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Le Parti de Mon Innocence
Bip, Bip ! Bip,
Bip !
Pour la suite des « Bip ! Bip ! » s’adresser
directement à moi, je suis obligé de rationner les « Bip !
Bip ! » que voulez-vous les temps sont durs !
Aux âmes bien nées :
Et les moisiphiles ont-ils
le droit à l’existence ? et même à l’essence (de rose et de benjoin)
?
Je ne vois pas pourquoi il y
aurait un syndicat d’intérêt, une conjuration franc-maçonne et juvéophone (du
commissaire Juve ennemi de Fantômas) contre ces braves champignons de couche,
de Paris ou d’ailleurs, cabale venue des élites masquées de Saint-Germain des
Prés qui préfèrent le caviar métissé à nos petits champignons mignons - nos
braves champis, champignons de France - qui font de la résistance dans leurs
carrières souterraines pendant que d’autres se dorent la pilule ... - et qu’eux
blanchissent sous le harnois.
Je pose la question :
la truffe est-elle plus morale que le champignon de Paris ?
La bêtise est fascinante
(les bons auteurs ne me contrediront pas), surtout quand elle s’exerce à un
haut niveau comme chez Dominique de Villepin, ce héron qui essaye toujours de
picorer une assiette vide.
Je lis un entretien dans le
Figaro du 21/6/2004 entre deux économistes, je suis toujours étonné de voir à
quel point la science économique est mal fichue, et dans ses bases et dans ses
modes de raisonnement. Il faudrait entièrement la rebâtir, définir ce qu’est
une richesse neuve, montrer comment, par quels moyens on la produit et on la
distribue et comment elle va enrichir ensuite la société tout entière.
Pour comprendre vraiment
l’économie, il faut déjà saisir le mode de fonctionnement du monde physique -
question énergétique par exemple (thermodynamique) - et celui du monde vivant.
L’enrichissement véritable, premier et dernier but de l’être, est celui d’un
mode de complexification qui va sans cesse croissant et qui est négentropique.
Comment ce mode
d’enrichissement se provoque ? se transmet ? se perpétue ?
Voilà les bonnes questions à
poser.
Unification et
différenciation qui sont les bornes de tout marché qui est toujours l’union de
deux mouvements contradictoires qui seuls sont susceptibles de former un
moteur.
Il n’y a pas de véritable
différence entre le mode de fonctionnement d’un moteur physique et celui d’un
moteur abstrait - c’est à dire du fonctionnement de notre cerveau. Donc inutile
d’opposer richesses réelles et richesses fictives (ce sont les mêmes).
Il y a par contre des
intérêts momentanés qui sont divergents. Il s’agit donc toujours de résoudre
ces conflits d’intérêts.
Je connais peu de gens qui
savent réfléchir sous le signe de la plus grande généralité.
Parce que cela passe
toujours par la transaction d’un langage qu’il faut sans cesse réinventer et repréciser
à l’infini.
Tache humaine par
excellence : l’invention de la langue.
Le nombre n’est qu’un
appendice à ce travail (il a d’ailleurs plusieurs faces).
Je suis bien conscient de la
difficulté à me faire comprendre par d’autres et que seuls les esprits les plus
profonds, ceux qui ont vraiment approfondi les bases de domaines très
abstraits, comme la physique fondamentale, les mathématiques supérieures ou la
biologie dans ce qu’elle a de plus abouti me saisiront.
Et je rajouterai aussi la
philosophie quand elle se donne la peine de penser vrai et juste des problèmes
qui ne sont pas inventés de toutes pièces pour nous faire tourner autour d’un
rien qui ne sera jamais qu’un jeu formel ....
Toute pensée profonde est
aussi un jeu formel mais ne confondons pas ce jeu et l’enjeu.
Le jeu versus l’enjeu ...
Dans le jeu inventé par
l’homme on connaît toutes les règles, dans le grand jeu fourni par la nature,
on n’épuise jamais cet inventaire.
Maintenant il est des jeux
inventés par l’homme qui simulent l’infini comme le hasard pur assez bien pour
qu’on s’y laisse tromper.
Je renvoie par exemple à la
théorie de l’information, à la théorie des automates cellulaires etc.
L’intelligence artificielle
n’est encore qu’un vain mot mais on circonvient de plus en plus ses entours.
Les économistes qui se
battent à coups d’étiquettes comme les physiciens d’avant Descartes
raisonnaient en termes de substance et d’essence.
Le marché est un instrument
de mesure avec toutes les imperfections et impuretés que l’on veut mais c’est
un instrument qui a le mérite d’exister.
Comment remplacer
l’appréciation humaine, somme de moyennes ou au contraire écart influencé par
quelques-uns qui sont d’un grand poids, par un diktat issu d’une idéologie
quelconque ?
Cela reviendrait à retourner
à ces congrès soviétiques où l’on jugeait des notes et des portées de musique
par oukases venus du comité central !
Il y avait les bonnes
pensées et les mauvaises ... contenues dans les partitions !
Comment différencier la
musique de tel compositeur de tel autre ? peut-être par la qualité du
dévouement qu’elle inspire ? la qualité tout court de ses auditeurs ?
c’est une chaîne infinie qui mène de Bach au dernier des mélomanes, à travers
tous les intermédiaires du plus savant au plus ignorant.
Oui, il existe un marché de
l’appréciation musicale, qui est mouvant et complexe, qui est fertile par
moment et par moment stérile.
Comment décréter à l’avance
la note à donner à des notes qui n’existent qu’à travers l’audition qu’elles
suscitent ?
La science dépend de la
science en un long enchaînement de circonstances. L’art dépend de l’art ...
L’homme dépend de l’homme
pour se juger.
On ne saurait plus mal
choisir son moment pour vouloir rentrer dans l’édition, dans la librairie ou
chez les éditeurs de presse, que celui où la multiplication des moyens de
diffusion mange toutes les ressources économiques habituellement dévolues à ce
secteur. J’en discute souvent avec des amis, le temps de nos journées n’étant
pas extensible à l’infini, ce que nous pouvons consacrer à la lecture vient
entrer en concurrence avec toutes nos autres activités : la simple lecture
des mails prend un temps fou, l’usage du téléphone portable aussi utile soit-il
est aussi grand dévoreur de minutes précieuses, on peut multiplier les exemples
et montrer que nos journées se raccourcissent - et l’ennui aussi diminue - or,
la lecture avait comme fonction, une de ses utilités principales, d’être un
loisir qui lutte contre l’ennui, qui s’installe très vite dans l’oisiveté comme
un maître dévorateur du moral. Nous y voici : plus d’ennui, plus de besoin
de lecture pour le combattre. Plus de chagrin léger ou profond, plus de
minutes, d’heures et de journées de lecture pour l’apaiser (Montesquieu
dixit : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture
n’ait suffit pour me consoler... »).
Idée de slogan pour les
libraires : « Vous avez un chagrin ? achetez-vous un bon
livre ».
Même moi, est-ce que je lis
autant qu’avant ? est-ce que je me plonge aussi profondément dans la
littérature ? est-ce que je m’absente aussi volontiers du monde, alors
qu’il le faudrait bien en ces jours, tellement les chagrins se sont
accumulés !
Je recherche plus maintenant
les contacts que les douleurs (de l’art).
Douleurs données par l’art
... jolis maux !
Employabilité ... ô
l’affreux mot !
Je ne connais pas mon
employabilité, qui pourrait me faire un topo à ce sujet ?
Une critique de
l’édition : plus elle s’auto-censure pour satisfaire aux exigences du
marché le plus large - ce qu’on appelle généralement le politiquement correct
qui est une contrainte de public et non une morale transcendante à la Kant -
plus aussi elle réduit l’intérêt de son existence. Pourquoi lire un livre ou un
journal qui n’ont rien à nous apprendre que nous ne sachions déjà ? d’où
le refuge dans les joyeuses futilités, la pipe de Clinton, le mariage du prince
avec la princesse, les ennuis fiscaux du chanteur ... tous sujets qui me
passionnent au premier chef, tu penses ! évidemment on peut faire comme
Barthes et y voir des signes ! les signes qu’on s’avance vers le plus
grand dénominateur commun qui est quand même le néant ! mes visites
récentes au cimetière ne me rassurent pas plus que cela.
La presse devient donc un
cimetière de nouvelles et l’édition une fosse commune aux idées.
Conditions pérennes pour une
crise durable de l’édition.
Quant aux belles phrases,
qui les cultive hormis moi ?
Je finirai par m’endormir
avec une belle phrase qui dansera dans ma tête pendant que je sourirai aux
anges qui viendront me délivrer de tous les autres mots.
Un pur poète qui fait danser
sa yole dans la vive rivière des mots qui chante.
Et c’est tout le sens pour
lui qui reste du monde.
La mort ... la mort bête.
Bien oui quand la bête en nous prend sa revanche. Elle nous emporte comme le
coursier fatal vagabonde dans les prairies de l’immortalité.
Mais l’esprit qui peut y
croire ? sinon seul celui pour qui il a existé un moment.
Cette peu commune idée de
l’immortalité. Idée folle et certaine.
Périront les astres et les
galaxies, les molécules et les atomes, mais ne périra jamais l’idée de l’esprit
qui fut.
A chacun un futur dans le
grand vent de l’histoire du monde.
Immortalité noire et dorée,
dit l’un, immortalité maigre et voutée rit l’autre.
Immortalité chantante ou
dansante.
Immortalité qui a une bonne
odeur.
Ou bien mortalité qui passe
son temps à rire ...
Si le temps existe pour les
Immortels, il faut bien qu’ils l’occupent. Et si non, c’est qu’ils ne sont pas
plus de ma race que de la leur.
L’ensemble qui n’est pas
compris en lui-même ...
Selon Borges, l’immortalité
- miroir du monde - était dans le recoin d’un escalier, sur une marche obscure
vouée à la destruction ...
Certains la voient dans une
bombe ... d’autres dans un virus ! allez trancher dans ces diverses
opinions insaisissables !
La vie est une métamorphose
n’est-ce pas ? pourquoi pas la mort ? pourquoi serait-elle cette
gelée qui fige dans le temps toutes choses ?
Je ne vois pas de nécessité
absolue à l’immobilité éternelle.
La mort est un songe ?
oui, un peu plus long. Et la vie faite des riens d’une rose qui fleurit.
Manière de poème.
Que sont les mathématiques
sinon de la poésie stupéfaite à jamais, une immobilité et un sacre.
Baiser quelque chose
d’abstrait malgré la froideur apparente pour voir refleurir le spectacle de
l’aurore de la pensée.
Quelques signes d’un
diamant, quelques affreux nombres qui scintillent, une parure d’équation qu’on
devine vivante.
Seuls aiment ceux qui
savent.
Un moment cette grâce qu’on
a pu vivre à deux et dont l’un se souvient au bord des gouffres.
Un pas et c’est la
détestation de la vie qu’on retient si mal.
De quel côté suis-je ?
la justesse du réveil de l’amour ne se corrompt jamais.
Drôle de rêve. Le vrai
choix, aimer ou vivre. Matière d’être. Matière à enterrer.
L’abondance du choix met mal
en point le temps.
Les sentiments se dévoilent
la nuit, ce qui ne fait pas mon affaire.
La parure de nos jours n’a
pas trouvé une forme pour s’exprimer ... chez les autres.
Je regarde curieusement ce
temps lisse qui est le nec plus ultra de leur forme d’existence, une certaine
jeunesse sans ferveur qui n’a que le nom pour être jeune vraiment.
Je m’amuse de ces lagunes
qui ressemblent un peu trop à « Paludes ».
Je ne cite même plus les
noms, car ils sont éminemment interchangeables.
Si la soft-littérature est
devenue une littérature-réalité, ou si les extrêmismes de l’écriture ne sont là
que pour recéler un manque de goût à vivre par soi, à quoi bon cultiver l’art
et la lettre ?
L’écrivain cherche à
s’imiter soi-même pour développer sa petite musique. Au-delà il ne fait
qu’imiter le goût de son temps, goût journalier dont il ne s’échappera que par
volutes ...
Je ris de tous ces faunes qui
n’en ont ni le poil, ni l’odeur ...
Sollers faune
intellectuel ? c’est beaucoup donner à sa Nature et c’est beaucoup retirer
à l’intelligence qu’on appelle, en France seulement, l’esprit.
La littérature qui marine -
non pas celle à voiles mais plutôt celle qui se dégage des vapeurs du mout de
raisin - seule porte les bons crus du langage. Mais il faut du temps et du bois
qui est aussi celui dont on fait les cercueils.
Sous-jacent à l’art
d’écrire, l’art de mettre en prison le temps, de jeter les rets sur cet animal
fauve, une certaine propension à aimer la mort qui fige les rêves. Certains
disent que les écrivains sont des pervers qui s’ignorent pour accorder un tels
poids, une telle présence à leurs fantaisies.
Bast ! tel mal élu ...
dirait Mallarmé.
Oui, l’on peut dire que les
écrivains sont des mal-élus, retenus par la langue à tout un peuple qui feint
souvent de les ignorer et qu’ils snobent outrageusement.
C’est de ce rapport
délicieux et délicat de l’écrivain et de son public que naît le plus beau fruit
d’une langue que l’on appelle l’art d’écrire et de désoler les imitateurs.
Mais je resterais
intarissable sur ce sujet si je ne me taisais de temps à autre.
Laissons le parfum du temps
se dissiper sur ces objets noirs et secrets, renfermés et austères, qui sont
les caractères sur le papier trop blanc ou l’écran trop vide.
Dirai-je un jour les sources
secrètes de mon plaisir ?
Il s’échappe au temps celui
qui joue de son corps à travers les mots divers que le hasard lui propose et
que l’invention retient pour des jeux cruels.
Je qualifie cet être avec
des mots si durs et si doux que personne ne peut songer y échapper.
Ô prestiges du verbe qui
fait rêver à des rives sans fin ... d’un jardin de mots.
Outrageusement soi-même
l’écrivain ne laisse rien passer dans ses filets que l’écho du réel et le rêve
de demain.
La censure et la bêtise sont
deux soeurs jumelles qui vont sur la même route.
Quand elles s’allient à la
justice, elles produisent le totalitarisme.
En quoi les élucubrations de
tel ou tel concernant l’histoire passée peuvent-elles empêcher les rêves libres
et futurs des autres ?
Je cherche à m’échapper à
l’émotion. Je hais ces sentiments qui m’ont fait tant de mal.
J’adore la tranquillité et
la douceur de l’âme. Le calme plat des pensées transcendantes. Le grande
étendue du langage, océan sans limite et miroir fécond.
La bonne conscience :
un totalitarisme comme un autre.
Elle veut dicter le passé
comme le futur et elle ne possède la raison ni de l’une ni de l’autre.
Il me reste la Lecture,
n’est-ce pas ? à défaut de me raconter.
Je veux voir l’idéal de plus
près. Et aussi retourner loin en amont de ma mémoire.
Je comprendrai alors deux ou
trois choses que j’ignore, puis imperméable à de nouvelles sensations, j’irai
ailleurs cultiver mon humanité avec les habits du moine ou du fou.
« Pub for ever »,
c’est un paradoxe, ça ?
C’est un joli slogan inventé
par mes soins en tout cas.
Les journalistes et les
journaux réclament la censure, mon dieu ! qu’à cela ne tienne ! la
meilleure censure c’est encore la page blanche ! et elle est à la portée
de toutes les bourses et de tous les courages.
De toutes les façons qu’on
prenne la chose avaient-ils encore quelque pensée à exprimer ?
Si l’on veut dire des choses
vraiment neuves, il faut y réfléchir profondément, ce qui n’est guère à la
portée de tous.
Plaisir du Néant, même
celui-là ils le rateront ...
Au nom du bon plaisir de
tous, probablement.
Vouloir satisfaire le meunier
et son maître, c’est accepter de ne rien créer du tout.
Pity for ever ... pitié pour
tous!
Admirable dépression
verbale, admirable dépression tout court.
Il faut dire que je me
considère comme responsable de la mort de ma mère, ce qui n’arrange rien à ma
situation et à mon état.
Toutes réflexions bues, la
moindre contrariété me désole. Je ne vois pas comment je pourrais émerger de
cet océan de contradictions.
Evidemment la mort ... quand
la vie devient rien moins que certaine.
Je cherche une lumière qui
ne vient point. Point.
La futilité n’est vraiment
plus mon royaume, si elle l’a jamais été.
Rien de gay en moi, une
sombre rumeur. Une conjuration du malheur. L’horreur sans nom de la nuit.
Il n’est pas de bruit qui ne
sonne comme une cloche funèbre.
Remuement du corps. Silence
chez moi alors que j’étais habitué à la rumeur de la plainte continue de ma
mère. Du coup ce luxe est funèbre. Horrible, désolant, désorientant.
Où se trouve le gouvernail
de ma souvenance ?
Malherbe cet homme qu’on
aurait pu croire de marbre, a fini vaincu par la douleur de la perte de son
fils, dont il réclama vainement vengeance au nom du roi en un sonnet funèbre
plus courroucé que résigné.
Descartes, noble esprit s’il
en fut, ne trouva pas de raison de se consoler de Francine, sa fille naturelle,
malgré toutes les raisons du monde qui étaient en son esprit.
Jours de doute, jours de
douleur.
Le mieux serait d’écrire,
mais j’ai quelque problème à tenir la plume, même s’il s’agit d’une plume
électronique.
Si je me drogue avec je ne
sais quels psychotropes je vais devenir un zombie et je finirai comme ma mère,
plus encore vaincue par les médicaments que par la maladie.
Pauvre mère qui a souffert
de me voir le moral abattu, anxieux et irrité après le 14 avril.
Il est possible que j’aurais
réussi à la maintenir en vie jusqu’au commencement de l’automne si les
circonstances n’avaient pas été si adverses.
Mes problèmes ont rejailli
sur elle et ont abrégé sa vie de peut-être trois à six mois.
Certes sa fragilité était
devenue si grande qu’elle aurait pu chuter et rechuter à n’importe quel moment,
mais enfin la fin fut brutale et moi déconcerté malgré l’attente finale qui
était de toute évidence rapprochée, ce dont j’avais pleinement conscience.
Je savais que l’année ne
passerait pas et elle aussi.
La veille de sa chute elle
m’a remercié de tout ce que j’avais fait pour elle.
C’est son testament
spirituel, il faudrait que je m’en tienne là, plutôt que de me persécuter de
vains remords de n’avoir pas su la retenir encore un peu.
Elle était quand même la
personne qui m’aura le mieux aimé au monde.
J’ai cassé un miroir ce matin dans ma salle de bain, sept ans de
malheur dit la sagesse populaire ou bien la légende qui conte si bien les
malheurs des autres, mais à prendre dans le passé ou dans le futur ? si je
regarde les sept dernières années, cela fait largement le compte.
En tout cas je n’ai plus de
visage quand je me débarbouille et que je daigne regarder au-dessus de mon
lavabo le résultat de mes efforts patients. Tout un symbole.
Je vis dans un monde qui est
de plus en plus kafkaien, de plus en plus loin d’un monde voulu, le hasard
primordial s’y est introduit de telle sorte que seul l’art a quelque chance de
me sortir de là.
Quand le hasard s’introduit
en force dans une vie, c’est que l’échec n’est jamais bien loin mais c’est que
aussi tout y devient significatif.
Le hasard est un monde
décalé.
J’ai racheté un miroir et
l’ai mis à la place de l’ancien, quel plaisir de retrouver son reflet !
c’est curieux qu’on soit si attaché à cette petite chose.
C’est mon reflet moral qui
me pose problème surtout.
Ma mère m’a laissé en
héritage son angoisse perpétuelle. Quel joli cadeau !
On dirait qu’elle a voulu
imprimer en moi son souvenir pour survivre malgré tout.
Il est probable que sans mes
problèmes psychologiques qui démarrent au 14 avril de cette année, j’aurais
réussi à la faire survivre encore quelques mois, mettons trois à six, et que
c’est son propre délire qui a activé sa dégradation.
Comme un cercle vicieux sur lequel
je n’avais aucun contrôle.
A son âge et dans son état,
je savais bien qu’elle s’acheminait vers la mort, mais elle m’a réservé ce à
quoi je m’attendais de sa part : une mort brutale au lieu d’une mort
douce.
Je ne crois pas que de
toutes les manières il en eût été autrement, même six mois après. C’était sa
manière de laisser son empreinte.
Du coup mes propres nuits
sont hantées.
