savent réfléchir sous le signe de la plus grande généralité.

Parce que cela passe toujours par la transaction d’un langage qu’il faut sans cesse réinventer et repréciser à l’infini.

Tache humaine par excellence : l’invention de la langue.

Le nombre n’est qu’un appendice à ce travail (il a d’ailleurs plusieurs faces).

 

Je suis bien conscient de la difficulté à me faire comprendre par d’autres et que seuls les esprits les plus profonds, ceux qui ont vraiment approfondi les bases de domaines très abstraits, comme la physique fondamentale, les mathématiques supérieures ou la biologie dans ce qu’elle a de plus abouti me saisiront.

Et je rajouterai aussi la philosophie quand elle se donne la peine de penser vrai et juste des problèmes qui ne sont pas inventés de toutes pièces pour nous faire tourner autour d’un rien qui ne sera jamais qu’un jeu formel ....

 

Toute pensée profonde est aussi un jeu formel mais ne confondons pas ce jeu et l’enjeu. 

 

Le jeu versus l’enjeu ...

Dans le jeu inventé par l’homme on connaît toutes les règles, dans le grand jeu fourni par la nature, on n’épuise jamais cet inventaire.

Maintenant il est des jeux inventés par l’homme qui simulent l’infini comme le hasard pur assez bien pour qu’on s’y laisse tromper.

Je renvoie par exemple à la théorie de l’information, à la théorie des automates cellulaires etc.

L’intelligence artificielle n’est encore qu’un vain mot mais on circonvient de plus en plus ses entours.

 

Les économistes qui se battent à coups d’étiquettes comme les physiciens d’avant Descartes raisonnaient en termes de substance et d’essence.

Le marché est un instrument de mesure avec toutes les imperfections et impuretés que l’on veut mais c’est un instrument qui a le mérite d’exister.

Comment remplacer l’appréciation humaine, somme de moyennes ou au contraire écart influencé par quelques-uns qui sont d’un grand poids, par un diktat issu d’une idéologie quelconque ?

Cela reviendrait à retourner à ces congrès soviétiques où l’on jugeait des notes et des portées de musique par oukases venus du comité central !   

Il y avait les bonnes pensées et les mauvaises ... contenues dans les partitions !

 

Comment différencier la musique de tel compositeur de tel autre ? peut-être par la qualité du dévouement qu’elle inspire ? la qualité tout court de ses auditeurs ? c’est une chaîne infinie qui mène de Bach au dernier des mélomanes, à travers tous les intermédiaires du plus savant au plus ignorant.

Oui, il existe un marché de l’appréciation musicale, qui est mouvant et complexe, qui est fertile par moment et par moment stérile.

Comment décréter à l’avance la note à donner à des notes qui n’existent qu’à travers l’audition qu’elles suscitent ?

La science dépend de la science en un long enchaînement de circonstances. L’art dépend de l’art ...

L’homme dépend de l’homme pour se juger.

 

On ne saurait plus mal choisir son moment pour vouloir rentrer dans l’édition, dans la librairie ou chez les éditeurs de presse, que celui où la multiplication des moyens de diffusion mange toutes les ressources économiques habituellement dévolues à ce secteur. J’en discute souvent avec des amis, le temps de nos journées n’étant pas extensible à l’infini, ce que nous pouvons consacrer à la lecture vient entrer en concurrence avec toutes nos autres activités : la simple lecture des mails prend un temps fou, l’usage du téléphone portable aussi utile soit-il est aussi grand dévoreur de minutes précieuses, on peut multiplier les exemples et montrer que nos journées se raccourcissent - et l’ennui aussi diminue - or, la lecture avait comme fonction, une de ses utilités principales, d’être un loisir qui lutte contre l’ennui, qui s’installe très vite dans l’oisiveté comme un maître dévorateur du moral. Nous y voici : plus d’ennui, plus de besoin de lecture pour le combattre. Plus de chagrin léger ou profond, plus de minutes, d’heures et de journées de lecture pour l’apaiser (Montesquieu dixit : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait suffit pour me consoler... »).

Idée de slogan pour les libraires : « Vous avez un chagrin ? achetez-vous un bon livre ».

 

Même moi, est-ce que je lis autant qu’avant ? est-ce que je me plonge aussi profondément dans la littérature ? est-ce que je m’absente aussi volontiers du monde, alors qu’il le faudrait bien en ces jours, tellement les chagrins se sont accumulés !

 

Je recherche plus maintenant les contacts que les douleurs (de l’art).

Douleurs données par l’art ... jolis maux !

 

Employabilité ... ô l’affreux mot !

Je ne connais pas mon employabilité, qui pourrait me faire un topo à ce sujet ?

 

Une critique de l’édition : plus elle s’auto-censure pour satisfaire aux exigences du marché le plus large - ce qu’on appelle généralement le politiquement correct qui est une contrainte de public et non une morale transcendante à la Kant - plus aussi elle réduit l’intérêt de son existence. Pourquoi lire un livre ou un journal qui n’ont rien à nous apprendre que nous ne sachions déjà ? d’où le refuge dans les joyeuses futilités, la pipe de Clinton, le mariage du prince avec la princesse, les ennuis fiscaux du chanteur ... tous sujets qui me passionnent au premier chef, tu penses ! évidemment on peut faire comme Barthes et y voir des signes ! les signes qu’on s’avance vers le plus grand dénominateur commun qui est quand même le néant ! mes visites récentes au cimetière ne me rassurent pas plus que cela.

La presse devient donc un cimetière de nouvelles et l’édition une fosse commune aux idées.

Conditions pérennes pour une crise durable de l’édition.

 

Quant aux belles phrases, qui les cultive hormis moi ?

Je finirai par m’endormir avec une belle phrase qui dansera dans ma tête pendant que je sourirai aux anges qui viendront me délivrer de tous les autres mots.

 

Un pur poète qui fait danser sa yole dans la vive rivière des mots qui chante.

Et c’est tout le sens pour lui qui reste du monde.

 

La mort ... la mort bête. Bien oui quand la bête en nous prend sa revanche. Elle nous emporte comme le coursier fatal vagabonde dans les prairies de l’immortalité.

Mais l’esprit qui peut y croire ? sinon seul celui pour qui il a existé un moment.

 

Cette peu commune idée de l’immortalité. Idée folle et certaine. 

Périront les astres et les galaxies, les molécules et les atomes, mais ne périra jamais l’idée de l’esprit qui fut.

 

A chacun un futur dans le grand vent de l’histoire du monde.

Immortalité noire et dorée, dit l’un, immortalité maigre et voutée rit l’autre.

Immortalité chantante ou dansante.

Immortalité qui a une bonne odeur.

Ou bien mortalité qui passe son temps à rire ...

Si le temps existe pour les Immortels, il faut bien qu’ils l’occupent. Et si non, c’est qu’ils ne sont pas plus de ma race que de la leur.

L’ensemble qui n’est pas compris en lui-même ...

 

Selon Borges, l’immortalité - miroir du monde - était dans le recoin d’un escalier, sur une marche obscure vouée à la destruction ...

Certains la voient dans une bombe ... d’autres dans un virus ! allez trancher dans ces diverses opinions insaisissables !

La vie est une métamorphose n’est-ce pas ? pourquoi pas la mort ? pourquoi serait-elle cette gelée qui fige dans le temps toutes choses ?

Je ne vois pas de nécessité absolue à l’immobilité éternelle.

La mort est un songe ? oui, un peu plus long. Et la vie faite des riens d’une rose qui fleurit.

Manière de poème.

 

Que sont les mathématiques sinon de la poésie stupéfaite à jamais, une immobilité et un sacre.

Baiser quelque chose d’abstrait malgré la froideur apparente pour voir refleurir le spectacle de l’aurore de la pensée.

Quelques signes d’un diamant, quelques affreux nombres qui scintillent, une parure d’équation qu’on devine vivante.

 

Seuls aiment ceux qui savent.

Un moment cette grâce qu’on a pu vivre à deux et dont l’un se souvient au bord des gouffres.

Un pas et c’est la détestation de la vie qu’on retient si mal.

De quel côté suis-je ? la justesse du réveil de l’amour ne se corrompt jamais.

Drôle de rêve. Le vrai choix, aimer ou vivre. Matière d’être. Matière à enterrer.

 

L’abondance du choix met mal en point le temps.

 

Les sentiments se dévoilent la nuit, ce qui ne fait pas mon affaire.

 

La parure de nos jours n’a pas trouvé une forme pour s’exprimer ... chez les autres.

Je regarde curieusement ce temps lisse qui est le nec plus ultra de leur forme d’existence, une certaine jeunesse sans ferveur qui n’a que le nom pour être jeune vraiment.

Je m’amuse de ces lagunes qui ressemblent un peu trop à « Paludes ».

Je ne cite même plus les noms, car ils sont éminemment interchangeables.

 

Si la soft-littérature est devenue une littérature-réalité, ou si les extrêmismes de l’écriture ne sont là que pour recéler un manque de goût à vivre par soi, à quoi bon cultiver l’art et la lettre ?

L’écrivain cherche à s’imiter soi-même pour développer sa petite musique. Au-delà il ne fait qu’imiter le goût de son temps, goût journalier dont il ne s’échappera que par volutes ...

Je ris de tous ces faunes qui n’en ont ni le poil, ni l’odeur ...

 

Sollers faune intellectuel ? c’est beaucoup donner à sa Nature et c’est beaucoup retirer à l’intelligence qu’on appelle, en France seulement, l’esprit. 

 

La littérature qui marine - non pas celle à voiles mais plutôt celle qui se dégage des vapeurs du mout de raisin - seule porte les bons crus du langage. Mais il faut du temps et du bois qui est aussi celui dont on fait les cercueils.

Sous-jacent à l’art d’écrire, l’art de mettre en prison le temps, de jeter les rets sur cet animal fauve, une certaine propension à aimer la mort qui fige les rêves. Certains disent que les écrivains sont des pervers qui s’ignorent pour accorder un tels poids, une telle présence à leurs fantaisies.

Bast ! tel mal élu ... dirait Mallarmé.

Oui, l’on peut dire que les écrivains sont des mal-élus, retenus par la langue à tout un peuple qui feint souvent de les ignorer et qu’ils snobent outrageusement.

C’est de ce rapport délicieux et délicat de l’écrivain et de son public que naît le plus beau fruit d’une langue que l’on appelle l’art d’écrire et de désoler les imitateurs.

Mais je resterais intarissable sur ce sujet si je ne me taisais de temps à autre.

Laissons le parfum du temps se dissiper sur ces objets noirs et secrets, renfermés et austères, qui sont les caractères sur le papier trop blanc ou l’écran trop vide.

 

Dirai-je un jour les sources secrètes de mon plaisir ?

Il s’échappe au temps celui qui joue de son corps à travers les mots divers que le hasard lui propose et que l’invention retient pour des jeux cruels.

Je qualifie cet être avec des mots si durs et si doux que personne ne peut songer y échapper.

Ô prestiges du verbe qui fait rêver à des rives sans fin ... d’un jardin de mots.

 

Outrageusement soi-même l’écrivain ne laisse rien passer dans ses filets que l’écho du réel et le rêve de demain.

  

La censure et la bêtise sont deux soeurs jumelles qui vont sur la même route.

Quand elles s’allient à la justice, elles produisent le totalitarisme.

En quoi les élucubrations de tel ou tel concernant l’histoire passée peuvent-elles empêcher les rêves libres et futurs des autres ?

 

Je cherche à m’échapper à l’émotion. Je hais ces sentiments qui m’ont fait tant de mal.

J’adore la tranquillité et la douceur de l’âme. Le calme plat des pensées transcendantes. Le grande étendue du langage, océan sans limite et miroir fécond.

  

La bonne conscience : un totalitarisme comme un autre.

Elle veut dicter le passé comme le futur et elle ne possède la raison ni de l’une ni de l’autre.

 

Il me reste la Lecture, n’est-ce pas ? à défaut de me raconter.

Je veux voir l’idéal de plus près. Et aussi retourner loin en amont de ma mémoire.

Je comprendrai alors deux ou trois choses que j’ignore, puis imperméable à de nouvelles sensations, j’irai ailleurs cultiver mon humanité avec les habits du moine ou du fou.

 

« Pub for ever », c’est un paradoxe, ça ?

C’est un joli slogan inventé par mes soins en tout cas.

 

Les journalistes et les journaux réclament la censure, mon dieu ! qu’à cela ne tienne ! la meilleure censure c’est encore la page blanche ! et elle est à la portée de toutes les bourses et de tous les courages.

De toutes les façons qu’on prenne la chose avaient-ils encore quelque pensée à exprimer ?

Si l’on veut dire des choses vraiment neuves, il faut y réfléchir profondément, ce qui n’est guère à la portée de tous.

 

Plaisir du Néant, même celui-là ils le rateront ...

Au nom du bon plaisir de tous, probablement.

 

Vouloir satisfaire le meunier et son maître, c’est accepter de ne rien créer du tout.

Pity for ever ... pitié pour tous!

 

Admirable dépression verbale, admirable dépression tout court.

Il faut dire que je me considère comme responsable de la mort de ma mère, ce qui n’arrange rien à ma situation et à mon état.

Toutes réflexions bues, la moindre contrariété me désole. Je ne vois pas comment je pourrais émerger de cet océan de contradictions.

 

Evidemment la mort ... quand la vie devient rien moins que certaine.

Je cherche une lumière qui ne vient point. Point.

La futilité n’est vraiment plus mon royaume, si elle l’a jamais été.

 

Rien de gay en moi, une sombre rumeur. Une conjuration du malheur. L’horreur sans nom de la nuit.

Il n’est pas de bruit qui ne sonne comme une cloche funèbre.

Remuement du corps. Silence chez moi alors que j’étais habitué à la rumeur de la plainte continue de ma mère. Du coup ce luxe est funèbre. Horrible, désolant, désorientant.

Où se trouve le gouvernail de ma souvenance ?

 

Malherbe cet homme qu’on aurait pu croire de marbre, a fini vaincu par la douleur de la perte de son fils, dont il réclama vainement vengeance au nom du roi en un sonnet funèbre plus courroucé que résigné.

Descartes, noble esprit s’il en fut, ne trouva pas de raison de se consoler de Francine, sa fille naturelle, malgré toutes les raisons du monde qui étaient en son esprit.

 

Jours de doute, jours de douleur.

Le mieux serait d’écrire, mais j’ai quelque problème à tenir la plume, même s’il s’agit d’une plume électronique.

Si je me drogue avec je ne sais quels psychotropes je vais devenir un zombie et je finirai comme ma mère, plus encore vaincue par les médicaments que par la maladie.

 

Pauvre mère qui a souffert de me voir le moral abattu, anxieux et irrité après le 14 avril.

Il est possible que j’aurais réussi à la maintenir en vie jusqu’au commencement de l’automne si les circonstances n’avaient pas été si adverses.

Mes problèmes ont rejailli sur elle et ont abrégé sa vie de peut-être trois à six mois.

Certes sa fragilité était devenue si grande qu’elle aurait pu chuter et rechuter à n’importe quel moment, mais enfin la fin fut brutale et moi déconcerté malgré l’attente finale qui était de toute évidence rapprochée, ce dont j’avais pleinement conscience.

Je savais que l’année ne passerait pas et elle aussi.

La veille de sa chute elle m’a remercié de tout ce que j’avais fait pour elle.

C’est son testament spirituel, il faudrait que je m’en tienne là, plutôt que de me persécuter de vains remords de n’avoir pas su la retenir encore un peu.

Elle était quand même la personne qui m’aura le mieux aimé au monde.

 

 J’ai cassé un miroir ce matin dans ma salle de bain, sept ans de malheur dit la sagesse populaire ou bien la légende qui conte si bien les malheurs des autres, mais à prendre dans le passé ou dans le futur ? si je regarde les sept dernières années, cela fait largement le compte.

En tout cas je n’ai plus de visage quand je me débarbouille et que je daigne regarder au-dessus de mon lavabo le résultat de mes efforts patients. Tout un symbole.

Je vis dans un monde qui est de plus en plus kafkaien, de plus en plus loin d’un monde voulu, le hasard primordial s’y est introduit de telle sorte que seul l’art a quelque chance de me sortir de là.

Quand le hasard s’introduit en force dans une vie, c’est que l’échec n’est jamais bien loin mais c’est que aussi tout y devient significatif.

Le hasard est un monde décalé.

 

J’ai racheté un miroir et l’ai mis à la place de l’ancien, quel plaisir de retrouver son reflet ! c’est curieux qu’on soit si attaché à cette petite chose.

 

C’est mon reflet moral qui me pose problème surtout.

Ma mère m’a laissé en héritage son angoisse perpétuelle. Quel joli cadeau !

On dirait qu’elle a voulu imprimer en moi son souvenir pour survivre malgré tout.

Il est probable que sans mes problèmes psychologiques qui démarrent au 14 avril de cette année, j’aurais réussi à la faire survivre encore quelques mois, mettons trois à six, et que c’est son propre délire qui a activé sa dégradation.

Comme un cercle vicieux sur lequel je n’avais aucun contrôle.

A son âge et dans son état, je savais bien qu’elle s’acheminait vers la mort, mais elle m’a réservé ce à quoi je m’attendais de sa part : une mort brutale au lieu d’une mort douce.

Je ne crois pas que de toutes les manières il en eût été autrement, même six mois après. C’était sa manière de laisser son empreinte.

Du coup mes propres nuits sont hantées.

Cette machine à souvenirs qui fonctionne toute seul, ce chaudron magique est vraiment une invention diabolique.

Ma pauvre mère m’aura prédestiné à partager sa folie.

Mes jours et mes nuits sont hachurés de cruauté mentale, de moi sur moi, d’elle sur moi, du destin sur la vie, du temps sur l’immobilité du souvenir, du rêve sur la mémoire.

Qu’est-ce qui aurait pu être et qui n’a pas été ?

Vieille question, question ancienne comme le monde.

 

Il y a une certaine conformité de ses actes et sa personnalité, elle est restée elle-même jusqu’au bout, peut-être est-ce ce que je devais lui laisser plutôt que chercher à la prolonger inutilement pour mon propre plaisir.

Où est la vérité d’un être ? dans la longueur du temps qu’il passe sur cette terre ? ou dans la personne entière ou dans le masque ?

Si l’on est plus ou moins intellectuel, tout ceci s’exerce à des points de vue différents.

Moralité : garde-toi d’imiter autrui et dans ta vie et dans ta mort.

La mort de ma mère lui appartient. Je ne sais qu’en répéter les moments furtifs où nous étions en contact.

Elle et moi, moi et elle, deux êtres un moment sur terre se sont rencontrés.

Confidentialité que je ne peux qu’écorner sans jamais la dévoiler qu’avec des mots pauvres et décolorés.

 

Elle m’a laissé un drôle de trésor, que je ne sais pas bien faire fructifier et grandir, ses angoisses et ses peurs.

Qu’est-ce qu’il en résulte de tout cela ? de tout ce désordre essentiel qu’on appelle un individu ?

Je ne poserai pas la question fameuse de Mallarmé au sujet de Villiers, vécut-il en somme ? car il est certain qu’elle vécut suffisamment longtemps et avec une suffisante autonomie pour qu’on puisse y voir sa courbe en entier.

Quelques jours de plus n’auraient rien rajouté, sinon ma tranquillité d’âme.

On ne se pose qu’en s’opposant, c’est ce que je devrais me dire.

Son existence, close, n’était pas la mienne, il me faut songer à autre chose, qui se dessine bien mal. Qui est clos de murailles et où je cherche un horizon maintenant.

Elle a longtemps été un motif à vivre, un fil en retour dans la tapisserie. L’oeuvre est achevée. La mienne est échevelée, en désarroi devant la multiplicité de l’incertain.

