Pierre DRIOUT
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Ceux qui n'ont pas été sages et qui ont été privés de ma bonne parole pourront néanmoins lire ici-même :

L'éloge de Jules Regnault.


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Le Parti de Mon Innocence

Le Parti de Mon Innocence 2

Le Parti de Mon Innocence 3

Le Parti de Mon Innocence 4

Le Parti de Mon Innocence 5

Le Parti de Mon Innocence 6  

Le Parti 7

Le Parti 8

La suite du parti privé d'Innocence 9.

Le Parti 10.

Le Parti 11.

Le Parti 12.

Le Parti 13.

Le Parti 14.

Le Parti 15.

Le parti pris d'écrire.

La terreur comme charme ...
Poe a fait un grand usage de la terreur dans les lettres ; il n'avait pas songé à en faire un argument politique comme Joseph de Maistre.
Baudelaire qui était un grand névrotique a considéré que les lettres sont les lettres et que la littérature politique est de même essence que la littérature de fiction ; si l'on adopte ce point de vue alors les Nuits de Saint-Pétersbourg se justifient dans leur apparat de conversation au détour d'une nuit qui n'en est pas une. La politique tant qu'elle ne s'incarne pas par la main du bourreau, n'en déplaise à Maistre, reste acceptable comme poli d'un monde qui ne l'est pas.
Ce sont les irrégularités du monde des hommes qui nous intriguent ; car enfin comment cet être doué de raison peut-il aussi mal organiser sa vie sociale qu'il doive faire appel à des instances supérieures voire transcendantes pour rendre les frictions de la vie en commun admirables ? On en revient à Rousseau qui se demandait comment l'homme peut-il être un être social sans se froisser de tous les désagréments que comporte une telle engeance ?


Nous sommes dans une hyper-crise ; un retournement complet du paradigme qui était en vigueur depuis l'après-guerre.
Intellectuellement cela se conçoit, moralement cela se subit.


Grâce au concours d'Yves Veillard — toujours lui vont dire les mauvaises langues — j'avais pu resituer le danseur — qui ne fut jamais une étoile défunte — Georges Pomiès dans la généalogie des Pomiès de Foix, mes aïeux ariégeois qui firent un détour par la Cour de Versailles au XVIIIème siècle avant d'essaimer.
Voici un article de la revue Esprit de décembre 1934 qui lui est longuement consacré :

Memento

GEORGES POMIÈS

Voici plusieurs mois déjà que Georges Pomiès n'est plus des nôtres et à tous ceux qui ont senti passer le dynamisme de son amitié et de sa vie cela semble encore difficile à croire. Ce grand garçon distingué et viril, ce génie de la danse, pour le répéter après tant de critiques surpris, ne nous révélera donc plus la série surprenante de ses rêves généreux, ni les phases de son évolution rapide vers plus d'amour et de bonheur !
Ariel — disaient parfois de lui ses amis qui l'admiraient. Oui, certes, — un peu Ariel — ce jeune homme aux yeux clairs qui aimait à souffler le bon conseil pour que s'apaise la tempête dans les cœurs et à obéir à la voix du « Bon Magicien », avec tout ce qu'il possédait de facultés.

Ce qu'il voulait ? Lui aussi c'était sa liberté. Non seulement celle dont on jouit quand fuit devant les yeux la ligne d'horizon mais aussi et surtout celle qu'on n'obtient qu'à force d'abandon et de renoncements continuels.

Depuis son enfance, Georges Pomiès avait souffert et cherché.
Son premier rêve de jeune homme avait été de devenir la mathématique faite homme, croyant que c'était la seule belle chose, le seul chemin possible pour devenir un « homme ». Pour y parvenir, m'écrivait-il plus tard, « je brisais tout en moi, avec l'opiniâtreté attestée par mon menton ». — Un échec à Physique et Chimie et sans doute de nouvelles dispositions intimes l'amenèrent à regarder ailleurs. Peut-être sentait-il déjà germer en lui la moisson prochaine. Cela il ne le dit pas mais me confiait quelques années après qu'il avait alors senti qu'il ne fallait pas prendre de décisions — ni même penser — mais seulement manger et attendre. Il vit dans l'École Dentaire un travail pas trop dur qui permettait d'assurer la matérielle future tout en laissant beaucoup de loisirs. Pendant les vacances qui précédèrent son entrée il obtint un certain succès en chantant sur une scène de casino dans une plage de Normandie où il passait ses vacances avec ses parents et ses sœurs. Quelques mois plus tard, alors qu'il suivait déjà assidûment les cours, il fut classé premier à la Cigale dans un concours où le public était seul juge. Il continua pendant quelque temps à exploiter son sens de la chansonnette où, de suite après ses études scientifiques, il savait exprimer tant d'humour. Mais il ne devait pas rester longtemps le petit comique aimé des foules.
M. Franck, de l'Olympia, qui dirigeait son théâtre dans un autre but que celui de gagner de l'argent, l'aida à trouver sa vocation de danseur avec une intelligence, un désintéressement dont Georges Pomiès lui sut toujours infiniment gré. Conscient du nouvel appel, il travailla pendant un an avec l'enthousiasme qu'il apportait à toutes choses — dans une cave prêtée par un ami. Le résultat ce fut la présentation à l'Empire de toute une série d'imitations des danseurs en vogue, qui lui valurent la sympathie du public et de la presse et plusieurs engagements à l'étranger. Les directeurs du moment, ceux-là soucieux surtout de remplir leur caisse, voulurent cristalliser la forme qui un moment avait rallié les suffrages du plus grand nombre. C'eût été pour Georges Pomiès, toujours avide de plus de bonheur et de sincérité, perdre la plus belle raison de vivre. Il abandonna la possibilité de faire fortune et à force de luttes quotidiennes présenta ses programmes à l'Atelier, à Montparnasse, au Théâtre des Champs-Elysées, d'abord seul, puis avec Mlle Nikitina, ensuite avec Mlle Lisa Duncan, donnant enfin aux jeunes cette rude certitude que la révolution était commencée.

Tout ce qu'il y avait en lui de lyrisme, de pénétration psychologique, de désir de don de soi, s'exprimait dans ses créations successives sans cesse renouvelées. Que de joie il suscita autour de lui — lui dont le grand désir tout jeune encore, était de faire rire, de rendre heureux ! — Les amitiés qu'il sait s'attacher sont innombrables, et les critiques eux-mêmes semblent pleins d'indulgence pour ce grand garçon parfois timide, un peu énigmatique qu'ils s'attachaient à comprendre. Quel artiste, — doublé d'un acrobate, disaient les uns. — Quel gracieux animal ! Pour lui seul le corps compte. — Non, répliquaient les autres, il est plus philosophe que danseur. Pomiès danse avec sa tête. En réalité, danser était pour lui la plus merveilleuse synthèse de vie. Il dansait avec tout son être.
Il reste cependant, se rapportant à Georges Pomiès, une question intéressante à poser : dansa-t-il par amour de la forme ou bien conscient qu'il avait quelque chose à dire, cultiva-t-il la forme qui était en lui pour l'exprimer ? Cette dernière hypothèse sembla la plus vraisemblable. Dans sa vie de jeune homme, aucun goût pour le dancing ; philosophe danseur, il se définit lui-même dans ces quelques lignes : « Le cas le plus étrange et le plus douloureux qui puisse se produire serait celui d'un essayiste qui aurait l'amour de la forme la moins précise : le mouvement, — en un mot d'un essayiste qui serait artiste danseur ». Citons aussi cette fin de lettre de 26 — alors qu'on ne le connaissait que sur les scènes de Music-Hall, et comme le facétieux imitateur de Maurice Chevalier : « Je crois avoir souffert et je souffre. J'ai rarement prié. Mais la souffrance me fera peut être encore continuer la route. Il faut l'éviter, mais l'aider quand elle s'impose, et peut-être me conduira-t-elle à être plus qu'un homme : un apôtre ou un sage, ce qui est en définitive un moyen suprême de l'éviter ». La même lettre, d'ailleurs, respire par endroits une immense confiance dans la vie, — une joie inouïe, celle de se sentir en pleine poésie ; c'est le moment où il se tourne vers arts, poésie, religion. La soi-disant conversion de Cocteau retient un instant son attention. Puis il lit Bergson et c'est enfin la lumière, si longuement, si patiemment attendue. « Noël, Noël ! s'écrie-t-il. Qui nous a rendus conscients de nous-mêmes ? Qui nous a indiqué en un langage de physicien le moyen de nous donner nous-mêmes à nous-mêmes ? » C'est vers cette époque, 1927-28, qu'il éprouve le besoin de faire le point et qu'il croit venu le moment d'écrire.
Malgré toute sa difficulté il se met à l'œuvre avec l'énergie habituelle. Il écrit « La Bonne Nouvelle » où il essaie de fixer le processus de l'évolution mentale de l'homme et s'attache à situer sa vocation dans l'immense chaîne de l'esprit humain. Il se méfie de toute révélation qui devient une échappatoire, une planche de salut pour les indifférents et les paresseux. Pour lui, il n'y a qu'un seul trésor : la vie, mais il faut savoir le découvrir. Témoins ces quelques lignes de « la Bonne Nouvelle » : « Il n'y a pas de repos possible. Il faut partir en hurlant à travers champs, à travers villes, à travers la vie. Hurler que nous sommes seuls abandonnés, pauvres, lamentables. Il faut se traîner à genoux, pleurer, se frapper le corps et le cœur, supplier. Et il faut faire cela dans le plus grand calme, avec la plus grande patience, ce qui demande la plus grande opiniâtreté. Il faut être lamentable et désolé jusqu'à sentir l'impossibilité de non-solitude. Alors on embrasse les copains aussi seuls, épuisés, lamentables et affamés que soi. En sentant que ce qui nous porte vers eux est exactement ce qui les porte vers vous que ce qui crée un début de communion est l'impossibilité de communion, est l'impossibilité de sortir de sa solitude. » Esprit cartésien resté fervent des mathématiques (il alla jusqu'à prétendre dans une conférence sur la danse que la beauté pourrait s'exprimer par une équation mathématique) il avait une méthode pour chaque chose : tout au long de la route il avait écouté la petite histoire de chacun ; il avait lu Platon, la Bible, Saint François d'Assise, Descartes, Bergson, Einstein, et après bien des expériences et des confrontations il s'était fait une règle de vie ; il explique tout au long de la « Bonne Nouvelle » les principes d'hygiène mentale qui favorisent la clairvoyance, la plus heureuse compénétration de l'intelligence et de l'intuition pour que l'homme remplisse son seul rôle d'être générateur de vie mentale. C'était sa conclusion. A force d'avoir souffert et cherché, il sentit un jour qu'il portait en lui « la Bonne Nouvelle », cette bonne nouvelle que son enfance et son adolescence avaient souhaitée inconsciemment. Alors la vie lui sembla aussi belle que rude. Il savait maintenant pourquoi il était venu : on pouvait regretter d'être né, on ne pouvait se soustraire à la nécessité de se faire un esprit. C'est même là, pense-t-il, la seule aventure digne du vrai courage humain. Cela, il voulait le crier aux jeunes et il regardait les enfants avec attendrissement parce qu'il espérait qu'un jour eux aussi porteraient « la Bonne Nouvelle ».

Il ne fallait rien négliger pour cela, et dès maintenant il fallait organiser le monde pour qu'à chaque homme il fût possible de réaliser sa raison d'être. C'est parce qu'il avait tellement conscience de la destinée de l'esprit qu'il s'acharnait à vivre son époque avec une lucidité et une soif de compréhension intenses et surtout une générosité dont on trouve peu d'exemples. Comment vivre heureux, disait-il, tant qu'il y aura des hôpitaux et des prisons ? Et il s'irritait contre ceux qui n'ayant même pas lu le manifeste de Karl Marx — qu'il qualifiait de prophétique — passent à côté de leur époque sans ressentir le besoin de la comprendre et de la vivre. Le communisme lui apparaissait comme la grande espérance et il travaillait à son avènement. C'était le seul grand programme, le seul plan qui, une fois établi, permettrait de spiritualiser le monde. Il vieillirait ensuite et l'on songerait alors à un autre, car il n'y a qu'une seule vérité : la Révolution perpétuelle.

Il avait conscience des différentes phases par lesquelles l'humanité avait à passer avant de s'épanouir et on eût dit qu'il voulait les consommer lui, en une vie. Qu'on pense à ses premiers pas de danse qui accompagnaient la chansonnette créée pour lui : « Titine sait danser », et à sa dernière création : « Sonate au clair de lune de Beethoven ». Toute cette évolution en dix ans !

Plus que personne peut-être il a compris la stérilité, l'impuissance à la générosité de « l'art pour l'art ». Il faut disposer son effort, disait-il, pour que tous indifféremment puissent en profiter. Dans de nombreux articles dont l'un est paru ici même, en décembre 1932, il s'efforce de prouver le parti que l'on peut tirer de la danse au point de vue de l'éducation psychique des individus.

C'est aux artistes, pensait-il, que s'adressait la parole : « Vous êtes le sel de la terre ». A eux donc de stimuler l'évolution, d'indiquer la voie. C'était son grand rêve à lui, quand il dansait, d'exprimer la minute présente pour la transformer, pour travailler à l'avènement de l'Esprit dans le monde. L'évolution rapide, écrit-il encore dans « la Bonne Nouvelle » se traduit par un abandon immédiat de la forme que l'on vient de créer parce que le travail de création a fait faire un progrès qui donne de nouveaux points de vue et pose des problèmes insoupçonnés. La forme dernièrement créée est à peine admise que l'attitude d'esprit qui l'a permise est déjà transformée. On déroute ainsi ceux dont l'évolution est moins rapide ; on est en lutte contre tous les stagnants. Il faut leur révéler l'attitude suprême qui est de s'abandonner, de se renier constamment. Les plus définitives caractéristiques de l'homme sont des caractéristiques d'évolution. « L'homme est une voie ».

Rien qu'il n'ait négligé pour atteindre le but suprême, l'évolution des individus dont l'œuvre était seulement le moyen.
Il empruntait aux écoles modernes de naturisme, de nudisme et travaillait à l'élaboration d'une règle de vie destinée à « tirer parti du corps comme d'un instrument délicat et puissant dont on a un instant la garde ». Il parlait volontiers des satisfactions procurées par un régime frugal, du bonheur de comprendre chaque jour quelque chose de nouveau, de sentir les fleurs et les arbres vous parler un langage inconnu jusqu'alors.
Son enthousiasme l'emporta certes trop loin. Le message d'amour qu'il portait et qu'il voulait coûte que coûte donner au monde, l'appel à la libération devaient consommer tout en lui. Un de ses thèmes favoris était l'évolution septénaire des mondes. Il devisait volontiers sur le chiffre 7. Il tomba malade le 7 avril et partit définitivement le 7 octobre. A l'aurore du même jour il reçut le baptême et prononça des paroles de la petite Sœur Thérèse sur la souffrance qui, pensait-il, le rapprochaient de Dieu. Il dut partir avec cet esprit d'enfance qui était une de ses ambitions et qu'à plusieurs reprises il s'était essayé à définir.

Peut-être les jeunes, au milieu de la tâche formidable qui leur incombe, aimeront-ils à lever parfois les yeux vers ce grand ami convaincu et émouvant, qui eut à cœur de ne pas faillir à son métier d'homme, de travailler de toutes ses forces à sa réalisation personnelle pour que s'achemine l'évolution de tous.

H.

Il est bien le seul danseur-étoile qui fasse l'unanimité à cette époque de l'extrême-gauche communiste aux intellectuels chrétiens tel Emmanuel Mounier ! C'est qu'il y avait en lui plus qu'un corps ... même glorieux !

Il se trouve que l'aïeul direct de Georges Pomiès était un prêtre défroqué comme le père de Baudelaire ! Confrontation presque improbable entre le poète des gestes et le poète des fastes impossibles de la mémoire.

On se sent tout petit devant la grâce et l'enthousiasme de la jeunesse ... et même le sourire narquois qu'on dissimule tant bien que mal nous fait honte !

Nijinsky n'était qu'une marionnette entre les mains de Diaghilev — marionnette vite brisée par la folie — alors que Pomiès c'est autre chose ! Même le grand Louis Jouvet dut s'avouer vaincu par le danseur et s'abîma dans le silence quand Lisa Duncan lui préféra le jeune homme glorieux devant tout-Paris, humiliation publique doublée d'une vraie douleur amoureuse.


Il y a quelque chose de gothique dans de Maistre comme on dit un roman gothique et l'on sait que ce magistrat franc-maçon imbu de juridisme combattit les Lumières dont il était issu par la vertu des symboles ; artistiquement on en déduira une légitime valeur à ses divagations politiques, un peu comme si en voulant reconstruire la société avec à sa base le bourreau et à son faîte le Vatican et le Pape (géométrie pyramidale un peu spéciale qui n'est pas tellement d'équerre à mon avis), il avait voulu faire un répondant au Vathek de Beckford, cette histoire singulière qui se commence au haut d'une tour pour finir en un souterrain.
Je crois que de Maistre est un artiste des ombres et des carceri, un Piranese politique et juridique quand l'époque frémissait aux récits d'un Silvio Pellico.
Les fantasmes noirs d'un de Maistre valent bien ceux d'un Rousseau dont le Contrat social est une fiction bucolique que tout dément ...

Quand Baudelaire dit : Poe et de Maistre m'ont appris à penser, il veut dire inconsciemment, ils m'ont appris à écrire.


Qu'est-ce qu'il y a d'amirable chez Shakespeare ? Qu'il n'y ait pas dans toute son oeuvre une idée qui ne soit une idée théâtrale ; vous y chercherez vainement la moindre abstraction, la moindre généralisation écrite pour exprimer autre chose qu'un affect ou une situation dramatique par le moyen d'un concetti avec toute la maestria verbale imaginable.
C'est l'homme des planches et rien d'autre ...

D'où lui vient un tel art rhétorique ? Des sermons de l'église anglicane ? Probablement que son public devait rire et frémir aux décalques des prônes des grand prêcheurs de l'époque mais dans des situations toutes triviales ... en somme Shakespeare est plus le frère du Bossuet sermonneur que du Molière philosophe, épris de Gassendi et de Descartes !


Puisque nous en sommes aux années trente, les années jazz, rappelons que Stéphane Grappelli en fut l'introducteur en France avec Django Reinhardt son compère, Grappelli dandy homosexuel n'avait pas peur de s'encanailler avec un manouche au son des musiques nègres ... ceci dit il restait de bon ton et ne déparait pas dans les thés dansants anglais ! Up and down ...

Le Figaro du dimanche 16 août 1936 :

A TRAVERS LA MUSIQUE
JAZZ-BAND ET JAZZ-HOT
Le quintette du Hot Club de France

Le jazz-hot semble avoir atteint sa forme définitive dans la musique. On écrit actuellement un jazz-hot comme, jadis, l'on écrivait un menuet, une pavane, ou même un premier mouvement de sonate. Le jazz-hot, en effet, s'éloigne déjà des balbutiements de ces bandes exotiques de musiciens des rues joueurs de cornet à piston, gratteurs de banjos, bruitteurs de grosse caisse, mugisseurs de trombone, souffleurs de clarinette, qui par leurs improvisations aux accents irréguliers et par la pulsation de leurs rythmes immuables fournirent les bases au « style noir ». Le jazz a progressé dans son propre style de manière à s'imposer à la masse chez les symphonistes et à s'implanter même dans la musique néo-classique.
Qui aurait pu deviner qu'avec un départ de trois accords aussi simples que ceux de la tonique, de la septième dominante et de la septième diminuée sur le sixième degré du mode mineur, surgirait une musique neuve ? Cette musique, aux luxuriantes harmonies, entièrement brodées sur les grands chants douloureux inspirés des « Spirituals » religieux, ou sur des hoquets volcaniques, va fasciner toutes les classes, depuis le danseur de guinguette jusqu'au snob de bar. L'histoire sonore du vingtième siècle se rattache à l'évolution du jazz-band, et en disant jazz il faut comprendre ses deux subdivisions d'interprétation jouer straight ou jouer droit ce qui est écrit, ou hot, avec cœur, chaud et ardent. Chacun a pu remarquer, dans la manière « hot », le rôle du virtuose-soliste s'incorporant à l'inspiration musicale du compositeur et devenant lui-même un improvisateur hardi, mais sans jamais rompre l'unité de construction harmonique et la libre fantaisie du voisin.

Louis Amstrang, légendaire par une extraordinaire virtuosité sur la trompette ; Earl Hines, génial improvisateur pianistique ; Franki Trambauer et Jimmy Darsy, saxophonistes éblouissants ces quatre frères noirs solistes furent les premiers bâtisseurs du style « jazz-hot » ! Flechter, Henderson, Duke Ellington, Sam Woodin, fixèrent dans les disques, avec leurs célèbres groupements nègres, un impérissable répertoire de musique jazz-hot. Le succès mondial des orchestres de couleur favorisa vite l'imitation. Aux Etats-Unis, certains virtuoses blancs atteignirent à la dextérité technique des musiciens nègres, il leur manquait pourtant ce dynamisme trépidant du rythme et ce je ne sais quoi du mystère attenant aux chants nostalgiques imprégnés d'une profonde tristesse et qui portent les reflets du cœur d'une race opprimée... L'Angleterre se montra, elle, avec son tempérament austère, réfractaire au « hot ». La France, réputée pour ses virtuoses d'instruments à vent, ne fut point prolifique, en dehors du tromboniste Vauchant et du corniste Philippe Brun, qui réussirent et firent fortune dans le jazz...
La première tentative ici a été réalisée par un groupe d'artistes : le « Quintette du Hot Club de France », qui semble se vouer à ce style hot. Elle nous prouve enfin que les qualités d'espièglerie, de fantaisie, de tours de passe-passe légers dans la virtuosité, peuvent apporter au genre quelque chose de plus lumineux, de plus latin, que les groupements américains. Quelques disques viennent de sortir à « La Voix de son Maître », fixés par le « Quintette du Hot Club de France », autour desquels la guitare de Django Reinhardt rivalise en improvisations hot avec le violoniste Stepan Grapelly, dont le phrasé caressant évoque l'archet des tziganes balkaniques. Le disque Oriental Shuffler, sans refrain musical, est soigneusement gravé, et sur son autre face I sea muggin, le chant hot de Freddi Taylor, s'apparente au meilleur style nègre.

Dans un tout autre ordre de ton musical, signalons pour terminer un disque en vogue (Columbia), Le Fanion de la légion et Mon légionnaire, le gros succès de Marie Dubas. Gravure de choix, mais ni la musique ni le texte ne sont d'une grande originalité. La foule est d'un autre avis, c'est peut-être elle qui a raison ! ...

Stan Golestan.

Je reproche au jazz son bavardage impertinent mais c'est que je suis peu loquace de nature ! Et concentré de tempérament ...

La tenue et le débraillé ... éternel couple qui se joint et se disjoint sur une piste de danse de l'infini esthétique !

On remarquera les orthographes fantaisistes et phonétiques : Louis Amstrang, Jimmy Darsy au lieu de Dorsey par exemple ... ou encore anglicisées comme Stepan Grapelly !

J'ai presque honte de l'avouer mais mon aïeule du côté paternel était une admiratrice de Tino Rossi dans les années trente .. ce crooner corse aux cheveux gominés et à la voix doucereuse, tout comme des millions de françaises ! On admettra quand même que l'absence de virilité faisait déjà des ravages ... mais qu'est-ce qu'il y a donc dans le coeur des femmes ? Des abandons éperdus pour des pâleurs et des vertiges entre les bras calins de danseurs mondains ?

Ca pue l'hétérosexualité, c'est l'effet que me font certaines admirations et certains comportements ; je suppose que mon homosexualité produit le même effet mais en plus continu aux hétérosexuels. Ils ne sont pas exactement habitués à transposer les choses ... comme n'importe quel sodomite le fait depuis son enfance.
Oui les orthodoxes en matière de sexualité sentent mauvais quand ils s'abandonnent à leurs instincts ; on peut espérer que l'art et la manière de se tenir à distance mette un certain apparat dans leur comportement mais l'on sait que depuis 1968 la transcendance n'a plus cours ... le débridé en toutes choses tient lieu d'esthétique !
Moi qui suis un puritain protestant je perçois les nuances de retenue sexuelle qui faisaient le fond de l'art occidental. Il me semble que philosophiquement cela est précieux et que la suspension de l'instinct produit des fruits plus féconds et une maturation de l'esprit (certains parlent d'hypocrisie mais c'est qu'ils manquent d'imagination).

La négrification des moeurs européennes a commencé tôt au XXème siècle. J'en repousse les attraits qui sont trop verts à mon goût.


Celui qui ne connaît pas les larmes du héros n'est pas digne de diriger sa patrie.
La sublimation par le combat pour un au-delà de soi ou le dynamisme de la vie intérieure qui se confronte à son environnement et à sa mémoire.
La patrie c'est le dialogue avec l'absent sublime ; c'est l'ode aux défunts qu'on porte en soi et avec les affections que la mort n'éteint pas.


Sale temps pour la littérature ... soit on la transforme en images, soit des fous furieux en font un étendard pour massacrer ceux qui pensent mal ! La science nous joue des tours en empiétant sur la conscience.

Le clair regard c'est celui du lettré qui considère presque avec détachement ce monde-ci comme un autre déjà ! On me reproche ma philosophie ... mais le monde meurt d'un trop peu de philosophie.
La vie explore tous les chemins sauf celui de l'âme éclairée par en-dedans ...

Un acte plus un acte en opposition de phase égale le néant.
Le principe des forces virtuelles est d'une grande sagesse !


Refaire une France sans Français : le grand projet de ceux qui n'ont jamais souffert pour leur patrie !

La statue de commandeur de l'ordre qui est la mienne je ne l'ai pas désirée ; elle m'a été imposée par mon génie et par l'ordre des choses. Mais si l'on ne livre pas le combat on perd la bataille morale et c'est bien l'ordre de la moralité qui est en cause quand de grands bouleversements techno-scientifiques se profilent à l'horizon.
J'ai parlé d'un mur technologique que l'on avait peine à franchir depuis le début du nouveau siècle mais ce mur se dresse aussi en nous et il faut bien réédifier des barrières entre l'externe et l'interne quand le vieil édifice se lézarde sous les coups du temps.
En quelque sorte nous — notre nature éternelle (aux yeux d'une génération mais d'une génération seulement) — nous sommes pris en étau entre la force de notre imagination et notre pouvoir démultiplié par la méthode scientifique et les effets délétères du temps ; il nous faut vaincre l'inertie de nos âmes et inverser la paresse qui nous pousse à économiser nos pensées pour obtenir le meilleur rendement de notre vie sur terre.


Qu'est-ce qu'il faut sauver d'abord ? L'esprit public.
On craint souvent les fruits empoisonnés de l'histoire et la sotte vanité des nations mais l'anarchie est encore plus redoutable ! Une nation qui lutte n'est pas une nation défaite moralement ; l'unité de vue de la nation française m'importe plus que n'importe quel taux de croissance démographique ou économique.
Vous avez voulu tout sacrifier à la croissance hypothétique et vous aurez et le déshonneur du renoncement à la patrie et la peur des nations vaincues.

Ce sont les institutions qui sont en jeu et à travers elles la démocratie c'est à dire le gouvernement du peuple qui se concentre en une élite qui assume les choix distincts et clairement énoncés.
La démocratie directe c'est la démocratie des idées. Ce message doit être entendu.

On ne bâtit pas un peuple sur des hypothèses finales mais sur des réalités tangibles. On ne conduit pas son rêve le plus dur qui soit, celui de la vie, en maintenant le désordre en soi et hors de soi comme viatique à nos insuffisances.


Je devrais demander une chaire au Collège de France pour y enseigner ce que je suis seul à pouvoir professer après mûre élaboration : le sens du temps et des oeuvres vives de l'homme. Au confluent de l'histoire naturelle, des principes organisationnels de la science la plus rationnelle et de l'imagination créatrice telle que les arts les plus affûtés peuvent nous en donner un aperçu.

Pierre-Gilles de Gennes faisait en 1990 une conférence pour le Palais de la Découverte où il parlait des bulles de savon avec cette magnifique illustration de Chardin, le jeune homme qui souffle dans une paille et crée à partir de rien ou presque, une matière translucide qui dévoile les douces irisations de la lumière ; ode à la décomposition du spectre par Newton ; ode à la fragilité de la vie à la frontière de trois mondes, liquide, solide et gazeux.
La politique telle que je l'entends n'est pas un vain bruit mais bien une épithalame, des noces sacrées entre le destin des individus et le destin de la race qui forme le tuf de la société.
La lignée est insaisissable et pourtant elle se déploie à travers chacun de nous comme une espèce de mousse, un lichen adhérent, à la fois objet des plus solides et des plus fragiles. Un rien l'interrompt et un rien la fait susbsister à travers les siècles ... comment l'ordre de la raison vient-il se greffer dessus telle est la question que je me propose d'éclairer ; la poésie n'est pas étrangère à cet ordre lucide.


Systèmes formels versus systèmes physiques.
La loi de Wirth est la contraposée de la loi de Moore ; cela s'explique assez bien car la course à la puissance se double d'une course à la complexité mal maîtrisée.
J'ai essayé de réfléchir à ces problèmes qui sont mal compris parce que très généraux ; au XIXème siècle moment où la logique mathématique n'était pas encore très développée on saisissait bien l'analogie qui existait entre une machine théorique ou machine simple et la mécanique dans le monde physique réel. Les résistances, les fluides, les problèmes de rendement commençaient à faire l'objet d'une théorie approfondie.
Le monde moderne peut être considéré comme une machine simple. On peut donc considérer sa complexité comme un fait acquis, il suffirait de prendre une mesure quelconque — une température s'il s'agit de considérations thermodynamiques — et de voir comment l'on peut évaluer l'évolution globable du système.

Un système que l'on complexifie perd en efficience, c'est une loi universelle !
J'aurais probablement l'occasion d'y revenir et de donner des illustrations simples à ces questions pour lesquelles je suis encore assez neuf ... j'ai encore à faire quelques observations naturelles !


Si je m'avance trop, je risque de perdre pied ...
Le problème des grandes idées c'est qu'on est vite en pleine mer ! Il faut savoir nager vite et bien et retenir son souffle. Ce n'est pas naturel pour l'homme de vouloir aller loin ; l'admirable de la méthode rationnelle c'est qu'elle nous porte tout seul ; le seul danger c'est de se retrouver seul loin du monde des humains pendant qu'on évite les récifs. Que de métaphores pour dire des choses si simples ...

Je pense qu'il y aura toujours assez de beauté dans le monde sous une forme métaphorique ou autre ... c'est évidemment notre cerveau qui détermine le beau, nous sommes la seule espèce a avoir le sentiment esthétique.
L'efficacité du beau c'est qu'il représente une horizon inatteignable qui nous pousse à nous renouveler. L'aliénation par les formes dirait un moraliste un peu obtus ! Le dynamisme du monde moderne n'a d'intérêt que s'il est porté par la recherche de la forme suprême, c'est à dire de l'intelligence du monde. Lointain idéal jamais assouvi ...

Limiter la compréhension de notre temps à son caractère économique serait donc une faute de goût. Un obscurcissement de la raison ... l'homme est fait pour contempler autant qu'agir.

Il y a bel et bien un problème de compréhension des ressorts intimes de l'homme et c'est le problème économique le plus profond de tous.
Ceux qui voient l'économie du point de vue extérieur — juste en terme d'échanges de T.E.P — ne comprennent pas l'unité de vision qui est nécessaire pour apprécier ce qui est juste essentiel et ce qui reste accessoire.
Ils ne feront même pas la différence entre une économie en temps de guerre et une économie en temps de paix pour évoquer deux pôles caractéristiques.


En 1856 dans ses Annales des chemins vicinaux, Regnault faisait paraître un grand article consacré à l'Angleterre écrit par Romain Charles Edouard Collignon (°1831-1913), X 1849, ingénieur des ponts et chaussées et intitulé :

ETUDE SUR L'AGRICULTURE ANGLAISE
Extrait du Journal de la mission agricole en Belgique, en Hollande et dans les îles Britanniques, pendant l'année 1854.

En voici quelques extraits qui me paraissent pouvoir être relevés :

CHAPITRE Ier.

DESCRIPTION GÉNÉRALE DU COMTÉ DE LINCOLN.

...

Les noms géographiques de la région des marais ont, en général, une signification qui rappelle la nature du sol : holland, fen, marsh, moor, deeping, drain, en sont les terminaisons les plus communes. Dans le reste du comté, les noms des localités présentent encore un grand intérêt, mais c'est plutôt au point de vue de l'histoire qu'au point de vue de la topographie. A côté de ce nom Lincoln, qui est d'origine latine, et indique une colonie romaine, nous trouvons, comme signes encore subsistants de la conquête normande, un grand nombre de noms de villages contenant la particule française le ; on dit : Mormanby-le-Wold ; Mahby-le-Marsh ; Thornton-le-Fen ; Hoolten-le-Moor. Que ces remarques ne soient pas regardées comme puériles ; il est de ces modestes noms qui renferment l'histoire de grands événements, et qui font revivre à nos yeux bien des luttes sanglantes. Le fait suivant le prouve assez. On voit dans le Lincoln deux villages qui, éloignés d'environ un mille, s'appelant l'un Saxby, l'autre Normanby-le-Wold ; n'est-ce pas là un témoignage bien frappant de l'antique répulsion des deux peuples, Normands et Saxons, vivant sur le même sol, sans pourtant se mélanger ?

C'est en effet dans cette région de l'Angleterre que la fusion des deux races eut le plus de peine à s'opérer. C'est là, dans le comté de Nottingham, que régnait sur la forêt de Shervood le roi des outlaws, Robin Hood, le Locksley de Walter Scott, et c'est près de là, à York, que le premier roi normand qui ait été populaire parmi la nation vaincue, Richard Cœur de Lion, transporta pour travailler de plus près à l'union de tous ses sujets, sa cour et le siège de son gourvenement.

A toutes les époques de son histoire, cette région fut de même la région la plus anglaise de l'Angleterre. Lorsqu'au seizième siècle, la réforme agita si violemment ce royaume, ce furent les comtés du centre qui les premiers furent entraînés dans ce grand mouvement. Dans le siècle suivant, nous les voyons prendre, contre les cavaliers, le parti du parlement et des tètes rondes ; Cromwell y remporte, sur les troupes du roi, la victoire de Naseby, auprès de Northampton, bataille décisive, à la suite de laquelle les alliés du malheureux prince le livraient à ses ennemis.

Aujourd'hui, le souvenir, déjà bien effacé, reste seul de tous ces orages. Les souffrances de la conquête sont depuis longtemps apaisées, l'enthousiasme religieux s'est éteint, et l'Angleterre, sous un gouvernement national s'avance tranquillement dans les voies de l'avenir. On peut lui reprocher, il est vrai, l'application de doctrines trop exclusives, et redouter pour elle les nombreux inconvénients qu'entraîne l'abus de l'industrie. Ici du moins nous n'aurons pas de tels excès à déplorer. Le comté de Lincoln n'est pas industriel ; il est agricole. On n'y voit point de ces grandes cités manufacturières, où, pour citer un mot célèbre malheureusement trop vrai : les machines fabriquent du coton et des pauvres.

Vivant au grand air, occupée des travaux des champs, douée d'une santé robuste, la population a conservé, avec tous ces avantages, ces sentiments d'honneur, trait dominant du caractère anglais, si souvent altéré ailleurs par l'abrutissement et la misère.

Tandis que, à la honte de la civilisation, il existe des milliers d'êtres étiolés, sans demeure et sans famille, qui suivent des cours réguliers de vol aux portes des docks de Londres, le petit cultivateur de Lincoln, économe, actif, intelligent, courageux, arrive à l'aisance par le travail, et porte avec fierté son nom d'Anglais et son titre de Lindsey yeoman.

...

L'industrie des céréales, bien autrement laborieuse, n'est pas aussi facile à acclimater dans les pays du Nord. Il est vrai que dans la partie de l'Angleterre où elle domine, le sol est fertile, et que l'air est plus sec que dans la région des prairies. Mais l'humidité est encore trop grande pour la plupart des récoltes, principalement dans les terrains argileux, qui ont, dans toute l'île, une très-grande étendue. La culture proprement dite était donc autrefois assez restreinte dans la Grande-Bretagne, et il n'y a pas bien longtemps encore on admettait volontiers que l'Angleterre devait faire venir son blé du dehors, sans essayer de le produire elle-même, pour consacrer tous ses capitaux et tout son travail au commerce et aux entreprises industrielles. C'est sans doute à cette difficulté de faire croître les céréales, et à la facilité d'élever le bétail, qu'il faut attribuer le régime alimentaire en usage parmi les Anglais, qui consomment deux fois plus de viande qu'aucun autre peuple de l'Europe, et deux fois moins de pain que nous.

La situation est cependant bien changée aujourd'hui. Grâce à la richesse générale produite par l'industrie, au goût universel qui entraine les Anglais vers les plaisirs et les travaux de la campagne ; grâce aux découvertes modernes, gràce avant tout à cette impérieuse nécessité pour un grand peuple de trouver chez lui les premiers èléments de sa subsistance, il n'y a peut-être pas d'agriculture qui soit plus productive que celle de l'Angleterre ; il n'y en a certainement pas qui, en si peu d'années, ait fait d'aussi grands progrès. Le point de départ devait être et a été le bétail. On a perfectionné d'abord le mouton, puis le bœuf, et, à la suite d'essais longtemps infructueux, on est parvenu à créer et à conserver ces races dont nous admirons les heureuses proportions. C'était déjà beaucoup pour l'agriculture proprement dite : car l'usage des prairies artificielles, et bientôt après l'introduction des turneps, cette racine des pays du Nord qui réussit dans les climats humides, permettaient d'élever et d'engraisser, sans pâturages permanents, les bestiaux sur la ferme même ; et ces animaux, outre les bénéfices qu'on retirait de leurs ventes, rapportaient de plus les engrais nécessaires aux céréales, et dont les céréales seules tirent parti. En même temps, l'assolement régulier qui résulte de la succession de ces cultures ménageait la terre et facilitait les labours. Ainsi, l'esprit d'économie s'introduisait dans les campagnes : ce n'était pas cette économie sordide qui supprime aveuglement les dépenses les plus utiles ; c'était l'économie réelle qui se résume dans un meilleur emploi du travail et du capital : la main-d'œuvre par exemple, épargnée au moyen de machines, la semence ménagée, les engrais mieux répandus, les résidus, les pertes recueillis et utilisés. Enfin et par-dessus tout, le drainage devenait une pratique presque générale : grande révolution, si comme les Anglais le prétendent, le drainage est assez énergique pour modifier même le climat.

Tel est dans son ensemble, le phénomène observé depuis cinquante ans. Pour qu'il fût possible, certaines conditions devaient être satisfaites. Une population nombreuse, active, aspirant au bien-être, en d'autres termes le développement industriel, voilà la condition principale.

Là où manque cette aspiration vers un état meilleur, l'humanité court grand risque de rester stationnaire, et la fertilité même du sol, en permettant à certains peuples indolents une trop grande dose de repos et d'oisiveté, semble les condamner à rester toujours barbares et misérables. La Turquie, l'Egypte, la Pologne sont fertiles : elles sont pourtant dépeuplées et pauvres ; à elles appartient la triste gloire de venir dans les mauvaises années, en aide aux nations plus avancées : elles n'en deviennent ni plus riches, ni plus heureuses. Que de sommes énormes, à la grande gêne de l'industrie, sortent de France, dans une disette, en échange des grains que le commerce y introduit : des frais de toute espèce, chargements et déchargements, transports, droits divers, en absorbent la presque totalité ; tandis que le cultivateur étranger, forcé de livrer à vil prix des denrées trop abondantes, n'en reçoit que la plus faible part. Aussi la culture se retrouve-t-elle en Orient à peu près telle que l'antiquité la décrit. Qu'on suppose dans ces contrées un peuple plus industrieux : la concurrence entre les consommateurs, plus nombreux et en même temps plus avides, fait renchérir les produits de la terre ; le cultivateur en profite, améliore sa position, soigne d'avantage ses cultures et ajoute par là au bien-être général. Sur la même terre où quelques peuplades vivaient misérablement, grandit une nation puissante, qui fait prospérer l'industrie et l'agriculture en leur offrant de larges débouchés. C'est en effet là tout le secret de la prospérité de l'agriculture anglaise : elle s'enrichit et peut se perfectionner, parce que auprès des immenses agglomérations industrielles de Londres, de Liverpool, de Manchester, de Leeds, de Newcastle, elle n'a aucun encombrement de produit à redouter.

Quelle différence entre ce spectacle et celui que présentait le royaume après les guerres civiles qui, des deux Roses à la chute des Stuarts, pendant près de deux siècles et demi, l'ensanglantèrent à tant de reprises !
L'industrie y avait déjà été introduite, sous le glorieux règne d'Elisabeth, par les protestants de la Flandre, auxquels elle offrait un asile contre les persécutions des Espagnols ; mais les révolutions en avaient toujours retardé l'essor. Alors des milliers de familles fuyaient l'Europe pour aller peupler le Nouveau-Monde ; alors l'Angleterre, quoique mal cultivée, produisait trop de blé pour la consommation intérieure, et le gouvernement permettait, encourageait même l'exportation du superflu.

Cet état de choses ne dura pas longtemps. La paix au dedans, sinon au dehors, permit bientôt à la richesse de se développer, à la population de croître, aux manufactures de prendre des proportions immenses, et qui pourtant ont toujours grandi depuis.

L'exportation cessa. Longtemps du moins les grains anglais devaient suffire encore. Longtemps l'agriculture, presque toute entre les mains de l'aristocratie put, sans grands efforts, jouir de la protection créée pour elle, par des droits prohibitifs sur l'introduction des grains étrangers. La cherté des vivres, et par suite celle de la main-d'œuvre, étaient les conséquences nécessaires d'un tel régime ; de là le haut prix de revient des produits industriels ; de là enfin la perturbation de toutes les affaires, dès que les moindres intempéries, en surélevant le prix des blés, diminuaient l'aisance générale. C'est ainsi que la disette de 1826 amena un grand nombre de faillite. Alors commença, au sujet de la loi des céréales, la lutte entre le parti libéral et le parti tory, le premier réclamant, pour le soulagement de l'industrie, l'admission des blés étrangers que s'obstinait à refuser le second.

L'issue de cette polémique de près de vingt années est aujourd'hui bien connue : la loi des céréales fut rapportée. On pouvait craindre que l'agriculture anglaise en souffrît, et elle eût, en effet, à traverser des moments difficiles. Mais le développement nouveau de l'industrie après cette réforme, et l'émulation de l'agriculture nationale aux prises avec l'agriculture étrangère, furent bientôt les causes des plus grands progrès. De cette époque date le high farming, ou l'emploi des moyens les plus énergiques pour stimuler la production agricole. C'est pour ainsi dire le combat entre la production lointaine, économique, mais surchargée par la distance, et la production locale, chère, mais à portée du marché. L'événement a prouvé que les armes étaient égales. Le fragment suivant d'une lettre que nous avons reçue de M. George Hope, l'un des plus habiles cultivateurs de l'Ecosse, montre du reste qu'elle est, sur cette réforme, l'opinion des agriculteurs de la Grande-Bretagne.

« Fenton-Barns, 14 août 1854.

« ... J'ai pris une part considérable à la défense des principes du libre échange ; j'ai cherché à démontrer la folie du système de la protection... Après la réforme douanière, j'ai adopté les procédés les plus perfectionnés de culture, et vous serez, je pense, heureux d'apprendre que jamais l'agriculture ne m'a donné d'aussi beaux revenus. Je crois, du reste, qu'il en est ainsi pour tous les cultivateurs. »

On pourrait faire plusieurs remarques, la difficulté du mélange des races qui s'étend sur des siècles, les luttes religieuses qui prolongent les désordres internes, les conflits politiques sur le mauvais usage de la richesse et l'accaparement des biens par quelques-uns sous le nom de noblesse, l'apport des Flamands en matière agricole notamment.

L'aspect idyllique de la campagne anglaise du comté de Lincoln aux dires de Collignon le citadin me paraît un peu forcé ... il n'y aurait pas d'exil vers les villes et les centres industriels si la vie paysanne était si facile !

Son père était l'ingénieur puis inspecteur des P&C Charles Etienne Collignon (°16/5/1802 ou 26 Floréal An 10 Metz - 4/12/1885 Paris, 7ème à 83 ans au 4 rue Chomel, déclaré le 5/12/1885, acte 2007 page 2), commandeur de la L.H le 28/12/1867, compatriote messin de Joseph Regnault. marié à Metz le 24/4/1837 avec Louise Caroline Lesage (°14/3/1805 ou 23 Ventôse An 13 Meaux, Seine-et-Marne - 30/1/1883 Paris, 7ème à 77 ans au 4 rue Chomel, témoins Romain Charles Edouard Collignon, chevalier de la L.H, 51 ans, inspecteur de l'école des P&C, dmt 28 rue des Saints-Pères, fils et Charles Camille Julien Krantz, 34 ans, chevalier de la L.H, maître de requêtes au Conseil d'Etat, dmt 24 rue de Turin, petit-fils de la défunte, acte 235 page 30) dont un fils aîné François Hippolyte Edouard Collignon(°23/12/1829 Gorze, Moselle - 6/2/1897), chevalier de la L.H le 4/5/1889, sorti 4ème de l'école des Arts et Métiers de Châlons sur Marne en août 1848, ingénieur aux établissement Cail et examinateur à l'admission des écoles d'arts et métiers.
Charles Etienne Collignon était saint-simonien, fut député, conseiller d'Etat, créateur et directeur de la Société des chemins de fer russes etc. Un personnage important donc.


L'histoire ce chef d'oeuvre en péril ... pour que l'histoire ait un sens encore faut-il que des témoins dignes de foi la récitent ! L'histoire de France a ses beautés sans lesquelles nous ne serions pas Français ; elle a ses monstres et ses recoins obscurs mais qui ne sont pas sans charmes. On différencie souvent la grande et la petite histoire, l'histoire naturelle des hommes et l'histoire surnaturelle des grands, les noms et les titres, les lieux et les âtres.
Ma manière de conter l'histoire tient le milieu entre le trop abstrait et le trop concret, entre l'idéal qui nie le particularisme du cours du fleuve et les multiples du divers, ce paysage moral qui est trop souvent l'esprit des lieux. Je ne veux pas m'attacher à toute force au souvenir ... j'aime créer à partir de la libre route de l'imaginaire ! On pourrait mieux aimer posséder une histoire de France qui tiendrait du roman de chevalerie ou du conte de nourrice ... que du sombre labour des siècles !

L'histoire est un roman virtuel aux feuillets infinis et aux charmes équivoques de la pensée qui s'égare ...


J'ai toujours voulu renouer les fils de la pensée.
Quand Charles Percy Snow dès les années cinquante dénonçait le fossé grandissant entre les deux cultures, il exprimait ce qui est devenu un lieu commun ou presque ; mais je crois qu'il y avait des moyens de jeter des ponts et de trouver des points de vue qui rassemblent ce qui n'a pas lieu d'être disjoint.
Le récit historique est un de ces topos de l'intelligence qui permet de faire comprendre ce libre déploiement de l'esprit dans toutes ses manifestations ; il y a une unité du regard quoiqu'on en pense.

Je m'attache à trouver le point singulier forcément abstrait qui réduit les discordances sans entrer nécessairement dans tous les détails ; mais j'illustre toujours de manière concrète cette nouvelle origine de l'homme puisqu'il a le privilège de se réinventer à chaque pas de son histoire, ce qui forme époque.


Le divertissement c'est bien mais c'est comme toutes les bonnes choses : il ne faut pas en abuser !
Or nos sociétés rejoignent le spectacle permanent en oubliant fortement l'immanence de nos lois. Je suis attaché aux principes et tout mon sentiment abstrait me porte à défendre l'Etat de droit plus que l'Etat de fait.


La réflexion me comble ...
L'homme humble roseau pensant cherche-t-il une figure d'équilibre ou bien à avancer malgré ses déséquilibres constants et avérés ? Le bonheur c'est se sentir exister sur une ligne d'horizon.
La réflexion qui ne serait qu'un miroir à l'infini pour nos tourments n'est qu'un moment passager ; et il n'y a que des résolutions passagères.

La réflexion politique n'a guère fait de progrès depuis le XIXème siècle ; on réduit l'homme à l'état d'animal économique et l'on cause des frustrations volontairement ou involontairement en croyant avoir découvert un moteur universel bon à tout.
Tel que j'imagine l'homme du 3ème millénaire, sa sagesse me semble devoir prendre en compte d'autres universaux plus fondamentaux et porteur d'un avenir à long terme.
Ce que je ne sais pas si cela repassera par une reprogrammation complète de son patrimoine génétique et par conséquent de son cerveau — l'organe noble par excellence.
Ce qui nous embarrasse c'est la faiblesse de nos connaissances et l'échec avéré de l'eugénisme tel qu'il fut pratiqué dans les débuts du XXème siècle.

Le triomphe du libéralisme actuel n'est pas le dernier mot de l'aventure humaine ... c'est une formulation un peu courte !
Ce serait exercer une autre censure contre l'esprit que de ne pas rêver à d'autres solutions transitoires avant un quelconque état final.

Je crains la censure de la foule ; je crois que des esprits libres doivent s'affranchir de la tyrannie des idées courtes.


Les injonctions contradictoires ...
Le monde moderne est plein d'injonctions sucessives ou simultanées qui rendent toute rêverie impossible : au nom d'une pseudo-rationalisation on empêche le libre accès aux facultés proprement humaines : l'imagination et l'esprit d'entreprendre.
Toute prise de décision est un arrêt dans la machine à raisonner ; la machine de Turing universelle doit connaître l'arrêt final si elle ne veut pas embrouiller définitivement le cours du monde.
Or nous ne savons pas calculer le moment précis de cette interruption du calcul ; donc la pensée doit céder au coup de force de la réalité qui s'imposera d'elle-même. Quand la pensée devient l'ennemie de la pensée du corps ... il faut trancher ! Le noeud gordien n'est pas qu'un vain mythe ...