Cette machine à souvenirs
qui fonctionne toute seul, ce chaudron magique est vraiment une invention
diabolique.
Ma pauvre mère m’aura
prédestiné à partager sa folie.
Mes jours et mes nuits sont
hachurés de cruauté mentale, de moi sur moi, d’elle sur moi, du destin sur la
vie, du temps sur l’immobilité du souvenir, du rêve sur la mémoire.
Qu’est-ce qui aurait pu être
et qui n’a pas été ?
Vieille question, question
ancienne comme le monde.
Il y a une certaine
conformité de ses actes et sa personnalité, elle est restée elle-même jusqu’au
bout, peut-être est-ce ce que je devais lui laisser plutôt que chercher à la
prolonger inutilement pour mon propre plaisir.
Où est la vérité d’un
être ? dans la longueur du temps qu’il passe sur cette terre ? ou
dans la personne entière ou dans le masque ?
Si l’on est plus ou moins
intellectuel, tout ceci s’exerce à des points de vue différents.
Moralité : garde-toi
d’imiter autrui et dans ta vie et dans ta mort.
La mort de ma mère lui
appartient. Je ne sais qu’en répéter les moments furtifs où nous étions en
contact.
Elle et moi, moi et elle,
deux êtres un moment sur terre se sont rencontrés.
Confidentialité que je ne
peux qu’écorner sans jamais la dévoiler qu’avec des mots pauvres et décolorés.
Elle m’a laissé un drôle de
trésor, que je ne sais pas bien faire fructifier et grandir, ses angoisses et
ses peurs.
Qu’est-ce qu’il en résulte
de tout cela ? de tout ce désordre essentiel qu’on appelle un
individu ?
Je ne poserai pas la
question fameuse de Mallarmé au sujet de Villiers, vécut-il en somme ? car
il est certain qu’elle vécut suffisamment longtemps et avec une suffisante
autonomie pour qu’on puisse y voir sa courbe en entier.
Quelques jours de plus
n’auraient rien rajouté, sinon ma tranquillité d’âme.
On ne se pose qu’en
s’opposant, c’est ce que je devrais me dire.
Son existence, close,
n’était pas la mienne, il me faut songer à autre chose, qui se dessine bien
mal. Qui est clos de murailles et où je cherche un horizon maintenant.
Elle a longtemps été un
motif à vivre, un fil en retour dans la tapisserie. L’oeuvre est achevée. La
mienne est échevelée, en désarroi devant la multiplicité de l’incertain.
Je ne sais pas dessiner.
Grand drame de l’incertitude intellectuelle.
Mauvaise nuit, ça n’a pas
l’air de se calmer.
Perdre sa mère est une
chose, perdre sa mère par sa faute, du moins c’est le sentiment que j’ai, en
est une autre.
Vrai cauchemar que je ne
souhaiterais n’avoir jamais connu.
Cela ne ressemble pas du
tout à l’idée que je me faisais de mon destin, même si cette misère
supplémentaire fait partie de toutes les misères que ma mère m’a faites.
Grande tristesse devant
cette vie, la mienne ? ô si peu ! je suis débordé de chagrin. Jour et
nuit m’échappent. Si encore mon esprit s’occupait à quelque chose de
nécessaire.
Au lieu de cela la tyrannie
des sentiments et des émotions.
Pauvre mère qui ne savait
pas ce qu’elle faisait en s’abandonnant comme cela à la mort.
J’essaye de me raisonner en
me disant que de toutes les manières elle n’aurait pas tenu bien longtemps, et
que le chemin qu’elle a parcouru en un mois et demi du 14 avril au 28 mai, elle
l’aurait fait en six mois dans le meilleur des cas, ce qui nous mettait au
début de l’automne. Il n’en reste pas moins que j’ai ce poids sur la conscience
alors que ma situation morale est déjà compromise par les mauvaises nouvelles
sur ma santé.
C’est un exemple de la
manière dont ma maman a pu mélanger dans ma vie l’horreur et la douceur.
Toujours exercer un chantage sur moi, toujours me menacer, toujours vivre dans
l’hystérie du moment, il sera toujours facile après cela de s’étonner de mes
difficultés en tous domaines.
Je suis obligé de faire le
procès de ma mère dans la mesure où sa mort est un acte d’accusation contre moi
alors qu’en fait j’ai toujours pensé à elle et que je sais bien que si elle
avait vécu jusqu’ici c’était entièrement grâce à moi.
Elle ne savait pas ce
qu’elle faisait et elle m’a laissé la plus grande douleur qu’elle pouvait me
faire.
Sa folie sur laquelle je
n’avais aucun contrôle, qui avait empiré avec l’usage et l’abus de médicaments
à la fois pour soulager sa douleur qui empirait mois après mois et pour ne pas
se confronter avec mes problèmes et mon moral qui baissait, l’a emporté.
C’était inévitable.
Il était marqué qu’in fine
ce serait son désordre mental qui la détruirait plus sûrement encore que la
maladie.
Elle me le laisse en
héritage, semble-t-il ...
Tous les raisonnements
n’empêchent pas les crises de larme, pauvre maman qui a dû se sentir
rejeté ! la vérité c’est que j’avais besoin de me reprendre, d’avoir un
moment de pause et que cela ne m’a pas été donné. J’ai appelé au secours mais
personne n’a entendu ou voulu entendre.
Qui peut prétendre que
devenir séropositif au VIH ne représente pas un choc ?
Qu’intégrer cette nouvelle
demande au moins six semaines (pour le moins), que je n’ai pas eu le temps de
me retourner et que la catastrophe de ma mère ne m’a laissé aucune possibilité
de réagir tant ce fut rapide.
J’ai fait ce que j’ai pu et
personne n’a pris le relais au moment voulu malgré mes demandes pressantes.
Car j’étais bien conscient
de la situation périlleuse dans laquelle nous étions ma mère et moi.
Pauvre maman qui s’est
laissée mourir en quelques semaines.
Elle a dû se croire inutile
alors qu’elle ne m’avait jamais été aussi indispensable, aussi nécessaire.
Si seulement j’avais pu la
rassurer, lui dire quelque mot gentil, mais elle écoutait si peu et moi j’étais
si troublé, si confus, se fermé sur ma douleur propre.
C’est ce que je m’étais dit
au mois de mars quand je suis tombé malade, deux malades dans la même maison
cela faisait beaucoup.
Sans ce concours de
circonstances, nous aurions tenu encore quelques mois. Pas beaucoup parce que
sa fragilité était devenue très grande, mais encore quelques mois de bonheur ou
de pseudo-bonheur.
Une mort affreuse, une mort
injuste, personne ne sait ce que c’est que de tuer sa mère.
Ma pauvre mère - j’ai grand
ennui d’elle - qui était tout sauf une intellectuelle et qui était plus vivante
- dans le désordre et l’hystérie fondamentale de sa nature - que tout être mâle
ou femelle que j’ai fréquenté.
L’intelligence fait le vide
autour de soi, en quelque sorte, mais
c’est un vide fécond.
Elle dégage de l’oubli des
souvenirs et de la confusion des sentiments, des sites, des structures, des
temps, des lieux qui sombreraient sans elle dans l’indifférencié.
Le monde est une vaste salle
obscure dans laquelle il faut tenter de soulever quelques tentures en croyant
toujours trouver des portes derrière elles.
Le grand calme qui revient
en moi peu à peu me permet de dégager quelques constantes qui me sont
nécessaires, des ballasts anti-roulis, des appendices ou des éperons
anti-vagues.
Le vague est en effet
l’ennemi du penseur (sourire !).
Maintenant que je n’ai plus
de parachute, je suis obligé à faire plus attention ou disons à mettre plus de
rigueur dans mes chutes et donc à me ranger à l’opinion commune sur la
pesanteur des corps.
Comme on le sait le corps
est un délit commun à l’Esprit.
J’espère quand même
conserver suffisamment de légèreté dans le vêtement.
Si le langage est un grand
voile ... soyons le vent qui l’agite mollement ou férocement selon nos humeurs.
Un mien lecteur me disait -
un peu chattemite - que je savais tout, non ! lui ai-je répondu
superbement - et il agitait sa tête fièrement au milieu des nuées - je sais
presque tout, et c’est dans ce presque que se loge le diable (et aussi tout mon
esprit de répartie).
Mon pauvre ami, si je vous
parlais de ma modestie vous seriez ébloui et justement ma modestie m’empêche de
vous en parler.
Supposons que j’ai du génie
- supposons, ô malédiction ! - que pourrais-je bien en faire puisque par
définition c’est la donnée la moins échangeable ? la moins
marchandable ? la plus neuve ?
Par exemple en ce moment
j’aurais besoin de cent mille euros, quelqu’un pourrait-il m’avancer cette
somme sur les arréages futurs de mon génie ?
Ce ne sera pas une mauvaise
affaire puisque l’heureux bienfaiteur aura droit à une petite place dans mon
Panthéon personnel parmi les donateurs et fondateurs de ma gloire.
J’ai un ami qui n’a pas le
génie de Van Gogh, la preuve : il vend des imitations des Coquelicots et
des Tournesols de Vincent qu’il copie grossièrement après s’être offert
quelques leçons de peinture, or s’il avait le génie dudit prédécesseur en
tournesols et autres coquelicots, il n’aurait pas pu vendre ne serait-ce qu’une
seule de ses croutes, il faut donc et il suffit qu’il ait un talent reconnu
d’imitateur pour se vendre au tout venant.
Le génie ne nourrit pas son
homme, c’est la reconnaissance qui compte.
Faites-vous désirer avant de
songer à voler l’étincelle des dieux.
A contrario pour ceux qui
n’ont montré jusqu’à présent que leur talent et pas la moindre once de génie je
dirai : le génie est un élément difficile à dompter mais on y arrive avec un
peu de patience. Donc que personne ne désespère.
Au fond, n’est-ce pas ?
plutôt que de chercher du travail dans l’édition - très maladroitement, j’ai
oublié de préciser que je rapportais plus que je ne coûtais et ce d’une manière
générale - je ferais mieux de faire fortune en publiant mes oeuvres complètes
ou incomplètes.
Le titre est simple :
« Oeuvres complètes et incomplètes » par P.D.
La modestie et la jalousie
m’obligent à ne signer que de mes initiales.
Cela suffira d’ailleurs
puisque tout est dans le texte.
C’est un ouvrage ouvert à
l’inspiration du lecteur, il sera donc aussi court ou aussi long que l’on
voudra.
Les poètes font des vers
pour résister aux vers, comme c’est étrange !
J’avais réservé à un lecteur
un coin de mon Panthéon où il craignait de s’enrhumer, mais comme il est fait de
pierres spirituelles il n’est jamais ni froid ni glacé, il est à la température
idéale du cerveau de mon lecteur.
Il ne coûte rien d’avoir du
génie comme moi.
Mais malheureusement il faut
vraiment avoir une toute autre sorte de génie pour le vendre ce don gratuit des
dieux.
Il est toujours plus facile
de se vendre que de se donner. Mais il faut avoir auparavant fixé un prix
raisonnable.
Les dons de nature sont des
cadeaux incertains dont tous se méfient.
Napoléon accusait Sade
d’être immoral, en effet il est toujours immoral de n’avoir pas les moyens à la
hauteur de ses ambitions et de se targuer de passer au fil de l’épée pour son
plaisir une grande partie de l’humanité ce qui demande des ressources qu’un
faible prisonnier enfermé à Charenton ne pouvait raisonnablement escompter.
Napoléon avait raison d’y
voir une concurrence déloyale.
Nous cherchons toujours
Eros, mais Eros trouve trop vite nos pistes comme un bon chien de chasse son
gibier.
Un certain goût de la
France.
Qu’est-ce qui dénote un pays ?
un style.
Quand les élites se
corrompent au point de s’affadir, de renoncer à leur essence au profit immédiat
de se conformer à la foule dans ce qu’on appelle le politiquement correct, il
se produit une réaction en retour et l’âme du pays profond se cherche en
d’autres lieux et d’autres terres que celle de cet exil perpétuel.
Le bon goût c’était le goût
de quelques-uns, que s’entêtaient à suivre la masse incertaine d’elle-même qui
constituait le peuple ou au contraire à y résister de toutes ses forces, mais
si puisqu’aucun aujourd’hui n’assume une personnalité, alros tous sombrent dans
le gris indifférencié de l’ennui.
Il n’est plus une France
puisqu’il n’est plus de Frances particulières, revendiquées agressivement par
tout un peuple de petits coqs plantés sur leurs ergots quand bien même ils
s’enfonçaient dans un fumier commun, il n’existe plus qu’une vague mourante
d’idéal, un ressac de souvenirs, une mousse d’embruns qui évoque une odeur de
grand large.
La France des français était
une manière de résister aux communs accomodements des autres peuples, ce n’est
plus qu’une moyenne fade, sans rime, ni raison, une perpétuation des
arrangements de la vie.
Quand élites et peuple se
font face, il existe un lieu de jouissance et de combat, quand il n’existe plus
de possibilités de subversion c’est la confusion des sentiments et des
intelligences qui noit dans un spleen éternel toutes les grandes espérances.
On ne gagne rien à renoncer
au combat pour la vie. Même pas l’espoir, juste un exil de soi.
Ils ont oublié le sens le
plus important pour que vive un pays, c’est celui de la liberté.
Hélas ! mes
contemporains sont si peu français, je veux dire sont si peu francs et sincères
avec eux-mêmes : comment pourraient-ils retrouver une quelconque vérité au
fond du puits où ils se sont enfoncés ?
Il n’est de vérité que
spirituelle et il n’est de source réelle que dans l’esprit.
Le reste est agaceries et
contre-vérités, jeux mesquins et pauvreté réaliste.
Bonshommes en bois ... et
vieilles guenilles disait Satie.
Parfois aussi pour me
distraire je joue aux quilles avec des figures de cire toutes molles selon moi
et qui n’ont pas la saveur du pain d’épice.
Retrouvons le charme et la
présence furtive des larmes et du sourire dans les lettres. Ce sera déjà
beaucoup.
Une aura de liberté planait
sur l’esprit des français, aujourd’hui juste les liens et les fers d’une prison
dorée les désignent au reste du monde.
Gentils francais
qu’avez-vous fait de votre esprit ? depuis le jour où vous vous étiez
donnés à votre langue !
Je ne me fais pas un lyrisme
particulier de la maladie. Il faut être bien loin d’elle pour s’en flatter.
C’est un esprit animal dur à apprivoiser et plus rebelle et sauvage qu’on ne
croit.
Il est étonnant de vouloir
imiter ceux qui sont morts jeunes et ne l’ont pas toujours fait exprès.
Est-ce que Schubert,
Léopardi et Von Platen vraiment voulurent rejoindre les bords de l’Achéron avec
un tel empressement ? n’en
furent-ils pas surpris quoiqu’ils y pensèrent toute leur courte vie ?
Je me méfie des admirateurs
des morts illustres et précoces qui meurent centenaires.
Cioran réussit à prolonger
son ironie jusqu’à l’âge de Mathusalem ou peu s’en faut. Il faut croire qu’on
se nourrit de peu quand on voit tout en gris et qu’on n’attrape même pas de
maladie.
C’est un préservatif des
désespoirs courts ...
Pourvu que cela doure ...
disait-il chaque matin devant ce jour sans pain.
Chacun expie son propre
instant.
C’est bien plus juste et
plus exact que la citation de Cioran qu’on me rapporte.
Ce qui est gênant chez ce
roumain c’est son moralisme provincial.
Moi, je suis un amoraliste
international.
Les mots qui règlent la
circulation des étoiles valent bien ceux qui règlent la circulation des
humeurs.
Je vous assure que je ne
suis pas malheureux, c’est bien assez de vivre sans chercher une telle
complexité d’émotions.
Un fumiste c’est un type qui
se vante de ce qu’il n’a pas fait et qui critique les autres pour ce qu’ils ont
réellement fait.
Je peux bien mourir demain car
j’ai vraiment fait ce que je dis avoir fait et j’ai vécu vraiment ce que je
devais vivre. C’est facile à vérifier.
Ceci est une réponse à cette
petite fonctionnaire dont personne jamais n’entendra nulle part parler sinon
ici et qui me traita de fumiste quand j’avais treize ans devant une classe
entière.
Ce qui est bien avec moi
c’est de contempler en même temps tous les miroirs de mon courage d’un seul
coup d’oeil. Point de vue inimitable.
J’ai pourchassé cet instant
toute ma vie. L’instant où le héros devient immortel.
Il n’y a plus de moteur
spirituel en France, on appelle aussi ce point mort le consensus.
Prière pour réussir ma
vie :
« Donnez-moi le génie
d’être aussi vulgaire que Lui ! ».
Il n’est rien de plus
vulgaire que Dieu puisqu’il a l’air d’être le lot du plus grand nombre.
« Votre Dieu quel être
vulgaire, se compromettre avec tant de gens du commun ! ».
Je m’adressais à un
correspondant imaginaire qui me poursuivit de ses assiduités :
« Jeune homme familier
- car Dieu créa le jeune homme - veuillez cesser immédiatement de me faire
chanter avec votre beauté ».
Je suis poétique parce que
je suis impeccablement logique, ceci doit rester un mystère entre vous et moi.
L’idée se trouve à peu près en ces termes dans le « William Blake » de
Chesterton.
On peut ne pas aimer ma
poésie, on ne peut pas la confondre avec l’art du notariat. Le notariat et
d’une manière générale le droit est une convention qui varie à travers les
siècles et se transmet pourtant très bien de génération en génération, la
poésie est immarcescible et incompréhensible pour les siècles des siècles et
saute d’individu en individu sans aucune logique apparente.
Ma mère meurt non tant parce
qu’elle est malade que parce qu’elle est folle, mais sa mort est plus
compréhensible que n’importe quelle mort naturelle et douce parce que c’est la
mort d’une mère aimante.
Un notaire de Province
occupait ses loisirs à composer de la poésie dans un répertoire hyperbolique et
se voyait déjà couronné par quelque muse grecque de célèbres lauriers, je lui
proposais de recruter quelques gens fortunés pour fonder qui une maison
d’édition de haut parage, qui une revue d’art de haute tenue, ce fut comme un
cri du coeur venu du plus profond de lui-même : « Monsieur, je ne
plaisante jamais avec l’argent ! », il n’avait jamais été aussi poète de
sa vie c’est à dire aussi vrai, je lui répliquais
aussitôt : « Monsieur, je ne plaisante jamais avec la
Poésie ! ».
Et voici toute une race de
poètes vengée d’une race de coquins.
Il n’y a pas plus pure
poésie que d’avoir tué sa mère si ce n’est de l’avoir engendrée comme Dieu le
fils.
A quoi servent les juristes
qui font de la poésie ? à amuser les poètes dans leurs longs ennuis car l’emphase
avec laquelle ils manient une langue que ceux-ci avaient auparavant assouplie
comme l’outil le plus délicat les font sourire comme le maître es-arts devant
l’apprenti maladroit qui gâche le plâtre en croyant améliorer la fresque divine
d’un saint qui manie les pinceaux comme son auréole.
Mon commensal qui se prenait
pour le nourrisson des muses me parla de mes culottes courtes, hé oui ! il
vaut mieux avoir porté d’abord des culottes courtes puis acquis des idées
larges que le contraire.
Cette ambroisie que j’ai
récolté tout jeune au banquet des mots inspirés ne me manquera donc jamais et
il n’est pas d’idée bourgeoise qui puisse durablement faire son nid au milieu
de mon âme.
Il est un duvet aux lèvres
charnues des demi-dieux .... ce sont leurs paroles.
Les bourgeois pensent à
l’argent, moi je pense tout court.
La mythomanie du notariat
qu’il faudra étudier un jour !
Le masque du héros.
Nous tenons à remercier ici
avec toute la solennité dont nous ne sommes pas coutumier - et peu dispensateur
vis-à-vis de nos contemporains - M. Pierre DRIOUT qui sans ménager son temps,
ni sa peine, mit en ligne en l’an de grâce 2003 ce « Calcul des Chances et
Philosophie de la Bourse » de Jules REGNAULT qui restera un des plus beaux
textes consacrés à l’Economie politique au XIXème siècle.
Ce fleuron de la science
française dont seuls les esprits les plus pénétrants purent saisir le sens à
l’époque sera donc maintenant à la disposition de tous.