Je ne sais pas dessiner. Grand drame de l’incertitude intellectuelle.

 

Mauvaise nuit, ça n’a pas l’air de se calmer.

Perdre sa mère est une chose, perdre sa mère par sa faute, du moins c’est le sentiment que j’ai, en est une autre.

Vrai cauchemar que je ne souhaiterais n’avoir jamais connu.

Cela ne ressemble pas du tout à l’idée que je me faisais de mon destin, même si cette misère supplémentaire fait partie de toutes les misères que ma mère m’a faites.

Grande tristesse devant cette vie, la mienne ? ô si peu ! je suis débordé de chagrin. Jour et nuit m’échappent. Si encore mon esprit s’occupait à quelque chose de nécessaire.

Au lieu de cela la tyrannie des sentiments et des émotions.

Pauvre mère qui ne savait pas ce qu’elle faisait en s’abandonnant comme cela à la mort.

J’essaye de me raisonner en me disant que de toutes les manières elle n’aurait pas tenu bien longtemps, et que le chemin qu’elle a parcouru en un mois et demi du 14 avril au 28 mai, elle l’aurait fait en six mois dans le meilleur des cas, ce qui nous mettait au début de l’automne. Il n’en reste pas moins que j’ai ce poids sur la conscience alors que ma situation morale est déjà compromise par les mauvaises nouvelles sur ma santé.

C’est un exemple de la manière dont ma maman a pu mélanger dans ma vie l’horreur et la douceur. Toujours exercer un chantage sur moi, toujours me menacer, toujours vivre dans l’hystérie du moment, il sera toujours facile après cela de s’étonner de mes difficultés en tous domaines.

Je suis obligé de faire le procès de ma mère dans la mesure où sa mort est un acte d’accusation contre moi alors qu’en fait j’ai toujours pensé à elle et que je sais bien que si elle avait vécu jusqu’ici c’était entièrement grâce à moi.

Elle ne savait pas ce qu’elle faisait et elle m’a laissé la plus grande douleur qu’elle pouvait me faire.

Sa folie sur laquelle je n’avais aucun contrôle, qui avait empiré avec l’usage et l’abus de médicaments à la fois pour soulager sa douleur qui empirait mois après mois et pour ne pas se confronter avec mes problèmes et mon moral qui baissait, l’a emporté. C’était inévitable.

Il était marqué qu’in fine ce serait son désordre mental qui la détruirait plus sûrement encore que la maladie. 

Elle me le laisse en héritage, semble-t-il ...

Tous les raisonnements n’empêchent pas les crises de larme, pauvre maman qui a dû se sentir rejeté ! la vérité c’est que j’avais besoin de me reprendre, d’avoir un moment de pause et que cela ne m’a pas été donné. J’ai appelé au secours mais personne n’a entendu ou voulu entendre.

Qui peut prétendre que devenir séropositif au VIH ne représente pas un choc ?

Qu’intégrer cette nouvelle demande au moins six semaines (pour le moins), que je n’ai pas eu le temps de me retourner et que la catastrophe de ma mère ne m’a laissé aucune possibilité de réagir tant ce fut rapide.

J’ai fait ce que j’ai pu et personne n’a pris le relais au moment voulu malgré mes demandes pressantes.

Car j’étais bien conscient de la situation périlleuse dans laquelle nous étions ma mère et moi.

Pauvre maman qui s’est laissée mourir en quelques semaines.

Elle a dû se croire inutile alors qu’elle ne m’avait jamais été aussi indispensable, aussi nécessaire.

Si seulement j’avais pu la rassurer, lui dire quelque mot gentil, mais elle écoutait si peu et moi j’étais si troublé, si confus, se fermé sur ma douleur propre.

C’est ce que je m’étais dit au mois de mars quand je suis tombé malade, deux malades dans la même maison cela faisait beaucoup.

Sans ce concours de circonstances, nous aurions tenu encore quelques mois. Pas beaucoup parce que sa fragilité était devenue très grande, mais encore quelques mois de bonheur ou de pseudo-bonheur.

 

Une mort affreuse, une mort injuste, personne ne sait ce que c’est que de tuer sa mère.

 

Ma pauvre mère - j’ai grand ennui d’elle - qui était tout sauf une intellectuelle et qui était plus vivante - dans le désordre et l’hystérie fondamentale de sa nature - que tout être mâle ou femelle que j’ai fréquenté.

 

L’intelligence fait le vide autour de soi, en quelque sorte,  mais c’est un vide fécond.

Elle dégage de l’oubli des souvenirs et de la confusion des sentiments, des sites, des structures, des temps, des lieux qui sombreraient sans elle dans l’indifférencié.

Le monde est une vaste salle obscure dans laquelle il faut tenter de soulever quelques tentures en croyant toujours trouver des portes derrière elles.

 

Le grand calme qui revient en moi peu à peu me permet de dégager quelques constantes qui me sont nécessaires, des ballasts anti-roulis, des appendices ou des éperons anti-vagues.

Le vague est en effet l’ennemi du penseur (sourire !).

 

Maintenant que je n’ai plus de parachute, je suis obligé à faire plus attention ou disons à mettre plus de rigueur dans mes chutes et donc à me ranger à l’opinion commune sur la pesanteur des corps.

Comme on le sait le corps est un délit commun à l’Esprit. 

J’espère quand même conserver suffisamment de légèreté dans le vêtement.

 

Si le langage est un grand voile ... soyons le vent qui l’agite mollement ou férocement selon nos humeurs.

 

Un mien lecteur me disait - un peu chattemite - que je savais tout, non ! lui ai-je répondu superbement - et il agitait sa tête fièrement au milieu des nuées - je sais presque tout, et c’est dans ce presque que se loge le diable (et aussi tout mon esprit de répartie).

 

Mon pauvre ami, si je vous parlais de ma modestie vous seriez ébloui et justement ma modestie m’empêche de vous en parler.

 

Supposons que j’ai du génie - supposons, ô malédiction ! - que pourrais-je bien en faire puisque par définition c’est la donnée la moins échangeable ? la moins marchandable ? la plus neuve ?

 

Par exemple en ce moment j’aurais besoin de cent mille euros, quelqu’un pourrait-il m’avancer cette somme sur les arréages futurs de mon génie ?

Ce ne sera pas une mauvaise affaire puisque l’heureux bienfaiteur aura droit à une petite place dans mon Panthéon personnel parmi les donateurs et fondateurs de ma gloire. 

 

J’ai un ami qui n’a pas le génie de Van Gogh, la preuve : il vend des imitations des Coquelicots et des Tournesols de Vincent qu’il copie grossièrement après s’être offert quelques leçons de peinture, or s’il avait le génie dudit prédécesseur en tournesols et autres coquelicots, il n’aurait pas pu vendre ne serait-ce qu’une seule de ses croutes, il faut donc et il suffit qu’il ait un talent reconnu d’imitateur pour se vendre au tout venant.

Le génie ne nourrit pas son homme, c’est la reconnaissance qui compte.

Faites-vous désirer avant de songer à voler l’étincelle des dieux.

 

A contrario pour ceux qui n’ont montré jusqu’à présent que leur talent et pas la moindre once de génie je dirai : le génie est un élément difficile à dompter mais on y arrive avec un peu de patience. Donc que personne ne désespère.

 

Au fond, n’est-ce pas ? plutôt que de chercher du travail dans l’édition - très maladroitement, j’ai oublié de préciser que je rapportais plus que je ne coûtais et ce d’une manière générale - je ferais mieux de faire fortune en publiant mes oeuvres complètes ou incomplètes.

Le titre est simple : « Oeuvres complètes et incomplètes » par P.D. 

La modestie et la jalousie m’obligent à ne signer que de mes initiales.

Cela suffira d’ailleurs puisque tout est dans le texte.

C’est un ouvrage ouvert à l’inspiration du lecteur, il sera donc aussi court ou aussi long que l’on voudra.

 

Les poètes font des vers pour résister aux vers, comme c’est étrange !

 

J’avais réservé à un lecteur un coin de mon Panthéon où il craignait de s’enrhumer, mais comme il est fait de pierres spirituelles il n’est jamais ni froid ni glacé, il est à la température idéale du cerveau de mon lecteur.

 

Il ne coûte rien d’avoir du génie comme moi.

Mais malheureusement il faut vraiment avoir une toute autre sorte de génie pour le vendre ce don gratuit des dieux.

 

Il est toujours plus facile de se vendre que de se donner. Mais il faut avoir auparavant fixé un prix raisonnable.

Les dons de nature sont des cadeaux incertains dont tous se méfient.

 

Napoléon accusait Sade d’être immoral, en effet il est toujours immoral de n’avoir pas les moyens à la hauteur de ses ambitions et de se targuer de passer au fil de l’épée pour son plaisir une grande partie de l’humanité ce qui demande des ressources qu’un faible prisonnier enfermé à Charenton ne pouvait raisonnablement escompter.

Napoléon avait raison d’y voir une concurrence déloyale.

 

Nous cherchons toujours Eros, mais Eros trouve trop vite nos pistes comme un bon chien de chasse son gibier.

 

Un certain goût de la France.

Qu’est-ce qui dénote un pays ? un style.

Quand les élites se corrompent au point de s’affadir, de renoncer à leur essence au profit immédiat de se conformer à la foule dans ce qu’on appelle le politiquement correct, il se produit une réaction en retour et l’âme du pays profond se cherche en d’autres lieux et d’autres terres que celle de cet exil perpétuel.

Le bon goût c’était le goût de quelques-uns, que s’entêtaient à suivre la masse incertaine d’elle-même qui constituait le peuple ou au contraire à y résister de toutes ses forces, mais si puisqu’aucun aujourd’hui n’assume une personnalité, alros tous sombrent dans le gris indifférencié de l’ennui.

Il n’est plus une France puisqu’il n’est plus de Frances particulières, revendiquées agressivement par tout un peuple de petits coqs plantés sur leurs ergots quand bien même ils s’enfonçaient dans un fumier commun, il n’existe plus qu’une vague mourante d’idéal, un ressac de souvenirs, une mousse d’embruns qui évoque une odeur de grand large.

La France des français était une manière de résister aux communs accomodements des autres peuples, ce n’est plus qu’une moyenne fade, sans rime, ni raison, une perpétuation des arrangements de la vie.  

Quand élites et peuple se font face, il existe un lieu de jouissance et de combat, quand il n’existe plus de possibilités de subversion c’est la confusion des sentiments et des intelligences qui noit dans un spleen éternel toutes les grandes  espérances.

On ne gagne rien à renoncer au combat pour la vie. Même pas l’espoir, juste un exil de soi.

 

Ils ont oublié le sens le plus important pour que vive un pays, c’est celui de la liberté.

Hélas ! mes contemporains sont si peu français, je veux dire sont si peu francs et sincères avec eux-mêmes : comment pourraient-ils retrouver une quelconque vérité au fond du puits où ils se sont enfoncés ?

Il n’est de vérité que spirituelle et il n’est de source réelle que dans l’esprit.

Le reste est agaceries et contre-vérités, jeux mesquins et pauvreté réaliste.

 

Bonshommes en bois ... et vieilles guenilles disait Satie.

Parfois aussi pour me distraire je joue aux quilles avec des figures de cire toutes molles selon moi et qui n’ont pas la saveur du pain d’épice.

Retrouvons le charme et la présence furtive des larmes et du sourire dans les lettres. Ce sera déjà beaucoup.

Une aura de liberté planait sur l’esprit des français, aujourd’hui juste les liens et les fers d’une prison dorée les désignent au reste du monde.

Gentils francais qu’avez-vous fait de votre esprit ? depuis le jour où vous vous étiez donnés à votre langue !

 

Je ne me fais pas un lyrisme particulier de la maladie. Il faut être bien loin d’elle pour s’en flatter. C’est un esprit animal dur à apprivoiser et plus rebelle et sauvage qu’on ne croit.

Il est étonnant de vouloir imiter ceux qui sont morts jeunes et ne l’ont pas toujours fait exprès.

Est-ce que Schubert, Léopardi et Von Platen vraiment voulurent rejoindre les bords de l’Achéron avec un tel empressement ?  n’en furent-ils pas surpris quoiqu’ils y pensèrent toute leur courte vie ?

Je me méfie des admirateurs des morts illustres et précoces qui meurent centenaires.

 

Cioran réussit à prolonger son ironie jusqu’à l’âge de Mathusalem ou peu s’en faut. Il faut croire qu’on se nourrit de peu quand on voit tout en gris et qu’on n’attrape même pas de maladie. 

C’est un préservatif des désespoirs courts ...

Pourvu que cela doure ... disait-il chaque matin devant ce jour sans pain.

 

Chacun expie son propre instant.

C’est bien plus juste et plus exact que la citation de Cioran qu’on me rapporte.

Ce qui est gênant chez ce roumain c’est son moralisme provincial.

Moi, je suis un amoraliste international.

 

Les mots qui règlent la circulation des étoiles valent bien ceux qui règlent la circulation des humeurs.

 

Je vous assure que je ne suis pas malheureux, c’est bien assez de vivre sans chercher une telle complexité d’émotions.

 

Un fumiste c’est un type qui se vante de ce qu’il n’a pas fait et qui critique les autres pour ce qu’ils ont réellement fait.

 

Je peux bien mourir demain car j’ai vraiment fait ce que je dis avoir fait et j’ai vécu vraiment ce que je devais vivre. C’est facile à vérifier.

Ceci est une réponse à cette petite fonctionnaire dont personne jamais n’entendra nulle part parler sinon ici et qui me traita de fumiste quand j’avais treize ans devant une classe entière.

 

Ce qui est bien avec moi c’est de contempler en même temps tous les miroirs de mon courage d’un seul coup d’oeil. Point de vue inimitable.

J’ai pourchassé cet instant toute ma vie. L’instant où le héros devient immortel.

 

Il n’y a plus de moteur spirituel en France, on appelle aussi ce point mort le consensus.

           

Prière pour réussir ma vie :

« Donnez-moi le génie d’être aussi vulgaire que Lui ! ».

 

Il n’est rien de plus vulgaire que Dieu puisqu’il a l’air d’être le lot du plus grand nombre.

 

« Votre Dieu quel être vulgaire, se compromettre avec tant de gens du commun ! ».

 

Je m’adressais à un correspondant imaginaire qui me poursuivit de ses assiduités :

« Jeune homme familier - car Dieu créa le jeune homme - veuillez cesser immédiatement de me faire chanter avec votre beauté ».

 

Je suis poétique parce que je suis impeccablement logique, ceci doit rester un mystère entre vous et moi. L’idée se trouve à peu près en ces termes dans le « William Blake » de Chesterton.

On peut ne pas aimer ma poésie, on ne peut pas la confondre avec l’art du notariat. Le notariat et d’une manière générale le droit est une convention qui varie à travers les siècles et se transmet pourtant très bien de génération en génération, la poésie est immarcescible et incompréhensible pour les siècles des siècles et saute d’individu en individu sans aucune logique apparente. 

 

Ma mère meurt non tant parce qu’elle est malade que parce qu’elle est folle, mais sa mort est plus compréhensible que n’importe quelle mort naturelle et douce parce que c’est la mort d’une mère aimante.

 

Un notaire de Province occupait ses loisirs à composer de la poésie dans un répertoire hyperbolique et se voyait déjà couronné par quelque muse grecque de célèbres lauriers, je lui proposais de recruter quelques gens fortunés pour fonder qui une maison d’édition de haut parage, qui une revue d’art de haute tenue, ce fut comme un cri du coeur venu du plus profond de lui-même : « Monsieur, je ne plaisante jamais avec l’argent ! », il n’avait jamais été aussi poète de sa vie c’est à dire aussi vrai, je lui répliquais aussitôt : « Monsieur, je ne plaisante jamais avec la Poésie ! ». 

Et voici toute une race de poètes vengée d’une race de coquins.

 

Il n’y a pas plus pure poésie que d’avoir tué sa mère si ce n’est de l’avoir engendrée comme Dieu le fils.

 

A quoi servent les juristes qui font de la poésie ? à amuser les poètes dans leurs longs ennuis car l’emphase avec laquelle ils manient une langue que ceux-ci avaient auparavant assouplie comme l’outil le plus délicat les font sourire comme le maître es-arts devant l’apprenti maladroit qui gâche le plâtre en croyant améliorer la fresque divine d’un saint qui manie les pinceaux comme son auréole.

 

Mon commensal qui se prenait pour le nourrisson des muses me parla de mes culottes courtes, hé oui ! il vaut mieux avoir porté d’abord des culottes courtes puis acquis des idées larges que le contraire.

Cette ambroisie que j’ai récolté tout jeune au banquet des mots inspirés ne me manquera donc jamais et il n’est pas d’idée bourgeoise qui puisse durablement faire son nid au milieu de mon âme.

Il est un duvet aux lèvres charnues des demi-dieux .... ce sont leurs paroles.

 

Les bourgeois pensent à l’argent, moi je pense tout court.

 

La mythomanie du notariat qu’il faudra étudier un jour !

 

Le masque du héros.

 

Nous tenons à remercier ici avec toute la solennité dont nous ne sommes pas coutumier - et peu dispensateur vis-à-vis de nos contemporains - M. Pierre DRIOUT qui sans ménager son temps, ni sa peine, mit en ligne en l’an de grâce 2003 ce « Calcul des Chances et Philosophie de la Bourse » de Jules REGNAULT qui restera un des plus beaux textes consacrés à l’Economie politique au XIXème siècle.

Ce fleuron de la science française dont seuls les esprits les plus pénétrants purent saisir le sens à l’époque sera donc maintenant à la disposition de tous.

M. Pierre DRIOUT sans subvention, sans aide matérielle d’aucune sorte, sans accès à des sources d’information précieuses renfermés à la Bibliothèque Nationale de France put néanmoins poursuivre son étude et éclairer le contexte historique de cet ouvrage paru en 1863 et resté méconnu malgré tout ce temps où les études économiques et financières se développèrent dans des directions indiquées clairement par J. REGNAULT.

 

                  Fait et contresigné en l’an de grâce 2004 par l’auteur de ce site.

                                                                                             P.P.C : P.D

 

Comme on le voit les médailles qui se distribuent le 14 juillet ne sont pas toutes de chocolat.

 

Je ne parlerais pas vraiment de Pierre Driout qui le fait très bien lui-même. Je caractériserais volontiers son humilité par le mot de silence, qui lui convient si bien, comme un battement de cloche qui résonne au milieu de son coeur.

Peu d’hommes auront aussi peu concédés aux passions communes, aux diatribes publiques, à la vulgarité généralisée et se seront autant consacrés aux activités les plus hautes, aux domaines les plus raffinés de l’esprit, aux cercles de la pensée les plus abandonnés.

Il a fait une grande politique de l’esprit et c’était tout ce qu’il fallait faire en une époque qui se laissait aller aux prestiges du succès populaire.

Car les suffrages du grand public ne seront jamais qu’un naufrage glorieux pour la pensée qui vainc seule le Temps.

Ainsi la corruption du Temps ne l’aura pas approchée.

 

 

                        Prose

                                 (pour des Esseintes)

 

 

« Hyperbole ! de ma mémoire

« Triomphalement ne sais-tu

« Te lever, aujourd’hui grimoire

« Dans un livre de fer vêtu :

 

« Car j’installe, par la science

« L’hymne des coeurs spirituels

« En l’oeuvre de ma patience,

« Atlas, herbiers et rituels.