En mécanique quantique on appelle cela la réduction du paquet d'ondes. Ce qui est assez évocateur, je crois ...


Quand tout n'est plus que publicité : quand le flux mouvant des choses ne se concrétise jamais. Quand l'esprit n'a plus de lieu de repos. Quand la haine de la méditation féconde ne connaît plus que la transgression du rire ... et du viol des consciences.

La confusion des ordres.
Jean-Luc Mélenchon du haut de ses études brouillones et de son orthographe incertaine prétend que le Tanger des années cinquante était plus moderne que le Clermont-Ferrand de Blaise Pascal ! Il confond certainement l'agitation et l'émeute populaire dont il ne sort jamais rien de profond et la composition de la pensée avec le mouvement rationnel. Il se trouve que mes grands-parents vivaient à Clermont à cette époque pendant que Paul Bowles et quelques autres encore hantaient les bas-fonds de Tanger ... certes mon cousin germain Guilhem de Lattre est né à Rabat en 1959 où son père enseignait la philosophie au lycée Gouraud du nom du célèbre général français mais c'est bien parce que la marque de la France y régnait encore ! Depuis la chute de ces pays du Maghreb a été vertigineuse et l'abandon de l'esprit rationnel a porté des fruits noirs !

J'admets volontiers que la crapule est un sujet en or pour la littérature ... que cela fait de l'effet ! Mais l'effort rationnel a ses prestiges qui ne le cèdent en rien d'un certain point de vue. La beauté cristalline de l'intelligence est l'honneur de l'espèce humaine.

En somme les hommes politiques sont souvent des crooners enjôleurs, des chanteurs de charme qui distillent leur petite musique aux oreilles complaisantes ; l'appel des tripes ...

L'ascèse intellectuelle c'est se priver de certaines libertés pour accéder à un stade supérieur de la conscience ; c'est faire le pari de la forme contre l'informe et les données brutes du vivant. C'est le choix de la restriction des âmes qui nous porte vers un horizon plus pur et plus étendu. Les ressorts de l'esprit ont besoin d'être tendus pour donner la maximum de leur force. Le repos de l'âme n'en est que plus délicieux ... et les jouissances de Capoue peuvent être d'un tout autre ordre.

Les appétits grossiers de l'Islam sont le contraire de l'esprit philosophique ... treize siècles nous séparent de cette pauvreté humaine. L'émancipation ne passe pas par les hadiths du prophète !


Pour la petite histoire quand à partir de juin 1940 toute la France du nord fut occupée, une bonne partie des universitaires français se rallièrent à Clermont-Ferrand, tout proche de Vichy, centre du nouveau pouvoir, ainsi par exemple l'université de Strasbourg se trouva toute rassemblée dans la capitale de l'Auvergne qui devint le centre de l'intelligence française avec notamment un florilège de mathématiciens de premier plan comme Henri Cartan ; c'est d'ailleurs à Besse-en-Chandesse qu'eut lieu la création du fameux groupe Bourbaki en 1935 !
Evidemment on est loin de Dickens et de l'école des voleurs ...

Il est de bon ton à Paris de se moquer de certaines régions ou périphériques ou trop enclavées, l'Auvergne, la Bretagne, le Dauphiné, la Savoie ... pourtant ces régions sont des plus françaises et l'esprit y a souvent rayonné avec une étrange intensité !
C'est le syndrome du fameux : il n'est de bon bec que de Paris !


Le romantisme politique consiste à systématiquement préférer la geste d'Arsène Lupin qui redistribue les richesses au nom d'un idéal tronqué et flamboyant au labeur obscur de celui qui épargne et condense la sagesse des nations dans une vie régulière et sans lustre.
Pépé le Moko a toujours quelque charme aux yeux de la bourgeoise qui va visiter la Casbah d'Alger comme on visite un cirque et ses baraques pleines d'attractions foraines ... c'est le vice de l'oisiveté !

Certains voudraient presque nous faire croire que la contrebande et la piraterie c'est moderne parce que c'est mélangé et métissé ! Certes c'est une très vieille activité ... mais les zones franches où la loi du plus fort règne ne sont en rien signes de modernisation de la société.

La vie bourgeoise est le contraire du nomadisme politique. Une vie, une culture, une voix.
Les aventuriers sont rarement des démocrates ...


Est-ce qu'Henri Gouraud (°1867-1946) était homosexuel comme son mentor Lyautey ? Ce qui est sûr c'est qu'il ne s'est jamais marié contrairement au maréchal et qu'on ne lui connaît aucune liaison féminine. Je n'en sais pas plus ...

Maxime première de l'art et de la conduite des opérations militaires.
Les hétérosexuels c'est bien pour faire des enfants ; les homosexuels c'est bien pour faire la guerre.

La plupart des grands soldats de Louis XIV étaient de purs invertis : Le Grand Condé, Turenne, Villars, Vendôme et jusqu'au frère du Roi, Monsieur ! A contrario cet hétérosexuel enragé de Louis XIV, ce baiseur de femmes de pure roche et du plus pur lignage, ce bigot qui se fait une vie de bourgeois auprès de la veuve Scarron n'avait aucunement le sens militaire : il ne savait pas se faire aimer des hommes et les commander sur le front des batailles ! D'où d'ailleurs sa jalousie mal placée pour son frère qui tout effeminée qu'il fut connaissait l'art et la manière de commander.

Même Napoléon ce condottière moderne a peut-être eu dans sa jeunesse une liaison avec le beau Junot dont il fit détruire la correspondance à sa mort ; en tous cas il savait les moeurs des meilleurs de ses généraux et il ne s'en offusquait nullement ...

Quant aux grands capitaines de l'Antiquité on connaît leur réputation ... d'Alexandre le Grand jusqu'à César.


Certains diront que je suis un peu méchant ... mais on ne fait pas d'hommes sans casser des hommelettes !

Je pense à Lawrence d'Arabie qui avait une revanche à prendre sur ses origines — et dont les moeurs le tenaient à l'écart de la gentry anglaise — n'a-t-il pas atteint le rêve militaire de sa vie : démanteler l'empire Ottoman en le prenant à revers par la péninsule Arabique ? Perfidie anglaise dira-t-on ...

Je me demande parfois si j'étais un bâtard si je ne serais pas davantage conquérant comme Guillaume de Normandie devenu Guillaume d'Angleterre ou Thomas Edward Lawrence qui devint le libérateur de l'Arabie !

J'ai le sens de ma légitimité quand je m'exprime au nom de la France et je n'ai même pas besoin de demander le suffrage des Français car je sais mieux qu'eux ce qui va dans le sens du recours à la patrie ; mais je n'éprouve pas de mépris pour le peuple contrairement à certains qui se veulent de profonds politiques ...


Parenthèse littéraire (petite chronique de l'oeil de boeuf).

Marc Schweizer qui est né en 1930 et qui donc appartient à la même génération littéraire que Gérard de Villiers me disait que c'était un rat qui lui avait pillé trois de ses livres !
Requiescat Ratum !

Marc Schweizer a publié ses premiers policiers à l'instigation de Jean Bruce (°1921-1963) qui est mort à bord de sa Jaguar le jour de ma naissance le 26 mars 1963 ; donc si j'en crois la théorie de la réincarnation j'ai peut-être récupéré quelques gènes de ce Jean Bruce ! Je vais signer dorénavant : Hubert Bonisseur de La Bath.


La laïcité contre les totems.
Si l'on considère que la laïcité est le résultat de l'esprit philosophique qui cherche à individualiser les hommes et à les séparer de la culture commune qui veut les relier fermement dans un carcan de tabous — ce qu'on appelle proprement une religion — alors on comprendra que la laïcité sera en lutte éternelle contre tous les assujettissements non librement consentis sous le voile de la raison.
La laïcité se base sur un dialogue constant avec la nature, une interrogation sans cesse renouvelée de notre nature profonde et par extension de notre environnement ; au contraire toute religion fige le temps et veut relier les hommes à une origine mythique, insoupçonnable, jamais remise en cause. Elle ne veut connaître que des essences jamais des phénomènes. Elle confond la ligne d'horizon et le ici et maintenant. Que ce conflit soit indépassable c'est possible mais l'esprit philosophique doit veiller à ne pas mélanger l'ordre des choses. L'ordre du temps est unique et il n'a rien à faire avec une quelconque éternité qui nous replie sur nous-même au final. S'inscrire dans le temps c'est la meilleure des choses quand l'on veut garder l'esprit libre et détaché de toute contingence. Ce paradoxe est proprement l'essentiel de la philosophie.


L'enquête.
L'homme qui ne pose plus de questions n'est plus tout à fait libre ; la beauté du Saint Graal de la raison humaine c'est qu'elle n'est jamais tout à fait achevée ; il y a un mystère policier là-dessous. Interroger la nature c'est rompre avec la nuit et ses ténèbres enveloppantes ; mais qu'y-a-t-il sous les voiles d'Isis ? Isis est androgyne et donc antérieure à l'apparition de la sexualité, sa force créatrice reste encore à dévoiler. Le trouble qui naît devant toutes choses c'est aussi le trouble devant les beautés de la réalité nue.


La guerre de 14/18 malgré ses millions de vies enchevêtrées fut une hérésie intellectuelle, une erreur économique et un suicide politique pour l'Europe, suicide confirmé s'il en fut besoin en 39/45.
Même pas de grand homme à signaler malgré tous les dévouements ... certes il y eut Pétain qui fit ce qu'il put pour épargner les vies françaises d'une armée saignée à blanc par l'impéritie des chefs qui l'avaient précédé à la tête de notre armée nationale mais sa gloire excessive d'après-guerre a donné une confiance exagérée dans l'art militaire de notre école de guerre alors que le secret de notre impréparation de 1914 sautait aux yeux des moins avertis.
Autant vous dire que commémorer ce centenaire c'est comme l'idée de commémorer la gloire d'une auto-flagellation collective !

La grande guerre c'est le paquebot Titanic qui coule à son premier voyage parce qu'on avait cru que ce navire high-tech était insubmersible !
C'est un désastre somptuaire ... mais c'est toujours un désastre par quelque bout qu'on le prenne.


La grand'guerre est irrécupérable, le seul grand homme qui aurait pu exister c'est celui qui l'aurait empêchée.
Le sang qui coule des veines d'un peuple en appelle à une justice supérieure qui n'existe pas entre les hommes.


Nos institutions sont à bout de souffle ; elles sont rongées par deux maux corollaires l'un de l'autre, l'Europe qui se rêve en péninsule de la mondialisation et la perte du sens de l'Etat au sein de la population française traversée par mille courants politiques divers et par une immigration de masse inassimilable qui importe avec elle les conflits de l'arriération de ses origines.

Il est donc question de refonder le réel de la République ; c'est quelque chose qu'il faut faire périodiquement. Si l'on veut faire vivre les rêves de la liberté et de l'égalité au coeur de la nation française, il faut replonger ses bras dans la circulation des idées, des normes et des lois. Une constitution n'est jamais achevée, c'est l'oeuvre en progrès de la patrie.


La langue larguée ... par la politique.
« Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement
Et les mots pour le dire arrivent aisément. »
Le célèbre distique de Boileau est plus que jamais d'actualité !

Dans les circonstances actuelles c'est le meilleur moment pour faire les réformes indispensables dont tout le monde parle depuis si longtemps sans jamais oser passer aux actes ; par exemple la suppression d'un échelon administratif. Je plaide depuis toujours pour la disparition des départements devenus redondants lors de la création de régions autonomes ; bien entendu la réforme doit être faite avec rigueur et il ne s'agit pas de réembaucher les fonctionnaires territoriaux ainsi déchus au sein des conseils régionaux sauf cas particulier.
Le corollaire c'est la diminution drastique du nombre des élus. Tout ceci est une question de volonté centrale en accord avec les Français qu'on devra consulter pour obtenir un accord direct qui passe par-dessus les partis et leurs intérêts forcément divergents.


Le rôle d'un président de la République est très simple : il consiste à dire Non ! et à avoir le dos très large pour supporter les égoïsmes des uns et des autres et leurs imprécations rageuses.
Point n'est besoin pour cela d'être exagérément un intellectuel, mais il faut conserver par devers soi la volonté et la réserve indispensable qui en impose aux autres.


Quelle différence entre un régime semi-autoritaire et un régime semi-libéral ? C'est que dans le second le président peut dire à la Chambre : Go ahead. Make my day ! tout en respectant les institutions, tandis que dans le premier il serait obligé d'envoyer à Cayenne les récalcitrants ...

Pour les férus d'histoire cette célèbre réplique de l'inspecteur Harry (Vas-y fais moi plaisir !) qui tient un challenge face à un bandit qui menace de lui tirer dessus a été reprise par le président-comédien Ronald Reagan face aux Démocrates qui le défiaient dans une joute sur les impôts.

Je ne conseille quand même pas à notre actuel président de vouloir reprendre le même rôle face aux réfractaires bretons : il y faut un certain tour de main ou une adresse digne d'un prestidigitateur dans l'humour noir et les sous-entendus graveleux !


Ludovic Maubreuil sur son blog Cinématique ayant posé un questionnaire difficile — pour moi — je me suis efforcé d'y répondre de mon mieux (ce qui m'a pris trois quart d'heure) et donc je recycle ici le fruit de mes efforts :

1) Quel film représente le mieux à vos yeux l'idéal démocratique ? Jules César avec Marlon Brando.

2) Au cinéma, pour quel Roi avez-vous un faible ? Marcel Dalio roi de la Cour des Miracles.

3) Quelle est la plus belle émeute, révolte ou révolution jamais filmée ? Une partouze dans un film X dont je ne me rappelle plus le titre.

4) Si vous étiez ministre de la Culture, à quelle personnalité du cinéma remettriez-vous la Légion d'Honneur ? A un sourd-muet de préférence ...

5) Au cinéma, quel est votre Empereur préféré ? Néron par Peter Ustinov dans Quo Vadis.

6) Si vous étiez Ministre de la Culture, quel serait votre premier mesure, premier acte symbolique ou premiers mots d'un discours, concernant le cinéma ? Transformer le ministère de la place de Valois en multiplexe 3D.

7) Quel film vous semble, même involontairement, sur le fond ou sur la forme, d'inspiration fasciste ? La Belle et la Bête.

8) Quel est le meilleur film sur la lutte des classes ? Pépé le Moko.

9) Au cinéma, qui a le mieux incarné la République ? Brigitte Bardot dans Viva Maria !

10) Quel film vous paraît le plus pertinent sur les coulisses du pouvoir dans le monde d'aujourd'hui ? Ennemi d'Etat.

11) L'anarchisme au cinéma, c'est qui ou quoi ? King Kong.

12) Quelle est la meilleure biographie filmée d'une femme ou d'un homme de pouvoir ? Les hommes du président parce qu'on n'y voit pas Nixon.

13) De quelle femme ou quel homme de pouvoir, aimeriez-vous voir filmer la biographie ? Ronald Reagan, cela ferait tellement chier notre presse française ...

14) Au cinéma, quel personnage de fiction évoque le style des politiciens français suivants : Nicolas Sarkozy, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ? (vous pouvez en choisir d'autres) : Nicolas Sarkozy dans La Course à l'Echalote (le banquier en cavale), Jean Luc Mélenchon dans Les tribulations d'un chinois en Chine (le ouistiti Belmondo), Marine Le Pen dans La Grande Lessive luttant contre l'empire néfaste de la télévision et François Hollande dans Grosse Fatigue (le personnage schizophrène de Michel Blanc).

15) Quel film de propagande n'en est-il pas moins un grand film ? N'importe quel film réussi de publicité. James Bond par exemple ...

16) Quel a été pour vous, en France, le meilleur Ministre de la Culture ? Expliquez pourquoi en deux mots. Celui qui sera le dernier ministre de la culture et rendra les clefs du ministère.

17) Quel est le meilleur « film de procès » : Les Bonnes Causes avec Pierre Brasseur et Bourvil.

18) Quel film vous paraît le plus lucide sur le quatrième pouvoir (les medias) ? L'homme qui tua Liberty Valance.

19) Citez un film que vous aimez et qui vous semble assurément « de droite ». La Grande illusion.

20) Citez un film que vous aimez et qui vous semble certainement « de gauche ». Cléo de cinq à sept.


P.S : Je décline toute responsabilité quant aux réponses.


On conquiert le pouvoir avec les sentiments des autres pas avec ses propres sentiments qu'on doit réserver à des usages plus intimes.
Quand Reagan jouait au cow-boy cela plaisait énormément aux Américains mais il était loin d'être une brute du far-west ; c'était au contraire un joueur de poker très avisé, dans la mesure où le poker demande une certaine subtilité psychologique plus qu'une force brutale de l'intellect.

Le rêve d'Ossian.
Vous connaissez le mot de Napoléon : Je fais mes batailles avec les rêves de mes soldats ; eh bien ! en politique c'est pareil.


Quel est le sens de l'élection du président au suffrage universel voulue par De Gaulle en 1962 contre l'opinion des partis et l'avis des institutions de l'époque ? De permettre au président de s'affranchir de la tutelle des partis et de s'appuyer sur le peuple pour faire passer l'intérêt de la France avant tout autre.
Quel est l'usage des derniers mandats présidentiels et celui en cours ? Tout le contraire se servir d'un parti unique pour faire prévaloir l'intérêt de lobbys et de côteries contre celui de l'Etat ; d'où la déchéance d'une nation réduite à servir des égoïsmes qui se partagent la tunique de Nessus de ce qui fut un grand pays et un grand état : la France.

La corruption de nos institutions par les hommes de partis est donc consommée au plus grand dam des hommes de bien.

Savez-vous comment on appelait les financiers aux XVIIème et XVIIIème siècles ? Les partisans ...


Ludovic m'ayant demandé un supplément d'information, je le livre ici :

Ludovic | 14/11/2013

iPidiblue : Mais oui, King Kong, bien sûr ! Pour le Cocteau, il faudra quand même expliciter. Et les politiciens, rien à redire !

King Kong rien à dire : vous importez un morceau de jungle en plein New York et vous avez le chaos ! C'est à dire le retour à la nature originelle selon Saint-Rousseau ...

La Belle et la Bête : je savais que vous alliez tiquer ! Expliquons : en-dehors du fait que ce film a été tourné pendant l'occupation nazie et que Cocteau était un grand ami et admirateur d'Arno Breker — ce qui est secondaire — évidemment l'idéologie fasciste est représentée par la brutalité de l'opposition force native et sanguinaire de la Bête et rayonnement de la beauté pure de Josette Day ; contraste sommaire dichotomie binaire qui est le propre du fascisme sans nuance aucune, sans tiers de la société civilisée.

Une malédiction, une innocence vierge et un conflit entre le mal et le bien où le mal est un bien au final : retournement classique chez les idéologistes totalitaires. Selon qui tous les moyens sont bons pour arriver à une fin ! Les crimes de la Bête : c'est sa nature ... telle une chrysalide il finira par en sortir un prince !
Apologie finale de l'inhumanité.

Faire de Cocteau un petit saint comme on le fait alors qu'il a initié beaucoup de jeunes gens à l'usage des drogues (récréatives comme on dit) c'est une tendance très mode mais qui n'est pas très réaliste !

Écrit par : iPidiblue la grosse bête | 15/11/2013

Il semblerait que je sois le premier à signaler l'idéologie sous-jacente à la plastique de ce chef d'oeuvre pour enfants La Belle et la Bête ; pourtant on nous avait averti : les contes pour enfants ne veulent pas toujours dire ce que l'on veut nous en laisser croire !

Sous le masque dorien de Jean Marais moi je vois la tête de Méduse ...

L'anarchie de King Kong c'est aussi le franchissement de la barrière des espèces puisque idylle il y a entre la Belle et la Bête encore une fois ! Mais la démocratie et la civilisation triomphent dans le film américain avec la chute du roi Kong du haut de l'Empire State Building qui représente bel et bien la démocratie américaine. Il n'y a pas de hasard dans le choix des lieux ...

En général je n'aime pas me livrer à l'exégèse des grands classiques du cinéma ; je préfère leur laisser toute leur vertu et la force de leur mystère mais puisqu'on me questionnait ...


On nous dit — on nous répète — que les institutions françaises sont très solides ; elles ne sont pas plus solides que leur maillon le plus faible, or quel est le maillon faible ? Le sentiment national soigneusement détruit depuis trois ou quatre décennies par l'éducation nationale et les forces médiatiques et politiques au pouvoir. Contrairement aux Etats-Unis où le culte du drapeau reste vivace ... connaît-on un pays où le président fraîchement élu soit salué par des drapeaux étrangers comme ce fut le cas pour Chirac en 2002 et Hollande en 2012 ?

Si la France n'est qu'un conglomérat d'intérêts selon l'expression d'un ministre du défunt gouvernement alors on peut craindre qu'au moindre vent mauvais sur le bateau l'équipage ne se mutine faute d'un capitaine en qui placer sa confiance !


J'ai presque l'impression de faire partie d'une civilisation disparue quand je lis ce qui va suivre.

Journal des débats politiques et littéraires du samedi 22/8/1868 :

Nous ne voulons pas laisser disparaître ainsi, sans lui dire adieu, l'un des libraires les plus distingués de Paris, M. Jules-Romain Tardieu. Vous l'eussiez reconnu dans une foule à la beauté de son visage, à sa tête intelligente, couverte d'épais cheveux blancs. Il appartenait à la bonne race normande, son père, Jean-Charles Tardieu, était un bon peintre. Il apprit de très bonne heure, à la savante école de M. Jules Renouard, le célèbre éditeur, comment se fonde un livre, et comment le libraire est sans contredit le plus utile associé de l'écrivain. Très souvent ces deux intelligences n'en font qu'une seule, et si l'écrivain était juste (ils ne le sont pas tous), il reconnaîtrait l'aide et l'appui de l'éditeur. Ce fut même une des grandes questions qui s'agitèrent autour de la dernière Exposition, sitôt disparue, de savoir quel mérite et quelle autorité revenaient au libraire, à l'imprimeur, et je crois bien qu'il fut généralement reconnu que le zèle et le goût de celui qui préside, à ses risques et périls, à la fabrication d'un livre, comptent pour beaucoup dans la durée et dans le succès. Rien que le choix du papier, du format et des divers caractères d'impression, l'emploi des gravures et de l'ornement, représentent autant de questions considérables. Comme aussi faut-il tenir compte un peu, si peu que vous voudrez, du choix du livre et de l'écrivain.
M. Jules Tardieu comprit très vite les mystères de ce grand art. Comme il était fort prudent, il a publié fort peu de livres, mais déjà les amateurs et les curieux recherchent les publications de M. Jules Tardieu. La chance heureuse d'un livre médiocre est justement dans son élégance ; au contraire, une belle œuvre est discréditée à l'avance, si tout d'abord nous n'y trouvons pas les respects mérités. Bientôt, M. Jules Tardieu, cherchant vainement quelqu'un de ces beaux ouvrages destinés à vivre et longtemps, voulut écrire à son tour. Cette fois, du moins, l'écrivain était sûr de son libraire, et si le libraire était moins sûr de l'écrivain, il se sentit tout rassuré par le succès même. Il signait J.-T. de Saint-Germain, et quand il vit ses petits livres marcher rapidement à la deuxième édition pour ne pas s'arrêter à la quinzième, il se félicita doublement de son audace.
— Ah ! lui disaient ses confrères, ignorant que le livre fût de lui, l'auteur de l'Epingle et de l'Art d'être malheureux est un habile écrivain ; nous vous félicitons de votre heureuse découverte.
D'autre part, les écrivains de profession :
— M. Jules Tardieu, disaient-ils au libraire, nous portons grande envie à l'auteur du Chalet d'Auteuil et de Dolorès. Vous n'avez rien ménagé pour en faire à tout prix des livres populaires.

Enfin, de la prose il s'éleva jusqu'à la poésie, et cette fois encore, J.-T. de Saint-Germain, le poëte, trouva Jules Tardieu pour éditer les Roses de Noël, un recueil de poésies. Mais quoi ! le livre était si beau, si naturelle était l'élégie, et si vive était la chanson ! Les Roses de Noël furent adoptées comme tout le reste, et le poëte normand vit s'ouvrir à son nom les belles académies de la docte province dont Pierre Corneille est resté le mainteneur.
Les Sociétés littéraires de Caen et de Rouen firent place à l'aimable écrivain. Là il trouva des émules et des amis.

Au reste, il n'avait que des amis. Il était simple et bon, bien élevé, de belle humeur, écoutant volontiers les nouveaux venus dans la carrière, et lisant avec soin leur prose et leurs vers. Gouverner, c'est choisir, disait un homme politique. On en dirait autant d'un bon libraire il choisit ; mais encore faut-il qu'il soit heureux, qu'il ait la main légère, un esprit droit, une critique éclairée. Un mot vulgaire dira toute ma pensée : Il est bon que le libraire soit du bâtiment. Tels étaient les Renouard autrefois, tel est le plus célèbre et le plus savant de tous, de nos jours, le célèbre M. Didot. Tel était cet homme excellent, trop vite arrêté dans les sentiers innocens qu'il s'était tracés à lui-même, M. Jules Tardieu, J.-T. de Saint-Germain.

JULES JANIN.


Incroyable : un juge des référés de Bobigny qui n'a probablement jamais lu une seule ligne de Léon Bloy de sa vie vient d'interdire la reparution telle quelle d'un de ses plus célèbres livres : Le Salut par les Juifs !

Il se trouve que de tous les livres de Bloy c'est un des rares qui ne soit pas entaché de scatologie ... et de basses injures pour ses confrères littérateurs !

Fondamentalement si la Constitution française autorise ce genre de chose alors il faut revoir de fond en comble sa rédaction et poser en préalable comme pour la Constitution américaine un amendement qui garantisse la liberté d'expression.

Bloy pratique l'hyperbole et les figures symboliques propres à son temps ; si vous passez au tamis de notre pauvreté littéraire contemporaine la littérature des siècles passés alors croyez qu'il n'en restera pas pierre sur pierre, ni paragraphe, ni syllabe ne tiendront devant le politiquement correct qui est la mort de toute figure ! Le jardin des tropes sera fané à jamais ...

Nous arrivons maintenant au degré zéro de la culture littéraire !


Faut-il avoir ou ne pas avoir une conscience littéraire telle est la question maintenant ! Dans un monde sans littérature tout serait permis. Toutes les régressions morales et intellectuelles. Toutes les salissures de l'âme ... sans remords, ni regrets. Retour à l'animalité brute ...

La flamme de la civilisation n'est pas une machine désincarnée ...


Le monde perdu des lettres qui ne fut jamais un paradis de confort !
Si l'homme est la machine à faire des fonctions symboliques avec du vide, du rien, du je ne sais quoi, alors sa dignité ne consiste pas à être diverti de sa tâche essentielle par les lettres mortes d'un coup de dés ... le jeu est autre ! Les hasards de la mémoire touchent à quelque chose de plus profond. Ce monde qui aboutit à un beau livre est nôtre exclusivement.
Le néant n'a pas toujours raison ...

Deux façons d'aborder la théorie politique :
— En philosophe.
— En ingénieur.
Les deux sont complémentaires selon qu'on aborde la fonction politique des sociétés humaines d'une manière plus générale — holistique dirions-nous — ou plus particulière avec des réglages fins.

L'erreur des économistes est d'imaginer que l'homme est juste une machine à produire et à consommer alors que l'enjeu est tout autre ! Je ne sépare pas quant à moi philosophie politique et philosophie économique comme nous le montre avec éclat Regnault.

Note supplémentaire : On peut d'ailleurs remarquer que dans les nouveaux calculs du P.I.B américain on inclut maintenant les brevets qui sont des flux immatériels mais qui se traduisent bel et bien par des échanges d'argent.


Il faudra que je revienne plus longuement sur la question de la liberté d'expression notamment en rapport avec les diverses susceptibilités religieuses ou non qui peuvent se manifester soit par des groupes humains soit par des individus qui se sentiraient attaqués dans leur chair même par des opinions tranchées voire paroxystiques comme celle que manifestent certains à l'égard des juifs ou de toute autre groupement humain qui se rassemble sous le signe d'une foi partagée.

Imaginons que je proteste en justice contre la reparution du dictionnaire médico-légal d'Ambroise Tardieu, le célèbre médecin légiste du XIXème siècle qui le premier a classifié les pathologies sexuelles des pervers en y incluant celles des homosexuels comme formant un groupe pratiquement confondu avec tous les détraqués les plus notoires : pédophiles, violeurs, tueurs d'enfants etc. En-dehors de l'inefficacité d'une interdiction française de republier cet ouvrage à l'heure d'internet, il y a lieu de considérer qu'il s'agit d'un document historique précieux car il donne à un instant t le moment de la civilisation ; c'est à la fois un compendium des erreurs et des connaissances de l'époque, un témoignage des errements de l'art médical et un manifeste des limites de la méthode employée par ceux qui se veulent des hommes de science. Pourquoi se priver d'un tel monument de l'esprit ?
Quant à juger avec la morale de 2013 un ouvrage paru en 1850 et quelques c'est un anachronisme pour le moins indécent autant que ce livre puisse nous paraître scandaleux à nos yeux de pédéraste du XXIème siècle !

Depuis les années soixante-dix on a laissé les juifs devenir un pouvoir communautaire avec ce que cela implique de déstructuration de la république ; on se souvient du mot fameux du révolutionnaire Clermont-Tonnerre : « Il faut tout refuser aux juifs en tant que nation, et tout leur accorder en tant qu’individus. » En oubliant cette règle principiale de notre communauté nationale on ouvre la voie aux diverses revendications exclusives et religieuses.

Si l'on rajoute par dessus cela la crise de l'autorité morale, l'élévation du niveau culturel moyen (en 1958 moins de 10% de la population avait le baccalauréat), on aura quelques-uns des ingrédients qui concourent à diminuer la vertu de nos institutions républicaines. On n'a jamais autant invoqué la république depuis que notre constitution est battue en brèche chaque jour par tout individu muni d'une parcelle de pouvoir et d'opinion éclairée ... plus ou moins !

Il y a donc nécessité absolue de repenser nos institutions et de réécrire les textes fondateurs — mal fichus il faut bien l'admettre et pensés par des juristes qui ne savent écrire qu'en français de cuisine.

Dans l'ordre des symboles le pouvoir appartient à celui qui en est digne et pas à ceux qui le prennent de vive force en spéculant sur l'ignorance des autres et la vacuité des volontés ; une communauté n'est pas une personne et la république ne reconnaît que des citoyens libres et égaux en droit.

L'esprit de la république doit se maintenir vivant et il est plus important que la lettre ou le numéro d'ordre d'une constitution ...


Grand soir fiscal et peuple élu.

Devant l'impasse de nos institutions, le gouvernement convoque les partenaires sociaux pour une mise à plat des prélèvements obligatoires ; l'impôt du sang étant dépassé depuis longtemps comme on le sait ...
Qui sont-ils ces partenaires obligés de l'Etat ? Les cinq syndicats représentatifs, le patronat et les partis politiques accrédités dans les médias : autant dire les corrupteurs et les corrompus.
Mais chacun sait au terme de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen que seul le peuple est habilité à voter l'impôt ; c'est donc vers lui qu'il faut se tourner quand une réforme d'importance est en vue. L'union sacrée doit se faire devant l'impôt au nom et par le pouvoir conféré par l'ensemble des citoyens jouissant de ses droits civiques et par personne d'autre ; ni une commission, ni un parlement étranger n'ont ce pouvoir, ni encore moins une banque extra-territoriale.
Il semblerait que le président élu au suffrage universel par tous les républicains n'ait pas encore compris le sens du message de son élection ; il aborde les difficultés de biais au lieu de les aborder franchement. Il faut faire front tout droit devant car qui veut faire l'angle fait l'obtus ...


La drôle de république.
La république française est entrée en guerre avec elle-même en se retranchant derrière une imaginaire ligne Maginot des avantages acquis par tout un chacun ; chaque Français est devenu un fonctionnaire et garde fermement la position pendant que les troupes ennemies contournent le dispositif.
On peut penser qu'une blitzkrieg des marchés financiers mette à terre le beau plan du général en chef Hollande retranché dans son G.Q.G ... à moins que ses troupes ne retournent leurs armes contre leur chef suprême avant le désastre.

Factionnaire passez le mot ...


La république est morte ; vive la république !
Le corps immortel de la France veille sur l'esprit des institutions qui ne demandent qu'à renaître entre les mains de ceux qui sauront se saisir du trésor de nos aïeux : nos armes, nos arts et nos lois.


La contre-culture.
Quand la contre-culture devient la norme, toute contestation devient une grimace !

Une culture dominante doit se décliner dans tous ses rapports avec la société et ne laisser aucun interstice à l'esprit qui dissout tout ; si l'intelligence veut se manifester au plein jour il faudra qu'elle fasse des prodiges pour y parvenir.


Je n'avais aucune prévention sur François Hollande ; je savais qu'il avait été vaguement premier secrétaire du parti socialiste et qu'il était allé s'enterrer en Corrèze, un endroit où il ne se passe jamais rien. Mais enfin il aurait pu se révéler comme président, la fonction crée l'homme parfois !
Mon père disait que les Français étaient des chiens de berger qui faisaient cercle autour de leur président afin de le protéger ; je ne crois pas d'ailleurs qu'ils demandent en masse sa démission mais enfin ils sont dépités : ils auraient voulu qu'il leur fasse honneur !
Je dois préciser pour ceux qui me lisent que je lui ai loyalement tendu la main et que je l'avais même invité le 17 juillet dernier à ma conférence, il n'avait que quelques mètres à faire rue du Faubourg Saint-Honoré pour m'y rejoindre, il faut croire que cela fut de trop ! N'étant pas sentimental à l'excès je m'en suis vite consolé ...


Coup de froid social.
Pas de trace de réchauffement climatérique des relations humaines ... la climatérique c'est l'art des poussées critiques d'une société qui se cherche.
Pour le moment le monde politique est devenu le monde introuvable ; devant des faits inédits il est frappé de stupeur : le grand paradigme d'après-guerre est figé dans le gel et devenu inopérant.

Des esprits neufs nous en cherchons : l'esprit moderne fait sa ménopause.


Heureux comme Dieu en France ... disait-on en Yiddish.
On devrait dire aujourd'hui : Heureux comme un Allemand en France qui grâce à l'Euro suce la moelle des Français !

L'Europe grâce à l'Euro prouve le mouvement impossible tel que Zénon d'Elée le démontrait grâce au paradoxe de la flèche qui vibre dans l'air mais n'avance jamais !


J'ai bien conscience que nos institutions sont caduques ; ce n'est pas seulement parce que nos us et coutumes ont beaucoup changé depuis deux siècles mais aussi parce que notre vision du monde est beaucoup plus élaborée, riche et contradictoire.

Si je devais réécrire l'héritage révolutionnaire et napoléonien je le ferais d'une manière beaucoup plus abstraite afin d'acquérir le degré de généralité nécessaire à de nouveaux temps.
Il est bon de reprendre les définitions et de les étendre jusqu'aux bornes de la logique. Nous savons à l'avance que notre système ne sera jamais clos et nous devons donc éviter les pièges des totalitarismes mais nous avons quelques idées pour les extensions futures de nos sociétés et donc les manières d'adjoindre les axiomes supplémentaires qui se révèleront justes et nécessaires.

Pour le moment je suis à peu près seul à entrevoir ce qu'il faut faire mais si l'horizon temporel m'en est laissé j'espère donner assez de clarté à mes idées pour pouvoir les transmettre à un plus large public et influencer ainsi dans un sens positif les temps futurs qui sont en germe dans notre pensée contemporaine.


Petit exemple : ce que nous appelons hérédité c'est ce que nos anciens appelaient race en mêlant d'une manière indistincte caractéristiques génétiques et culturelles ; depuis l'après-guerre nos connaissances de la génétique ont révolutionné la science, à la fois sur un plan théorique et un plan pratique, et curieusement le discours politique s'est ingénié à nier cette réalité dans une construction de plus en plus baroque et hors-sol du droit !
La situation devient tellement intenable qu'on en vient à enseigner comme un credo magique les théories du genre dans nos institutions scolaires ... c'est un mantra !

La reproduction culturelle devient honnie et presque une honte en soi pour l'institution éducative alors qu'elle en était le fondement même jusqu'à il y a peu : autant dire qu'on remplace les méthodes éprouvées par des moulins à prières accrédités par de hautes instances pédagogiques !


La dictature des médias c'est le narcissisme absolu érigé en lieu et place de la monarchie absolue ! Je pense qu'il faut dresser les contre-pouvoirs de l'intelligence contre ce rêve fou du miroir ...

Intelligence distribuée oui ! Mais intelligence relativisée aussi certes, mon projet ne consiste pas à diviniser l'esprit comme les Lumières ont eu tendance à le faire ! Corps, esprit, monde ... le tout est mon univers. La formule en grec pourrait être : psyché, soma, germen.

Les révolutionnaires de 1789 se rêvaient en républicains romains qui périssent pour la patrie en de beaux autodafés ; les évolutionnaires de 1968 défilaient sur la Croisette pour y faire leur cinéma et rajouter des grimaces à la réalité bourgeoise.

Chaque époque se rêve autre qu'elle n'est : c'est le secret de l'évolution humaine et de l'histoire des sociétés.


L'homme de théâtre représente toujours le dictateur en mal de conscience, espèce de Macbeth que ses crimes rongent soit parce qu'il n'a pas su les pousser assez loin soit parce que des sorcières viennent contrecarrer sa belle image de roi tout-puissant.
Le peuple est le plus souvent le très bon dictateur de lui-même qui s'impose des charges de plus en plus lourdes jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus et d'un secouement d'épaule ne fasse verser tout le fardeau dans le fossé public ; on l'appellera un homme de charge révolutionnaire (dans les temps anciens celui qui fait les basses oeuvres et qu'on nomme par antinomie l'homme des hautes oeuvres, c'est à dire l'exécuteur public).


Encore des paradigmes ...
Un paradigme politique est en vigueur jusqu'à ce que son crédit public soit épuisé par les luttes intestines qu'il provoque. Quand une contradiction se fait jour et que le paradigme est incapable de l'expliquer, à fortiori de la résoudre, il a épuisé sa vertu.
Un paradigme politique admet des injonctions politiques contradictoires tant qu'elles ne se transforment pas en un paradoxe qu'on échoue à transformer en force agissante.

Il est temps de rendre la France aux Français : paradigme toujours valable quoi qu'on en ait dit !


La vie est une torture que l'on adoucit avec des sucreries politiques ...


La colonisation de l'imaginaire blanc par les nègres ! Yves Coppens avouant ingénument qu'enfant il aurait voulu être tirailleur sénégalais ...


Wiener Blut ... sang viennois ! Est-ce que ce n'est pas un peu connoté ? Se faire un sang d'encre passe encore mais ne serait-ce pas un peu subreptice ?


Société hyper-libérale moralisée ... il faut s'empresser de rire de la comédie humaine, à cent actes renouvelés, de peur d'être obligé d'en pleurer !


La prostitution pénalisée.
En somme des comédiens de haute volée — les politiques — reprochent à d'autres comédiens — les péripatéticiens et péripatéticiennes — de trop bien faire semblant d'aimer les autres !
Enfin à leur différence ils ne s'organisent pas en bande pour faire chanter les populations à coups de slogans partisans !
Ils ont la vertu des fiers petits artisans qui aiment le travail bien fait ... plutôt que le travail vite fait (du moins pour certains d'entre eux).

J'ai toujours pensé qu'en toutes choses — même en amour — il valait mieux s'adresser à des professionnels qu'à des amateurs qui gâchent le métier.


Je travaille beaucoup pour éviter de tomber dans la mélancolie — je préfère de loin ce terme plus riche et plus connoté littérairement et artistiquement à celui de dépression ... qui est un mot de météorologie — ceci dit on pourrait parler de mon humeur ... qui n'a rien à voir avec le temps qu'il fait ! En règle générale je n'aime pas scruter les micro-variations de mes dispositions psychiques ; l'auto-fiction n'est pas mon rêve littéraire.

Je préfère le songe qui porte loin les regards, la grande rumeur de l'esprit qui plane sur le monde tel qu'il est et tel qu'on le fait.
Ex abrupto ... le monde des hommes !

La décadence littéraire fin de siècle illustrée merveilleusement par Verlaine n'était pas un commode refuge pour les impuissances artistiques ; c'était un second paradis plus léger et plus subtil que l'autre, celui de la commune engeance qui nous gouverne ici-bas. Un monde plutonien et saturnien plus tôt déjoué par les verts paradis du rêve ...


Il y aurait beaucoup à dire sur la paresse, la paresse qui rend intelligent.
Baudelaire se plaignait beaucoup de sa procrastination qui l'empêchait de travailler ; or cet homme mort à 46 ans après un an cauchemardesque où il fut enfermé avec lui-même dans un corps rendu muet a laissé une oeuvre immortelle qui occupe un volume bien plus conséquent qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Ce n'est pas la quantité de données — on dirait des bits dans un langage contemporain — qui fait la valeur et la portée d'une oeuvre maîtresse.
L'exigence de l'intelligence c'est de trouver des raccourcis, c'est d'économiser le temps ou au contraire de trouver un moyen pour une élongation à l'infini de ce bien si précieux. Un artiste que fait-il ? Il travaille la matière-espace-temps sous les formes qui lui conviennent afin de donner un supplément d'âme aux autres hommes, il leur prête de l'esprit. Il rend actif les émotifs et paresseux les brutes portées à l'action immédiate ; il met du sel dans l'action civilisatrice. Il se fait craindre de la bourgeoisie qui abhorre qu'on la dérange dans son confort. Mais si Des Esseintes est une sorte de bourgeois qui veut s'évader alors seul l'Art qui résiste à la contemporéanité de l'oubli lui donne cette matière dure comme les pierre précieuses qu'il envie dans son intérieur parisien où il s'isole.

Henri Poincaré à la même époque parlait des méthodes qui économisent l'esprit ! En vue de quelque fin profonde ... sans doute aurait rajouté Mallarmé.


Leçons de cannibalisme libéral.
Il paraît qu'il existe une nation arc-en-ciel en Afrique où les riches de toutes couleurs se réunissent pour manger les pauvres incolores.


Le plus Français des chanteurs ? Boby Lapointe ; je n'ai jamais trop aimé Georges Brassens, ce roublard, quant à Brel il est Belge donc hors concours. Le plus remarquable chez Boby Lapointe c'est son ironie, cette qualité si française avec l'air de n'y pas toucher, cette pudeur caractéristique d'un vieux peuple. Enfin il n'est jamais de mauvais goût contrairement à un Léo Ferré ; il a un tact exquis et un humour toujours de bonne composition.

Le sourire français c'est ce qui manquera le plus au monde ...


La Chauve-souris de Johann Strauss ; on cherche un bonheur qui se dérobe, donc on valse ! Glissade de l'âme sur le corps ...

Une hésitation qui tient beaucoup aux sports d'hiver où la glisse est tout l'art de se rattraper avant la chute !
Joie des muscles à se sentir vifs et agissants et réchauffants. Etre ou ne pas être : c'est une valse à deux entre la vie et la mort.

Comme vous le savez c'est Gatien Marcailhou le véritable créateur de cette valse à trois temps, c'est un Ariégeois qui descend de ses montagnes pour apprendre aux citadins l'art de la glisse sur les parquets cirés.


Comme c'est moi qui ait rédigé en entier l'article de wikipedia consacré à Marcailhou, je rajoute ici quelques notes tirées deci delà :

Gatien Marcailhou.

Gatien Marcailhou est né à Ax, le 18 décembre 1807. Dès son enfance, il reçut des leçons de musique d'un réfugié espagnol et montra une grande aptitude pour le piano. Tout jeune encore, il improvisait des airs à mélodie simple.

Envoyé à dix-huit ans au collège de Toulouse pour y terminer sa rhétorique et sa philosophie, il commença aussi dans cette ville ses études en médecine.
Il alla les achever à Montpellier où il fut reçu docteur. Il débuta dans la carrière médicale à Léguevin (Haute-Garonne), mais il quitta bientôt sa profession et se rendit à Paris, où il suivit les leçons du célèbre Thalberg.

Marcailhou ne tarda pas à se lancer dans le monde musical de la capitale, et son début fut un coup de maître. Sa première production, la célèbre valse Indiana, se tira à plus de 60,000 exemplaires, et elle fut bientôt suivie d'une grande quantité d'autres pièces musicales : les Mignonettes, le Bouton de rose, le Torrent, etc., qui firent le tour du monde, en sorte que notre compositeur arriva à une popularité qu'il garda désormais sa vie entière.

Outre un très grand nombre de valses, Marcailhou est aussi l'auteur d'un traité de composition, intitulé : L'art de composer et d'exécuter la musique de danse, ainsi que de l'Ecole moderne du pianiste, traité théorique pour servir d'introduction aux compositions de Thalberg et de son école.

« Marcailhou, dit l'abbé Duclos, élégant, digne et poétique de sa personne, fut recherché toute sa vie à Paris et dans la province. Ses relations étaient des plus belles ; il fut le commensal de Léon Foucault, le savant physicien. Il recevait, en 1846, de la duchesse de Montpensier des témoignages flatteurs adressés à son talent ; et, de son côté, l'impératrice Eugénie lui en fit transmettre d'aussi vifs en 1853. »

Marcailhou s'éteignit à Paris en 1855, et sa dépouille mortelle repose au cimetière Montparnasse.
Ce dénouement eut lieu pour lui avant la vieillesse, à l'époque de sa maturité, alors que son talent, allait, selon toute probabilité, opérer un mouvement ascendant.

Nous aimerions avoir le buste de Marcailhou, entouré des attributs du compositeur, se dresser sur un piédestal dans l'une des rues de notre cité thermale.

Les Marcailhou sont originaires de Lordat et d'Urs comme les Fauré de Pamiers ; il fut le professeur du jeune Gabriel fils du directeur de l'école normale de Foix ; ces deux musiciens sont liés à ma famille de Foix par une commune intimité de style, d'accent, de caractère et d'origine.

Le Gil Blas du vendredi 22 janvier 1886 donne un amusant entrefilet, ravageur si l'on considère qu'il s'applique aussi bien à notre époque qu'à la sienne — à moins que ce ne soit nous les bons apôtres obligés de nous émerveiller que les sauvages nous considèrent avec bienveillance et ne nous écharpent pas à quelque coin de rue parce que trop blancs !

LE MÉLOMANE MALGRÉ LUI

ou

LA MUSIQUE PAR SUGGESTION

Oui, mesdames et messieurs, vous assisterez à ce phénomène étrange, inexplicable, d'un sauvage qui, il y a six mois encore, vivait dans les forêts vierges avec les anthropophages, ses frères, et qui, dompté par la force de la volonté, en arrive, sous l'influence magnétique, à exécuter inconsciemment, que dis-je ? malgré lui, les fantaisies musicales les plus transcendantes sur tel ou tel motif qu'il plaît au public d'ordonner !

Le pseudo-Zoulou, vous le devinez bien, est un pianiste des Batignolles ou du Malounat.

Musicien non sans valeur, ma foi ! et qui, près de crever de faim, a compris que le talent est inutile sans le charlatanisme.

C'est lui que vous voyez, le visage tatoué, des plumes sur la tête, un anneau dans le nez. Sous les passes fluidiques de son compère, il se tortille comme un possédé, et quand tout à l'heure, cloué à son tabouret par un jet, formidable et vainqueur, il vous jouera comme d'inspiration et par force du Beethoven ou de l'Offenbach, du Chopin ou du Marcailhou, la salle trépignera d'enthousiasme, et, parmi les gobeurs de surnaturel, il se trouvera bien quelque fanatique pour affirmer qu'il a vu l'Esprit des illustres morts.

Bête, après tout, qui n'est pas au niveau des situations. Ce sont les nigauds qui font les farceurs.

Flic-Flac.

Renversement de perspective ... les bons sauvages c'est nous à qui on pardonne à peine la trop blanche couleur de peau et qu'on exhibe dans des foires internationales en nous moralisant d'importance ! On n'arrêtera pas le progrès pour si peu ...
Nous sommes tous des gogos parisiens !

Le besoin de se divertir et de s'émerveiller est tel que les hommes sont prêts à accepter n'importe quelle folie qui les sorte de leur ordinaire. Ordinairement bourgeois nous sommes donc prévenus d'être les plus crédules des hommes avec des airs d'affranchis qui ne s'en laissent pas conter mais qui succombent à la moindre ritournelle, à la plus petite faribole, au spectacle d'une lanterne magique ou d'un guignol de ville.
Avis à la population ! Vous êtes sommé de croire tout ce que l'on vous dit sous peine de périr d'ennui maladie pire que la consomption ...


Je n'aime pas les informaticiens : ils sont trop propres sur eux ! Ils ont un peu tendance à se considérer comme des parfaits et les autres comme des hérétiques et des impurs.
Je me sens déjà l'âme d'un baron du nord qui part en croisade contre ces Cathares de l'esprit.


La Liberté.com : on dirait qu'ils font commerce de cet air-là, de cet impondérable qui s'aspire à pleins poumons, de ce plus léger que l'air même ...

Saint-Exupéry, l'aviateur : ce salaud qui n'a pas les pieds sur terre ! Ces écrivains sont tous les mêmes, d'abominables rêveurs qui les mains dans le cambouis se veulent encore plus purs que les sublimes nuages !
Mais quoi ? Qu'il le veuille ou non l'auteur est un égout qui transporte avec lui tous les remugles de la langue ; la page était un désert, il en fait un immondice, il la salit avec tous ces mots impurs, il tache d'encre ou de pixels ce blanc du virtuel. Parlez-moi de ces farceurs qui veulent laver le ciel ... des rinçures comme disait le poète Rimbaud d'Abyssinie.