M. Pierre DRIOUT sans
subvention, sans aide matérielle d’aucune sorte, sans accès à des sources
d’information précieuses renfermés à la Bibliothèque Nationale de France put
néanmoins poursuivre son étude et éclairer le contexte historique de cet
ouvrage paru en 1863 et resté méconnu malgré tout ce temps où les études économiques
et financières se développèrent dans des directions indiquées clairement par J.
REGNAULT.
Fait et contresigné en l’an de grâce 2004 par
l’auteur de ce site.
P.P.C : P.D
Comme on le voit les
médailles qui se distribuent le 14 juillet ne sont pas toutes de chocolat.
Je ne parlerais pas vraiment
de Pierre Driout qui le fait très bien lui-même. Je caractériserais volontiers
son humilité par le mot de silence, qui lui convient si bien, comme un
battement de cloche qui résonne au milieu de son coeur.
Peu d’hommes auront aussi
peu concédés aux passions communes, aux diatribes publiques, à la vulgarité
généralisée et se seront autant consacrés aux activités les plus hautes, aux
domaines les plus raffinés de l’esprit, aux cercles de la pensée les plus
abandonnés.
Il a fait une grande
politique de l’esprit et c’était tout ce qu’il fallait faire en une époque
qui se laissait aller aux prestiges du succès populaire.
Car les suffrages du grand
public ne seront jamais qu’un naufrage glorieux pour la pensée qui vainc seule
le Temps.
Ainsi la corruption du Temps
ne l’aura pas approchée.
Prose
(pour des Esseintes)
« Hyperbole ! de
ma mémoire
« Triomphalement ne
sais-tu
« Te lever, aujourd’hui
grimoire
« Dans un livre de fer
vêtu :
« Car j’installe, par
la science
« L’hymne des coeurs
spirituels
« En l’oeuvre de ma
patience,
« Atlas, herbiers et
rituels.
« Nous promenions notre
visage
« (Nous fûmes deux, je
le maintiens) ... »
Au sujet de Mallarmé,
saluons le joli travail et sans contrepartie, de François Direz avec son
site : Stéphane Mallarmé
D’une manière générale, on
comprendra aisément que l’université ne salue pas ce qui n’est pas sorti de son
sein et on appréciera la modestie de ce gentil griffonneur du Net à ne pas se
prévaloir d’une position éminente de « mallarméen » juré et
contresigné par de quelconques autorités purement morales.
Je n’ai pas hélas !
toute l’heureuse simplicité de cet amateur des lettres mais je me revanche par
l’impeccable équanimité avec laquelle je salue le labeur - rude ? que non
pas - des autres amoureux de la mesure, du rythme et de la musique de toute
syllabe.
Eminentissimes,
révérendissimes et galants qui baisent les pieds de la poésie et à qui je porte
un toast mallarméen.
Il n’est pas de congé pour
la poésie puisque la poésie est une éternelle vacance.
Loin des songes
intellectuels, cette disponibilité s’enchante d’elle-même.
Bien entendu on lui fera
tous les reproches que l’on voudra et elle le prendra bien car elle n’est pas
rancuneuse et s’émerveille de n’importe quelle grâce même d’une humeur grognon
qui la fera rimer si possible à lorgnons.
On prépare des parades dans
son esprit à l’empire du poète mais comme il est infini c’est une tâche
redoutable que de cerner son pouvoir et combattre sa destinée.
La douce revanche des mots
n’aura donc pas de fin.
Musique de toute syllabe.
Donner le change, n’est-ce
pas là tout le programme du poème ?
Etablir une correspondance
de monnaie à monnaie, de face à face, de visage empreint de solennité à visage
empli de mélancolie.
Voici donc que se joue à
pile ou face l’avenir de la poésie.
On manque de poètes et de
philosophes, on veut dire de vrais poètes et de vrais philosophes. C’est d’une
telle évidence !
L’avenir moral de la poésie
est tellement plus important que la quantité de richesses produites
instantanément !
Il n’y a pas plus étrange
qu’un homme d’habitudes - comme moi.
Vêtu d’un long labeur et de
probité sainte ...
Je vais fonder une école de
poésie, les droits d’inscription seront assez relevés et les proscriptions très
fortes, ainsi beaucoup de dictionnaires seront sévèrement chatrés de locutions
et des mots non-agrémentés par l’usage populaire tels que les vocables de pure
législation et de règlementation.
Ceci formera une littérature
pure de tout racontar.
L’artiste est toujours
anachronique et autodidacte mais après ... c’est à dire quand il a fait montre
de son génie. Pas avant comme certains les croient.
Le prochain candidat à la
présidence de la République commencera sa campagne en
disant : « Je crois même en la France ! » ... et tout le monde sera soulagé.
La culture du diable ...
n’est-ce pas la seule vraie culture ?
Sexe et déplacements des
centres d’intérêts.
Servitudes partagées.
Ils veulent faire de la
culture avec des bons sentiments, ils s’épuiseront vite.
Etre sévèrement hilare.
Devant certains spectacles contemporains seule attitude rationnelle.
Abandonner l’ironie ?
pour rien au monde jusqu’à l’inclusion fatale du dernier instant.
Impuissance culturelle ... tourisme
de l’esprit qui se balade ... dans des contrées désertes et sans même la poésie
du désert. Si encore c’était un désert en carton-pâte ou en tôle ondulé !
Il est romantique d’être ce
que je suis et pourtant aucun esprit ne chante moins la romance que moi.
Mon sabre est de bois brûlé
... mes lettres sont de feu. Quelle trace dans l’avenir !
Je n’oblige personne à me
lire, je découragerais même plutôt les opinions contraires et pourtant mon
compteur tourne ... quel ennui que la vie sans lecture calme et désespérée
comme la mienne !
Il n’y a que le désespoir
littéraire qui console de la Vie.
Paul Valéry qui fut le
disciple le plus fervent de Mallarmé n’a pas droit à un site aussi orné et
chamarré que celui que François Direz a consacré à notre grand poète
hermétique, serait-ce pour s’être trop moqué de la littérature qu’il est ainsi
snobé sur le Net ? et pourtant médire des Lettres c’est encore rajouter
aux Lettres.
Je ne désespère pas de me
black-bouler moi-même.
« Snobisme Point
Net » ce sera mon prochain site littéraire, to the happy fews, milanese
... et même d’autres.
Le Génie et la Gloire ne
sont que des métaphores, seul l’Orgueil corrompt absolument le Temps.
Explication de texte pour
les incroyants et autres innocents, ce sont des métaphores de l’immortalité,
seul l’esprit solitaire peut avoir l’intuition d’un moment suprême fatalement
intransitif.
Il me faut maintenant être
en phase avec moi-même, je n’aurais pas d’excuse si je ne remplissais pas
exactement le temps qu’il me reste à courir sur l’erre.
Le mythe littéraire du fou a
encore de beaux jours devant lui.
Par exemple moi pour
certains !
Il vaut mieux des élites qui
s’opposent au peuple que des élites qui font semblant d’être le peuple.
Définition du poète selon
mon notaire de Province : un imbécile plaintif et geignard qui se laisse
mener par le bout du nez (au plus grand bénéfice des avoués et autres
huissiers).
Définition du poète selon
moi : un homme plein d’esprit qui ne s’en laisse jamais conter et qui
mystifie la société par ses paradoxes et ses images hardies (qui ne peut donc
guère être aimé, un bon poète est un poète mort, définition générique de
l’université).
Mon juriste était très
étonné que je dégage si peu de sympathie, mon ami lui dis-je, allez donc voir votre
boulangère qui doit avoir cet article en magasin.
A son grand étonnement je
suppose, s’il assistait à un congrès de mathématiciens il verrait que ceux-ci
parlent surtout de maths sans chercher à fleurir leurs équations outre-mesure
et quant aux physiciens ils manient les formules avec assez de rudesse pour
qu’on en voit les épines.
Mais ce détail lui avait
échappé : un poète parle en homme de métier avec un autre poète et pas
autrement.
Il aurait voulu que le lui
récite « Le Lac » en pamoison et en prenant l’air évaporé d’une jeune
fille que je ne suis pas - je ne suis même plus un jeune Gilles (de Watteau).
Billevesées, un de ces mots
inattendus et cocasses qui nous enchante dans la langue française.
J’ai tout mon temps, j’ai
toute ma folie.
Ma mère était le dernier fil
qui me reliait AU monde, maintenant je suis dans MON monde.
C’est par l’acuité de son
regard que le poète fait date.
Pati et dolore.
Rien n’est pire pour
l’écrivain que de sentir une absence de corps quand on le lit.
Je conseillais donc à un
jeune écrivaillon qui poussait dru (encore en herbe) et ne supportait pas les
moqueries de souffrir et patienter. C’est ce qui lui donnera une existence dans
une communauté de littérateurs qui a la dent dure car elle défend l’esprit des
Lettres : c’est son rôle et son droit.
L’esprit des Lettres qui le
connaît et le respecte aujourd’hui ?
Epigrammes de Marot, style
marotique, où se trouve-t-il pratiqué ?
Que je sois le seul poète
français je n’en doute guère puisque je suis le seul écrivain français à
revendiquer tout l’héritage de la poésie française.
Il faut dire que cet hoir
n’est que peu disputé.
Je ne reprocherai guère à
mon tabellion d’être un mauvais écrivain, je lui fais grief de tenir un double
langage, s’enchantant de la muse française et en même temps trouvant anormal
mon idée souveraine de la faire fleurir et fructifier par des financiers qui ne
savent que faire de leurs deniers.
Il ne trouve rien à redire
aux milliardaires qui s’offrent des yachts de cinquante mètres et tout à réprouver
de ces vaniteux qui financent à fonds perdus les ballets d’art, les films
d’auteur, les éditions rares etc.
Cocteau a été je crois, le
dernier écrivain ou prestidigitateur plutôt, à savoir frapper aux bonnes portes
pour faire tomber une pluie d’or sur ses entreprises théâtrales ou
cinématographiques au grand dam de ses confrères moins habiles ; depuis
aucun littérateur n’a su se remémorer auprès des munificents, ces mécènes
modernes maintenant oublieux des lettres&des arts.
Il faudrait dire pour quelles
raisons ce mot de poésie est devenu discriminant et qu’elle a été la première
(rime ou raison malsonnante) à chuter sur le champ d’honneur des lettres.
Alors qu’on pourrait nommer pure
poésie - politique ou de fiction - beaucoup d’oeuvres qui paraissent être des
écrits anti-naturels ...
Peut-être est-ce la
caractère concerté du poème qui nous paraît factice alors qu’en fait rien ne
s’éloigne plus des conventions du jour que cette entreprise de jeu avec les
mots !
Etre de plein pied avec
l’actualité est donc la manière la plus frivole qui soit de faire de la
littérature.
Quelle quantité
d’abstraction peut supporter un homme sans périr ? ce n’est pas seulement
une question de petites fleurs quoiqu’elles y participent et que l’on aurait
tort de mésestimer les dictames et les baumes qu’on en tire, après tout
beaucoup de merveilles de la pharmacopée sont issues des simples (odeur de
fleurs fanées de tout poème).
Pourquoi est-ce une injure
d’être appelé poète et la poésie est-elle tombée en déshérence ?
Ce sont de vraies questions
qu’aucune thèse ne relève jamais.
La poésie : une
induration de la langue peut-être.
Une articulation de l’âme,
sans doute, diront les bienveillants.
« Mais il
ment ! », quel cri du coeur du non-poète au poète qui n’a que cette
défense !
Oui, pour le dire tout de
vrai, il ment ! dans l’éblouissement de cette enfance, le mot articulé.
Des clystères contre
l’Histoire.
Ses méfaits sont connus, il
faut donc nous en purger, et quel plus savant purgatif que la poésie ?
Le regard vif, l’oeil aux
aguets, c’est la Muse de la Poésie. Dupe de rien, elle sst comme Diane
chasseresse l’ennemi des hommes dès qu’ils s’entendent à pénétrer dans ses bois
pour la violer.
Fanatisée par la
solitude : la Poésie.
Ce conte, il se verse cette
coupe à boire.
Un suffisant de lecteurs
pour qu’existe cette chose, enfin : l’écriture.
Il n’est de rumeur
bienfaisante que dans la renommée, mumurent les eaux courantes.
Bast ! grogne le petit
caillou.
Le « vous »
conclusif seul dispense la magie de l’éloignement.
Il faudra qu’un jour je
donne l’explicatif de tous ces petits mots qui font régner l’articulation de la
langue sur la magma sinon des idées populaires.
Le règne de la cendre après
le règne du feu, ou bien le signe commun de l’âge d’or.
Le ressentiment des Idées
contre les Mots !
Rien qu’il ne donne à
boire !
Je veux dire à la source de
la Langue.
Le silence du sport poétique
est son plus sûr triomphe.
Certainement il y a là la magie
de l’effort vaincu par la grâce loin de tout regard, peut-être de toute idée
complaisante, dans cette distance entre le ciel et la terre, suspendu par le
vol comme un non-être et puis l’enchantement de la pointe finale qui s’envole.
« La vie de chaton »,
subtile analogie avec la vie rêvée de poète tel qu’on se le dit entre soi.
L’impression de bâtir une
légende n’est pas sans charme, sans exclure le confort.
Tout ce qui est ténu est
fier.
Mon tabellion pervers
connaît-il le prix des écritures ? je veux dire leur prix réel et non leur
prix à la ligne ...
Disons que la perversité est
le seul bien réel des poètes, mais qui le sait, qui le croit ? sinon eux
en leur ingénuité profonde.
A l’ami guidé par l’écume,
Que fait le vent sur cette
tête,
Méduse ou Démon,
Tu crois t’abriter,
Mais je ne suis que
l’Aurore,
Aux mains sales, aux doigts
gelés.
Petit David qui n’est pas
celui de Michel-Ange mais un normalien impénitent s’interroge (cf David Madore's WebLog
au 17/7/4) sur les rimes et les raisons de l’absence de poésie homosexuelle,
en-dehors du fait que le grand Frédéric Lorédan lui conseillerait August von
Platen (1796-1835) pour calmer sa soif et ses humeurs peccantes, on peut quand
même signaler un certain nombre d’artistes chez qui la veine homophile était
assez largement répandue, Roméo et Juliette sont deux amants orthodoxes certes
mais Tchaikovsky qui a écrit un poème symphonique sur ce conte célèbre ne
l’était guère.
Dans la littérature
française tout un ensemble de poètes mineurs peut-on dire étaient des
« initiés », mais aussi des épistoliers comme Guez de Balzac, autant
chevaliers de la manchette que sodomites, abbés fourrés et mitrés étaient
nombreux dans ces sous-courants de l’histoire qui donnent tout son suc à tant
de mémoires du temps. Roger Peyrefitte s’était fait une vertu de les débusquer
dans les méandres des oublis de l’histoire officielle. Son « Voltaire et
Frédéric » est truffé de telles références.
Enfin il ne tient qu’à nous
de relancer cette historiographie ou cette hagiographie des grands saints de
notre Panthéon de l’homosexualité.
Que cent panégyriques
fleurissent !
Que les Madore et les
Loredan rivalisent d’ingéniosité pour chanter leurs saints et leurs héros
privilégiés (je m’en ferais éditeur quelque jour).
Je me fais fort d’inventer
des archétypes homosexuels qui seront comme les archéoptéryx de toute une
littérature nouvelle.
Après tout Léonard Bernstein
qui était gay par moment a bien transposé Roméo et Juliette sur les rives de
West Side !
Pourquoi pas un Philémon et
Baucis ou un Daphnis et Chloé unisexe ? ils fondraient l’un dans l’autre
d’autant mieux ...
C’est un paysage à inventer,
des ancêtres à se recréer.
Pour une généalogie
imaginaire de l’homosexualité.
Un programme au saut du lit.
J’ai complètement raté mon
entrée dans les ordres.
Je survis, anecdote du réel.
Et puis il faut bien remplir
le vide papier que rien ne défendra jamais plus.
J’ai laissé partir ma mère
avant l’heure et cela ne me fait pas rire.
Je vis dans les marges.
Financièrement je vais
essayer de tenir en rasant les murs. Quant au reste ... il ne dépend pas de
moi.
Il y a deux êtres en moi
complètement séparables, un être abstrait et un être sentimental, le premier
regarde l’autre vivre avec intérêt ou distraction selon les moments.
Tous ces jours-ci l’être
sentimental était complètement déprimé se remémorant tout ce qu’il y avait de
triste et de définitif dans le passé, l’autre être passait du concret à
l’abstrait sans aucune difficulté manipulant les pensées et les mots avec la
plus grande aisance, polémiquant et discourant sans cesser.
Il faudrait inventer un
troisième personnage pour réunir et fondre ces deux-là dans une seule unité.
Où se trouve le troisième
homme ?
Roman policier à écrire à
mes moments perdus.
Intéressante discussion avec
un disciple d’Orphée.
Il me parle d’expression de
sentiments quand je lui parle d’art poétique.
A son sens ce sont les plus
délicats qui sont le mieux armés pour tordre la langue dans l’usage le plus
raffiné et le plus précieux.
Je me demande s’ils ont
toujours la force nécessaire à un tel exploit ?
Je me demande d’ailleurs si
la langue n’exige pas qu’on se plie à sa discipline de la manière la plus
sévère.
La langue : une
maîtresse bien plutôt qu’une servante.
Il accorde paradoxalement
une énorme importance à la rhétorique de l’amour dans la littérature courtoise.
Je croyais justement que
c’était une espèce de tournois poétique que l’on pratiquait en ce temps-là
plutôt que de s’entraîner aux armes quand il faisait mauvais temps et que la
lice était fermée ?
La salle d’armes devenait
une salle pour les fleurets mouchetés des alexandrins et autres mesures de
sonnets mis en musique immédiatement.
Distraction de seigneurs
bien plutôt que de manants.
Luxe, si l’on veut.
Dans ces conditions pourquoi
rejeter Mallarmé : au nom de sa singularité peut-être ? parce qu’il
ne faisait pas partie d’une cour d’amour ? qu’en sait-il, il était bien
entouré de dames et jeunes filles qui valaient bien les donzelles d’autres
ramages et plumages !
Il est très difficile de
discuter de quoi que ce soit avec ce moderne troubadour parce que tout reste
dans le vague et la brume des idées générales ou généreuses comme l’on voudra.
Je vis dans les marges,
disais-je, ce qui est un grand hommage pour un poète.
J’ai toujours dit - et pensé
au grand scandale de certains - que si Baudelaire revenait sur cette terre avec
les mêmes idées, le même langage, il serait encore plus isolé et refoulé qu’à
sa propre époque.
Effectivement malgré toutes
les publications qui citent son nom, il n’est de bon poète qu’un poète mort et
enterré, un poète séparable du reste des hommes.
Derrière les prostestations
d’idéal et d’amour éternel, j’entends toujours le MOI JE.
Peut-être une légère
déformation de l’audition ?
Hugo et Picasso ont écrasé
leur siècle, pourtant peut-on dire qu’ils en furent les artistes les plus
sensibles ? les plaques révélatrices les plus fines ?
Je sais bien que le royaume
de la poésie est celui où le précis à l’indécis se joint mais enfin, il faut
bien en écrire quelque chose de compréhensible !
« Je ne savais pas que
c’était le bonheur » ... épitaphe pour un temps enfui.
La foule se ruait sur Aragon
au XXème siècle comme elle se rua sur Béranger au XIXème, ce n’est jamais très
bon signe quand elle assiège ainsi un poète, c’est son mauvais goût et ses
outrances qu’elle reconnaît immédiatement.
Les gens heureux sont en
vacances, ils ne savent quelles minutes délicieuses ils perdent qui sont des
larmes.
Cet après-midi je suis allé
flirter sur les bords de Seine avec le soleil et des amis qui me sont chers.
Mystiquement en désaccord
avec moi-même.
Ah ! je suis fort quand
même ; une cour de paradoxes à moi tout seul. La cour d’amour des
troubadours n’était qu’un pis-aller, il fallait y voir dans un avenir lointain
une espèce réflexive de poètes à la Mallarmé ...
Au coeur du paradoxe, le MOI
universel.
Chaque fois que
j’introduisais subrepticement le mot argent son petit coeur faisait un bond. Le
cher ange était trop sensible ...
Message personnel de VS du
21/7/4 sur le site de la SLRC ( c’est beau comme du Rimbaud !) :
« Combien parie-t-on que si RC
déménage en Lozère, la Lozère deviendra à la mode? Ils le lisent tous en
cachette, j'en suis sûre. (Est-ce qu'Ardisson n'aurait pas déjà un
labrador?) »
Mais bien entendu, Ardisson
est un homme de goût qui ne lit que les grands auteurs, donc il lit Renaud
Camus !