 

« Nous promenions notre visage

« (Nous fûmes deux, je le maintiens) ... »

                                                          

 

Au sujet de Mallarmé, saluons le joli travail et sans contrepartie, de François Direz avec son site : Stéphane Mallarmé

D’une manière générale, on comprendra aisément que l’université ne salue pas ce qui n’est pas sorti de son sein et on appréciera la modestie de ce gentil griffonneur du Net à ne pas se prévaloir d’une position éminente de « mallarméen » juré et contresigné par de quelconques autorités purement morales.

 

Je n’ai pas hélas ! toute l’heureuse simplicité de cet amateur des lettres mais je me revanche par l’impeccable équanimité avec laquelle je salue le labeur - rude ? que non pas - des autres amoureux de la mesure, du rythme et de la musique de toute syllabe.

Eminentissimes, révérendissimes et galants qui baisent les pieds de la poésie et à qui je porte un toast mallarméen.

 

Il n’est pas de congé pour la poésie puisque la poésie est une éternelle vacance.

Loin des songes intellectuels, cette disponibilité s’enchante d’elle-même.

Bien entendu on lui fera tous les reproches que l’on voudra et elle le prendra bien car elle n’est pas rancuneuse et s’émerveille de n’importe quelle grâce même d’une humeur grognon qui la fera rimer si possible à lorgnons.

 

On prépare des parades dans son esprit à l’empire du poète mais comme il est infini c’est une tâche redoutable que de cerner son pouvoir et combattre sa destinée.

La douce revanche des mots n’aura donc pas de fin.

Musique de toute syllabe.

 

Donner le change, n’est-ce pas là tout le programme du poème ?

Etablir une correspondance de monnaie à monnaie, de face à face, de visage empreint de solennité à visage empli de mélancolie.

Voici donc que se joue à pile ou face l’avenir de la poésie.

 

On manque de poètes et de philosophes, on veut dire de vrais poètes et de vrais philosophes. C’est d’une telle évidence !

L’avenir moral de la poésie est tellement plus important que la quantité de richesses produites instantanément !

 

Il n’y a pas plus étrange qu’un homme d’habitudes - comme moi.

Vêtu d’un long labeur et de probité sainte ...

 

Je vais fonder une école de poésie, les droits d’inscription seront assez relevés et les proscriptions très fortes, ainsi beaucoup de dictionnaires seront sévèrement chatrés de locutions et des mots non-agrémentés par l’usage populaire tels que les vocables de pure législation et de règlementation.

Ceci formera une littérature pure de tout racontar.

 

L’artiste est toujours anachronique et autodidacte mais après ... c’est à dire quand il a fait montre de son génie. Pas avant comme certains les croient.

 

Le prochain candidat à la présidence de la République commencera sa campagne en disant : « Je crois même en la France ! »  ... et tout le monde sera soulagé.

 

La culture du diable ... n’est-ce pas la seule vraie culture ?

 

Sexe et déplacements des centres d’intérêts.

Servitudes partagées.

 

Ils veulent faire de la culture avec des bons sentiments, ils s’épuiseront vite.

 

Etre sévèrement hilare. Devant certains spectacles contemporains seule attitude rationnelle.

Abandonner l’ironie ? pour rien au monde jusqu’à l’inclusion fatale du dernier instant.

 

Impuissance culturelle ... tourisme de l’esprit qui se balade ... dans des contrées désertes et sans même la poésie du désert. Si encore c’était un désert en carton-pâte ou en tôle ondulé !

 

Il est romantique d’être ce que je suis et pourtant aucun esprit ne chante moins la romance que moi.

Mon sabre est de bois brûlé ... mes lettres sont de feu. Quelle trace dans l’avenir !

 

Je n’oblige personne à me lire, je découragerais même plutôt les opinions contraires et pourtant mon compteur tourne ... quel ennui que la vie sans lecture calme et désespérée comme la mienne !

Il n’y a que le désespoir littéraire qui console de la Vie.

 

Paul Valéry qui fut le disciple le plus fervent de Mallarmé n’a pas droit à un site aussi orné et chamarré que celui que François Direz a consacré à notre grand poète hermétique, serait-ce pour s’être trop moqué de la littérature qu’il est ainsi snobé sur le Net ? et pourtant médire des Lettres c’est encore rajouter aux Lettres.

 

Je ne désespère pas de me black-bouler moi-même.

« Snobisme Point Net » ce sera mon prochain site littéraire, to the happy fews, milanese ... et même d’autres.

 

Le Génie et la Gloire ne sont que des métaphores, seul l’Orgueil corrompt absolument le Temps.

Explication de texte pour les incroyants et autres innocents, ce sont des métaphores de l’immortalité, seul l’esprit solitaire peut avoir l’intuition d’un moment suprême fatalement intransitif.

 

Il me faut maintenant être en phase avec moi-même, je n’aurais pas d’excuse si je ne remplissais pas exactement le temps qu’il me reste à courir sur l’erre.

 

Le mythe littéraire du fou a encore de beaux jours devant lui.

Par exemple moi pour certains !

 

Il vaut mieux des élites qui s’opposent au peuple que des élites qui font semblant d’être le peuple.

 

Définition du poète selon mon notaire de Province : un imbécile plaintif et geignard qui se laisse mener par le bout du nez (au plus grand bénéfice des avoués et autres huissiers).

Définition du poète selon moi : un homme plein d’esprit qui ne s’en laisse jamais conter et qui mystifie la société par ses paradoxes et ses images hardies (qui ne peut donc guère être aimé, un bon poète est un poète mort, définition générique de l’université). 

 

Mon juriste était très étonné que je dégage si peu de sympathie, mon ami lui dis-je, allez donc voir votre boulangère qui doit avoir cet article en magasin.

A son grand étonnement je suppose, s’il assistait à un congrès de mathématiciens il verrait que ceux-ci parlent surtout de maths sans chercher à fleurir leurs équations outre-mesure et quant aux physiciens ils manient les formules avec assez de rudesse pour qu’on en voit les épines.

Mais ce détail lui avait échappé : un poète parle en homme de métier avec un autre poète et pas autrement.

Il aurait voulu que le lui récite « Le Lac » en pamoison et en prenant l’air évaporé d’une jeune fille que je ne suis pas - je ne suis même plus un jeune Gilles (de Watteau).

 

Billevesées, un de ces mots inattendus et cocasses qui nous enchante dans la langue française.

 

J’ai tout mon temps, j’ai toute ma folie.

Ma mère était le dernier fil qui me reliait AU monde, maintenant je suis dans MON monde.

 

C’est par l’acuité de son regard que le poète fait date.

 

Pati et dolore.

Rien n’est pire pour l’écrivain que de sentir une absence de corps quand on le lit.

Je conseillais donc à un jeune écrivaillon qui poussait dru (encore en herbe) et ne supportait pas les moqueries de souffrir et patienter. C’est ce qui lui donnera une existence dans une communauté de littérateurs qui a la dent dure car elle défend l’esprit des Lettres : c’est son rôle et son droit.

 

L’esprit des Lettres qui le connaît et le respecte aujourd’hui ?

Epigrammes de Marot, style marotique, où se trouve-t-il pratiqué ?

 

Que je sois le seul poète français je n’en doute guère puisque je suis le seul écrivain français à revendiquer tout l’héritage de la poésie française.

Il faut dire que cet hoir n’est que peu disputé.

 

Je ne reprocherai guère à mon tabellion d’être un mauvais écrivain, je lui fais grief de tenir un double langage, s’enchantant de la muse française et en même temps trouvant anormal mon idée souveraine de la faire fleurir et fructifier par des financiers qui ne savent que faire de leurs deniers.

Il ne trouve rien à redire aux milliardaires qui s’offrent des yachts de cinquante mètres et tout à réprouver de ces vaniteux qui financent à fonds perdus les ballets d’art, les films d’auteur, les éditions rares etc.

Cocteau a été je crois, le dernier écrivain ou prestidigitateur plutôt, à savoir frapper aux bonnes portes pour faire tomber une pluie d’or sur ses entreprises théâtrales ou cinématographiques au grand dam de ses confrères moins habiles ; depuis aucun littérateur n’a su se remémorer auprès des munificents, ces mécènes modernes maintenant oublieux des lettres&des arts.

 

Il faudrait dire pour quelles raisons ce mot de poésie est devenu discriminant et qu’elle a été la première (rime ou raison malsonnante) à chuter sur le champ d’honneur des lettres.

Alors qu’on pourrait nommer pure poésie - politique ou de fiction - beaucoup d’oeuvres qui paraissent être des écrits anti-naturels ...

Peut-être est-ce la caractère concerté du poème qui nous paraît factice alors qu’en fait rien ne s’éloigne plus des conventions du jour que cette entreprise de jeu avec les mots !

Etre de plein pied avec l’actualité est donc la manière la plus frivole qui soit de faire de la littérature.

 

Quelle quantité d’abstraction peut supporter un homme sans périr ? ce n’est pas seulement une question de petites fleurs quoiqu’elles y participent et que l’on aurait tort de mésestimer les dictames et les baumes qu’on en tire, après tout beaucoup de merveilles de la pharmacopée sont issues des simples (odeur de fleurs fanées de tout poème).

 

Pourquoi est-ce une injure d’être appelé poète et la poésie est-elle tombée en déshérence ?

Ce sont de vraies questions qu’aucune thèse ne relève jamais.

 

La poésie : une induration de la langue peut-être.

Une articulation de l’âme, sans doute, diront les bienveillants.

 

« Mais il ment ! », quel cri du coeur du non-poète au poète qui n’a que cette défense !

Oui, pour le dire tout de vrai, il ment ! dans l’éblouissement de cette enfance, le mot articulé.

 

Des clystères contre l’Histoire.

Ses méfaits sont connus, il faut donc nous en purger, et quel plus savant purgatif que la poésie ?

Le regard vif, l’oeil aux aguets, c’est la Muse de la Poésie. Dupe de rien, elle sst comme Diane chasseresse l’ennemi des hommes dès qu’ils s’entendent à pénétrer dans ses bois pour la violer.

 

Fanatisée par la solitude : la Poésie.

Ce conte, il se verse cette coupe à boire.

Un suffisant de lecteurs pour qu’existe cette chose, enfin : l’écriture.

 

Il n’est de rumeur bienfaisante que dans la renommée, mumurent les eaux courantes.

Bast ! grogne le petit caillou. 

 

Le « vous » conclusif seul dispense la magie de l’éloignement.

 

Il faudra qu’un jour je donne l’explicatif de tous ces petits mots qui font régner l’articulation de la langue sur la magma sinon des idées populaires. 

Le règne de la cendre après le règne du feu, ou bien le signe commun de l’âge d’or.

Le ressentiment des Idées contre les Mots !

 

Rien qu’il ne donne à boire !

Je veux dire à la source de la Langue.

 

Le silence du sport poétique est son plus sûr triomphe.

Certainement il y a là la magie de l’effort vaincu par la grâce loin de tout regard, peut-être de toute idée complaisante, dans cette distance entre le ciel et la terre, suspendu par le vol comme un non-être et puis l’enchantement de la pointe finale qui s’envole.

 

« La vie de chaton », subtile analogie avec la vie rêvée de poète tel qu’on se le dit entre soi.

L’impression de bâtir une légende n’est pas sans charme, sans exclure le confort.

 

Tout ce qui est ténu est fier.

 

Mon tabellion pervers connaît-il le prix des écritures ? je veux dire leur prix réel et non leur prix à la ligne ...

Disons que la perversité est le seul bien réel des poètes, mais qui le sait, qui le croit ? sinon eux en leur ingénuité profonde.

 

A l’ami guidé par l’écume,

Que fait le vent sur cette tête,

Méduse ou Démon,

Tu crois t’abriter,

Mais je ne suis que l’Aurore,

Aux mains sales, aux doigts gelés.

 

Petit David qui n’est pas celui de Michel-Ange mais un normalien impénitent s’interroge (cf David Madore's WebLog au 17/7/4) sur les rimes et les raisons de l’absence de poésie homosexuelle, en-dehors du fait que le grand Frédéric Lorédan lui conseillerait August von Platen (1796-1835) pour calmer sa soif et ses humeurs peccantes, on peut quand même signaler un certain nombre d’artistes chez qui la veine homophile était assez largement répandue, Roméo et Juliette sont deux amants orthodoxes certes mais Tchaikovsky qui a écrit un poème symphonique sur ce conte célèbre ne l’était guère.

Dans la littérature française tout un ensemble de poètes mineurs peut-on dire étaient des « initiés », mais aussi des épistoliers comme Guez de Balzac, autant chevaliers de la manchette que sodomites, abbés fourrés et mitrés étaient nombreux dans ces sous-courants de l’histoire qui donnent tout son suc à tant de mémoires du temps. Roger Peyrefitte s’était fait une vertu de les débusquer dans les méandres des oublis de l’histoire officielle. Son « Voltaire et Frédéric » est truffé de telles références.

Enfin il ne tient qu’à nous de relancer cette historiographie ou cette hagiographie des grands saints de notre Panthéon de l’homosexualité.

Que cent panégyriques fleurissent !

Que les Madore et les Loredan rivalisent d’ingéniosité pour chanter leurs saints et leurs héros privilégiés (je m’en ferais éditeur quelque jour).

 

Je me fais fort d’inventer des archétypes homosexuels qui seront comme les archéoptéryx de toute une littérature nouvelle.

Après tout Léonard Bernstein qui était gay par moment a bien transposé Roméo et Juliette sur les rives de West Side !

Pourquoi pas un Philémon et Baucis ou un Daphnis et Chloé unisexe ? ils fondraient l’un dans l’autre d’autant mieux ...

C’est un paysage à inventer, des ancêtres à se recréer.

 

Pour une généalogie imaginaire de l’homosexualité.

Un programme au saut du lit.

 

J’ai complètement raté mon entrée dans les ordres.

Je survis, anecdote du réel.

Et puis il faut bien remplir le vide papier que rien ne défendra jamais plus.

 

J’ai laissé partir ma mère avant l’heure et cela ne me fait pas rire.

 

Je vis dans les marges.

Financièrement je vais essayer de tenir en rasant les murs. Quant au reste ... il ne dépend pas de moi.

 

Il y a deux êtres en moi complètement séparables, un être abstrait et un être sentimental, le premier regarde l’autre vivre avec intérêt ou distraction selon les moments.

Tous ces jours-ci l’être sentimental était complètement déprimé se remémorant tout ce qu’il y avait de triste et de définitif dans le passé, l’autre être passait du concret à l’abstrait sans aucune difficulté manipulant les pensées et les mots avec la plus grande aisance, polémiquant et discourant sans cesser.

Il faudrait inventer un troisième personnage pour réunir et fondre ces deux-là dans une seule unité.

Où se trouve le troisième homme ? 

Roman policier à écrire à mes moments perdus.

 

Intéressante discussion avec un disciple d’Orphée.

Il me parle d’expression de sentiments quand je lui parle d’art poétique.

A son sens ce sont les plus délicats qui sont le mieux armés pour tordre la langue dans l’usage le plus raffiné et le plus précieux.

Je me demande s’ils ont toujours la force nécessaire à un tel exploit ?

Je me demande d’ailleurs si la langue n’exige pas qu’on se plie à sa discipline de la manière la plus sévère.

La langue : une maîtresse bien plutôt qu’une servante.

 

Il accorde paradoxalement une énorme importance à la rhétorique de l’amour dans la littérature courtoise.

Je croyais justement que c’était une espèce de tournois poétique que l’on pratiquait en ce temps-là plutôt que de s’entraîner aux armes quand il faisait mauvais temps et que la lice était fermée ?

La salle d’armes devenait une salle pour les fleurets mouchetés des alexandrins et autres mesures de sonnets mis en musique immédiatement.

Distraction de seigneurs bien plutôt que de manants.

Luxe, si l’on veut.

 

Dans ces conditions pourquoi rejeter Mallarmé : au nom de sa singularité peut-être ? parce qu’il ne faisait pas partie d’une cour d’amour ? qu’en sait-il, il était bien entouré de dames et jeunes filles qui valaient bien les donzelles d’autres ramages et plumages !

Il est très difficile de discuter de quoi que ce soit avec ce moderne troubadour parce que tout reste dans le vague et la brume des idées générales ou généreuses comme l’on voudra.

 

Je vis dans les marges, disais-je, ce qui est un grand hommage pour un poète.

J’ai toujours dit - et pensé au grand scandale de certains - que si Baudelaire revenait sur cette terre avec les mêmes idées, le même langage, il serait encore plus isolé et refoulé qu’à sa propre époque.

Effectivement malgré toutes les publications qui citent son nom, il n’est de bon poète qu’un poète mort et enterré, un poète séparable du reste des hommes.

 

Derrière les prostestations d’idéal et d’amour éternel, j’entends toujours le MOI JE.

Peut-être une légère déformation de l’audition ?

 

Hugo et Picasso ont écrasé leur siècle, pourtant peut-on dire qu’ils en furent les artistes les plus sensibles ? les plaques révélatrices les plus fines ?

 

Je sais bien que le royaume de la poésie est celui où le précis à l’indécis se joint mais enfin, il faut bien en écrire quelque chose de compréhensible !

 

« Je ne savais pas que c’était le bonheur »  ... épitaphe pour un temps enfui.

 

La foule se ruait sur Aragon au XXème siècle comme elle se rua sur Béranger au XIXème, ce n’est jamais très bon signe quand elle assiège ainsi un poète, c’est son mauvais goût et ses outrances qu’elle reconnaît immédiatement.

 

Les gens heureux sont en vacances, ils ne savent quelles minutes délicieuses ils perdent qui sont des larmes.

 

Cet après-midi je suis allé flirter sur les bords de Seine avec le soleil et des amis qui me sont chers.

 

Mystiquement en désaccord avec moi-même.

Ah ! je suis fort quand même ; une cour de paradoxes à moi tout seul. La cour d’amour des troubadours n’était qu’un pis-aller, il fallait y voir dans un avenir lointain une espèce réflexive de poètes à la Mallarmé ...

Au coeur du paradoxe, le MOI universel.

 

Chaque fois que j’introduisais subrepticement le mot argent son petit coeur faisait un bond. Le cher ange était trop sensible ...

 

Message personnel de VS du 21/7/4 sur le site de la SLRC ( c’est beau comme du Rimbaud !) :

 

« Combien parie-t-on que si RC déménage en Lozère, la Lozère deviendra à la mode? Ils le lisent tous en cachette, j'en suis sûre. (Est-ce qu'Ardisson n'aurait pas déjà un labrador?) »

 

Mais bien entendu, Ardisson est un homme de goût qui ne lit que les grands auteurs, donc il lit Renaud Camus !

Rien ne manquait à la gloire de R.C mais ce coup-ci c’en est trop, cette révélation sur la qualité du lectorat du grand Camus me bouleverse.

On ne sait qui grandit qui : Renaud Camus, Ardisson ou le Labrador.

 

Un coup de dés malencontreux ... sublime, forcément sublime !

 

J’ai compris VS veut dire : le Vice Soi-même !

Le vice de l’incompréhensible ...

 

Les premières notes du Jardin féérique - j’écoute l’enregistrement à quatre mains de Jacques Février et Gabriel Tacchino et l’on entend déjà tout l’orchestre derrière - qui donne l’idée d’une insondable tristesse et d’une infinie promesse.

Les regrets éternels et l’amour qui n’a de cesse, amour issu de l’enfance sans condition comme l’azur qui ne se dérobe jamais.

Une ligne d’horizon à laquelle parvient la musique qui est comme des mots en plus purs peut-être et en moins corrompus par l’usage commun.

 

La Corneille sur La Racine de La Bruyère Boileau de La Fontaine Molière.

Cette phrase m’a toujours amusé comme une réussite aléatoire que rien ne prévoyait.

 

Acrostiches autour d’un musicien de la renaissance flamande :

 

J olis esprits, qui aymez la Musique,

E t qui prenez plaisir solatieux

A ux doux accords qu’un bon maistre pratique,

N e soiez pas d’escouter oublieux

C ar ces beaux chants et tresmelodieux

A ux escoutants donnent rejouissance.