La liberté d'expression ? C'est la liberté de déplaire à tout un chacun. C'est d'affronter les préjugés de manière sardonique, paradoxale et intimement convaincue ou au contraire de façon tout à fait convenue pour désarçonner les conservateurs.
Toutes les armes sont bonnes pour choquer les consciences et faire jaillir un éclair de raison au milieu de ce fatras d'obscurantismes qui nous laisse plus impuissant que jamais ; la flamme de l'esprit jamais ne s'éteindra tant que ce verbe tant décrié fera sauter l'éclat du monde, ce diamant de lumière concentrée.

Emerveillez-vous de disposer de tout cet arsenal : la liberté des mots. Chaque syllabe est une flèche qui file vers sa cible si l'archer est digne du geste qui l'accompagne.

Combattre pour l'intelligence c'est ruser avec le verbe, plier les consciences rétives, puiser dans les mémoires et renouveler les sensations dispersées par trop de fatigues qui émoussent le jugement.

A la fin du monde le verbe se sera fait chair.


Je ne suis pas hétérophobe mais j'aurais quelques raisons de l'être !
Voici un petit texte concernant l'affaire Pierre Driout.


Dans l'Empire français établi par la IIIème République — légère contradiction dans les termes il faut bien l'admettre — il y avait plusieurs catégories de citoyens et même des tribunaux musulmans instaurés par la loi pour juger les indigènes selon leur culture propre.
Le sentiment particulier que je développe en parcourant les extraits des pensums que le gouvernement a commandés à des experts de la chose, c'est qu'on essaye de rétablir un Empire français à l'intérieur même du territoire hexagonal métropolitain !
Que d'oxymores il faudra soutenir alors et comme la simple logique devra être tordue pour diviser les droits des citoyens qui naissaient libres et égaux aux termes de la déclaration de 1789 !


Je suis sensible à beaucoup de formes de beauté mais plus qu'une autre encore à la beauté morale ; je ne vais donc pas me lancer dans une chasse aux homophobes ne serait-ce que parce que cette quête serait insensée, mais j'espère bien modifier considérablement le regard que certains conservent envers et contre tout sur un monde autre des attirances sexuelles, homophobes sans le savoir mais les plus résolus peut-être et les plus répandus.


Expressions qui ne battent plus monnaie et n'ont donc plus cours dans le peuple français et encore moins dans une quelconque élite auto-proclamée :
— Etre sourcilleux.
— Avoir la probité chevillée au corps.

Tout ce qui est du registre moral lié à une certaine attitude physique de respect et de distanciation semble désuet à l'ère du tutoiement généralisé ...

Plus l'on va vite, plus l'on va court : la nullité des formes appelle la nullité des actes et des mots.


De l'impossibilité de faire de la littérature.
Dans trois mille ans La recherche du temps perdu sera plus morte que les tablettes de Sumer ; plus une littérature se veut savamment exquise plus elle meurt tôt de vieillesse. C'est la prière aux agonisants de l'époque ... les histoires robustes et simples seront mieux à même de rappeler un vague écho de notre temps quand les délices cadencés de l'alexandrin racinien seront lettres mortes pour les courtisans des lettres modernes.

Qu'est-ce que je perçois des délires de mes ancêtres ? J'ai mis une douzaine d'années à reconstituer la pensée d'un seul homme et j'ai dû en faire autre chose afin qu'elle soit acceptable ! Il y avait du génie chez celui qui me prêtait ses idées pour en tirer une esquisse des temps futurs ... encore heureux ! Je ne m'en serais pas sorti à moins.


Décès de ma grand'tante Christiane Laudet née Regnault, dernière survivante des six filles de Jean Regnault et Madeleine Pomiès et de sa génération ; elle se trouvait dernièrement dans une maison de retraite à Louveciennes dans les Yvelines à côté de chez moi quand un avc a mis fin à une vie longue et bien remplie.

Annonce parue dans Le Figaro du 24 décembre 2013 :

M. et Mme François-Noël Laudet,
Le capitaine de vaisseau et Mme Jacques Laudet,
Le contre-amiral et Mme Hervé Caron,
Le lieutenant-colonel et Mme Patrick Laudet,
M. et Mme Bruno Mantel,
Isabelle Laudet,
M. et Mme Guillaume de Bodard,
ses enfants,

ses 18 petits-enfants et ses 28 arrière-petits-enfants,

vous font part du rappel à Dieu de

Mme Maurice Laudet
née Christiane Regnault,

Le 22 décembre 2013,
dans sa 97ème année.

Ils rappellent à votre souvenir son époux, le docteur Maurice Laudet, médecin en chef de la marine.

La cérémonie religieuse sera célébrée le jeudi 26 décembre, à 15h en l'église Notre-Dame de Mesquer (Loire-Atlantique).

Une messe sera célébrée à Paris ultérieurement.

L'enterrement ayant lieu à Mesquer en Loire-Atlantique jeudi 26, je ne pourrai m'y rendre mais j'aurai une pensée pour ma tante Christiane toujours de bonne humeur et de plaisante compagnie.


En 1949 la justice française réhabilita Les Fleurs du mal et notamment les poèmes lesbiens du recueil de Charles Baudelaire qui depuis longtemps se trouvait dans le commerce librement accessible à tous sans aucune restriction.
Vous savez que récemment un juge isolé s'est permis de caviarder pas moins de cinq ouvrages parus il y a environ un siècle dont un au moins appartient pleinement au domaine littéraire Le Salut par les juifs de Léon Bloy. Il ne s'agissait plus là d'atteintes aux bonnes moeurs mais d'atteintes aux bons droits des religions et des sensibilités de groupes de pression d'origine cultuelle.
Il y a déplacement des tabous ... mais persistance de la censure (censure d'autant plus idiote qu'à l'heure du net n'importe qui peut se procurer des ouvrages tombés dans le domaine public depuis belle lurette).

S'il s'agit d'affirmer un ordre social alors on pourra tout aussi bien censurer les affirmations de toutes les religions qui sont pleines de mauvaise foi et de jugements pré-formés sur la nature humaine dont l'essence essentielle — celle qui nous distingue des animaux justement — est la liberté de penser et de sentir.

Il ne s'agit pas d'empêcher les hommes de croire car qui peut se prévaloir d'être un sceptique universel ? mais il ne s'agit pas non plus d'empêcher les hommes de savoir.

La recherche du savoir ce n'est pas le cynisme à la portée de toutes les âmes ... sauf pour les esprits étroits !


On peut imaginer que si Emma Bovary avait été lesbienne et avait fait des galipettes avec Rodolphine et non pas avec le beau Rodolphe, les foudres du Second empire et du procureur Pinard seraient tombés sur Gustave Flaubert qui a échappé à l'outrage aux bonnes moeurs grâce à l'orthodoxie sexuelle de son héroïne mythomane et sacrificielle.

Phèdre incestueuse passe encore mais Phèdre léchant les chattes de ses suivantes, l'ordre bourgeois ne l'aurait pas supporté !
« Peu s'en fallait que nos hellénistes ne méritassent les foudres du Saint-Siège » disait Charles-Augustin Sainte-Beuve dans son Port-Royal.
Les grecs avaient moins de pudeurs que nos hellénistes modernes ; si Bernanos avait été hélène, il aurait fait de ses carmélites des gouines assoiffées de plaisirs solitaires ou des tribades endiablées avant de les livrer à la guillotine purificatrice ...

Il y a des individus qui manquent d'imagination parce qu'ils sont désespérants de normalité ; je ne crois pas que la normalisation soit l'avenir de la race humaine ... les secousses de l'âme humaine sont souvent des émanations de la dive inspiration.


On a souligné — d'autres que moi — qu'il y avait une différence notable entre les poètes français qui ont fait du grec et ceux qui se sont contentés des quelques bribes de latin du catéchisme.
Parmi les écrivains qui ont fait leurs humanités classiques on peut noter Jean Racine, Chénier, Charles Baudelaire, Sainte-Beuve et d'autres encore ; alors que Léon Bloy et Georges Bernanos ont un bagage littéraire beaucoup plus succinct qui se résume à la vulgate de leur temps, ceci remarqué sans médire de leurs qualités de lyriques mais en désignant malgré tout une certaine étroitesse de vue liée à la limitation du champ temporel et culturel de leur horizon de civilisation.

Quand je dis poète il ne s'agit pas forcément de poètes en alexandrins ... forme un peu réductrice !


Tout ceci me fait penser à mon arrière-grand-mère maternelle qui disait à sa propre fille qui houspillait ses quatre filles pour les inciter à travailler à l'école primaire de leur commune : Laisse-les donc tranquille ! Elles en sauront toujours bien assez long ...
Sagesse paysanne, chaleur d'une culture populaire tout à fait sympathique d'une brave meunière qui répétait les paroles ancestrales de la France profonde. Mais évidemment si c'est là ramener l'identité nationale à une ignorance de bon aloi et à savourer les doux fruits de l'innocence dans une campagne qui ressemble à un pays de cocagne, cela ne saurait constituer un horizon politique pour la France tout entière !
Je me méfie un peu de ces dictons campagnards et de cette magie de l'obscurantisme ! Propice à faire naître les légendes et les croyances sur laquelle on bâtit une imagerie d'Epinal et des religions de pacotille.
Ma bisaïeule était une bonne âme qui a élevé ses quatre petites-filles avec tout son amour de mère'grand un peu à la manière des Contes de ma mère l'oye dans cette France de 1900 et des années d'après où Lisette était le magazine féminin par excellence que ma mère pratiquait les soirs à la veillée.

La France des campagnes ne bougeait que lentement, très lentement, laissant à chacun le temps de savourer les joies, les rires et les danses. Ce qu'on a appelé plus tard le folklore parce qu'on était devenu savant. Il suffit de lire Restif de La Bretonne pour retrouver le tableau idyllique du peuple de France inchangé pendant des siècles, le chemin de fer ayant à peine écorné les coutumes locales, la Champagne et la Bourgogne du XVIIIème siècle ressemblaient encore comme deux soeurs jumelles à ces provinces du XIXème siècle finissant.

La famille de ma mère est entièrement comprise dans le comté du Maine aussi loin qu'on remonte, à la limite des départements de la Sarthe et de la Mayenne, aux alentours de Sablé (je n'aime pas l'artifice du découpage géographique des départements révolutionnaires qui répondait à une nécessité sommaire : que chaque habitant soit à moins d'une journée de marche du chef-lieu).
On n'est pas loin de l'Anjou et de ses douceurs chantées par le poète ... la rude Bretagne étant un peu plus éloignée des coeurs.


La perversion littéraire.
Evidemment il n'y a que dans la grande ville perverse comme la chante Charles Trenet que peut naître une littérature ; l'écrivain des campagnes n'existe pas ; tout au plus des conteurs naïfs et enjoliveurs.
Au XIXème on s'est entêté à recréer des recueils de fabliaux, de comptines, de mots du terroir qui font couleur locale et George Sand s'est muée en bonne fée de Nohant ! Ce qu'elle n'était certainement pas dans la première partie de sa carrière ...
La Bruyère est un parisien qui décrit des bêtes peuplant les campagnes de France qu'il ignore résolument au milieu des grands qu'il vilipende parce qu'il en est le pique-assiette ; Madame de Sévigné va voir ses gens et fait mine de s'attendrir à leurs malheurs de Bretons ou de s'extasier à leurs dons pour la musique et la danse du fond de sa Bourgogne. Mais il n'y a toujours pas de littérature des champs ... le rat des villes La Fontaine, maître des eaux et des forêts hypothétiques, du fond d'une taverne enfumée écrit le songe enchanté des campagnes de France pour amuser les commensaux de Fouquet et l'élucubration d'un voyage en Limousin comme on irait chez les sauvages rapporter des trophées !

Voltaire le cosmopolite littérateur sort de Paris que n'a pas voulu quitter Boileau ; il va précher la bonne parole c'est à dire l'ironie parisienne aux sauvages Suisses et Berlinois en passant par la Lorraine et l'Angleterre.
Candide n'est pas son fort. Il est rusé comme un prévôt des marchands ... il faut faire fortune ou périr ! Après tout les parisiens sont embarqués dans une nef qui tangue mais ne sombre jamais.

Les ennuis commencent quand on s'entête à vouloir faire de la littérature morale et à l'imposer au nom de la rationalité politique ! C'est Jean-Jacques venant prophétiser au milieu de la ville des vices et finissant par aboutir à Robespierre trônant au milieu d'un carnage de têtes coupées.
La littérature n'est pas morale, elle est amusante ... et quand elle cesse d'être amusante, elle n'est plus du tout morale.


La quatrième branche des Regnault est celle des Champagne de Labriolle, voici extrait de La Croix du mardi 14 janvier 1941 l'hommage à Pierre de Labriolle (°1874-1940), père de Bernard de Labriolle (°1901-1991) époux de Geneviève Regnault (°1911-1999) :

Mort

de Pierre de LABRIOLLE

Nous apprenons avec peine la mort survenue à Nantes, le 29 décembre dernier, de M. Pierre de Labriolle. membre de l'Institut, professeur à la Sorbonne.
Premier latiniste de France, M. P. de Labriolle était universellement connu dans le clergé français par ses travaux sur la littérature latine chrétienne et sur saint Augustin.

Reçu agrégé de lettres à 21 ans — il était alors le plus jeune agrégé de France — il partit au Canada et fonda à Montréal une chaire de littérature française. Il fut successivement professeur à la Faculté de Rennes, à l'Université suisse de Fribourg, à la Faculté de Poitiers, et finalement, depuis ces dix dernières années, à la Sorbonne.

Il a écrit plusieurs ouvrages, parmi lesquels : Histoire de la littérature latine chrétienne ; La crise du Montanisme ; La réaction païenne (cet ouvrage lui a ouvert les portes de l'Institut).
Il a publié de nombreuses traductions de saint Augustin, de Tertullien, de saint Ambroise et quelques articles dans la Vie spirituelle.

Récemment encore, il a participé très activement à la rédaction de la grande Histoire de l'Eglise, actuellement en cours d'édition chez Bloud et Gay.

Pierre Champagne de Labriolle eut six enfants de deux lits, du premier l'aîné Bernard professeur agrégé de philosophie, le deuxième Roger (°1903-1988) ingénieur de l'école centrale et prêtre, Geneviève (°1908-1994) mariée à l'ingénieur Léger Issenmann, du second lit Jacques (°1923-1955) et Philippe (°1924-1948), saint-cyrien, lieutenant de cavalerie mort à l'école de Saumur et François (°1926 Poitiers) qui fut président de l'école des langues orientales à Paris (langues o' comme on dit).

Le Temps du samedi 24/7/1915 :

NÉCROLOGIE

Nous apprenons la mort de M. Roger Champagne de Labriolle, ancien élève de l'Ecole polytechnique, capitaine au ... (censuré) d'artillerie, directeur du Comptoir d'exportation des produits métallurgiques, tombé au champ d'honneur le 11 juillet à la tranchée de Calonne.

Il ne sera pas envoyé de lettres de faire-part.

Roger Pierre Marie Bernard Champagne de Labriolle (°1872-1915), X 1893, capitaine au 29ème régiment d'artillerie, frère aîné de Pierre de Labriolle. Il avait épousé en 1900 la fille de Paul Louis Chrétien Lalanne (°2/1/1842 Paris), ingénieur civil des mines, industriel, petite-fille de Léon Chrétien-Lalanne (°1811-1892), directeur de l'école des P&C et sénateur.

Le Temps du mardi 17/5/1932 :

COURRIER LITTÉRAlRE

Une traduction de Juvénal

L'autre jour, à Nîmes, pendant que les savants docteurs réunis autour de la Maison Carrée par l'Association Guillaume Budé justifiaient leur fidélité à l'humanisme, nous avons formé le projet de rouvrir quelque jour nos auteurs latins, traduction aidant. L'occasion, heureusement, n'en manque pas. Tandis que les éditions Budé continuent, sous le double signe de la chouette et de la louve, à mettre au jour, dans le plus pur état critique, les œuvres fameuses d'Athènes et de Rome, la librairie Garnier renouvelle aussi la présentation de ses classiques, juxtaposant page à page textes originaux et traductions, celles-ci d'un tour moderne et vivant, jusqu'à rendre immédiatement accessible la pensée de ces vieux auteurs sur lesquels nous avons peiné au collège. La critique a-t-elle suffisamment rendu hommage à l'effort tenté dans ce sens ? On voudrait le croire, sans en être sûr... Mais pour examiner à fond les mérites divers de ces utiles rajeunissements, outre qu'il y faudrait apporter une compétence qui nous manque, un long article de revue n'y suffirait pas.
On se contentera donc ici de noter quelques réflexions que nous a inspirées l'un de ces volumes, pris au hasard dans la bibliothèque déjà importante de la remarquable collection Guillaume Budé, quitte à lui revenir au cours de l'été, si les vacances de l'actualité nous font ce loisir et si le lecteur y consent.

Le hasard nous a fait ouvrir Juvénal, dont MM. François Villeneuve et Pierre de Labriolle viennent justement de donner aux Belles-Lettres une nouvelle édition des Satires, tandis que M. de Labriolle leur consacrait une minutieuse analyse dans la collection Mellottée, les « Chefs-d'œuvre de la littérature expliqués ». L'occasion est excellente de refaire un peu de latin et de passer une soirée avec le magnifique pamphlétaire. A qui demander en effet, mieux qu'à ce terrible témoin, un corpus de renseignements sur la vie intime de Rome ?
On croit la connaître, pour avoir visité ses ruines et respiré son souvenir à travers nos lettres classiques. L'archéologie et l'histoire nous en ont decouvert les fastes. Mais que percevons-nous de ses mœurs, de son humanité, de sa pulsation quotidienne, sous le vernis officiel que revêt, pour l'esprit moderne, l'idée que nous nous faisons de la vie antique ? Au delà de la vue sommaire que nous en prenons à travers Corneille et la peinture de David, avons-nous de beaucoup dépassé la conception d'un Thomas Couture, et de son célèbre tableau de l'Orgie romaine ? Pour apercevoir l'abîme qui sépare une telle imagination à la Quo vadis ? de ce qu'ont pu être les habitudes d'un contemporain de Néron, il n'est que d'ouvrir le Satyricon de Pétrone, ce tissu d'ordures et de précisions incompréhensibles, mais sans aucun doute infiniment plus près de la réalité romaine que les superbes transpositions d'Horace et de Cinna ! Qui peut même sincèrement se flatter d'entendre, un peu plus loin que le mot à mot, la pensée profonde et les dessous religieux de l'âme d'un Virgile ? Nous en pénétrons l'art, et c'est beaucoup déjà ! Mais sa pensée ? Qu'une difficulté se présente, comme dans la IVe églogue, dont M. Carcopino a si nettement défini le mystère, les commentateurs sont aux champs. Virgile a-t-il annoncé le Messie ?
Juvénal, comme Martial, a cela pour lui qu'un satirique est un peu quelque chose comme un photographe. Il peint, pour rire ou s'irriter, les mœurs qui coulent devant lui. Mais pour celui-là, tout célèbre et tout grand qu'il est, que de parties encore de son tableau restent dans l'ombre ! De lui-même, que savons-nous ? Martial, qui fut son ami, l'a nommé trois fois dans ses Epigrammes sans qu'on puisse inférer grand chose de ces citations. Ses plus anciens biographes s'embrouillent et se contredisent, et des documents qu'ils nous ont laissés sur sa vie un seul semble remonter à l'antiquité, les autres datent du moyen âge ou de la Renaissance.
M. René Pichon, dans son Histoire de la littérature latine, n'enregistre que les dates approximatives de sa naissance et de sa mort, signale son exil contesté, et ne donne d'autre indication que son état de déclamateur et de poète. Mais M. Jules Humbert (Histoire illustrée de la littérature latine, Didier, éditeur, 1932) tient que Juvénal eut une existence mouvementée, fut d'abord soldat, puis tribun, duumvir et flamine sous Vespasien. M. de Labriolle accepte la date de naissance autour de l'an 60 de notre ère, et situe celle de la mort environ 140, mais doute de la carrière militaire et administrative du poète, faute de pouvoir utiliser en toute certitude l'inscription trouvée au dix-huitième siècle à Aquinum, perdue depuis, et qui signale un Juvénal officier, duumvir et flamine : rien ne prouve qu'il s'agisse là de notre homme. Pour son exil, mentionné au cinquième siècle par Sidoine Apollinaire, qui en attribue la cause à la colère d'un histrion favori de l'empereur, que Juvénal aurait plaisanté dans un de ses vers, le fait est aussi discutable. Si même Juvénal fut réellement exilé, les uns veulent que ç'ait été en Egypte ; les autres, en Ecosse. Voilà sans doute des précisions !

Reste le texte, seize satires, dont quelques-unes, les dernières, ne seraient pas de lui, à en croire certains éditeurs. Le témoignage, sans conteste, vaut pour Rome ; mais, à y regarder d'un peu près, il faut noter un distinguo, qu'on tient de Juvénal lui-même. Certes, il s'est bravement mis en tête de dénoncer les mœurs abominables de son temps ; mais pas au point, s'il vient à nommer un Tigellin, de s'exposer à se faire brûler vif en croix et à ratisser de son cadavre l'arène ensanglantée d'un cirque : il nous le dit lui-même, il ne s'en prendra qu'aux morts, « à ceux dont la cendre repose le long de la voie Flaminia et de la voie Latine ».

Les Satires ne seront donc que quelque chose comme des Châtiments où Hugo, au lieu de s'en prendre à Napoléon III, aurait seulement par prudence tympanisé en 1852, Louis XVIII ou Charles X. Quand Juvénal tourne en ridicule Domitien, le Néron chauve, et son tremblant conseil de sénateurs assemblés pour savoir comment on fera cuire un turbot géant offert à César, Domitien avait cessé depuis longtemps de régner et de vivre. Pareillement, la page célèbre sur les déportements de Messaline — lassata, necdum satiata — n'implique qu'un courage assez rétrospectif. Messaline est morte en 48, Juvénal n'a commencé d'écrire qu'après 100. Son vitriol est à retardement. Hugo, qui l'admirait et le savait par cœur, nous la baille donc belle, en nous donnant ce sagittaire pour le modèle du vieux républicain courageux, braveur de monstres couronnés. Quand Juvénal les clouait sur son pilori, les monstres n'avaient plus de dents. Ceci n'est pas pour diminuer son mérite, mais on aime à voir les choses comme elles sont, et Juvénal n'en reste pas moins admirable. Cependant, malgré son génie et son indignation inspirée, qui lui dicte de si beaux vers, il faut bien noter à son compte un trait probablement commun à beaucoup d'écrivains latins : ce qu'il entre de scolaire, d'appris à l'école, dans son art. Ce qu'on sait de plus sûr, c'est qu'avant de devenir poète Juvénal a longtemps pratiqué, par goût plus que par nécessité, les écoles de déclamation. La déclamation, la rhétorique : ce qui nous gâte un si grand nombre d'écrivains romains, Cicéron entre autres, et Sénèque, éloquents fourbisseurs de thèmes, devenus exsangues pour nous. Juvénal lui-même n'y a pas manqué. Certaines des dernières satires, où il traite du remords, de la noblesse, de la vanité, de la gloire, des avantages de la frugalité et du bon exemple de la vertu, ne roulent que sur des lieux communs, et malgré d'assez beaux passages ne semblent pas appartenir à la veine habituelle du poète, au point que des critiques ont pu refuser de les lui attribuer. On pense plutôt, avec M. de Labriolle, que le lion devenu vieux retournait à la rhétorique.

Ces réserves faites, ce qui reste suffit et atteste un merveilleux génie, même encore aujourd'hui tout chargé d'une colère grondante et comme au premier jour frémissante, et que la traduction, quand elle ose vraiment traduire, ne trahit pas, quelque difficulté qu'il y ait à faire passer le sublime raccourci latin dans notre français discursif et analytique. Allez mettre en deux mots français, sans en changer le sens ou en affaiblir le cinglement, digitos habet, ou tum femina simplex. « C'est la femelle dans sa vérité », est obligé de paraphraser M. de Labriolle, qui pourtant n'a pas peur des mots... Notons en passant que ce sont parfois des poètes qui ont su, avec le plus de bonheur, couler vive dans un vers français équivalent l'abrupte et dure image du latin juvénalien. Heredia, entre autres : « Le chef borgne monté sur l'éléphant gétule. » Juvénal avait dit mot pour mot : cum gaetula ducem portaret belua luscum. Boileau, Mathurin Régnier, d'Aubigné, en vingt endroits. Hugo surtout (Année terrible) :

Ce qui fit la beauté des Romaines antiques,
C'étaient leurs humbles toits, leurs vertus domestiques,
Leurs doigts que l'âpre laine avait faits noirs et durs,
Leurs courts sommeils, leur calme, Hannibal, près des murs
Et leurs maris debout sur la porte Colline...

... Labor somnique breves, et vellere Tusco
Vexatae duraeque rnanus, ac proximus urbi
Hannibal et stantes Collina turre mariti...

A lire, à relire, à confronter la traduction et l'admirable texte romain (nos pères en étaient nourris), ce qui ressort au premier plan, avec un pouvoir qui n'a rien perdu, c'est l'art prodigieux, la diction de ce Juvénal. Ce ramassé, cette contraction du trait, cette force balistique du mot, éclatant encore après deux mille ans, de toute leur vigueur initiale ; tantôt injure, tantôt touche de couleur et image, tantôt maxime. Quel arsenal de centons, d'heureux accouplements de mots, ces satires ! Combien servent encore, mêlés à notre pensée, à nos habitudes verbales, de ces traits partis de là, et qu'on retrouve, à la lecture, avec un étonnement charmé, comme une ancienne connaissance, rajeunie soudain par le contexte, et dont on avait oublié l'origine, faute d'attention en seconde ou en rhétorique ! Il est vrai que la décence due à la jeunesse (maxima debetur ...), recommandée d'ailleurs par ce dur Juvénal lui-même, ne nous en avait laissé mettre jadis entre les mains que des éditions expurgées, privées de tout dangereux coloris, quitte à nous donner une idée assez fallacieuse de la verdeur et de la crudité romaines. Si le latin a jamais dans les mots bravé l'honnêteté, c'est bien là, et tout le malentendu au regard de la juste compréhension de la vie antique vient sans doute de cette pudeur scolaire qui nous a si longtemps caché l'immoralité païenne, sur laquelle Juvénal dit tout. C'est pourtant un homme très moral, que le vice indigne, ce Juvénal armé du cautère et du fouet. Martial est un polisson, près de lui, avec son gros rire et son goût scabreux. Indignatio facit versum, ce n'est pas, chez le satiriste, une formule de rhétorique, pas plus que n'est un simple thème philosophique le sentiment si humain qu'on lui voit d'une pitié presque déjà chrétienne : « Mollissima corda quae lacrima dedit ; haec nostri pars optima sensum ». « Une profonde tendresse de cœur, voilà le don que la nature témoigne qu'elle a fait au genre humain en lui donnant les larmes, et voilà le meilleur de nous-mêmes ... » Noble cri, du fond des enfers, mais exceptionnel et qui déconcerte, dans ce monde tel que le poète nous le livre, en son effroyable pamphlet !

En dépit de ce trait d'azur dans son noir tableau, sur cette foncière dépravation des moeurs romaines, étalée à cru dans la satire sur les femmes, dans la deuxième et la neuvième, difficilement traduisibles, Juvénal ne lève le rideau que pour stupéfier le lecteur moderne, étonné d'apprendre que la vie à Rome, c'était cela, et que Pétrone, dans son roman, n'a fait que peindre une réalité très quotidienne et pas du tout l'invention d'une imagination dévergondée. Quel extravagant personnel de rufians, d'histrions, de proxénètes, de danseurs, de devins, de solliciteurs et de parasites de tout poil et de tout acabit, dans ce monde où le commerce déshonore, où les plus hauts poètes ne rougissent pas de tendre la main, où la délation est une profession ! Quel mélange étonnant d'orgueil et de bassesse, de luxe, de superstition, de sorcellerie, de pratiques incompréhensibles !

Beaucoup plus qu'à l'idée classique et parée des prestiges de vingt siècles de vénération littéraire, Rome devait ressembler à Marrakech. C'est en vain que l'esprit, à ces images, superpose le contraste des imposantes architectures, la vision des trésors d'art qu'évoque à nos yeux la visite des musées et des ruines majestueuses du Forum et du Palatin. En vain ! Dans ces religieux cortèges qui montent pour quelque sacrifice au Capitole, Juvénal nous fait savoir que ce bœuf blanc — ô Corneille ! ô Poussin ! ô Louis David ! — n'était que blanchi pour la circonstance à la craie ! Sous cette profusion de temples et de palais d'un marbre indestructible, il nous permet aussi d'apercevoir la vérité plus humble de la rue, et son continuel danger : l'effondrement des masures de brique sèche et de boue, çà et là soutenues de poutres branlantes, en ces étroits lacis de sentines et de venelles tortueuses au flanc des collines sacrées ... Après tout, si Néron mettant le feu à Rome n'avait été qu'un assainisseur et le plus avisé des urbanistes, un Haussmann plus expéditif ? A regarder les choses, d'un peu près, fût-ce au besoin à travers un poète, il faut en prendre son parti : cette sacro-sainte antiquité n'est peut-être pas à avaler d'une seule pièce, les yeux fermés, comme une hostie ; et les choses n'ont peut-être pas non plus été absolument comme on nous les a dites.
Façade de marbre et de porphyre sur la rue, torchis et pilotis derrière, l'Italie est le pays du trompe-l'œil, mais ce n'est pas seulement d'aujourd'hui.

Emile Henriot.

Urbs Roma ... la grande ville, la seule ville, celle qui défie le commentaire même deux mille ans après !

Je ne sais que rajouter à l'excellent article d'Henriot qui ne soit pas que fadaises ; c'est la mère de toutes les métropoles donc un condensé de contradictions dont le creuset forme une civilisation ; vous voulez lui enlever un vice vous lui ôtez aussitôt une vertu ... c'est fâcheux ! Digne et indigne ... rougie du sang des esclaves sacrifiés dans l'arène et embellie par les triomphes militaires et les parades des prises de guerre. C'est la ville-déesse, celle où tous les cultes se rencontrent. La littérature n'y pourra jamais rien : c'est un beau monstre, un oxymore vivant.


Les romains étaient surtout des soldats-paysans, des fantassins alors que les grecs sont des marins et des marchands : leur littérature n'est pas la même !
Puisque j'en suis à l'influence des armes sur le comportement humain, je signale que dans l'active quelques membres de la famille Regnault ont reçu des promotions : Le capitaine de frégate Thierry Petit est devenu capitaine de vaisseau en octobre 2013, comme son frère aîné Xavier Petit précédemment, tous deux fils du lieutenant de vaisseau Jacques Petit (°1938-1970) disparu tragiquement dans le naufrage du sous-marin l'Eurydice (ils sont tous deux dans les sous-marins nucléaires). Le capitaine Maxime Laudet a quitté le 1er escadron du 1er régiment de spahis qu'il commandait (cf cérémonie de passation de commandement du 4 juin 2013 en costumes traditionnels).


Je dirais que la littérature latine est plus pédestre, fortement cadencée et pleine de proclamations militaires, le sens de la formule concise, de l'épigraphe sonore y est proverbial ; alors que les grecs ont une littérature ailée, poussée par les vents, parfois tortueuse jusqu'à l'abscons, le discours captieux du marchand qui vous enjole avec des belles promesses, la sophistique n'est jamais bien loin ... le romain monte à cru les mots et le grec chevauche en grand apparat !

Par rapport aux chrétiens, branche malgré elle du judaïsme, forme bâtarde du platonisme, dégénérée jusqu'à Plotin et aux Alexandrins, ils sont extrêmement impudiques ; alors que les chrétiens des catacombes font des mystères du sexe et de l'engendrement comme les adeptes de la loi mosaïque.

Ni Orphée, ni la Pythie ne cachent leurs origines et ce qui les meut ; de toutes les fables de l'Antiquité gréco-romaine aucune ne met vraiment en valeur la virginité : on doit la sacrifier à un dieu quelconque au final. Il faut consommer l'union des sexes pour être un homme ou une femme selon la morale antique.


Le beau idéal selon le christianisme : la Vierge ! L'engendrement sans la consommation : une absurdité contre-nature.
Ce qui aboutissait dans la société victorienne à ce que mon aïeule Jeanine Regnault quand elle épousa à vingt ans mon grand-père ne savait comment était fait un homme ce qu'elle découvrit le soir de ses noces avec la surprise qui allait avec (aînée de six filles, il est probable qu'elle n'avait jamais vu son père nu) ; une dame de haut parage, anglaise je crois bien, résuma cela dans une formule : On nous élève comme des saintes et on nous vend comme des pouliches !
Georges Driout dont le mariage avait été ourdi par la famille — c'est le parrain de mon père l'ingénieur Louis Réveillac (°1885-1973) qui le présenta à sa nièce — demanda avant d'accepter la future épousée de voir sa belle-mère car il ne voulait pas d'une épouse à moustache, pleinement rassuré il accepta ce mariage arrangé selon les canons de l'époque.

Ce qui pose la question du beau ; quand au XVIIème siècle un voyageur traverse les Alpes il trouve ces parages horribles, ces montagnes inhumaines, le sentiment du beau dans la nature non-civilisée, où l'empreinte de l'homme est invisible, ne se développe que plus tardivement. Je ne suis pas sûr que les paysages d'arrière-plan chez Léonard de Vinci dans son sfumato caractéristique qu'il a inventé avait le même sens pour lui que pour nous !
Le monstre et le beau : ce sont les deux oppositions classiques chez les romains et les grecs. Le barbare est monstrueux parce qu'il n'est pas civilisé ; on aurait bien étonné un grec qu'un jour au nom de la science des ethnologues trouvent belles les coutumes des sauvages !

La campagne romaine décrite par Virgile est une nature habitée, peuplée essentiellement de naïades et de bergers ; il n'aurait pas chanté les merveilles du Vésuve !

En résumé le sentiment du beau est un sentiment culturellement construit ; de même que les canons de la morale. Si l'homme est l'être libre par essence — ou bien par vocation qu'importe — alors il choisit de déifier le beau qui l'inspire et comme l'homme moderne est avide de sensations neuves le choc que la monstruosité provoque en lui pourra faire dévier son sentiment du beau jusqu'à lui faire accepter ce qui le choquait et le révulsait au premier abord ; l'homme moderne est plus libéral et moins certain de ses goûts et dégoûts.
Les arts libéraux comme on dit ! Les arts qui forment le sens du goût ...


Le plus amusant c'est qu'aujourd'hui avec les moyens de la biologie moderne — GPA et PMA — on pourrait réaliser le prodige d'une vierge qui enfanterait hors de toute conception naturelle ! Or ce sont les croyants qui protestent le plus contre la procréation assistée médicalement et la gestation hors des voies habituelles .... peut-être parce que leur vision idéale s'incarnerait sur terre justement !

J'ai tendance à croire que l'homme étant un être de désir et d'imagination son univers fictif lui importe plus que l'univers réel !
On s'en voudrait de lui en priver ...


1er janvier 2014.
Que croissent et se multiplient les bonnes idées puisque décidément les hommes ne seront jamais rassasiés d'être eux-mêmes en voulant être autre chose ...


La seconde branche Regnault est celle des Grison (rien à voir avec la province Suisse du même nom, ils sont originaires de Paris et auparavant le XVIIIème siècle de Rethel dans les Ardennes) ; l'officier de Marine François Grison (°1901-1984) épousa en 1926 Suzanne Regnault (°1904-1980) dite Zette. Les familles Regnault et Grison se connaissaient depuis 1920 époque où elles fréquentaient les offices de la cathédrale de Bourges ; le colonel d'artillerie Ferdinand Grison (°1866-1950), X 1887, dirigeait le polygone de Bourges où l'on expérimentait les nouvelles armes. Il avait épousé en 1900 Jeanne Marie Thérèse Petit (°1875-1949), tante de Bernard Petit auteur de la troisième branche Regnault.
Ils ont eu sept enfants, à savoir : l'aîné le capitaine de frégate et ingénieur de l'école supélec François Grison qui dut quitter la Marine en 1945 ayant été démissionné d'office par le pouvoir gaulliste, Marie Grison (°1902-1971), mariée sans postérité, Michel Grison (°1903-1996), X 1921, prêtre de Saint-Sulpice, professeur au séminaire de philosophie d'Issy-les-Moulineaux, qui célébra de nombreux événements familiaux Regnault, Jeannette Grison (°1905-2003) en religion soeur Marie-Henri, Henri Grison (°1907-1933), lieutenant de tirailleurs mort à Alger, le capitaine de vaisseau Louis Grison (°1911-1999) marié dont 6 enfants, notamment un fils Pierre-Yves Grison (°1946-2000), capitaine de vaisseau et aussi deux petits enfants Arnaud Grison, X 1986, ingénieur des P&C et sa soeur Violaine Grison, X 1994, ingénieur civil des Mines de Paris, le septième et dernier seul encore en vie Emmanuel Grison (°1919), X 1937, docteur es-sciences physiques en 1949, ingénieur des poudres (colonel), directeur de recherches à Saclay au C.E.A (il partit aux Etats-Unis après-guerre pour y apprendre ce qui lui permettrait de participer au programme français de fabrication de la bombe A) puis professeur de chimie à Polytechnique et directeur de l'enseignement et de la recherche à l'X, marié dont 7 enfants.


Quelques nouvelles Regnault que j'avais oubliées en cours de route :
Le capitaine de frégate Bertrand Pouliquen (°1974) a été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 1er juillet 2011 après 17 ans de services ; il est le benjamin du vice-amiral Jean-Noël Pouliquen (°1935-1991) et de Françoise Petit (°1935).

Comme notre flotte se réduit comme peau de chagrin le plus difficile maintenant c'est d'obtenir un commandement ... certains mauvais esprits diront qu'en 1940 nous disposions d'une des plus belles marines que la France ait jamais connue et qu'elle a fini à la casse à Mers-el-Kébir et à Toulon sans avoir jamais combattue : c'est ce qu'on appelle les impedimenta de la guerre !


Pour être tout à fait exact la seule bataille navale de la campagne 1939/1940 c'est la bataille de Narvik en Norvège ; la flotte française perdit un destroyer et un contre-torpilleur le Bison avec comme commandant le capitaine de vaisseau Roger Bouan (°1892-1940) qui coula lors d'un combat aérien mené par la Luftwaffe.


J'ai tendance à penser comme ce premier lord de l'amirauté parlant du successeur de Nelson : Il a toutes les qualités malheureusement il ne sait pas désobéir !
On sait que l'amiral Nelson était indiscipliné mais comme en mer le seul maître après dieu c'est le capitaine s'il ne sait pas s'affranchir des consignes formelles données à son départ — même aujourd'hui avec les moyens de transmissions modernes — alors sans initiative il ne brillera jamais par lui-même.

Patrick Dalzel-Job (°1913-2003) est un bon exemple de ce qu'un simple sous-lieutenant commando de marine peut accomplir en outrepassant les ordres de sa hiérarchie au péril de sa carrière — tout en inspirant, dit-on, le personnage et le caractère de James Bond à l'écrivain Ian Fleming.


Vous remarquerez l'importance du nom : Philippe de Hauteclocque c'est à coucher dehors alors que Leclerc cela sonne fort ! James Bond cela résonne haut et clair tandis que Dalzel-Job ça ne se retient pas.
Il faut parfois la collaboration d'un écrivain pour entrer dans la légende. Toute la différence entre don Diégo de La Véga et Zorro le renard du désert. A moins que le héros ne se métamorphose lui-même en écrivain renommé comme Thomas Edward Lawrence dit Lawrence d'Arabie !
Le nom de guerre et le nom de ville : deux faces d'une personnalité.


Le réactionnariat : le parti des gens qui n'en ont pas ...

Beaucoup de gens se prennent pour des résistants tout simplement parce qu'ils n'ont jamais d'idées.


Des institutions démocratiques et du gouvernement des juges.
En 1958 De Gaulle institue le Conseil constitutionnel pour veiller sur la constitution nouvellement écrite, votée et approuvée par le peuple français ; pendant quinze ans tout se passe bien puis sous le mandat de Valéry Giscard d'Estaing on octroie de nouvelles prérogatives au dit Conseil constitutionnel qui peu à peu va se muer en vigilant censeur des députés et des sénateurs outrepassant largement les droits qu'on lui avait réservés. Je propose qu'on revienne à la pureté des origines alors que son actuel président proteste lors des voeux au président de la République, garant de l'ordre démocratique.
Je crois à la voie référendaire telle qu'elle a été pratiquée tout le long de ses mandats par le premier président de la Vème république ; mieux encore je crois qu'on doit étendre la consultation populaire à des sujets divers et variés qui sortent du cadre institutionnel actuel et de l'organisation des pouvoirs en France.

Même et surtout sur des sujets épineux comme le mariage pour tous c'est l'adhésion du peuple qui doit faire consensus et non pas l'opinion de quelques juges triés sur le volet.


J'aurais été le président de la République je me serais levé et j'aurais immédiatement quitté les lieux ; et j'aurais par la suite convoqué le président du Conseil constitutionnel pour qu'il me présente sa démission. Mais enfin j'ai une haute idée de la dignité de l'Etat que tout le monde n'a pas probablement.


C'est un peu comme si le président du Conseil constitutionnel s'attribuait un droit de remontrance au gouvernement ... on sait que le droit de remontrance des parlements de France et de Navarre a longtemps été combattu par la monarchie absolue mais enfin ce droit avait quelque légitimité issu à la fois des franchises du temps des féodalités et des juridictions inférieures en l'absence de représentation parlementaire ; il n'en est plus de même aujourd'hui.

Quand le pouvoir de l'Etat se divise ainsi c'est toujours la cause de grands désordres.


La France est une oeuvre en progrès ; certains y voient un hasard de l'histoire et d'autres un don de la providence. Elle est à la fois tout cela et autre chose encore. On peut croire en la France comme on peut la décrier, la maudire, l'injurier et l'encenser successivement ; c'est de ces contradictions si humaines qu'elle vit et c'est pourquoi la liberté de l'esprit y a trouvé un terreau de choix pour y fleurir ; si l'homme préexistait à la nation française on ne saurait imaginer une nation française qui ne fasse pas de tout homme un être digne politiquement d'y vivre et d'y penser à condition qu'il s'affranchisse de ses dogmatismes, de ses préconceptions idéologiques et de ses déterminismes religieux.


Je vous suggère une excellente lecture (tant qu'elle n'a pas été censurée par le Conseil d'Etat) :
Les prisons politiques : Sainte-Pélagie par Alfred Sirven (°1838-1900), Dentu 1869.

Note conjointe : comme vous le savez le Conseil d'Etat a été créé sous le Consulat par Napoléon Bonaparte qui n'était pas le plus farouche des démocrates et il n'a jamais rechigné à prêter la main à tous les régimes les plus restrictifs en matière de libertés publiques que la France ait connus ! Pour mémoire sous Vichy il en rajoutait dans la persécution des juifs ... par exemple un de ses membres les plus éminents sous la 3ème République, Georges Cahen-Salvador (°1875-1963) a été destitué sans que ses collègues trouvent rien à y redire, il se réfugia en Périgord pour échapper aux rafles nazis.


Bien entendu comme le souligne Alfred Sirven la liberté est toujours relative — mais enfin il y a une différence entre ceux qui y sont attachés métaphysiquement, si je puis dire, et ceux qui font litière de toutes les libertés pourvu que leurs intérêts propres soient préservés.

Il faut préciser pour bien comprendre la situation d'Alfred Sirven que son trisaïeul était le protestant Pierre-Paul Sirven condamné par contumace et défendu par Voltaire à la fin de sa vie. Le conseil du Roi qui intervint dans cette affaire (en déboutant les Sirven) est au fond l'aïeul du conseil d'Etat que nous connaissons depuis Napoléon.
Affaire Sirven.

Il semble que le couple Pierre Paul Sirven (°1709-1777) marié en 1734 à Toinette Léger (°1699 - avant 1771 à Genève) n'eut que trois filles ; mais il est possible que quand Alfred Sirven dit qu'il est son trisaïeul il veut signifier que son lien de parenté vient d'un frère de celui-ci (autre solution : c'est son trisaïeul par une de ses deux filles survivantes qui ont dû se marier ; comme il est né à Toulouse en 1838 et que les protestants dans la région sont peu nombreux l'endogamie est forte et les mariages entre cousins nombreux).


La disparition du département des Hauts-de-Seine et de son Conseil général (devenu récemment Conseil départemental) sera un soulagement pour toutes les consciences attachées à l'ordre légal et à la justice des hommes. J'ai vu se créer cette entité administrative qui est allée de Charybde en Scylla entre les mains expertes de MM. Pasqua, Sarkozy et Devedjian ... il n'y a évidemment pas à attendre résipiscence de son ultime président qui depuis les débuts de sa carrière va de condamnation judiciaire en opprobe public, de vilenies en déshonneurs.

Hourra donc pour la fin de ce monstre politique ... et un ban pour la France éternelle et joyeuse !


Une petite histoire du XIXème siècle français :

Villemain revint aux affaires le 29 octobre 1840 dans le troisième ministère Soult et resta en poste jusqu'au 30 décembre 1844, date où il fit une tentative de suicide qu’il s’agit d’expliquer. Une nuit de février 1844, Villemain, homme marié et père de famille, fut surpris par des maîtres-chanteurs près de la Madeleine, « se livrant à ce qu’il y a de plus dégradant avec un jeune homme. Ils étaient blottis dans un coin de la rue de l’Arcade. » Villemain, croyant impressionner les voyous, commit l’erreur de décliner sa qualité de ministre. Pire, il conduisit les chanteurs à son hôtel particulier. Il n’en fut que plus grandement exploité : il dut d’abord leur céder 3 000 francs. Cette affaire de chantage joua un rôle déterminant dans la tentative de suicide, par défénestration de son bureau, à laquelle Villemain se livra en décembre 1844. Seulement blessé, Villemain fut interné à Bicêtre, dans les services du Dr Leuret. L’intelligentsia française, consternée par cette brusque défaillance d’un homme si brillant, crut devoir attribuer la dépression et le coup de folie du ministre à la seule pression de travail et aux critiques dirigées contre sa réforme de l’Instruction publique. En vérité, la transcription par Victor Hugo, d’un entretien qu’il eut l’année suivante avec Villemain guéri, suggère que les craintes, sinon l’obsession, de voir sa pédérastie révélée au public, eurent un rôle clé dans l’accès dépressif aigu du ministre.

C'est Abel-François Villemain (°1790-1870) qui avait alors déclaré à Ernest Legouvé (°1807-1903) au sujet des projets d'établissements modernes de Prosper Goubaux (°1795-1859) créateur du collège Chaptal : Un enseignement français en France, jamais !
Etre féru de grec et de latin c'est bien mais parfois cela obscurcit l'entendement même si l'on adopte les moeurs libérées des Athéniens dans les ruelles mal éclairées voire mal famées du Paris d'alors ...

Les amuseurs diront qu'il exerçait son métier de ministre en instruisant la jeunesse ; quant aux coeurs purs ils ne font pas de politique c'est bien connu ...


Je viens de créer une page wikipedia sur la chanteuse Germaine Martinelli ; il y avait longtemps que ... tellement j'ai été fatigué qu'on me sabote mon travail.
Vous avez le droit d'améliorer la disposition des paragraphes, d'enrichir le texte etc.
Le problème c'est qu'en général ce sont les plus ignares qui se mêlent de ce genre de choses. Tant et si bien que les wikipedias en anglais ou dans d'autres langues sont souvent plus riches que le Français sur des célébrités bien de chez nous ! Ainsi sur la Martinelli il existait un article en espagnol.

Son dossier de la Légion d'honneur ne se trouve pas sur le site Léonore ... on ne dit pas chevalière ! N'en déplaise aux féministes intransigeantes.


Quelle différence y-a-t-il entre un poète et un homme politique ? Un poète accorde une importance excessive aux mots au point de les faire siens pour l'éternité ; un homme politique accorde une importance nulle aux mots au point de les donner aux autres pour argent comptant.

Ce sont donc tous deux des hommes du verbe mais l'un ne saurait se substituer à l'autre sans grave discordance dans le sens à accorder aux mots de tous les jours.


Comme je n'ai rien d'autre à dire ... et que les grandes oreilles veillent, voici une anecdote familiale sans portée.
L'administrateur de la France d'outre-mer Jacques-Alexis Regnault (°1920-1995), cousin germain de ma branche Regnault, se maria en 1954 en Bretagne avec comme témoin le conseiller d'Etat Pierre Soudet (mort en 1980), ancien normalien et énarque, maître de conférences à Sciences Po' et à l'ENA et directeur de cabinet en 1956/1957 d'un jeune ministre de la justice : un certain François Mitterrand ! Ils devinrent grands amis et avaient des admirations en commun par exemple l'écrivain Jean Giono comme le rappelle Jean-Pierre Chevènement qui fut son élève à l'ENA. Soudet souriait du menton mussolinien du jeune ambitieux de Jarnac. Il devint en 1973 président de la commission de surveillance des films soumis alors à la censure. Quant à son épouse Laurence Carvallo, elle passa de l'admiration pour Mendès-France au service du sieur de Jarnac — elle descendait de Jules Carvallo (°1820-1916), ingénieur des P&C et fondateur en 1860 de l'Alliance israélite universelle. Elle se remaria en 1994 avec René Thomas (°1929-2003), inspecteur général des Finances et pdg de Paribas ; mais auparavant elle avait été chargée par François Mitterrand de chaperonner Anne Pingeot pour ses premiers pas dans le Paris de la Vème République du début des années soixante à la demande de la famille Pingeot (que mes grands-parents et mon père connaissaient fort bien puisqu'ils sont des industriels de Clermont-Ferrand et sous-traitants de Michelin).

Les Soudet prêtèrent leur maison de Gordes pour abriter les amours naissantes de François Mitterrand et de la jeune Anne Pingeot ... cela ne vous rappelle rien ?