Rien ne manquait à la gloire
de R.C mais ce coup-ci c’en est trop, cette révélation sur la qualité du
lectorat du grand Camus me bouleverse.
On ne sait qui grandit
qui : Renaud Camus, Ardisson ou le Labrador.
Un coup de dés malencontreux
... sublime, forcément sublime !
J’ai compris VS veut
dire : le Vice Soi-même !
Le vice de
l’incompréhensible ...
Les premières notes du
Jardin féérique - j’écoute l’enregistrement à quatre mains de Jacques Février
et Gabriel Tacchino et l’on entend déjà tout l’orchestre derrière - qui donne
l’idée d’une insondable tristesse et d’une infinie promesse.
Les regrets éternels et
l’amour qui n’a de cesse, amour issu de l’enfance sans condition comme l’azur
qui ne se dérobe jamais.
Une ligne d’horizon à
laquelle parvient la musique qui est comme des mots en plus purs peut-être et
en moins corrompus par l’usage commun.
La Corneille sur La Racine
de La Bruyère Boileau de La Fontaine Molière.
Cette phrase m’a toujours amusé
comme une réussite aléatoire que rien ne prévoyait.
Acrostiches autour d’un
musicien de la renaissance flamande :
J olis esprits, qui aymez la
Musique,
E t qui prenez plaisir
solatieux
A ux doux accords qu’un bon
maistre pratique,
N e soiez pas d’escouter
oublieux
C ar ces beaux chants et
tresmelodieux
A ux escoutants donnent
rejouissance.
S i par ennuy ou quelque
desplaisance,
T ristesse met vostre coeur en
langueur,
R emis serez en joyeuse
allegeance
O yant les chants de ce
sçavant autheur.
Estienne
de Walcourt aux amateurs de musique sur le nom et surnom de l’auteur aux
lettres capitales.
Un livre de chansons
nouvellement composé à troys parties par M. Io. Castro, Paris, 1575.
Quand Rimbaud donne son
fameux titre des « Illuminations » à ses poèmes en prose, il sait
très bien ce qu’il veut dire, « moi aussi j’ai des illuminations comme les
religieux de tous poils, seulement les miennes ne veulent rien dire », ou
veulent tout dire rajouteront les exégèses de toutes langues, ce qui revient au
même. Elles sont par contre le refuge de la beauté de la langue et de
l’imaginaire.
C’est une attaque directe et
corrosive contre toute religion-révélation (en un lieu et en un temps) puisque
chacun peut se bâtir sa propre religion dans son langage propre à toute heure.
Le prestige de la langue
peut servir à démolir n’importe quel ordre social et le poète ne fait pas mine
de ne pas s’en servir.
D’où la haine des
bien-pensants pour tout vrai poète. Irréfutable !
L’ordre poétique est un
autre ordre, « Je est un autre » dira Rimbaud.
Il faut comprendre le pronom
... pas je ne sais quel objet métaphysique dont Rimbaud corrode les contours.
Rimbaud joue sur les sens et les sons.
C’est
« Totentanz » qui cite excellemment sur le site de Renaud Camus -
message du 22/7/4 - François Taillandier citant lui-même Rémy Brague dans un
article des Cahiers de la Table ronde, il y a une concordance entre
l’état d’une langue et l’état de civilisation.
On consomme de la langue
comme on consomme de l’objet avec toutes les altérations, déformations et
objectifs de minimisation-maximisation que cela implique.
Seulement je ne conseille à
personne d’en faire l’objet d’un jugement moral, regardez cela plutôt d’un
point de vue scientifique : économie de la langue.
C’est une discipline à
fonder.
Le jugement moral n’est
jamais qu’un résultante, une moyennisation, le savant ne doit en tenir compte
que dans ses calculs finaux.
Le savant étudie les
phénomènes purs c’est ce qu’il recherche en poussant aux extrêmes l’étude de la
Nature.
Les milieux et les
à-peu-près ne sont pas son premier objet de travail contrairement au bon sens
le plus commun, ce qui fait les délices du journalisme et des discussions de
café de commerce par exemple.
Les travaux les plus
importants sont toujours des efforts d’abstraction.
Pour être poète il faut dire
quelque chose, ce dire coûte évidemment très cher ; car pour dire il faut
vivre.
Il ne suffit pas d’enrober
une gousse de néant d’un peu de miel et d’amande, il faut encore l’avoir dérobé
dans quelque lieu encore caché. C’est à la ruse d’Ulysse et de ses compagnons
que le poète doit avoir recours s’il veut que son discours ait quelque raison
face à des Polyphèmes aveuglés par Personne.
Car enfin, on reconnaît bien
le sycophante de la poésie, le magistral bourgeois du XIXème siècle, le vendeur
de paroles à la Tribune, qu’ils n’accordent aucun crédit véritable au pur
commerce de l’idéal s’il se noue et au coeur du langage et au creux de l’âme.
Les travaux qui préparent au
silence ne sont pas tous de marbre.
« La poésie c’est le
lieu des emmerdements ! » aurait gueulé un quelconque Raimu dialogué
par Pagnol. Et il aurait eu raison de résumer d’une manière aussi tonitruante
ce labeur incertain !
Lorédan le magnifique me proposa
cet axiome solitaire :
« L'esprit n'est
pas une création délibérée mais un gigantesque tâtonnement révélant seulement
une immense - mais définie - richesse archétypale, et une volonté irrépressible
d'accéder à la conscience réfléchie. »
Je lui avais
dit, mais il ne m’écoute jamais, « Méfiez-vous du Ptyx, vaisseau aboli
d’inanité sonore ! »
Il fallait me
prendre au mot pourtant. Car enfin dans ce puzzle complaisamment confectionné à
mon attention de quoi s’agit-il ? De rien moins que le total de l’esprit !
même pas tel ou untel brillant sujet (par exception quand bien même allégorique
de soi-même) mais de la somme de tous les esprits, le couronnement en somme de
l’oeuvre entière de la Création.
Quelle audace
et quel exploit de définir ce sommet et de quel à-pic le considérer ?
Y-a-t-il un
point de vue extérieur à l’Esprit ?
Quand bien même
nous serions cette abstraction pure d’une machine de Turing, ce ruban plat,
sans épaisseur, sans consistance, sans résistance, sans limite, sans frein à la
vitesse de son déroulement, pourrions-nous pour autant avoir cette vue suprême
de notre Être ?
Seul Lorédan
pouvait percer ce mystère et en faire ce bibelot délicat - ou ridicule selon
les sensibilités - de mots et de lettres noir sur blanc.
Nous voici donc
dans la pure musique, dont seul pourra nous extraire un silence. Un long
silence méditatif.
Un archétype
suggère un avant et un après, donc la mesure d’un temps et donc beaucoup de
choses mesurables. C’est trop.
Quant à la
volonté, il s’agit toujours de se soustraire au temps et à sa capacité
destructrice, il s’agit donc pour elle de s’auto-reproduire, or l’esprit n’en
peut mais, n’est-il pas tout le neuf tout autant que le vieux ?
La volonté pour
autant qu’elle s’identifie au vivant est ce désir méta-stable de rester
soi-même malgré les outrages.
Elle est donc
loin de tout développement abstrait que suggère le déploiement de pensées et de
discours que nous assène ou nous insinue Lorédan.
On proposera
donc plutôt que l’esprit ne sertit rien, ni un diamant enfui, ni une couronne
de néant, mais se propose comme modèle pur de son propre désespoir.
L’esprit qui
danse avec le corps restera donc détaché comme une flamme au-dessus du bûcher.
C’est ainsi que
Lorédan restera dans son Orient lointain, seul, incertain et immaculé.
On reconnaîtra
au passage dans ce personnage un peu « fumé » l’Hérodiade de Mallarmé
qui voulait faire couper des têtes pour ne pas succomber au désir.
Ai-je bien
répondu ?
Comme disait
une Cécile Sorel, l’ai-je bien descendu ?
La déesse ne se
laissera pas facilement circonvenir. Ô songe de ses bras nus !
On pourrait
demander à un David Madore d’être un moderne Lucrèce et de nous faire un
« Poème de la Nature » - aussi brillante ou sombre que son humeur la
fera - comme à un Lorédan d’être un Cicéron justifié (prenant enfin le bon
parti).
Voici quelques
rêves que j’expose, n’étant pas en état à l’heure où j’écris d’entreprendre
certaines tâches de longue haleine.
Gendarmes qui
battez les esprits paresseux veillez à serrer la haire de ces disciples.
Il y a des
jours où je pleure tellement que je mets même en doute la réalité de mon
chagrin.
Je ne triche
même plus et parvenu à ce point de ma vie dans cet état de somnambulisme, mon
écriture devient le reflet de mon inconscience d’être encore.
Droit de
réponse pour des Esseintes - suite (quelques corrections s’imposaient, elles
furent faites) :
« Bibelot délicat ou ridicule selon les sensibilités » : le
style est tellement similaire au désormais fameux « chez un auteur si conscient
de ses prodigieux moyens » que vos plumes ne font plus qu’une.
L’un parle de lâcheté, l’autre juge sans appel
C’est vous Monsieur Pierre DRIOUT qui allez faire tomber des
têtes. Votre commentaire n’est qu’un vulgaire procès d’intention.
Accuser d’abstraction pure, de développement abstrait, d’Orient
lointain aux seules fins de me condamner à la solitude, à l’absence de désir,
au « néant », c’est superbe !
Je ne sais quelle animosité, quelle vengeance vous porte Renaud
Camus et vous à m’affubler d’un si triste costume ?
Vivez me disiez-vous, et de me conseiller drogue et je ne sais
quelles extases du genre.
Ce n’est pas à moi de vous entretenir sur l’exemplarité de ma vie, sur la
consistance que je sais lui donner ou pas, mais je me défendrai juste en
déclarant à mes juges et mes censeurs que la nature elle-même m’interdit de
répondre à de telles accusations !
Cela ne vous rappelle rien ?
Et j’en appelle aux vivants à ceux-là dont vous vous dites les
rois !
J’ajoute qu’à mes yeux une aussi pâle critique révèle en somme
une indigente intelligence
Allez flirter au soleil avec vos chers amis. Pour ma part je préfèrerai
demeurer seul plutôt que de vous souffrir comme geôlier.
Vivre, moi–même je le souhaite, mais m’adonner au rôle de
victime consentante pour bourreau en mal de vices et d’humiliations diverses,
certainement pas. Qu’il faille se battre assurément parfois et souvent, mais
pourfendre ceux avec qui l’on voudrait cheminer le sens et la beauté, je m’y refuse.
Sachez qu’il est fort douloureux de recevoir d’un auteur, d’un
homme que l’on admire et que l’on respecte profondément des compliments si
assassins.
Quand bien même y aurait-il matière à me traiter de la sorte, je
pense que l’on aurait pu, par honnêteté, entendre ma défense.
Et des gens comme vous discutent d’innocence !
Renaud Camus a subi une abjecte campagne, ses proches ont voulu
le préserver par des plaidoyers, dont un, jugé le plus inefficace pourtant par
certains, restera pour moi le plus noble rempart à la bêtise, à la méchanceté
gratuite et à l’infamie Sur ce rempart, gravé dans la pierre : « que lire
redevienne possible contre « la haine de l’art », « la haine de la
littérature ».
Tout le monde connaît le texte cité mais je ne préfère ne me réclamer de
personne puisque tout me sera refusé.
Et encore, ai-je écrit, ai-je attaqué, éraflé quiconque ?
NON !
J’ai l’intuition, sans ne rien y comprendre, d’être arrivé comme
un étranger, ni insolent, ni désireux de plaire, mais étranger. Et l’étranger,
il faut le constater, n’a bonne presse nulle part Risquais-je de réclamer ne
serait-ce qu’un strapontin au cénacle?
Non, en toute honnêteté même pas.
Retourne d’où tu viens, espèce de chien galeux !
L’aventure intellectuelle n’est pas pour toi, pauvre diable !
Vous devriez publier, à titre de droit de réponse, in extenso.
Voilà, Monsieur, c’est tout ce que j’ai à dire.
Robert de
Montesquiou - alias baron de Charlus selon Proust - n’aurait pas fait mieux.
Il reste à
Lorédan le mirifique de nous écrire quelques nouvelles
« Chauves-souris » mystérieuses.
C’est dans ce
« Drageoir aux épices » qu’a lieu le remue-méninges entre moi et lui.
Je le savais qu’un juriste est par tradition sensible aux épices ...
Frédéric
Lorédan est toujours au mieux de sa forme quand il monte sur ses grands
chevaux. On est romantique ou on ne l’est pas ! Quel incorrigible
Lorenzaccio !
J’en profite
pour signaler une site magnifique - et anglais ! - consacré par Brendan
King à Joris Karl Huysmans : J-K
Huysmans
Comme quoi
encore une fois nos bons auteurs nous reviennent de l’étranger.
Moins on pense,
mieux on passe - dans les médias.
Le théâtre
intellectuel m’intéresse mieux que l’autre.
Un garçon que je n’aime pas, à l’esprit embué d’idéologies, trompeur par
essence et ne sachant pas penser, dont j’ai lu une « interview » par
Alain de Benoist dans « Eléments » ce mois-ci, c’est Alain Soral.
Depuis qu’il est père de famille, il fait dans le genre morale bourgeoise ...
sauvegardons nos jeunes filles !
La
compréhension et l’émotion sont fatalement antagonistes. Dominique de Villepin,
pour prendre un exemple simple, est particulièrement idiot puisqu’il est tout
le temps dans le registre de l’exagéré et de l’hystérie.
L’ordre de la création ne
peut pas être l’ordre de la confusion.
Et pourtant il tourne ...
parce que sa capacité d’abstraction reste intacte.
Inutile de dire qu’un esprit
comme le mien l’édition française n’en a que faire ! elle se passera de
moi pour ses plus grands débours et dépens.
Si elle n’est pas capable de
conserver son esprit d’indépendance et donc de différence, elle est morte
intellectuellement.
Les écrits d’un Sollers - à
bout de course - n’étant pas un signe suffisant de renouveau. Grand pontife
maximus de la maison Gallimard, il l’enterre avec lui. Tout charme s’use ...
Des Esseintes ayant fait du
droit se retrouva comptable. La situation qui lui était faite quoiqu’enviable
ne satisfaisait pas entièrement toutes ses aspirations à plus d’idéal et à
cette ligne bleue si admirable des Lettres françaises.
C’est pourquoi il songea à
se rapprocher de la capitale du Net et de ses lumières prestigieuses, il
choisit de camper dans un coin un peu reculé de sa banlieue, en le château
mystérieux de la société des lecteurs de Renaud Camus, la SLRC, la bien-nommée,
puisqu’elle regroupait l’entièreté du petit groupe fidèle des cinq lecteurs de
Renaud Camus, on l’appelait aussi le Club des Cinq.
Il crut pouvoir s’y
amalgamer, mais ses efforts restant vains, il prit à partie le ciel et l’enfer
de ses déboires et c’est ainsi que son oeuvre première naquit :
« Les imprécations imputrescibles du Maupiteux » qui fit sa gloire
dans le cercle restreint des lecteurs du Web littéraire. Gloire chuchotée
certes mais enviée. Elle annonçait son triomphe et sa chute finale.
Il alla voir M. de Villepin
qui l’accueillit avec sa courtoisie légendaire et son franc-parler habituel,
ils se tinrent par l’oreille : l’un parla du cri de la gargouille le soir
au fond des bois, l’autre écouta l’aboi solitaire du Maupiteux, tout ceci
fleurait bon la haute littérature. On se promit de se revoir, le premier
personnage du Quai d’Orsay parla de splendides fonctions littéraires et
poétiques dans une ambassade francophile peut-être au Kanawa oriental, l’autre
jura de se faire l’écho de toutes les productions gallimardesques de notre
porte-drapeau national.
Hélas ! les évènements
en décidèrent autrement, l’un se retrouva place Beauveau à compter les moutons
noirs dans la police, les détournements de mineure et les graffitis néo-nazis
dans le Rer - horresco referens - l’autre s’envola vers le repaire coruscant de
mythomanes fallacieux qui hantaient l’Italie du Sud en quête du tombeau de Von
Platen-Léopardi, couple pacsé par Roselyne Bachelot puis remarié par Noël
Mamère.
Tout ceci fut atroce et nous
ne conterons pas les mésaventures picaresques de ces Tom Fielding et de ces
Tristram Shandy de pique et d’épée. La plume nous faut comme disait l’illustre
châtelaine de Plieux-sur-Labrador.
« Viva la
Muleta ! » soupira le plus espagnol des deux en expirant. L’autre le
pleura beaucoup. Il voyagea ...
J’opérai tout vivant des
Esseintes de « la vanité littéraire », c’était une grosse tumeur
qu’il fallait enlever de toute urgence. Pas le temps de l’endormir.
Il me dit que j’étais un
forçat en rupture de bancs et autres gracieusetés, je n’y prenais pas garde.
J’agissais précipitamment, je sentais que le mal progressait à vue d’oeil, déjà
il s’était mis à lire les oeuvres complètes de Renaud Camus !
Hors d’oeuvre :
Un jour je prendrai un grand
air, je m’appellerai Edwy Plenel et comme la Statue de la Liberté j’écrirai des
éditoriaux pour éclairer « Le Monde ».
« Moi et le
Soleil » me disait-il sur un air de confidence, je compris que ses talons
hauts évoquaient probablement Louis le quatorzième, je ne fis pas attention à
la mouche qu’il avait au coin de la lèvre et je l’embrassais malgré le fard en
prenant congé : « Nous nous reverrons sur la Lune » me
dit-il en me faisant un petit signe de la main, j’acquiesçai galamment en
jurant « in petto » de ne jamais revisiter des jardins à la française
avec un tel fou car il avait tout mouillé mon habit avec ses postillons et
autres éructations voulant me faire les honneurs des Lettres comme il me disait
en m’emmenant sous les vertugadins et autres buissons de vigne vierge et de
roses folles, tout en récitant du « Lorédan » passablement.
J’ai essayé de rattraper le
déluge de platitudes qui forme le Journal webmédiatique de Raphaël Juldé,
malheureusement je n’ai pas pu, il écrit plus vite que son ombre. C’est
probablement le plus grand écrivain de sa génération (c’est celui qui ressemble
le plus aux autres).
C’est le roi du babil,
m’affirme-t-on deci-delà.
La Berceuse de Jocelyn de
Lamartine, mise en musique par Benjamin Godard était la mélodie préférée de
Frédéric Lorédan, l’écrivain fameux quoiqu’à présent retiré de la littérature
active, il la chantait, mieux il la psalmodiait sans cesse et c’était ravissant
que cette ferveur chez ce grand garçon entre deux âges, parfois la Barcarolle
des Contes d’Hoffmann d’Offenbach venait s’intercaler entre deux récitals en
solo et comme elle était à deux voix, le chien qui gémissait en sourdine
faisait le contrepoint.
Bien entendu la Méditation
de Thaïs était souvent appelée à la rescousse pour cette fête perpétuelle qui
accompagnait les profondes études de notre héros.
Un chef d’oeuvre se
préparait donc dans sa retraite et nous nous demandions quel était l’objet
d’une si longue mise en train.
Un poème en hendécasyllabe,
peut-être ? une romance bilingue en Lorédan-Français cette langue si
particulière, si concise dans sa brièveté elliptique mais si efficace pourtant
pour cerner les sujets les plus abstrus ?
Les supputations couraient
dans le milieu littéraire : un événement se préparait mais nul n’en
croyait posséder le dernier mot. Ce qui est d’ailleurs le propre de l’auteur
... laissons faire, laissons dire, nous l’attendrons au tournant susurraient
les échotiers perfides.
L’enquête aurait demandé un
Jules Maigret s’il n’avait été occupé au château de Plieux pour démêler un
sombre accident domestique.
Le temple du silence.
Une belle tristesse comme on
les aime.
Dialogue au fond des
arbres :
- Il me prenait tout mon
esprit.
- Qui cela ?
- Mais Lorédan, cette
chauve-souris magnifique, ce petit vampire !
- Aô, cher ! je vois,
ces temps derniers il est devenu claudélien, il veut re-lier le monde comme qui
dirait lui donner une autre religion, mais c’est un claudélien pro-Goethe - qui
ne sera donc plus jamais ce bel âne solennel !