S i par ennuy ou quelque desplaisance,

T ristesse met vostre coeur en langueur,

R emis serez en joyeuse allegeance

O yant les chants de ce sçavant autheur.

 

                    Estienne de Walcourt aux amateurs de musique sur le nom et surnom de l’auteur aux lettres capitales.

Un livre de chansons nouvellement composé à troys parties par M. Io. Castro, Paris, 1575.

 

Quand Rimbaud donne son fameux titre des « Illuminations » à ses poèmes en prose, il sait très bien ce qu’il veut dire, « moi aussi j’ai des illuminations comme les religieux de tous poils, seulement les miennes ne veulent rien dire », ou veulent tout dire rajouteront les exégèses de toutes langues, ce qui revient au même. Elles sont par contre le refuge de la beauté de la langue et de l’imaginaire.

C’est une attaque directe et corrosive contre toute religion-révélation (en un lieu et en un temps) puisque chacun peut se bâtir sa propre religion dans son langage propre à toute heure.

Le prestige de la langue peut servir à démolir n’importe quel ordre social et le poète ne fait pas mine de ne pas s’en servir.

D’où la haine des bien-pensants pour tout vrai poète. Irréfutable !

 

L’ordre poétique est un autre ordre, « Je est un autre » dira Rimbaud.

Il faut comprendre le pronom ... pas je ne sais quel objet métaphysique dont Rimbaud corrode les contours. Rimbaud joue sur les sens et les sons.

 

C’est « Totentanz » qui cite excellemment sur le site de Renaud Camus - message du 22/7/4 - François Taillandier citant lui-même Rémy Brague dans un article des Cahiers de la Table ronde, il y a une concordance entre l’état d’une langue et l’état de civilisation.

On consomme de la langue comme on consomme de l’objet avec toutes les altérations, déformations et objectifs de minimisation-maximisation que cela implique.

Seulement je ne conseille à personne d’en faire l’objet d’un jugement moral, regardez cela plutôt d’un point de vue scientifique : économie de la langue.

C’est une discipline à fonder.

Le jugement moral n’est jamais qu’un résultante, une moyennisation, le savant ne doit en tenir compte que dans ses calculs finaux.

Le savant étudie les phénomènes purs c’est ce qu’il recherche en poussant aux extrêmes l’étude de la Nature.

Les milieux et les à-peu-près ne sont pas son premier objet de travail contrairement au bon sens le plus commun, ce qui fait les délices du journalisme et des discussions de café de commerce par exemple.

 

Les travaux les plus importants sont toujours des efforts d’abstraction.

 

 

Pour être poète il faut dire quelque chose, ce dire coûte évidemment très cher ; car pour dire il faut vivre.

Il ne suffit pas d’enrober une gousse de néant d’un peu de miel et d’amande, il faut encore l’avoir dérobé dans quelque lieu encore caché. C’est à la ruse d’Ulysse et de ses compagnons que le poète doit avoir recours s’il veut que son discours ait quelque raison face à des Polyphèmes aveuglés par Personne.

Car enfin, on reconnaît bien le sycophante de la poésie, le magistral bourgeois du XIXème siècle, le vendeur de paroles à la Tribune, qu’ils n’accordent aucun crédit véritable au pur commerce de l’idéal s’il se noue et au coeur du langage et au creux de l’âme.

Les travaux qui préparent au silence ne sont pas tous de marbre.

 

« La poésie c’est le lieu des emmerdements ! » aurait gueulé un quelconque Raimu dialogué par Pagnol. Et il aurait eu raison de résumer d’une manière aussi tonitruante ce labeur incertain !

 

Lorédan le magnifique me proposa cet axiome solitaire :

«  L'esprit n'est pas une création délibérée mais un gigantesque tâtonnement révélant seulement une immense - mais définie - richesse archétypale, et une volonté irrépressible d'accéder à la conscience réfléchie. »

Je lui avais dit, mais il ne m’écoute jamais, « Méfiez-vous du Ptyx, vaisseau aboli d’inanité sonore ! »

Il fallait me prendre au mot pourtant. Car enfin dans ce puzzle complaisamment confectionné à mon attention de quoi s’agit-il ? De rien moins que le total de l’esprit ! même pas tel ou untel brillant sujet (par exception quand bien même allégorique de soi-même) mais de la somme de tous les esprits, le couronnement en somme de l’oeuvre entière de la Création.

Quelle audace et quel exploit de définir ce sommet et de quel à-pic le considérer ?

Y-a-t-il un point de vue extérieur à l’Esprit ?

Quand bien même nous serions cette abstraction pure d’une machine de Turing, ce ruban plat, sans épaisseur, sans consistance, sans résistance, sans limite, sans frein à la vitesse de son déroulement, pourrions-nous pour autant avoir cette vue suprême de notre Être ?

Seul Lorédan pouvait percer ce mystère et en faire ce bibelot délicat - ou ridicule selon les sensibilités - de mots et de lettres noir sur blanc.

Nous voici donc dans la pure musique, dont seul pourra nous extraire un silence. Un long silence méditatif.

Un archétype suggère un avant et un après, donc la mesure d’un temps et donc beaucoup de choses mesurables. C’est trop.

Quant à la volonté, il s’agit toujours de se soustraire au temps et à sa capacité destructrice, il s’agit donc pour elle de s’auto-reproduire, or l’esprit n’en peut mais, n’est-il pas tout le neuf tout autant que le vieux ?

La volonté pour autant qu’elle s’identifie au vivant est ce désir méta-stable de rester soi-même malgré les outrages.

Elle est donc loin de tout développement abstrait que suggère le déploiement de pensées et de discours que nous assène ou nous insinue Lorédan.

On proposera donc plutôt que l’esprit ne sertit rien, ni un diamant enfui, ni une couronne de néant, mais se propose comme modèle pur de son propre désespoir.

L’esprit qui danse avec le corps restera donc détaché comme une flamme au-dessus du bûcher.

C’est ainsi que Lorédan restera dans son Orient lointain, seul, incertain et immaculé.

 

On reconnaîtra au passage dans ce personnage un peu « fumé » l’Hérodiade de Mallarmé qui voulait faire couper des têtes pour ne pas succomber au désir.

Ai-je bien répondu ?

Comme disait une Cécile Sorel, l’ai-je bien descendu ?

La déesse ne se laissera pas facilement circonvenir. Ô songe de ses bras nus !

 

On pourrait demander à un David Madore d’être un moderne Lucrèce et de nous faire un « Poème de la Nature » - aussi brillante ou sombre que son humeur la fera - comme à un Lorédan d’être un Cicéron justifié (prenant enfin le bon parti).

Voici quelques rêves que j’expose, n’étant pas en état à l’heure où j’écris d’entreprendre certaines tâches de longue haleine.

Gendarmes qui battez les esprits paresseux veillez à serrer la haire de ces disciples.

 

Il y a des jours où je pleure tellement que je mets même en doute la réalité de mon chagrin.

 

Je ne triche même plus et parvenu à ce point de ma vie dans cet état de somnambulisme, mon écriture devient le reflet de mon inconscience d’être encore.

 

Droit de réponse pour des Esseintes - suite (quelques corrections s’imposaient, elles furent faites) :

 

« Bibelot délicat ou ridicule selon les sensibilités » : le style est tellement similaire au désormais fameux « chez un auteur si conscient de ses prodigieux moyens » que vos plumes ne font plus qu’une.

L’un parle de lâcheté, l’autre juge sans appel

C’est vous Monsieur Pierre DRIOUT qui allez faire tomber des têtes. Votre commentaire n’est qu’un vulgaire procès d’intention.

Accuser d’abstraction pure, de développement abstrait, d’Orient lointain aux seules fins de me condamner à la solitude, à l’absence de désir, au « néant », c’est superbe !

Je ne sais quelle animosité, quelle vengeance vous porte Renaud Camus et vous à m’affubler d’un si triste costume ?

Vivez me disiez-vous, et de me conseiller drogue et je ne sais quelles extases du genre.
Ce n’est pas à moi de vous entretenir sur l’exemplarité de ma vie, sur la consistance que je sais lui donner ou pas, mais je me défendrai juste en déclarant à mes juges et mes censeurs que la nature elle-même m’interdit de répondre à de telles accusations !

Cela ne vous rappelle rien ?

Et j’en appelle aux vivants à ceux-là dont vous vous dites les rois !

J’ajoute qu’à mes yeux une aussi pâle critique révèle en somme une indigente intelligence
Allez flirter au soleil avec vos chers amis. Pour ma part je préfèrerai demeurer seul plutôt que de vous souffrir comme geôlier.

Vivre, moi–même je le souhaite, mais m’adonner au rôle de victime consentante pour bourreau en mal de vices et d’humiliations diverses, certainement pas. Qu’il faille se battre assurément parfois et souvent, mais pourfendre ceux avec qui l’on voudrait cheminer le sens et la beauté, je m’y refuse.

Sachez qu’il est fort douloureux de recevoir d’un auteur, d’un homme que l’on admire et que l’on respecte profondément des compliments si assassins.

Quand bien même y aurait-il matière à me traiter de la sorte, je pense que l’on aurait pu, par honnêteté, entendre ma défense.

Et des gens comme vous discutent d’innocence !

Renaud Camus a subi une abjecte campagne, ses proches ont voulu le préserver par des plaidoyers, dont un, jugé le plus inefficace pourtant par certains, restera pour moi le plus noble rempart à la bêtise, à la méchanceté gratuite et à l’infamie Sur ce rempart, gravé dans la pierre : « que lire redevienne possible contre « la haine de l’art », « la haine de la littérature ».
Tout le monde connaît le texte cité mais je ne préfère ne me réclamer de personne puisque tout me sera refusé.

Et encore, ai-je écrit, ai-je attaqué, éraflé quiconque ?

NON !

J’ai l’intuition, sans ne rien y comprendre, d’être arrivé comme un étranger, ni insolent, ni désireux de plaire, mais étranger. Et l’étranger, il faut le constater, n’a bonne presse nulle part Risquais-je de réclamer ne serait-ce qu’un strapontin au cénacle?

Non, en toute honnêteté même pas.

Retourne d’où tu viens, espèce de chien galeux !

L’aventure intellectuelle n’est pas pour toi, pauvre diable !

Vous devriez publier, à titre de droit de réponse, in extenso.

Voilà, Monsieur, c’est tout ce que j’ai à dire.

 

Robert de Montesquiou - alias baron de Charlus selon Proust - n’aurait pas fait mieux.

Il reste à Lorédan le mirifique de nous écrire quelques nouvelles « Chauves-souris » mystérieuses. 

  

C’est dans ce « Drageoir aux épices » qu’a lieu le remue-méninges entre moi et lui. Je le savais qu’un juriste est par tradition sensible aux épices ...

Frédéric Lorédan est toujours au mieux de sa forme quand il monte sur ses grands chevaux. On est romantique ou on ne l’est pas ! Quel incorrigible Lorenzaccio !

 

J’en profite pour signaler une site magnifique - et anglais ! - consacré par Brendan King à Joris Karl Huysmans : J-K Huysmans

Comme quoi encore une fois nos bons auteurs nous reviennent de l’étranger.

 

Moins on pense, mieux on passe - dans les médias.

Le théâtre intellectuel m’intéresse mieux que l’autre.


Un garçon que je n’aime pas, à l’esprit embué d’idéologies, trompeur par essence et ne sachant pas penser, dont j’ai lu une « interview » par Alain de Benoist dans « Eléments » ce mois-ci, c’est Alain Soral. Depuis qu’il est père de famille, il fait dans le genre morale bourgeoise ... sauvegardons nos jeunes filles !


La compréhension et l’émotion sont fatalement antagonistes. Dominique de Villepin, pour prendre un exemple simple, est particulièrement idiot puisqu’il est tout le temps dans le registre de l’exagéré et de l’hystérie.

 

L’ordre de la création ne peut pas être l’ordre de la confusion.

 

Et pourtant il tourne ... parce que sa capacité d’abstraction reste intacte.

Inutile de dire qu’un esprit comme le mien l’édition française n’en a que faire ! elle se passera de moi pour ses plus grands débours et dépens.

Si elle n’est pas capable de conserver son esprit d’indépendance et donc de différence, elle est morte intellectuellement.

Les écrits d’un Sollers - à bout de course - n’étant pas un signe suffisant de renouveau. Grand pontife maximus de la maison Gallimard, il l’enterre avec lui. Tout charme s’use ...

 

Des Esseintes ayant fait du droit se retrouva comptable. La situation qui lui était faite quoiqu’enviable ne satisfaisait pas entièrement toutes ses aspirations à plus d’idéal et à cette ligne bleue si admirable des Lettres françaises.

C’est pourquoi il songea à se rapprocher de la capitale du Net et de ses lumières prestigieuses, il choisit de camper dans un coin un peu reculé de sa banlieue, en le château mystérieux de la société des lecteurs de Renaud Camus, la SLRC, la bien-nommée, puisqu’elle regroupait l’entièreté du petit groupe fidèle des cinq lecteurs de Renaud Camus, on l’appelait aussi le Club des Cinq.

Il crut pouvoir s’y amalgamer, mais ses efforts restant vains, il prit à partie le ciel et l’enfer de ses déboires et c’est ainsi que son oeuvre première naquit :  « Les imprécations imputrescibles du Maupiteux » qui fit sa gloire dans le cercle restreint des lecteurs du Web littéraire. Gloire chuchotée certes mais enviée. Elle annonçait son triomphe et sa chute finale.

Il alla voir M. de Villepin qui l’accueillit avec sa courtoisie légendaire et son franc-parler habituel, ils se tinrent par l’oreille : l’un parla du cri de la gargouille le soir au fond des bois, l’autre écouta l’aboi solitaire du Maupiteux, tout ceci fleurait bon la haute littérature. On se promit de se revoir, le premier personnage du Quai d’Orsay parla de splendides fonctions littéraires et poétiques dans une ambassade francophile peut-être au Kanawa oriental, l’autre jura de se faire l’écho de toutes les productions gallimardesques de notre porte-drapeau national.

Hélas ! les évènements en décidèrent autrement, l’un se retrouva place Beauveau à compter les moutons noirs dans la police, les détournements de mineure et les graffitis néo-nazis dans le Rer - horresco referens - l’autre s’envola vers le repaire coruscant de mythomanes fallacieux qui hantaient l’Italie du Sud en quête du tombeau de Von Platen-Léopardi, couple pacsé par Roselyne Bachelot puis remarié par Noël Mamère.

Tout ceci fut atroce et nous ne conterons pas les mésaventures picaresques de ces Tom Fielding et de ces Tristram Shandy de pique et d’épée. La plume nous faut comme disait l’illustre châtelaine de Plieux-sur-Labrador. 

« Viva la Muleta ! » soupira le plus espagnol des deux en expirant. L’autre le pleura beaucoup. Il voyagea ...

 

J’opérai tout vivant des Esseintes de « la vanité littéraire », c’était une grosse tumeur qu’il fallait enlever de toute urgence. Pas le temps de l’endormir.

Il me dit que j’étais un forçat en rupture de bancs et autres gracieusetés, je n’y prenais pas garde. J’agissais précipitamment, je sentais que le mal progressait à vue d’oeil, déjà il s’était mis à lire les oeuvres complètes de Renaud Camus !

 

Hors d’oeuvre :

Un jour je prendrai un grand air, je m’appellerai Edwy Plenel et comme la Statue de la Liberté j’écrirai des éditoriaux pour éclairer « Le Monde ».       

    

« Moi et le Soleil » me disait-il sur un air de confidence, je compris que ses talons hauts évoquaient probablement Louis le quatorzième, je ne fis pas attention à la mouche qu’il avait au coin de la lèvre et je l’embrassais malgré le fard en prenant congé : « Nous nous reverrons sur la Lune » me dit-il en me faisant un petit signe de la main, j’acquiesçai galamment en jurant « in petto » de ne jamais revisiter des jardins à la française avec un tel fou car il avait tout mouillé mon habit avec ses postillons et autres éructations voulant me faire les honneurs des Lettres comme il me disait en m’emmenant sous les vertugadins et autres buissons de vigne vierge et de roses folles, tout en récitant du « Lorédan » passablement.

 

J’ai essayé de rattraper le déluge de platitudes qui forme le Journal webmédiatique de Raphaël Juldé, malheureusement je n’ai pas pu, il écrit plus vite que son ombre. C’est probablement le plus grand écrivain de sa génération (c’est celui qui ressemble le plus aux autres).

C’est le roi du babil, m’affirme-t-on deci-delà.

 

La Berceuse de Jocelyn de Lamartine, mise en musique par Benjamin Godard était la mélodie préférée de Frédéric Lorédan, l’écrivain fameux quoiqu’à présent retiré de la littérature active, il la chantait, mieux il la psalmodiait sans cesse et c’était ravissant que cette ferveur chez ce grand garçon entre deux âges, parfois la Barcarolle des Contes d’Hoffmann d’Offenbach venait s’intercaler entre deux récitals en solo et comme elle était à deux voix, le chien qui gémissait en sourdine faisait le contrepoint.

Bien entendu la Méditation de Thaïs était souvent appelée à la rescousse pour cette fête perpétuelle qui accompagnait les profondes études de notre héros.

Un chef d’oeuvre se préparait donc dans sa retraite et nous nous demandions quel était l’objet d’une si longue mise en train.

Un poème en hendécasyllabe, peut-être ? une romance bilingue en Lorédan-Français cette langue si particulière, si concise dans sa brièveté elliptique mais si efficace pourtant pour cerner les sujets les plus abstrus ?

Les supputations couraient dans le milieu littéraire : un événement se préparait mais nul n’en croyait posséder le dernier mot. Ce qui est d’ailleurs le propre de l’auteur ... laissons faire, laissons dire, nous l’attendrons au tournant susurraient les échotiers perfides.

L’enquête aurait demandé un Jules Maigret s’il n’avait été occupé au château de Plieux pour démêler un sombre accident domestique.

 

Le temple du silence.

Une belle tristesse comme on les aime.

 

Dialogue au fond des arbres :

- Il me prenait tout mon esprit.

- Qui cela ?

- Mais Lorédan, cette chauve-souris magnifique, ce petit vampire !

- Aô, cher ! je vois, ces temps derniers il est devenu claudélien, il veut re-lier le monde comme qui dirait lui donner une autre religion, mais c’est un claudélien pro-Goethe - qui ne sera donc plus jamais ce bel âne solennel !

- Comme tout cela est charmant, j’ai hâte de soupeser ses dernières cogitations. 

- Supputez, mon cher, vous ne serez jamais au bout de vos surprises. Pour le moment il diale ...

- Il râle, vous voulez dire, comme d’habitude, ?

- Non ! il dialogue au sens moderne avec lui-même.

- LSD ?

- Non, polyglottisme avéré doublé d’écholalie.

- Goethe avait fait lui aussi des études de droit, ceci explique cela. Le conseiller aulique à la cour de Weimar est un modèle sacré pour tous les jeunes comptables-juristes.

- Les voies de la poésie sont impénétrables.

 

Dialogue pro-forma à « Normale » un soir d’été :

- Enfin tout cela n’est pas grave !

- Non ! mais cela peut toujours être tragique.

- Les scientifiques se crêpent le chignon sur le site de Ruxor.

- Oui, cela prouve à quel point la science française a du temps libre.

- Forcément la pauvre ! elle n’a plus de crédit.

- Plus d’expériences alors ?

- Non, juste des enculages de mouches.

- Beaucoup d’homosexuels sur le site de David Madore ?

- Non, pas spécialement, plutôt des maladroits.