Mitterrand un homme très entouré ; l'homme à la francisque cultivant des amitiés avec des juifs comme Georges Dayan (°1915-1979) lui aussi du Conseil d'Etat et Laurence Carvallo et frayant avec la bourgeoisie très à droite de la province catholique et traditionnaliste ... jusque y compris René Bousquet !

Les admirations littéraires de Mitterrand pour des écrivains provinciaux comme Chardonne et Giono — deux maréchalistes partisans du retour à la terre — sont assez significatives !


Officiellement aujourd'hui les films ne sont plus soumis à la censure mais il y a un autre système tout aussi pernicieux : l'avance sur recettes ! Quant à la télévision on la rappelle périodiquement à l'ordre quand elle dépasse les limites ...

On pourra dire quoi ? Que la censure aura cessé d'exister pendant trois ou quatre décennies après mai 68 pour reparaître sous des formes encore plus insidieuses et plus bêtes s'il se peut ...

La censure avait cédé parce qu'il y avait un phénomène de sécularisation de la société ; mais la venue massive de populations africaines aux croyances ancestrales nous fait replonger dans le bain bouillonnant des passions religieuses et de leur obscurantisme délétère, je crois, toutes ces fumées noires qui obscurcissent la raison.

D'un côté l'embourgeoisement de la population française native et de l'autre la prolétarisation d'une masse inculte dont les médias de masse sont le seul référentiel en-dehors de leur culture traditionnelle. Il y a même une amorce de régression qui se manifeste par l'attrait de religions exotiques à la nation dans les familles les plus déshéritées intellectuellement et l'on voit de jeunes français déracinés s'engager dans le jihad à l'autre bout du monde comme s'il s'agissait de leur héritage propre !

La génération de la déconstruction — celle des années soixante — a été incapable de bâtir une culture propre ! Elle ne connaît que le divertissement ou la récession des équinoxes de l'esprit.


Le Temps et le Journal des débats du mardi 15 juin 1915 :

NÉCROLOGIE
On annonce la mort du sous-lieutenant Roger Carvallo, de la promotion de 1914, tué dans l'Argonne, le 4 juin, d'une balle à la tempe, à l'âge de dix-neuf ans.
Il était le fils de M. Joseph Carvallo, directeur des manufactures de l'Etat, et le neveu de M. Emmanuel Carvallo, directeur des études à l'Ecole polytechnique, du lieutenant-colonel d'artillerie Julien Carvallo et de M. Oscar Carvallo, ingénieur agronome.

Le Gaulois du samedi 27/7/1918 :

Est cité à l'ordre de l'armée, le sous-lieutenant Pierre Carvallo

Officier aviateur de la plus belle ténacité, ayant rendu les plus grands services à l'artillerie et contribué à la destruction de nombreuses batteries ennemies. Le 4 juin a réussi, en s'avançant sans escorte à plusieurs kilomètres dans les lignes ennemies, sans souci des avions de chasse et du tir, à régler la destruction complète d'une batterie en action très dangereuse.
Le brave officier, âgé de dix-neuf ans, s'est engagé en 1916, deux ans après son frère aîné, officier d'artillerie, âgé de vingt-un ans.

Le Gaulois du 29/12/1920 :

Vient d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur le sous-lieutenant d'artillerie Pierre Carvallo, du 34° régiment d'aviation « Dans l'aviation depuis 1916, a rendu, comme observateur d'artillerie, de grands services. S'est distingué particulièrement les 8 et 10 novembre 1918, par les renseignements qu'il a rapportés. Trois citations. »

Le Temps du 2/12/1915 :

Le mariage de M. Jacques Carvallo, répétiteur à l'Ecole polytechnique, actuellement sergent au 6è du génie, petit-fils de M. Jules Carvallo, ancien ingénieur des ponts et chaussées, fils de M Carvallo, directeur des études à l'Ecole polytechnique, avec Mlle Marcelle Bloch, fille de M. E. Bloch, ancien élève de l'Ecole polytechnique, ingénieur civil des mines, et de Mme E. Bloch, a été célébré le lundi 29 novembre, à la mairie du 6e arrondissement. En raison des circonstances, le mariage a eu lieu dans l'intimité.

Le Gaulois du 29/9/1927 :

On annonce la mort subite, à l'âge de quarante-deux ans, de M. Jacques Carvallo, agrégé de l'Université, docteur es sciences, répétiteur à l'Ecole polytechnique.

Journal des débats du mercredi 21/6/1911 :

A la suite d'un article sur la crise du français paru dans le Télégramme de Toulouse, le directeur des études de l'Ecole polytechnique, M. Carvallo, se jugeant diffamé par ce passage « Bien plus, vous choisissez comme directeur des études à l'Ecole un savant de troisième ordre et un esprit faux les mauvaises langues insinuent qu'il vous suffit qu'il soit juif », a envoyé ses témoins à M. Bouasse, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse, auteur de l'article. M. Bouasse a refusé rétractation et réparation.

Le Temps du 21/6/1911 :

Le directeur des études de l'Ecole polytechnique M. Carvallo, jugeant diffamatoire la phrase qui le visait, adressa à M. Bouasse ses témoins, MM. Paul Painlevé et le colonel Bourgeois.

M. Bouasse refusa aussi bien toute rétractation qu'une réparation par les armes, expliquant en une longue lettre adressée à MM. Paul Painlevé et le colonel Bourgeois, qu'il n'avait pas, à son avis, dépassé les droits de la critique et que le fait de se battre en duel ne constituait pas une preuve de compétence scientifique. MM. Paul Painlevé et le colonel Bourgeois ont transmis cette lettre à M. Carvallo, qui a répondu en ces termes :

Chers amis,

Vous m'avez apporté votre concours et je vous en remercie. Votre mission est terminée. Je regrette que la polémique inconsidérée de M. Bouasse m'ait contraint à déranger inutilement des hommes de votre valeur.
Aller sur le terrain n'est certainement pas, comme vous l'écrit M. Bouasse, une preuve de compétence scientifique mais diffamer et se dérober sont encore moins une preuve de loyauté et de courage.
E. Carvallo.


Finalement il était plus sain de régler ce genre de problème à coups d'épée qu'à coup de censure !

Henri Bouasse (°1866-1953) est un personnage impossible mais il est très amusant à lire ! Je vous conseille cet article intitulé Des savants et qui manque certainement aux Caractères de La Bruyère.

En ce qui concerne son oeuvre scientifique je ne suis pas compétent pour la juger ; il ne semble pas avoir fait de découvertes essentielles mais Pierre-Gilles de Gennes tenait son traité sur la capillarité — sujet mineur de la physique il faut bien l'admettre — comme un texte de référence.
Je pense que Bouasse manquait de l'esprit de généralisation nécessaire pour avoir une vue globale des sujets qu'il traitait mais il devait être un bon expérimentateur, ce qui fait défaut parfois aux théoriciens, et il avait le mérite de reconnaître ne rien comprendre à la relativité faute probablement d'une ossature mathématique suffisante.


Etre un intellectuel et être un homme politique sont deux activités fortement incompatibles ; l'homme public est tout à tous, l'intelligence en éveil qui absorbe toutes les idées du moment, tous les penchants de l'époque, toutes les passions fastes et néfastes, qu'il les atténue ou les renforce à son profit ; l'homme d'esprit évite les platitudes comme dirait Stendhal, il peut avoir des idées fixes mais il ne se prête à personne, il joue avec les idées des autres qu'il ridiculise, il blesse sciemment amis comme ennemis, c'est un égotique pour plagier Henri Beyle mais dans le sens où il croit qu'il existe une sphère des idées supérieures à la nature humaine. On comprend que ces deux catégories d'hommes se soient mutuellement fascinées tout le long de l'histoire.

Les héritiers du gaullisme — toujours ces fameux héritiers qui ne comprennent rien à l'héritage — ont fondé un institut Charles de Gaulle dont la seule pensée dominante était une idée fixe : la grandeur de la France et par ricochet la grandeur en majesté du général De Gaulle. Les mitterrandiens, race encore plus ridicule s'il se peut, ont donc fondé un institut François Mitterrand chargé d'étudier la pensée du maître de Jarnac qui n'en a jamais eu aucune constante ! Il a bousillé à peu près tous les idéaux qu'il a touchés ... avec un plaisir pervers et manifeste.


La maison Bouasse-Lebel sise rue Madame puis rue Garancière dans le 6ème arrondissement de Paris était une maison d'éditions religieuses du quartier Saint-Sulpice comme de nombreux éditeurs de ce temps-là.
Je transcris l'acte de naissance de notre physicien-polémiste, acte N°2805, page 8 de la numérisation des Archives de Paris.


Acte de naissance du 17/11/1866 de Maxime Pierre Henri Bouasse, né le 16/11/1866 au 29 rue Saint-Sulpice, fils de Henri Marie Bouasse Lebel (°1/9/1828 Paris, 11ème ancien), éditeur imprimeur, 38 ans, marié à Paris, 11ème ancien (6ème nouveau) le 9/1/1858 avec Marie Marguerite Auguste Chataing (°21/9/1836 Paris, Belleville), 30 ans. Témoins : Louis Petit, sculpteur, 50 ans, dmt 7 rue Hautefeuille et Léon Prince, layetier, 32 ans, dmt 7 rue de l'Abbaye qui ont signé avec le père devant Charles Louis Gressier (°7/3/1791 Paris - 10/2/1886 Paris, 6ème au 27 rue Notre Dame des Champs), commandeur de la L.H le 31/12/1853, maire du 6ème arrondissement de Paris, ingénieur hydrographe, conservateur du dépôt des plans et cartes au ministère de la Marine.
Marié à Toulouse le 27/7/1948 à 82 ans (!) avec Mlle ..., acte transcrit le 7/8/1948.
Mort à Toulouse (Haute-Garonne) le 15/11/1953, acte transcrit à Paris, 6ème le 20/11/1953.

Mémoires sonores par François Baschet 2007 : Notre cour, au 10 de notre rue, abrita l'imprimerie Bouasse-Lebel. Cette imprimerie connut une gloire mondiale en imprimant, pendant un siècle, les images pieuses et les portraits de la Sainte Vierge qu'on trouvait dans toutes les bonnes sacristies des cinq continents.


Nota bene : Je ne fais pas une transcription diplomatique ...

Elevé dans cette atmosphère pieuse on comprend mieux les accointances de notre acariâtre professeur de Toulouse (au 20 rue du Japon) ! Il descendait de J.A Lebel, imprimeur du Roi et de l'Evêché à Versailles sous la Restauration (qui édite notamment Bossuet).

Dans la notice qu'il a rédigée pour le who's who notre intrépide célibataire raconte qu'il est un grand voyageur (Inde, Soudan etc).
Ce qui à son époque, vu la difficulté à se déplacer d'un continent à un autre, dénote une curiosité certaine pour les sociétés exotiques et les civilisations extra-européennes.

C'est ce qu'on appelait encore au XIXème siècle et au début du XXème siècle un original ! Le genre d'homme dont il n'existe pas de copie reconnue ...

P.S : Il arrive que mon doigt fourche : ce ne sont pas des licences de style ! D'ailleurs le diable me rôtisse si je n'ai jamais eu de mauvaises pensées ...


Annonce famille Regnault :

Une messe sera célébrée le samedi 1er février 2014 à 18h30 en l'église Saint-Jean Baptiste de La Salle pour le repos de l'âme de Christiane Laudet née Regnault.

Nota bene : Elle a deux entrées au 9 rue du docteur Roux et au 70 rue Falguière, Paris, 15ème (métro Pasteur).


En 2006, Louis-Pierre Regnault (°1952) avait obtenu le Prix Langevin.
Evidemment cela reste un peu ésotérique pour le profane ! Il est en tout cas le fils de l'ingénieur Bernard Regnault (°1926) et le petit-fils du lieutenant-colonel Louis Regnault (°1874-1948), frère cadet de Jean et de Charles.


Le dit Jour de la colère ; cela me fait penser aux Malheurs de Sophie qui est tout le temps colère quoique sa tante la gourmande gentiment et que le petit Paul fasse tous ses caprices ... et qui va de déconvenues en déconvenues !


Au XIXème siècle on ne savait encore quasiment rien sur les atomes ultimes constituants de la matière selon les Grecs ; certains mêmes contestaient leur existence et d'autres comme le chimiste Berthelot la notation utilisée pour les désigner sans parler du tout nouveau tableau périodique de Mendeleïev car les seules notions précises qu'on en avait étaient indirectes et venaient de la chimie qui s'occupe essentiellement des transformations moléculaires qui comme on le sait depuis lors s'opèrent par transfert d'électrons. Vers 1900 deux événements majeurs se produisent : l'étude du rayonnement noir par Planck — c'est à dire une situation d'équilibre thermique dans une enceinte confinée — qui conduit à la notion de quanta d'énergie, plus petite quantité d'énergie que la nature peut distribuer de manière discrète ce qui confirme indirectement l'existence d'atomes insécables et la découverte accidentelle de la radioactivité naturelle par Becquerel et les Curie qui montre que les atomes sont vivants, qu'ils échangent des particules, qu'ils se transmutent, activité qui n'a rien à voir avec la chimie traditionnelle et tout avec la nouvelle physique.
Depuis cent ans on a donc peu à peu enrichi nos notions atomistiques y associant des ondes, des spins, des charges fractionnaires etc. Est-ce que le tableau sera jamais complet ? C'est douteux ...


Quant à la relativité c'est une théorie géométrique (et non plus discrète), née simultanément avec la théorie quantique, qui disserte sur la gravité qui agit à grande échelle sans préjuger de l'origine de cette force, tant et si bien qu'on ne sait pas trop bien si elle est liée à la masse pesante ou à l'énergie (en théorie c'est la même chose) ; on a ainsi découvert récemment en triturant les modèles de l'univers basés sur cette force relativiste qu'il existait de la matière noire et de l'énergie noire en grande quantité un peu partout, formes exotiques de la matière et de l'énergie de l'univers visible mais qui a une influence gravitationnelle (positive ou négative).
Quel rapport avec la matière quantique du niveau atomique me direz-vous ? C'est un grand mystère ...

Voilà ce que je peux dire d'une manière tout à fait philosophique c'est à dire imprécise et sans m'avancer trop.


Nous avons vu — brièvement — comment s'articulent la chimie et la physique qui forment un continuum dont il est malaisé de définir les limites et les bords ; il nous reste à considérer les relations entre la biologie ou science du vivant et ce continuum physico-chimique, ensemble des briques élémentaires qui ont permis à la vie d'apparaître sur Terre et peut-être ailleurs qui sait !
Stanley Miller a fait des expériences de ce style mais pour le moment on n'a pas su recréer ex-nihilo de la vie et des organismes complexes. Il est plus aisé de transformer le vivant, de le décomposer en parties simples, de manipuler l'information contenue dans l'ADN que de recomposer une par une la myriade d'éléments premiers dont il se compose. Ce qui fait dire à certains que c'est le doigt de dieu qui a assemblé le tout ... il faudrait alors dire que les bactéries qui ont régné sur Terre pendant deux ou trois milliards d'années suffisaient à son contentement et que l'explosion du Cambrien, l'apparition du sexe et de la floraison de formes qu'il a permis sont des effets secondaires et non premiers de la volonté divine !

Quelle philosophie la considération du vivant autorise-t-elle ? D'abord qu'il est presque impossible de trouver une solution de continuité entre le vivant et le non-vivant, qu'il n'existe pas de définition radicale de ce que c'est que la vie car enfin tout atome est un concentré d'énergie et par là même une manière de système en équilibre thermodynamique et donc déjà potentiellement une forme de vie ; bien entendu les organismes cellulaires ont de nombreuses fonctions qui émergent peu à peu de ce continuum physico-chimique, comme par exemple la sexualité, mais sans qu'on puisse mettre de limite précise à chacune d'elle.

C'est le temps en l'occurrence et non le doigt de dieu qui fait la différence ... c'est lui qui permet à l'organisation de supplanter le désordre et la nature brute des premiers éléments.

La vie au Précambrien.
Cet article donne les détails et les scénarios possibles de l'apparition des organismes cellulaires simples puis complexes.


Ce sont les millénaires qui sont décorés par la puissance de ce continuum ; que dis-je les millénaires, les millionnaires d'années car enfin toute la richesse de la nature est contenue dans la puissance temporelle.

Une des grandes craintes de mes contemporains c'est d'être déshumanisés, qu'entendent-ils par là ? Nous avons vu que l'évolution du vivant consiste en l'adjonction successive de fonctions qui émergent du continuum de la biosphère. Veulent-ils dire que l'on va les priver de certaines fonctions alors que la noosphère humaine ne s'est développée que par une accélération de l'apparition de nouveaux outils pour augmenter nos sens et nos moyens d'action ? En quoi se faire suppléer par des machines, des robots intelligents et des prothèses intellectuelles représenterait un danger pour notre humanité ? C'est la prolongation du principe du vivant à l'échelle de l'humanité plutôt.


Le gaullisme un mélange de romantisme et de réalisme ? Oui certes mais on aurait pu dire cela d'un grand nombre de mouvements politiques et d'hommes du XIXème siècle par exemple Napoléon !
Il n'y a donc pas d'idéal spécifique à De Gaulle mais il y a un caractère et des lectures en vrac ... la contrariété est son royaume ! Il aime souffrir pour sa belle dame, la France.

Paul Morand : atrocement bourgeois et sans l'ombre d'un recul sur la condition bourgeoise contrairement au si précieusement bourgeois Marcel Proust ; comme il était parisien, il a évité le ridicule des appels à la terre d'un Chardonne ou d'un Giono.

Le point commun à tous ces hommes politiques et écrivain nés aux XIXème siècle cela va sans dire : la répression de la sexualité à l'ombre du christianisme et du puritanisme victorien mélangés dans un pudding assez indigeste.
Diderot né au XVIIIème s'interroge sur la nature biologique des hommes et réforme à la racine nos prétentions intellectuelles à leur juste mesure. Sa poésie est celle du mouvement de la pensée sans confiteor ...

Rousseau ou l'homme du retour sur soi-même, du repli et de la masturbation des origines ... jamais grandi, c'est l'enfant-homme qui plaît tant aux femmes !
Comme l'on parle de déviriliser les hommes au nom de la loi du genre on pourrait prendre comme modèle Jean-Jacques qui circonstance unique dans l'histoire de la littérature française est plus un prénom qu'un nom ; Voltaire l'homme du monde par excellence n'a pas de prénom, qui sait qu'il a été baptisé à la fois homme et femme François Marie ? Personne car il ne s'en vante pas dans ses mémoires inexistantes au propre comme au figuré. Même son nom bourgeois Arouet est effacé pour un nom de guerre ... guerre aux indécis, aux préjugés idiots entassé par les siècles, aux figures obligées de la révérence, aux particules et aux peuples tout aussi bien ! Un chinois, un français qu'est-ce que c'est ? Juste des individus là plutôt qu'ailleurs. Le radicalisme de Voltaire est tout aussi prégnant que celui de Diderot.

Ces notes décousues ne se veulent pas une thèse ; faites-en ce que vous voulez ... de la littérature, de l'action, du rêve peut-être.


L'argent meurt pour mieux renaître ... c'est ce qu'on appelle l'intérêt !
Le service de la dette qui naît au début du XIXème siècle après les banqueroutes successives de la Révolution fonde la France moderne, organisée rationnellement sous l'égide de Napoléon et du ministre des finances Gaudin (°1756-1841), duc de Gaëte.
C'est le comte Mollien (°1758-1850) qui a créé la caisse d'amortissement et les outils modernes qui permettent de gérer le crédit de la France et c'est le fameux milliard des émigrés qui fit tant grincer des dents qui est à l'origine de la rente 3% qui fit la réputation de la sûreté de la France en tant que place financière jusqu'en 1914. Le Franc germinal ou Franc or s'appuyait sur cet esprit de conséquence qui a survécu à tous les ébranlements politiques du XIXème siècle.
Si l'on vous parle aujourd'hui à nouveau de faire défaut sur la dette croyez qu'on ne vous parle pas dans l'intérêt de la France ...

Le comte Corvetto (°1756-1821), le baron Louis (°1755-1837), le comte Roy (°1764-1847), voici les noms de ceux qui assurèrent la continuité de l'Etat pendant toute la première moitié du XIXème siècle avec la collaboration d'Aimé Jourdan (°1771-1846), directeur des contributions directes.

Je précise que tous ces hommes malgré leurs titres ronflants octroyés à la suite de leurs services étaient de purs bourgeois ... c'est à dire des hommes instruits et qui savaient compter sur leurs propres forces plutôt que sur l'héritage d'un nom illustre.


Peut-il y avoir un salut en-dehors de la science ?
Mon grand-père disait souvent : Il ne faut pas croire, il faut savoir ! C'était presque un non-dit du rationalisme cette locution familière dans notre famille que mon père avait repris et que mon aïeul devait, je suppose, tenir de son bisaïeul polytechnicien et ingénieur des ponts et chaussées.

Ce qui est premier c'est l'ignorance, nous sommes tous d'accord ; non pas que nos gènes soient ignorants puisqu'ils condensent une information venue du fond des âges, mélange d'essais-erreurs et de conformité par délétion ; mais il n'y a pas de science infuse, ni de culture innée. D'autre part l'évolution naturelle des espèces qui ne fait pas appel à l'intelligence est extraordinairement lente alors que l'homme possède un moteur prodigieux pour booster son adaptation : son cerveau.
Le conservatisme de l'espèce humaine — cette espèce de culte des bancs verts de la reine Victoria — est donc contrebalancé par la curiosité toujours en éveil de notre esprit avide de sensations nouvelles. Soit l'on accepte la mort à Venise de l'esprit créateur contemplant la beauté inaccessible du monde, soit l'on va au devant d'elle et du jeune Tadzio ... qui n'attend que votre sourire et une main tendue.
Qu'il y ait un rapport entre les sens toujours en éveil de l'homme — unique animal toujours en rut — et cette curiosité universelle qui le porte vers un accomplissement toujours différé, cela semble vraisemblable ...


L'euro restera l'énigme monétaire du siècle ; pourquoi une monnaie adoubée par tant d'autorités indiscutables est-elle un saint-graal inaccessible d'une économie européenne bien gérée ?

Jacques Mistral vient de publier un ouvrage intitulé Guerre et paix entre les monnaies où tel le général Koutouzov il essaye d'endiguer la débacle devant l'avancée du désordre.


Les professions intellectuelles sont auto-référentielles ; elles sont donc aberrantes comme le disait Valéry mais nécessaires devrais-je rajouter si l'on ne veut pas aller d'un solipsisme à un autre.
Quant à la nature son exploration n'est pas achevée et sa créativité n'est guère à mettre en doute.
Et Dieu dans tout ça selon la célèbre apostrophe ? Evitez le plus que vous le pouvez de le mettre dans un phénomène naturel inconnu car vous risqueriez un grand désappointement lorsque le mécanisme sera reconstitué et mis en évidence par la raison ; il reste donc la pure abstraction et la puissance de l'infini, en l'occurence le nombre fera l'affaire. Dieu sera donc la continu alpha si vous voulez ou n'importe quelle notion d'une arithmémathématique au-delà du premier cercle du dénombrable.

La nature comme profession de foi ? Dans un certain sens c'est celle que pose le scientifique raisonnable, il suppute des lois éternelles, indépendantes de toute conscience et donc amorales par définition. La morale ne commence que là où commence l'homme et sa conscience douloureuse d'être au monde ...

La vague de ces notions subodore que l'homme n'est pas achevé, qu'il est en devenir ... que la tentative prématurée des religions de clore le sujet-homme avec des limites précises arrive toujours trop tôt.

Nous sommes incultes et nous ne nous cultivons qu'en nous frottant les uns aux autres ; cette résistance c'est l'humanité proprement dite.
Celui qui se veut un sur-homme veut s'affranchir de tout frottement et il veut donc en finir avec la culture du fait-homme.

Dans l'économie générale de la civilisation l'homosexualité qui s'affranchit des lois de la reproduction sexuée est un bien car elle met à distance les nécessités premières comme le rêve qui construit une autre forme de conscience nous met en stand-by de la réalité du monde pour notre sauvegarde.

Burn-out : le monde pesant qui espionne continuellement notre conscience.
Burn notice : l'effacement et l'écrasement des données du réel dans le rêve libérateur.

Le romantisme c'est ce mouvement libérateur des consciences à travers le rêve contre le réalisme des faits révérés et révélés par la parole sacrée.


Quelques messages laissés sur le site d'Yves Veillard alias Yfig :


Jean François Copé président de l’UMP se sent très choqué par un ouvrage pour enfants qui s’intitule : Tous à poils ! Pourtant voilà quelque chose de non discriminant de se retrouver en tenue d’Eve et d’Adam … c’est curieux mais il ne doit pas se souvenir de la visite médicale lors de la conscription obligatoire de tous les jeunes hommes français telle qu’elle a eu lieu pendant près de deux siècles !

P.S : Ceci dit il est juif et ceci explique cela ! Moi qui ait vécu avec des juifs pendant mon enfance je peux vous dire qu’il y avait de quoi se poiler dans les vestiaires des piscines à les voir se tortiller dans tous les sens pour ne pas qu’on voit leurs zizis coupés par le rabbin !
D’ailleurs moi aussi je suis circoncis — mais enfin je n’en fais pas une affaire d’état !

Écrit par : iPidiblue et la république à nu | 10/02/2014

Les grecs et les romains n'avaient pas de ces pudeurs ni non plus les gaulois et les francs ! Les rois de France s'habillaient en public et leur nuit de noces avait lieu aussi devant la cour !

Il y a vraiment un gouffre entre nos moeurs d'européens libres et les moeurs orientales des disciples de Moïse et de Mahomet !

La République est une belle fille nue qui montre ses seins sans pudeur et les offre à la foule ! C'est une bonne fille gauloise et franche du col et de la fesse ...

Écrit par : iPidiblue et la république à nu | 10/02/2014

La représentation de la nudité est un axe majeur de l'iconographie occidentale alors qu'elle est absente de tout le moyen-orient ! C'est même un trait consubstantiel à notre culture que de faire du corps un reflet de l'ordre naturel tout entier.

Écrit par : iPidiblue et la république à nu | 10/02/2014

L'église qui est empreinte d'idéaux juifs a bien essayé de faire interdire les autopsies et la dissection post-mortem du substrat de l'âme pour parler comme les chrétiens mais l'esprit européen natif a fini par triompher !

En ce qui me concerne je ne transige pas là-dessus. Notre rapport à la science est en grande partie fondé sur cette relation particulière à la nature de notre corps.

Écrit par : iPidiblue et la république à nu | 10/02/2014


Le premier instrument de mesure de l'univers c'est notre corps ; et particulièrement de notre environnement immédiat. Il y a donc un rapport étroit entre la science qui découle de l'expérience et le monde naturel, si vous voulez intercaler l'âme là-dedans et un ramas de notions obscures vous embrouillez l'enquête directe sur les causes et les conséquences de nos actes.
Et si l'on représente le corps humain, mesure de toutes choses (modo natura ou modénature), alors on le met à nu jusqu'au squelette inclus ... nulle indécence que cette inquisition quoiqu'en pense les théologiens !


Vendredi 21 février 2014 : Désolé pour l'interruption pendant près de trois semaines de mes notes mais je n'avais plus accès à mon serveur pages perso.


Du progrès des instruments de mesure dépend les progrès de la connaissance ; je disais qu'avant 1900 on ne savait presque rien sur l'atome, or à la toute fin de l'année 1895 Röntgen découvre les rayons X puissant instrument d'inspection de la matière qui va permettre à Rutherford, à Bragg père et fils et à Laue de photographier la structure cristalline atomique.
La science cherche à classifier les phénomènes en se soustrayant à la subjectivité ; des ingénieurs français viennent d'inventer un appareil à évaluer la douleur même chez les patients sous anesthésie en mesurant tout simplement la rétractation de l'iris (on dit un peu faussement dilatation de la pupille).


J'ai un jeune cousin — Augustin Laudet (°1987) pour ne pas le nommer — qui a été un des leaders de la Manif pour tous et qui est très impliqué dans un mouvement intitulé Fonder demain d'essence catholique. Comme il est loin d'être idiot (il est passé par l'école centrale de Nantes), il sait jusqu'où ne pas aller trop loin et il a pris ses distances avec les formes extrêmes qu'ont adopté les opposants au mariage des gays (par exemple les Veilleurs).
Il admettra volontiers avec moi que si nous en savions un peu plus long sur les origines du sexe et des genres sexués, nous pourrions un peu mieux classer les phénomènes sociaux qui en découlent ; loin de moi l'idée de nier l'existence des familles et des appariements en-dehors même de toute considération politique car enfin c'est un fait que les enfants étaient élevés dans les familles alors même que les structures politiques actuelles n'existaient même pas dans les limbes de nos penseurs les plus profonds ... mais enfin l'ignorance est un mauvais guide et autant se choisir de meilleurs bergers que les plus incultes de nos contemporains.

La nature ne se décrète pas sans doute mais l'action de l'homme la transforme sans cesse et c'est l'office même du vivant de se bâtir à partir de briques élémentaires pour fonder des édifices plus complexes et peut-être plus instables et plus fragiles dans une certaine mesure mais c'est le prix à payer du progrès de nos consciences.
Je ne pense pas que la foi en un ordre divin implique qu'on se coupe du progrès de la conscience ! Et donc de nos connaissances ...


Paul Valéry était fasciné par les mathématiques — il avait été d'ailleurs dans l'incapacité de se présenter au concours de l'école navale faute d'un niveau suffisant dans cette discipline.
Toujours est-il qu'il idéalisait les pouvoirs de la géométrie comme beaucoup. Il n'a d'ailleurs jamais publié aucun article sur les mathématiques, tout juste a-t-il dans une page célèbre parlé de la rencontre avortée entre Paul Verlaine et Henri Poincaré qui se croisaient à quelques minutes sur le boulevard Saint-Michel, ce qui est une figure obligée de la métaphore de l'esprit valéryen : les deux pôles de son esprit, la poétique et la mathématique.

Jean Dieudonné a commenté les idées de Valéry sur l'art du géomètre ; il le salue comme un précurseur du formalisme, hélas ! si je puis dire ... Paul Valéry aurait compris que les mathématiques ne sont pas l'art de la quantité mais des relations algébriques entre objets indéterminés ! Oui enfin sans la quantité la géométrie ne serait que de la logique appliquée à des problèmes sans portée. La fameuse théorie des ensembles de Cantor, toute neuve alors, tire sa puissance de l'accumulation de la quantité jusqu'à former des bornes fixes ce qui permet d'ailleurs de tirer rigoureusement le continu du discontinu et d'ordonner la logique mathématique moderne en une vaste théorie servante du nombre.
Je crois au contraire de Dieudonné et de Valéry à la puissance arithmétique ; les courbes elliptiques qui ont servi à Andrew Wiles à résoudre la fameuse question laissée pendante par Fermat pendant plus de trois siècles montre encore le lien étroit entre la théorie du nombre et la géométrie la plus élémentaire possible ; il ne faut pas se laisser abuser par l'algèbre qui n'est qu'une notation d'une succession d'opérations simples.

On ne peut pas dire quoique ce soit de plus sur les mathématiciens qu'on ne pourrait dire d'autres hommes ; Paul Valéry a bien connu Emile Borel (°1871-1956) et Paul Montel (°1876-1975) mais il n'a rien noté à leur égard car leur caractère n'avait rien d'impénétrable. Il aurait peut-être eu du profit à fréquenter Louis Bachelier (°1870-1946), son quasi contemporain, qui a été un esprit pénétrant dans un domaine précis celui des probabilités continues qui font jouer au temps un rôle crucial. Or l'art se déploie dans le temps plus encore que dans l'espace, c'est le cas de la poésie et il n'est pas jusqu'au hasard qui ne soit le maître de l'esprit du poète qui saisit les rencontres inattendues que l'esprit des peuples a imprimé à la langue.
Cette rencontre ne s'étant pas faite et ni Lichnerowicz, ni Dieudonné ne connaissant l'oeuvre de Bachelier nous n'aurons donc aucun commentaire supplémentaire.
Je suis, vous vous en doutez, bien meilleur matheux que Valéry, j'ai l'intuition spontanée des noeuds du raisonnement géométrique ... l'Oulipo est le manifeste le plus précis de la rencontre sur une table de dissection de la poésie et du nombre mais l'autopsie de la poésie n'a pas un caractère très réjouissant pour ceux qui ont le goût de la musique des mots, cet art qui se déploie dans le temps.

Note supplémentaire : Louis Bachelier a apporté des idées plus profondes au calcul des chances qu'Emile Borel qui était pourtant très brillant ! Bachelier était un solitaire qui travaillait dans son coin, il a juste reçu le soutien de Poincaré au début de son travail, alors que Borel occupait une place centrale à Paris mais était un touche-à-tout et mondain comme on peut l'être quand on poursuit une carrière dans les salons politiques du Tout-Paris ...
Je me suis intéressé à Bachelier par raccroc à cause de Regnault mais les deux forment un couple éminent de mon point de vue.

L'épouse du colonel Louis Regnault, Henriette Chapuis (°1882-1971) qui était professeur de lettres connaissait fort bien Valéry avec qui elle déjeunait invité par le conservateur du Louvre Paul Jamot (°1863-1939) chez Edouard Lebey, l'administrateur de l'agence Havas, dans son hôtel avenue du bois de Boulogne mais elle le trouvait spécieux ... ce qui n'est pas une mauvaise critique.
Les coquetteries de Paul Valéry avaient du succès auprès des dames ... mais pas de toutes !

Cédric Villani est un garçon charmant — il a dix ans de moins que moi je peux donc être un peu familier avec lui — il aime parler et bavarder à tort et à travers sur son activité (ce qui prouve qu'on peut être profond géomètre et très sociable), quels sont ses centres d'intérêts mathématiques : les plasmas, l'équation de Boltzmann, les réflexions de Monge sur les problèmes de minimum et de maximum et enfin la géométrie riemanienne, théorie-mère de la relativité. Tous ces problèmes qui ont fait sa jeune gloire sont liés à des questions très concrètes de physique.
Pourquoi un tel attrait pour des question de ce style sinon parce que la géométrie a besoin de motivations sui generis, certes, mais aussi de problèmes d'ingénieurs. L'ingénierie consiste à observer un phénomène avant de chercher à le reproduire de manière plus rationnelle que ce que la nature nous donne à voir.
La nature n'est pas très maligne ... elle ne va pas toujours au plus court, elle a le temps pour elle et son efflorescence magnifique cache une grande perte d'énergie pour des résultats souvent douteux.
C'est mon grand-père Georges Driout, éminent mécanicien, qui s'amusait à dire à son neveu par alliance l'agronome Alain Pouliquen (°1941-2012) : Mais pourquoi donc ne pas remplacer une vache qui mange de l'herbe pour fabriquer du lait par une machine ?
Evidemment on y gagnerait en efficacité ce qu'on y perdrait en poésie ...

Valéry s'est représenté sous la forme d'un Narcisse, ce qu'il a fait de mieux ... il aurait voulu aussi être un ingénieur de la poésie, mais vouloir bâtir l'ingénierie poétique c'est au fond détruire l'essence même de la poésie.


Emile Borel a introduit au début de sa carrière les premières notions d'ensemble mesurable mais c'est Henri Lebesgue (°1875-1941) qui a concrétisé cela sous la forme de sa célèbre intégrale (entre parenthèses cela a créé une certaine friction entre les deux hommes alors que le second avait été l'élève du premier).

Valéry couvert d'honneurs et de titres pendant que Gide et Proust n'ont jamais reçu la Légion d'honneur (contrairement à leurs pères respectifs) ... n'y voyez aucune homophobie juste des circonstances indépendantes de notre volonté ! Qu'un Léautaud par anarchisme aurait refusé de toutes les manières le ruban rouge comme Erik Satie rien d'étonnant. Proust avait songé à se présenter à l'Académie française mais il avait noté alors qu'il préparait la publication de Sodome et Gomorrhe que ce volume lui en aurait fermé les portes à coup sûr. Léon Daudet fera avoir le prix Goncourt à Proust, Gide ne recevra aucune distinction en France !

Il est quand même tout à fait extraordinaire de voir Valéry écrire un livre — publié posthumement sans doute — sur l'an-archie tout en ayant mené la vie la plus bourgeoise qui soit sans aucun écart aux convenances ... Stendhal qui a été son modèle pendant sa jeunesse n'aurait certes pas poussé l'hypocrisie sociale à ce degré avec une telle mauvaise foi. Henri Beyle aimait lui aussi les salons et parader devant les femmes mais pas au point d'y perdre sa liberté de parole.

Il y a quand même ce qui s'apparente à un manque de courage social chez Paul Valéry qui détrompe de l'élégance parisienne du poète à la cigarette roulée soigneusement par ses soins ; alors qu'il y avait chez Mallarmé une forme d'héroïsme à accepter les moqueries et les injures des journaleux qui ne le comprenaient pas. On appelle cela manger les marrons que d'autres ont tiré du feu ...

Jean Dieudonné n'est pas un bourbakiste parmi d'autres, il est Bourbaki comme le frère de Sherlock Holmes est le gouvernement anglais aux dires du détective de Baker Street.
Quant à André Lichnerowicz, même s'il ne fait pas partie du groupe de fondateurs de Bourbaki, on sait le rôle prééminent qu'il a joué dans la réforme des mathématiques dites modernes enseignées dès les premiers âges scolaires.

Alexander Grothendieck avait l'esprit brouillon et c'est Dieudonné qui a rédigé ses fameux cours ; mais à la fin l'esprit brouillon l'a emporté et Grothendieck s'est mis à délirer sur la fin du monde, l'écologie et autres billevesées.

Au sujet d'Emile Borel on peut rapporter cette confidence qu'il fit à Valéry : au début de ses recherches il a beaucoup travaillé sur la théorie des ensembles jusqu'à ce qu'il sente qu'il devenait fou (on sait que Cantor lui est devenu tout à fait délirant) ; ce qui explique, je suppose, que Borel s'est mis à s'occuper d'activités para-mathématiques par la suite ...

Je ne crois pas que l'esprit soit un ordinateur infini, une machine de Turing universelle, et qu'il s'enferme dans un cercle vicieux logique ou qu'il ne trouve pas la borne d'arrêt c'est la même chose, sa fragilité se révèle alors dans toute la pénétration des meilleures intelligences.
Poincaré privilégiait l'intuition plutôt que la pure logique et l'on sait aujourd'hui après les travaux de Gödel (autre psychopathe notoire) et ceux de Turing que le problème de la complétude mathématique et celui de l'arrêt sont insolubles.

Moi qui suis un bébé-Lichnerowicz, je ne m'en vante pas trop !


Je signale avec grand retard le décès de la grand-mère paternelle de mes neveux Mme Rolande Le Verger, veuve de Robert Poirier (°1919-2002), le 13 septembre 2010 à Boussy-Saint-Antoine, Essonne.
Comme je l'avais bien connue, je précise qu'elle était née le 20 septembre 1927 à Loudéac, Côtes d'Armor et qu'elle était donc âgée de 83 ans.
Elle avait eu trois enfants et huit petits-enfants.

Elle était pupille de la nation puisque fille cadette de Maître Pierre Ernest Le Verger (°1895-1944) qui était un résistant mort en déportation. Grade de lieutenant dans la résistance en Bretagne, croix de guerre 14/18 et chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume en 1945.
Cf Pierre Ernest Marie Le Verger.

Il a d'abord passé par le camp de Pithiviers ou Beaune-la-Rolande en Loiret avant d'être transféré à Royallieu-Compiègne puis l'Allemagne.
D'après mes renseignements c'est l'ex-lieutenant de vaisseau Maurice Zeller (°1895-1946) qui l'a piégé, sur dénonciation certes, puisque cet opiomane radié de la Marine pour trafic de drogue en Indochine travaillait pour les Nazis et sera fusillé à Rennes en 1946.
Histomag 39-45.


J'admets d'ailleurs volontiers que le héros noir est souvent plus intéressant que le héros blanc ; car celui-là a une trajectoire rectiligne le plus souvent alors que le premier suit une ligne toutes en brisures, en accidents qui raniment l'intrêt qui sinon va faiblissant.
Dans l'idéal le héros blanc devrait avoir fait quelque action noire au début de sa vie et se racheter peu à peu pour que son destin nous paraisse vraiment exemplaire alors que s'il ne s'est donné que la peine de naître et de suivre la ligne du destin pour être un modèle, il nous revient comme image d'Epinal et un peu fade en vérité !

De grands actes oui ! mais rehaussé par le verbe ou les contradictions du fond du décor, le monde qui se dresse à son encontre ... la légende attend celui qui est plus grand que la nature.

Quelle est la place du héros dans une société bourgeoise ? Presque nulle en vérité ...
Dans une société habitée par les dieux le héros est celui qui est choisi, élu pour un sort meilleur, un Walhalla de guerriers, sa mort est un signe ! Il est marqué à la fois par une grande déploration et une grande fête qui réunit les coeurs. Tous les âges ne font plus qu'un seul être, magnifié, grandi aux limites du dicible et du surnaturel.

Le bourgeois ne respecte que la moyenne, pas l'exception. C'est sa nature profonde de n'être ému que par la douce ressemblance des petits êtres ...
C'est pourquoi les panthéonisations dans nos sociétés telles qu'elle sont tombent à plat ; vous prendriez un citoyen lambda pour le canoniser que cela aurait plus de sens et de relief.

Les héros de jeux videos ont plus de vérité que les héros panthéonisés ! Parce qu'ils sont restés dans le pur imaginaire ... et qu'ils ne sont pas rentrés dans la vie quotidienne comme disait Laforgue.


Il n'y pas d'extérieur à la vie bourgeoise donc pas de place pour les êtres extraordinaires. Ce sont soit des ilotes (êtres mi-monstres, mi-humains), soit des êtres servis par le hasard qui n'a pas de conscience comme chacun sait.

Pour un poète la vie est une paraphrase et la mort une litote.


Au sujet d'anciens combattants de 14/18 Robert Mestre (°1888-1975) époux en 1914 à Foix de Suzanne Réveillac (°1888-1984) avait la croix de guerre 14/18 et trois autres décorations diverses ; ils habitaient à côté de mes grands-parents avec qui ils étaient très liés (Suzanne Réveillac était la tante de Jeanine Regnault ; elle était la marraine d'une cloche de Saint-Pierre de Neuilly en 1923) d'abord au 166 avenue de Neuilly vers 1953 puis au 95, avenue du Roule, leur fils Pierre Mestre au 165 rue Danton à Levallois-Perret.
Emile Mestre (°1873-1961) le beau-père et père adoptif de Robert Mestre était officier de la Légion d'honneur à titre civil mais n'a pas fait la guerre de 14/18.

L'autre fondateur des établissements Mestre&Blatgé, Maurice Blatgé (°1870 près de Gaillac, Tarn - 1911) est mort prématurément laissant un fils Georges Blatgé (°1902-1960) qui sera lui aussi vendeur d'automobiles avenue des Ternes et qui sera adopté par son beau-père le docteur Martin Ange Ratynski (°1871 Turquie - ?), officier de la L.H, médecin aide-major en 14/18 à l'hôpital militaire de l'armée polonaise, d'origine donc polonaise et qui prendra son nom d'où la famille des Blatgé-Ratynski qui sont installés à Rayol-Canadel dans le Var avenue du docteur Ratynski, médecin très introduit dans le grand monde parisien (Georges Blatgé épousera en 1929 une demoiselle Hollande, petite-fille de Gustave Sandoz, le célèbre joaillier d'origine suisse installé à Paris). C'est aussi à Rayol-Canadel que se trouvait la villa de Sir Henry Royce (°1863-1933) fondateur de Rolls-Royce rachetée à sa mort par Emile Mestre et dont Robert Mestre héritera malgré la mésentente permanente entre les deux hommes.
Pour la petite histoire c'est le célèbre journaliste Marcel Hutin (°1869 - 1945 ou 1950 ?) né Hirsch qui remettra la croix d'officier de la Légion d'honneur à Ratynski en 1932. Hutin, licencié en droit, chroniqueur au Gaulois et à l'Echo de Paris était protégé de Raymond Poincaré et Clemenceau, ce qui lui valut d'être fait grand officier de la L.H, commandeur de l'ordre d'Isabelle la Catholique, de la Couronne d'Italie, de Saint-Stanislas de Russie (rien moins que tout cela ...) ; en 14/18 ses commentaires des opérations militaires étaient très suivis et lus dans tous les milieux car on le croyait informé directement par les hautes autorités civiles et militaires ! Il y allait le plus souvent au culot ...

Gustave Sandoz (1836-1891) père de Gustave-Roger Sandoz (°1867-1942), commandeur de la L.H, famille d'horlogers depuis cinq générations originaire de Neuchâtel.


Je peux donner quelques précisions intéressantes et même je dirais capitales pour l'histoire de ma famille sur la rencontre entre l'ingénieur Louis Réveillac (°1885-1973) et mon grand-père Georges Driout (°1889-1974).
En 1919 étant rentré de Russie contraint et forcé par la révolution soviétique après un long périple Louis Réveillac, ingénieur des Arts&Métiers, travailla pour le service du séquestre des biens allemands comme l'ingénieur des Mines Georges Driout. C'est donc à Thionville lors de la réquisition des usines Roechling-Carlshütte qu'ils se connurent (L. Réveillac en fera un rapport complet devant Félix Leprince-Ringuet, fondateur de l'école des Mines de Nancy et père du physicien Louis). Cette usine fut construite par l'industriel allemand Robert Röchling (°1877-1948) à partir de 1897 comme succursale des Rochlingsche Eisen et Stahhwerke G.m.b.H. à Volklingen (Sarre). Son frère Hermann Röchling (°1872-1955) passera en jugement à Rastatt en 1948 comme chef de l'économie de guerre du Reich allemand.
Louis Réveillac (°1885-1973) sera en 1923 le parrain de mon père. Il avait épousé avant guerre vers 1910 la petite-nièce de Gabriel Fauré dont il aura trois filles (sa cousine Suzanne Réveillac avait été l'élève particulière du vieux tonton Gabriel).
Il se trouve curieusement que la région de Thionville est presque le berceau des ancêtres Leblanc, Beaufort et Daubrée des Regnault !
En 1945 Louis Réveillac travaillera pour le société Volcan 3 rue du Parc à levallois-Perret spécialisée dans les carburants automobiles.

Après cette courte escapade lorraine Louis Réveillac prendra la direction des établissements Mestre&Blatgé à Paris et fera rentrer son ami Georges Driout dans la maison Michelin en même temps qu'il le mariait à sa nièce.

Adolphe Réveillac (°1841-1910), chevalier de la L.H, entrepreneur et gendre de Jean Tersouly (°1817-1892) habitait au 77 avenue Henri-Martin à Paris, c'est lui qui est le témoin de la naissance de sa petite-nièce Jeanine Regnault en 1902 à Toulouse. Maurice, Marcel et Suzanne Réveillac hériteront de son appartement du 16ème et du chalet de Lauquié à Foix en 1914 à la mort de leur grand-mère.

Faut-il faire la fine bouche devant la Russie ? Il se trouve que ma famille était très liée à Théophile Delcassé (°1852-1923) qu'elle recevait au chalet de Lauquié, ce grand ministre des affaires étrangères, promoteur de l'alliance franco-anglaise et franco-russe et aussi celui qui détacha l'Italie de son alliance avec l'Allemagne, en clair c'est lui qui défit l'encerclement de la France mis en place par Bismarck. D'autre part la France avait des liens historiques avec la Pologne catholique et il nous fallait concilier les antagonismes qui en résultaient puisque la Russie tsariste était tout ce qu'on veut sauf une démocratie exemplaire (on se souvient de ce député lançant à la face d'Alexandre en visite à Paris : Vive la Pologne, Monsieur !).
La situation en 1914 était pour le moins claire, c'était soit l'écrasement par l'Empire allemand, soit la prise à revers par les forces russes qui obligeaient l'armée prussienne à partager son effort militaire sur deux fronts. Ce qui a tenu jusqu'en novembre 1917 où la révolution bolchévique soutenue par le rapatriement de Lénine en wagon plombé par les bons soins de la Wilhelmstrasse a failli nous coûter la victoire puisqu'au printemps 1918 l'Allemagne dans un suprême effort a lancé une dernière offensive sur le front ouest (mon grand-père sera gazé en forêt de Villers-Cotterêts à moins de 80 kilomètres de Paris en juin 1918).
Je crois que ce qui était valable il y a un siècle l'est toujours aujourd'hui ...


En 1904 Louis Jean Réveillac (°1885-1973) obtenait la médaille d'or et la première place du classement de sortie de l'école nationale d'Arts et Métiers d'Aix-en-Provence (J.O du 20/11/1904, liste des élèves brevetés à la suite des examens de fin d'études).
Le Matin du 17/9/1901 : Réveillac admis à l'école des arts et métiers d'Aix (rang 75ème).
Le Matin du 5/1/1906 : Les Médailles d'argent du Matin pour Réveillac, sorti avec le n° 1 de l'Ecole nationale des arts et métiers d'Aix à Lanouvelle (Aude).
Les établissements Réveillac en 1934/1937 se situaient à Romainville et Rosny-sous-Bois.

Décret du président de la République en date du 5/11/1923 : Emile Jean Mestre, industriel à Paris, trente années de pratique industrielle, au grade de chevalier de la L.H, J.O du 8/11/1923.


Les hommes passent leur temps à soulever la pâte de la vie pour voir si quelque chose se produit ...


Le docteur Ratynski était né à Panderma en Turquie comme son frère Antoine Ratynski, architecte, naturalisé Français en 1925. Il parlait donc le turc. Il avait racheté la maison du poète polonais et héraut de l'indépendance polonaise Mickiewicz.
Son père Joseph Ratynski, émigré de 1848 était mort à Constantinople le 25 mai 1885 (il était sous-inspecteur à l'administration de la dette publique ottomane, à Erzerum, Turquie).