- Comme tout cela est
charmant, j’ai hâte de soupeser ses dernières cogitations.
- Supputez, mon cher, vous
ne serez jamais au bout de vos surprises. Pour le moment il diale ...
- Il râle, vous voulez dire,
comme d’habitude, ?
- Non ! il dialogue au
sens moderne avec lui-même.
- LSD ?
- Non, polyglottisme avéré
doublé d’écholalie.
- Goethe avait fait lui
aussi des études de droit, ceci explique cela. Le conseiller aulique à la cour
de Weimar est un modèle sacré pour tous les jeunes comptables-juristes.
- Les voies de la poésie
sont impénétrables.
Dialogue pro-forma à
« Normale » un soir d’été :
- Enfin tout cela n’est pas
grave !
- Non ! mais cela peut
toujours être tragique.
- Les scientifiques se
crêpent le chignon sur le site de Ruxor.
- Oui, cela prouve à quel
point la science française a du temps libre.
- Forcément la pauvre !
elle n’a plus de crédit.
- Plus
d’expériences alors ?
- Non, juste des enculages
de mouches.
- Beaucoup d’homosexuels sur
le site de David Madore ?
- Non, pas spécialement,
plutôt des maladroits.
- Question de
trous comme on dirait question de pot.
- Allons voir les poissons,
cela nous consolera.
- Oui, allons contempler les
Ernest.
L’ironie qui le travaille ne
le laisse jamais en repos.
Après « allons
contempler les Ernest ! », je crois que mon dernier mot est dit, je
n’irai pas plus loin à moins de me renier.
Et encore est-ce que j’ai
mis ici un point d’exclamation, alors que la version originale est beaucoup
plus sobre, d’une calme retenue, tranquille malgré elle comme un vieux vase de
désespoir. Il n’y a plus rien à dire, plus rien à faire, allons contempler ces
augustes silencieux ... ce leitmotiv est wagnérien ou vague-né-rien dirais-je
en claudélien averti.
Il se contenta de lui
insufler un peu de sang dans les veines, cela suffit à son destin secret et
même à son tourment amoureux.
Quand la mort passe,
l’ironie s’acharne à détruire les échos indiscrets.
Quatrain pour un juriste
favorisé d’une aumône (en forme de prière) :
« Oh ! sache l’Esprit
de litige,
À cette heure où nous nous
taisons,
Que de lis multiples la tige
Grandissait trop pour nos
raisons. »
Prose pour des Esseintes.
Quoique dans une province
perdue de l’esprit, nous travaillons.
Ce qui fait partie de
l’oeuvre à faire : la dispute immémoriale de l’esprit avec le néant. Ce
langage qui le confond et s’en distingue, irrévocablement.
Figures irrémédiables de la
prose tout autant que du vers, nous remettons du noir et de la craie pour
évoquer une blancheur immanquable.
Je n’ai plus qu’un temps
modéré à donner à la Vie, alors je m’active, faisant rentrer dans mon fourneau
quelques escarboucles qui peuvent être du plus bel effet, pour autant que
j’entretienne suffisamment le feu.
Donner du temps aux bons
esprits, montrer des économies de pensée.
Les sept Minerves.
Je veille sur mes songes,
c’est à peu près tout ce que je puis faire.
Gardien immémorial de ce
temps et de ce lieu.
Socrate de la mode et des
mal-entendus.
Je fais de grands efforts
pour me faire lire en français, qu’on sache l’anglais cela est bien, qu’on en
abuse cela est inattendu. Surtout pour des esprits de qualités qui peuvent
faire la différence entre diverses langues proposées à leurs exploits
d’intelligence.
Je pensais notamment à
Laurent Lafforgue qui publia son principal article de mathématiques en français
dans une revue allemande. Cela ne l’empêcha pas de briguer la médaille Fields
pour autant qu’on brigue ce genre d’honneur.
Gentillesse et fermeté
disait Casals à ses élèves, c’est à peu près cela qui permet de sauver les
peuples du naufrage de tous leurs atouts.
Il m’arrive de rêver à une
pédagogie des lettres. Pour en sauver les arcanes et leurs mystères, ou bien
pour faire triompher quelque idée du bien.
Mais c’est une rêverie un
peu niaise, un peu folle.
Qu’est-ce qui couve sous les
Lettres ? sous cette écorce dure et obscure ? ou sous cette
couverture trop molle et trop confuse, cet édredon de sentiments pour
certains ?
Quand du néant nous en
tirerons une destinée, nous serons infiniment poètes.
Son énorme vanité lui gâche
le paysage.
Le paysage des Lettres
surtout qu’il occulte à cause de ses prétentions au lyrisme, à la pureté, au
moi-même ... quand une vérité poétique et littéraire restera toujours UNE BELLE
INCONNUE.
Le prisme du silence qui
réfracte toutes choses ...
C’est tout armé qu’il faut
rentrer en soi disait à-peu-près Valéry.
Mais peut-être trouve-t-on
ces armes justement en pénétrant dans cette demeure inconnue.
Moi aussi je n’ai pas le temps
de faire des revues de presse, et pourtant je m’échine à lire la prose de Rémi
Pellet, ci-devant professeur à l’école libre des sciences politques - c’est
ainsi qu’elle se nomme - quoiqu’on ne sache pas exactement quelle liberté elle
défende.
Il prétend que le droit est
un bel héritage des nations civilisées tributaire du passé etc etc.
J’avais demandé à Frédéric
Pitron (d.l.g !) quel était le statut du droit à son avis, il m’avait
répondu dans un choix multiple assez simpliste ou simplifié que je lui
proposais : une convention.
Quoiqu’il en soit j’aurais
bien une question à poser à Rémi Pellet : que fait-on quand une nation
souveraine ne respecte ni ses propres lois, ni aucune convention qu’elle a
signée ? par exemple prenons l’exemple des Etats-Unis, état de droit
démocratique qui tient emprisonné à Guatanamo des prisonniers de guerre sans
leur appliquer aucune protection légale ? jusqu’à ce que même la Cour
suprême des E.U chargée du droit constitutionnel s’en émeuve au bout de
deux ans !
En clair, j’ai le sentiment
que le droit n’est jamais qu’un contrat qui respecte des rapports de force,
opinion publique nationale et internationale, état des économies et des
échanges commerciaux, situation géo-politique d’une manière générale etc.
Que dans tout cela rien
n’est intangible, que la puissance du vivant c’est justement de changer les
bornes et de déplacer les frontières et que je conseillerais vivement à tous
les juristes et légistes d’avoir l’esprit aussi vif que la lumière s’ils
veulent suivre les mouvements de notre temps ... qui se règle sur l’heure
d’Internet par exemple ! à bon entendeur, salut ! comme on dit dans
nos campagnes un peu arriérées.
Nécessité fait loi, ne
dit-on pas ?
Histoire d’un légume.
Un matheux se mourait
d’ennui dans les arbres.
Il pondit un oeuf ...
J’ai une question à poser à Rémi Pellet, dont le silence sur le
site de la SLRC ne peut présager que de grandes choses et de graves écrits
: comment concilie-t-il le principe de la continuité de l’Etat - principe
constitutionnel, je crois - et ce qui est joliment nommé « congés
judiciaires », qui consiste selon l’aimable fonctionnaire qui me l’a
indiqué dans le fait que tout le personnel de son Tribunal partant en vacances
au mois d’août, tous ses services seront donc clos ?
Encore une entorse aux Lois
et à la Loi suprême de la Constitution.
Il est vrai qu’il ne s’agit
que de la Justice, qui selon la Constitution de la Vème République est une
autorité et non un pouvoir !
Donc l’autorité judiciaire
est en vacances ... adieu veaux, vaches, cochons, couvées ... restera peut-être
les épices selon l’ancienne mode des temps révolus !
- Jeune homme si vous ne
faites rien pour votre gloire, elle va s’éteindre !
Je m’adresse à qui de droit,
et ce brillant sujet se reconnaîtra immédiatement.
On ne pourra pas dire que je
n’aurai pas prodigué mes encouragements aux Arts&Lettres !
Il s’agit d’un jeune homme à
l’âme pensive et hautaine et aux pensées musicales, certains l’auront déjà reconnu,
son langage d’un haut lignage est aussi relevé que sa taille est fine et son
esprit subtil ; enfin, the last but not the least, il sait l’anglais,
l’allemand, l’italien, l’espagnol, l’esperanto, ou du moins il est en train de
l’apprendre, il ignore encore un peu le français mais comme le disait
Paul-Louis Courier c’est une langue difficile qui n’est maîtrisée tout au plus
que par deux ou trois personnes en Europe.
- Ce sont là des manières,
Monsieur, qui ne vous porteront pas chance, on ne parle pas de ces matières
précieuses sans un entre-chat délicat, un jetté-battu qui ne s’apprend qu’à
l’Opéra de Paris dans le corps de ballet.
- Certes, j’en suis
conscient et vous excuserez cette lourdeur de la main mais depuis qu’on a
changé la plume d’oie pour le clavier polyglotte, tout est perdu, même les
Lettres fors l’Honneur !
Valéry a bénéficié de
l’échec des carrières littéraires de ses prédécesseurs Baudelaire et Mallarmé.
Baudelaire a fini dans une
chambre de bonne avec des dettes à la clé, méconnu, méprisé, humilié et il
était le plus grand novateur des trois, Mallarmé a connu un demi-succès ou un
demi-échec comme l’on voudra, repoussé du Parnasse contemporain par ses
confrères, il aurait tout autant que Baudelaire été blackboulé à l’Académie. Valéry
s’est présenté en héritier de ces deux offensés et il a récolté tous les
lauriers quoique lui-même n’ait guère pris de risques littéraires d’un
caractère excessif dans son oeuvre publiée.
Le génie par définition
étant précurseur de lui-même met du temps à se faire reconnaître et accepter
autrement que comme un intrus dans la maison et qui vient la déranger.
Ma situation abstraite est
telle que je n’envisage pas de me présenter dans une quelconque académie même
de trente-sixième degré ... les places sont trop bien remplies !
Ma légitimité sera donc
entièrement virtuelle.
La peur de penser est sans
doute un des plus grands freins à la littérature actuelle ; en effet
jamais les moyens de pénétrer les secrets de l’univers n’ont été plus puissants
et jamais les timidités corrélatives des écrivains n’ont été plus en phase avec
l’inhibition générale qu’on appelle la morale publique.
Il n’est guère que les
auteurs de science-fiction qui se permettent des écarts à la normale - moyenne
pondérée de tous les avis - sous le prétexte de dénoncer des mondes
imaginaires.
Moi je m’entête à dénoncer
tous les mondes réels ... enfin, soi-disant tels ! qui ont la prétention
d’apparaître ainsi.
Peut-on imaginer un monde
sans académisme ? c’est pour le moins difficile, tous nous n’avons pas
prétention à l’originalité ou au martyr.
Opéra sans pareil, je rêvais
à un royaume des lettres sans limite, qui aurait inclus aussi bien
mathématiques que jeu d’échecs, biologie et automatique, logique de la pensée
et illogisme du hasard.
Par exemple moi je me
prétends poète mais je n’ai pas le papier à en-tête officiel du ministère de la
Culture qui me reconnaisse ce titre, alors comment savoir effectivement si j’en
suis un ?
Je comprends bien la
perplexité des lecteurs devant ce cas de figure : il s’agit de ranger dans
une case, la case poète en l’occurrence, le monsieur qui écrit sur le net. Or
aucune assurance, aucune corrélation sérieuse ne permet de motiver ce jugement.
Y-at-il des sondages qui
pourrait permettre de connaître le sentiment du public de ce web-log ?
qu’on se fasse une idée ?
Est-il poète ou ne l’est-il
pas ? question digne d’Hamlet élève en troisième année à Sciences Po’.
Le BVP, bureau de
vérification des poètes peut-il nous en dire quelque chose ?
La direction des fraudes et
de la concurrence peut-elle expertiser cette marchandise ?
Tous nous voudrions en avoir
le coeur net et même peut-être le principal intéressé.
S’il n’est pas poète,
peut-on le classer dans la catégorie seconde mais importante des journalistes
du Net ?
Là encore il faut énoncer
les critères d’appartenance, d’inclusion ou d’exclusion à cette
sous-catégorie.
On voit bien que tout un
travail reste à faire et que tant celui-ci n’aura pas été fait, notre
conscience morale ne sera pas tranquille.
Car enfin le repos moral est
quand même le criterium absolu de réussite d’une politique qui tend vers le
consensus ?
Où sont les moyennes ?
je veux dire les bonnes moyennes, les vrais moyennes, pas les fausses, les
trompeuses, celles qui ne trompent personne justement. Non ! la juste,
l’honnête moyenne de grand-papa, celle qui permettait de passer dans la classe
supérieure. Car il nous faut de la clarté si nous voulons organiser ce monde
parfait qui nous attend.
On peut se demander si cette
classe de poète qui visiblement est si
gênante au bon ordre social ne devrait tout simplement pas être
confondue avec celles des grands nocents ?
On pourrait proposer à
Renaud Camus un alinéa supplémentaire à son programme de l’In-nocence :
« Il y a trop de français en France, trop de poètes en Poésie et pas assez
de labradors au Labrador ».
Comment un imbécile
pourrait-il prouver - volontairement - qu’il est un imbécile ? ça c’est
une question de Lorédan charmant.
Chut ! Il essaye de me
piéger ...
Etre ou ne pas être poète,
seul un M. de Villepin muni de la loupe de l’enquêteur zélé du Rer ou de
chasseur de graffitis nazis pourrait nous éclairer sur cette question
fondatrice de l’ordre social.
« Hélas ! il n’est
que poète », j’entends déjà le choeur affligé des pleureuses du
web littéraire ! nous qui attendions un grand homme, un meneur ! nous
voici avec un pleurnichard de plus ! un élégiaque, un lyrique mal
emmanché ! un diseur de mots emplumés !
On cherche des étiquettes et
on n’en trouve pas ! comme c’est curieux ! comme c’est
dommageable !
Etre poète n’est rien, il
faut être grand poète ... c’est le grand qui fait le vrai poète.
Lorédan prétend que je vis
en poète comme d’autres vivaient en toreros, moi, je veux bien si cela me
permet de me ramasser moins de cornes dans le cul.
Cul est-il un mot bien
autorisé en poésie ? je vais consulter Saint-Lorédan.
Ephéméride :
Des gaspards à la BNF !
Qui a dit que plus personne n’aimait la littérature puisqu’on est prêt à se
faire pendre en haut d’une vergue pour s’emparer de morceaux de choix du
moment qu’ils valent quelque chose ?
Un conservateur en chef de la BNF mis en examen
pour vol de manuscrits.
[vendredi 30 juillet 2004 - 20h38 heure de Paris]
PARIS (AFP) - Un
conservateur en chef au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale
de France (BNF), Michel Garel, a été mis en examen vendredi pour "vol
aggravé", dans le cadre d'une enquête sur des vols de manuscrits et
imprimés, a-t-on appris de source judiciaire.
Responsable du fonds des manuscrits hébreux à la BNF, M. Garel, 56 ans, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire par la juge parisienne Nathalie Turquey, en charge de l'enquête depuis mars 2004. Son épouse a également été mise en examen pour "recel de vol aggravé" et placée sous contrôle judiciaire.
L'enquête a débuté à la suite d'une dénonciation anonyme en février 2004 à la direction de la BNF, qui désignait M. Garel comme étant à l'origine de la disparition d'une centaine d'ouvrages entre 1998 et 2004, selon une source judiciaire.
Devant les policiers de la Brigade de répression du banditisme (BRB) qui l'avaient interpellé jeudi matin sur le site Richelieu de la BNF, et devant la juge d'instruction, M. Garel a nié la presque totalité des faits.
Le conservateur ne reconnaît qu'un seul vol, celui d'un manuscrit hébraïque pour lequel il avait établi un faux certificat attestant que l'ouvrage pouvait faire l'objet d'une vente. Ce manuscrit avait été vendu de bonne foi chez Christie's.
Au cours de l'instruction, l'homme aurait été mis en cause par plusieurs témoins, dont un acheteur et un professeur, selon une source judiciaire.
M. Garel travaille à la BNF depuis 1976 et est responsable du fonds hébreu depuis 1980, selon l'établissement.
"La BNF, qui avait constaté la disparition d'imprimés et manuscrits hébraïques, a procédé à un inventaire complet de son fonds hébreu et déposé des plaintes pour ces vols", avait déclaré jeudi la BNF dans un communiqué.
Selon Jean-Noël Jeanneney, son président, "plusieurs plaintes" avaient été déposées, notamment avant son arrivée à la tête de la BNF en mars 2002, qui "faute de pistes, n'avaient pas abouti".
Vendredi, Agnès Saal, directrice générale de la BNF, a précisé que les vols touchant le fonds des manuscrits hébreux concernaient cinq manuscrits. "Certains ont disparu intégralement, d'autres ont été mutilés, des feuillets découpés et retirés", a-t-elle précisé.
Il s'agit essentiellement de textes religieux, des Talmuds, datant de plusieurs époques, « des 13, 14, et 15es siècles pour les plus anciens", a ajouté Mme Saal, rappelant que le fonds des manuscrits hébreux de la BNF, fort de 1.350 pièces, était "l'un des plus riches au monde".
Une centaine d'imprimés ont également disparu des collections de la BNF, (sur le site François-Mitterrand) sur lesquels l'établissement n'est pour l'instant pas en mesure de donner des précisions.
La médiocrité me déteste -
on conçoit les jaloux - mais je le lui rends bien. Nous sommes quittes et pour
bon voisinage nous ne nous quittons pas de l’oeil sans jamais nous fréquenter
vraiment.
L’adjectif gentil ne m’a
jamais semblé s’accorder à la personnalité de Beethoven, il est terrible de le
dire mais il n’y a pas de musique douce dans son oeuvre. Des musiques pieuses,
recueillies, oui ! mais jamais qui se remémorent des moments d’enfance,
des morceaux de souvenirs qui fondent délicatement telles des notes longues
dans des silences sucrés : il n’y a pas de délices désirables au milieu de
la vie de Beethoven, une enfance dure d’orphelin avec un père aveuglé par
l’alcool, une adolescence tourmentée sans compagne désirée, rien qui aille avec
un quelconque relachement de l’impatience. « Tout droit » aurait pu
dire Beethoven comme fière devise quoique son âme ait été tant contrariée, mais
il est vrai que la volonté à force d’être farouche préparait des chefs d’oeuvre
à la matière rebelle des notes et des instruments, car enfin on en vient bien
là, c’est avec des sons qu’on fait de la musique et pas des sentiments comme
l’on écrit avec des mots et pas des idées aux dires de Mallarmé répondant à
l’interrogation étonnée de Degas devant ses échecs successifs à se plier au
sonnet malencontreux. Il n’est rien de dieu donné dans les signes que l’on
accroche les uns aux autres sinon quelques hasards que l’on saisit au vol parce
que la main s’est faite et que l’oeil est assez vif pour veiller à faire
semailles et moissons tout en même temps.
Voici quelques pages de cet
art poétique que je devais bien à ceux qui me lisaient puisque
malencontreusement mon collaborateur fidèle - ce dévoué disciple que me laisse
de temps à autre à ma gouvernance Méphistophélés - m’avait abandonné au milieu
de la tâche, illustrative de clore en quelque sorte l’idée sur le verbe.
Par inadvertance ou presque
voici un petit contrepoint à un texte équivoque comme souvent de Jérôme Vallet,
fin musicien et disert aussi, mais qui n’aime rien moins que les arêtes du
discours, or, pour le moins, Beethoven était l’homme des ruptures, raptus du
sentiment qui rompt en lisière devant le développement que l’on n’attend pas.
Beethoven était sourd à sa
manière, répétant pour mieux entendre ce qui va de soi pour les autres et
jamais pour lui, il cherchait la faille en toute musique et il la trouvait. Ce
qui explique combien il fut difficile de faire une sonate après lui ou une
symphonie et y-a-t-on vraiment réussi ? sinon sous les artifices de
l’explosion poétique d’un Schumann, ou la lourdeur du sentiment qui s’endort
confortablement en la gemutlichkeit de Brahms.
La forme, Beethoven l’a
vaincu, il restait à vaincre la substance du son, Wagner et d’autres Debussy
s’y employèrent, différemment il est vrai, mais avec une grande sagacité pour
débusquer les interstices de la matière sonore.