- Question de trous comme on dirait question de pot.

- Allons voir les poissons, cela nous consolera.

- Oui, allons contempler les Ernest.

 

L’ironie qui le travaille ne le laisse jamais en repos.

Après « allons contempler les Ernest ! », je crois que mon dernier mot est dit, je n’irai pas plus loin à moins de me renier.

Et encore est-ce que j’ai mis ici un point d’exclamation, alors que la version originale est beaucoup plus sobre, d’une calme retenue, tranquille malgré elle comme un vieux vase de désespoir. Il n’y a plus rien à dire, plus rien à faire, allons contempler ces augustes silencieux ... ce leitmotiv est wagnérien ou vague-né-rien dirais-je en claudélien averti.

 

Il se contenta de lui insufler un peu de sang dans les veines, cela suffit à son destin secret et même à son tourment amoureux.

Quand la mort passe, l’ironie s’acharne à détruire les échos indiscrets.

 

Quatrain pour un juriste favorisé d’une aumône (en forme de prière) :

 

« Oh ! sache l’Esprit de litige,

À cette heure où nous nous taisons,

Que de lis multiples la tige

Grandissait trop pour nos raisons. »

                                       Prose pour des Esseintes.

 

Quoique dans une province perdue de l’esprit, nous travaillons.

Ce qui fait partie de l’oeuvre à faire : la dispute immémoriale de l’esprit avec le néant. Ce langage qui le confond et s’en distingue, irrévocablement.

Figures irrémédiables de la prose tout autant que du vers, nous remettons du noir et de la craie pour évoquer une blancheur immanquable.

Je n’ai plus qu’un temps modéré à donner à la Vie, alors je m’active, faisant rentrer dans mon fourneau quelques escarboucles qui peuvent être du plus bel effet, pour autant que j’entretienne suffisamment le feu.

 

Donner du temps aux bons esprits, montrer des économies de pensée.

Les sept Minerves.

Je veille sur mes songes, c’est à peu près tout ce que je puis faire.

Gardien immémorial de ce temps et de ce lieu.

Socrate de la mode et des mal-entendus.

 

Je fais de grands efforts pour me faire lire en français, qu’on sache l’anglais cela est bien, qu’on en abuse cela est inattendu. Surtout pour des esprits de qualités qui peuvent faire la différence entre diverses langues proposées à leurs exploits d’intelligence.

Je pensais notamment à Laurent Lafforgue qui publia son principal article de mathématiques en français dans une revue allemande. Cela ne l’empêcha pas de briguer la médaille Fields pour autant qu’on brigue ce genre d’honneur.

 

Gentillesse et fermeté disait Casals à ses élèves, c’est à peu près cela qui permet de sauver les peuples du naufrage de tous leurs atouts.

Il m’arrive de rêver à une pédagogie des lettres. Pour en sauver les arcanes et leurs mystères, ou bien pour faire triompher quelque idée du bien.

Mais c’est une rêverie un peu niaise, un peu folle.

Qu’est-ce qui couve sous les Lettres ? sous cette écorce dure et obscure ? ou sous cette couverture trop molle et trop confuse, cet édredon de sentiments pour certains ?

 

Quand du néant nous en tirerons une destinée, nous serons infiniment poètes.

 

Son énorme vanité lui gâche le paysage.

Le paysage des Lettres surtout qu’il occulte à cause de ses prétentions au lyrisme, à la pureté, au moi-même ... quand une vérité poétique et littéraire restera toujours UNE BELLE INCONNUE.

 

Le prisme du silence qui réfracte toutes choses ...

 

C’est tout armé qu’il faut rentrer en soi disait à-peu-près Valéry.

Mais peut-être trouve-t-on ces armes justement en pénétrant dans cette demeure inconnue.

 

Moi aussi je n’ai pas le temps de faire des revues de presse, et pourtant je m’échine à lire la prose de Rémi Pellet, ci-devant professeur à l’école libre des sciences politques - c’est ainsi qu’elle se nomme - quoiqu’on ne sache pas exactement quelle liberté elle défende.

Il prétend que le droit est un bel héritage des nations civilisées tributaire du passé etc etc.

J’avais demandé à Frédéric Pitron (d.l.g !) quel était le statut du droit à son avis, il m’avait répondu dans un choix multiple assez simpliste ou simplifié que je lui proposais : une convention.

Quoiqu’il en soit j’aurais bien une question à poser à Rémi Pellet : que fait-on quand une nation souveraine ne respecte ni ses propres lois, ni aucune convention qu’elle a signée ? par exemple prenons l’exemple des Etats-Unis, état de droit démocratique qui tient emprisonné à Guatanamo des prisonniers de guerre sans leur appliquer aucune protection légale ? jusqu’à ce que même la Cour suprême des E.U chargée du droit constitutionnel s’en émeuve au bout de deux ans !

En clair, j’ai le sentiment que le droit n’est jamais qu’un contrat qui respecte des rapports de force, opinion publique nationale et internationale, état des économies et des échanges commerciaux, situation géo-politique d’une manière générale etc.

Que dans tout cela rien n’est intangible, que la puissance du vivant c’est justement de changer les bornes et de déplacer les frontières et que je conseillerais vivement à tous les juristes et légistes d’avoir l’esprit aussi vif que la lumière s’ils veulent suivre les mouvements de notre temps ... qui se règle sur l’heure d’Internet par exemple ! à bon entendeur, salut ! comme on dit dans nos campagnes un peu arriérées.

Nécessité fait loi, ne dit-on pas ?

 

Histoire d’un légume.

Un matheux se mourait d’ennui dans les arbres.

Il pondit un oeuf ...

 

 J’ai une question à poser à Rémi Pellet, dont le silence sur le site de la SLRC ne peut présager que de grandes choses et de graves écrits : comment concilie-t-il le principe de la continuité de l’Etat - principe constitutionnel, je crois - et ce qui est joliment nommé « congés judiciaires », qui consiste selon l’aimable fonctionnaire qui me l’a indiqué dans le fait que tout le personnel de son Tribunal partant en vacances au mois d’août, tous ses services seront donc clos ?

Encore une entorse aux Lois et à la Loi suprême de la Constitution.

Il est vrai qu’il ne s’agit que de la Justice, qui selon la Constitution de la Vème République est une autorité et non un pouvoir !

Donc l’autorité judiciaire est en vacances ... adieu veaux, vaches, cochons, couvées ... restera peut-être les épices selon l’ancienne mode des temps révolus !

 

- Jeune homme si vous ne faites rien pour votre gloire, elle va s’éteindre !

Je m’adresse à qui de droit, et ce brillant sujet se reconnaîtra immédiatement.

On ne pourra pas dire que je n’aurai pas prodigué mes encouragements aux Arts&Lettres !

Il s’agit d’un jeune homme à l’âme pensive et hautaine et aux pensées musicales, certains l’auront déjà reconnu, son langage d’un haut lignage est aussi relevé que sa taille est fine et son esprit subtil ; enfin, the last but not the least, il sait l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol, l’esperanto, ou du moins il est en train de l’apprendre, il ignore encore un peu le français mais comme le disait Paul-Louis Courier c’est une langue difficile qui n’est maîtrisée tout au plus que par deux ou trois personnes en Europe.

 

- Ce sont là des manières, Monsieur, qui ne vous porteront pas chance, on ne parle pas de ces matières précieuses sans un entre-chat délicat, un jetté-battu qui ne s’apprend qu’à l’Opéra de Paris dans le corps de ballet. 

- Certes, j’en suis conscient et vous excuserez cette lourdeur de la main mais depuis qu’on a changé la plume d’oie pour le clavier polyglotte, tout est perdu, même les Lettres fors l’Honneur !

 

Valéry a bénéficié de l’échec des carrières littéraires de ses prédécesseurs Baudelaire et Mallarmé.

Baudelaire a fini dans une chambre de bonne avec des dettes à la clé, méconnu, méprisé, humilié et il était le plus grand novateur des trois, Mallarmé a connu un demi-succès ou un demi-échec comme l’on voudra, repoussé du Parnasse contemporain par ses confrères, il aurait tout autant que Baudelaire été blackboulé à l’Académie. Valéry s’est présenté en héritier de ces deux offensés et il a récolté tous les lauriers quoique lui-même n’ait guère pris de risques littéraires d’un caractère excessif dans son oeuvre publiée.

Le génie par définition étant précurseur de lui-même met du temps à se faire reconnaître et accepter autrement que comme un intrus dans la maison et qui vient la déranger.

 

Ma situation abstraite est telle que je n’envisage pas de me présenter dans une quelconque académie même de trente-sixième degré ... les places sont trop bien remplies !

Ma légitimité sera donc entièrement virtuelle.

La peur de penser est sans doute un des plus grands freins à la littérature actuelle ; en effet jamais les moyens de pénétrer les secrets de l’univers n’ont été plus puissants et jamais les timidités corrélatives des écrivains n’ont été plus en phase avec l’inhibition générale qu’on appelle la morale publique.

Il n’est guère que les auteurs de science-fiction qui se permettent des écarts à la normale - moyenne pondérée de tous les avis - sous le prétexte de dénoncer des mondes imaginaires.

Moi je m’entête à dénoncer tous les mondes réels ... enfin, soi-disant tels ! qui ont la prétention d’apparaître ainsi.

 

Peut-on imaginer un monde sans académisme ? c’est pour le moins difficile, tous nous n’avons pas prétention à l’originalité ou au martyr.

 

Opéra sans pareil, je rêvais à un royaume des lettres sans limite, qui aurait inclus aussi bien mathématiques que jeu d’échecs, biologie et automatique, logique de la pensée et illogisme du hasard.

 

Par exemple moi je me prétends poète mais je n’ai pas le papier à en-tête officiel du ministère de la Culture qui me reconnaisse ce titre, alors comment savoir effectivement si j’en suis un ?

Je comprends bien la perplexité des lecteurs devant ce cas de figure : il s’agit de ranger dans une case, la case poète en l’occurrence, le monsieur qui écrit sur le net. Or aucune assurance, aucune corrélation sérieuse ne permet de motiver ce jugement.

Y-at-il des sondages qui pourrait permettre de connaître le sentiment du public de ce web-log ? qu’on se fasse une idée ?

Est-il poète ou ne l’est-il pas ? question digne d’Hamlet élève en troisième année à Sciences Po’.

Le BVP, bureau de vérification des poètes peut-il nous en dire quelque chose ?

La direction des fraudes et de la concurrence peut-elle expertiser cette marchandise ?

Tous nous voudrions en avoir le coeur net et même peut-être le principal intéressé.

S’il n’est pas poète, peut-on le classer dans la catégorie seconde mais importante des journalistes du Net ?

Là encore il faut énoncer les critères d’appartenance, d’inclusion ou d’exclusion à cette sous-catégorie. 

On voit bien que tout un travail reste à faire et que tant celui-ci n’aura pas été fait, notre conscience morale ne sera pas tranquille.

Car enfin le repos moral est quand même le criterium absolu de réussite d’une politique qui tend vers le consensus ?

Où sont les moyennes ? je veux dire les bonnes moyennes, les vrais moyennes, pas les fausses, les trompeuses, celles qui ne trompent personne justement. Non ! la juste, l’honnête moyenne de grand-papa, celle qui permettait de passer dans la classe supérieure. Car il nous faut de la clarté si nous voulons organiser ce monde parfait qui nous attend.      

On peut se demander si cette classe de poète qui visiblement est si  gênante au bon ordre social ne devrait tout simplement pas être confondue avec celles des grands nocents ?

 

On pourrait proposer à Renaud Camus un alinéa supplémentaire à son programme de l’In-nocence : « Il y a trop de français en France, trop de poètes en Poésie et pas assez de labradors au Labrador ».

 

Comment un imbécile pourrait-il prouver - volontairement - qu’il est un imbécile ? ça c’est une question de Lorédan charmant.

Chut ! Il essaye de me piéger ...

 

Etre ou ne pas être poète, seul un M. de Villepin muni de la loupe de l’enquêteur zélé du Rer ou de chasseur de graffitis nazis pourrait nous éclairer sur cette question fondatrice de l’ordre social.

 

« Hélas ! il n’est que poète », j’entends déjà le choeur affligé des pleureuses du web littéraire ! nous qui attendions un grand homme, un meneur ! nous voici avec un pleurnichard de plus ! un élégiaque, un lyrique mal emmanché ! un diseur de mots emplumés !

 

On cherche des étiquettes et on n’en trouve pas ! comme c’est curieux ! comme c’est dommageable !

Etre poète n’est rien, il faut être grand poète ... c’est le grand qui fait le vrai poète.

 

Lorédan prétend que je vis en poète comme d’autres vivaient en toreros, moi, je veux bien si cela me permet de me ramasser moins de cornes dans le cul.

Cul est-il un mot bien autorisé en poésie ? je vais consulter Saint-Lorédan.

 

Ephéméride :

Des gaspards à la BNF ! Qui a dit que plus personne n’aimait la littérature puisqu’on est prêt à se faire pendre en haut d’une vergue pour s’emparer de morceaux de choix du moment qu’ils valent quelque chose ?

 

 Un conservateur en chef de la BNF mis en examen pour vol de manuscrits.

[vendredi 30 juillet 2004 - 20h38 heure de Paris]

PARIS (AFP) - Un conservateur en chef au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France (BNF), Michel Garel, a été mis en examen vendredi pour "vol aggravé", dans le cadre d'une enquête sur des vols de manuscrits et imprimés, a-t-on appris de source judiciaire.

Responsable du fonds des manuscrits hébreux à la BNF, M. Garel, 56 ans, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire par la juge parisienne Nathalie Turquey, en charge de l'enquête depuis mars 2004. Son épouse a également été mise en examen pour "recel de vol aggravé" et placée sous contrôle judiciaire.

L'enquête a débuté à la suite d'une dénonciation anonyme en février 2004 à la direction de la BNF, qui désignait M. Garel comme étant à l'origine de la disparition d'une centaine d'ouvrages entre 1998 et 2004, selon une source judiciaire.

Devant les policiers de la Brigade de répression du banditisme (BRB) qui l'avaient interpellé jeudi matin sur le site Richelieu de la BNF, et devant la juge d'instruction, M. Garel a nié la presque totalité des faits.

Le conservateur ne reconnaît qu'un seul vol, celui d'un manuscrit hébraïque pour lequel il avait établi un faux certificat attestant que l'ouvrage pouvait faire l'objet d'une vente. Ce manuscrit avait été vendu de bonne foi chez Christie's.

Au cours de l'instruction, l'homme aurait été mis en cause par plusieurs témoins, dont un acheteur et un professeur, selon une source judiciaire.

M. Garel travaille à la BNF depuis 1976 et est responsable du fonds hébreu depuis 1980, selon l'établissement.

"La BNF, qui avait constaté la disparition d'imprimés et manuscrits hébraïques, a procédé à un inventaire complet de son fonds hébreu et déposé des plaintes pour ces vols", avait déclaré jeudi la BNF dans un communiqué.

Selon Jean-Noël Jeanneney, son président, "plusieurs plaintes" avaient été déposées, notamment avant son arrivée à la tête de la BNF en mars 2002, qui "faute de pistes, n'avaient pas abouti".

Vendredi, Agnès Saal, directrice générale de la BNF, a précisé que les vols touchant le fonds des manuscrits hébreux concernaient cinq manuscrits. "Certains ont disparu intégralement, d'autres ont été mutilés, des feuillets découpés et retirés", a-t-elle précisé.

Il s'agit essentiellement de textes religieux, des Talmuds, datant de plusieurs époques, « des 13, 14, et 15es siècles pour les plus anciens", a ajouté Mme Saal, rappelant que le fonds des manuscrits hébreux de la BNF, fort de 1.350 pièces, était "l'un des plus riches au monde".

 Une centaine d'imprimés ont également disparu des collections de la BNF, (sur le site François-Mitterrand) sur lesquels l'établissement n'est pour l'instant pas en mesure de donner des précisions.

 

La médiocrité me déteste - on conçoit les jaloux - mais je le lui rends bien. Nous sommes quittes et pour bon voisinage nous ne nous quittons pas de l’oeil sans jamais nous fréquenter vraiment.

 

L’adjectif gentil ne m’a jamais semblé s’accorder à la personnalité de Beethoven, il est terrible de le dire mais il n’y a pas de musique douce dans son oeuvre. Des musiques pieuses, recueillies, oui ! mais jamais qui se remémorent des moments d’enfance, des morceaux de souvenirs qui fondent délicatement telles des notes longues dans des silences sucrés : il n’y a pas de délices désirables au milieu de la vie de Beethoven, une enfance dure d’orphelin avec un père aveuglé par l’alcool, une adolescence tourmentée sans compagne désirée, rien qui aille avec un quelconque relachement de l’impatience. « Tout droit » aurait pu dire Beethoven comme fière devise quoique son âme ait été tant contrariée, mais il est vrai que la volonté à force d’être farouche préparait des chefs d’oeuvre à la matière rebelle des notes et des instruments, car enfin on en vient bien là, c’est avec des sons qu’on fait de la musique et pas des sentiments comme l’on écrit avec des mots et pas des idées aux dires de Mallarmé répondant à l’interrogation étonnée de Degas devant ses échecs successifs à se plier au sonnet malencontreux. Il n’est rien de dieu donné dans les signes que l’on accroche les uns aux autres sinon quelques hasards que l’on saisit au vol parce que la main s’est faite et que l’oeil est assez vif pour veiller à faire semailles et moissons tout en même temps.

Voici quelques pages de cet art poétique que je devais bien à ceux qui me lisaient puisque malencontreusement mon collaborateur fidèle - ce dévoué disciple que me laisse de temps à autre à ma gouvernance Méphistophélés - m’avait abandonné au milieu de la tâche, illustrative de clore en quelque sorte l’idée sur le verbe.

 

Par inadvertance ou presque voici un petit contrepoint à un texte équivoque comme souvent de Jérôme Vallet, fin musicien et disert aussi, mais qui n’aime rien moins que les arêtes du discours, or, pour le moins, Beethoven était l’homme des ruptures, raptus du sentiment qui rompt en lisière devant le développement que l’on n’attend pas.

Beethoven était sourd à sa manière, répétant pour mieux entendre ce qui va de soi pour les autres et jamais pour lui, il cherchait la faille en toute musique et il la trouvait. Ce qui explique combien il fut difficile de faire une sonate après lui ou une symphonie et y-a-t-on vraiment réussi ? sinon sous les artifices de l’explosion poétique d’un Schumann, ou la lourdeur du sentiment qui s’endort confortablement en la gemutlichkeit de Brahms. 

La forme, Beethoven l’a vaincu, il restait à vaincre la substance du son, Wagner et d’autres Debussy s’y employèrent, différemment il est vrai, mais avec une grande sagacité pour débusquer les interstices de la matière sonore.

 

Vaincre une forme c’est conquérir une liberté.

 

Non ! Jérôme Vallet de tendresse chez Beethoven, point !

Tout ce que vous voulez sauf ça !

Même la sonate du Printemps : de la grâce, de la fraîcheur, de la nouvelleté, mais de la tendresse ? de la complaisance ? des atermoiements à deux ? où les vîtes-vous ?

 

Message de Frédéric Pitron le 31/7/4 sur le forum de Renaud Camus :

 

SI je puis me permettre, dans le lien que j'ai signalé ces jours derniers, Le Docteur Boubakeur estime compatibles Islam et démocratie. Son article est intéressant.

Il insiste en particulier sur Islam et Tolerance : "l'Islam condamne la perturbation de la paix sociale, la sédition, le désordre".

Pour ma part, je me garde bien de donner tout mon crédit à ces bonnes intentions.