— Rappelons que le 17 août aura lieu à Constantinople l'inauguration en grande cérémonie d'une plaque commémorative apposée avec inscription turque sur la maison où est mort A. Mickiewicz, par les soins du Comité jeune-turc Union et Progrès. Y assisteront avec toute la colonie polonaise de Constantinople, la famille Ratynski et notre camarade Thadée Gasztowtt, qui a été l'instigateur de cet hommage rendu à notre grand poète par nos amis les Jeunes-Turcs.

La Fête de Mickiéwicz à Constantinople (1909).

Ainsi que nous l'avions annoncé, une très intéressante cérémonie a eu lieu à Constantinople, le 17 août. Il s'agissait à la fois d'honorer le souvenir des volontaires polonais morts pendant la guerre de Crimée dans les rangs de l'armée turque et de célébrer l'inauguration d'une plaque commémorative apposée par les soins du Comité « Union et Progrès » sur la maison où mourut Adam Mickiéwicz, rue Adam. (On nous annonce, au dernier moment, que cette rue s'appellera désormais rue Adam Mickiéwicz).

L'autorisation donnée aux organisateurs de cette double commémoration par les autorités turques, et la part prise par elles aux manifestations polonophiles sont d'autant plus dignes de remarque que la ville de Constantinople se trouve actuellement placée sous le régime de l'état de siège, et que toute manifestation étrangère y est rigoureusement interdite, ainsi que le déploiement de drapeaux non turcs. Exception a été faite à cette interdiction générale, uniquement en faveur des Polonais.

La solennité commença par une messe en musique (de don Perosi), à l'église Sainte-Marie-Draperis, où se trouvent les tombeaux des Confédérés de Bar morts en Turquie, terre d'asile, et dont le maître-autel est surmonté d'un tableau de Notre Dame de Czestochowa. L'office fut célébré par le P. Nicolas Kiefer, curé de la paroisse, et Polonais — suivant la tradition. Un catafalque orné de drapeaux polonais et de l'étendard des volontaires polonais au service de la Turquie, portant la Croix à côté du Croissant, frappait les yeux des arrivants. Nos lecteurs savent que le premier drapeau portant ces emblèmes côte à côte fut remis par les ordres du Sultan Ahmed III aux cosaques polonais de Mazeppa.

La chorale de Saint-Antoine (des Pères Franciscains italiens) prêtait son gracieux concours à cette cérémonie.
Les hymnes « Boze cos Polske » et « Jeszcze Polska » qui encadrèrent l'office, le sermon d'un patriotisme ardent prononcé en français par l'abbé Wisniewski, vicaire de la Cathédrale du Saint-Esprit, émurent vivement les auditeurs. Outre la colonie polonaise de Constantinople, parmi laquelle une mention spéciale doit être faite de notre si dévoué et si zélé compatriote M. MICHEL GRABOWSKI, on remarquait une délégation du Comité « Union et Progrès », comprenant le Dr NÀZIM et SALAHEDDINE BEY ; HÀLIL BEY, commandant de la Garde Impériale, et de nombreux officiers ; ZÉKÎ BEY, chambellan de S.A.I Le Prince Abdul Medjid ; S.T. GASZTOWTT, notre camarade et correspondant, représentant les institutions, polonaises ; le Cte OSTROROG, le Dr OBERMAYER, et une délégation du village polonais d'Adampol ; DJELAL NOURY BEY, représentant du Comité Ottoman de la Crète ; les généraux MEHMED TEWFIK, RIFAAT PACHA et CHUKRI PACHA anciens combattants de la guerre de Crimée ; des représentants du Comité persan, ENDIUMEN SEADIT-IRANIAN ; des représentants des Tartares, Géorgiens et de tous les Musulmans de Russie ; des Serbes et des Bulgares ; MIDHAT BEY, député de Serrés ; MOUKTAR BEY, ambassadeur de Turquie à Budapest.

La sortie, dont on nous communique une photographie, qui sera d'ailleurs reproduite dans les journaux illustrés, fut très imposante. Les drapeaux polonais et turcs déployés étaient entourés par les délégations. A remarquer la présence de descendants de Mahomet fraternisant avec nos compatriotes et ayant assisté à la messe catholique. Leçon de tolérance !

Précédé par les cultivateurs d'Adampol qui portaient les drapeaux, le cortège se dirigea vers la maison où mourut Mickiéwicz, et qui appartient à notre membre associé, le Dr MARTIN RATYNSKI. Il l'y attendait, et l'accueillit par un chaleureux discours en turc. Après lui, SALAHEDDINE BEY, au nom du Comité « Union et Progrès », prononça un éloquent discours, dans lequel il rappela que la Turquie n'avait pas reconnu les partages de la Pologne : (Nos lecteurs savent que, par suite de ce refus de reconnaître les partages, la Turquie n'a aucun consul en Pologne, encore actuellement).

A cet instant, et suivant une ancienne coutume musulmane observée à toute grande solennité, le Dr Ratynski fit immoler un mouton, dont les morceaux sont destinés à être distribués aux pauvres.

...

DISCOURS le 17 août 1909 :

Allocution (en langue turque) du Docteur Martin RATYNSKI, en recevant les délégations devant la maison, lui appartenant aujourd'hui, où mourut Mickiewicz :

« Le soleil de la Liberté qui luit depuis peu sur la Turquie vient, en ce jour, à l'occasion de la glorification de Mickiewicz, jeter ses rayons sur la Pologne : j'en remercie vivement, au nom de tous les Polonais, la vénérable Turquie, la sainte société « Union et Progrès » et les honorables personnes qui ont bien voulu prendre part à cette cérémonie.
« Vivent le Souverain Ottoman et la sainte Patrie ottomane !
« Vive la société « Union et Progrès » ! »


Ce n'est évidemment pas pour les beaux yeux de la Vierge Noire de Czestochowa que la France de Napoléon III fit la guerre en Crimée contre la Russie impérialiste ... c'est pour des raisons plus immédiates et nettement plus intéressées ! Puisque dès 1854 Ferdinand de Lesseps obtint auprès du Khédive, sujet du sultan ottoman, la concession du canal de Suez au grand dam des Anglais qui s'étaient faits roulés dans la farine par la diplomatie française en croyant nous faire combattre à leur seul et unique profit !

Contre l'Empire Russe les Ottomans cherchaient tous les ralliements possibles et leur protection avantageuse des Polonais en exil ne les empêcha nullement de s'allier à l'Empire Allemand et à l'Autriche-Hongrie en 14/18 parties prenantes du démembrement de la Pologne au XVIIIème siècle ! Il ne faut pas se leurrer sur les bons sentiments des uns et des autres ... Delcassé échoua à rallier la Bulgarie aux Alliés mais ne songea même pas à courtiser la Sublime Porte : il savait que ce serait peine perdue puisque nous étions avec le Tsar contre les Allemands (les Boches comme on disait dans le langage populaire).


En 1919/1920 une importante mission militaire française conduite par le général Weygand vint en aide aux Polonais en déroute face à la jeune armée rouge de Trotski et du général Toukhatchevski ; dans cette mission on comptait un capitaine de retour de captivité qui deviendra un jour célèbre Charles de Gaulle et le capitaine aviateur Robert de Lattre (°1894-1944) qui sera fusillé par les Nazis à Nice le jour du débarquement allié le 15 août 1944 en tant que résistant, membre de la France libre ; il eut trois fils, Alain de Lattre (°1923-2011), Roland de Lattre et Michel de Lattre ; l'ainé marié à la soeur de mon père Bernadette Driout et le benjamin avec Anne Champagne de Labriolle, sa cousine germaine.

Précision importante de Martin Ange Ratynski en 1883 :

La maison d'Adam Mickiewicz à Constantinople.
— La maison où mourut le poète Adam Mickiewicz, le 26 novembre 1855, à Constantinople, fut détruite en 1870, lors du grand incendie de Péra. « Par conséquent, nous écrit notre camarade Ratynski, pour tout souvenir de notre illustre écrivain, il ne restait que le terrain où il mourut et le nom de la rue, qui s'appelle rue Adam. Mon père a fait construire une nouvelle maison sur l'emplacement de l'ancienne et poser, au-dessus de la porte d'entrée, une plaque avec une inscription commémorative. A propos de la rue, les habitants du quartier prétendent que ce nom d'Adam a été donné à cette voie, parce qu'elle était si étroite qu'un seul homme pouvait y passer (Adam, en turc, signifie homme). Mais cette assertion n'est pas exacte, car tous les noms des rues de Péra furent donnés par des ingénieurs polonais, et ceux-ci nommèrent ladite rue « Adam » en souvenir du poète Mickiewicz. »

L'école Polonaise des Batignolles fondée en 1842 et installée en 1874 au 15 rue Lamandé comptait en 1877 au nombre des élèves Joseph Ratynski que je suppose être le frère aîné de Martin et Antoine.


Quelques clefs de l'univers de la Recherche du Temps perdu :

— Bloch, l'intellectuel juif parvenu qui cherche à s'introduire dans tous les milieux mais qui garde mauvais genre : le radiodiffuseur Alain Finkielkraut, le fils du maroquinier, pas de style mais un toupet à toute épreuve qui s'impatronise à l'Académie française en se servant de ses amis comme d'escabeaux et les jette dès qu'ils lui sont par trop encombrants.
— Le baron de Charlus, de grandes origines mais un vice de constitution, une prétention à régenter son monde mais des échecs successifs qui l'amènent aux lisières de l'abjection dans un hôtel de passe : l'auvergnat de souche Renaud Camus, académicien blackboulé, perpétuel abonné aux demi-mondes des concierges et des garçons de bain que ce soit en politique ou en littérature. Beaucoup d'érudition, peu de lucidité sur lui-même ... tel est Tricks qui croyait prendre !
— Madame Verdurin, inoubliable figure de la bourgeoise qui veut avoir son jour : Frigide Barjot, qui de manif en manif devient la référence culturelle de ceux qui ont un pois chiche dans la cervelle et quand elle veut absolument prouver qu'elle a un coeur immense elle ne démontre que sa sécheresse intellectuelle.
— Le duc de Guermantes, membre du Jockey Club, coureur de jupons : Valéry Giscard d'Estaing, ravagé par la passion nobiliaire, qui veut faire peuple en jouant de l'accordéon à des éboueurs mais ne rêve que de baiser Lady Di ! Mondain ridicule qui ne se sauve que par sa goujaterie de ses échecs politiques. Ce peuple français est trop vert et n'est bon décidément que pour des Chirac.
— Albertine dont est éprise le narrateur ou Odette courtisée par le noble Swann et qui le trompe effrontément avec tous les hommes de passage et même ses amis les plus intimes : au choix prenez une journaliste sans talent ou une actrice sans succès ou une chanteuse sans voix qui aurait une aventure avec un locataire de l'Elysée. Comme nous sommes des gentlemens nous ne citerons pas de noms ...

Comme on le voit les cornues et alambics de Marcel Proust sont toujours aussi efficaces pour décrire l'actualité qui n'est pas si actuelle qu'on pourrait le croire ! La littérature est un fusil à tirer dans les coins ... du coeur de la société.


Le Journal de Toulouse dans son édition du mercredi 23 septembre 1863 publie une annonce qui est ainsi rédigée :

CHALET A LOUER

Balcons autour de la maison, escaliers extérieur et intérieur, sept pièces au premier dont deux élégamment garnies si on le désire, deux jolies chambres de domestique au second, grenier, cuisine, cave, salle de bains, lieux à l'anglaise et eau excellente dans toute la maison aux moyens de conduits. Cette jolie habitation, entourée de massifs, pelouses, pièces d'eau, cascade, ponts et bancs rustiques, située à un kilomètre de Foix, au pied des Pyrénées, devant un panorama magnifique, donnera droit à la promenade sur toute la propriété, composée de belles allées, prés, bosquets, bois, arbres verts, etc, d'une surface de dix hectares environ. S'adresser à Foix à la famille Tersouly.

Ce qui démontre que le chalet de Lauquié a dû être construit vers 1860 soit une dizaine d'années avant la guerre de 1870 époque où j'avais situé son édification. Pourvu de tout le confort à l'anglaise comme on disait, il était très moderne pour l'époque ce qui n'est guère étonnant puisque Jean Tersouly était entrepreneur de son métier. Il comportait au rez-de-chaussée un magnifique salon central avec plafond sculpté qui a malheureusement été détruit lors la récente rénovation qui en a fait la maison départementale du tourisme.

Jean Tersouly avait été élève dès 1833 à l'Institut agricole de Coëtbo (commune de Guer près de Saint-Cyr Coëtquidan), il en avait conservé la passion de l'agronomie et remporta de nombreux prix pour ses élevages d'animaux sur des terres qu'il possédait à Foix, héritées de ses parents, et surtout pour les plantes exotiques qu'il acclimata à Lauquié ; c'est d'ailleurs en allant visiter l'institut royal horticole du château de Fromont fondé en 1827 par le chevalier Soulange-Bodin à Ris-Orangis qu'il rencontra son épouse en 1851, fille du médecin de cette ville. Historiquement très importante cette fondation puisque c'est Soulange-Bodin qui conseilla Joséphine pour son domaine de la Malmaison. L'avocat Etienne Calmelet était son beau-père et le témoin de mariage de Bonaparte et Joséphine (et le conseiller financier de la famille des Beauharnais).
En 1864 au mariage de la seconde fille du docteur Davesne, les témoins étaient le marquis de Talhouët-Roy (un des hommes les plus riches de France, petit-fils du ministre des finances de Louis XVIII) et son beau-frère Arrighi duc de Padoue.

Qui ne se souvient à Foix de Fritz Unger (32 ans), le chef ; d'Aloïs Iser (32 ans), l'Autrichien sadique et d'Hans Greef le Roumain ? Devant de tels exemples, que représentent les pauvres et jeunes miliciens sans nerfs et sans volonté ?
À Foix, dans l'Ariège, refuge des Juifs et des Espagnols antifranquistes, un commando de la police nazie occupe la villa Lauquié, dirigé par Fritz Unger, puis par Walter Kutschmann, commissaire criminel muté à Paris en 1943, puis à Hendaye et Foix.


Walter Kutschmann (°1914-1986) est un des plus grands criminels de guerre de cette époque.

Ça c'est la face sombre du chalet ... après la face ensoleillée de tant de fêtes de famille.

La Gazette du Village, Librairie agricole de la Maison rustique, Paris 1872 :

Foix-sur-Ariége, 13 novembre 1872.

Monsieur le rédacteur,

Vous avez eu la bonté de transmettre ma lettre à M. Vigneron, dont l'article sur le pincement court des poiriers (Gazette du Village, n° 35) m'avait frappé. Sans avoir l'honneur de connaître ce savant arboriculteur, je lui ai demandé quelques conseils, par votre intermédiaire, sur la mise à fruit de pommiers en cordon excessivement vigoureux, et ne donnant guère que des têtes de saule, malgré les pincements répétés depuis deux ans et prescrits en pareil cas. Il est vrai que mes arbres sont plantés dans un terrain très-frais, et que notre climat chaud et humide se prête à une végétation des plus luxuriantes.
Il est vrai encore que mes arbres ont douze ans et que, munis de nombreuses racines, et déjà d'un diamètre de 8 à 10 centimètres en moyenne de tige, il est difficile de modérer cet excès de végétation que je n'ai pu contenir cette année, et cela malgré les scions vigoureux que j'ai tissés de distance en distance pour absorber la sève, malgré la liberté entière des bourgeons de prolongement, et malgré, en outre, un rameau vigoureux laissé en liberté aussi sur le coude de l'arbre et destiné à former un second rang horizontal. Il faut ajouter qu'en mon absence, ces arbres ont été mal traités pendant dix ans.
M. Vigneron, professeur d'arboriculture à Vitry-sur-Seine, a eu l'extrême obligeance de me répondre en me donnant de précieux avis. Je crois être utile aux amis de l'art horticole en reproduisant un extrait de sa lettre, persuadé que vous lui ferez les honneurs de la publication.

Veuillez agréer, etc. TERSOULY.

Ce qui confirme deux choses : que le chalet de Lauquié a dû être construit vers 1860 et son parc planté à la même époque puisque les pommiers de Jean Tersouly ont douze ans d'âge en 1872 et ensuite sa passion pour l'agronomie.
Son absence pendant plusieurs années s'explique notamment par la construction de la ligne du chemin de fer du Saint-Gothard en Suisse, un des travaux d'art les plus importants en Europe à cette époque.

1879 annuaire des chemins de fer suisses : Tersouly, Johann, in Foix (Ariège). Vorläufige Adresse : Luzern, Hotel St. Gotthard (Suisse).

En 1886 Jean Tersouly propriétaire à Foix assiste au Congrès international d'hydrologie et de climatologie à Biarritz.


On appréciera la pureté de la langue de Jean Tersouly : sa concision et sa précision ; il semble que la bourgeoisie instruite de ce temps avait le souci de la forme du langage en premier lieu pour exprimer sa pensée par les voies les plus immédiates sans oublier la politesse naturelle au peuple français.

Il y a plus qu'un vernis de culture chez cet homme énergique, ses parents étaient des cultivateurs à Foix mais il a su acquérir le surplus de civilisation au contact d'autres milieux et se polir dans les grandes affaires qu'il conduisait.

Sa troisième fille Alix Tersouly (°1860-1943) épousa l'avocat Paul Fourtanier (°1842-1924), fils du célèbre avocat de Toulouse Alexandre Fourtanier (°1805-1864) ; ils habitaient au chalet de Mercié à Mas-Grenier avec leurs deux filles (d'où les Lassalle et les Badie).

Chalet de Mercié à Mas Grenier.

Chalet-de-Mercie-a-Mas-Grenier.JPG (34761 octets)

Leur fille aînée Mathilde Fourtanier (°1881-1977) épousa en 1906 au chalet de Mercié (à cause des inondations le mariage eut lieu au chalet, Jacques Paul Fourtanier étant le maire de Mas-Grenier et le conseiller municipal Jean Arquié faisant fonction d'officier d'état-civil) Jacques Lassalle (°1873-1944), trésorier-payeur général du Lot à Cahors. Jenny Davesne (°1825-1914) était un des quatre témoins du mariage de sa petite-fille.


Journal des débats politiques et littéraires du vendredi 12 décembre 1930 :

Le 9 décembre a été célébré, à Saint-Gaudens, le mariage de M. Pierre Goudal, ingénieur, licencié ès sciences et en droit, fils de l'intendant général Goudal, commandeur de la Legion-d'Honneur, et de Mme, avec Mlle Henriette Mariande, fille de Mme veuve Raoul Mariaude, propriétaire du château d'Estancebois.
Les témoins étaient : pour le marié, le général d'artillerie divisionnaire Farsac, ancien commandant de l'artillerie franco-britannique en Italie, et M. Lassalle, trésorier-payeur général ; pour la mariée, le colonel d'artillerie Séguéla et M. Crein, ingénieur.

Il s'agit de Juliette Séguéla épouse de Raoul Mariande (et non pas Mariaude comme écrit faussement dans le journal), cousine germaine de Emile Marie Louis Séguéla (°1869 Montauban - 1948 Montauban), X 1888, général de brigade, officier de la L.H, fils du couple Séguéla-Mallet. Il doit y avoir une parenté avec Jérôme Séguéla qui administrait la Banque de France de Foix (établie par décision du conseil de régence du 8/7/1875) et qui a présenté Jean Regnault à Madeleine Pomiès en 1900.

Journal des débats politiques et littéraires du mardi 9 avril 1935 :

Un avion de tourisme piloté par M. Lassalle, vingt-sept ans, fils du trésorier-payeur général du Lot, et dans lequel avait pris place, comme passager, M. Herans, trente-cinq ans, ancien pilote militaire, est venu s'écraser sur le sol, près du cimetière militaire de Cugnaux. L'accident serait dû à une perte de vitesse. Les deux aviateurs ont été tués sur le coup.

Il s'agit de Roger Lassalle (°1909-1935), administrateur des colonies, deuxième des quatre enfants du couple Lassalle-Fourtanier. Cugnaux se trouve en Haute-Garonne près de l'aérodrome de Francazal (il doit s'agir d'un meeting aérien). Le vrai nom du passager doit être Héran et non pas Hérans.

L'Express du Midi édition de Toulouse du mardi 9 avril 1935 :
Plusieurs annonces.
Les Aéro-clubs et le Cercle Aérien : Monsieur Roger Lassalle Monsieur Marcel Héran décédés accidentellement le 7 avril et vous prient d'assister à leurs obsèques qui auront lieu le mardi 9 avril en l'église de l'Immaculée Conception faubourg Bonnefoy etc.

Monsieur Jacques Lassalle trésorier-payeur général du Lot, Madame Lassalle et ses enfants, Marguerite, René et Jean Lassalle, Madame Paule (sic) Fourtanier, le lieutenant-colonel Badie, Madame Badie et ses enfants, Madame Réveillac et ses enfants, Madame Paumiès (sic) et ses enfants, Madame Roquelaure, Monsieur et Madame Roubichou et leurs enfants ont la douleur de vous faire part de la perte cruelle qu'ils viennent d'éprouver en la personne de Monsieur Roger Lassalle, lieutenant de réserve d'aviation, adjoint des services civils de l'A.O.F, décédé accidentellement à l'âge de 26 ans, et vous prient d'assister à ses obsèques, qui auront lieu le mardi 9 avril, à 10 heures, en l'église de l'Immaculée-Conception (faubourg Bonnefoy). On se réunira à l'église. Il ne sera pas fait d'autre invitation, le présent avis en tenant lieu. Domicile mortuaire chez M. Collomb, 35 rue des Lois. On ne reçoit pas ; on s'inscrit.

Compte-rendu des obsèques et de l'inhumation à Terre-Cabade : L'Express du Midi édition de Toulouse du mercredi 10 avril 1935.
Les obsèques des aviateurs victimes de l'accident de Francazal.

L'Express du Midi édition de Toulouse du vendredi 12 avril 1935 :
Remerciements. Madame veuve Héran, Mademoiselle Marie Françoise Héran, Mademoiselle Cécile Héran etc ... profondément touchés des marques de sympathie témoignées à l'occasion du décès de M. Marcel Héran (26 ans, leur fils et frère) voyageur de la « Suze », sergent de réserve d'aviation, membre de l'Aéro-club etc.

L'Ouest Eclair édition de Nantes et édition de Caen et de Rennes du 8/4/1935 :
Un avion de tourisme s'écrase au sol
Les deux occupants sont tués
Saint-Gaudens, 7 avril. Ce matin, vers 11 h. 45, non loin de Francazal, un avion de tourisme piloté par M. Lassalle, 27 ans, fils du trésorier payeur général du Lot et dans lequel se trouvait M. Hérans, 35 ans, ancien pilote militaire, s'est écrasé au sol, à la suite d'une perte de vitesse, près du cimetière de Cagnaux. Les deux occupants ont été tués sur le coup.

Les Ailes journal hebdomadaire de la locomotion aérienne du 11/4/1935 :
UN AVION DE TOURISME appartenant à M. Lassalle, et piloté par lui, est tombé, le 7 avril, en perte de vitesse, près de Francazal. Le pilote et son passager, M. Herans, ancien pilote militaire, ont été tués sur le coup.

Comme on le voit la dépêche d'agence reproduite dans les grands journaux parisiens est assez imprécise ...


Alexandre Fourtanier était le frère cadet d'Edouard Fourtanier (°1803-1858) lui aussi avocat à Toulouse mais moins renommé que son puîné ; ses fils Louis Fourtanier et Paul Fourtanier, tous deux avocats ont fondé juste après sa mort en 1864 un prix et une médaille Alexandre Fourtanier pour les nouvelles recrues du barreau toulousain que le jeune Gaston Monnerville (°1897-1991) remporta en 1921 avant de faire la brillante carrière politique que l'on sait (sa couleur de peau ne lui ayant nullement porté ombrage, ni contrecarré ses ambitions sauf sous Vichy).

Si Roger Lassalle avait survécu à son accident, il aurait participé à la campagne de France en mai-juin 1940 en tant que lieutenant d'aviation de réserve et aurait probablement été abattu par la chasse allemande vu le pauvre matériel dont disposait l'armée de l'air française lors de cette malheureuse équipée sauvage de la Wehrmacht sur le territoire français !
La Luftwaffe ayant envoyé au tapis pratiquement toute l'aviation française.


L'aviation française durant la campagne de France.

Sur 800 pilotes français engagés dans les combats, près de 200 seront tués, 188 blessés et 31 faits prisonniers. Les quelques 1 000 avions allemands abattus par les Français entre septembre 1939 et juin 1940, feront cruellement défaut à la Luftwaffe lorsque la bataille d'Angleterre sera lancée au cours de la seconde partie de l'été 1940.


Si je compte bien un pilote français avait une chance sur deux d'être abattu par les aviateurs allemands.

Ma mère et sa soeur aînée qui était enceinte ont fait Le Mans-Poitiers en autocar en juin 40, elles ont été survolées par de nombreux appareils allemands mais pas un seul français ... cette impression du désert du ciel français a été ressenti par de nombreux observateurs.

Le général De Gaulle a conservé longtemps après une dent contre Paul-Louis Weiller et Marcel Bloch les deux principaux avionneurs français.

En 14/18 l'aviation militaire française est devenue la première au monde grâce à l'action d'industriels comme les frères Michelin et Louis Renault entre autres ; les années trente ont été nettement moins glorieuses à tous points de vue.


J'ai regardé hier soir tard dans la nuit une rediffusion de l'entretien entre Bernard Pivot et Claude Lévi-Strauss qui avait été enregistré en 1984, il y a donc exactement trente ans ; je dois admettre que la pensée de l'ethnologue français ne m'a jamais intéressé et si je devais pratiquer cette discipline je ferais plutôt l'ethnologie de la modernité et d'ailleurs c'est le poète Charles Baudelaire qui a été un des meilleurs penseurs de notre époque avec ses syndromes et ses malaises, ses gloires et ses triomphes, pas un spécialiste des sciences humaines.
Quelques réflexions à brûle-pourpoint sur ce visionnage inachevé : d'abord la vanité de l'homme, qui se plaît dans un miroir, celui que l'intervieveur lui tend tout en faisant des clins d'oeil malicieux au voyeur de la télévision ; cela suffirait à rompre tout le charme de cette conversation où tant de complaisances brisent net le monologue intérieur.
Que cet écrivain — car malgré la prétention à la science il est tout autant un écrivain que Sigmund Freud l'était qui prétendait tout comme lui à l'exactitude scientifique — confonde ce qui relève de l'imaginaire pur et de l'ordre naturel souligne les limites de l'exercice de style que représente l'ethnologie, ce décentrement du regard occidental, qui comme le remarque Lévi-Strauss débute avec des écrivains de la Renaissance tels Rabelais et Montaigne qui en se replongeant dans une civilisation disparue, celle des Grecs et des Romains, donnent ses lettres de noblesse à la réflexion des civilisations comparées.
Claude Lévi-Strauss étudie des sociétés encore à l'âge néolithique ou presque et il regrette leur arasement par la globalisation du monde qui n'était pas encore parfaite dans les années trente, il se déclare donc parfaitement étranger à un monde où finissent ces singularités sociales ; ce surplomb du regard d'un juif occidental sur des sociétés encore plus fermées que celles du ghetto maquille sa profonde hostilité à ce qui advient : la fin de la judéité. On avait loisir d'être un européen tout en cultivant un délicieux anachronisme temporel de fils de Moïse, les bienfaits d'une société ouverte et le doux cocon d'un milieu exclusif.

Claude Lévi-Strauss est un des pères de l'écologie humaine et il a occupé une place aussi importante dans l'après-guerre en tant que destructeur de la supériorité naturelle du sentiment européen qu'avant-guerre celle de Freud face au christianisme. Ils ont fait tous deux de la mythologie comparée au bénéfice exclusif de leur gloire propre sur les ruines fumantes d'une société dont ils étaient malgré tout issus.
Il ne s'agit pas de les détruire à coup de boulets rouges tirés à bout portant mais enfin on peut avec le recul soupeser le rôle que chacun des ces juifs historiques a joué dans la destruction de l'identité européenne en corollaire avec les deux conflagrations mondiales qui se sont jouées sur le théâtre européen, centre de la civilisation dominante de l'époque.
On connaît le mot fameux de Freud arrivant en Amérique : Je viens leur apporter la peste.
Quand Stevenson s'acclimatait en Polynésie française, il ne cherchait évidemment pas à convertir les indigènes mais à se faire adopter par eux en devenant Tusitala, le diseur de contes, quand Gauguin s'éprenait des Marquises, il faisait déshabiller les autotochnes acculturés par les missionnaires et leur faisait reprendre leurs beaux habits traditionnels.
Nos deux missionnaires judéisants, Freud et Lévi-Strauss ont fait à peu près l'inverse avec les Occidentaux ... ils les ont ridiculisé dans leurs beaux habits modernes.

La vengeance du serpent à plumes ... tu rampes puisque tu es un vil serpent tentateur et pourtant tu voudrais bien t'envoler puisque tu as des plumes comme un oiseau ! Les intellectuels qui à défaut de fonder une religion voudraient bien qu'on les adore comme des demi-dieux sont les pires ennemis du genre humain si on les prend au mot ...


Vous savez que Freud a commencé sa carrière intellectuelle à Paris — centre de l'intelligence au XIXème siècle — sous l'autorité de Charcot en étudiant les formes de l'hystérie féminine ; en quelque sorte il a voulu appliquer sa jeune science à la société européenne toute entière qu'il a vu comme hystérisée par le christianisme, versant alors dans les passions nationalistes sur le plan politique, féminisée par ses désirs refoulés et dont l'extension matérialiste et positiviste cachait mal les malaises et les mal-être. Wagner et Nietzsche avant lui avaient déroulé un opéra fabuleux pour reprendre les termes de Rimbaud, dénonçant ce siècle à mains funestes alors qu'au fond ses désirs tendaient à une immolation de la civilisation tout entière.
Je ne conçois pas une société avancée sans ces miasmes de déliquescence et ces vertiges éblouis.

Pascal avait écrit une prière pour le bon usage des maladies ; eh bien ! je crois qu'il y a un juste usage des maux de la civilisation.


En 14/18 Emile Mestre fabriquait des obus dans son usine de Persan Beaumont (Val d'Oise), Mestre et Blatgé avaient d'autres établissements industriels avant guerre notamment au 58 boulevard Richard-Lenoir à Paris, 11ème.

L'Echo des Mines et de la Métallurgie du 8/4/1907 (En 1906/1907 mon grand-père se trouvait déjà en classes préparatoires au lycée Saint-Louis donc il devait connaître la maison Mestre&Blatgé de renom au moins, d'ailleurs son frère cadet René qui étudiait en Sorbonne était un cycliste émérite) :

UNE MAISON QUI PROSPÈRE

La Maison Mestre et Blatgé se développe d'une façon remarquable. Hier encore c'était un petit magasin, rue Brunel (dans le quartier du Cycle et de l'Automobile) pour les pièces détachées. Puis, la firme s'est construit à deux pas de ce magasin une maison tout en fer, d'un très imposant aspect. Aujourd'hui, nous apprenons la formation d'une Société Anonyme par la fusion avec la maison de M. Albert Hénon, des Ardennes, déjà associé de M. Mestre et dont la raison sociale était Hénon et Mestre.

Emile Hénon, oncle de Alb. Hénon, devient administrateur de la nouvelle société, tous les deux sont industriels dans les Ardennes.

Le capital est de deux millions, avec Siège social, 5, rue Brunel (Paris). Le Conseil est ainsi composé :

Emile Mestre, Maurice Blatgé, Albert Hénon, Emile Hénon.

M. Mestre est administrateur-directeur statutaire, Mme Mestre est nommée sous-directeur de la Société, car c'est à son activité, et à sa vive intelligence des affaires, à sa façon gracieuse de traiter la clientèle qu'est due en partie l'étonnante prospérité de cette maison bien française.

L'économiste parlementaire numéro de novembre 1919 :

Etablissements Mestre et Blatgé.

Cette Société, dont le titre était à l'origine « Anciens Etablissements Mestre et Blatgé et Hénon et Mestre », a été constituée le 18 mars 1907 au capital de 2 millions de francs, divisé en 10,000 actions ordinaires de 100 francs attribuées aux apporteurs, et 10,000 actions de priorité émises contre espèces. Ses affaires s'étant rapidement développées, son capital a été porté à 5,000.000 de francs, par quatre émissions successives d'actions de priorité de 100 francs dont la dernière, au mois de janvier 1914.

Il n'a pas été émis de bons ni d'obligations avant les 6,000 bons de la présente émission.

La Société n'a cessé d'étendre son champ d'action ; ses magasins à Paris, ainsi que ceux de ses agences et succursales, sont largement approvisionnés de tout ce qui concerne l'automobile, le cycle, l'aviation et les sports ; elle a fait construire, à Persan-Beaumont (Seine-et-Oise), en 1915-1916, de vastes usines pour l'exécution de marchés de matériel de guerre.

Le produit de la souscription des 6,000 bons décennaux est destiné à faire face aux dépenses nouvelles d'aménagement des usines et aux achats cle matières premières que nécessitent les fabrications d'après-guerre.

Voici quelle est actuellement l'organisation générale de la Société :

Siège social à Paris, 42, avenue de la Grande-Armée ; dépendances, 5, 7, 18, rue Brunel.

Usines à Persan-Beaumont et à Courbevoie.

Huilerie à Levallois-Perret.

Agences à Bordeaux, Lille, Nice et Alger.

Succursales à Londres, Bruxelles, Madrid, Milan, Buenos-Ayres et Rio-de-Janeiro.

Les bénéfices réalisés par la Société lui ont permis de distribuer aux actions des dividendes de :
13 0/0 pour chacun des exercices 1907, 1907-1908 1908-1909 1909-1910
13.50 0/0 pour l'exercice 1910-1911 ;
15 0/0 pour l'exercice 1911-1912 ;
17 0/0 pour l'exercice 1912-1913 ;
16 0/0 pour chacun des exercices 1913-1914, 1914-1915, 1915-1916 et 1916-1917 et de porter chaque année aux réserves d'amortissement et aux réserves légales et prévisionnelles des sommes importantes qui. au dernier bilan du 31 octobre 1917. s'élevaient à 4,137.026 fr. 38, soit plus de 82 0/0 du capital social.

Les résultats obtenus depuis sa fondation sont bien faits pour donner confiance dans l'avenir de la Société.

Le Conseil d'administration :
M. Emile Mestre, négociant à Paris, président ; Mme Emile Mestre, M. Emile Hénon, industriel à Cons-la-Grandville (Ardennes) ; M. Albert Hénon, industriel à Cons-la-Grandville (Ardennes).

Idem numéro du 30 octobre 1919 :

Les Etablissements Mestre et Blatgé, spécialisés dans la fabrication et la vente des accessoires du cycle et de l'automobile, ont, pendant la guerre, sans cesser d'exploiter la branche originelle de leur activité, transformé et augmenté leur outillage et leurs installations en vue de la fabrication pour les besoins de la défense nationale.

Dès le mois de novembre 1914, ils outillaient leurs ateliers de la rue Brunel en vue de la fabrication des obus de 75 et, peu de temps après, ils installaient un autre atelier sur le terrain qu'ils possédaient sur l'avenue de la Grande-Armée. Vers la fin de l'année 1915, ils aménageaient à Persan-Beaumont l'installation d'une importante usine pour la fabrication des obus de gros calibre ; un an après le début de sa construction, cette usine commençait à livrer ses fournitures.

Grâce à cet appoint nouveau de bénéfices, la Société put maintenir ceux-ci à un niveau presque égal à ceux d'avant-guerre, bien qu'elle eût employé à la construction de son usine de Persan-Beaumont les bénéfices provenant de la fabrication des obus de 75. Il est à noter que pour ce développement considérable de son installation et de son outillage, la Société n'eut recourt à aucune augmentation de capital ni à aucune émission. Aussi, grâce à l'esprit d'initiative et à la compétence technique des directeurs, la Société des Etablissement Mestre el Blatgé occupe aujourd'hui une place marquée et de premier ordre dans son industrie.

La constante augmentation des bénéfices, nous prouve clairement la prospérité de l'entreprise.

La Société poursuit actuellement et de façon très active l'installation rationnelle de son usine de Persan-Beaumont pour l'exécution de travaux en grande série. Elle a, en outre, acheté en 1918 une usine de clés à tubes située à Courbevoie.

Les constructions projetées, l'aménagement des usines et les approvisionnements des magasins de Paris et des succursales nécessiteront, au cours actuel des matières et de la main-d'oeuvre, des sommes importantes auxquelles fera face le produit de la souscription des 14,000 bons décennaux de 500 francs à 6 0/0 autorisée par l'assemblée générale du 19 août dernier.

ÉTABLISSEMENTS MESTRE & BLATGÉ

Société anonyme au capital de cinq millions de francs.

Siège social :
46, avenue de la Grande-Armée, Paris.

La Machine moderne du 1er semestre 1923 :

ÉTABLISSEMENTS MESTRE ET BLATGÉ

Les actionnaires de cette Société, réunis en assemblée extraordinaire, ont approuvé la proposition d'apport d'une partie de l'usine de Persan (Oise) à une Société à constituer avec la Société A. Muller et Cie, de Brugg (Suisse).

La Société à constituer prendra la raison sociale Société Française des Etablissements A. Muller et Cie, avec siège social à Persan (Oise). La Société aura pour objet la fabrication et la vente de machines et d'outillage à travailler le bois, et en général, la construction, l'achat et la vente d'appareils mécaniques de tous genres.

Le capital social est fixé à 7.250.000 fr., divisé en 14.500 actions de 500 fr., dont 6.000 actions de priorité, 5.500 actions attribuées aux apporteurs ; le surplus, soit 3.000 actions ordinaires, étant à souscrire en numéraire et leur souscription étant assurée par la Société A. Muller et Cie.
En outre, 1.000 parts de fondateur, ayant droit à 30 o /o des superdividendes, seront créées.

Les Etablissements Mestre et Blatgé font apport à la Société à constituer de partie de leurs immeubles industriels de Persan, soit 44.000 mètres carrés, comprenant bâtiments d'exploitation, atelier de forge, machines, garage, parcs de dépôt, hangars ; du matériel fixé au sol et servant à l'exploitation industrielle : centrale électrique, pompe de l'Oise, etc. ; des machines-outils de diverses natures ; du mobilier de bureau ; enfin, du matériel de transport : camions, camionnettes, etc.

En rémunération de leurs apports, les Etablissements Mestre et Blatgé recevront 5.000 actions de priorité, 3.000 actions ordinaires et 700 parts de fondateur.

De leur côté, les Sociétés A. Muller et Cie, de Brugg (Suisse) et de Paris, apportent à la Société nouvelle la licence exclusive de fabrication et d'emploi de la marque A. Muller et Cie, la vente en France et dans ses colonies, en Espagne, Portugal, Belgique, Grand-Duché de Luxembourg et Amérique du Sud, de 59 modèles de machines à travailler le bois, avec leurs dessins originaux, modèles de fonderie, leur organisation commerciale existant en France et dans les pays ci-dessus ; la représentation exclusive pour lesdits pays de tous les modèles fabriqués en Suisse par la Société soit environ 140 modèles.

En représentation de ses apports, la Société A. Muller et Cie recevra 1.000 actions de priorité, 2.500 actions ordinaires et 300 parts de fondateurs.

Comme on le voit, il s'agit d'un établissement important pour l'époque, d'ailleurs dès avant 14/18 Mestre&Blatgé était internationalisée avec des filiales à Berlin (qui ferma évidemment le 1er août 1914), Madrid, Londres, en Amérique du Sud etc. C'est ce qu'on appelle souvent la première mondialisation du monde industriel.

La société Mestre&Blatgé fondée en 1902 a été liquidée après la mort de son fondateur en 1961 par rachat et fusion et son nom a peu à peu disparu.

Louis Réveillac n'était pas mobilisable se trouvant en Russie à la tête d'une entreprise sidérurgique mais je suppose que lui aussi a participé à l'effort de guerre en transformant son usine de manière à fabriquer les produits nécessaires aux armées russes voire même alliées.

J'ignore la raison du rapprochement de Robert Mestre, fils du fondateur et de Suzanne Réveillac et leur mariage à Foix en 1914 mais considérant que ses deux frères aînés Maurice Réveillac (°1872-1960) et Marcel Réveillac (°1876-1965) étaient ingénieurs et industriels à Paris rue de Bretagne dans le Marais (métaux d'art), je suppose qu'ils avaient des liens professionels avec Emile Mestre et son beau-fils et fils adoptif.



Je trouve la psychanalyse plus intéressante que l'ethnologie des peuples primitifs, non pas que la psychanalyse soit moins fausse que le christianisme par exemple mais parce qu'elle joue le rôle d'une mythologie fondatrice de la modernité. Ce qui n'est pas si mal ... après tout notre société est la première qui se prévaut de se passer de tout mythe fondateur et de se fier à la seule rationalité, or le cerveau humain est ainsi fait qu'il ne peut guère maintenir la fiction d'une pure rationalité dans tout le cours de ses actes et de sa vie, il a besoin de se raccrocher à quelque croyance que ce soit. L'inconscient peut jouer ce rôle après d'autres dieux plus ou moins méconnus.
Et même si le char d'Apollon n'a jamais existé, comparer la traînée de poudre de ce char à travers les sociétés n'est pas moins réaliste que l'étude et la contemplation de la Grande Ourse pour les astronomes !

Georges Dumézil s'est attaché aux invariants mythologiques en Europe qui selon ses hypothèses sont la trace des liens linguistiques des peuples indo-européens ; comme il était modeste il a admis la fragilité de ses suppositions.


Il me reste à parler de l'autre branche Pomiès — je descends de celle de l'imprimeur Jean Pomiès son frère cadet — celle d'Anne Pomiès (°1837-1894) qui épousa vers 1860 à Foix Jérôme Séguéla, administrateur de la Banque de France de Foix, fondée par décret du conseil de régence de la Banque en 1875 après accord avec l'Etat et vote d'une loi parlementaire (la Banque de France était un établissement de statut privé mais avec des liens étroits de subordination vis-à-vis du pouvoir central).
Ils eurent deux filles Jeanne Louise Marie Séguéla (°1861-1944) qui épousa l'avocat Edouard Barbe (°1857-1930), docteur en droit en 1880, bâtonnier de l'ordre des avocats de l'Ariège et Jeanne Marguerite Emilie Séguéla (°1865-1945) qui épousa en 1890 à Foix le médecin-major Louis Clément Cabanié (°1848-1907), chevalier de la L.H dont deux filles mariées et un seul petit-fils André Burelle mort à 19 ans en 1941 (branche donc éteinte).
La descendance d'Edouard Barbe est par contre extrêmement nombreuse et divisée en deux branches celle de Jean Joseph Marie Barbe (°1885-1955), X 1906, commandeur de la L.H, colonel d'artillerie et celle du docteur Henri Bernard Dubarry (°1889-1986), croix de guerre 14/18, président du club nautique à Grenade en Haute-Garonne.

Edouard Barbe, originaire de Vicdessos, a été opposé dans une élection à Théophile Delcassé qu'il a perdu ; Barbe représentait le parti de la droite catholique (sa famille fourmille de religieux) et Delcassé les francs-maçons. Raoul Lafagette (°1842-1913), conservateur du musée de Foix et poète à ses heures, affronta Delcassé en tant que radical-socialiste en 1898 et son fils Roger en 1910 et ils ne furent battus que de peu. Raoul d'Espaignol Lafagette, chantre de l'Ariège, était ami de Jean Tersouly (qui était premier adjoint de la mairie de Foix) et son voisin puisque sa villa d'Espaignol se trouvait rue du Lycée pas très loin de Lauquié (sur une partie du parc du chalet on a construit le lycée Lakanal). Le général Noguès (°1876-1971) qui s'opposa à De Gaulle au Maroc était le gendre de Delcassé qui, issu d'un milieu modeste, s'était fortement enrichi en faisant de la politique.

Edouard Barbe avait un frère cadet Charles Barbe (°1874), notaire à Tarbes, père lui-même d'autre Charles Barbe (°1908-1943) qui hérita de son étude ; mobilisé comme brigadier au 224e régiment d'artillerie lourde divisionnaire en 1939, deux fois cité, fidèle de Joseph Darnand, il fut membre du SOL des Hautes-Pyrénées, puis de la Légion Tricolore, engagé dans la LVF plusieurs années, il partit se battre sur le front russe où il disparut.
Autant dire qu'il s'agit d'une bourgeoisie très conservatrice ...

L'aînée de ses petits-enfants Andrée Barbe (°1911-2000) épousa en 1934 Henri de Fonrocque-Mercié (°1901-2002), commissaire de la marine marchande entre les deux guerres puis directeur général de la société du Château Haut-Brion, premier grand cru des Graves, secrétaire perpétuel de l'Académie du vin de Bordeaux et lié à tout ce que la bonne bourgeoisie de Bordeaux compte de familles en place dans ce terroir girondin si gourmé ; son frère aîné Godefroy de Fonrocque-Mercié (°1900-1961) se maria à une demoiselle Glotin de la famille des fondateurs de la Marie-Brizard.

Le père de Raoul Lafagette, Jean-Nicolas d'Espaignol Lafagette (°1796 Mer, Loir-et-Cher - vers 1860 à Foix) était l'ingénieur et géomètre en chef du cadastre de l'Ariège c'est à dire en fait l'agent-voyer du département. Il a écrit notamment sur les chemins de fer et l'on sait que Jean Tersouly et son gendre Adolphe Réveillac construisaient des ports et des chemins de fer.
Biographie et dictionnaire des littérateurs et des savants français.


L'inconscient : nouvelle mythologie à l'usage de l'homme moderne.
Le lapsus, signe qui ne trompe jamais comme il y avait des intersignes qui montraient la voie au pécheur.
L'acte manqué, ordalie d'un nouveau genre quand le pécheur expiait son mensonge publiquement !
Le signifiant du rêve et le signifié de la chose comme l'être immanent et l'être incarné, l'hostie et la chose qu'elle désigne. Nous communions dans les rêves avec une autre réalité, celle de l'inconscient.
On peut continuer ainsi terme à terme à montrer la correspondance entre le christianisme et la psychanalyse ... deux explications heuristiques du monde relationnel des hommes.


Je dois signaler la disparition de Patrice Arlabosse à Bagnols-sur-Cèze dans le Gard, le 1er juin 2013 âgé d'environ 70/73 ans (j'ignore sa date de naissance exacte).
Il était le fils du lieutenant-colonel Roger Arlabosse époux à Sainte-Eulalie de Bordeaux vers le 31/12/1936 de Geneviève Barbe dite Ginette, soeur cadette d'Andrée Barbe épouse d'Henri de Fonrocque-Mercié, cousin germain de Roger Arlabosse.
Dont trois enfants, un frère aîné Philippe Arlabosse, né en 1938 (ingénieur de l'école centrale de Paris diplômé en 1962, architecte et expert judiciaire auprès de la cour d'appel du tribunal de Nîmes) et une soeur cadette Nicole Arlabosse épouse de Jacques Gaillet.
Les Arlabosse sont une famille de militaires qui ne compte pas moins de cinq généraux, trois de brigade et deux de corps d'armée qui se sont illustrés à la fin du XIXème siècle et dans la première moitié du XXème siècle. Le capitaine d'infanterie coloniale Roger Arlabosse avait été nommé en 1937 juste après son mariage au Maroc et il a participé à la guerre d'Algérie par la suite ; il était le fils du général de brigade Louis Arlabosse (°1856-1924), commandeur de la L.H, petit-fils de Jean Joseph Godefroy de Fonrocque-Mercié (°1817 - après 1889 à Toulouse), conservateur de l'enregistrement et des domaines (on dit aussi des hypothèques) qui eut Charles Etienne de Fonrocque Mercié (°28/10/1868 Longjumeau - 5/7/1944 Bordeaux), chevalier le 3/2/1903 puis officier de la L.H le 13/1/1933, école navale promotion 1885, lieutenant de vaisseau, commandant de l'école de gymnastique et d'escrime de la Marine de 1901 à 1908 puis trésorier général de la Marine, père de Godefroy et Henri.

Charles Etienne Mercié alias Charles Etienne de Fonrocque-Mercié.

Souvenirs du général Arlabosse.

Roger Arlabosse (°1905-1989), école de Saint-Cyr concours de 1925, 112ème promotion Maroc et Syrie, 1925/1927, nommé lieutenant le 1/10/1929, en 1931 lieutenant au 16ème régiment d'infanterie coloniale à Tien-Tsin (Chine), Afrique équatoriale française du 25/10/1933 au 10/10/1936 au 4ème régiment, nommé capitaine le 10/9/1936. Embarquement pour le Maroc le 25/2/1938 au 21ème régiment.

Son frère aîné Henri Louis Charles Arlabosse (°5/9/1895 Chantaboun, Tonkin, Asie - 7/9/1914 Bois de Bareth commune d'Hériménil et près du village de Fraimbois, Meurthe-et-Moselle à 19 ans, acte transcrit à Paris, 7ème le 4/2/1917), engagé volontaire comme caporal au 80ème régiment d'infanterie 32ème division d'infanterie, recrutement Cherbourg, tué à l'ennemi, mort pour la France. Sépulture à Vitrimont, 54, nécropole nationale de Friscati, tombe individuelle n°25.


Le général Arlabosse est un homme vraiment remarquable, l'antithèse du colonial abusif et inhumain.
Ceci dit il était de la même génération que Pétain mais n'a joué aucun rôle en 1914/1918 ; en 1917 deux chefs militaires se détachaient : Philippe Pétain et Charles Mangin, la lutte au couteau pour le poste suprême de commandant en chef de l'armée française se jouait entre eux, Pétain est resté dans les mémoires collectives comme le partisan de la défensive et Mangin de l'offensive à outrance.
Pétain l'a emporté avec l'appui de Clemenceau et Mangin a joué un grand rôle dans l'offensive finale de l'été 1918 avec les moyens matériels nécessaires à une victoire. Il eut été prématuré de lancer une grande attaque en 1917 à tous points de vue, humains et matériels.