Vaincre une forme c’est conquérir
une liberté.
Non ! Jérôme Vallet de
tendresse chez Beethoven, point !
Tout ce que vous voulez sauf
ça !
Même la sonate du
Printemps : de la grâce, de la fraîcheur, de la nouvelleté, mais de la
tendresse ? de la complaisance ? des atermoiements à deux ? où
les vîtes-vous ?
Message de
Frédéric Pitron le 31/7/4 sur le forum de Renaud Camus :
SI je puis me permettre, dans le lien
que j'ai signalé ces jours derniers, Le Docteur Boubakeur estime compatibles
Islam et démocratie. Son article est intéressant.
Il insiste en particulier sur Islam et
Tolerance : "l'Islam condamne la perturbation de la paix sociale, la
sédition, le désordre".
Pour ma part, je me garde bien de
donner tout mon crédit à ces bonnes intentions.
Eh bien ! si je puis me
permettre mon cher Frédéric Pitron, voici le genre de contre-sens qu’il ne faut
jamais faire !
Les sociétés occidentales
modernes - c’est à dire démocratiques - ne vivent justement que parce qu’on y
perturbe le jeu social, qu’on ne cherche nullement à le reproduire à
l’identique, on appelle cela le progrès.
Toutes les autres sociétés -
traditionnelles si vous voulez - sont répétitives et stagnantes par essence.
Le désordre nous est
consubstantiel, c’est la vie même qui s’introduit dans le cristal d’un ordre
social trop parfait pour être pur de toutes ombres.
Il n’y a aucune vérité
révélée dans les sociétés démocratiques, il n’y a que des vérités approchées
... si vous voyez la nuance vous aurez fait un grand pas dans la bonne direction,
celle qui permet de distinguer le bas du haut, la droite de la gauche et
l’envers de l’endroit, ou si vous préférez encore le passé du futur, on appelle
cela aussi la flèche du temps.
J’admets volontiers que de
concevoir un monde politique d’une manière dynamique est plus difficile que de
concevoir un monde social statique, et que cela demande un effort d’abstraction
important.
Mais nous ne sommes pas des
bêtes ... enfin quelques-uns d’entre nous ont la prétention de s’en distinguer.
Alors faisons fonctionner notre tête.
- Mais vous pourrez dire ce
que vous voudrez, cela ne me dérangera pas, vous me permettrez seulement de
dire le contraire exactement, ce qui sera une manière d’hommage indirect à vos
propos et à votre personne.
- Ô je croyais que c’était
strictement personnel.
- Pas vraiment, juste une
manière d’être ou de penser, ce qui peut revenir au même dans certains cas.
Qu’on le veuille ou non, le
monde n’est pas semblable à nos rêves d’enfants.
Samedi 31 juillet 2004, il
est près de 23h.
J’ai passé une mauvaise nuit
et une journée pire encore. L’ordinateur ne faisait pas ce que je voulais et
mon chagrin le plus profond est remonté en moi jusqu’à déborder et envahir
toute ma conscience.
A part écrire pour essayer
de me soulager, je ne vois pas ce que je peux faire.
J’essaye de tromper mon
attente. Je sens que je me délite même si l’esprit n’est pas atteint, il finira
bien lui aussi par être emporté par le naufrage général.
Trop d’émotions, trop de
désarrois toutes ces dernières années, trop de catastrophiques errements du
temps.
Nous voici en passe de finir
certaines choses plus vite qu’on ne pouvait le penser.
Quelle morale en
tirer ? aucune, il est bien trop tard, ou trop tôt pour avoir une vue
globale ... nous naviguons ô mes divers amis, disait Mallarmé, moi déjà sur la
poupe, vous la proue qui fend l’air ...
qu’importe ce qui valut ce sillage !
Toute la morale de
l’histoire ? c’est que les êtres humains ne sont pas sauvés par leur
esprit.
Adieu donc pauvre cervelle
qui fendait l’air malgré l’orage. Adieu donc les beaux garçons, un certain qui
m’occupa toute ma jeunesse et engloutit avec lui toute mon espérance.
Salue aussi la fièvre
d’exister qui m’a quitté car je ne suis plus, plus qu’un vent mauvais qui
tourne sur lui-même, une feuille desséchée par l’atmosphère que je respire à
peine.
Salue mes anges qui m’ont
abandonné, fait leur la grâce de croire que c’est moi qui les ait oublié. Après
tout eux non plus ne sont pas tout-puissants.
Salut à toi mon ombre,
fidèle comme la lumière qui m’enchanta dans mon enfance, salut tous les petits
matins qui furent dans un corps frais et maintenant usé et rompu de veilles
aberrantes sur le temps qui ne me porte plus.
Salut pauvre hère qui fut
moi et que je n’envie plus.
Salut d’amour.
Une pensée délicate pour
David Madore :
Mon spécialiste VIH m’envoie
consulter sa collègue psychiatre qui officie dans le même hôpital que lui, j’ai
hésité à aller la voir parce que cela me fait un déplacement qui me semble
inutile, est-ce qu’on va consulter pour un mal d’amour ? cela passe avec
le temps me semble-t-il ou cela ne passe pas et on en fait un roman. Toujours
est-il que je me suis presque décidé à aller la voir ne serait-ce que par
curiosité - la curiosité me motive encore un peu - car je ne vois pas bien ce
qu’elle pourra me dire que je ne me sois déjà dit - je ne me situe que dans une
relation verbale avec la médecine en l’occurrence, car je ne me vois pas
avalant des médicaments qui me rendraient bien plus faible que je ne le suis ce
qui est déjà trop. Et puis elle porte le prénom de Bérénice, c’est si racinien
que je me demande quelle tragédie je puis lui servir pour être à la
hauteur ? bon, sans forcer la note ma vie a déjà été un semblant de
tragédie antique mise au goût du jour par de mauvaises mains pour de mauvais
discours et par une nuit sans lune car je n’y conçois rien de clair.
Si Bérénice en vaut la
peine, j’indiquerai donc à Ruxor le chemin de Titus qui ne sera plus celui de
Rome ou d’Ulm.
Dimanche 1er août 2004 :
Je n’ai rien oublié? non, je
lis un peu, j’achève la vie de Jean de Tinan que j’avais abandonnée il y a déjà
quelques mois mais les événements s’étaient précipités sans ma permission.
J’ai terminé hier soir ma
lecture du Mallarmé de Steinmetz, seule biographie valable depuis celle de
Mondor. Cela avait un peu contribué à me déprimer de devoir quitter Mallarmé.
Je vais un peu mieux ce
matin, j’en profite pour me rasséréner.
J’ai lu les messages de ce
pauvre Jérôme Vallet, j’avais senti depuis longtemps que quelque chose comme
cela couvait chez lui, une espèce d’anorexie, un vide qui avait implanté un
drapeau noir dans son crâne, de ses propositions finement nuancées tout tombait
dans le lac comme dans un désert et le lac d’Annecy dont il cotoie les bords à beau
être fort agréable, ce n’est jamais qu’un trou rempli d’eau, un creux disons
pour être plus poétique qui a besoin de cette substance pour connaître la
parfaite platitude.
Le charme étant peut-être
dans le contraste entre l’horizontalité aquatique et la diversité des reliefs
qui l’entourent - et surtout pour moi les petites taches blanches des maisons
qui en cernent les côtés, présence de l’humain comme d’une divinité réelle au
milieu de ces splendeurs naturelles.
Qu’y-a-t-il de plus triste
qu’un paysage ou nulle trace humaine ne se propose ?
Le décor pour toute absence
est un théâtre d’une sinistre ironie pour qui le regarde solitairement.
Non ! j’attends les
saisons de l’âme en croisant des regards.
Autant je me sens en
conformité de ton, de goût, de style avec certains écrivains comme Jean de
Tinan, autant d’autres, par ailleurs fort estimable, comme Georges Bernanos
sont éloignés de moi par l’espèce de grossiéreté de touche de leurs sens - et
particulièrement de leur sens littéraire.
On est toujours étonné par
ce grand trou de ce qu’on appelle le sentiment littéraire dans notre époque
contemporaine. Il y a une aspiration des sentiments qui s’est faite sous nos
yeux sans qu’on devine où va cette perte du Rhône. Au profit de qui la
diminution de l’esthétisme et du goût en littérature ?
Etre là pour le symbole, moi
je veux bien, mais ce n’est pas toute la littérature qui se contente de signes,
équivoques ou non, là n’est pas le problème.
Puet-on faire des
personnages qui soient autre chose que des signes et des figures ? les
poser sous forme d’énigmes peut-être, à résoudre par le lecteur
bénévolent ? les mettre en équations ? qu’ils soient fonctions de
quelque chose ou de quelqu’un, mais on l’est toujours ... donc cela suppose une
suite infinie de signes ... explicite ou implicite.
On aboutit vite au roman
proustien ... ou au roman en ponctuation exagérée comme ceux de Jean de Tinan
ou plus tard - hélas ! - de Céline !
On dira que tout cela est
excessivement technique et que chacun fera comme il le sentira mais il faut une
belle santé pour s’émanciper ainsi !
Les médias modernes ont fait
un tort considérable à la littérature, cet entregent presque parfait de la voix
et du geste, on a voulu faciliter le travail de l’esprit et on lui a ôté tout
le travail du rêve.
C’est la possibilité d’être
contrefait qui donne sa résonance au style.
C’est sa capacité à résonner
longuement qui empêche l’esprit de s’échapper de ses rêts.
« Trop de littérature
tue la littérature » axiome que je propose en vain à mon émule littéraire,
Lorédan, ce petit pervers polymorphe dont j’essaye de faire l’éducation en lui
faisant ôter les doigts de son nez - qu’il a charmant au demeurant.
Trop de littérature tue
toujours ...
J’avais essayé de parler du
« Doctor Pervers Polymorphe », au sexe indécis à D.Madore mais là
aussi un blocage, ou me trompé-je ?
Il serait absurde de nier le
lien entre la maturation sexuelle et la maturité intellectuelle. La sexualité
sert de déclencheur à la volonté qui elle-même va comme faire démarrer les ressources
de l’intellect dans un certain sens.
L’horizon du perceptible est
donc indirectement lié à quelque chose qui a rapport au sexe.
Les errements de Galilée
sont assez tragiques, ses incertitudes quant aux lois de Képler alors qu’il en
possédait les éléments montre la différence entre un esprit de première force
comme Descartes, mathématicien et pur abstracteur par essence quoiqu’il ne
méprisa pas la démarche point par point de l’expérience et quelqu’un qui se
situe à mi-chemin de l’expérimentateur et du théoricien mais qui ne franchit
jamais le pas, Galilée toujours en lisière, toujours timide et hésitant.
Descartes s’enhardit à franchir le Rubicon.
Maintenant j’ai moi-même
souvent souri de la démarche qui donne une foi extrême dans les maths - non pas
qu’on puisse se passer de maths en physique théorique pure - mais je sais qu’il
y a un tel choix dans des mathématiques possibles, qu’il n’y aucune raison de
croire que certaines sont prédestinées plus que d’autres à décrire le monde. Il
n’y a pas d’identité entre les maths et la physique, ce sont deux domaines
complètement séparés, la question d’Einstein « pourquoi cet univers est-il
mathématisable ? » n’a pas de sens.
L’univers n’est pas
mathématisable par un esprit humain, mais on peut faire coller certains
phénomènes aussi étroitement que l’on veut à certaines parties des maths.
C’est l’ignorance d’Albert
Einstein en mathématiques qui lui faisait croire aux descriptions simples et
normalisées depuis Newton de l’univers mécanique.
Ce n’était qu’une partie du
tout. On pouvait aller plus loin ... on ne s’en prive plus depuis un siècle.
Calculs informatiques, méthodes nouvelles de la mécanique, probabilisations etc
tout tendait et tend à un autre univers mathématisable de diverses manières.
On sait aussi d’autres
choses : les mathématiques ne sont pas réflexives.
Ce qui ne laisse pas de nous
faire rêver.
Il n’y a pas de parties des
mathématiques telle que le tout serait contenu dans la partie.
Si le monde physique est
réflexif, s’il est un Tout, un Univers au sens propre, alors on ne peut en
aucun cas l’identifier au monde mathématique !
Avant de m’endormir hier
soir j’avais eu de très belles pensées, ou plutôt de très belles phrases
m’étaient venues à l’esprit pour les exprimer, mais tout s’est envolé et comme
j’étais trop fatigué pour me relever en faire un topo je ne sais même pas sur
quel sujet cela portait.
Au hasard Balthazar,
peut-être cela me reviendra, mais je sais que c’était des expressions très
complexes, des formes très affinées, donc il y a peu de chance que cela
revienne d’un coup.
Rien n’échappe au regard de
ce jeune homme-crapule ... ça c’est une pensée qui m’était venue en repensant à
un adolescent croisé hier après-midi qui n’avait pas les yeux dans sa poche et
au faux jean-usé-déchiré.
De quoi me parlais-je voyons
hier soir en me couchant ? de littérature ? d’art ? de Proust
peut-être « Longtemps je me suis couché de bonne heure », incipit
fameux de son oeuvre. En remarquant que le mot temps commençait et finissait
son oeuvre.
J’ai acheté hier après-midi
le « Sésame et les Lys » de John Ruskin dans sa traduction,
scrupuleusement et soigneusement annotée, oeuvre qui sans lui passerait à l’as
de nos jours. Esthétisme de la lecture et des pensées à part soi, c’est à peu
près le thème de l’oeuvre, Proust suggère qu’une grande littérature est une
retranscription fidèle d’un monde intérieur dans une langue directe, il veut
dire qui ne s’égare, qui vise à un but simple et expressif. Elle vaut par ce
qu’on lui sacrifie. Le Temps ? probablement !
En fait il condensa dans ses
phrases soigneusement serties l’expérience qu’il avait faite en sa jeunesse
d’une vie toute extérieure et mondaine, sans réelle rélfexion. Et c’est en la
réfléchissant vingt ans après qu’il lui donna cette espèce de beauté supérieure
de l’art.
Certes Jean de Tinan n’eut
pas le temps de décanter ses expériences sentimentales et mondaines, mais elles
ont l’allure du vif-argent, ce qui n’est pas mal.
Proust condense en un
instant le temps ramassé des expériences dans ces longues phrases qui font des
méandres. Il soumet le hasard à un autre hasard fondamental, celui des mots. La
phrase devient ce précipité, oblique, filandreux, noirci ou au contraire clair
comme l’eau, où vient se déposer le concentré de vie qu’il explore et analyse.
La phrase par essence
classique de la langue écrite, c’est à dire l’ordre auquel on peut soumettre
toute une suite d’aléas, de rencontres, de sons et de sens.
Echange de messages très
personnels avec l’Anonymus :
Vous n’avez pas l’apanage de
la bêtise, insinuait-il modestement.
« Hélas! j'aimerais
être totalement bête. »
Etes-vous fou, me
disait-il ?
« Pour la folie heu! il
faut des miroirs spéciaux, des miroirs aux quatre coins! »
Que faites-vous ?
« Je suis assez triste
j'ai perdu de très belles pensées et de très belles phrases dans ma nuit. Du
coup je rame pour retrouver ne serait-ce que le thème de tout ça. »
Il me suggéra ensuite d’être
grand capitaine, d’industrie ou de flibuste, chef d’équipage de la politique,
serviteur d’un Etat ... je dus lui répondre :
« La modestie vous
égare.
« Il me faut rien moins
que le TOUT pour être heureux.
« Les poètes sont des
exigeants. »
Il était bien jeune et ne
pouvait saisir le fond de ma pensée. Quand on réclame le TOUT c’est que le
reste vous a déçu et que seule la MORT peut encore être un légitime
contradicteur. Drôle de dialogue entre le VIF et la MORT.
Poe se situe au point où
tous les discours se rassemblaient, c’est pourquoi ses successeurs sont si
minces, si pauvres, puisqu’ils exploitèrent ses inventions comme le
roman-policier et le conte d’anticipation ou de science-fiction en les
poursuivant dans une seule dimension.
La lettre volée n’est pas
une simple énigme à résoudre et qui amuse le grand public friand de telles
histoires dans les journaux du dimanche, elle est un symbole et une métaphore.
Le thème profond c’est le
vol, le vol des idées comme celui de Prométhée. C’est en fait la Création, la
création humaine qui fait concurrence à la Création divine.
On peut montrer facilement
que Poe a une infinie richesse de pensée et d’imagination mise au service d’une
science profonde de l’exposition, mais que ses lecteurs peuvent avoir une
pensée d’enfant sans s’apercevoir de rien.
Il faut toujours extrapoler
les écrits de Poe avec d’autres éléments qui n’y sont pas présentés pour
comprendre vraiment de quoi il s’agissait.
Je n’avais pas besoin de
noter des phrases toutes faites sur un carnet pour me souvenir de l’importance
de mes pensées d’hier soir en pré-sommeil sur la poétique d’Edgard Poe.
C’était trop marquant pour
les oublier. Je vais essayer de les exposer ensuite ici. Poe étant par la force
de son esthétisme du symbole le plus illustre représentant de la pensée
littéraire au XIXème siècle. Il a rénové profondément l’écriture dont découle une
grande part du XXème siècle littéraire, la meilleure ou presque. Il avait l’art
et la matière pour alimenter le grand fourneau littéraire.
Mais encore une fois il ne
faut rien moins savoir que le TOUT de son époque pour en dégager non pas
seulement les traits caractéristiques comme n’importe qui mais aussi sa
Philosophie profonde qui est une invention nécessairement.
- Il nous faut une bonne
police des esprits !
- L’argent, peut-être ?
- Oui ! l’argent cela
suffira.
Je me suis coupé du monde -
volontairement, involontairement ? on en discutera en temps et heure -
dans un autre monde.
La lecture et l’écriture
sont les deux procédés symétriques responsables de cet état de fait. N’en
concluons rien sur ma misanthropie.
Moins on est à plaindre, plus
on trouvera de bonnes âmes compatissantes pour souffrir avec vous, c’est le
syndrome du palindrome ou de la métonymie.
Il est plus facile de
plaindre ceux avec qui cela n’engage à rien et dont la compagnie est au fond
flatteuse socialement.
Tel normalien que je connais
trouve autant d’échos qu’il le veut à tous ses roucoulements d’oiseau blessé,
tel clochard accablé de misère ne verrait pas se lever le sourcil de ces bonnes
gens qui trouvaient tant de grâce à gémir de concert avec le petit déniché.
Tiens ! j’ai trouvé
l’expression exacte me caractérisant : je suis tombé du nid.
Peut-on être poète tout en
ayant une morale insipide ? allez savoir !
En règle générale, les
poètes que j’aime ont des personnalités suffisamment tranchées pour être tenus
à distance de la morale commune et pour ne pas professer les niaiseries
générales comme des vérités établies, éternelles et transcendantes.
Ceux qui ont beaucoup reçu
de la vie et qui en ont peu souffert sont généralement des conservateurs de
l’ordre social. Ils n’y voient aucun mal évidemment et ils ont tendance à
croire que ce qui a été est bon de toute éternité. On ne les mobilise guère
contre les injustices. Ils forment les gros bataillons de la morale du jour.
Certains diront qu’ils assurent la stabilité de la société, sa forme la plus
pérenne.
Ce qui me gêne chez Lorédan
ce n’est pas tant son style que sa morale. Peut-on vraiment avoir un style
propre quand on a une telle morale ? une morale si commune, si vulgaire,
en totale opposition avec la hauteur de vues affichée par ses ambitions
intellectuelles ?
Il me semble que quand on a
une passion intellectuelle, on y sacrifie volontiers tout l’ordre social, sa
famille, ses amis, ses confrères etc.
Ce n’est pas parce que
Galilée a abjuré par peur du bûcher qu’il faut l’imiter. D’ailleurs le bûcher
social est de l’ordre du symbolique plutôt qu’autre chose.
Moi, je sais que je n’ai
jamais abjuré mes ambitions, je ne sais si je les réaliserai jamais un jour,
mais c’est un autre problème, qui a rapport avec mes moyens et les
circonstances fastes ou néfastes. Et ce n’est pas à mon âge et dans ma
situation que je vais maintenant tourner casaque pour ramasser je ne sais quel
rogaton de vanité sociale ou quelques miettes du festin.
Bien ou mal, j’ai choisi ma
voie et seule la mort peut m’en détourner en mettant une virgule finale au
texte.
Serais-je aveugle à la fin
au point de me renier ?