 

Eh bien ! si je puis me permettre mon cher Frédéric Pitron, voici le genre de contre-sens qu’il ne faut jamais faire !

Les sociétés occidentales modernes - c’est à dire démocratiques - ne vivent justement que parce qu’on y perturbe le jeu social, qu’on ne cherche nullement à le reproduire à l’identique, on appelle cela le progrès.

Toutes les autres sociétés - traditionnelles si vous voulez - sont répétitives et stagnantes par essence.

Le désordre nous est consubstantiel, c’est la vie même qui s’introduit dans le cristal d’un ordre social trop parfait pour être pur de toutes ombres.

Il n’y a aucune vérité révélée dans les sociétés démocratiques, il n’y a que des vérités approchées ... si vous voyez la nuance vous aurez fait un grand pas dans la bonne direction, celle qui permet de distinguer le bas du haut, la droite de la gauche et l’envers de l’endroit, ou si vous préférez encore le passé du futur, on appelle cela aussi la flèche du temps.

 

J’admets volontiers que de concevoir un monde politique d’une manière dynamique est plus difficile que de concevoir un monde social statique, et que cela demande un effort d’abstraction important.

Mais nous ne sommes pas des bêtes ... enfin quelques-uns d’entre nous ont la prétention de s’en distinguer. Alors faisons fonctionner notre tête.

 

- Mais vous pourrez dire ce que vous voudrez, cela ne me dérangera pas, vous me permettrez seulement de dire le contraire exactement, ce qui sera une manière d’hommage indirect à vos propos et à votre personne.

- Ô je croyais que c’était strictement personnel.

- Pas vraiment, juste une manière d’être ou de penser, ce qui peut revenir au même dans certains cas.

 

Qu’on le veuille ou non, le monde n’est pas semblable à nos rêves d’enfants.

 

Samedi 31 juillet 2004, il est près de 23h.

J’ai passé une mauvaise nuit et une journée pire encore. L’ordinateur ne faisait pas ce que je voulais et mon chagrin le plus profond est remonté en moi jusqu’à déborder et envahir toute ma conscience.

A part écrire pour essayer de me soulager, je ne vois pas ce que je peux faire.

J’essaye de tromper mon attente. Je sens que je me délite même si l’esprit n’est pas atteint, il finira bien lui aussi par être emporté par le naufrage général.

Trop d’émotions, trop de désarrois toutes ces dernières années, trop de catastrophiques errements du temps.

Nous voici en passe de finir certaines choses plus vite qu’on ne pouvait le penser.

Quelle morale en tirer ? aucune, il est bien trop tard, ou trop tôt pour avoir une vue globale ... nous naviguons ô mes divers amis, disait Mallarmé, moi déjà sur la poupe, vous la proue qui fend l’air ...  qu’importe ce qui valut ce sillage !

Toute la morale de l’histoire ? c’est que les êtres humains ne sont pas sauvés par leur esprit.

Adieu donc pauvre cervelle qui fendait l’air malgré l’orage. Adieu donc les beaux garçons, un certain qui m’occupa toute ma jeunesse et engloutit avec lui toute mon espérance.

Salue aussi la fièvre d’exister qui m’a quitté car je ne suis plus, plus qu’un vent mauvais qui tourne sur lui-même, une feuille desséchée par l’atmosphère que je respire à peine.

Salue mes anges qui m’ont abandonné, fait leur la grâce de croire que c’est moi qui les ait oublié. Après tout eux non plus ne sont pas tout-puissants.

Salut à toi mon ombre, fidèle comme la lumière qui m’enchanta dans mon enfance, salut tous les petits matins qui furent dans un corps frais et maintenant usé et rompu de veilles aberrantes sur le temps qui ne me porte plus.

Salut pauvre hère qui fut moi et que je n’envie plus.

Salut d’amour.

 

 

Une pensée délicate pour David Madore :

Mon spécialiste VIH m’envoie consulter sa collègue psychiatre qui officie dans le même hôpital que lui, j’ai hésité à aller la voir parce que cela me fait un déplacement qui me semble inutile, est-ce qu’on va consulter pour un mal d’amour ? cela passe avec le temps me semble-t-il ou cela ne passe pas et on en fait un roman. Toujours est-il que je me suis presque décidé à aller la voir ne serait-ce que par curiosité - la curiosité me motive encore un peu - car je ne vois pas bien ce qu’elle pourra me dire que je ne me sois déjà dit - je ne me situe que dans une relation verbale avec la médecine en l’occurrence, car je ne me vois pas avalant des médicaments qui me rendraient bien plus faible que je ne le suis ce qui est déjà trop. Et puis elle porte le prénom de Bérénice, c’est si racinien que je me demande quelle tragédie je puis lui servir pour être à la hauteur ? bon, sans forcer la note ma vie a déjà été un semblant de tragédie antique mise au goût du jour par de mauvaises mains pour de mauvais discours et par une nuit sans lune car je n’y conçois rien de clair.

Si Bérénice en vaut la peine, j’indiquerai donc à Ruxor le chemin de Titus qui ne sera plus celui de Rome ou d’Ulm.

 

Dimanche 1er août 2004 :

Je n’ai rien oublié? non, je lis un peu, j’achève la vie de Jean de Tinan que j’avais abandonnée il y a déjà quelques mois mais les événements s’étaient précipités sans ma permission.

J’ai terminé hier soir ma lecture du Mallarmé de Steinmetz, seule biographie valable depuis celle de Mondor. Cela avait un peu contribué à me déprimer de devoir quitter Mallarmé.

Je vais un peu mieux ce matin, j’en profite pour me rasséréner.

J’ai lu les messages de ce pauvre Jérôme Vallet, j’avais senti depuis longtemps que quelque chose comme cela couvait chez lui, une espèce d’anorexie, un vide qui avait implanté un drapeau noir dans son crâne, de ses propositions finement nuancées tout tombait dans le lac comme dans un désert et le lac d’Annecy dont il cotoie les bords à beau être fort agréable, ce n’est jamais qu’un trou rempli d’eau, un creux disons pour être plus poétique qui a besoin de cette substance pour connaître la parfaite platitude.

Le charme étant peut-être dans le contraste entre l’horizontalité aquatique et la diversité des reliefs qui l’entourent - et surtout pour moi les petites taches blanches des maisons qui en cernent les côtés, présence de l’humain comme d’une divinité réelle au milieu de ces splendeurs naturelles.

Qu’y-a-t-il de plus triste qu’un paysage ou nulle trace humaine ne se propose ?

Le décor pour toute absence est un théâtre d’une sinistre ironie pour qui le regarde solitairement.

Non ! j’attends les saisons de l’âme en croisant des regards.

 

Autant je me sens en conformité de ton, de goût, de style avec certains écrivains comme Jean de Tinan, autant d’autres, par ailleurs fort estimable, comme Georges Bernanos sont éloignés de moi par l’espèce de grossiéreté de touche de leurs sens - et particulièrement de leur sens littéraire.

On est toujours étonné par ce grand trou de ce qu’on appelle le sentiment littéraire dans notre époque contemporaine. Il y a une aspiration des sentiments qui s’est faite sous nos yeux sans qu’on devine où va cette perte du Rhône. Au profit de qui la diminution de l’esthétisme et du goût en littérature ?

 

Etre là pour le symbole, moi je veux bien, mais ce n’est pas toute la littérature qui se contente de signes, équivoques ou non, là n’est pas le problème.

Puet-on faire des personnages qui soient autre chose que des signes et des figures ? les poser sous forme d’énigmes peut-être, à résoudre par le lecteur bénévolent ? les mettre en équations ? qu’ils soient fonctions de quelque chose ou de quelqu’un, mais on l’est toujours ... donc cela suppose une suite infinie de signes ... explicite ou implicite.

On aboutit vite au roman proustien ... ou au roman en ponctuation exagérée comme ceux de Jean de Tinan ou plus tard - hélas ! - de Céline !

On dira que tout cela est excessivement technique et que chacun fera comme il le sentira mais il faut une belle santé pour s’émanciper ainsi ! 

 

Les médias modernes ont fait un tort considérable à la littérature, cet entregent presque parfait de la voix et du geste, on a voulu faciliter le travail de l’esprit et on lui a ôté tout le travail du rêve.

C’est la possibilité d’être contrefait qui donne sa résonance au style.

C’est sa capacité à résonner longuement qui empêche l’esprit de s’échapper de ses rêts.

 

« Trop de littérature tue la littérature » axiome que je propose en vain à mon émule littéraire, Lorédan, ce petit pervers polymorphe dont j’essaye de faire l’éducation en lui faisant ôter les doigts de son nez - qu’il a charmant au demeurant.

Trop de littérature tue toujours ...

 

J’avais essayé de parler du « Doctor Pervers Polymorphe », au sexe indécis à D.Madore mais là aussi un blocage, ou me trompé-je ?

 

Il serait absurde de nier le lien entre la maturation sexuelle et la maturité intellectuelle. La sexualité sert de déclencheur à la volonté qui elle-même va comme faire démarrer les ressources de l’intellect dans un certain sens.

L’horizon du perceptible est donc indirectement lié à quelque chose qui a rapport au sexe.

 

Les errements de Galilée sont assez tragiques, ses incertitudes quant aux lois de Képler alors qu’il en possédait les éléments montre la différence entre un esprit de première force comme Descartes, mathématicien et pur abstracteur par essence quoiqu’il ne méprisa pas la démarche point par point de l’expérience et quelqu’un qui se situe à mi-chemin de l’expérimentateur et du théoricien mais qui ne franchit jamais le pas, Galilée toujours en lisière, toujours timide et hésitant. Descartes s’enhardit à franchir le Rubicon.

 

Maintenant j’ai moi-même souvent souri de la démarche qui donne une foi extrême dans les maths - non pas qu’on puisse se passer de maths en physique théorique pure - mais je sais qu’il y a un tel choix dans des mathématiques possibles, qu’il n’y aucune raison de croire que certaines sont prédestinées plus que d’autres à décrire le monde. Il n’y a pas d’identité entre les maths et la physique, ce sont deux domaines complètement séparés, la question d’Einstein « pourquoi cet univers est-il mathématisable ? » n’a pas de sens.

L’univers n’est pas mathématisable par un esprit humain, mais on peut faire coller certains phénomènes aussi étroitement que l’on veut à certaines parties des maths.

C’est l’ignorance d’Albert Einstein en mathématiques qui lui faisait croire aux descriptions simples et normalisées depuis Newton de l’univers mécanique.

Ce n’était qu’une partie du tout. On pouvait aller plus loin ... on ne s’en prive plus depuis un siècle. Calculs informatiques, méthodes nouvelles de la mécanique, probabilisations etc tout tendait et tend à un autre univers mathématisable de diverses manières.

 

On sait aussi d’autres choses : les mathématiques ne sont pas réflexives.

Ce qui ne laisse pas de nous faire rêver.

Il n’y a pas de parties des mathématiques telle que le tout serait contenu dans la partie.

Si le monde physique est réflexif, s’il est un Tout, un Univers au sens propre, alors on ne peut en aucun cas l’identifier au monde mathématique ! 

 

Avant de m’endormir hier soir j’avais eu de très belles pensées, ou plutôt de très belles phrases m’étaient venues à l’esprit pour les exprimer, mais tout s’est envolé et comme j’étais trop fatigué pour me relever en faire un topo je ne sais même pas sur quel sujet cela portait.

Au hasard Balthazar, peut-être cela me reviendra, mais je sais que c’était des expressions très complexes, des formes très affinées, donc il y a peu de chance que cela revienne d’un coup.

 

Rien n’échappe au regard de ce jeune homme-crapule ... ça c’est une pensée qui m’était venue en repensant à un adolescent croisé hier après-midi qui n’avait pas les yeux dans sa poche et au faux jean-usé-déchiré.

 

De quoi me parlais-je voyons hier soir en me couchant ? de littérature ? d’art ? de Proust peut-être « Longtemps je me suis couché de bonne heure », incipit fameux de son oeuvre. En remarquant que le mot temps commençait et finissait son oeuvre.

J’ai acheté hier après-midi le « Sésame et les Lys » de John Ruskin dans sa traduction, scrupuleusement et soigneusement annotée, oeuvre qui sans lui passerait à l’as de nos jours. Esthétisme de la lecture et des pensées à part soi, c’est à peu près le thème de l’oeuvre, Proust suggère qu’une grande littérature est une retranscription fidèle d’un monde intérieur dans une langue directe, il veut dire qui ne s’égare, qui vise à un but simple et expressif. Elle vaut par ce qu’on lui sacrifie. Le Temps ? probablement !

En fait il condensa dans ses phrases soigneusement serties l’expérience qu’il avait faite en sa jeunesse d’une vie toute extérieure et mondaine, sans réelle rélfexion. Et c’est en la réfléchissant vingt ans après qu’il lui donna cette espèce de beauté supérieure de l’art.

Certes Jean de Tinan n’eut pas le temps de décanter ses expériences sentimentales et mondaines, mais elles ont l’allure du vif-argent, ce qui n’est pas mal.  

Proust condense en un instant le temps ramassé des expériences dans ces longues phrases qui font des méandres. Il soumet le hasard à un autre hasard fondamental, celui des mots. La phrase devient ce précipité, oblique, filandreux, noirci ou au contraire clair comme l’eau, où vient se déposer le concentré de vie qu’il explore et analyse.

La phrase par essence classique de la langue écrite, c’est à dire l’ordre auquel on peut soumettre toute une suite d’aléas, de rencontres, de sons et de sens.

 

Echange de messages très personnels avec l’Anonymus :

 

Vous n’avez pas l’apanage de la bêtise, insinuait-il modestement.

« Hélas! j'aimerais être totalement bête. »

Etes-vous fou, me disait-il ?

« Pour la folie heu! il faut des miroirs spéciaux, des miroirs aux quatre coins! »

Que faites-vous ?

« Je suis assez triste j'ai perdu de très belles pensées et de très belles phrases dans ma nuit. Du coup je rame pour retrouver ne serait-ce que le thème de tout ça. »

Il me suggéra ensuite d’être grand capitaine, d’industrie ou de flibuste, chef d’équipage de la politique, serviteur d’un Etat ... je dus lui répondre :

« La modestie vous égare.

« Il me faut rien moins que le TOUT pour être heureux.

« Les poètes sont des exigeants. »

 

Il était bien jeune et ne pouvait saisir le fond de ma pensée. Quand on réclame le TOUT c’est que le reste vous a déçu et que seule la MORT peut encore être un légitime contradicteur. Drôle de dialogue entre le VIF et la MORT.

 

Poe se situe au point où tous les discours se rassemblaient, c’est pourquoi ses successeurs sont si minces, si pauvres, puisqu’ils exploitèrent ses inventions comme le roman-policier et le conte d’anticipation ou de science-fiction en les poursuivant dans une seule dimension.

La lettre volée n’est pas une simple énigme à résoudre et qui amuse le grand public friand de telles histoires dans les journaux du dimanche, elle est un symbole et une métaphore.

Le thème profond c’est le vol, le vol des idées comme celui de Prométhée. C’est en fait la Création, la création humaine qui fait concurrence à la Création divine.

On peut montrer facilement que Poe a une infinie richesse de pensée et d’imagination mise au service d’une science profonde de l’exposition, mais que ses lecteurs peuvent avoir une pensée d’enfant sans s’apercevoir de rien. 

 

Il faut toujours extrapoler les écrits de Poe avec d’autres éléments qui n’y sont pas présentés pour comprendre vraiment de quoi il s’agissait.

Je n’avais pas besoin de noter des phrases toutes faites sur un carnet pour me souvenir de l’importance de mes pensées d’hier soir en pré-sommeil sur la poétique d’Edgard Poe.

C’était trop marquant pour les oublier. Je vais essayer de les exposer ensuite ici. Poe étant par la force de son esthétisme du symbole le plus illustre représentant de la pensée littéraire au XIXème siècle. Il a rénové profondément l’écriture dont découle une grande part du XXème siècle littéraire, la meilleure ou presque. Il avait l’art et la matière pour alimenter le grand fourneau littéraire.

Mais encore une fois il ne faut rien moins savoir que le TOUT de son époque pour en dégager non pas seulement les traits caractéristiques comme n’importe qui mais aussi sa Philosophie profonde qui est une invention nécessairement.

 

- Il nous faut une bonne police des esprits !

- L’argent, peut-être ?

- Oui ! l’argent cela suffira.

 

Je me suis coupé du monde - volontairement, involontairement ? on en discutera en temps et heure - dans un autre monde.

La lecture et l’écriture sont les deux procédés symétriques responsables de cet état de fait. N’en concluons rien sur ma misanthropie.

 

Moins on est à plaindre, plus on trouvera de bonnes âmes compatissantes pour souffrir avec vous, c’est le syndrome du palindrome ou de la métonymie.

Il est plus facile de plaindre ceux avec qui cela n’engage à rien et dont la compagnie est au fond flatteuse socialement.

Tel normalien que je connais trouve autant d’échos qu’il le veut à tous ses roucoulements d’oiseau blessé, tel clochard accablé de misère ne verrait pas se lever le sourcil de ces bonnes gens qui trouvaient tant de grâce à gémir de concert avec le petit déniché.

 

Tiens ! j’ai trouvé l’expression exacte me caractérisant : je suis tombé du nid.

 

Peut-on être poète tout en ayant une morale insipide ? allez savoir !

En règle générale, les poètes que j’aime ont des personnalités suffisamment tranchées pour être tenus à distance de la morale commune et pour ne pas professer les niaiseries générales comme des vérités établies, éternelles et transcendantes.

 

Ceux qui ont beaucoup reçu de la vie et qui en ont peu souffert sont généralement des conservateurs de l’ordre social. Ils n’y voient aucun mal évidemment et ils ont tendance à croire que ce qui a été est bon de toute éternité. On ne les mobilise guère contre les injustices. Ils forment les gros bataillons de la morale du jour. Certains diront qu’ils assurent la stabilité de la société, sa forme la plus pérenne.

 

Ce qui me gêne chez Lorédan ce n’est pas tant son style que sa morale. Peut-on vraiment avoir un style propre quand on a une telle morale ? une morale si commune, si vulgaire, en totale opposition avec la hauteur de vues affichée par ses ambitions intellectuelles ?

Il me semble que quand on a une passion intellectuelle, on y sacrifie volontiers tout l’ordre social, sa famille, ses amis, ses confrères etc.

Ce n’est pas parce que Galilée a abjuré par peur du bûcher qu’il faut l’imiter. D’ailleurs le bûcher social est de l’ordre du symbolique plutôt qu’autre chose.

Moi, je sais que je n’ai jamais abjuré mes ambitions, je ne sais si je les réaliserai jamais un jour, mais c’est un autre problème, qui a rapport avec mes moyens et les circonstances fastes ou néfastes. Et ce n’est pas à mon âge et dans ma situation que je vais maintenant tourner casaque pour ramasser je ne sais quel rogaton de vanité sociale ou quelques miettes du festin.

Bien ou mal, j’ai choisi ma voie et seule la mort peut m’en détourner en mettant une virgule finale au texte.

Serais-je aveugle à la fin au point de me renier ?

Mieux vaut être un tronçon immobile comme dirait Rimbaud, plutôt que de se laisser porter par le sens du courant général s’il n’est pas celui qu’on a choisi.

 

Je n’ai plus de besoins réels, je n’ai plus que des besoins imaginaires.

Or, ce sont les plus durs à atteindre, ces azurs de la pensée.

 

Poème en prose, oui en quelque sorte, ma vie est un poème en prose dont les jours sont les virgules, et les nuits les points d’exclamation ou les points d’interrogation.

 

Descartes affirme la primauté du modèle abstrait (sur l’expérience sensible), Newton - lecteur attentif de Descartes - est possible après lui, pas avant.