Arlabosse était général dès 1911 alors que Pétain était encore colonel en août 1914 bien qu'il eût le même âge ; que s'était-il donc passé ? L'histoire a été maintes fois racontée, Philippe Pétain a été brimé à cause de sa franchise, il critiquait ouvertement les conceptions de l'école de guerre présidée par Foch ; ces idées d'offensive à outrance qui nous ont fait frôler le désastre en 1914 et l'attaque sans moyens matériels adéquats, la fleur au fusil, a fait de cette année la plus sanglante de toute la guerre !
Mon estime de Ferdinand Foch, à l'esprit nuageux et tout à fait du parti des curés, a toujours été plus que modeste ... c'est son adjoint Weygand qui prenait la parole lors des conseils de guerre à tel point qu'un jour Clemenceau a fini par se mettre en colère pour lui dire ses quatre vérités ! Il récidivera avec son dernier ouvrage paru après leurs morts respectives en 1929 : Grandeurs et misères d'une victoire qui est d'ailleurs littérairement parlant un ouvrage magnifique, plein de fulminations rageuses et de fulgurances outrées.

Clemenceau qui avait fait nommer Foch à la tête de l'école de guerre lui avait fait aussi donner le titre ronflant de généralissime des armées alliées en 1918 mais enfin on cherche vainement la moindre idée neuve et pertinente chez ce brave maréchal de jésuitière. Ah si ! il disait que son estime pour Napoléon avait beaucoup baissé depuis qu'il avait eu à commander une coalition ... comme s'il avait remporté lui-même la moindre victoire décisive.

Sur le parti de l'in-nocence on est expert en fait de guerre ! c'est curieux pour un parti qui se veut si neutre sur tous les plans ...
Un mot sur la guerre mécanique.
J'ai déjà dit que la France avait en 14/18 la première aviation militaire au monde (50 000 avions produits en quatre ans grâce aux frères Michelin notamment), qu'à cela ne tienne, les In-nocents prétendent que c'est l'esprit américain de mouvement qui a triomphé !
Qu'est-ce qui a permis à l'armée française de remporter la bataille décisive à partir de juillet 1918 ? Les chars Renault qui sont engagés dès juin 1918 dans toutes les batailles et équipent l'armée américaine qui n'a aucun matériel de guerre moderne.
Mon grand-père paternel après avoir été gazé en juin 1918 s'est vite remis et a participé à toutes les batailles de juillet à novembre 1918 dans l'armée de Mangin, ce qui fait qu'il se trouvait rendu à Sedan au 11 novembre jour de l'armistice en tant que lieutenant d'artillerie chargé des transmissions à l'état-major de son régiment (colonel Monot). Ceci dit si au point de vue de l'équipement nous avions surclassé les Allemands, nous avions une armée épuisée et très peu de combattants encore en état de mener le combat. C'est bien pourquoi l'apport du sang neuf des soldats américains a été décisif entièrement équipés par nos soins.
Aurions-nous pu gagner la guerre au Chemin des Dames à l'offensive du printemps 1917 ? C'est hautement improbable (le frère unique de ma grand-mère maternelle y est mort en octobre 1917). D'une part les quelques chars engagés ont été détruits (130 chars Schneider et Saint-Chamond trop lents et trop lourds) et il n'y avait pas assez de réserves pour pousuivre une offensive désastreuse dès le départ.
Fermez le ban : il n'y a rien à rajouter.

Voici le récit de l'attaque de La Malmaison telle qu'elle fut organisée par Pétain, nouveau commandant en chef des armées françaises depuis le désastre du printemps (et où malheureusement mon grand-oncle mourut le 29 octobre sur le territoire de la commune de Chavignon au lieu dit du bois de Derthy, soldat dans l'armée de Gouraud).


Le futur général Mangin (°1866-1925), sorti de Saint-Cyr en 1888, fut affecté dès 1889 au Soudan comme sous-lieutenant sous les ordres du commandant Louis Arlabosse ; on peut lire ses lettres du Soudan dans la Revue des deux mondes numéro de mai-juin 1930 (à partir de la page 310 jusqu'à la page 598, cf sur Gallica).


Kankan, 13 mai 1891.

Le commandant d'armes (6e compagnie), Arlabosse, est le meilleur homme, qu'on puisse voir et son seul défaut est un sentiment trop profond de sa responsabilité. Nous n'osons pas assez ici. Le capitaine Guitard, arrivé récemment pour commander l'artillerie, est charmant. Il reste un lieutenant et deux sous-lieutenants, dont un de ma promotion, un peu cosaque et qui gagne tous les jours. Mais j'attends Sainte-Colombe, que j'ai autrefois présenté à papa, lorsque je me préparais à Saint-Cyr en même temps que lui. Il est entré à Saint-Maixent. De cette bande, Orsat et Margaine ont été tués à l'ennemi. Ils étaient d'une bravoure magnifique. Et c'étaient des hommes au cerveau complet et organisé, qu'ils coiffaient de képis excentriques par haine du pédantisme et mépris de l'universelle bêtise.

A Mademoiselle Louise Mangin.
Kankan, 4 juillet 1891.

Je suis un peu honteux, mon petit Loulou, de n'avoir pas répondu à tes bonnes lettres qui pourtant m'ont fait tant de plaisir. Ma dernière lettre, adressée à ta sœur Marie, racontait la petite colonne que nous venons de faire entre Kankan et Kouroussa. Le pays a été assez proprement nettoyé. Nous sommes arrivés à temps ; Samory avait donné l'ordre de faire évacuer le pays et comptait vendre tous les habitants pour acheter à messieurs les Anglais de nouveaux fusils à tir rapide.
Tu as lu ma lettre, bien probablement. Les deux dépêches dans lesquelles mon résident rendait compte au nouveau commandant supérieur faisaient de moi un pompeux éloge. Le rapport officiel, envoyé ces jours-ci, s'orne pour moi de toutes les fleurs « brillant courage, merveilleux sang-froid ». Encore plus d'hyperboles que dans les précédents rapports des capitaines Arlabosse et F. Ton frère, ma chère Loulou, est décidément, à pied et à cheval, un grand guerrier devant l'Éternel.
On attire particulièrement sur lui l'attention du commandant supérieur ; je ne suis pas fâché de ces dépêches, qui rattraperont en route le colonel Archinard. Décidément, je ne regrette pas d'être entré dans la diplomatie ; les fonctions de chancelier de résidence ont du bon.

Je ne regrette pas non plus d'avoir demandé une veste rouge. Ces dernières affaires m'ont « sauvé la mise », et je pourrai m'habiller comme je voudrai sans qu'on me trouve trop saltimbanque. J'avais fait recouvrir une veste bleue pour notre petite colonne et maintenant le pli est pris ; c'est bien l'habit qui fait le moine, ici comme partout.

Tu vois, mon petit Lou, que ton frère est ce qu'on appelle un veinard, ce dont tu t'étais toujours doutée, n'est-ce pas ?


Comme on le voit sous le dandysme du jeune sous-lieutenant perce la malice et la ruse du futur grand chef ...
En faisant ses premières armes sous les ordres du capitaine Arlabosse il apprenait l'essentiel de la conduite à tenir en campagne ; il manque juste la manière humaine d'accepter la défaite !

Sans aucune espèce de rapport, si je puis dire, l'article suivant de la revue est consacré à Victor Hugo et aux Châtiments ; on y précise quelque chose qui tient à l'envers de la médaille de la légende hugolienne, la vraie raison du divorce entre Napoléon III et le futur chantre des Misérables : l'ambition bafouée !


L'INSPIRATION DES CHATIMENTS

Le 1er août 1852, le jour même où le Prince-Président faisait élever aux Champs Élysées la statue de Napoléon Ier, l'homme qui avait le plus contribué à glorifier l'oncle et le neveu, Victor Hugo, qui allait bientôt publier Napoléon le Petit, s'embarquait à Anvers pour gagner Jersey, sa terre d'exil.
Il partait le cœur ulcéré. Depuis quatre ans, la fortune lui avait été hostile et il n'avait connu que des mécomptes. Dès novembre 1848, il avait engagé son journal, l'Événement, dans la plus téméraire et la plus ardente des campagnes, en faveur de Louis Bonaparte, candidat à la Présidence de la République ; il s'était ainsi aliéné à la fois les légitimistes et les républicains.
Devenu l'homme-lige de la politique personnelle du président, il était allé jusqu'à imposer silence à ses propres convictions pour la soutenir ; il l'avait approuvée, les yeux volontairement fermés, à propos de l'expédition romaine, à propos du suffrage universel, à propos de la liste civile ; il avait combattu pour lui sous le fouet cinglant de Montalembert, sous les railleries blessantes de Baroche et de Dupin. Alors qu'il ambitionnait pour récompense un poste de premier plan (1), de premier ministre sans doute, le Prince-Président ne lui avait offert que l'ambassade de Madrid, sorte de glorieux exil.

(1) Une note de l'Evénement du 1er novembre 1849 semble ne laisser aucun doute sur son désir d'être ministre « On lit dans la Liberté : M. Victor Hugo était, dit-on, désigné pour entrer dans le ministère. Nous présumons trop de la haute intelligence et de la dignité de l'illustre représentant, pour croire qu'il consentirait à compromettre son avenir dans un ministère transitoire sans couleur ni vitalité. Le beau talent de M. Victor Hugo est réservé pour une combinaison forte, qui soit à la hauteur des circonstances. Nous sommes complètement de l'avis de la Liberté. »

Exaspéré, il avait gardé le silence pendant une année ; il ne l'avait rompu que pour foncer dans une philippique terrible sur « l'Augustule », paraissant oublier qu'il l'avait porté lui-même au pouvoir. Sa conscience se libérait peut-être du remords d'un esclavage qu'il n'avait subi qu'à contre-cœur, mais une majorité haineuse n'avait voulu voir, dans le déchaînement de sa colère, que l'explosion de la rancune et de la déception.

Le coup d'État qu'il avait prédit et dénoncé avait eu lieu ; il avait erré dans Paris de barricades en barricades, sans pouvoir organiser une résistance efficace. Bien qu'il eût été, de son propre aveu, espionné à chaque pas, il n'avait été ni arrêté ni emprisonné ; on avait laissé son beau-frère Foucher lui procurer un passeport au nom de l'ouvrier typographe Lanvin ; il était parti, sans être inquiété, avec tous ses manuscrits ; on ne lui avait pas même fait l'honneur de l'escorter jusqu'à la frontière comme un Charras, un Changarnier, un Lamoricière et bien d'autres qu'on tenait à éloigner, parce qu'on les jugeait des adversaires puissants et dangereux.

Réfugié en Belgique, c'est seulement en janvier 1852 qu'il y apprenait que le territoire français lui était interdit. Il n'avait pas été à Bruxelles le plus glorieux des proscrits ; les moins fortunés lui faisaient un crime de ne pas les aider pécuniairement toute la haute société bruxelloise s'empressait dans les salons d'Alexandre Dumas ; le modeste logis de la Grand Place qu'occupait Victor Hugo n'avait guère qu'une douzaine d'hôtes assidus. Sa seule consolation avait été dans l'espoir de la vengeance ; il avait écrit, sans désemparer, Napoléon le Petit et l'Histoire d'un crime. A certains jours, l'exil lui pesait lourdement. Le 10 juin 1852, il écrivait à Mlle Thuillier : « Il fait triste ici, il pleut ... c'est comme s'il tombait des pleurs. »

Un immense besoin de reconquérir la popularité et la puissance était en lui. Il faisait effort pour paraître dominer les événements ; il se tendait vers un espoir ou proche ou lointain d'éclatante revanche ; il se guindait dans une attitude stoïque de fierté et cherchait à se faire de son génie une apothéose. Rien n'est plus poignant que la lettre qu'il écrivait le 21 mars 1852 à Juliette Drouet.


Le côté humain chez Victor Hugo est à voir de loin ; dans un sens c'est un chef de guerre lui aussi sauf que ses armes sont des lettres !

Victor Hugo : le coq toujours ailé et fier de lui-même jusqu'au milieu des situations les plus ridicules et les plus humiliantes, et dieu sait qu'il en a traversées au cours de sa vie ! Hugo, l'homme qui voulait faire figure, le lyrisme grave comme si la bêtise était un triomphe et les idées communes un arroi d'honneur pour l'équipage des mots de la langue française.
Il a été le contretype de Chateaubriand après avoir vainement essayé de le singer ; l'un se solitaire au fur et à mesure que le temps passe, l'autre se démagogise de plus en plus en blanchissant ... deux façons d'ignorer l'âge avec une coquetterie de vieillard sénile.


Le neveu du capitaine de vaisseau Bernard Petit (°1906-2006) époux de Simone Regnault, Henri Crépin-Leblond (°1932) était ambassadeur de France au Burundi entre 1993 et 1995 c'est à dire au moment des évènements du Rwanda d'il y a vingt ans et dont on reparle fâcheusement en ce moment ; le moins que l'on puisse dire c'est que la diplomatie française n'a rien vu venir ...
Germaine Petit (°1901-1998), soeur aînée de Bernard, avait épousé en 1926 le colonel Pierre Crépin-Leblond (°1897-1975), officier de la L.H d'une famille d'imprimeurs de Moulins. Ils ont eu quatre enfants et une multitude de petits-enfants et d'arrière-petits-enfants.
Henri Crépin-Leblond a épousé Françoise de Tarragon, belle-soeur du commissaire-général Jean-Pierre Petit (°1931-2013).
Son frère aîné Jean Crépin-Leblond (°1930-2005) fut administrateur de la France d'Outre-Mer puis entra aux Finances et l'aîné des quatre enfants était le lieutenant-colonel Georges Crépin-Leblond (°1927-1987).


Le neveu de l'agrégé de philosophie Bernard Champagne de Labriolle (°1901-1991) époux de Ginette Regnault est le diplomate Jacques Champagne de Labriolle (°1955) qui est en poste actuellement comme ambassadeur de France au Nigéria.

La tradition africaine est ancienne dans la famille ... Roger Lassalle (°1909-1935) avait étudié à l'école nationale de la France d'Outre-Mer comme son frère cadet Jean Lassalle (°1922-1993), comme Louis Giard (°1920-2012) et comme Jacques-Alexis Regnault (°1920-1995). La décolonisation est venue les surprendre au milieu d'une carrière inachevée.

Louis Giard au titre de la coopération se trouvait au Rwanda dans les années soixante-dix et il a conservé des liens avec ce petit pays, pays de cocagne mais enserré entre des puissances adverses, ce qui stimule les rivalités internes.
Le Burundi jouxte le Rwanda au coeur des grands lac africains.


Chateaubriand avait pris la posture de l'exilé de l'intérieur ; fidélité aux choses qui tombent, christianisme, royauté, France catholique, il s'en était entouré comme d'un drapeau plus beau que le tricolore révolutionnaire ou que même la bannière royale.
Le temps qui passe et qui fait tout tomber en poussière lui semblait un slogan plus profond parce que plus mélancolique de la destinée humaine ... l'homme de la mémoire et de la désuétude.

Le tropisme africain de la France a fini par lui faire croire que l'Afrique c'était la France ... c'est une exagération manifeste ! Comme de dire que l'Amérique c'était la révolution pour les modernes depuis la guerre d'indépendance au siècle des Lumières ...


Vouloir croire que l'Académie française a jamais été le lieu des expérimentations littéraires c'est jeter de la poudre aux yeux aux badauds des lettres ! Je sais bien que Victor Hugo avait dit qu'il voulait mettre un bonnet rouge sur la syntaxe et autres proclamations tonitruantes au temps d'Hernani (mêmes antidatées) mais c'est après plusieurs échecs académiques qu'il prétendra bouleverser les moeurs littéraires si bornées, si monotones de la France du dictionnaire classique, peignée comme un beau jardin de Le Nôtre.
Donc l'élection d'un triste sire comme le postillonnant philosophe des ondes n'est qu'un prêté pour un rendu ; je n'y vois qu'une défaite de plus du style, c'est à dire de l'invention perpétuelle des âmes et de la beauté qui va trouver l'émotion chez le passant un peu distrait par les moeurs contemporaines.

On consacre l'ennui à l'Institut plus qu'on ne découvre jamais de l'inédit ! Je n'ai jamais connu un émoi vierge dans ces fauteuils un peu relâchés.

L'habit vert c'est l'habit d'un gendarme défraîchi et passé des âges ou d'un douanier un peu provincial pas d'un hussard ou d'un chasseur de la Garde ! Ce n'est pas Austerlitz tous les jours sur le quai Conti ... on n'est pas fringant quand on est académicien !

Dans l'esprit de Richelieu l'Académie c'était la main-mise de la royauté sur les beaux esprits ; sur ce plan là c'est une belle réussite ... alors que les Lettres frondaient perpétuellement le pouvoir il s'agissait pour l'homme à la robe rouge de les chaperonner sévèrement.

Si Voltaire est devenu Voltaire, c'est à dire l'esprit rebelle par excellence, c'est en s'éloignant de Paris et des beaux discours académiques : il a pris le large à Ferney. Le centralisme méritocratique de la capitale a toujours éteint les rébellions de la pensée et les révoltes de la beauté.

L'outrance de la nouveauté : eh bien oui ! faire du neuf c'est passer outre.

Le principe académique ? C'est simple comme bonjour ! Vous encadrez un écrivain par un général et un curé et vous obtenez un docile fonctionnaire.

La période la plus brillante de l'Académie c'est celle de ses débuts, juste au moment où la domestication des lettres n'était pas encore achevée mais ni Pascal, ni Molière n'en furent, ni n'en auraient pu être : Pascal parce qu'il était janséniste et Molière parce qu'il était comédien ! Ce sont les deux termes des limites de l'acceptable sous Louis XIV.


Quelques nouvelles familiales et militaires glanées deci delà sur le net :

Branche Pomiès-Séguéla :
Paul Alexandre Maroine Labit (°1977), lieutenant de vaisseau est sur le tableau d'avancement au 18/12/2013 pour être nommé dans le courant de l'année 2014 capitaine de corvette.
Il est le fils du capitaine de vaisseau Bernard Labit (°1942), fils aîné lui-même du capitaine de frégate Roger Labit (°1911-1975), pilote de l'aéronavale (c'est lui qui pilotait Le Véga dans lequel mon oncle est mort en janvier 1949 au large d'Arzew).
Il se trouve que son beau-frère Jean-Baptiste Bruneau (°1975), docteur en histoire, qui enseigne à l'université de Rennes est spécialiste de l'histoire de la Marine française, la Royale comme on dit (il a épousé sa soeur Amélie Labit, professeur elle aussi).
Son oncle Pierre Labit (°1944), commissaire général de la Marine honoraire, est chevalier de la L.H et officier de l'ordre du Mérite.

Branche Regnault de Beaucaron :
— Nicolas de Fontanges (°1975), chef d'escadrons de l'arme blindée et cavalerie, nommé chevalier de la L.H le 4/5/2012. Diplômé de l'Ecole de Guerre le 21/12/2012. Officier de l’arme blindée et cavalerie, stagiaire de la 19e promotion de l’École de Guerre (Maréchal Juin). Missions au Kosovo, en République de Côte d’Ivoire, en Afghanistan et au Liban, opération Althea en Bosnie-Herzégovine (État-major de l’opération de l’Union européenne).
Egide Charles Marie Brunet (°1976), capitaine de corvette, commandant le 23/3/2011 du patrouilleur de 400 tonneaux La Gracieuse. Fils de Didier Brunet qui a épousé sa belle-mère Florence Regnault de Beaucaron.
Gildas Raphaël Marie Courau (°1974), capitaine de frégate commandant le SNA (sous-marin nucléaire d'attaque) Le Saphir depuis le 7/3/2012, chevalier du Mérite le 4/11/2011. Il a épousé Anne Absolut de la Gastine, fille du colonel de l'arme blindée Max Absolut de La Gastine (°1947-1997), descendant Regnault. Il était allé présenter le char Leclerc à Ryad en Arabie Saoudite quand il est mort dans un accident de voiture dans des conditions un peu mystérieuses ... comme vous le savez les Américains ne voyaient pas d'un bon oeil l'arrivée des militaires français dans ce pays qui leur est acquis depuis la seconde guerre mondiale.

Branche Regnault-Pomiès :
— Le général de brigade Bernard Guillet (°1956) est nommé général de division le 30/1/2012, chargé de la performance/synthèse de l'armée de terre à Balard.
— Le capitaine de corvette Edouard Franc (°1979) est chef de cabinet de la Marine nationale à Toulon (ALFAN).
— Eric Ygrand (°1962) époux de Pascale Grison, colonel de l'aviation chargé de la planification et conduite de projets au profit du Ministère de la Défense à Balard.

La branche Regnault de Vaufland (ou encore Regnault-Bouygues) compte le général de corps d'armée (honoraire depuis 1999) Patrick Boucher qui commanda l'école de Saumur entre 1994 et 1996, il a épousé Marie-Christine Regnault. Leur fils Jean-Marie Boucher (°1973), X 1994 a épousé Sandrine Allard-Couluon (°1975), X 1995, ingénieur civil des Mines de Paris, soeur de Pierre-Michel Allard-Couluon, né en 1973, X 1993.
La branche Regnault de Polisy compte aussi de nombreux militaires retraités (ou dans l'active) comme le général Henri Rodallec, le général Jacques Duquenoÿ etc.
De cette branche le général de la deuxième section Bruno Courtois mort à Versailles le 24/11/2013, officier de la L.H dont le fils Eudes Courtois (°1968) a épousé en 1994 Christel Boyer-Vidal, descendante des Regnault par sa mère, fille du capitaine de vaisseau Yves Boyer-Vidal.
Catherine Lambert-Daverdoing a épousé en 1965 Marc Boyer-Vidal, cousin germain d'Yves, dont notamment Aymeric Boyer-Vidal (°1969), X 1989, ingénieur civil des Mines de Paris, diplômé en 1995. Son frère cadet Eric Lambert-Daverdoing, colonel en retraite, habite Saint-Sauveur-en-Puisaye pays de Colette.
Je signale les polytechniciens puisqu'il s'agit d'une école militaire à l'origine du moins.

Mes fichiers ne sont pas forcément à jour : mille excuses pour les oubliés !


Jean-Baptiste Bruneau a soutenu en 2005 une thèse intitulée Le Cas Drieu. Drieu la Rochelle entre écriture et engagement : débats, représentations, interprétations de 1917 à nos jours, sous la Dir. de Christian Delporte. Thèse d’Histoire. 4 VOL. 1194 p.
Il y a un lien entre l'extrême-droite française et la Marine de cette époque, ne serait-ce que la haine atavique de l'Angleterre !
Bon ! Maintenant il ne faut pas pousser les analogies trop loin ... par exemple la ville de Bordeaux est très anglophile et toute une branche de ma famille est du Bordelais, comme les Giard, les Champagne de Labriolle, les Barbe ou les Fonrocque-Mercié.
Il faut donc nuancer les attaches et les influences, catholiques d'une part et terriennes ou maritimes d'autre part ... les rivalités coloniales qui connurent des acmées comme celle de Fachoda ! Et c'est Delcassé, vieil ami de la famille, ariégeois de souche, qui dénoua cette crise franco-anglaise avant de signer l'alliance franco-anglaise.
Il y a beaucoup de bourgeoisies différentes, on ne peut comparer un notaire de province qui va s'engager dans la Waffen-SS comme le jeune Charles Barbe par idéologisme forcené et méprise sur les enjeux stratégiques profonds de la guerre et un grand industriel parisien ouvert sur le monde comme Emile Mestre !

Le dandysme de Pierre Drieu La Rochelle explique en grande partie son goût pour les causes perdues ... il y a là quelque chose de chateaubrianesque !
Vous savez d'ailleurs qu'Alphonse de Châteaubriant (°1877-1951) qui n'a pas de parenté avec l'enchanteur, fut un grand chantre du nazisme comme figure perdue du romantisme peut-être ...

Paul Chack (°1876-1945) illustre écrivain de la mer et capitaine de vaisseau fut fusillé à la Libération ; Jacques-Yves Cousteau, officier de marine et surtout son frère Pierre-Antoine Cousteau ne cachaient pas leurs atomes crochus avec la collaboration maréchaliste.

Par définition l'institution militaire est conservatrice ; maintenant est-ce que l'armée de terre est plus ou moins à droite que la marine ou l'aviation c'est à débattre !


Il est d'autant plus facile de critiquer l'anglophobie de notre Marine des années trente que notre état-major aujourd'hui est complètement Otanisé et nos têtes pensantes américanophiles jusqu'au bout des ongles qu'ils ont certainement fort propres !

Comme vous le voyez il est souvent plus facile de se donner un maître que de mener sa barque par soi-même !
S'il y avait eu un gouvernement et un Etat digne de ce nom en France dans les années de crise de l'entre-deux guerres, il n'aurait pas pris ses ordres à Londres et il serait intervenu pour chasser le Führer avant l'irréparable ! On a donc beau jeu de voir dans notre Marine un repaire d'abominables chasseurs de rosbeefs alors que si nos politiques avaient été un peu plus corsaires ils auraient poursuivi jusqu'au nid d'aigle le carnassier de Berchtesgaden et auraient évité un massacre européen inutile.


Quelques notes sur la chronique familiale pour l'année 1945 :

Mon père Michel Driout se trouvait après la campagne victorieuse de la 1ère armée française en occupation militaire au sud de la Bavière à Innsbruck (Tyrol autrichien) l'été 1945 avec le grade de caporal et la croix de guerre ; son cousin Alain de Vandière de Vitrac (°1925-2003), jeune marié et jeune père, avait lui aussi participé aux opérations de libération du territoire et notamment au nettoyage de la poche de Royan où il avait obtenu la croix de guerre 1939/1945 (caporal-chef de char cité à l'ordre de la division Leclerc en juin 1945).

Sa soeur cadette Bernadette Driout avait obtenu son baccalauréat de philosophie à Clermont-Ferrand en juin 1945 et avait refusé la main du jeune Bertrand d'Anglade (°1923) qui venait d'être démobilisé (originaire du Gers il était du même régiment que mon père, il avait participé à la prise d'Ecot et était entré le premier à Montbéliard et avait dû être hospitalisé à l'Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand en novembre 1944 ayant été blessé le 14 au bras) ; elle était partie s'installer au couvent de Grand Bourg auprès de sa grande tante Jeanne Pomiès (mère Carmita) supérieure de Notre Dame de Sion à Grand Bourg d'Evry près de Ris Orangis puis était allée à Gouville dans la Manche comme monitrice dans une colonie de la Marine pendant un mois puis à Broglie.
Jeanine Regnault était allée en Normandie au château de Broglie dont le régisseur était le père de Maurice Laudet puis ensuite au Terrefort près de Foix où elle avait retrouvé toute la famille (les grands-parents Regnault, les Réveillac, les Lassalle, les Badie, les Grison, les Laudet, les Champagne de Labriolle et les Petit — Le Terrefort était plein comme un oeuf — il faut se rappeler que le chalet de Lauquié est inutilisable ayant été occupé et dévasté par la Gestapo et la Milice) et où Jacques Lassalle était mort début décembre 1944.
Beaucoup de morts évidemment : les trois fils Gorce de Clermont-Ferrand lors de la campagne en Allemagne, Jacques Brun qui était un des neuf morts de l'accident d'hydravion à Dakar dans lequel Francis Driout avait eu la cuisse cassée, mon grand-père était allé à Effiat assister au service funèbre (en l'absence du corps disparu dans les flots). Antoinette de Planchard de Cussac avait perdu son frère aîné Gérard de Cussac, Légion d'honneur et croix de guerre 39/45 (le quatrième de la fratrie le lieutenant Philippe de Cussac sera tué en Indochine en 1953 âgé de 30 ans, Légion d'honneur, croix de guerre 39/45 et T.O.E, trois des cinq enfants du baron André de Planchard de Cussac, officier de la L.H, croix de guerre 14/18, intendant militaire de Clermont-Ferrand alias Marie Joseph Georges Louis de Planchard de Cussac, né le 27/4/1880 à Brivezac en Corrèze, mort le 11/11/1958 à La Flèche époux le 28/6/1918 à Paris de Geneviève Vuillemot 1894/1992, fille du général de division Ernest Vuillemot).
A Casablanca (Casa dit Jeanine Driout) se trouvaient les Louis Grison, Maurice Laudet et les Issenmann (branche Champagne de Labriolle) qui reçoivent chaleureusement Francis Driout de passage. A Alger Bernard Petit. Le commandant Moulinier qui avait épousé Jeannette Petit, sa soeur cadette, se trouvait en Allemagne en Forêt Noire.
D'heureux évènements : à Clermont-Ferrand le second fils Pingeot, Jacques s'était marié (frère cadet de Pierre père d'Anne Pingeot et frère aîné de Michel condisciple de mon père à Massillon — il était maréchal des logis en 1945 et comptait préparer Coëtquidan).
Marie Françoise Regnault devait se marier le 8 septembre à Nice avec son parrain Raymond Derche tout juste de retour de cinq annés de captivité.

Jeanine Driout écrit de Clermont-Ferrand le 11 décembre 1944 à mon père à l'hôpital de Toulouse (Purpan) où il soignait ses engelures qu'il avait attrapées dans le Jura : « Ici non plus l'arrière n'est pas beau — Et tous ces jeunes qui ne sont pas partis me font de la peine pour le pays — On voudrait un peu d'enthousiasme, d'idéal — Bravo pour vous qui avez donné l'exemple. Je suis fière de mes fils ... et de toi en premier qui a choisi la plus dure part. »

Idem le 4 mai 1945 : « Mon Michel ... nous voici plus rassurés ... d'ailleurs j'espère qu'on ne se bat plus de votre côté et toi particulièrement. D'un instant à l'autre, on attend la nouvelle de la Capitulation et de la Paix. Quelle date historique ! On s'étonne de pas être plus joyeux à l'avance mais c'est que tant de gens ont souffert ou vont souffrir ... tous les prisonniers et surtout les déportés qui ne rentreront pas. C'est affreux ce qu'on raconte déjà sur les horreurs des camps de Buchenwald, Dachau, Weimar (?) et autres — si c'est vrai nous ne ferons jamais assez sentir aux allemands l'horreur de la guerre.
Pas de nouvelle des Gorce, ni de Jacques Michelin, ni de Mme Jean Michelin ... tu as su la mort de Marcel Michelin ? Aujourd'hui j'ai rencontré Philippe de la Brosse qui traine la jambe. On se demande s'il ne boitera pas toujours. Il reste encore ici au moins un mois. Il a la croix de guerre avec 2 étoiles d'argent ; il est caporal et il porte la fourragère ... tu dois y avoir droit aussi puisqu'il est du 6ème (régiment). »

Mon grand-père Georges Driout connaissait fort bien Louis La Saigne (°8/6/1885 La Ferté-Alais, Essonne, acte 24 vues 77/78 - mort à 75 ans le 18/1/1961 à Rio de Janeiro) patron de Mesbla (la filiale de Mestre&Blatgé au Brésil) qui se trouvait à Paris à ce moment-là et s'était entretenu avec lui par correspondance pour l'avenir de son fils après la guerre qui envisageait une carrière outre-mer mais il ne donna pas suite à cette vision tropicale !
Quant à Louis Réveillac il travaillait en 1945 à Paris pour la société des carburants et lubrifiants Volcan (rue du Parc à Levallois-Perret).

Journal officiel du 15/2/1936 : MINISTÈRE DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE
Conseiller du commerce extérieur. BRÉSIL M. La Saigne (Louis), président de la société anonyme brésilienne des établissements Mestre et Blatgé à Rio-de-Janeiro.

Antoine Mathias Eugène La Saigne, dmt 326 rue Saint-Jacques, 1er inspecteur général du Mont-de-Piété, secrétaire général, chef du contentieux en 1851 époux à Paris, 12ème ancien le 20/6/1853 de Elisa Longin qui devait avoir eu deux fils d'un premier mariage Charles Mathias Lasaigne (°2/3/1828 Paris, 12ème ancien) frère je pense de Eugène Alexandre La Saigne, employé décédé avant 1881 époux aux Batignolles à Paris, 17ème le 26/1/1854 de Julie Evelina Brianchon (°23/5/1829 Paris, 2ème), 52 ans en 1881, rentière, dmt en 1881 116 rue Nollet, dont Louis Ferdinand Mathias La Saigne ou Lasaigne (°23/6/1856 Paris, 12ème ancien - après 1897 dmt à Neuilly-sur-Seine au 63 avenue de Neuilly), 29 ans en 1885, employé au Comptoir d'Escompte, demeurant à Paris, 9ème, 18 rue Bergère, époux à Paris, 2ème le 4/6/1881 (acte 352 vue 14) de Marie Victorine Soret (°15/7/1855 Paris, 2ème), 29 ans, fille de François Alexandre Soret, rentier, décédé avant 1881 époux à Paris le 8/5/1845 de Antoinette Victorine Tessereau, 62 ans, dmt à la Ferté-Alais, dont Louis La Saigne (°1885-1961) qui se marie à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) le 4/11/1909 dont 4 filles dont notamment Berthe Alice Nicole La Saigne (°7/5/1914 Buenos Aires, Argentine) qui se marie à Neuilly-sur-Seine le 5/9/1970 avec Pierre André Gaston Denis (°12/10/1897 Laon, Aisne), ambassadeur, veuf de Maria Zaldumbide (°1900-1969) et fils de Edmond Gaston Denis (°1867-1950), colonel de gendarmerie, officier de la L.H.

Louis Ferdinand Mathias La Saigne (°23/6/1856 Paris, 12ème ancien - après 1904 dmt à Neuilly-sur-Seine au 63 avenue de Neuilly puis en 1904 au 25 rue Montrosier), employé au Comptoir d'Escompte en 1904, époux de Marie Victorine Soret (°15/7/1855 Paris, 2ème - après 1904), dont Emma La Saigne (°20/3/1882 Paris, 17ème au 116 rue Nollet, déclarée le 21/3/1882, témoins Pierre Schweblin, 55 ans, dessinateur, dmt 95 rue Nollet et Auguste Guernet, 40 ans, peintre verrier, dmt 116 rue Nollet, acte 906 vue 19 - 2/3/1952 Paris, 16ème à 70 ans) qui se marie à Neuilly-sur-Seine le 2/6/1904 (acte 152 vue 160) avec Adrien Bruneau (°20/6/1874 Laval, Mayenne - 30/8/1965 Paris, 16ème au 52 avenue des Sycomores à 91 ans), chevalier le 22/5/1928 puis officier de la L.H le 5/8/1938, professeur de dessin à l'école des arts décoratifs puis inspecteur de l'enseignement technique de la ville de Paris, dmt à Paris, 16ème villa Montmorency 22, avenue des Sycomores, fils de Auguste Julien Bruneau, journalier puis peintre en voitures décédé et de Célestine Victorine Prévost, sa veuve, dmt 7 rue Poussin à Paris, 16ème. Témoins : Luc Olivier Merson (°1846-1920), 58 ans, artiste peintre, membre de l'Institut, officier de la L.H, dmt 18 bis rue Denfert Rochereau, Lucien Magne (°1849-1916), 54 ans, architecte, inspecteur général des monuments historiques, chevalier de la L.H, dmt 6 rue de l'Oratoire à Paris, Eugène Gillet (°1859-1938), 45 ans, artiste céramiste, dmt à La Briche commune d'Epinay-sur-Seine, cousin de l'épouse, Léon Robelin (°1866-1938), 38 ans, maire de Longjumeau, Essonne, secrétaire général de la ligue de l'enseignement, chevalier de la L.H, cousin par alliance de l'épouse.

Julie Evelina Brianchon était la soeur de Caroline Evelina Brianchon (°10/10/1823 Paris, 11ème ancien - 13/1/1887, déclarée le 14/1/1887 Paris, 12ème au 35 rue Picpus à 63 ans, acte 169 vue 22), fleuriste, épouse à Paris le 4/2/1847 de Pierre Marie Guilbert (décédé avant 1887), sans descendance et la soeur de Louise Evelina Brianchon (°10/6/1821 Paris).
Julie Evelina Brianchon était la fille de Julien Antoine Armand Brianchon (°1/6/1792 Sèvres, Hauts-de-Seine, fils de Julien Louis Brianchon, né le 29/7/1754 à Saint-Germain en Laye et mort le 23/3/1833 à Versailles époux de Henriette Victoire Bulidon, née le 16/3/1760 à Vincennes et morte le 26/3/1826 à Versailles - mort à 78 ans le 14/5/1870 à Paris, 17ème au 116 rue Nollet, témoins Gaëtan Théodore Brianchon, né à Paris, 2ème le 11/10/1835, 35 ans, métreur, dmt 1 rue Davy et Charles Georges Brianchon, né à Paris, 2ème le 14/7/1837, 33 ans, métreur, 93 rue Oberkampf, ses deux fils, acte 1167 vue 3), libraire à Paris, 5ème au 22 rue de La Harpe en 1827 puis dans le 9ème au 7 bis rue de Bellefond en 1833/1837 époux à Paris le 28/10/1819 puis en l'église Saint-Eustache de Evelina Georgette Barbier (née à Paris le 11/4/1800 ou 21 Germinal An 8 - morte le 27/4/1883, déclarée le 28/4/1883 à 83 ans à Paris, 17ème au 116 rue Nollet), propriétaire, fille de Joseph Henri Barbier et de Marguerite Jeanne Houdiard.
Gaëtan Théodore Brianchon (°11/10/1835 Paris, 2ème), vérificateur, dmt 83 rue Dulong épouse Marie Madeleine Etienne, 34 ans en 1875 dont Joseph Emile Brianchon (°1875 Paris, 17ème - 20/8/1875, déclaré le 21/8/1875 Paris, 17ème au 83 rue Dulong à 6 mois, acte 2035 vue 15).
1866 GILLET et BRIANCHON, fabricants de porcelaines nacrées.
Blanche Hippolyte Emilie Brianchon (°12/8/1831 Paris - 14/5/1902, déclarée le 15/5/1902 Paris, 10ème à 70 ans au 9 rue Fénelon, témoins Eugène Gillet, 43 ans, céramiste, dmt 9 rue Fénelon, fils et Henri Huerné, 39 ans, éditeur, dmt 103 rue du faubourg Saint-Denis, gendre de la défunte, acte 2208 vue 19), céramiste épouse à Paris le 3/5/1856 François Gillet (°18/3/1822 Joinville-en-Champagne, Haute-Marne - 1889 Epinay-sur-Seine), dmt 9 rue Fénelon et 222 rue Lafayette.
Peintre décorateur et doreur sur porcelaine : Brianchon 65 rue du Faubourg Poissonnière en 1862.
Frère cadet de Charles Julien Brianchon (°19/12/1783 Sèvres, Hauts-De-Seine - 29/4/1864 Versailles en sa demeure au 19 rue Maurepas, acte 408 vue 95), X 1803, chevalier de la L.H le 14/2/1815, mathématicien, il fut lieutenant d'artillerie dans les armées napoléoniennes et, à partir de 1818, professeur à l'Ecole d'artillerie de la Garde Royale. Il participa au renouveau des études géométriques. Capitaine d'artillerie et professeur de mathématiques, de physique et de chimie à l'École d'artillerie de la Garde royale à Vincennes. Chef d'escadron d'artillerie en retraite et célibataire à sa mort.
Même famille le troisième frère Jean-Baptiste Gaëtan Brianchon (°10/5/1786 Sèvres, Hauts-de-Seine - 14/4/1878, déclaré le 15/4/1878 Paris, 11ème au 9 rue du Chemin-Vert à 92 ans, témoin Joseph Henri Jules Brianchon, 55 ans, fabricant en porcelaines, dmt 222 rue Lafayette, neveu, acte 1290 vue 1), charpentier, architecte, propriétaire, dmt en 1827 au 5 rue du Chemin-Vert puis en 1851 7 bis rue du Chemin-Vert à Paris, 11ème époux à Paris, 8ème ancien le 18/4/1818 de Virginie Théodore Biget (°22/4/1796 Besançon, Doubs - 11/2/1874 Paris, 11ème à 78 ans au 9 rue du Chemint-Vert, témoin Antoine Thomas Descombes, 54 ans, architecte, dmt 22 rue Saint-Gilles, cousin de la défunte, acte 460 vue 28), dont Gaëtan Thomas Victor Brianchon (°21/4/1819 Paris, 8ème - 2/5/1869 Paris, 11ème au 9 rue du Chemin-Vert à 50 ans, dmt à Bar-le-Duc, Meuse, déclaré le 3/5/1869, témoins Antoine Descombes, 50 ans, architecte, dmt 12 rue Saint-Gilles et Jean Descombes, rentier, 78 ans, même adresse, cousins du défunt, acte 1449 vue 28), X 1837, chevalier de la L.H le 16/8/1862, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées époux de Estelle ou Eve Esther Elisa Leroux (°1827-1912), 30 ans en 1869 dont Bernard Jean Baptiste Victor Joseph Brianchon (°20/8/1867 Bar-le-Duc, Meuse - 27/9/1915 Les Islettes, Lachalade, Argonne, Meuse, mort pour la France, acte transcrit à Orléans, Loiret), X 1890, chevalier de la L.H le 31/12/1912, capitaine d'artillerie dont notamment Louis Joseph Marie Brianchon (°15/10/1915 Orléans, Loiret - 28/5/1940 Saleux, Somme à 25 ans, mort pour la France), militaire au 21ème régiment d'infanterie.
Comme autre fils Louis François Brianchon (°17/4/1822 Paris, 8ème ancien - 1846 à 24 ans Côte d'Ivoire, Afrique ?), élève de 1ère classe de l'Ecole navale au 1/11/1842. Enseigne de vaisseau, il commande la goélette La Franchise navire de commerce le 23/7/1843 dans l'expédition chargée d'établir un comptoir à Grand-Bassam.

La Presse du 10/12/1839 : Les chambres d'entrepreneurs de Paris continuent à s'occuper de leur organisation. La chambre des entrepreneurs de bâtimens (section de charpente) vient de composer son syndicat pour l'exercice de 1840, comme suit : M. St-Salvi, président, en remplacement de M. Brianchon, démissionnaire ; M. Dupré, vice-président, en remplacement de M. St-Salvi, appelé à la présidence ; M. Mort, trésorier, conservé dans ses fonctions ; M. Albouy, secrétaire, en remplacement de M. Dupré, appelé à la vice-présidence ; M. Bernard, secrétaire, en remplacement de M. Milbert, démissionnaire.

L'Indicateur des mariages :
31/7/1864 au 7/8/1864 : 18ème Brianchon, employé, rue de Constantine, 6. Mlle Bouvier, sans prof., même maison.
Antoine Julien Armand Brianchon époux de Evelina Georgette Barbier, dmt 45 rue d'Orléans dont Gaëtan Gaston Théodore Brianchon, employé, architecte, dmt 6, rue de Constantine époux à Paris, 18ème le 11/8/1864 (acte 728 vue 17) de Marie Louise Bouvier (°16/10/1835 Paris, Batignolles, 17ème - 23/6/1865 Paris, 18ème) dont 2 fils légitimés Georges Brianchon né Bouvier (°6/5/1857 Paris, 5ème ancien) et Louis Jules Brianchon (°30/5/1861 Paris, 18ème, déclaré le 31/5/1861), architecte en 1883 dmt quartier de Soho au 27 rue Gerrard, métreur en 1889 époux à Londres, Angleterre le 16/3/1883, acte de mariage transcrit à Paris, 17ème le 9/11/1886 (acte 1223 vue 20) de Jeanne Delphine Meurgey, 23 ans en 1883 (veuve Vaché), couturière, fille de Adolphe Meurgey, cocher décédé dont André Gaëtan Laurent Brianchon (°1888 Paris, 17ème - 5/2/1889 Paris, 17ème à 13 mois au 25 rue Saussure, témoin Georges Brianchon, 32 ans, métreur, dmt 20 avenue de Villiers, oncle de l'enfant, acte 267 vue 6). Témoins Joseph Henri Jules Brianchon (°26/4/1822 Paris, 11ème ancien - 18/5/1880 à 58 ans au 222 rue Lafayette, déclaré le 19/5/1880 Paris, 10ème, époux de Marie Louise Mourlot, 43 ans en 1880, témoins Achille Tardieu, 54 ans, chimiste à Briare, Loiret, beau-frère et Hippolyte Chapel, 56 ans, rentier, dmt 18 boulevard Voltaire, acte 2444 vue16), 42 ans, doreur sur porcelaine, chimiste à Briare, Loiret, dmt 7 rue Fénelon, frère de l'époux, Edouard Sylvain Brianchon (°27/4/1833 Paris), 31 ans, peintre de fleurs, dmt 103 rue du Faubourg Saint-Denis, frère de l'époux, Paul Guillaume Joannis, 47 ans, employé au ministère de la maison de l'Empereur, dmt 50 rue Bernard, beau-frère de l'époux époux à Paris, Batignolles le 20/10/1857 de Joséphine Brianchon, Charles Georges Brianchon (°14/7/1837 Paris, 2ème ancien), 27 ans, métreur, dmt 55 boulevard du Prince Eugène, frère de l'époux.
Jean-François Brianchon, propriétaire rue de Poissy à Saint-Germain-en-Laye en 1848.

Marie Françoise Brianchon femme de Pascal Hudry (23/11/1779 Saint-Germain-en-Laye - 13/12/1847 Saint-Germain en Laye au 2 rue des Bucherons à 68 ans, témoins François Victor Hudry, marchand faiencier, dmt 43 rue de Pologne, 29 ans, fils de la défunte et Germain Laporte, aubergiste, dmt 59 rue de Pologne, 57 ans, acte 404 vue 144), rentière, fille de Jean Baptiste Brianchon et de Antoinette Françoise Biolay.
Rosalie Antoinette Pigis épouse de Jean François Brianchon, rentier (°1791 Bouaflé, canton de Meulan, Seine-et-Oise actuelles Yvelines - 7/7/1850, déclarée le 8/7/1850 Saint-Germain-en-Laye au 27 rue de Paris à 59 ans, témoin Pascal Hudry, 73 ans, beau-frère, rentier, dmt 64 rue de Poissy et François Victor Hudry, 32 ans, marchand faiencier, neveu, dmt 23 rue de La Grande Fontaine, acte 196 vue 371), fille de Nicolas Pigis et de Françoise Lesourd.
Antoinette Elisabeth Brianchon femme de Germain Théodore Breton (°24/1/1786 Saint-Germain-en-Laye - 29/9/1861, déclarée le 30/9/1861 Saint-Germain-en-Laye au 27 rue de Paris à 75 ans et 8 mois, témoins François Victor Hudry, peintre, dmt 4 rue des Cochers, 43 ans, neveu de la défunte, et François Aignan Benoist, marchand bonnetier, 71 ans, dmt 71 rue de Pologne, ami, acte 347 vue 61), rentière, fille de Jean Baptiste Brianchon et de Antoinette Françoise Biolay.
Virginie Brianchon veuve de Jean Baptiste Marie Jules Lerat (°16/6/1795 ou 28 Prairial An 3 Saint-Germain-en-Laye - 14/12/1871 Saint-Germain-en-Laye à 76 ans et 6 mois au 44 rue de Paris, témoins Emile Edouard Lerat, rentier, 48 ans, dmt à Paris 54 rue du Faubourg Saint-Denis, fils de la défunte et Joseph Fischer, 52 ans, dmt à Saint-Germain en Laye au 11 rue du Poteau Juré, acte 600 vue 104), rentière, fille de Jean Baptiste Brianchon et de Antoinette Françoise Biolay.

Joseph Henri Jules Brianchon (°26/4/1822 Paris, 11ème ancien - 18/5/1880 à 58 ans au 222 rue Lafayette, déclaré le 19/5/1880 Paris, 10ème), peintre sur porcelaine époux de Marie Louise Mourlot, 45 ans en 1882, dont Emma Georgette Joséphine Brianchon (°8/7/1860 Paris, 10ème au 7 rue Fénelon, déclarée le 9/7/1860, témoin Antoine Julien Amand Brianchon, aïeul, 68 ans, rentier, dmt 15, rue d'Orléans aux Batignolles, acte 2459 vue 20), dmt 26 rue Saint-Quentin qui épouse à Paris, 10ème le 18/7/1882 (acte 943 vue 8) Henri Alphonse Pomairol (°21/10/1854 Péronne, Somme), publiciste dmt à Versailles avec ses parents fils de Mathieu Alphonse Gabriel Pomairol, 64 ans, capitaine en retraite et de Henriette Félicité Pruvost. Témoins : Hippolyte Deroisin, propriétaire et maire de Versailles, chevalier de la L.H, 56 ans, ami, Ferdinand Dreyfus, député, 35 ans, dmt 50 boulevard de Courcelles, ami, François Gillet, peintre céramiste, 60 ans, dmt 9 rue Fénelon, oncle de l'épouse, Albans Canuet, négociant, 56 ans, dmt 16 rue de la Folie-Méricourt, ami.

Joseph Henri Jules Brianchon (°26/4/1822 Paris, 11ème ancien - 18/5/1880 à 58 ans au 222 rue Lafayette, déclaré le 19/5/1880 Paris, 10ème), époux de Marie Louise Mourlot, dmt 50, rue de Douai en 1897, fille de François Joseph Mourlot, 57 ans en 1862, propriétaire, adjoint au maire de Pantin, dont :
Georges Joseph Brianchon (°4/10/1862 Paris, 10ème, témoin Joseph Bernard Deveria, peintre sur porcelaine, 42 ans, dmt 83 rue du Marais, acte 3721 vue 9).
Félix Edmond Brianchon (°9/4/1865 au 7 rue Fénelon, déclaré le 10/4/1865 Paris, 10ème, témoins François Joseph Mourlot, adjoint au maire de Pantin et Félix Mourlot, 21 ans caporal au 97ème régiment de ligne à Langres, acte 1557 vue 16).
Henri Brianchon (°8/6/1868 Paris, 10ème au 22 rue Lafayette, acte 2476 vue 23), distillateur marié à Paris, 6ème le 7/10/1897 (acte 756 vue 22) avec Louise Antoinette Bécoulet (°18/6/1874 Paris, 10ème), dmt 8 rue Crébillon. Témoins Louis La Saigne, propriétaire, 41 ans, dmt à Neuilly-sur-Seine, 63, avenue de Neuilly, cousin, Albert Auguste Hattu, 32 ans, ingénieur, dmt 17, boulevard de La Chapelle, témoins de l'époux et Léon Renaudin, négociant, 61 ans, dmt 52 rue Fontaine à Paris, Paul Albert Frey, fabricant bijoutier, 41 ans, dmt 19 rue Richelieu, amis de l'épouse.
Jeanne Elisa Brianchon (°11/7/1872 Paris, 10ème, témoin François Mourlot, 67 ans ancien maire, dmt 226, rue Lafayette, acte 3215 vue 13 - 29/8/1957 Tarbes, Hautes-Pyrénées).