Mieux vaut être un tronçon
immobile comme dirait Rimbaud, plutôt que de se laisser porter par le sens du
courant général s’il n’est pas celui qu’on a choisi.
Je n’ai plus de besoins
réels, je n’ai plus que des besoins imaginaires.
Or, ce sont les plus durs à
atteindre, ces azurs de la pensée.
Poème en prose, oui en
quelque sorte, ma vie est un poème en prose dont les jours sont les virgules,
et les nuits les points d’exclamation ou les points d’interrogation.
Descartes affirme la
primauté du modèle abstrait (sur l’expérience sensible), Newton - lecteur
attentif de Descartes - est possible après lui, pas avant.
Il faut beaucoup de courage
pour être soi-même. Moi j’utilise les mots comme des armes, mais on utilise les
armes que l’on peut quand on les trouve.
Je ne suis pas trop
malhabile à les manier.
Principe des journaux
« people » : s’identifier avec les heurs et malheurs de ceux qui
ont socialement « réussi ».
Lorédan me dit qu’il n’est
pas méchant, c’est pire il est insultant !
Que son échelle des valeurs
soit ce qu’elle soit, c’est son problème, mais il voudrait en plus que le
pauvre poète soit reconnaissant de sa supériorité de notaire-poète ! c’est
beaucoup demander.
Un peu comme si Charles
Goodyear, emprisonné pour dettes, ayant vu ses enfants mourir de faim,
soulevait son chapeau devant ceux qui n’avaient rien fait pour lui venir en
aide, quand lui faisait bénéficier la société entière de son invention de la
vulcanisation, il y a des limites à l’altruisme quand même ! sauf pour
Dieu peut-être !
Bon, certes le Monde est la
preuve manifeste de l’altruisme de Dieu mais quand même c’est une petite chose
... il aurait pu faire mieux diront toujours les poètes.
Lorédan veut gagner sur tous
les tableaux, avoir la vie sans risque du notaire et les honneurs de
l’inventeur ! mais alors qu’est-ce qu’il laisse aux autres ?
Son moi hypertrophié lui
jouera toujours des tours !
On ne peut pas miser à coup
sûr et en même temps prétendre que les dés ne sont pas pipés à moins de se
faire accuser de tricherie !
Je ne veux pas la mort des
notaires - car je ne suis pas communisant - je veux seulement qu’ils ne volent
pas tout et qu’ils se contentent de leurs émoulements. C’est simple ! on
ne saurait avoir une morale plus limpide que la mienne.
Le bourgeois minimise les
risques dans sa vie, libre à lui ! libre au poète, qu’il soit
mathématicien ou musicien d’en prendre d’autres qui ne sont pas prévues dans la
vie courante. Aux risques et dépens de chacun, ceci est la belle morale d’une
société libre et d’une société inventive, car l’invention réside seulement dans
la liberté des esprits qui s’aventurent hors des chemins battus.
Faire des dettes n’est
nullement un crime - même si ce n’est pas forcément une activité de gentilhomme
comme le prétend Renaud Camus qui entend faire payer ses diverses fantaisies
par la société tout entière - mais il est de endettements nobles et fructueux.
Si je n’aime guère RC,
j’admets volontiers qu’il s’occupe bien de son vieux château, avec fidélité et
intelligence, entre deux caresses à d’autres aboyeurs et aboyés.
Les aboyeurs et les aboyés,
tout un poème à écrire là-dessus.
Mais ne mélangeons pas les
sentiments et les idées comme certains le font aux dépens des autres.
La poésie est peut-être
l’art de l’insulte - primordialement - c’est à dire l’art des bonnes et
mauvaises humeurs - alors dans ce cas Lorédan est certainement un futur grand
poète - mais cela n’en fera pas pour autant un grand esprit.
Lorédan pense que sur six
milliards d’individus vivants, il n’y avait qu’un seul Lorédan possible, il n’a
pas tort ! mais était-il souhaitable celui-ci ? c’est une autre
affaire d’en décider.
La lecture et l’écriture
sont la préfiguration d’un autre monde.
Ou de mondes
antithétiques ?
J’avais proposé à Lorédan
d’intituler « La toison de Marsolan » son recueil de poèmes
pittoresques et agrestes décrivant la campagne gersoise et les avant-gardes des
Pyrénées qui sont surtout ici pleines de moutons (et pas de Roland à
l’horizon ?).
Bah ! notre petit
Virgile fera ce qu’il voudra, je ne serais pas son Horace.
Percés d’azur, ces mendiants
de la pensée, les poèmes ... (n’est-ce pas assez Mallarméen ? voir
« Les Fenêtres »).
Il y a chez moi une quantité
de colère qui se débonde par instants et maintient à flots ma capacité
créatrice.
Encore une fois des rapports
entre les humeurs et la qualité d’être créateur-destructeur qui est en soi.
Le principe d’individualité
est le principe fondamental de nos régimes démocratiques, de lui découle
immédiatement le droit de propriété et donc la base du système du capital.
C’est donc une suite logique qui relie chaque élément sans qu’on puisse en
distraire aucun sans contester le système entier.
La manière dont
« Paumé » rend compte du mariage gay à Bègles « la grosse
passive en blanc qui tient le rôle de la femme » est navrante !
Je lui ferai remarquer que
ce sont les folles qui se sont montrées les plus courageuses face à la police
new-yorkaise dans Christopher Street lors des années de l’après-soixante-huit.
Ce ne sont pas ceux qui
roulent des mécaniques - un peu comme lui - qui montrent toujours beaucoup de
courage social.
Habitude très médiocre des
pédés (-blogueurs en l’occurrence) de cracher les uns sur les autres pour se
conformer à la médiocrité ambiante. Pour se fondre dans la muraille, je
suppose, c’est bien la peine d’avoir une originalité de la nature pour défendre
si peu la variabilité des êtres.
Bêtise quand tu nous tiens
...
En vieillissant, je supporte
de plus en plus mal la sottise.
La soumission à l’ordre du
droit ... on a suffisamment à faire avec la nature et ses déficiences, sans en
plus s’adjoindre des canons moraux qui sont de pur conformisme.
Non ! les pédés n’ont
pas le privilège de l’intelligence. Surtout quand ils s’expriment dans un
journal du net : se surveiller.
Mon coeur est fermé par un
cadenas vaste comme le Monde.
Certains rêvent de vieilles
pierres, moi je rêve de plumes, si légères, légères ...
Emeutes de Stone-Wall.
J’avais écrit émeutres, joli
mot ! le doigt m’avait glissé.
L’autre jour Lorédan avait
parlé d’encrages dans le Midi - au lieu d’ancrages -je lui dis qu’il était
enfin poète sans le savoir (« saine machination pour encrer la famille
au Sud »).
Il faut beaucoup encrer
quand on est poète.
Je vais postuler à un rôle
de bouffon triste :
L'emploi de bouffon recréé au
Royaume-Uni
[jeudi 05 août
2004 - 11h02 heure de Paris]
LONDRES (AFP) -
"On demande un bouffon" : pour la première fois depuis 350 ans, une
offre d'emploi de bouffon public est lancée jeudi au Royaume-Uni, à travers une
petite annonce publiée dans le journal The Times.
L'offre est déposée par
English Heritage, l'organisme d'Etat chargé de la conservation du patrimoine de
l'Angleterre.
Le candidat idéal,
précise l'annonce, "doit être allègre et prêt à travailler les week-ends
pendant l'été 2005. Il doit posséder son propre uniforme (avec des
cloches)".
Le bouffon moderne
devra accepter de feindre la stupidité et la folie pour le plaisir des autres,
a expliqué une porte-parole de English Heritage.
L'emploi de bouffon a
été supprimé au milieu du XVIIe siècle par Olivier Cromwell, alors que le
régicide procédait à une purge puritaine du pays.
Parfait comme boulot de
week-end ! isn’it ?
Frédéric et David sont des
non-baiseurs, ou plutôt pour parler comme un moralisateur des abstinents
chroniques, en fait ils se réservent pour le prince charmant - que ne se
rencontrent-ils, il se ratent peut-être - mais leur narcissisme étant ce qu’il
est, quelque chose comme le Tourmalet de l’Ego à prendre en danseuse, il est
probable que cette compétition avorterait lamentablement dans des vagissements
de veaux éplorés. Eh ! oui, plus de public pour soigner leurs bobos et
leurs douces barcarolles de poètes à l’agonie.
David écrivit un petit texte
sur Frédéric et Léonard (alias l’incorrigible Lorédan), l’un et l’autre l’ombre
de l’ombre, le palmier sans le désert, le courage sans la vertu, le dattier
sans les dattes, il éluda une conclusion souhaitable à la fin de son
récit inachevé : un garçon disparut sans laisser de traces.
Denis rangea ensuite son sac
à malices ... ne devient pas détective qui veut, il faut beaucoup de X pour
trouver un Y et fonder un foyer basé sur la Vertu et l’Honneur.
Ceci se passait un soir
d’orage entre l’école Normale, la Bretagne et l’Ile de France. Les pluies
éclatèrent pour faire cesser les battements de coeurs.
Au loin dans la campagne
gersoise une oie glougloutait ... l’appel du muezzin retentissait en haut du
château de Plieux, le sieur châtelain Ali Bacha Al’Camus commençait sa
prière !
Tout reposait dans
Jerimadeth ... car des dettes il n’en manquait pas le sieur Rachid el Camus !
- Ça devient de plus en plus
incompréhensible, grommela Censure armée de ses longs ciseaux, et familièrement
dénommée Aspasie, petite amie de Pulchérie.
- Mais oui, c’est cela, un
poète disparut sans laisser de traces !
- Quelque chose comme du
Jérôme Vallet ? avant ou après le coup de folie ?
- Qu’importe cela reste
toujours aussi beau !
- C’est bon comme du
Montrachet !
- Un Bourgogne blanc ?
vous êtes vicieux, en cette saison de quoi assommer un boeuf ...
- Ou un oeuf-radis. Vous
faites vous-même vos lisières d’ourlet ?
- Oui et vous-même, vous
branlâtes-vous cette semaine ?
- Ce verbe branler ou se
branler, forme pronominale n’est jamais vulgaire au subjonctif, alors qu’aux
autres modes ...
- On en revient aux
boeufs !
- Aux boeufs ?
- Oui, au boeuf-mode.
Sur ces fortes paroles, ils
allèrent se promener au fond du jardin, ils revinrent une bonne heure plus tard
pour le dîner, leurs coiffes un peu défaites, des brins d’herbe dans les habits
mais l’air satisfait de la promenade et du grand air de la campagne.
- C’est une bonne heure pour
bîner, rajouta le grand-père en revoyant les deux jeunes hommes.
- Oui, grand-père, encore
faut-il pouvoir, dit la mémé qui tendait l’oreille.
- On peut toujours quand on
veut, conclut le pépé, content de lui et du reste.
Signé : le petit lapin aux grandes oreilles qui couine
quand on les lui coince.
Amusante reconstitution des
jeux olympiques de la Grèce antique chaque soir sur Arte, si vous aimez les
beaux garçons vigoureux qui se promènent à moitié à poil - à moitié seulement
hélas ! concession vertueuse au goût moderne je le crains ! - je vous
conseille vers 20h de faire vos vêpres télévisuelles avec ces jeunes gens bien
sous tous rapports.
Cela vaut certainement des
vacances au cap d’Agde !
VS lisait d’abord les
virgules dans les textes de Camus, puis elle les époussetait et les rangeait
dans sa boite à couture. Satisfaite et très fière elle sortait ensuite les oies
innocentes.
La littérature est partout
où ne sont pas les écrivains professionnels qui vivent de rentes publiques -
c’est comme pour la philosophie.
Réponse brève à Renaud Camus
qui écrivait cette ignoble bêtise :
"La littérature est morte. Ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être.
Les deux ou trois siècles de sa popularité sont un malentendu qui est en train
de se lever tout à fait. (...) Nous allons pouvoir être entre nous."
Renaud Camus - La campagne de France -
2 avril 1994
La popularité de Mallarmé ou
celle de Baudelaire de son vivant, je t’en ficherai !
La littérature n’a pas de
rapport quelconque avec la popularité, c’est comme l’invention des mots, l’un
les invente, les autres les adopte, personne n’a besoin de savoir qui fait quoi
et qui est redevable de qui.
C’est encore une fois la
vanité de ce petit cerveau qui n’a même pas les intestins de revendiquer son
moi, qui lui fait dégosiller de telles sottises.
Imaginer un moment que vous
vous posiez la question de la popularité des mathématiques, quelle réponse
apporter ? c’est un non-sens ce genre de question.
La popularité de l’intelligence
c’est de convaincre les intelligents et de laisser froids les imbéciles.
Nul n’est prophète en son
pays, il est clair que le rapport à la littérature est en train de changer,
Internet bouleverse la donne.
C’est quoi la
littérature ? un écrivain n’est pas le mieux placé pour s’en apercevoir,
trompé par ses succès éphémères, à moins d’avoir l’esprit déductif de Poe.
Une petite question :
est-ce que Beckett, Ionesco ou Cioran auraient choisi la langue française à
notre époque pour s’exprimer ? ce n’est pas sûr. Le français n’est plus le
vecteur prestigieux qu’il fut car l’importance politique, économiqe, culturelle
de la France a baissé relativement.
La plupart des écrivains
n’admettent jamais qu’ils doivent rien à l’importance de leur pays d’origine,
c’est d’évidence faux.
Il y a une littérature
imbécile - très bien faite d’ailleurs - pour les imbéciles et elle se démerde
pas si mal, même s’il faut avouer qu’elle a de plus en plus de concurrence avec
télé-réalité et autres activités de plein air pour les méninges encrassées.
Ce dont se plaignent les
Renaud Camus et autres Dominique Noguez, c’est l’espèce de monopole d’accès à
la reconnaissance officielle qu’avait une certaine littérature ;
malheureusement cette reconnaissance s’est toujours portée à faux ! alors
à quoi bon la regretter, je serais d’avis de supprimer toutes les aides
publiques à la littérature qui ne sont en fait que des censures déguisées.
Il s’agissait de perpétuer
un certain ordre social, bon ou mauvais qu’importait !
Quant à l’université des
maîtres es-arts&lettres laissons-là pourrir de sa belle mort ... dans
l’indifférence la plus profonde qui lui est due.
Mes petits prolégomènes à la
littérature sont plus lus que n’importe quelle thèse de doctorat d’état
scribouillée pour continuer les figures obligées de l’ennui magistral !
Je connais encore quelques
professeurs enthousiastes des Lettres et gentiment reconnaissants aux écrivains
de leur apporter quelques heures de plaisir, ceux-là seront épargnés par la
malédiction du Net !
Vive la mort des Lettres,
donc !
Les Lettres sont mortes,
vive les Lettres.
La littérature française
selon « Le Figaro Littéraire » c’est Saint-Simon vu par Karl
Lagerfeld, la vache ! il faut faire l’Europe !
Celui-ci n’aime pas du tout
Proust, tu parles, celui-là l’aurait crocheté entre Palamède baron de Charlus
et Saint-Loup en maison de passes !
Petit cochon de Karl
Lagerfeld, tu deviendras certainement grand !
Comment vous
sentez-vous ? je me sens comme un orphelin.
Ceci dit j’ai fait le tour
du propriétaire en quarante-et-un ans, il reste aux autres à prendre les
mesures de la bâtisse si cela les intéresse.
J’ai envoyé promener Lorédan
du côté de Marsolan - sise tout juste à une douzaine de kilomètres de Plieux -
il voulait me faire passer pour un con, tout en croyant que je ne m’en
apercevrais pas, avec sa brosse à reluire les moutons (aussi appelée brosse à
fourbir les moutons) !
La muflerie de ce jeune
bourgeois drapé en poète moyen-âgeux est digne de figurer dans un conte de
Villiers-de-l’Isle-Adam !
Les écrivains sont fascinés
par la décadence et le pourissement sur pied des hommes à travers leurs us et
coutumes. Saint-Simon n’admirait rien tant que l’Espagne de 1700, l’Espagne des
Bourbons figée dans la napthaline, hélas ! pas l’Espagne conquérante et
vigoureuse des XVè et XVIème siècles !
Il admirait cette
préservation de l’ordre ancien ! c’est à dire au fond qu’il était
admirablement superficiel, les costumes, les préséances, les titres, les vains
ornements, tout ceci chez ce bigot des formes était le nec plus ultra de la
piété politique !
En fait on peut se demander
si la piété religieuse justement n’est jamais qu’un reste de révérence de
l’enfance qui se prolonge un peu trop longuement ! les hommes virils - je
veux dire ceux qui pensent par eux-mêmes - n’ont que faire de ces momeries. Ils
inventent les usages à leur propre convenance, soucieux d’efficacité, de
rapidité, de formulaires qui leur permettent de devancer leur temps.
Etre un inventeur c’est
fatalement ne faire oeuvre pie que pour soi. C’est se donner sa propre règle et
sa propre mesure. Les imitateurs auront tout le temps derrière vous pour suivre
vos traces.
Nous sommes pressés disent
les hommes du futur, nous sommes l’arrière-garde disent les artistes qui se
remémorent délicieusement les instants achevés.
Bien entendu l’art
littéraire qui est essentiellement un art du souvenir aime ce jus saumâtre de
la mémoire ...
Le sentiment de la grandeur
cela ne s’apprend pas, cela ne se vit vraiment que dans la solitude et je
respire la solitude à pleins poumons.
J’écoute Bach, et l’on
s’étonne - ou pas - chez cet homme au fond seul, malgré ses dix-neuf enfants et la multitude des
autres qu’il dirigeait comme Cantor - de l’appel vers la grandeur et la
noblesse. Fils de ses oeuvres, orphelin de famille, orphelin du monde, il se
dirigeait vers une certaine lumière, en n’oubliant rien pour plaire à ses
maîtres de l’heure, princes ou bourgeois endimanchés ...
Un homme complet ... pas un
homme sensuel comme Mozart, certes, pas un enfant des muses porté vers l’amour
et ses grâces, mais un homme qui respirait la vie comme un banquet avec ce fond
sonore de la mort comme toile peinte par un homme mystérieux sur le mur de la
salle où l’on dîne.
Il faut avoir connu une fois
dans sa vie la grandeur pour ne plus l’oublier, en aucune occasion.
Ma solitude fait corps avec
moi. Je ne la lâcherai plus. Elle donne un rythme et un ton à tout ce qui
m’anime.
Royal mépris des hommes, de
ce qu’ils sont pour ce qu’ils se donnent.
Royal mépris de moi, ce reste
d’humanité triviale.
Ce que ne comprend pas un
Lorédan, c’est que tous nous avons une échelle propre de valeurs, et que
celles-ci sont irréductibles les unes aux autres - on peut même penser que nous
avons, au gré de nos contradictions, plusieurs échelles de valeurs qui
cohabitent en nous selon nos humeurs.
C’est ce qui forme tout le
principe d’individualité.
Le commerce - qui est un
autre langage de l’âme que les mots - est là justement comme un instrument qui
cherche à établir des moyens termes statistiques entre nos préférences et
prédilections personnelles toute incompréhensibles qu’elles soient.
Quand on ne sait pas
s’amuser on ne sait pas amuser les autres.
Meilleure formulation - il
me semble :
Qui ne sait pas s’amuser, ne
saura jamais amuser autrui.
Il est amusant de voir
Proust tomber des mains de David Madore alors que le petit Marcel décrit
exactement encore une fois - comme pour Lagerfeld - ce genre de personnage
attaché à un étroit milieu, en l’occurrence non le faubourg Saint-Germain mais
l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, dont il connait tous les usages et
détours ainsi que la place de chacun au palmarès de l’établissement (et on peut
supposer que D. Madore sait exactement le parcours scolaire et les rangs de
classement de toutes ses fréquentations comme de tous les majors de Normale
dans sa spécialité des mathématiques etc et je ne parle même pas du pedigree de
Mouton depuis sa première dent de lait !).
Bien entendu comme D. Madore
est aveugle - c’est sa fovéa à lui - sur ce qui fait son être social - il
défendra mordicus ne pas être attaché à ces apparences et admettre absolument
n’importe qui dans ses connaissances, quoiqu’en fait seuls ceux qui font partie
d’un certain cercle imaginaire, mais intangible et infranchissable par ceux qui
sont venus de l’extérieur, soient vraiment ses intimes, ceux avec qui il
accepte de discuter de ce qui lui tient le plus à coeur après lui-même, mais en
fait - en considérant qu’il lui est entièrement lié et qu’il ne constitue
aucune distance de la chose à l’être, c’est à dire de l’avenir de l’Ecole
Normale Supérieure de la rue d’Ulm !