 

Il faut beaucoup de courage pour être soi-même. Moi j’utilise les mots comme des armes, mais on utilise les armes que l’on peut quand on les trouve.

Je ne suis pas trop malhabile à les manier.

 

Principe des journaux « people » : s’identifier avec les heurs et malheurs de ceux qui ont socialement « réussi ».

 

Lorédan me dit qu’il n’est pas méchant, c’est pire il est insultant !

Que son échelle des valeurs soit ce qu’elle soit, c’est son problème, mais il voudrait en plus que le pauvre poète soit reconnaissant de sa supériorité de notaire-poète ! c’est beaucoup demander.

Un peu comme si Charles Goodyear, emprisonné pour dettes, ayant vu ses enfants mourir de faim, soulevait son chapeau devant ceux qui n’avaient rien fait pour lui venir en aide, quand lui faisait bénéficier la société entière de son invention de la vulcanisation, il y a des limites à l’altruisme quand même ! sauf pour Dieu peut-être !

Bon, certes le Monde est la preuve manifeste de l’altruisme de Dieu mais quand même c’est une petite chose ... il aurait pu faire mieux diront toujours les poètes.

 

Lorédan veut gagner sur tous les tableaux, avoir la vie sans risque du notaire et les honneurs de l’inventeur ! mais alors qu’est-ce qu’il laisse aux autres ?

Son moi hypertrophié lui jouera toujours des tours !

On ne peut pas miser à coup sûr et en même temps prétendre que les dés ne sont pas pipés à moins de se faire accuser de tricherie !

Je ne veux pas la mort des notaires - car je ne suis pas communisant - je veux seulement qu’ils ne volent pas tout et qu’ils se contentent de leurs émoulements. C’est simple ! on ne saurait avoir une morale plus limpide que la mienne.

 

Le bourgeois minimise les risques dans sa vie, libre à lui ! libre au poète, qu’il soit mathématicien ou musicien d’en prendre d’autres qui ne sont pas prévues dans la vie courante. Aux risques et dépens de chacun, ceci est la belle morale d’une société libre et d’une société inventive, car l’invention réside seulement dans la liberté des esprits qui s’aventurent hors des chemins battus.

 

Faire des dettes n’est nullement un crime - même si ce n’est pas forcément une activité de gentilhomme comme le prétend Renaud Camus qui entend faire payer ses diverses fantaisies par la société tout entière - mais il est de endettements nobles et fructueux.

Si je n’aime guère RC, j’admets volontiers qu’il s’occupe bien de son vieux château, avec fidélité et intelligence, entre deux caresses à d’autres aboyeurs et aboyés.

 

Les aboyeurs et les aboyés, tout un poème à écrire là-dessus.

Mais ne mélangeons pas les sentiments et les idées comme certains le font aux dépens des autres.

 

La poésie est peut-être l’art de l’insulte - primordialement - c’est à dire l’art des bonnes et mauvaises humeurs - alors dans ce cas Lorédan est certainement un futur grand poète - mais cela n’en fera pas pour autant un grand esprit.

 

Lorédan pense que sur six milliards d’individus vivants, il n’y avait qu’un seul Lorédan possible, il n’a pas tort ! mais était-il souhaitable celui-ci ? c’est une autre affaire d’en décider.

 

La lecture et l’écriture sont la préfiguration d’un autre monde.

Ou de mondes antithétiques ?

 

J’avais proposé à Lorédan d’intituler « La toison de Marsolan » son recueil de poèmes pittoresques et agrestes décrivant la campagne gersoise et les avant-gardes des Pyrénées qui sont surtout ici pleines de moutons (et pas de Roland à l’horizon ?).

Bah ! notre petit Virgile fera ce qu’il voudra, je ne serais pas son Horace.

 

Percés d’azur, ces mendiants de la pensée, les poèmes ... (n’est-ce pas assez Mallarméen ? voir « Les Fenêtres »).

 

Il y a chez moi une quantité de colère qui se débonde par instants et maintient à flots ma capacité créatrice.

Encore une fois des rapports entre les humeurs et la qualité d’être créateur-destructeur qui est en soi.

 

Le principe d’individualité est le principe fondamental de nos régimes démocratiques, de lui découle immédiatement le droit de propriété et donc la base du système du capital. C’est donc une suite logique qui relie chaque élément sans qu’on puisse en distraire aucun sans contester le système entier.  

 

La manière dont « Paumé » rend compte du mariage gay à Bègles « la grosse passive en blanc qui tient le rôle de la femme » est navrante !

Je lui ferai remarquer que ce sont les folles qui se sont montrées les plus courageuses face à la police new-yorkaise dans Christopher Street lors des années de l’après-soixante-huit.

Ce ne sont pas ceux qui roulent des mécaniques - un peu comme lui - qui montrent toujours beaucoup de courage social.

Habitude très médiocre des pédés (-blogueurs en l’occurrence) de cracher les uns sur les autres pour se conformer à la médiocrité ambiante. Pour se fondre dans la muraille, je suppose, c’est bien la peine d’avoir une originalité de la nature pour défendre si peu la variabilité des êtres.

Bêtise quand tu nous tiens ...

 

En vieillissant, je supporte de plus en plus mal la sottise.

La soumission à l’ordre du droit ... on a suffisamment à faire avec la nature et ses déficiences, sans en plus s’adjoindre des canons moraux qui sont de pur conformisme.

Non ! les pédés n’ont pas le privilège de l’intelligence. Surtout quand ils s’expriment dans un journal du net : se surveiller.

 

Mon coeur est fermé par un cadenas vaste comme le Monde.

 

Certains rêvent de vieilles pierres, moi je rêve de plumes, si légères, légères ...

 

Emeutes de Stone-Wall.

J’avais écrit émeutres, joli mot ! le doigt m’avait glissé.

 

L’autre jour Lorédan avait parlé d’encrages dans le Midi - au lieu d’ancrages -je lui dis qu’il était enfin poète sans le savoir (« saine machination pour encrer la famille au Sud »).

Il faut beaucoup encrer quand on est poète.

 

Je vais postuler à un rôle de bouffon triste :

 

 

L'emploi de bouffon recréé au Royaume-Uni

[jeudi 05 août 2004 - 11h02 heure de Paris]

© AFP
La petite annonce publiée dans le journal The Times
© AFP

LONDRES (AFP) - "On demande un bouffon" : pour la première fois depuis 350 ans, une offre d'emploi de bouffon public est lancée jeudi au Royaume-Uni, à travers une petite annonce publiée dans le journal The Times.

L'offre est déposée par English Heritage, l'organisme d'Etat chargé de la conservation du patrimoine de l'Angleterre.

Le candidat idéal, précise l'annonce, "doit être allègre et prêt à travailler les week-ends pendant l'été 2005. Il doit posséder son propre uniforme (avec des cloches)".

Le bouffon moderne devra accepter de feindre la stupidité et la folie pour le plaisir des autres, a expliqué une porte-parole de English Heritage.

L'emploi de bouffon a été supprimé au milieu du XVIIe siècle par Olivier Cromwell, alors que le régicide procédait à une purge puritaine du pays.

 

 

 

 

  

Parfait comme boulot de week-end ! isn’it ?

 

Frédéric et David sont des non-baiseurs, ou plutôt pour parler comme un moralisateur des abstinents chroniques, en fait ils se réservent pour le prince charmant - que ne se rencontrent-ils, il se ratent peut-être - mais leur narcissisme étant ce qu’il est, quelque chose comme le Tourmalet de l’Ego à prendre en danseuse, il est probable que cette compétition avorterait lamentablement dans des vagissements de veaux éplorés. Eh ! oui, plus de public pour soigner leurs bobos et leurs douces barcarolles de poètes à l’agonie.

 

David écrivit un petit texte sur Frédéric et Léonard (alias l’incorrigible Lorédan), l’un et l’autre l’ombre de l’ombre, le palmier sans le désert, le courage sans la vertu, le dattier sans les dattes, il éluda une conclusion souhaitable à la fin de son récit inachevé : un garçon disparut sans laisser de traces.

Denis rangea ensuite son sac à malices ... ne devient pas détective qui veut, il faut beaucoup de X pour trouver un Y et fonder un foyer basé sur la Vertu et l’Honneur.

Ceci se passait un soir d’orage entre l’école Normale, la Bretagne et l’Ile de France. Les pluies éclatèrent pour faire cesser les battements de coeurs.

Au loin dans la campagne gersoise une oie glougloutait ... l’appel du muezzin retentissait en haut du château de Plieux, le sieur châtelain Ali Bacha Al’Camus commençait sa prière !

Tout reposait dans Jerimadeth ... car des dettes il n’en manquait pas le sieur Rachid el Camus !

 

- Ça devient de plus en plus incompréhensible, grommela Censure armée de ses longs ciseaux, et familièrement dénommée Aspasie, petite amie de Pulchérie.

 

- Mais oui, c’est cela, un poète disparut sans laisser de traces !

- Quelque chose comme du Jérôme Vallet ? avant ou après le coup de folie ?

- Qu’importe cela reste toujours aussi beau !

- C’est bon comme du Montrachet !

- Un Bourgogne blanc ? vous êtes vicieux, en cette saison de quoi assommer un boeuf ...

- Ou un oeuf-radis. Vous faites vous-même vos lisières d’ourlet ?

- Oui et vous-même, vous branlâtes-vous cette semaine ?

- Ce verbe branler ou se branler, forme pronominale n’est jamais vulgaire au subjonctif, alors qu’aux autres modes ...

- On en revient aux boeufs !

- Aux boeufs ?

- Oui, au boeuf-mode.

Sur ces fortes paroles, ils allèrent se promener au fond du jardin, ils revinrent une bonne heure plus tard pour le dîner, leurs coiffes un peu défaites, des brins d’herbe dans les habits mais l’air satisfait de la promenade et du grand air de la campagne.

- C’est une bonne heure pour bîner, rajouta le grand-père en revoyant les deux jeunes hommes.

- Oui, grand-père, encore faut-il pouvoir, dit la mémé qui tendait l’oreille.

- On peut toujours quand on veut, conclut le pépé, content de lui et du reste.

 

        Signé : le petit lapin aux grandes oreilles qui couine quand on les lui coince.

 

Amusante reconstitution des jeux olympiques de la Grèce antique chaque soir sur Arte, si vous aimez les beaux garçons vigoureux qui se promènent à moitié à poil - à moitié seulement hélas ! concession vertueuse au goût moderne je le crains ! - je vous conseille vers 20h de faire vos vêpres télévisuelles avec ces jeunes gens bien sous tous rapports.

Cela vaut certainement des vacances au cap d’Agde !

 

VS lisait d’abord les virgules dans les textes de Camus, puis elle les époussetait et les rangeait dans sa boite à couture. Satisfaite et très fière elle sortait ensuite les oies innocentes.

 

La littérature est partout où ne sont pas les écrivains professionnels qui vivent de rentes publiques - c’est comme pour la philosophie.

Réponse brève à Renaud Camus qui écrivait cette ignoble bêtise :


"La littérature est morte. Ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être. Les deux ou trois siècles de sa popularité sont un malentendu qui est en train de se lever tout à fait. (...) Nous allons pouvoir être entre nous."

Renaud Camus - La campagne de France - 2 avril 1994

 

La popularité de Mallarmé ou celle de Baudelaire de son vivant, je t’en ficherai !

La littérature n’a pas de rapport quelconque avec la popularité, c’est comme l’invention des mots, l’un les invente, les autres les adopte, personne n’a besoin de savoir qui fait quoi et qui est redevable de qui.

C’est encore une fois la vanité de ce petit cerveau qui n’a même pas les intestins de revendiquer son moi, qui lui fait dégosiller de telles sottises.

Imaginer un moment que vous vous posiez la question de la popularité des mathématiques, quelle réponse apporter ? c’est un non-sens ce genre de question.

La popularité de l’intelligence c’est de convaincre les intelligents et de laisser froids les imbéciles.

 

Nul n’est prophète en son pays, il est clair que le rapport à la littérature est en train de changer, Internet bouleverse la donne.

C’est quoi la littérature ? un écrivain n’est pas le mieux placé pour s’en apercevoir, trompé par ses succès éphémères, à moins d’avoir l’esprit déductif de Poe.

 

Une petite question : est-ce que Beckett, Ionesco ou Cioran auraient choisi la langue française à notre époque pour s’exprimer ? ce n’est pas sûr. Le français n’est plus le vecteur prestigieux qu’il fut car l’importance politique, économiqe, culturelle de la France a baissé relativement.

La plupart des écrivains n’admettent jamais qu’ils doivent rien à l’importance de leur pays d’origine, c’est d’évidence faux.

 

Il y a une littérature imbécile - très bien faite d’ailleurs - pour les imbéciles et elle se démerde pas si mal, même s’il faut avouer qu’elle a de plus en plus de concurrence avec télé-réalité et autres activités de plein air pour les méninges encrassées.

 

Ce dont se plaignent les Renaud Camus et autres Dominique Noguez, c’est l’espèce de monopole d’accès à la reconnaissance officielle qu’avait une certaine littérature ; malheureusement cette reconnaissance s’est toujours portée à faux ! alors à quoi bon la regretter, je serais d’avis de supprimer toutes les aides publiques à la littérature qui ne sont en fait que des censures déguisées.

Il s’agissait de perpétuer un certain ordre social, bon ou mauvais qu’importait !

Quant à l’université des maîtres es-arts&lettres laissons-là pourrir de sa belle mort ... dans l’indifférence la plus profonde qui lui est due.

 

Mes petits prolégomènes à la littérature sont plus lus que n’importe quelle thèse de doctorat d’état scribouillée pour continuer les figures obligées de l’ennui magistral !

Je connais encore quelques professeurs enthousiastes des Lettres et gentiment reconnaissants aux écrivains de leur apporter quelques heures de plaisir, ceux-là seront épargnés par la malédiction du Net !

Vive la mort des Lettres, donc !

Les Lettres sont mortes, vive les Lettres.

 

La littérature française selon « Le Figaro Littéraire » c’est Saint-Simon vu par Karl Lagerfeld, la vache ! il faut faire l’Europe !

Celui-ci n’aime pas du tout Proust, tu parles, celui-là l’aurait crocheté entre Palamède baron de Charlus et Saint-Loup en maison de passes !

Petit cochon de Karl Lagerfeld, tu deviendras certainement grand !

 

Comment vous sentez-vous ? je me sens comme un orphelin.

Ceci dit j’ai fait le tour du propriétaire en quarante-et-un ans, il reste aux autres à prendre les mesures de la bâtisse si cela les intéresse.

 

J’ai envoyé promener Lorédan du côté de Marsolan - sise tout juste à une douzaine de kilomètres de Plieux - il voulait me faire passer pour un con, tout en croyant que je ne m’en apercevrais pas, avec sa brosse à reluire les moutons (aussi appelée brosse à fourbir les moutons) !

La muflerie de ce jeune bourgeois drapé en poète moyen-âgeux est digne de figurer dans un conte de Villiers-de-l’Isle-Adam !

 

Les écrivains sont fascinés par la décadence et le pourissement sur pied des hommes à travers leurs us et coutumes. Saint-Simon n’admirait rien tant que l’Espagne de 1700, l’Espagne des Bourbons figée dans la napthaline, hélas ! pas l’Espagne conquérante et vigoureuse des XVè et XVIème siècles !

Il admirait cette préservation de l’ordre ancien ! c’est à dire au fond qu’il était admirablement superficiel, les costumes, les préséances, les titres, les vains ornements, tout ceci chez ce bigot des formes était le nec plus ultra de la piété politique !

En fait on peut se demander si la piété religieuse justement n’est jamais qu’un reste de révérence de l’enfance qui se prolonge un peu trop longuement ! les hommes virils - je veux dire ceux qui pensent par eux-mêmes - n’ont que faire de ces momeries. Ils inventent les usages à leur propre convenance, soucieux d’efficacité, de rapidité, de formulaires qui leur permettent de devancer leur temps.

Etre un inventeur c’est fatalement ne faire oeuvre pie que pour soi. C’est se donner sa propre règle et sa propre mesure. Les imitateurs auront tout le temps derrière vous pour suivre vos traces.

Nous sommes pressés disent les hommes du futur, nous sommes l’arrière-garde disent les artistes qui se remémorent délicieusement les instants achevés.

Bien entendu l’art littéraire qui est essentiellement un art du souvenir aime ce jus saumâtre de la mémoire ...

 

Le sentiment de la grandeur cela ne s’apprend pas, cela ne se vit vraiment que dans la solitude et je respire la solitude à pleins poumons.

 

J’écoute Bach, et l’on s’étonne - ou pas - chez cet homme au fond seul, malgré  ses dix-neuf enfants et la multitude des autres qu’il dirigeait comme Cantor - de l’appel vers la grandeur et la noblesse. Fils de ses oeuvres, orphelin de famille, orphelin du monde, il se dirigeait vers une certaine lumière, en n’oubliant rien pour plaire à ses maîtres de l’heure, princes ou bourgeois endimanchés ...

Un homme complet ... pas un homme sensuel comme Mozart, certes, pas un enfant des muses porté vers l’amour et ses grâces, mais un homme qui respirait la vie comme un banquet avec ce fond sonore de la mort comme toile peinte par un homme mystérieux sur le mur de la salle où l’on dîne.

 

Il faut avoir connu une fois dans sa vie la grandeur pour ne plus l’oublier, en aucune occasion.

Ma solitude fait corps avec moi. Je ne la lâcherai plus. Elle donne un rythme et un ton à tout ce qui m’anime.

 

Royal mépris des hommes, de ce qu’ils sont pour ce qu’ils se donnent.

Royal mépris de moi, ce reste d’humanité triviale.

 

Ce que ne comprend pas un Lorédan, c’est que tous nous avons une échelle propre de valeurs, et que celles-ci sont irréductibles les unes aux autres - on peut même penser que nous avons, au gré de nos contradictions, plusieurs échelles de valeurs qui cohabitent en nous selon nos humeurs.

C’est ce qui forme tout le principe d’individualité.

Le commerce - qui est un autre langage de l’âme que les mots - est là justement comme un instrument qui cherche à établir des moyens termes statistiques entre nos préférences et prédilections personnelles toute incompréhensibles qu’elles soient.

 

Quand on ne sait pas s’amuser on ne sait pas amuser les autres.

Meilleure formulation - il me semble :

Qui ne sait pas s’amuser, ne saura jamais amuser autrui.

 

Il est amusant de voir Proust tomber des mains de David Madore alors que le petit Marcel décrit exactement encore une fois - comme pour Lagerfeld - ce genre de personnage attaché à un étroit milieu, en l’occurrence non le faubourg Saint-Germain mais l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, dont il connait tous les usages et détours ainsi que la place de chacun au palmarès de l’établissement (et on peut supposer que D. Madore sait exactement le parcours scolaire et les rangs de classement de toutes ses fréquentations comme de tous les majors de Normale dans sa spécialité des mathématiques etc et je ne parle même pas du pedigree de Mouton depuis sa première dent de lait !). 

Bien entendu comme D. Madore est aveugle - c’est sa fovéa à lui - sur ce qui fait son être social - il défendra mordicus ne pas être attaché à ces apparences et admettre absolument n’importe qui dans ses connaissances, quoiqu’en fait seuls ceux qui font partie d’un certain cercle imaginaire, mais intangible et infranchissable par ceux qui sont venus de l’extérieur, soient vraiment ses intimes, ceux avec qui il accepte de discuter de ce qui lui tient le plus à coeur après lui-même, mais en fait - en considérant qu’il lui est entièrement lié et qu’il ne constitue aucune distance de la chose à l’être, c’est à dire de l’avenir de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm !

Il suffirait qu’un ministre de l’Education Nationale parla de supprimer cette institution pour qu’il perde instantanément tous ses repères et croit sa vie finie tout autant que son monde écroulé.

D. Madore est donc comme Proust le décrirait un être entièrement dominé par une certaine vanité sociale qui forme son milieu.

Certes ce sont sur de tels individus que se forme la solidité d’une société, mais c’est aussi d’eux que viennent toutes les crispations et les enrouillements qui bloquent peu à peu toute vie profonde de ce qui est le mouvement et l’évolution qui vivifie toutes choses.

C’est donc du sentimentalisme de nos habitudes sociales qu’il nous faut nous méfier le plus quelque degré d’intelligence que nous ayons - et D. Madore n’en manque pas ou si l’on préfère n’est pourtant pas au premier degré de l’échelle intellectuelle.

 

 

Ne pas penser c’est ne pas être - à proprement parler pour un homme.

Il n’est qu’un seul royaume et c’est celui de l’esprit, le corps ne peut être qu’un esclave obéissant à une pensée qui se sait souveraine.

Le voyage tout spirituel qu’elle nous invite à faire remplace avantageusement toute idée de voyage réaliste et c’est être d’une confondante niaiserie que de ne pas savoir se servir de son cerveau quand l’étendue entière des pensées se dispose devant nous pour nous faire visiter les plus beaux pays du monde, les plus riches, les plus variés.

Je ne vais jamais en vacances et pour cause : mon esprit voyage par monts et par vaux toute l’année, franchissant allègrement les frontières des siècles, des époques, des lieux, des climats, des hommes et des figures diverses qu’ils composent. Et je puis arrêter instantanément ce discours pour contempler en un moment tout le progrès que je viens de réaliser sur moi-même, sans que nulle contrainte, nulle barrière de la langue, des préjugés, des sbires de la police du monde, des brièvetés des rencontres m’empêche de contempler à loisir tout la nouvelletté de ce monde si fort et si net qu’il fait de toutes les manières mon étonnement.

 

Le pourrissoir désenchanté des universités ... vis-à-vis des arts&lettres notamment, m’étonnera toujours.

 

Les Etats-Unis la plus grande démocratie au monde ou la plus grande ploutocratie ?

Démocratie à l’intérieur, dictature à l’extérieur ?

Mais ce sont surtout des batailles de mots ... qui deviennent beaucoup trop puissants pour exprimer quoi que ce soit de juste.

Les mots qui enflent, enflent, comme des grenouilles ...

En ce moment le mot terrorisme ... fait fureur au panthéon des experts es-sciences politiques. 

 

La guerre est un moyen parmi d’autres de faire triompher la paix.

 

Etant un des rares aujourd’hui à croire en la poésie, je puis bien m’intituler seul poète de France.

 

Dans certaines familles on continuera à cultiver le culte de la peau blanche malgré le mythe du métis parfait.

 

Horizon impossible : la société du métis.

Utopie généralisée, on sait où conduisent certaines utopies quand elles sont imposées.

 

La race pure, le métis parfait, balivernes parmi d’autres pour embrigader sous la bannière de la démagogie politique.

 

Je verrais bien D. Madore vers la cinquantaine directeur de l’Ecole Normale Supérieure si je pensais que dans vingt ou trente ans cet établissement existerait encore ! en effet, tous ses efforts sont tendus vers l’obtention par ses élèves de l’agrégation, or ce diplôme ne se justifie plus dans un système universitaire européen intégré, j’ai donc tendance à croire qu’il se transformera peu à peu en une université comme une autre. Peut-être même confiera-t-on à D. Madore le soin d’accompagner cette évolution qu’il accomplira la mort dans l’âme par pur souci du devoir !

Evoluer ou périr ... pour le rue d’Ulm comme pour tout autre c’est la dure loi de la vie.

 

« Un média a disparu ... »

Réponse à Jérôme Vallet et à ses messages du 10/8/2004 sur le forum de la SLRC :

Mon cher Jérôme, cette petite épître pour vous dire qu’aussi fines soient vos remarques, aussi subtil votre entendement aiguisé par l’écoute et la lecture des meilleures musiques, les question du numérique et de l’analogique, du continu et du discret vous échappent quelque peu. Que les meilleurs esprits se sont penchés sur ces questions et qu’il est pour le moins difficile de dire ce qui précède et ce qui succède, et que c’est encore une histoire d’oeuf et de poule !

Le monde est-il par essence continu ou discontinu ? doit-il être représenté par la dureté du nombre Hilbertien ou par la douceur des formes géométriques d’Euclide ? tout cela est quelque peu difficile à résumer en deux ou trois lignes ; mais si vous voulez mettre un peu de rigueur dans tout cela - ô ami des choses justes et réglées comme du papier à musique - je vous conseille de tourner votre pensée sept fois dans votre bouche avant d’émettre ne serait-ce qu’un son par procuration électronique !

Mais comme l’erreur est souvent féconde, il vous sera beaucoup pardonné - d’avance donc toutes mes excuses et mes salutations pour avoir troublé vos méditations matutinales (expurgées des peccantes humeurs qui vous assaillaient hier, je crois).

 

Quoiqu’il en soit, le numérique c’est rapide ... pas besoin d’un délai de postier ou même de facteur-cheval pour avoir une réponse claire et compréhensible (au premier abord).

Il fut une époque où l’on comptait les jours du facteur-cheval, aujourd’hui juste en vitesse de l’électron. Le temps n’arrête pas son progrès.

Plaignez-vous, ô Jérôme, aux horloges trop précises, de ce temps à quartz qui vous déroute vous qui en étiez resté au sablier et au métronome !

Nous computons tous sur votre réponse ...

 

« La Déjouissance » roman-suicide par Jérôme Vallet, maître de musique.

 

Contrairement à la majorité de mes contemporains je ne suis pas dans une situation hystéro-dépendante vis-à-vis de l’argent, gros avantage en toutes occasions !

La seule chose qui m’intéresse vraiment étant ce que je produis par moi-même, des idées ou des phrases ? enfin ce que vous voulez, je fonctionne très bien en régime d’économie.

Malgré les vautours et les chacals qui planent et rodent autour de moi, me voici donc profondément libre pour réfléchir à des problèmes que nul ne voit sinon moi-même.

Mettons que je sois un précurseur et que nul ne comprenne ce que j’exprime avant quelques décennies, cela importera peu, si moi j’ai la joie - en quelque sorte une extase - de la découverte.

La manière dont la plupart réfléchissent, engoncés dans de vieilles somnolences intellectuelles me fait sourire, mes réflexes d’ingratitude font que je ne vois que par moi quand je pense et que je connais une pierre de touche sans défaut de mon originalité c’est le regard hostile ou médusé de ceux qui me voient et me lisent. 

 

Au total je suis l’être le plus original ou le plus neuf que j’ai rencontré et comme je me vois volontiers de l’extérieur, il ne me semble pas que je me surfasse.

 

A un certain degré de virtuosité de la maîtrise de la langue je ne me soucie pas de savoir comment je commence mes phrases car je sais toujours que je les finirai en retombant sur mes pieds, car si l’écrivain n’a pas des pattes de velours il est moins qu’un athlète du mot le plus souple, juste un tâcheron du non-dit, quand il lui faut être un ouvrier du verbe recommencé. Car enfin c’est bien cela, il lui faut recommencer la langue toujours sur de nouveaux frais.

Le véritable paysage qu’il décrit, c’est celui de la langue, pour les oublieux et les inattentifs.

Le pittoresque c’est celui des mots, la morale c’est celle de la courbe de la phrase ... on est loin de l’éthique tant vanté par tel ou tel, car celle-ci supposerait une science qu’il n’est pas dans les objectifs de l’artiste d’atteindre, il lui faut viser, toucher et laisser tomber ensuite le lecteur avec toutes ses questions.

C’est une question de rapidité et de prestesse du pinceau si fin qui trace les mots, de la pensée qui choisit à l’émotion qui subit.  

Il n’est pas dans mes intentions de rien vous dissimuler, mais il n’est pas dans mes intentions de rien vous dévoiler.

Mystère en pleine lumière disait-on de l’art de Picasso et en quelque sorte de tout art qui se respecte qui est un miroir qui ne recherche pas les suffrages de l’ombre et les accomodements de la pénombre.

Je cherchais une poétique et Lorédan m’en avait promis une mais comme il n’est pas philosophe pour deux sous - et surtout pas sur sa sacrée petite personne - j’en fais une moi-même succèdant à Boileau ou à Valéry.

Mais peut-être que ma poétique ressemble à ma philosophie ? et cela seuls les observateurs impartiaux sauront en rendre compte.

Nous avons tous une philosophie que nous ignorons, et c’est la meilleure, car elle est vraie dans l’instant où elle se transforme en action.

Cette philosophie-réflexe à le trait d’union pour elle.

 

Thème et variations pour Jérôme Vallet :

Qu’il songe un peu aux rapports du continu et du discontinu en musique, des relations entre la notation et la mélodie qui se fait par exemple.

Il y a là une abysse pour les esprits déliés qui s’occupent de création musicale ou autre (c’est dans ces abysses que se logent l’interprétation et l’interprète).

 

Le charme d’une pensée libre est irrécusable.

Contre toutes les théologies qui affirment le néant de l’homme ...

 

J’aime bien montrer la pensée en gestation.

Maintenant moi qui ai si longtemps porté des bourgeons, je puis bien montrer aussi quelques fruits.

Pour rebondir sur « les homme d’airain » de David Madore, on ne les connaît généralement une fois qu’ils sont matures et qu’ils ont porté à l’incandescence les dons de nature qui leur avaient été prodigués.

Laissons-lui quelques illusions, c’est ce qu’il faut se dire en pensant à la jeunesse.

Certes je suis dur parce que ma pensée se tend vers un but lointain, mais je me souviens aussi des progrès que j’ai accompli en laissant mon esprit suivre son cours naturel dans tous les méandres et les linéaments d’un vaste parcours, donc ne troublons pas exagérément les jeunes consciences qui se font en suivant leur ligne de plus forte pente.

 

Loérdan très « Damoiselle élue » déclarera toujours « il va venir ... », mais il n’aime pas que je le féminise. Ô tant pis ... je lâche le morceau : Lorédan est un personnage travesti imaginé par D’Annunzio pour un bal costumé de Diaghilev au Lido de Venise. Il a joué aussi plus tardivement dans « Mort à Venise », il faisait la maman du petit garçon blondinet aux boucles d’archange.

- Mais tout cela est ravissant, mon cher !

- C’est surtout très délicat et cela tient à un fil.

- Un fil cousu d’or comme votre bouche !

- Vous connaissez l’histoire du Perroquet qui déclarait après qu’il lui soit arrivé certain malheur : « Cul cousu ! cul cousu ! » eh ! bien, c’est ce qu’il risque de vous arriver si vous continuer à bavasser et que Lorédan passe par là !

 

 Il faut apprendre à se tromper et il faut apprendre à apprendre (c.a.d à reconnaître ses erreurs).

 

La moralisation de la vie publique - ou vie politique - est typiquement un symptôme de décadence. L’opinion publique est catéchisée à « ne pas faire » plutôt qu’à entreprendre ce qu’elle ne saurait de toutes façons plus mener à bien. L’exploit principal des hommes d’état est alors de conserver ce qui peut l’être dans une faillite qui s’annonce.

 

Jérôme Vallet n’a pas du tout - mais vraiment pas du tout - l’esprit scientifique - il nous propose pour comparer les mérites de la reproduction du son par des systèmes analogiques et numériques, de prendre un mauvais système numérique contre un médiocre système analogique. Et alors ? à ce compte vous passez un film non à 24 images par seconde mais à une ou deux par secondes et vous direz que le cinématographe a échoué à obtenir la reproduction du mouvement !

Cela n’a pas de sens, il y a une certaine physiologie de l’homme qu’il faut respecter pour obtenir les effets voulus, mais Jérôme Vallet ne fait dans ces petits messages des 11 et 12/8/4 sur le site de la SLRC que le procès de la nature humaine imparfaite (et tout ce que vous voudrez) et en aucune manière il n’obtient une comparaison raisonnée de la reproduction analogique versus la reproduction numérique ! 

Ce n’est pas comme cela qu’on travaille : sur des impressions ! quel artiste ce Vallet !

 

Ce qu’on appelle l’analogique dans les systèmes de reproductions du son, ce sont des systèmes mécaniques et électromagnétiques qui reproduisent le son par variations continues d’un signal électrique.

Le numérique échantillonne d’une manière plus ou moins fine le spectre sonore en l’analysant d’abord puis transmet les bits ainsi obtenues par divers moyens en reconstituant au final un signal analogique.

Bien entendu, on peut plus ou moins réussir l’échantillonage, mais en aucun cas c’est la transmission qui est en cause. On se base pour l’analyse du spectre sonore sur les facultés auditives de l’oreille humaine au-delà desquelles on considère qu’il est inutile d’aller. Inutile d’échantillonner des sons que nous ne percevons pas !

 

Mais peut-être que l’oreille de Jérôme Vallet est plus fine que n’importe quelle ouie humaine et qu’il souffre de ce que nous n’entendons pas ! dans ce cas il faudra concevoir des appareils spécialement adaptés aux extraordinaires facultés acoustiques de l’individu J.Vallet !

 

Je vais commettre une indiscrétion en ouvrant ma correspondance avec Lorédan, mais comme il m’a affirmé que sa famille était parfaitement au courant du contenu de ses « pensées » cela ne peut avoir aucune conséquence et je m’en voudrais de laisser perdre de si merveilleuses idées qui peuvent profiter à l’ensemble de l’humanité :

 

« Et puis je déteste ces mariages qui contribuent à la procréation de masse.
Votre bourgeoise famille ne s'en rend pas compte mais aveuglée dans son contentement social elle aggrave l'infamie nationale.

Vous au moins avez fait le choix, ou la nature vous l'a-t-elle imposé (don de Dieu ou sinistre méprise) de l'amour des hommes ce qui cause moins de dommages en terme de démographie.

Ce que j'espère c'est que le jour où ma soeur ou moi-même nous unirons à autrui, il sera fait plus sobre cérémonie et plus frugales ripailles !

Je n'aime pas la pompe ... »

 

Je souligne le « Je n’aime pas la pompe » qui est grandiose car qui ne connait la simplicité d’expression et le naturel si direct de Lorédan quand on l’a un peu fréquenté !

D’autre part Renaud Camus partage exactement les mêmes impressions sur la surpopulation et m’a d’ailleurs fermement invité à dire à Lorédan de déguerpir du Gers car sinon il lâcherait ses chiens sur lui, je lui fais donc cette invite pressante de prendre ses cliques et ses claques et de filer le plus loin possible de Plieux, Marsolan étant décidément trop à l’ombre du château du Maître ...

Pour ce qui est de l’union future de Lorédan avec le vent ou la tempête, il n’aura qu’à faire cela à l’ombre d’un chêne antique et ripailler avec des glands et des fèves cela suffira, les discours qu’il fera certainement pour l’occasion suppléeront largement à la peine d’être venus à son mariage !

 

Il y a à peu près la moitié des phrases de Jérôme Vallet que je ne saisis pas, si des esprits plus perspicaces que le mien pouvaient en donner une traduction simultanée ce serait formidable (cette traduction serait-elle une transduction pour les esprits faibles et peu lumineux qui vivent dans des univers appauvris en dimensions supplémentaires comme moi ?).

Il s’agit d’une moyenne pondérée par les incertitudes fondamentales du numérique ... ah ! si seulement Internet était du bon vieux analogique !

 

J. Vallet parle des « briques » du numérique que l’on entend en étant attentif, en-dehors de la rime intérieure qui a dû appeler le mot je ne vois pas de quoi il parle, s’agit-il des bits, ces suites de 0 et de 1, si c’est cela il a vraiment l’ouie fine !

En gros c’est le leitmotiv principal de la pensée de Jérôme Vallet qui revient sans cesse : chassez ces techniques qui empêchent mon oreille intérieure de fonctionner. On pourrait lui dire : « Poète prend ton luth et tais-toi ! », mais non ! mais non ! il veut faire de la musique à l’oreille, tout en empêchant les autres d’en faire par le truchement d’une machine. Il voudrait être le grand dictateur des notes, un peu comme Lully au temps de Louis XIV, et comme il n’y arrive pas cela le déprime profondément.

L’existence de Jean-Michel Jarre et consorts avec leurs synthétiseurs l’empêche de respirer le bon air du contrepoint et de la fugue renversée !

Il y avait déjà Maurice Jarre et sa mauvaise musique classique de film, et puis voilà que débarquent les fils, tous ces escogriffes qui font de la musique à grand coup de logiciels ! Insupportable !

Bien entendu je ne veux pas empêcher Jérôme Vallet d’être la terreur du monde musical et d’épurer à l’instar du petit caporal autrichien la Terre entière des mauvais compositeurs, mais qu’il fasse donc des listes de proscriptions et nous expurgerons en choeur !

Je comprends son amitié pour Renaud Camus qui voudrait être la Terreur de France-Culture et lui non plus n’y arrive pas !

L’impuissance déprime, nous le savions ...

La mégalomanie impuissante déprime absolument, nous le pressentions, J. Vallet et R. Camus nous le prouvent chaque jour.

 

R.Camus qui édicte les règles du bon goût en toutes choses, littéraires, politiques, artistiques, canines etc, J. Vallet qui complète les édits royaux avec la règle à musique sur les doigts malpolis des petits garnements qu’on lui a confiés ! pas touche à mon château, pas touche à mon clavier ! jolie famille !

 

Le bas niveau qui monte à l’horizon ... oui, c’est la mer qui enfle, la mer des imbéciles heureux ou pas heureux.

Je suis content de voir qu’une société a été fondée sur le Net pour recueillir la pensée de tous ces ravis et réjouis.

 

Ne rechignant à aucun sacrifice, j’ai dû aller dresser la jeune pimbèche du Gers, la marsolanaise, je l’ai enfermée dans une vaste bâtisse où je lui ai fait croire que la lune était le soleil et où je l’ai décorée avec des habits d’arlequin en lui disant qu’elle était belle comme une donzelle du XIIIème siècle, ravie et aux larmes elle m’a remercié et je lui ai enfin fait la feuille de rose qu’elle attendait depuis si longtemps ; et un pucelage de parti me suis-je dit !

La guerre des deux-roses n’aura pas donc pas lieu !

Et comme elle est douce maintenant, une vraie fée du logis, elle qui se prenait pour une dogaresse !

 

« Nous abhorrons les choses compliquées », disait M. de Montesquiou et il rajoutait «Il faut que tout soit franc et de bon aloi car nous n’aimons pas la pose ! ».

Lorédan opinait du chef tout en maniant une cuillère d’argent à manche incrusté de nacre dans le potage au vermicelle qu’il avait assaisonné de balsamine, il susurra : « Et d’ailleurs, nous ne fréquentons que des gens simples, tenez hier par exemple nous recevions le marquis de Plieux - tout à fait entre nous il est de moeurs un peu frustes -  son château part en quenouille - eh bien ! pour ne pas l’humilier, nous lui avions préparé des produits de notre terroir, soupe aux carottes cuites avec navets et potirons, il s’est senti comme chez lui, le bonhomme est reparti enchanté. »

- « Il paraît qu’il fait des choses avec ses valets, il faut dire qu’il a fort peu de visites ! » s’exclama le baron tout en posant une main caline sur l’épaule du soupeur.

- « Ô, on m’avait pourtant confié qu’il était amoureux de sa jument ! mais tout cela est exquisement rural ! » souligna en piquant un fard le jeune Frédéric.

C’est ainsi que les longues soirées d’été se passaient dans les jardins de Marsolan entre un petit madiran de pays et une terrine de foie d’oie.