27/1/1867 au 3/2/1867 : 18ème Brianchon, métreur, rue Lepic, 11. Mlle Etienne, domestique, même maison.
Antoine Julien Armand Brianchon époux de Evelina Georgette Barbier, dmt 45 rue Legendre dont Gaston Théodore Brianchon (°11/10/1835 Paris, 2ème - après 1899), métreur, vérificateur dmt 11 rue Lepic époux à Paris, 18ème le 16/2/1867 (acte 136 vue 9) de Marie Magdeleine Etienne (°20/8/1840 Allineuc, Côtes du Nord - après 1899). Témoins Paul Joannis, 50 ans, employé, beau-frère, Charles Brianchon, 29 ans, métreur, dmt 93, rue Oberkampf, frère, Henri Arnault, 52 ans, propriétaire au 11 rue Lepic, Alexandre Allemand, 50 ans, ingénieur civil, dmt 12 rue Saint-Jean. Ils demeurent 20 rue Lantier en 1899. Dont Victor Gaëtan Brianchon (°18/11/1873 Paris, 17ème, déclaré le 19/11/1873), menuisier, dmt 27 rue Broquet, époux à Paris, 17ème le 15/4/1899 (acte 548 vue 7) de Anne Le Strat (°12/3/1874 Baud, Morbihan), femme de chambre.

Indicateur du bâtiment et des travaux publics et de la propriété foncière 1889/1894 : Architectes et Vérificateurs
Brianchon père, rue de l'Eglise, 21, à Saint-Cloud (Seine-et-Oise).
Brianchon père, architecte-vérificateur expert en dorure et peinture, rue de Tocqueville, 99 Paris 17ème. — Lundi et vendredi de 9 à 11 heure.
Brianchon frères, rue Saussure 25 Paris 17ème.

Luiz La Saigne est né en 1885 dans la ville de La Ferté-Alais. Encore jeune, il travaille pendant une dizaine d'années au Comptoir National d'Escompte de Paris, où il acquiert l'expérience qui lui sera extrêmement utile dans sa carrière future. Souhaitant élargir ses connaissances, Luiz La Saigne demande, en 1911 à entrer dans l'entreprise des Établissement Mestre et Blagé de Paris, spécialisée dans le secteur automobile. Il est envoyé à la succursale de Buenos Aires. Alors que l'Europe souffre de la Première Guerre mondiale, Luiz La Saigne est transféré d'Argentine en Septembre 1916 pour assumer la gestion des Établissements Mestre et Blatgé fondés à Rio de Janeiro quatre ans auparavant et établi au 83 rue de l'Assemblée. Huit ans plus tard, La Saigne obtient un soutien financier auprès des banques locales et transforme la société en une société véritablement brésilienne enregistrée sous le nom de Mestre & Blatgé.

Georges Driout écrit le jeudi 28 juin 1945 : « Le général de Gaulle vient à Clermont samedi. Il visitera l'usine et fera un discours au personnel. »
En fait il ne rentrera pas dans l'usine et en restera à la porte pour y faire son fameux discours (il était accompagné du sultan du Maroc) ... espèce de camouflet de la direction à son encontre.

Ma chère Ariège ... dit Jeanine Driout ; les six filles Regnault étaient très attachées à leur pays d'enfance où elles conservaient leurs souvenirs les plus heureux.

En 1945 Georges Driout emploie encore le terme de la dissidence pour qualifier la France libre à laquelle s'était ralliée un de ses amis proches ; ce qui montre bien à quel point la propagande vichyste avait imprégné les esprits !

Ceci pour dire que la légitimité de De Gaulle en tant que chef de l'Etat n'allait pas de soi en 1945 même auprès de la fraction bourgeoise de la population et d'ailleurs son départ du pouvoir en janvier 1946 ne souleva aucune émotion particulière dans le peuple français qui contrairement à ses prédictions ne réclama pas son retour dans les six mois ...

Les grands hommes s'illusionnent toujours un peu sur ce qu'ils sont et sur ce qu'est un peuple auprès d'eux ! Il n'y aurait probablement pas de grand homme sans cette facilité à se goberger de son importance.

D'après René Miquel qui a écrit un livre très bien informé sur la Dynastie Michelin en 1962, seuls De Gaulle et le sultan du Maroc pénétrèrent les grilles de l'usine de Cataroux mais Robert Puiseux, gérant de la firme et gendre d'Edouard Michelin écarta soigneusement les journalistes, ce qui fit que la visite tourna court.
En 1952 approché par un émissaire du général qui lui demandait de l'argent pour le RPF, Robert Puiseux répondit : « Michelin ne fait pas de politique, Michelin ne soutient aucun parti. » C'est une attitude constante depuis les fondateurs, Edouard Michelin n'a jamais accepté de recevoir les politiciens de la 3ème République et ses seuls contacts locaux consistaient à financer des associations sportives, ce qui fait que malgré son action dans la première guerre mondiale il n'a jamais reçu la Légion d'honneur !
De Gaule lança donc à la cantonnade une de ces formules creuses dont il avait le secret : « Patrons, ingénieurs et ouvriers, qui avez su donner l'exemple du courage et du sacrifice, je vous salue ! »

Entre 1937 et 1941 l'ingénieur centralien Léger Issenmann (°1902-1962) et Geneviève Champagne de Labriolle habitèrent Clermont-Ferrand avec queques-uns de leurs douze enfants ... les liens avec mes grands-parents étaient donc réels. En 1940 il travailla pour Vichy et fut arrêté par les Allemands le 8 décembre et s'évada dès le 13. En 1958 il reçut la Légion d'honneur comme lieutenant d'aviation de réserve et entrepreneur en travaux publics (ports et digues). En décembre 1961 Georges et Jeanine assistèrent au mariage de son second fils Jean-François Issenmann à Paris avec Catherine du Besset, fille du colonel Jean Marc du Besset (°1906-1995).

La philosophie morale de mon grand-père se résume bien dans les quelques lignes qui suivent :

« Clermont Ferrand le 3 avril 1945.
Mon cher Michel,
...
Nadette nous a dit que tu avais eu un gros coup de cafard. C'est là quelque chose de bien normal. Seuls les inconscients n'en ont pas. J'en ai connu qui ont fait toute la guerre avec l'idée que les balles et les obus étaient pour les autres et qu'ils s'en tireraient toujours indemnes. Ils n'ont eu aucun mérite. Le vrai courage consiste à se rendre compte du danger mais à faire quand même avec calme sans excitation factice ce qu'on doit faire. Dans ta citation on a dit que tu étais calme et courageux au combat. Ne t'en fais donc pas, dis toi bien que tu le seras encore si c'est nécessaire et que ce ne sont pas les cafards que tu as eus ou pourra encore avoir qui te porteront veine ou déveine. J'ai eu le temps d'en avoir quelques uns pendant quatre ans. »

Quelques mots qui amuseront François-Noël Laudet s'il les lit, né le 25 décembre 1942, il n'avait pas encore trois ans le 14 octobre 1945 date de cette lettre de Georges Driout : « François Noël est un petit diable qui attrape tout ce qui lui tombe sous la main et en fait les usages les plus inattendus. Il a la manie de dévisser et de démonter tout ce qu'il peut. »

Mesbla a fait construire en 1930 le premier gratte-ciel de Rio-de-Janeiro !
C'est finalement mon oncle Claude Driout qui ira au Brésil à la fin des années 1970 pour y représenter Rhône-Poulenc (après l'Amérique du Nord).
Quant à René Driout, frère cadet de Georges, il a fait toute sa carrière professionnelle à New-York au College of the City de 1921 à 1956 comme professeur de français et d'espagnol.

En ce qui concerne les liens entre Michelin et la politique, à titre personnel Pierre Michelin (°1903-1937), fils cadet d'Edouard, finança La Cagoule aux dires d'un des membres du groupe l'industriel François Méténier dont le quartier général en Auvergne se trouvait dans sa villa de Chamalières, plusieurs ingénieurs de Michelin furent compromis lors de ce complot qui visait à rien moins que renverser les institutions républicaines à coups de bombes.
Le jeune François Mitterrand fréquentait déjà ce milieu avant de connaître les Pingeot.

« Clermont-Ferrand.
Mardi 12 juin 1945 de Jeanine Driout à Michel Driout (longue lettre dont je ne donne que quelques extraits) :

Mon Michel,

Je crois qu'il y a bien longtemps que tu n'as pas vu mon écriture. Je suis allée à Paris et ton père m'a remplacé auprès de vous Francis et toi, car avant, pendant et après j'ai été bien prise. J'aurais voulu t'envoyer une carte pendant mon voyage-tourbillon surtout depuis la Normandie qui est bien belle mais il n'en reste plus de postales là-bas, les Allemands ont tout raflé. Laudet à force de diplomatie, aidé par la connaissance de la langue allemande — et par Pépé — a sauvé le château et sa bibliothèque, unique en France, 40 000 volumes rares, de tout pillage et de tout dégât. Cependant des S.S y ont séjourné en permanence ; Himmler y est venu à deux reprises et il y a tenu une conférence qui a duré jusqu'à 3h du matin.
J'ai visité tout le château ; j'ai lu et tenu dans les mains des lettres autographes de quantité de personnages célèbres, depuis les rois de France jusqu'aux maîtres de la pensée française et étrangère : Goethe, Schiller, Mme de Staël etc en passant par Catherine II, Christine de Suède, Napoléon, Joséphine etc ... c'était passionnant — Pour clôturer cette journée, je suis allée chez La Varende qui possède un délicieux château tout rose — Malheureusement il était absent.
La table est excellente chez les Laudet. J'ai même dégusté un croissant chez le boulanger du bourg. A la place de Christiane, je serais ravie d'être dans ce pays. Il lui tarde cependant d'aller dans l'Ariège. Maurice est à Casablanca.
A Paris, j'ai passé quatre jours avec ta soeur. Ensuite je suis allée à Grand'Bourg où elle est merveilleusement installée dans le beau couvent et surtout dans un joli château au-dessus de la Seine dont elle voit passer les péniches. A ce régime, au bon air, au soleil, elle est toute dorée. Paris lui réussit ; elle s'y débrouille à merveille et elle y est dans son élément, un peu trop car je voudrais bien qu'elle se réhabitue l'an prochain à la vie de province. En attendant son retour en Auvergne est retardé parce qu'elle s'est inscrite pour aller comme monitrice d'une colonie de la Marine à Gouville du 15 juillet au 15 août. Son examen est le 21 juin — Je n'ai plus de fille ! Plus de fils aînés — Dans ce calme je prends des kilos je crois ...
...
Tu sais que les 3 Gorce sont morts en Allemagne ? Le premier au cours du voyage. Il était dans un train qui a brûlé ; le deuxième blessé dans un bombardement est mort du tétanos ; le 3e aurait eu le typhus et serait mort d'épuisement quelques jours avant la capitulation après un long martyr — les parents se sont soumis. Ils ont une foi admirable, digne de celle de leurs enfants qui avaient écrit en partant : « Dieu nous avait tout donné ! Il nous a tout repris, que sa volonté soit faite ! » Est-ce toi qui connaissait la petite soeur ? Tu devrais envoyer un mot aux parents, place Michel de l'Hospital.
...
Alain de Vandière est en France, aux environs de Paris. On parle pour lui de médaille militaire. Ils ont la fourragère rouge. Je crois que sa division le sert bien.
J'ai lu avec intérêt le livre que tu as envoyé. Ton régiment a des états de service magnifiques. Il a été héroïque et très éprouvé.
...
Grande nouvelle au Terrefort : l'arrivée imminente de Zette et de ses enfants qui ont vu leur départ avancé d'un mois. Elle est peut-être déjà en France à l'heure qu'il est.
J'ai vu ta tante Simone ces jours-ci. Elle cherche un appartement ici pour l'hiver prochain. Elle va passer ses vacances au Terrefort. Quant à nous, rien n'est encore décidé. A cause de ton père, je me demande si on ne serait pas bien de louer quelque chose à Theix. Mais mon coeur sanglote à l'idée de renoncer à l'Ariège.
.... »

Zette : c'est Suzanne Regnault très inquiète d'être sans nouvelle de son époux le capitaine de frégate François Grison en poste à Shanghaï (Chine) qui sera retenu prisonnier par les Japonais quelque temps.
Pépé : c'est la fille de François Laudet, Marie-Thérèse Laudet, célibataire encore et qui parlait allemand.
Jean de La Varende écrit : » M. Laudet, le régisseur, s’efforçait pour sauver la grande demeure qui lui avait été confiée et qu’il aimait. Mais son indignation lui nuisait et sans sa fille qui parlait imperturbablement la langue rude et finissait par accorder les deux partis, la défense aurait pu mal tourner. Marie-Thérèse Laudet a beaucoup aidé à préserver Broglie.... Cela faillit d’ailleurs mal finir et pour des stupidités. Avec le prochain départ, les Allemands s’exaspéraient. Le duc et le régisseur furent, la veille de la libération et dans la nuit, arrêtés à main armée et sous l’invective... M. Laudet trouva son duc assis philosophiquement dans le camion qui l’emmenait à Haute-Equerre, petit château voisin où se tenait un état-major. Un officier moins idiot s’entremit et trouva la chose ridicule, et on rendit le duc de Broglie à ses in-folio et au portrait de Mme de Staël ». 

Quand Jeanine dit qu'elle prend des kilos c'est de la coquetterie ! Elle a toujours été mince et l'incarnation de l'élégance, du chic comme elle dit, c'est un mot qui revient sans cesse dans l'époque et dans ce milieu où l'on fait figure avant tout.


Les Français — et avec eux l'essentiel des Européens — ne comprennent pas du tout la liberté d'expression ; ils croient qu'il y a d'un côté la sphère matérielle à laquelle ils sont attachés comme tout un chacun et d'un autre côté, entièrement séparée de celle-là, la sphère des idées et des sentiments qu'il faut respecter sous peine de rompre la paix civile d'où toutes les censures admises et les restrictions aux libertés civiles.
Eh bien, ils se trompent du tout au tout ! La prospérité matérielle dépend entièrement de la prospérité de l'imaginaire.
C'est la bourse des idées qui donne le la profond de la société, la dominante de l'harmonie générale.

Je puis donc dire — foin de modestie inutile et de précautions oratoires — que je suis le premier économiste de France (Piketty, Baverez et tous les autres peuvent bien aller se rhabiller et faire les pitres à la télévision tant qu'ils veulent) car j'ai la conception de l'économie humaine la plus profonde de toutes, celle dont j'ai hérité en étudiant Regnault.


Le jeune Paul Claudel — 17 ans aux prunes — avait été choqué par les funérailles officielles de Victor Hugo qui s'étaient transformées en bacchanale nationale dans les rues de Paris ; pauvre petit bourgeois engoncé dans son corset étroit de certitudes religieuses !
En l'occurrence cette panthéonisation orgiaque était un hommage justifié car Hugo était un sacré queutard défunt après avoir été un puceau tardif ! Il est vrai que Claudel n'avait pas encore connu son démon de Midi ... qu'il immortaliserait par une pièce lyriquement anti-bourgeoise intitulée Partage comme dans la plus pure tradition notariale de nos héritiers des vertus de province.

Vous connaissez l'histoire, je suppose ? Victor Hugo est resté vierge jusqu'à son mariage à vingt ans et a fait l'amour onze fois de suite à la pauvre Adèle la nuit de ses noces (quand on est jeune on a des matins triomphants) ; mais comme il avait une santé de fer il s'est fort bien rattrapé par la suite notamment avec des servantes et des blanchisseuses (comme beaucoup de grands hommes il avait le goût des amours ancillaires). Comme c'était un être moral et un homme d'ordre qui tenait sa comptabilité à jour, il notait sur ses carnets ce qu'il donnait à chacune de ses maîtresses éphémères sous la rubrique charité ; il faut avoir l'amour de l'humanité chevillé au corps pour intituler charité des passes payantes, n'est-il pas vrai ?

On comprend qu'Adèle ayant enfin trouvé une oreille compatissante ait pu s'abandonner dans les bras de l'ami de la famille, le douceureux Sainte-Beuve, espèce de dieu lare qui poignardait dans le dos son ami Victor qui avait trop de génie et de succès à son goût !

Hugo était un baiseur, nullement un séducteur ; occupé à jouer son rôle sur la grande scène de l'histoire, il n'avait guère de temps à consacrer aux femmes alors que le critique insinuant Sainte-Beuve (quoique poète à ses heures) a vécu dans la compagnie des dames dans des cabinets particuliers (odor di femina).


Je parlais un peu plus haut des Issenmann liés à mes grands-parents qui assistèrent en 1961 au mariage de leur second fils Jean-François (°1931) ; il a eu une fille aînée et un fils cadet Frédéric Issenmann né en 1965.
Il a trois particularités : il est catholique pratiquant comme toute sa famille, homosexuel et séropositif depuis une vingtaine d'années (ce n'est pas un mystère puisqu'en 1996 il avait donné un témoignage à un magazine chrétien).
Il a perdu l'an dernier (14/3/2013) son compagnon et la famille a fait paraître une annonce, la voici :

Etables-sur-Mer
Saint-Brieuc
La Forest-Landerneau
Missiriac
Saint-Gilles (La Réunion)
Nantes, Giverny
Saint-Augustin aime et fait ce que tu veux.
Il a plu à Dieu de rappeler
Hervé RIVOALLAND
le 14 mars, en son domicile des "Pilotis" à Giverny entouré des siens, il a rejoint son père.
De la part de :
Cécile et Jean-Yves (†) Rivoalland,
ses parents ;
Françoise, Yves et Marie-Hélène,
Pierre et Myriam,
sa soeur, ses frères
et belles-soeurs ;
Frédéric Issenmann,
son compagnon ;
ses oncles, tantes et cousins, ses neveux, nièces et ses nombreux amis.
Ses obsèques seront célébrées à Giverny, jeudi 21 mars, à 15 h 30, en l'église Sainte-Radegonde, suivies de l'inhumation au cimetière de Giverny.
Aux fleurs et couronnes seront préférées des prières, des messes et des dons pour la Recherche médicale.
Cet avis tient lieu de faire-part et de remerciements.

Hervé Rivoalland était graphiste et conseiller municipal de Giverny (où se trouve la célèbre maison de Monet) et où il s'occupait d'expositions florales (j'ignore son âge). Il est décédé des suites d'un cancer (comme beaucoup de séropositifs).
C'est une nouveauté que des familles chrétiennes se signalent ainsi pour des invertis comme on disait encore il y a quelques décennies dans ce genre de milieu.

Les Pilotis à Giverny, maison du peintre américain James Wall Finn (°1866-1913).


Pour vous donner une idée de la bêtise et de l'ignorance de Thomas Piketty qui ne jure que par l'impôt et qui croit que les Etats-Unis ont résolu les problèmes d'inégalité par l'impôt progressif, savez-vous comment a été bâti le Victory Program notablement inspiré par Jean Monnet ? A moitié sur les taxes et à moitié sur les bons du Trésor, c'est à dire sur l'emprunt volontaire et de fait ce sont les deux tiers du coût de ce programme qui ont été financés par l'argent apporté par les ménages au Trésor public.
C'est le ressort moral qui a été le moteur décisif : la défense des libertés américaines face aux agresseurs japonais et allemands et à leur programme totalitaire. Ce n'est nullement la volonté d'une réduction des inégalités ...

Enfin, last but not least, c'est en forçant les portes du monde à s'ouvrir devant eux qu'ils ont bâti leur empire d'abord militaire puis économique en bénéficiant d'un accès illimité, ou presque, aux ressources encore largement inexploités. Il en est résulté une concentration de capitaux inédite et en 1945 l'essentiel des richesses mondiales se trouvait entre les mains des Etats-Unis qui n'avaient subi que des pertes légères en hommes et quasiment nulles sur le plan matériel puisque leur territoire avait été épargné par la guerre.

Il n'y a eu là-dedans aucune volonté de réduire les inégalités ... encore moins en termes de redistribution de richesses entre les Etats-Unis et le reste du monde ! Si Piketty ne le voit pas c'est qu'il ne verra jamais rien le pauvre garçon (son succès public vient du fait qu'il remue des sentiments jaloux également partagés des deux côtés de l'Atlantique). L'inégalité était telle et la menace militaire sur l'Europe libérée si grande de la part du bloc soviétique que Washington a été forcé de monter le plan Marshall pour venir en aide aux populations européennes et pour reconstruire leur économie sinistrée.

Le problème de Piketty — comme pour beaucoup d'universitaires qui n'ont jamais travaillé que dans l'abstraction — c'est qu'il confond ce qui relève des causes et ce qui tient aux conséquences, ce qui intellectuellement est un péché irrémissible.
En 1900 John D. Rockefeller représentait à lui tout seul 3% du P.I.B des Etats-Unis, ce qui aux yeux des élites intellectuelles et politiques représentait un grave danger pour la démocratie et les institutions politiques de l'Amérique — on connaît les méthodes du vieux Rockefeller : intimidation et corruption comme au temps du far-west — on a donc fait voter une loi anti-trust pour démanteler son empire, il ne s'agissait pas de réduire des inégalités de fortune mais de sauvegarder l'esprit de liberté et même l'esprit d'entreprise d'une trop forte concentration de pouvoir de type autocratique.


Talleyrand est un grand second rôle mais il arrive que les seconds rôles soient plus révélateurs de leur époque que ceux qui tiennent le devant de la scène ; ces gens qui sont presque toujours derrière le rideau ou en coulisse et saisissent les fils de la pièce mieux que le jeune premier qui débite son texte sans vraiment le comprendre ! Quel rôle est plus imbécile que celui d'Hippolyte objet de tous les désirs et qui agit comme un automate ?

Car comme le disait Jean de la Fontaine, la vie est une ample comédie aux cent actes divers et dont la scène est l'univers, hommes, dieux, animaux, tout y fait quelque rôle.

Car enfin qu'est-ce donc que la grande Révolution que la mise sur pied d'égalité de la naissance et de la richesse, être homme de condition c'est être un bourgeois qui a du bien plus qu'une lignée, des réalités plus que des espérances, le conflit balzacien par excellence est celui entre l'illusion de la noblesse et le réalisme de la condition bourgeoise que seules les bornes de l'amour viennent parfois affranchir. La fidélité à l'ordre ancien succombe toujours devant quelque écueil comme Chateaubriand en son môle mémorial et le petit parvenu corse nique jusque dans la tombe le vicomte qui se rattrape avec des mots.


Louis La Saigne (°1885-1961) était un parisien et l'arrière-petit-neveu du mathématicien Charles-Julien Brianchon (°1783-1864), géomètre issu de l'X et élève de Monge (célibataire, il n'eut pas de descendance). On peut donc penser que Georges Driout était ravi de discuter mécanique avec un industriel d'aussi illustre ascendance (du côté La Saigne ses aïeux travaillaient pour le Mont-de-Piété de Paris puis pour le Crédit d'Escompte de Paris).
On sait que Robert Puiseux qui a été son patron après Edouard Michelin jusqu'en 1955 était le fils et le petit-fils d'astronomes et de mathématiciens parisiens Pierre Puiseux (°1855-1928) et Victor Puiseux (°1820-1883).
Véronique Petit, dernière fille de Simone Regnault, a épousé un Aussedat, de la famille des papetiers d'Annecy (liés aux Michelin par la Compagnie des Machines Bull) dont l'arrière-grand-mère est la soeur aînée de Robert Puiseux.

L'ironie veut qu'il existe à Rio-de-Janeiro une Praça Luiz La Saigne alors qu'Emile Mestre fondateur de l'entreprise n'a pas même son nom sur sa tombe au cimetière neuf de Neuilly-sur-Seine ! La France remercie bizarrement ses citoyens les plus méritants ... les deux hommes sont morts la même année mais leur destin posthume sans moi serait complètement divergent. Il est vrai que Louis La Saigne a laissé quatre filles pour honorer la mémoire de leur père et Emile Mestre un beau-fils peu reconnaissant.

Il y avait trois frères Brianchon nés à Sèvres où leur père Louis-Julien Brianchon était horloger avant l'époque de la Révolution (je suppose qu'il travaillait pour la manufacture royale de porcelaines) puis limonadier puis concierge du palais de Versailles en 1809 puis en 1812 de celui d'Anvers qui faisait alors partie de l'Empire français ; l'aîné est le mathématicien, non marié et sans descendance, le second est un entrepreneur en bâtiments (charpentes) dont notamment un ingénieur des P&C et un lieutenant de vaisseau, le troisième un libraire-éditeur parisien dont est issue une nombreuse descendance (onze enfants) de peintres et décorateurs sur porcelaines et dont descendait Louis La Saigne. De cette branche est issu le peintre Maurice Brianchon (°1899-1979), fils de Henri Brianchon époux de Mlle Antoinette Bécoulet et petit-fils de Jules Brianchon (°1822 Paris - 1880 Paris), doreur sur porcelaines époux de Mlle Marie Louise Mourlot.

La céramique dans l'architecture à Paris par Bernard Marrey.

Exposition de Londres en 1862 : Ce sont les porcelaines nacrées de la maison Gillet et Brianchon aux reflets prismatiques, changeants, obtenus aux moyens d'émaux particuliers de l'invention de M. Brianchon et pour lesquels il s'est fait breveter.
Ils ont été mis à profit de manière heureuse par MM. Gillet et Brianchon, pour préparer des lustres brillants et nacrés, très-remarquables. Les oxydes de fer, de plomb, de bismuth, d'urane, d'argent, substitués à l'or dans les réactions analogues à celles qui fournissent le liquide aurifère d'après les procédés de MM. Dutertre, conduisent aux effets les plus surprenants, soit qu'on emploie ces agents seuls ou par superposition, sur des fonds blancs ou sur des fonds de couleur. M. Brianchon a reproduit ainsi les couleurs de la nacre blanche et les nuances irisées les plus foncées.


La beauté n'intéresse plus personne ... ne pas compter son temps pour fignoler ce qui ne compte vraiment que pour celui qui n'est pas pressé, pour l'amateur distingué qui saura en faire l'éloge, qui saura en apprécier le caractère particulier, cela n'émeut plus !
Seule compte la relation réflexe, le déclenchement du rire impur comme l'aurait dit Baudelaire ! L'époque bourgeoise grave et pourtant doucement ironique a fait place à des insanités négroïdes, des grimaces de music-hall, on accroche des régimes de bananes un peu partout et l'on croit avoir de l'esprit.

La vie de l'intérieur parisien, les jeux de la société, tout doit céder au plus rapide, à l'acte moteur. Vite, mot d'ordre absolutiste.
Mais l'art est un ornement délicat et fugitif, une gratuité efflorescente comme une jeunesse pure qui ne va pas d'un point a à un point b par le court mais par le beau et qui ne sera mu que par le plus harmonieux.


Je pourrais écrire mille vers de Racine cela ne compterait absolument pas dans le calcul économique !
Si je construis un million de mètres carrés de logement alors je suis quelqu'un d'important quand bien même j'aurais conçu une ville absolument déserte comme on en voit en Espagne depuis la crise économique de 2007 ! Le plus frappant c'est que le beau est absolument banni de l'idée. La seule idée résiduelle quand on a tout éliminé c'est l'addition brute des mètres carrés aux mètres carrés. Le bâtiment est devenu une machine à loger du vide existentiel.

Un hangar plein de robots serait peut-être plus rempli de vie qu'une tour moderne.


En France nous avons des politiques mais nous n'avons pas une politique. Ils mettent en oeuvre des ersatz à la mode allemande ou américaine ou bruxelloise selon l'heure, le lieu et le moment.

Le kitsch ce n'est pas une sensibilité c'est une imitation de sensibilité ; il faut qu'il y ait un caractère maladroit (ou trop adroit au contraire) et mécanique dans cette imitation pour qu'on reconnaisse dans un objet, une émotion ou une idée le caractère kitschissime de la chose.

La spontanéité du génie, même élémentaire, même rude, le garantit de tout kitsch.
Par exemple Marceline Desbordes-Valmore ne doit qu'à elle-même son génie littéraire aussi ingénu puisse-t-il paraître aux esprits les plus éclairés. Ce n'est pas de la littérature seconde mais de la littérature première.

La question de l'imitation est évidemment une question centrale dans les arts et dans l'enseignement et on pourrait dire dans la société tout entière. L'orthographe est toute entière une imitation c'est pourquoi les licences qu'on prend avec elle dans les messages que l'on envoie par le truchement de tous les moyens que procure la modernité comme par exemple le net ne sont pas fautives en soi. Un twit n'est pas une lettre en bonne et dû forme ...

La notion de kitsch est assez floue pour être extensible à volonté malgré tout j'ai essayé de préciser cette idée lors d'une polémique avec Jean-Paul Brighelli au sujet d'un poème de Marceline Desbordes-Valmore qu'on peut juger mièvre ou mignard si on le sent ainsi mais certes pas l'affubler du terme de kitsch qui évoque l'idée d'imitation mécanique alors que notre poétesse est entièrement originale, maladroite et sincère !


Jean-Paul Brighelli a prétendu que le poème des Roses de Saadi était kitsch je lui ai concocté une petite réponse acidulée :

Le mot kitsch est postérieur à 1859 et donc il est anachronique d’appliquer ce concept à Desbordes-Valmore !

Ce qui est kitsch c’est mettons Francis Huster jouant à être Gérard Philipe la première partie de sa carrière ou BHL chemise blanche au vent imitation de Lord Byron libérateur de la Grèce mais il est douteux que ces deux éminences télévisuelles aient pleinement conscience d’être du pittoresque de bazar !

Par exemple Jean-Paul Brighelli imitant en 2014 Choderlos de Laclos c’est kitschissime !

J’avais un oncle professeur de philosophie Alain de Lattre (paix à ses cendres) qui se prenait pour un disciple de Sade et bafouait sa femme et la poussait à la boisson mais tout en menant une vie de petit bourgeois (il a écrit des livres sur la bêtise d’Emma Bovary et il traitait son fils ingénieur de petit imbécile) sans le savoir c’était un philosophe kitsch !

Pour vous donner une idée du kitsch du personnage (c’est fréquent chez les professeurs de philosophie) il faisait le baise-main à sa belle-mère (ma grand-mère en était ravie ce qui prouve qu’elle avait elle aussi le goût du kitsch).

Dans les choses de l'esprit et dans le domaine de l'art il y a peu de génies créatifs et beaucoup de disciples : le kitsch est donc largement dominant à toutes les époques !

Les médias de masse ont largement amplifié le phénomène du kitsch comme l'industrie naissante au XIXème siècle a permis l'émergence de ce genre d'art qu'on appelle le kitsch, mixte entre l'artisanat de série et la création industrielle.

Même les mauvaises pensées ont un côté kitsch quand elles sont produites à la chaîne ... les disciples de Nietzsche sont légion !

Je crois que JPB confond le terme kitsch qui veut dire imitation maladroite et industrieuse avec un terme qui évoquerait une sensibilité mignarde mettons !

Après tout il peut préférer Verlaine dans son vomi d'alcolo aux mignardises saint-sulpiciennes de Marceline Desbordes-Valmore cette âme croyante mais lui imputer à cette grande originale d'avoir imité je ne sais qui alors que son premier recueil est de 1819 antérieur aux Méditations de Lamartine c'est non seulement lui faire injure puisqu'elle serait une vile pasticheuse mais se tromper du tout au tout sur sa nature de sensitive.

Verlaine qui avait bon goût admirait énormément Marceline qu'il avait découvert grâce à Rimbaud et Sainte-Beuve qui était athée avait des relations très affectueuses avec elle.

J'ai le sentiment que les problèmes relationnels de JPB avec les femmes viennent en grande partie d'un manque de compréhension de la sensibilité féminine ! Il croit que ce sont toutes des potes de régiment avec qui on fait la bringue ... les meneuses de revue cela existe certes et les matrones de bordel aussi mais elles ne forment pas la majorité du genre féminin !


La limite entre ce qui relève de l'art et ce qui vient du caractère imitatif (le petit singe dans l'homme) sera toujours difficile à préciser sans en rompre le charme.
S'il y a un charme puissant dans Marceline Desbordes-Valmore encore faut-il pour le sentir partager une certaine ingénuité et cette découverte de la forme qui se dévoile peu à peu, ce léger tremblement de la ligne qui enchante les vocables et supporte la ligne mélodique.

Hugo est un poète qui tire à la rime ; Marceline tire sur le sentiment en alignant les courbes de sa mélodie sur les contours diffus de l'exaltation puis du soupir ... Hugo est un poète savant (l'histrion suprême) et Marceline une muse théâtrale (le souffle de la respiration est tout le cours de sa vie).

Je pense en résumé qu'il existe un érotisme féminin dont Marceline Desbordes-Valmore est une émanation supérieure et que cet érotisme est de nature très différent du masculin (d'où d'ailleurs la difficulté et l'intérêt d'accorder les désirs aussi dissemblables).

Pierre Béarn — qui est mort plus que centenaire — a consacré un livre entier à l'érotisme dans la poésie féminine — publié évidemment par Jean-Jacques Pauvert — sans parvenir à cerner le sujet. Il a juste fait éclore des regrets ...


Annonce décès famille Regnault (Le Figaro du 3 mai 2014) :

CORNEILHAN
Annick, son épouse,
Caroline et Guilhaume de BARTHÉZ, Sibylle et Auriane ;
Eric et Osmonde de LABRIOLLE, François, Jean ;
Stéphanie de LABRIOLLE, Jean-Claude COSTECALDE, Augustin et Albert ;
Axel et Annabel de LABRIOLLE Guilhaume, Jeanne, Caroline, Alexis, Arthur,
Gaëlle-Anne et Pierre ROQUEFEUIL,
Philippe, Bertrand et Tristan ;
parents et alliés
ont la douleur de faire part du retour à la maison du Père
de Alain CHAMPAGNE DE LABRIOLLE
survenu à Corneilhan, le 1er mai 2014
La cérémonie religieuse aura lieu le lundi 5 mai 2014, à 14 heures, en l'église de Corneilhan.
Cet avis tient lieu de faire-part.
POMPES FUNÈBRES LE PECH BLEU
PÔLE FUNÉRAIRE PUBLIC - TÉL. : 04.67.31.80.05

Alain Champagne de Labriolle (°1934-2014) était le fils aîné de Ginette Regnault et de Bernard Champagne de Labriolle ; médecin de la Marine il participa à la guerre d'Algérie où il reçut la croix de la valeur militaire, il fut fait chevalier de l'ordre national du mérite, et eut la médaille commémorative française puis par la suite devint radiologue dans le secteur médical privé.
Il était né à Foix comme beaucoup de membres de la famille ... sur les allées de Villote où se trouvait la maison ancestrale des Pomiès et non loin de l'imprimerie qu'ils y fondèrent à la Révolution dès 1790 (à partir de 1809 au Cap-de-la-Ville faubourg Planissoles).

Son cousin germain Jacques Marie Olivier Champagne de Labriolle a été fait chevalier de la Légion d'honneur le 31 décembre 2013 en tant qu'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire au Nigeria avec 34 ans de services.


Pourquoi ne pas nommer certaines rues : rue de l'homme de Cro-Magnon ? Ou encore rue de Néanderthal ? Ou bien mieux rue de la précession des Equinoxes ? Ce serait autrement plus instructif que l'énième rue Clemenceau ... et même cela rejoindrait la poésie des noms anciens, rue de la Grande-Truanderie, rue du Chat-qui-pêche et autres rue de l'Arbre-Sec !
Je suis effaré par la platitude et le manque d'imagination de mes contemporains qui croient tout savoir ...

Ils se répètent à qui mieux mieux et donc ils se croient pourvu de tout le degré d'instruction nécessaire d'une intelligence sur-éminente alors qu'ils ne sont que fades et normalisés à l'extrême.
Les Américains attribuent des numéros d'ordre à leurs rues au moins ils ne se payent pas de mots. L'abstraction y règne en maître sur les damiers géométriques de leurs villes sans âme.

Toutes ces célébrités oubliées et vouées au néant ... allons-y alors pour la rue des Liaisons dangereuses, la rue de Carmen, la rue de Dom Juan et encore rue des Essais de Michel de Montaigne.

La plus juste : rue des cent milliards d'êtres humains !
Un nom qui ne serait pas volé.


Un Etat qui s'approprierait tous les biens de la nation serait obligé d'abolir toutes les lois à son profit ; le communisme intégral c'est l'Etat sans loi.

L'Etat légaliste doit composer avec une réalité mouvante celle d'une société en perpétuelle recomposition.

Je suis en train de jeter un coup d’oeil sur les Journaux de Marivaux qui n’avait rien d’un esprit scientifique mais qui était très sagace et avait atteint un haut niveau de civilisation sans le secours de la régénération par le sang comme le voudraient tous nos révolutionnaires.

Le mélange de la rationalité et du sentiment c'est tout l'esprit moderne ; qu'est-ce qui compte pour nous sinon décomposer à l'infini le vivant pour le recomposer à notre guise sans jamais briser la trame fragile de nos vies.

Il n'existe qu'une seule méthode moderne de gouverner c'est d'examiner les probabilités diverses de la société et les chances de nos vies ; il n'y a pas d'état final qui vaille, juste une succession de petits pas qui peuvent ressembler à la marche au hasard d'un ivrogne sur un damier tracé par une main au dessein supérieur.

La vie en société est faite de compromis perpétuels — la vraie vie est ailleurs rouspétait le poète ; mais c'est un fantasme et le citoyen raisonnable laisse au poète le champ libre pour divaguer à sa guise. Le poète gyrovague avec des mots ... ce n'est pas un grand mal. La déraison se prononce quand on veut manifester scientifiquement sa prééminence sur les autres ... et accessoirement gouverner le monde faute de se bien gouverner.


Depuis Kant on sait que la philosophie ne sert strictement à rien, qu'elle est incapable de résoudre aucune question tenant à l'ordre naturel alors les philosophes se vengent en condamnant de toutes les manières le monde moderne, certains poussent même le vice jusqu'à utiliser la sociologie pour condamner la société ...

Faute d'être les grands maîtres de ce monde sublunaire, les philosophes ne se résigneront jamais à n'être que de petits maîtres !

Il y a bien l'idée de Regnault qui consiste à organiser en ingénieur l'existence dans un monde socialisé par la théorie des petits pas mais cela leur semble une idée bien trop modeste, bien trop réductrice alors qu'ils escomptaient fonder leur monde à eux sur les décombres des religions comme un idéal pur et lumineux.

Par exemple un Thomas Piketty se prend pour un économiste de premier plan alors qu'il ne sera jamais qu'un philosophe épris de sa personne. Il entend gouverner l'avenir des hommes alors qu'il est bien incapable de se gouverner librement et reste un modeste fonctionnaire d'un état à peine formé selon ses voeux puisqu'il en appelle à l'état universel ... seul digne de l'employer.

Le premier pas de la véritable philosophie c'est de renoncer à ses pompes et à ses oeuvres ... si l'on veut atteindre une certaine forme d'objectivité. Peu en sont dignes. Les grandes questions appellent de modestes ouvriers qui oeuvrent dans le temps.


Si la philosophie spéculative est interdite il reste du moins la philosophie ironique et critique telle que la pratiquait Schopenhauer qui se mettait en rage quand Hegel prétendait avoir trouvé le sens de l'histoire !
Le sens global du monde nous ne le connaissons pas mais nous pouvons adopter des postures adaptées à chaque situation cruciale à laquelle la vie nous expose ... nous pouvons réfléchir à ce qui nous arrive et nous distancier de toutes choses faute de saisir la trame générale du monde. C'est à peu près la situation où Kant nous laisse.

A-t-on une vision globale des mathématiques ? Non, on n'en a qu'une vision locale, on est donc obligé de se fier au pas à pas de sa raison ; quant à la question de la réalité des mathématiques ce n'est qu'une question finale qui ne se pose pas vraiment à notre échelle puisque nous n'avons qu'une vision parcellaire de la mathématique.

Le modèle kantien peut s'appliquer à beaucoup de problèmes où les finalités viennent troubler le jeu naturel de la raison. Quand nous croyons saisir quelque chose globalement nous ne faisons en fait qu'étendre un peu plus le champ de la raison d'une manière assez limitée.

Pour Schopenhauer c'est une force aveugle qui règne, la volonté de puissance, une espèce de hasard supérieur, contre laquelle rien ne peut rien et donc le monde n'a ni tête, ni queue ... le philosophe contemple objectivement l'agitation du monde et de ses êtres comme un infusoire serait regardé par le biologiste. Seule est autorisée l'ironie supérieure du sage ... on sait que Nietzsche s'est largement inspiré de ce modèle dans une partie de son oeuvre démolissant la morale à grands coups de marteau.

Question métaphysique ou métapsychologique pour les angoissés de la réalité.
Je doute que la réalité de la mathématique soit un problème décidable si déjà à l'intérieur des mathématiques il y a des problèmes indécidables ...


L'Europe institutionnelle telle qu'elle se présente à nous a tous les inconvénients d'un empire et aucun de ses avantages.
Cette apparence de démocratie qui ne nous consulte sur aucun sujet tient ses citoyens en état de minorité perpétuelle comme des chinois infantilisés par mille ans de mandarinat.

Ceci était ma modeste contribution au débat sur les élections européennes à venir et sur ce qui s'en suivra.

Une Europe qui n'est bâtie ni sur une échelle humaine, ni sur un plan divin n'a comme légitimité que la somme des faiblesses des Etats participants. Ce sont des soustractions tatillonnes qui nous gouvernent et qui font de nous moins que des hommes libres, juste les sujets d'un marché sans frontière.

Variété telle était le mot de la vieille Europe, celle qui nous avait été léguée par nos ancêtres ; c'est de cette richesse qu'elle tirait sa force et le rayonnement de sa culture au milieu des confrontations de toutes natures, affadir l'Europe c'est la nier !
L'Europe n'est pas et n'a jamais été l'Empire chinois, cet étouffoir de toute pensée libre.
Elle n'est pas non plus l'Amérique avec ses immenses richesses naturelles et ses terres vierges.
L'Europe est spécifiquement un bout du monde qui regarde vers le monde et un concentré de civilisation qui alterne les phases d'expansion et de repli sur elle-même en cherchant l'équilibre de ses facultés. Figer l'Europe c'est mettre fin à cette kermesse héroïque où l'histoire et la géographie se confondent pour donner lieu à une société renouvelée.
Europe est mieux qu'un monde clos, c'est un dialogue avec elle-même. Tuer par l'uniformité sa variété c'est anéantir ce qui fait son essence.

Un fonctionnariat débilitant qui devient le famulus de tout européen !

Je ne prétends pas encore avoir trouvé la formule idéale mais je prétends que l'Europe et les Européens — les naturels du continent — méritent qu'on la recherche.


Un peu de futurologie du présent.
Pour le moment il n'existe pas d'intelligence artificielle au sens où Stephen Hawking la redoute.
Il existe des robots comme Google ou les algorithmes qui régentent les bourses mais rien qui soit une volonté indépendante de nous autres humains, trop humains.
Il y a par contre une intelligence distribuée — pas en quelques dizaines de têtes comme quand on créait les premières académies des sciences au XVIIème siècle mais en quelques milliers voire millions de consciences distinctes — notre objectif si nous pouvons en désigner un seul c'est d'affiner les processus de décisions et de mieux connecter cette intelligence encore trop éparse ; ce serait d'ailleurs un rempart au cas où une intelligence bionique venait à survenir par inadvertance pour autant qu'on puisse désigner d'un nom une hypothétique prise de pouvoir par les robots.

La diffusion de l'intelligence doit être un processus sous contrôle parce que de la connaissance dépend notre niveau de conscience.

La lutte des systèmes ouverts et des systèmes fermés ne fait que commencer ...


Droit de réponse en date du 23/5/2014 (les héritiers moraux de Jean Giono sont très sourcilleux) :

Bonjour Pierre,

Je vous cite : « Les admirations littéraires de Mitterrand pour des écrivains provinciaux comme Chardonne et Giono — deux maréchalistes partisans du retour à la terre — sont assez significatives ! »
Je m’insurge.
Giono n'a jamais prôné le retour à la terre ni pour lui, ni pour les autres parce qu'il y était déjà avec les autres comme nous le sommes tous, urbains ou pas.
Giono était un paysan qui aimait et connaissait la terre comme tous ceux qui y travaillaient les deux pieds dessus et sans interface en béton. C'est tout et c'est tout simple.
Par ailleurs, il n'a jamais été maréchaliste, ni résistant, ni communiste, ni collabo, ni germaniste. Giono était un pacifiste convaincu et aussi con vaincu, car il n'a jamais été convaincant sur ce sujet, notamment en 1938 où il fut un des très rares intellos (avec Rebatet, Saint-John Perse, De Gaulle, voire Céline) à prévoir et prévenir la déroute de 1940 où de trop jeunes gars français se sont fait massacrer pour une peau d'ours de bazar.
Et ce n'était pas un pacifisme bêlant de salon germanopratin ou un calcul politique, mais une authentique réaction de paysan. Relire son "Grand Troupeau" pour vous en convaincre.
Il en a d'ailleurs payé le prix pour avoir été emprisonné en 1945 comme s'il avait sucé la bitte d'Hitler pendant cinq ans. Encore un vrai scandale bien franchouillard quoi.
Cela étant, j'en profite pour vous témoigner de toute mon admiration pour votre journal, tant sur la forme qu'évidemment sur le fond (avec quelques gradients d'accords, mais c'est la vie, non ?)

Bien à vous.

Martin-Lothar


Je préfère malgré tout Gaston Roupnel et Gaston Bachelard deux grands soiffards et pilleurs de caves ! Roupnel cultivait lui-même sa vigne avec son épouse et ne faisait pas mystère des déconvenues que cela lui causait.

Je n'aime pas le côté moraline à l'oeuvre chez Giono ... la terre ne ment, ni ne dit la vérité, elle est ce qu'elle est, force brutale qui ne se soucie ni de nous, ni d'Eve, ni d'Adam.

Je le trouve plutôt beau garçon à vingt ans Gaston Roupnel !

Gaston-Roupnel.jpg (211591 octets)


De l'avantage d'avoir un physique quand on est un personnage public ou un chanteur de charme !
Eric Carmen chante All by Myself sur un thème de Rachmaninov.
Visage et voix idéale ... ses origines russes blanches se laissent entrevoir entre le méplat de ses pommettes et les bouclettes de sa chevelure.

On retrouve la même structure du visage grand-russien chez Barry Manilow avec la touche irlandaise des cheveux tirant vers le roux.
Seule différence Carmen étant purement hétérosexuel ce qui n'est pas vraiment le cas de Manilow ... qui lui utilise un thème de Chopin, autre Slave, dans Could it Be Magic.


La nation est complètement décentrée ; si Paris n'est plus dans Paris alors la France ne vaut même pas une messe. Les élites regardent partout ailleurs, vers Washington ou vers Bruxelles mais refusent de considérer le peuple français qui n'est même plus le 1% fameux auquel le réduisait un président de la république d'avant-hier comme si un peuple pouvait être un pourcentage ! Un peuple est une valeur ou n'est rien ; c'est le rien qui triomphe aux yeux des expatriés de l'intérieur qui croient encore régner alors qu'ils ne régentent plus qu'un théâtre d'ombres.

Il y a une immigration massive qui dénature le pays et une expatriation des rêves de ceux qui se croient supérieurs à leur naissance sans pour autant avoir gardé une culture propre qui les signale aux yeux du monde. Qu'est-ce que l'humanité si ce n'est un ensemble de particularismes jalousement cultivés ? Il n'y a pas d'âme du monde s'il n'y a pas d'âme individuelle qui veuille résister à l'ensemble des forces qui concourent à la dissoudre.


J'ai regardé hier soir sur Arte une émission en trois parties L'histoire de l'électricité présentée par le professeur Jim Al-Khalili et fort bien faite ; cette histoire est certes rebattue et bien connue (avec quelques personnage qui sont passés à côté de la célébrité comme Oliver Lodge 1851/1940) mais elle est illustrative du développement des sciences et de la conscience que prend l'humanité de l'ordre naturel.
Il y a des aller-retour incessants entre la théorie et l'expérience même si en général c'est la chance qui va servir les esprits préparés dans leurs découvertes ; l'électromagnétisme de Maxwell pousse Hertz — et Lodge — à mettre en évidence les ondes électromagnétiques.
On a dit que si une perturbation électromagnétique majeure venait à survenir sur Terre par exemple après une tempête solaire notre monde s'arrêterait de tourner car comme on le sait les semi-conducteurs sont très sensibles aux effets brusques de l'électromagnétisme et toutes nos machines dépendent de l'électricité d'une manière ou d'une autre.
L'électricité c'est de l'énergie, grandeur majeure de notre monde, mais c'est aussi de l'information qu'on peut transmettre sous toutes sortes de formes, c'est une grandeur mécanique et un support pour quelque chose de plus abstrait : la connaissance.
Notre cerveau lui-même est une machine électrique ...

Histoire de l'électricité, 1ère partie.
Evidemment il fait part belle aux Anglais et oublie beaucoup de Français comme Du Fay, Coulomb ou Ampère !
Par contre il rend un juste hommage à Nicolas Tesla que la gloire de Thomas Edison a éclipsé de son vivant.