Il suffirait qu’un ministre
de l’Education Nationale parla de supprimer cette institution pour qu’il perde
instantanément tous ses repères et croit sa vie finie tout autant que son monde
écroulé.
D. Madore est donc comme
Proust le décrirait un être entièrement dominé par une certaine vanité sociale
qui forme son milieu.
Certes ce sont sur de tels
individus que se forme la solidité d’une société, mais c’est aussi d’eux que
viennent toutes les crispations et les enrouillements qui bloquent peu à peu
toute vie profonde de ce qui est le mouvement et l’évolution qui vivifie toutes
choses.
C’est donc du
sentimentalisme de nos habitudes sociales qu’il nous faut nous méfier le plus
quelque degré d’intelligence que nous ayons - et D. Madore n’en manque pas ou
si l’on préfère n’est pourtant pas au premier degré de l’échelle
intellectuelle.
Ne pas penser c’est ne pas
être - à proprement parler pour un homme.
Il n’est qu’un seul royaume
et c’est celui de l’esprit, le corps ne peut être qu’un esclave obéissant à une
pensée qui se sait souveraine.
Le voyage tout spirituel
qu’elle nous invite à faire remplace avantageusement toute idée de voyage
réaliste et c’est être d’une confondante niaiserie que de ne pas savoir se
servir de son cerveau quand l’étendue entière des pensées se dispose devant
nous pour nous faire visiter les plus beaux pays du monde, les plus riches, les
plus variés.
Je ne vais jamais en vacances
et pour cause : mon esprit voyage par monts et par vaux toute l’année,
franchissant allègrement les frontières des siècles, des époques, des lieux,
des climats, des hommes et des figures diverses qu’ils composent. Et je puis
arrêter instantanément ce discours pour contempler en un moment tout le progrès
que je viens de réaliser sur moi-même, sans que nulle contrainte, nulle
barrière de la langue, des préjugés, des sbires de la police du monde, des
brièvetés des rencontres m’empêche de contempler à loisir tout la nouvelletté
de ce monde si fort et si net qu’il fait de toutes les manières mon étonnement.
Le pourrissoir désenchanté
des universités ... vis-à-vis des arts&lettres notamment, m’étonnera
toujours.
Les Etats-Unis la plus
grande démocratie au monde ou la plus grande ploutocratie ?
Démocratie à l’intérieur,
dictature à l’extérieur ?
Mais ce sont surtout des
batailles de mots ... qui deviennent beaucoup trop puissants pour exprimer quoi
que ce soit de juste.
Les mots qui enflent,
enflent, comme des grenouilles ...
En ce moment le mot
terrorisme ... fait fureur au panthéon des experts es-sciences politiques.
La guerre est un moyen parmi
d’autres de faire triompher la paix.
Etant un des rares
aujourd’hui à croire en la poésie, je puis bien m’intituler seul poète de
France.
Dans certaines familles on
continuera à cultiver le culte de la peau blanche malgré le mythe du métis
parfait.
Horizon impossible : la
société du métis.
Utopie généralisée, on sait
où conduisent certaines utopies quand elles sont imposées.
La race pure, le métis
parfait, balivernes parmi d’autres pour embrigader sous la bannière de la
démagogie politique.
Je verrais bien D. Madore
vers la cinquantaine directeur de l’Ecole Normale Supérieure si je pensais que
dans vingt ou trente ans cet établissement existerait encore ! en effet,
tous ses efforts sont tendus vers l’obtention par ses élèves de l’agrégation,
or ce diplôme ne se justifie plus dans un système universitaire européen intégré,
j’ai donc tendance à croire qu’il se transformera peu à peu en une université
comme une autre. Peut-être même confiera-t-on à D. Madore le soin d’accompagner
cette évolution qu’il accomplira la mort dans l’âme par pur souci du
devoir !
Evoluer ou périr ... pour le
rue d’Ulm comme pour tout autre c’est la dure loi de la vie.
« Un média a disparu
... »
Réponse à Jérôme Vallet et à
ses messages du 10/8/2004 sur le forum de la SLRC :
Mon cher Jérôme, cette
petite épître pour vous dire qu’aussi fines soient vos remarques, aussi subtil
votre entendement aiguisé par l’écoute et la lecture des meilleures musiques,
les question du numérique et de l’analogique, du continu et du discret vous
échappent quelque peu. Que les meilleurs esprits se sont penchés sur ces questions
et qu’il est pour le moins difficile de dire ce qui précède et ce qui succède,
et que c’est encore une histoire d’oeuf et de poule !
Le monde est-il par essence
continu ou discontinu ? doit-il être représenté par la dureté du nombre
Hilbertien ou par la douceur des formes géométriques d’Euclide ? tout cela
est quelque peu difficile à résumer en deux ou trois lignes ; mais si vous
voulez mettre un peu de rigueur dans tout cela - ô ami des choses justes et
réglées comme du papier à musique - je vous conseille de tourner votre pensée
sept fois dans votre bouche avant d’émettre ne serait-ce qu’un son par
procuration électronique !
Mais comme l’erreur est
souvent féconde, il vous sera beaucoup pardonné - d’avance donc toutes mes
excuses et mes salutations pour avoir troublé vos méditations matutinales
(expurgées des peccantes humeurs qui vous assaillaient hier, je crois).
Quoiqu’il en soit, le
numérique c’est rapide ... pas besoin d’un délai de postier ou même de
facteur-cheval pour avoir une réponse claire et compréhensible (au premier
abord).
Il fut une époque où l’on
comptait les jours du facteur-cheval, aujourd’hui juste en vitesse de
l’électron. Le temps n’arrête pas son progrès.
Plaignez-vous, ô Jérôme, aux
horloges trop précises, de ce temps à quartz qui vous déroute vous qui en étiez
resté au sablier et au métronome !
Nous computons tous sur
votre réponse ...
« La
Déjouissance » roman-suicide par Jérôme Vallet, maître de musique.
Contrairement à la majorité
de mes contemporains je ne suis pas dans une situation hystéro-dépendante
vis-à-vis de l’argent, gros avantage en toutes occasions !
La seule chose qui
m’intéresse vraiment étant ce que je produis par moi-même, des idées ou des
phrases ? enfin ce que vous voulez, je fonctionne très bien en régime
d’économie.
Malgré les vautours et les
chacals qui planent et rodent autour de moi, me voici donc profondément libre
pour réfléchir à des problèmes que nul ne voit sinon moi-même.
Mettons que je sois un
précurseur et que nul ne comprenne ce que j’exprime avant quelques décennies,
cela importera peu, si moi j’ai la joie - en quelque sorte une extase - de la
découverte.
La manière dont la plupart
réfléchissent, engoncés dans de vieilles somnolences intellectuelles me fait
sourire, mes réflexes d’ingratitude font que je ne vois que par moi quand je
pense et que je connais une pierre de touche sans défaut de mon originalité
c’est le regard hostile ou médusé de ceux qui me voient et me lisent.
Au total je suis l’être le
plus original ou le plus neuf que j’ai rencontré et comme je me vois volontiers
de l’extérieur, il ne me semble pas que je me surfasse.
A un certain degré de
virtuosité de la maîtrise de la langue je ne me soucie pas de savoir comment je
commence mes phrases car je sais toujours que je les finirai en retombant sur
mes pieds, car si l’écrivain n’a pas des pattes de velours il est moins qu’un
athlète du mot le plus souple, juste un tâcheron du non-dit, quand il lui faut
être un ouvrier du verbe recommencé. Car enfin c’est bien cela, il lui faut
recommencer la langue toujours sur de nouveaux frais.
Le véritable paysage qu’il
décrit, c’est celui de la langue, pour les oublieux et les inattentifs.
Le pittoresque c’est celui
des mots, la morale c’est celle de la courbe de la phrase ... on est loin de
l’éthique tant vanté par tel ou tel, car celle-ci supposerait une science qu’il
n’est pas dans les objectifs de l’artiste d’atteindre, il lui faut viser,
toucher et laisser tomber ensuite le lecteur avec toutes ses questions.
C’est une question de
rapidité et de prestesse du pinceau si fin qui trace les mots, de la pensée qui
choisit à l’émotion qui subit.
Il n’est pas dans mes
intentions de rien vous dissimuler, mais il n’est pas dans mes intentions de
rien vous dévoiler.
Mystère en pleine lumière
disait-on de l’art de Picasso et en quelque sorte de tout art qui se respecte
qui est un miroir qui ne recherche pas les suffrages de l’ombre et les
accomodements de la pénombre.
Je cherchais une poétique et
Lorédan m’en avait promis une mais comme il n’est pas philosophe pour deux sous
- et surtout pas sur sa sacrée petite personne - j’en fais une moi-même
succèdant à Boileau ou à Valéry.
Mais peut-être que ma
poétique ressemble à ma philosophie ? et cela seuls les observateurs
impartiaux sauront en rendre compte.
Nous avons tous une
philosophie que nous ignorons, et c’est la meilleure, car elle est vraie dans
l’instant où elle se transforme en action.
Cette philosophie-réflexe à
le trait d’union pour elle.
Thème et variations pour
Jérôme Vallet :
Qu’il songe un peu aux
rapports du continu et du discontinu en musique, des relations entre la
notation et la mélodie qui se fait par exemple.
Il y a là une abysse pour
les esprits déliés qui s’occupent de création musicale ou autre (c’est dans ces
abysses que se logent l’interprétation et l’interprète).
Le charme d’une pensée libre
est irrécusable.
Contre toutes les théologies
qui affirment le néant de l’homme ...
J’aime bien montrer la
pensée en gestation.
Maintenant moi qui ai si
longtemps porté des bourgeons, je puis bien montrer aussi quelques fruits.
Pour rebondir sur « les
homme d’airain » de David Madore, on ne les connaît généralement une fois
qu’ils sont matures et qu’ils ont porté à l’incandescence les dons de nature
qui leur avaient été prodigués.
Laissons-lui quelques
illusions, c’est ce qu’il faut se dire en pensant à la jeunesse.
Certes je suis dur parce que
ma pensée se tend vers un but lointain, mais je me souviens aussi des progrès
que j’ai accompli en laissant mon esprit suivre son cours naturel dans tous les
méandres et les linéaments d’un vaste parcours, donc ne troublons pas
exagérément les jeunes consciences qui se font en suivant leur ligne de plus
forte pente.
Loérdan très
« Damoiselle élue » déclarera toujours « il va venir
... », mais il n’aime pas que je le féminise. Ô tant pis ... je lâche le
morceau : Lorédan est un personnage travesti imaginé par D’Annunzio pour
un bal costumé de Diaghilev au Lido de Venise. Il a joué aussi plus tardivement
dans « Mort à Venise », il faisait la maman du petit garçon blondinet
aux boucles d’archange.
- Mais tout cela est
ravissant, mon cher !
- C’est surtout très délicat
et cela tient à un fil.
- Un fil cousu
d’or comme votre bouche !
- Vous connaissez l’histoire
du Perroquet qui déclarait après qu’il lui soit arrivé certain malheur :
« Cul cousu ! cul cousu ! » eh ! bien, c’est ce qu’il
risque de vous arriver si vous continuer à bavasser et que Lorédan passe par
là !
Il faut apprendre à se tromper et il faut apprendre à apprendre
(c.a.d à reconnaître ses erreurs).
La moralisation de la vie
publique - ou vie politique - est typiquement un symptôme de décadence.
L’opinion publique est catéchisée à « ne pas faire » plutôt qu’à
entreprendre ce qu’elle ne saurait de toutes façons plus mener à bien.
L’exploit principal des hommes d’état est alors de conserver ce qui peut l’être
dans une faillite qui s’annonce.
Jérôme Vallet n’a pas du
tout - mais vraiment pas du tout - l’esprit scientifique - il nous propose pour
comparer les mérites de la reproduction du son par des systèmes analogiques et
numériques, de prendre un mauvais système numérique contre un médiocre système
analogique. Et alors ? à ce compte vous passez un film non à 24 images par
seconde mais à une ou deux par secondes et vous direz que le cinématographe a
échoué à obtenir la reproduction du mouvement !
Cela n’a pas de sens, il y a
une certaine physiologie de l’homme qu’il faut respecter pour obtenir les
effets voulus, mais Jérôme Vallet ne fait dans ces petits messages des 11 et
12/8/4 sur le site de la SLRC que le procès de la nature humaine imparfaite (et
tout ce que vous voudrez) et en aucune manière il n’obtient une comparaison
raisonnée de la reproduction analogique versus la reproduction numérique !
Ce n’est pas comme cela
qu’on travaille : sur des impressions ! quel artiste ce Vallet !
Ce qu’on appelle
l’analogique dans les systèmes de reproductions du son, ce sont des systèmes
mécaniques et électromagnétiques qui reproduisent le son par variations
continues d’un signal électrique.
Le numérique échantillonne
d’une manière plus ou moins fine le spectre sonore en l’analysant d’abord puis
transmet les bits ainsi obtenues par divers moyens en reconstituant au final un
signal analogique.
Bien entendu, on peut plus
ou moins réussir l’échantillonage, mais en aucun cas c’est la transmission qui
est en cause. On se base pour l’analyse du spectre sonore sur les facultés
auditives de l’oreille humaine au-delà desquelles on considère qu’il est
inutile d’aller. Inutile d’échantillonner des sons que nous ne percevons
pas !
Mais peut-être que l’oreille
de Jérôme Vallet est plus fine que n’importe quelle ouie humaine et qu’il
souffre de ce que nous n’entendons pas ! dans ce cas il faudra concevoir
des appareils spécialement adaptés aux extraordinaires facultés acoustiques de
l’individu J.Vallet !
Je vais commettre une
indiscrétion en ouvrant ma correspondance avec Lorédan, mais comme il m’a
affirmé que sa famille était parfaitement au courant du contenu de ses
« pensées » cela ne peut avoir aucune conséquence et je m’en
voudrais de laisser perdre de si merveilleuses idées qui peuvent profiter à
l’ensemble de l’humanité :
« Et puis je déteste ces mariages qui contribuent à la
procréation de masse.
Votre bourgeoise famille ne s'en rend pas compte mais aveuglée dans son
contentement social elle aggrave l'infamie nationale.
Vous au moins avez fait le choix, ou la nature vous l'a-t-elle
imposé (don de Dieu ou sinistre méprise) de l'amour des hommes ce qui cause
moins de dommages en terme de démographie.
Ce que j'espère c'est que le jour où ma soeur ou moi-même nous
unirons à autrui, il sera fait plus sobre cérémonie et plus frugales ripailles
!
Je n'aime pas la pompe ... »
Je souligne le « Je n’aime
pas la pompe » qui est grandiose car qui ne connait la simplicité
d’expression et le naturel si direct de Lorédan quand on l’a un peu
fréquenté !
D’autre part Renaud Camus
partage exactement les mêmes impressions sur la surpopulation et m’a d’ailleurs
fermement invité à dire à Lorédan de déguerpir du Gers car sinon il lâcherait
ses chiens sur lui, je lui fais donc cette invite pressante de prendre ses
cliques et ses claques et de filer le plus loin possible de Plieux, Marsolan
étant décidément trop à l’ombre du château du Maître ...
Pour ce qui est de l’union
future de Lorédan avec le vent ou la tempête, il n’aura qu’à faire cela à
l’ombre d’un chêne antique et ripailler avec des glands et des fèves cela
suffira, les discours qu’il fera certainement pour l’occasion suppléeront
largement à la peine d’être venus à son mariage !
Il y a à peu près la moitié
des phrases de Jérôme Vallet que je ne saisis pas, si des esprits plus
perspicaces que le mien pouvaient en donner une traduction simultanée ce serait
formidable (cette traduction serait-elle une transduction pour les esprits
faibles et peu lumineux qui vivent dans des univers appauvris en dimensions
supplémentaires comme moi ?).
Il s’agit d’une moyenne
pondérée par les incertitudes fondamentales du numérique ... ah ! si
seulement Internet était du bon vieux analogique !
J. Vallet parle des
« briques » du numérique que l’on entend en étant attentif, en-dehors
de la rime intérieure qui a dû appeler le mot je ne vois pas de quoi il parle,
s’agit-il des bits, ces suites de 0 et de 1, si c’est cela il a vraiment l’ouie
fine !
En gros c’est le leitmotiv
principal de la pensée de Jérôme Vallet qui revient sans cesse : chassez
ces techniques qui empêchent mon oreille intérieure de fonctionner. On pourrait
lui dire : « Poète prend ton luth et tais-toi ! », mais
non ! mais non ! il veut faire de la musique à l’oreille, tout en
empêchant les autres d’en faire par le truchement d’une machine. Il voudrait
être le grand dictateur des notes, un peu comme Lully au temps de Louis XIV, et
comme il n’y arrive pas cela le déprime profondément.
L’existence de Jean-Michel
Jarre et consorts avec leurs synthétiseurs l’empêche de respirer le bon air du
contrepoint et de la fugue renversée !
Il y avait déjà Maurice
Jarre et sa mauvaise musique classique de film, et puis voilà que débarquent
les fils, tous ces escogriffes qui font de la musique à grand coup de
logiciels ! Insupportable !
Bien entendu je ne veux pas
empêcher Jérôme Vallet d’être la terreur du monde musical et d’épurer à
l’instar du petit caporal autrichien la Terre entière des mauvais compositeurs,
mais qu’il fasse donc des listes de proscriptions et nous expurgerons en
choeur !
Je comprends son amitié pour
Renaud Camus qui voudrait être la Terreur de France-Culture et lui non plus n’y
arrive pas !
L’impuissance déprime, nous
le savions ...
La mégalomanie impuissante
déprime absolument, nous le pressentions, J. Vallet et R. Camus nous le
prouvent chaque jour.
R.Camus qui édicte les
règles du bon goût en toutes choses, littéraires, politiques, artistiques,
canines etc, J. Vallet qui complète les édits royaux avec la règle à musique
sur les doigts malpolis des petits garnements qu’on lui a confiés ! pas
touche à mon château, pas touche à mon clavier ! jolie famille !
Le bas niveau qui monte à
l’horizon ... oui, c’est la mer qui enfle, la mer des imbéciles heureux ou pas
heureux.
Je suis content de voir
qu’une société a été fondée sur le Net pour recueillir la pensée de tous ces
ravis et réjouis.
Ne rechignant à aucun
sacrifice, j’ai dû aller dresser la jeune pimbèche du Gers, la marsolanaise, je
l’ai enfermée dans une vaste bâtisse où je lui ai fait croire que la lune était
le soleil et où je l’ai décorée avec des habits d’arlequin en lui disant
qu’elle était belle comme une donzelle du XIIIème siècle, ravie et aux larmes
elle m’a remercié et je lui ai enfin fait la feuille de rose qu’elle attendait
depuis si longtemps ; et un pucelage de parti me suis-je dit !
La guerre des deux-roses
n’aura pas donc pas lieu !
Et comme elle est douce
maintenant, une vraie fée du logis, elle qui se prenait pour une
dogaresse !
« Nous abhorrons les
choses compliquées », disait M. de Montesquiou et il rajoutait «Il
faut que tout soit franc et de bon aloi car nous n’aimons pas la pose ! ».
Lorédan opinait du chef tout
en maniant une cuillère d’argent à manche incrusté de nacre dans le potage au
vermicelle qu’il avait assaisonné de balsamine, il susurra : « Et
d’ailleurs, nous ne fréquentons que des gens simples, tenez hier par exemple
nous recevions le marquis de Plieux - tout à fait entre nous il est de moeurs
un peu frustes - son château part en
quenouille - eh bien ! pour ne pas l’humilier, nous lui avions préparé des
produits de notre terroir, soupe aux carottes cuites avec navets et potirons,
il s’est senti comme chez lui, le bonhomme est reparti enchanté. »
- « Il paraît qu’il
fait des choses avec ses valets, il faut dire qu’il a fort peu de
visites ! » s’exclama le baron tout en posant une main caline sur
l’épaule du soupeur.
- « Ô, on m’avait
pourtant confié qu’il était amoureux de sa jument ! mais tout cela est
exquisement rural ! » souligna en piquant un fard le jeune Frédéric.
C’est ainsi que les longues
soirées d’été se passaient dans les jardins de Marsolan entre un petit madiran
de pays et une terrine de foie d’oie.