Ce qui est frappant c'est que pendant près de deux siècles tous ces hommes sont restés fascinés par les phénomènes de l'électromagnétisme et en ont tiré les lois essentielles à partir de leurs expériences et de leurs inventions sans pour autant avoir aucune idée précise de la nature intime de l'électron et des atomes !
Ce n'est qu'à partir du début du XXème siècle que l'on commence à élucider ce mystère resté presque impénétrable et il reste encore beaucoup de chemins à parcourir pour tout comprendre par exemple de la supraconductivité. Ce qui veut dire que même si les raisons finales nous sont obscures on peut néanmoins manipuler le monde qui nous entoure ! C'est une grande leçon : il ne faut pas attendre de connaître la clef du monde pour s'enquérir de ses mystères.
Halte à la métaphysique : commençons par la physique toute simple.


Voici le courrier que j'ai adressé aujourd'hui mardi 3 juin 2014 par mail à M. Christophe Durain, conciliateur fiscal du centre des impôts de Nanterre :

Monsieur,

Je reçois à l'instant votre lettre du 27 mai.
Vous me dites avoir étudié mon dossier et être prêt à entamer des poursuites judiciaires contre moi ; j'y suis prêt moi aussi.
Vous me permettrez de penser que je connais un peu mieux que vous le dossier en question.
Je suis un homme d'honneur dont l'intégrité morale est au-dessus de tout soupçon comme vous devriez le savoir ; je poursuis votre patron le préfet des Hauts-de-Seine Pierre-André Peyvel devant la justice nationale pour discrimination ainsi que l'actuel président du conseil général Patrick Devedjian.

Un tribunal sera pour moi une tribune excellente qui me permettra de mettre à nu la corruption essentielle des lois pratiquée par des fonctionnaires indignes.
Si l'Etat français veut violer les lois de la République, il me trouvera en face de lui à chaque heure de chaque jour.
Les coupables seront poursuivis et mis hors d'état de nuire et l'opinion publique sanctionnera ce système mafieux.

A une autre époque j'aurais proposé à ces individus une rencontre sur le pré mais ce n'est plus de saison.

Veuillez recevoir mes meilleures salutations

Pierre Driout


L'argent ne rentre plus ... c'est exactement ce qui s'est passé avant la révolution de 1789 ! A la place des fonctionnaires de droit divin je me méfierai des suites... ils sont en train de réveiller un monstre bien plus fort que l'Etat qu'ils prétendent servir !

Mon sentiment est très clair et j'annonce la couleur : si l'Etat veut m'affronter il perdra la partie.
...
Quand on veut jouer au poker, il vaut mieux connaître la main de l'adversaire.


Il y a une vingtaine d'années on a découvert que la foudre produisait des rayons gamma qu'on croyait réservés aux réactions nucléaires. Il est étonnant que les physiciens soient passés à côté d'un tel phénomène pendant tout le XXème siècle ! Ce qui prouve bien que même dans des domaines aussi balisés que l'électromagnétisme beaucoup de marges sont encore à explorer.

Flash de rayons gamma terrestres.
La curiosité de l'homme ne sera jamais rassasiée puisqu'il y aura toujours du neuf à découvrir dans le spectacle de la nature.

Nous devons tirer cette conclusion : une théorie aussi forte soit-elle — et l'électromagnétisme est une théorie forte s'il en est — ne saurait d'elle-même décrire le monde réel sans le secours de l'expérience car la complexité des phénomènes échappe aux prévisions de l'analyse.
Une théorie c'est juste l'armature du réel pas sa chair elle-même.


Je suis un grand admirateur de Fontenelle ; il n'est ni un scientifique de premier plan, ni un écrivain de génie, mais il est mieux que cela, il résume une société et son temps dans ce qu'elle a de plus affiné. Il possède ce qu'un Jean-Jacques Rousseau n'aura jamais eu : une éducation ; Bernard Le Bovier de Fontenelle, neveu du grand Corneille, n'aurait pas accepté d'être le commensal de Frédéric II de Prusse ou de Catherine II de Russie comme le furent et Voltaire et Diderot, car ces deux autocrates n'auraient pu comprendre ses mots d'esprit et la finesse de ses sous-entendus.
Il est à lui seul une civilisation, celle où la raison domine sur les élans du coeur. Certains diront qu'il manque d'une générosité essentielle et qu'à vaincre sans péril on triomphe sans gloire, soit ! Mais il maintient un haut niveau de culture et il converse avec Leibniz et Newton d'égal à égal et il privilégie le bonheur sur lequel il écrit un texte plein de délicatesse à la soif des passions qui n'amènent que la destruction des corps et des âmes. Il aime la musique, tout autant que les arts d'agrément, la table et la conversation, en un mot comme en cent : la civilité et donc les fruits les plus poussés de la civilisation et le culte des arts utiles autant que nécessaires. La spéculation intellectuelle et la culture technique de tous les jours. Quel écrivain eut jamais un idéal plus harmonieux ? Quel écrivain en somme fut plus Français ? Alors si je dois être le dernier homme de France à apprécier les pages qu'il nous a légués, tant mieux ou tant pis pour les autres.

A lire Fontenelle, on finit par se dire qu'on devrait écrire un avis de faire-part de décès de la culture française ! Tout autant que de cette langue si fine et si précise qui fit l'admiration du monde cultivé.

Il n'agit pas de futilité mais d'équilibre ; ne voyez-vous pas comme il est nouveau et révolutionnaire de préférer la bourgeoisie et son idéal modéré aux passions militaires et religieuses ? Dans l'ordre de la peinture c'est Chardin qui représente le mieux cet embourgeoisement des thèmes de prédilection de la nouvelle classe sociale qui monte à Paris et ailleurs.


Je ne crois pas que pour être un grand écrivain il faut être très intelligent ; je crois qu'il faut avoir un genre particulier de générosité ou de folie douce appelez cela comme vous voudrez.

Le génie littéraire c'est l'inadéquation au langage commun de l'espèce qui lui permet de communiquer ses truismes, c'est un travail de sape des fondations de la langue vernaculaire des idées communes, une espèce d'imbécillité supérieure qui vous fait voir l'envers au lieu de l'endroit et les motifs cachés de la tapisserie.

Si vous êtes sarcastique et supérieur soyez professeur et juge critique ; si vous êtes naïf et de bonne ou de mauvaise foi mais toujours décalé avec votre époque ne cherchez pas à enseigner mais à séparer le bon grain de l'ivraie des propos publics et faites l'écrivain.

L'écrivain creuse sa sape ... il investit la langue comme une place à prendre. Il y met des feux d'artifice si besoin, des poèmes ou des pamphlets de quelque nom qu'on les nomme : quelque chose qui détonne.


Un peu de beauté dans un monde de brutes mécaniques.
Jean-François Pomiès, qui est l'aïeul du danseur Georges Pomiès, était secrétaire des commandements du prince Xavier de Saxier (°1730-1806), frère aîné de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe (°1731-1767) mère des trois derniers rois de France, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X. Il était le fils de Jean-Baptiste Pomiès, garçon de chambre de l'évêque de Mirepoix, Jean-François Boyer, précepteur des enfants de France qui le donna à la Dauphine et donc toute la famille Pomiès servit dans l'intimité de la famille royale avec tous les avantages que cela comportait.
Par la suite Jean-François Pomiès fut sous les ordres du duc de Gesvres (°1733-1794), gouverneur d'Isle-de-France en tant que commissaire des guerres, fonction qu'il assuma encore sous la Révolution jusqu'à son exil volontaire en Savoie relevant alors de la Maison de Piémont-Sardaigne puisque Marie-Clotilde, soeur cadette de Louis XVI, avait épousé le roi Charles-Emmanuel de Savoie.
Sa soeur Suzanne Jacqueline Pomiès avait épousé en 1751 un lieutenant de la Maréchaussée de Meaux, Antoine Laurent de La Gravière.

Proust aurait fait ses délices de cet inventaire lui qui tannait ses connaissances pour leurs demander de décrire leurs atours du dernier bal parisien !

Le Figaro littéraire du samedi 5/11/1910 :

Un Trousseau Princier au XVIIIème Siècle

Un trousseau de quarante mille livres, robes, dentelles et lingerie, un « grand bourgeois » de nos jours le donnerait à sa fille ; un roi du fer ou du porc salé le trouverait mesquin : un prince du sang royal, au bon vieux temps, voici cent vingt ans passés, s'en contentait pour la sienne. Si vous voulez savoir ce qu'était, Mesdames, le luxe de vos aïeules, feuilletons toutes ces factures que nous laissa, classées avec un soin méticuleux, ce prince Xavier de Saxe, oncle de Louis XVI, lorsque la Révolution le chassa vers ses châteaux d'Allemagne. Et voici justement les comptes des dépenses qu'en l'an 1787, lui occasionna le mariage de sa fille, Elisabeth de Saxe, avec très haut et très puissant seigneur Henri de Preissac-Fezensac, duc d'Esclignac.
On avait signé le contrat le 23 octobre. Le soir, dans l'hôtel de la rue Saint-Honoré, un dîner réunissait les hôtes du prince autour d'une table, que le sieur Coquart, « fleuriste-décorateur à l'enseigne de la Décoration Champêtre », avait symboliquement ornée de groupes en porcelaine et biscuit : « Offrandes à l'Hymen », « Amours des divinités », « Temples d'amour », guirlandes et bouquets de fleurs artificielles, La location de ces décors, facturée 73 livres, allait ouvrir le feu des menues dépenses. Il se continue par la distribution de 500 livres de pourboires, répartis par le Prince : seize louis au valet de chambre du duc pour avoir apporté la corbeille et le bouquet ; deux louis au cocher et au laquais ; deux louis aux poissardes ; un écu de six livres, à chacun des tambours, inévitables figurants de toutes les mondanités parisiennes, tambours de la Ville, de l'Arquebuse, des Chevaliers de l'Arc, de la Robe-Courte, de l'Arsenal, de l'Etoile, du Guet et du Régiment de Paris. On donnait vingt-cinq louis au curé de la Madeleine en dédommagement du mariage qu'il ne célébrait pas. Et c'est en effet dans la chapelle du château de Pont-sur-Seine que, le 8 novembre, l'évêque de Troyes unissait l'ardente Gascogne à la Saxe placide et que le curé de la petite ville, docteur en Sorbonne, quidam e Pontibus ad Secanam doctor Sorbonicus, chargé de prononcer l'épithalame, adressait au jeune époux cette virgilienne apostrophe : « O fortunate nimium felix Escliniace ! »

Pénétrons chez Mlle Bertin, la célèbre marchande de modes de la Reine, un jour d'octobre 1787 : elle occupe trente ouvrières dans cet atelier de la rue Saint-Honoré, où Sa Majesté venait, alors qu'elle unissait à la royauté des lis la royauté de la mode, élaborer les fantaisies du lendemain. On termine pour Mlle de Saxe les robes qui figureront dans son trousseau : la robe de noce d'abord, puis l'habit de présentation, l'habit de cour, quatre robes turques et deux redingotes ; la facture se monte pour le tout à 13.500 livres. Une couturière a taillé puis cousu les robes et, sous la direction de Bertin, qui en a déjà fourni l'étoffe, les ouvrières, celles qu'on appelle alors les prêtresses de Vénus, parce qu'elles se sont consacrées, au culte de la beauté, les garnissent, entassant sur elles agréments, falbalas et dentelles.
La robe « turque » faisait fureur en cette année 1787 c'est elle dont Debucourt, dans sa Promenade au Palais-Royal a vêtu l'élégante jeune femme, qui, d'un geste précieux, tend les bras à son bel enfant.
Imaginez, Parisiennes du vingtième siècle, petites-filles des charmantes coquettes dont les grâces revivent dans les estampes de Moreau et dans les gouaches de Frago, imaginez, partant de la taille, une jupe, traînante, qui, par devant, s'ouvre en s'évasant sur un tablier de même étoffe ; celui-ci descend à la hauteur du genou, où il s'arrête sur une « barrière » de ruban ou de dentelle et laisse visible le bas du jupon, revoilé de gaze ou de crêpe et décoré de ruches, de rubans et de paillettes.
Le corsage, de même étoffe que la jupe, s'évase en pointe le décolleté qu'il forme est encadré d'une ruche auquel on peut ajouter un fichu chérusque, analogue à votre fichu Marie-Antoinette les manches, de tulle ou de dentelles, coupées de brassards assortis à la jupe, se terminent à la saignée par un ruché que l'on peut remplacer par des « sabots » où manchettes de dentelle. Telle est la forme de la robe que porte Elisabeth de Saxe au jour de ses noces. Le corsage, la jupe et le tablier sont en satin blanc anglais, le jupon de taffetas blanc d'Italie, voilé d'un « falbala » de crêpe de blonde rayé de perles et de paillettes, et volanté d'une blonde également ornée de perles ; la barrière est un ruban feuilleté et perlé, bordé de deux plissés de blonde ; un plissé de blonde souligne le tour de la jupe ; les manches à fond d'alençon « à coquilles » sont barrées de rubans pailletés et perlés ; et se complètent de sabots en belle dentelle, ainsi que le fichu « chérusque ». La coiffure est encore du ressort de la marchande de modes ; celle-ci fournit le pouf « de crêpe moucheté en paillon et perles, mêlé de satin blanc et de dentelles, orné de trois plumes blanches », qui forme une sorte de charlotte sur les cheveux frisés à larges boucles par devant, relévés par derrière en chignon plat. Les souliers sont en satin blanc garni de rubans.
Bertin facture 1.000 livres la robe de noces, dont deux cent soixante-dix livres pour les étoffes et sept cent trente livres pour la garniture ; ajoutez à cela cent vingt livres pour le pouf et les trois plumes, trente-six livres pour « trois cartons gris en toile cirée » et les frais minimes de coupe et de façon. Des autres robes turques, l'une est en gaze anglaise à rayures bleues et blanches, garniture de dentelles et de rosés de Bourgogne coût, 1.100 livres ; une autre en satin broché violet et blanc, 700 livres la troisième en satin rose, garniture de crêpe rose et vert, 600 livres ; la dernière en satin violet, garniture de crêpe blanc et de reines-marguerites, 900 livres.

Mais l'anglomanie vient d'envahir la mode et, comme en Angleterre, les femmes se sont mises à porter la robe en redingote, ornée de revers, d'un double collet, de parements et de boutons en métal ; aussi le trousseau d'Elisabeth de Saxe comprend-il deux redingotes, l'une en satin puce, doublé de taffetas blanc, ouverte sur un jupon de satin blanc, revers bordés d'une frange de soie bleue et blanche en garniture, quinze boutons de nacre bordée d'acier, au total 430 livres ; la seconde redingote en velours noir, revers en satin rose, ornée de neuf boutons « dorés, émaillés gros-bleu » à douze livres l'un jupe de satin rose bordée d'une frange de soie noire prix, 500 livres.
N'oublions pas une amazone, confectionnée par Pujol, tailleur de la Reine, en drap anglais rayé soie gilet, de Casimir écarlate ; trente-huit boutons en garniture ci, 284 livres de garnitures et 18 livres de façon.

Bien que les robes à la turque, où les étoffes et les dentelles se superposent, puissent paraître compliquées, combien elles sont simples, si on les compare aux lourdes et somptueuses robes de cour.
Voyez, dans la gravure de Moreau le jeune, La Dame du Palais de la Reine, qui se dirige vers les appartements royaux : des guirlandes de rosés, des ruchés, des nœuds, des coques, couvrent en long, en large, en travers sa jupe tendue par d'énormes paniers, sous l'ampleur desquels elle pourrait, en vérité, cacher les deux jeunes pages qui la précèdent. L'on s'y reconnaît à peine dans le détail des draperies, des pierres, des paillettes, des perles, des franges et des glands qui surchargent l'habit de présentation de la future duchesse. C'est un corsage en velours vert pailleté, ouvert sur un empiècement de paillon vert brodé de cœurs en cristal ; les manches en dentelle sont serrées à la saignée par des bracelets « bouillonnés en argent et chenille » la jupe est voilée d'un crêpe pailleté d'argent « rayé par colonnes de paillon vert et de pierres en biais, bordé de paillon lilas et de pierres, bordé dans le bas d'un velours gros vert surbrodé d'un galon argent et pierres » ; par derrière, une traîne de paillon vert et blanc, bordée d'une frange à glands d'or et d'argent et retenue sur chaque côté par une cordelière torse en paillon vert et argent terminée par un gland or et argent ; le bas de la robe, qui forme festons au bas de la jupe, est en satin blanc, orné d'une broderie de velours gros vert et or mêlé de pierres, bordé d'une frange plate or et frivolité. Un mantelet ou « palatine » de deux plissés de blonde séparés par une « guirlande riche » un bouquet de côté en roses et lilas blanc, complètent ce bel appareil, qui coûte plus de 4.000 livres. La coiffure était à l'avenant et le coiffeur de la princesse Elisabeth, le fameux Léonard, Figaro-don Juan, qui faisait avant l'échafaud la toilette de ce beau monde, y avait introduit cinq mètres d'étoffes diverses, crêpe de paillon à pois ; satin blanc, ruban « à la romaine » en paillon vert et pierres ; et cela n'était rien, si l'on songe que ce même Léonard avait un jour dans une coiffure fait tenir 17 mètres d'étoffe un pouf de quatre belles plumes à la neige, une aigrette de héron, les barbes de dentelle noire imposées par l'étiquette et qui venaient tomber sur les épaules, surmontaient la parure. Tout cela comptait pour plus de 400 livres, deux cents livres le héron, soixante-quatre livres les quatre plumes, cent cinquante-trois livres d'étoffes et de dentelles. La robe de cour, en velours rose, brodée et garnie de noir, était dans le même goût. Elle est portée sur le mémoire de Bertin pour 2.500 livres y compris la coiffure, composée d'un turban de velours noir drapé d'un voile de blonde et, garni de trois plumes rosés en panache.
Telle était l'ampleur de ces robes que, voulant un jour les transporter de Versailles à Paris, on ne put jamais trouver de carton suffisant pour les contenir. Comme on la comprend, la petite duchesse, qui disait son bonheur d'être « débarrassée de la présentation » et criait très haut dans ses lettres la fatigue que lui causaient dans ses atours les révérences de cérémonie !

Mais laissons là tout ce luxe de draperies et de garnitures et reposons sur la douceur soyeuse des dentelles, sur le calme des lingeries nos yeux fatigués par le clinquant des pierreries, de l'or et des paillettes. Voyons les dentelles comprises au trousseau ; elles se montent à 5.500 livres : I'ajustement d'angleterre paire de manches de cour et la fraise en angleterre ; 2 paires de sabots à deux rangs en angleterre et en point ; 6 paires de manchettes à deux rangs en malines brodée ; 6 paires de manchettes à dentelle montée sur mousseline brodée de l'Inde ; 6 paires de petites manchettes en malines brodée pour redingote ; 4 fichus carrés dont l'un garni en angleterre, l'autre en point, deux autres en malines brodée ; 2 fichus-chemises garnis de malines brodée ; 2 fichus-chemises à cols garnis au jabot en angleterre et en point ; 6 tours de gorge en dentelle entoilée de mousseline ; 12 bonnets ronds à dentelle, fond et passe de mousseline brodée ; 2 baigneuses de dentelle à garniture de robe en dentelle ; 2 étuis à peignes et 6 étuis à pelotes garnis de dentelle.

Et comme il était alors d'usage que la mariée offrit à son mari la chemise de noces et quelque autre parrure, coutume charmante que l'on retrouve encore au fond de nos campagnes, nous voyons figurer à la fin de la liste « 1 chemise. d'homme, 30 livres ; 1 coiffe de nuit, garnie en angleterre, 30 livres ; 1 paire de manchettes d'homme en point à l'aiguille, 400 livres ».

Le trousseau de lingerie, facturé 10,000 livres, ne comprend que peu de linge de corps :

4 douzaines de chemises demi hollande ; 4 douzaines de chemises en courtrai ; 4 douzaines de mouchoirs de batiste ; 4 douzaines de mouchoirs en demi-hollande ; 34 paires de bas de soie blancs brodés, à 12 livres la paire ; 24 paires de bas de fil blanc, à 8 livres.

Comme linge de maison :

13 taies d'oreiller garnies en mousseline brodée ; 6 douzaines serviettes de toilette ; 8 douzaines serviettes de garde-robe ; 12 douzaines de « frottoirs » ou torchons, dont 6 en futaine et 6 en mousseline ; 24 tabliers de femme de chambre ; 12 tabliers de valet de chambre.

Les draps ne figurent pas au mémoire.
Comme lingerie fine :

2 robes en mousseline brodée ; 2 robes en linon ; 2 redingotes en percale ; 2 redingotes en basin anglais rayé ; 6 déshabillés du matin garnis en mousseline brodée ; 6 peignoirs garnis de même ; 2 pierrots en mousseline brodée ; 1 pierrot en linon brodé ; 1 pierrot en basin anglais garni de mousseline brodée ; 1 toilette en mousseline brodée de l'Inde doublée de taffetas rose ; 1 toilette en linon batiste ; 2 manteaux en linon uni ; 2 manteaux en linon brodé ; 1 manteau en dentelle ; 12 colinettes, de batiste garnies de mousseline brodée ; 4 fichus doublés en linon uni ; fichus en linon brodé ; 2 fichus brodés sur les bords ; 2 fichus-chemises en linon brodé ; 2 fichus-chemises en linon uni ; 4 paires sabots en linon brodé ; 4 paires sabots en linon uni pour deuil ; 6 paires sabots en mousseline ; 4 paires de manchettes pour redingote en linon brodé ; 4 paires de manchettes en linon uni ; 6 paires de manchettes en mousseline brodée ; 12 tours de gorge ; 6 corsets ajustés ; 6 corsets de nuit ; 6 garnitures de corsets ; 24 serre-taille de toile fine ; 12 paires de poches, de basin garnies de mousseline brodée.

Dentelles et lingeries sont fournies par Mme Noël, « marchande lingère et fabricante de filets », qui, d'après l'en-tète de sa facture, vend « tout ce qui concerne l'ajustement des dames » et même, tel un magasin de nos jours, « fait des envois pour la province ».

Ce furent des noces de Gamaches que présidèrent le bel officier et la petite duchesse en robe turque ; car au menu du dîner qui suivit la cérémonie religieuse ne figurent pas moins de cinquante plats et quarante-six plats au souper ! On est heureux de songer qu'après ces interminables repas les très nobles convives du prince Xavier, l'évêque de Troyes, le prince de Monaco, témoin de la mariée, le duc de Piennes, témoin de l'époux, le vicomte de Thésan, le marquis de Gallifet, les parents du duc, sa mère, la vicomtesse d'Esclignac, et son frère, le comte d'Esclignac, Joseph de Saxe et les quatre sœurs de la mariée purent aller se délasser en contemplant sur le noble fond de verdure le feu d'artifice qu'avait fourni, pour 3.200 livres, M. de la Varinière, artificier à Paris.

Elégances d'antan, souliers qui gantiez si joliment les pieds charmants des duchesses, comment rechercher encore votre trace, et comment, linons et dentelles, rêver à votre frisson, dans le grand parc, hélas ! éventré par les rails et d'où la machine brutale a chassé votre fragile et délicat souvenir ?

A. Boutillier du Retail.

Le Figaro littéraire du 8/1/1910 :

Les Etrennes et le Budget d'un Prince au XVIIIème Siècle

« Une grande poupée avec une robe rouge, un éventail et une jolie toilette », tel était en décembre 1775 le désir qu'exprimait à son « cher papa » une fillette de trois ans. Le « cher papa » auquel s'adressait la demande de l'ambitieux bébé était ce prince Xavier, oncle maternel de Louis XVI, qui, comme les princes de Nassau, de Salm et tant d'autres grands seigneurs, avait quitté pour la France les cours moroses ou besogneuses d'Allemagne. Après avoir en vain brigué la couronne de Pologne, puis la grande maîtrise de l'Ordre teutonique, il menait une vie paisible en son château de Pont-sur-Seine entre ses enfants et sa femme, une italienne de petite noblesse, qu'il avait épousée morganatiquement et dont il était encore amoureux, remarque avec ironie Mme de Chastenay, la mauvaise langue, après vingt ans de mariage.

Le prince aura sans doute rapporté des boutiques du Palais-Royal le jouet tant désiré et en aura été récompensé par un de ces beaux compliments enjolivés d'arabesques, encadrés de rubans et de feuillages que tracèrent de petites mains inhabiles tant bien que mal guidées par une gouvernante :

« Si de parler j'avais le don
Qu'aujourd'hui je serais bien aise
De dire au papa à mon aise
Je vous aime comme le bonbon. »

Les souhaits de Nouvel An qu'adressaient ses fils au prince Xavier sont moins familiers et se ressentent de l'éducation sévère et presque militaire ; jugez-en par cette lettre qu'écrivait de Dresde, le 1er janvier 1774, le prince Louis, un bambin de huit ans :

Monseigneur, après l'assurance de notre bonne santé, prenons l'honneur de renouveler encore une fois nos vœux. Que Dieu tout puissant veuille combler Votre Altesse et notre très chère Maman de toute bénédiction et de toutes sortes de prospérités, non seulement cette année, mais aussi beaucoup des autres suivantes en parfaite santé. Ce sont nos premiers et les plus sacrés et innocents souhaits et devoirs dont nous nous acquittons et nous osons nous flatter de cette espérance, si vous les recevés d'un regard favorable, que rien ne peut manquer à notre bonheur. Cependant de notre côté, nous chercherons avec soin tous les moyens imaginables de vous plaire et de nous rendre dignes plus en plus de votre grâce.
Mais moi en particulier, je me mets aux piés et je me recommande à vos bonnes grâces, Monseigneur, votre très humble et très obéissant fils, Louis.

Il faut voir les majuscules appliquées, la régularité des caractères qui défilent à l'ordonnance entre deux lignes parallèles tracées au crayon par le précepteur qui dicta cette lettre d'un français peut-être un peu tudesque.

Il est amusant de feuilleter les quarante années de correspondances, de comptes, de factures qui nous retracent la vie la plus intime d'un grand seigneur aux derniers temps de la monarchie. Voulons-nous savoir à quoi s'élevaient dans le budget d'un prince les frais occasionnés par le Nouvel An ? Voyons d'abord ce qu'étaient les étrennes des enfants. En janvier 1789, le chevalier de Saxe reçoit de son père 300 livres et de sa mère « une grande bague en cheveux avec figures de camaïeu » qui avait coûté 60 livres chez Sykes « au Magasin curieux en tous genres », place du Palais-Royal ; les 300 livres durent être un maigre régal pour les jeunes dents d'un officier de vingt-deux ans.
A sa seconde fille, Marie-Anne, le Prince donne deux louis et la mère un louis ; chacune des trois autres obtient un louis et demi. Ce petit monde était alors à l'abbaye de Penthemont et le père devait ajouter aux étrennes de ses filles près de 400 livres de gratifications pour le personnel du noble couvent : aux quatre sœurs converses de l'appartement de Mme l'abbesse, 73 livres ; aux sœurs Madeleine, Rosalie, Julie et Emélie, sœurs converses de la cuisine, 72 livres ; au portier, Simon, 18 livres; à la tourière, Mme Guitard, 18 livres ; au laquais de Mme l'abbesse, 18 livres ; aux trois jardiniers du couvent, 33 livres ; aux deux facteurs de la grande et de la petite poste, 12 livres ; à la blanchisseuse, 9 livres ; au frotteur, 6 livres ; à la femme de chambre et aux deux laquais attachés au service des enfants, 138 livres.

Il est vraisemblable, d'ailleurs, que le Prince, qui était allé passer à Versailles et à Paris les fêtes du Nouvel An, ne fut pas sans en rapporter quelque cadeau.
C'est pour sa femme, sans doute, qu'il avait pris au Palais-Royal « une paire de pendeloques en coqs de perle garnis en or » pour elle aussi les quatre rossignols achetés 96 livres sous la garantie que le marchand en fournirait d'autres s'ils ne chantaient pas, « dans la quinzaine ». Il ne fut pas sans penser aux gentilles gourmandes qui l'attendaient au parloir de la rue de Grenelle et pour les voir sourire sous le petit bonnet de toile blanche garni de dentelles, se laissa certainement tenter par les étalages qu'offraient les magasins de nouveautés pour étrennes.

Comment résister aux « bijoux d'étrennes en surprises », aux pâtes d'abricots, aux gelées de pommes, aux dragées du sieur Duval, le célèbre confiseur du « Grand Monarque » ? L'emploi de l'actualité pour la réclame n'est pas une idée moderne, et si nos vitrines offrent aujourd'hui les exploits des aviateurs à l'admiration des badauds, six ans avant la Révolution, Duval faisait servir « à la démonstration de son zèle patriotique », ainsi que l'on disait alors, l'angélique et la confiture. En 1780, on voyait dans son magasin, où l'on trouvait toujours, lisons-nous sur son prospectus, « bonne garde et bon feu », la conquête et le combat naval de la Grenade ; en 1781, l'investissement d'York et de Glocester, la reddition de lord Cornwallis ; les sucreries s'affublaient de noms héroïques : bonbons antianglais, pierres de touche à La Fayette, bonbons au général Washington ; les fêtes de la naissance du Dauphin mettaient leur note touchante à côté des scènes belliqueuses.
En 1789, c'était « la mort du chevalier d'Assas, capitaine au régiment d'Auvergne, à l'affaire de Clostercamp, en Allemagne », la présentation des ambassadeurs indiens au Roi, la mort du capitaine Cook « dans le Nouveau Monde ».

D'autres commerçants encore déposaient leurs réclames à l'hôtel de Saxe, tels le sieur Salmon, papetier « Au Portefeuille Anglais », rue Dauphine, qui offrait au choix de sa clientèle des écritoires en maroquin, des pupitres en bois des îles, des porte-crayons garnis en or et en argent, et pour les souhaits du Jour de l'An, des cartes de visite, du papier et des enveloppes à vignettes « de tous formats » le sieur Bienvenu, « ingénieur en instruments de physique », qui proposait pour les étrennes des objets de mécanique amusante, « utiles, curieux et propres à l'instruction des jeunes personnes » ; telle encore la dame Grasset, « Aux deux Colombes », quai des Augustins, qui vendait des chapeaux nouveaux « Aux Etrennes », des bonnets « Au Désir de la France », « analogues (sic) à l'accouchement de la Reine » et « toutes sortes de bijoux d'étrennes ».

Le personnel qui entourait le Prince et lui faisait une cour minuscule : secrétaire des commandements, grande maîtresse de la maison, chargés d'affaires, intendants, secrétaire particulier, aumônier, médecin, perruquier, valets, courreurs, suisses, gens d'écurie, vétérinaire, maître d'hôtel, chef de cuisine, etc., en tout plus de soixante-dix personnes, avait aussi sa part aux étrennes. Pour les plus élevés dans cette hiérarchie d'opérette, c'était les montres d'or « à tableau », les tabatières « guillochées » ou « à portraits », les boites émaillées « en vert, ou rouge avec figures », achetées chez Drais et chez Brehmer, les services et les surtouts gracieusement envoyés à l'ancien administrateur de l'Electorat de Saxe par la manufacture de Meissen, tout un magasin d'orfèvreries et de porcelaines soigneusement approvisionné et regarni chaque année. Quelques écus contentaient les moindres serviteurs. C'est ainsi qu'en 1790 les six valets du chenil recevaient chacun deux louis d'étrennes. Ne fallait-il pas encourager aussi l'essor poétique de ce Baptiste qui rimait comme il suit ses vœux à l'A. R.

Le zelle et non l'usage
M'autorise en ce jour
A offrir sans détour
(A V. A. R.)
Mes voeux et mon hommage. —
Confus de ne pouvoir mériter les bienfaits
(De V. A. R.)
Je murmure en secret d'une telle impuissance.
Mais mon cœur pénétré de sa reconnaissance
Ne cesse de former au ciel
(Pour V. A. R.)
Des souhaits...

Qu'importe si le rythme cloche et si la rime est pauvre ; il sied d'avoir quelque indulgence pour l'écrivain public dont la Muse devait être sollicitée en ces premiers jours de l'année par tant de Baptiste et par tant de Manon.

Ce n'était pas tout encore, et jadis, comme aujourd'hui, il fallait accueillir à bourse ouverte les vœux qui venaient assaillir l'hôtel du faubourg Saint-Honoré.
L'état des étrennes distribuées par le suisse du Prince au 1er janvier 1789 est amusant. En tète figure le service des postes mais que sont auprès des dix facteurs publics ou privés qu'il fallait gratifier d'un pourboire, les deux ou trois fonctionnaires que nous envoie notre sous-secrétaire d'Etat ? Lisez plutôt :
Au commis qui fait les paquets de la grande poste. 12 livres.
Au facteur de la grande poste. 12 »
Au facteur de la petite poste. 6 »
Au facteur de la Cour. 13 »
Au facteur du Journal de Paris. 3 »
Au facteur de la Gazette de France. 3 »
Au facteur des Gazettes étrangères. 3 »
Au facteur du Catalogue des livres. 3 »
Au facteur des Petites Affiches. 3 »
Au facteur de la Galerie Universelle. 3 »

N'oubliez pas les huit corps de tambours : tambour de la Ville, de l'Arc, de l'Arquebuse, du Régiment de Paris, du Guet, de l'Etoile, de l'Arsenal, de la Robe Courte, à chacun 3 livres ; 12 livres au caporal et aux quatre fusiliers qui formaient la garde des Champs-Elysées ; 12 livres au suisse et aux bedeaux de la Madeleine ; 18 livres à partager entre les mariniers, le facteur et l' « officier fort » du coche d'eau de Nogent ; 6 livres aux commissionnaires de l'hôtel ; 3 livres aux garçons bourreliers ; 3 livres aux garçons tonneliers ; 34 sols seulement au boueur, moins favorisé. — Ajoutez à cela les aumônes, 300 livres au curé de la Madeleine pour ses pauvres ; aux capucins du Marais, 24 livres ; « à la Brune, aveugle », 6 livres.
Aux étrennes de Paris s'additionnaient celle de Pont, moindres, il est vrai : 6 livres au facteur de la poste aux lettres ; 36 livres, aux cavaliers de la maréchaussée de Nogent ; 3 livres au bedeau de la paroisse de Saint-Martin de Pont, « pour avoir apporté les chanteaux de pain bénit de Noël au Château. »

Enfin, les séjours que faisait le Prince à la Cour, les démarches incessantes de ses agents auprès des ministres pour obtenir les faveurs et les pensions auxquelles le frère de la Dauphine se croyait d'incontestables droits, étaient l'occasion d'une distribution de pourboires supplémentaire. Voici la note des étrennes données à Versailles en janvier 1789 c'est 150 livres à Eckart, valet de pied du Roi ; 48 livres à l'Œil-de-Boeuf ; 48 livres aux Petits appartements ; chez le Directeur des finances, 24 livres chez le comte de Puységur, ministre de la guerre, et chez M. de la Luzerne, ministre de la marine, aux départements desquels le Prince avait toujours quelque protégé, quelque Saxon famélique à caser, 24 livres même somme chez le ministre de la Maison du Roi, M. de Villedeuil, — chez la duchesse de Polignac. Au total, 414 livres.

C'était ainsi une somme d'environ 3,000 livres, — sans compter les bijoux et les porcelaines, — dont les étrennes grevaient chaque année le budget du Prince. Louis de France et goldens de Saxe s'éparpillaient sur la foule chamarrée des laquais.
Peu de cadeaux par contre entre gens du même air ; les relations du prince Xavier avec ses sœurs ne comportent à l'occasion du Nouvel An rien autre chose que des vœux. Pour les enfants eux-mêmes les étrennes sont des plus modestes et bien des fillettes de nos jours feraient la moue devant les bonbons et la poupée « vêtue de rouge » dont se contentaient vers l'an 1789 les petites cousines du roi de France.

A. Boutillier du Retail.


Ce luxe d'avant la grande révolution laisse songeur ... évidemment jamais cette industrie si française ruinée par la commotion sociale de 1789 ne retrouvera un tel éclat !

L'écart est tel entre les Grands et le peuple que les petites mains des cousettes sont comme pour rien et l'habillement peut se permettre toutes sortes de fantaisies inimaginables aujourd'hui.


Le troisième article de cette série est paru dans Le Temps du 3/9/1910 :

LE SIMPLE ROMAN D'UNE DUCHESSE : ELISABETH DE SAXE, DUCHESSE D'ESCLIGNAC (1768-1849)

Une pensionnaire de Panthemont. — Négociations matrimoniales ; Caraman, Lévis, Esclignac. — Le gendre de l'abbesse. — Dragées de baptême. — Le thermomètre et la Révolution. — A Castillon (1789 – 1790). — L'émigration en Espagne (1790). — Zum Frieden, Dresde 1849.

La princesse Lisel avait dix-sept ans lorsqu'on la retira du couvent. A Panthemont, — l'aimable et mondaine abbaye où les filles des plus illustres maisons et les princesses du sang royal elles-mêmes étaient élevées, — la fille du prince Xavier de Saxe, la cousine de Louis XVI, avait achevé d'apprendre ce que devait alors savoir une demoiselle de qualité : la religion, l'histoire et la géographie, le dessin, le clavecin, et reçu les leçons du maître à danser. Pendant trois ans, elle avait vécu sous la douceur d'une règle indulgente et vu se dérouler la trame soyeuse des jours que brodaient d'or les cérémonies liturgiques — prises d'habits pompeuses, abjurations triomphales, — ou de rose les fêtes de la maison — comédies morales, concerts et feux d'artifices. Ce fut pour la petite pensionnaire un grand chagrin lorsqu'il lui fallut quitter amies et maîtresses, dire adieu aux nobles parterres qu'égayaient, aux jours de parloir, les visites des dames et des gentilshommes de la cour, à l'appartement où se prolongeaient le soir les longues causeries entre intimes, pour venir s'enfermer à Pont-sur-Seine, dans l'exil d'un château solitaire, à trente lieues de Versailles.
Aussi, c'est de son « triste séjour » qu'elle date, jeune cervelle en révolte, la première lettre qu'elle écrit.à sa « chère petite mère », la grande amie que chaque élève avait à Panthemont pour la conseiller et la diriger. « Je n'ai pas pu, lui dit-elle, vous écrire aussitôt que je suis arrivée, comme je vous l'avais promis, car notre charmant Pont est si bien fourni que je n'ai pu trouver une seule feuille de papier, ne voulant pas en demander à maman, qui ne sait pas que je vous écris cette lettre. Me voilà dans le plus délicieux séjour où l'on s'amuse beaucoup ! Le soir, je rentre de bonne heure dans ma chambre, car je m'ennuie dans le salon lorsque l'on joue ; je me couche bien vite, Thérèse reste avec moi dans ma chambre et nous parlons toujours de notre désir de rentrer à Panthemont... Mon Dieu, ma chère petite, que je voudrais être avec vous maintenant ! Que j'aurais de plaisir à vous embrasser de tout mon cœur » (2 mai 1785.)

Larmes d'enfant boudeur, que rien ne peut tarir d'abord, mais qu'allaient bientôt sécher, comme un rayon de soleil fait des pluies d'avril, l'activité de la grande vie rurale, les promenades, les chasses et le bel habit d'amazone revêtu pour la première fois.

L'avenir de ses cinq filles était le grand souci du prince ; elles n'avaient d'existence que par lui, car si le sang paternel coulait dans les veines du roi de France, leur mère n'était qu'une comtesse italienne, de modeste naissance, maîtresse de Xavier avant d'avoir été sa femme. La cour de Dresde, intraitable sur ce mariage inégal, refusait aux enfants les armes et le nom de Saxe, et si par égard pour le frère de la dauphine, la cour de France leur en tolérait l'usage, ce n'était que dans l'espoir de voir bientôt ce nom illustre s'éteindre dans le discret silence de quelque chapitre noble. Encore le plus orgueilleux de ceux-ci, le chapitre de Remiremont, dont pourtant la sœur ainée de Xavier, Christine de Saxe, était abbesse, avait-il tenu ses portes closes devant les filles de l'Italienne, et l'on avait dû se contenter de canonicats à Neuville-les-Dames. Ce n'était là d'ailleurs aux yeux du prince qu'une solution provisoire, et dès 1781, — Elisabeth n'avait encore que treize ans, — il se prenait à former pour sa fille des projets d'alliance. On songea d'abord aux Caraman : le prétendant le futur duc de Caraman, qui devint ministre plénipotentiaire sous la Restauration — était le fils aîné du lieutenant-général de Languedoc ; il apportait 100,000 livres de rentes et l'on escomptait pour lui, dans un avenir doré, la succession des princes de Chimay. Ce jeune phénix était « bien fait, sage et retenu, doué d'un fort bon coeur » et les informateurs discrets que le prince avait mis en campagne ne tarissaient pas d'éloges sur le compte de la famille. « C'est un vrai paradis que cette maison. Le père est homme d'honneur et d'esprit, appliqué à son métier, doux dans son domestique, très rangé et estimé au dehors ; la mère est une femme sage, pieuse et joint aux devoirs de la religion les usages et l'habitude du grand monde. Leur maison est l'asile de la paix et des plaisirs honnêtes, soupers, concerts, et une nombreuse famille qui ne fait qu'un, »
Ces vertus de l'âge d'or ne décidèrent pas le prince, qui ne voulut point passer sur l'origine mercantile de la fortune gagnée par l'aïeul dans l'entreprise du canal de Languedoc. Une alliance avec les Lévis, malgré deux ans de pourparlers, ne put s'arranger davantage.
Ce ne fut pas cette fois la faute du prince ; il ne pouvait en effet reprocher une trop récente noblesse à gens qui se targuaient d'un cousinage divin et se vantaient de descendre, comme la vierge Marie, de l'antique tribu de Lévi. Mais l'arrière-neveu des rois d'Israël eût voulu qu'au prix de ce mariage avec la fille d'une Spinucci, la cour de France lui accordât au moins un duché ; il ne l'obtint pas et ne prit pas Lisel. On finit par trouver un troisième prétendant, qui sans remonter au roi David n'en présentait pas moins une généalogie fort acceptable, car Henri de Preissac, marquis d'Esclignac, comptait parmi ses aïeux les premiers ducs de Gascogne, qui le rattachaient aux souverains francs, légendaires ancêtres revendiqués avec orgueil par les Bourbons eux-mêmes.

Le mariage fut célébré le 8 novembre 1787 dans la chapelle de Pont. Pendant quelques jours, les jeunes époux égarèrent leur promenade sentimentale dans les allées du grand parc où l'or des feuilles mortes leur faisait un tapis nuptial. Puis il fallut partir pour Versailles, aller prendre possession du tabouret qu'avait octroyé le roi. « Je vous laisse à votre cher mari, écrivait alors en de très nobles termes le prince à l'enfant qu'il quittait. Aimez-le constamment ; prévenez, si cela se peut, ses désirs et ne négligez aucun de vos devoirs pour captiver sa tendresse et pour mériter son estime et son amitié par votre conduite sage et modeste. Respectez votre belle-mère et soyez attentive à suivre les conseils qu'elle voudra bien vous donner. ll ne dépendra que de vous, ma chère fille, d'être heureuse ; j'espère que vous n'y manquerez pas. Souvenez-vous toujours des leçons que je vous ai données ; pratiquez constamment les préceptes de la religion et de la vertu ; c'est le moyen infaillible d'assurer votre bonheur et de contribuer à celui de mes jours. Que de motifs pour vous de vous conduire comme je le désire ! » (20 décembre 1787.).

Touchantes paroles qu'il faut citer, parmi tant d'autres, pour apprécier avec justice une société trop légèrement accusée d'avoir méconnu les douces vertus qui gardent la paix du foyer familial.
A la vie joyeuse et tant regrettée jadis du couvent, à la vie tout intime de Pont, vont succéder pour la duchesse d'Esclignac les visites, les réceptions, la présentation à la cour. Si les premiers jours elle pleure un peu « sa maman et tout ce qui est à Pont » ; la petite mariée de dix-neuf ans trouve bientôt dans sa nouvelle famille des sujets de consolation. « Je suis si heureuse, écrit-elle, à son père, et vous avez tant d'amitié pour moi que vous devez être charmé de m'avoir assuré un sort si agréable. Henri est très aimable. Ma belle-mère a mille attentions pour moi et pourrait bien me gâter un peu, »

Elle a d'ailleurs peu de temps pour s'attendrir. A peine arrivée il lui faut faire ses visites de nouvelle mariée : la première est pour son cher Panthemont, où le bel Henri, « qui n'est pas accoutumé au couvent, pense éclater de rire aux compliments de madame l'abbesse, qui l'a toujours appelé son gendre, et chaque jour, en outre, on répète les révérences de présentation » ; « ce qui est très fatigant ». Enfin vient la présentation à Versailles, au début de janvier, et malgré le gracieux accueil de la reine et de mesdames, la petite Allemande, un peu sauvage et molle, qu'effraye même le bal et que lasse le poids de son riche habit de cour, se déclare « charmée d'en être débarrassée ».

C'est qu'elle a l'âme timide des Gretchen saxonnes et que sa vocation réelle est la maternité. Les lettres qu'elle écrit à son père pour lui dire ses espérances sont exquises de tendresse et de fraîcheur ; rien qui sente en elles l'odieuse littérature, l'afféterie maternelle des perruches qui placent l'Emile sur leurs tables de toilette entre le rouge et les mouches. « Il me tarde d'être débarrassée de mon petit paquet, écrit-elle un mois avant la naissance de son premier enfant, non qu'il m'incommode de beaucoup, mais j'ai grand désir de faire connaissance avec cet illustre personnage. » (9 octobre 1788.) « M. Petit se donne bien du mouvement je crois qu'il s'ennuie dans sa prison et qu'il lui tarde d'en sortir ; pour moi, je désire infiniment de le voir, d'autant plus que je jouirai alors du plaisir de vous voir aussi. » (19 octobre.) Mlle Petit — car ce fut une demoiselle, malgré les vœux de sa mère — venait au monde à Paris le 18 novembre ; elle mourra baronne de Wissenbach en 1858. En attendant, le grand-père maternel est chargé du parrainage et le voilà qui se renseigne sur les obligations que lui crée sa dignité nouvelle, sur ce qu'il doit donner au clergé, aux domestiques, sur les cadeaux qu'il doit faire à l'accouchée comme à sa commère. Nous voyons ainsi les frais qu'entraînait alors un baptême pour un grand seigneur. A l'accouchée, on envoie « dans une jolie corbeille d'osier, une robe ou deux de mousseline avec un ajustement de point ; une demi-douzaine de pièces de ruban ; une douzaine de paires de gants ». Cette dernière dépense est légère, si l'on songe que les gants ne coûtaient alors, chez Houbigant, marchand parfumeur, rue Saint-Honoré, que 26 sous la paire de gants blancs longs qualité fine, et 30 sous les gants glacés. Pour la marraine, c'est « un joli bouquet de fleurs artificielles avec une pièce de ruban et une épingle de brillants pour arrêter le bouquet, une douzaine de paires de gants » ; 6 louis à la garde et 6 louis à la nourrice, 1 louis au suisse de l'hôtel, 1 louis à chacun des valets et des femmes de chambre, 12 livres à chacun des autres domestiques, 10 louis au curé, 2 louis au prêtre qui écrit l'acte de baptême, 4 louis aux sonneurs et bedeaux, 2 louis aux sacristains, 4 louis en menue monnaie « aux pauvres de la porte de l'église », 3 livres à chacun des huit corps de tambours (ceux de la Ville, de l'Arquebuse, de l'Arc, de l'Etoile, du Guet, du Régiment de Paris, de l'Arsenal, de la Robe-Courte), 12 livres aux poissardes, figurantes obligées de toute fête parisienne. N'oublions pas les boites de baptême, dragées et confitures sèches : 4 douzaines à l'accouchée, 4 douzaines à la marraine, 1 douzaine à la sage-femme et ie reste aux amis du parrain, en tout 146 boites à 36 sols la pièce, ci 262 livres, ni le peintre en miniature appelé pour fixer sur quelque bonbonnière d'or et d'émail aux guillochures exquises les traits indécis encore de l'héritière des Mérovingiens.
Hélas ! le souffle violent de l'orage populaire qui dispersera tant de familles dont les membres s'achemineront les uns, les plus heureux, vers la misère et l'exil, les autres dans la fatale charrette, vers l'échafaud, va briser ces intimités charmantes.

Pour la petite duchesse, l'ouverture des Etats Généraux est une fête, « un coup d'œil » qu'il ne faut pas manquer. Elle y assiste aux côtés de sa belle-mère et de son mari ; ils s'attendrissent à l'unisson sur « la noblesse et la dignité du roi » ; les applaudissements qui saluent son discours semblent même à la vicomtesse douairière un gage assuré pour l'avenir de la monarchie « Les malintentionnés ont beau dire, écrit-elle, les Français sont malheureusement enclins pour les nouveautés, ils sont peut-être légers, mais ils seront toujours les mêmes pour la race chérie qui les gouverne » (7 mai). Le duc Henri est moins optimiste ; les applaudissements accordés au roi sont pour lui « une des rares innovations que l'on doive approuver en 1789 ». Il signale par ailleurs avec inquiétude à son beau-père les premiers symptômes de la décomposition sociale, les massacres de Provence, « qui rappellent, dans un pays et un siècle où l'on prétend être si éclairé, les scènes les plus barbares des sauvages anthropophages » (7 avril). Et de trouver à « la fermentation diabolique » des esprits cette explication physiologique, dont je ne sache pas que les historiens de la Révolution se soient avisés « Il fait, dit-il, une chaleur excessive ; jamais on n'a éprouvé de passage aussi subit de températures si opposées. Depuis quatre mois, on voit des différences si extraordinaires qu'on ne doit plus être étonné que le physique influant sur le moral, tous les désordres qu'il y a dans les tètes ne viennent de là. » (14 mai.)

La tentative de résistance ébauchée par la cour à la veille du 14 juillet donne au duc un fugitif moment d'espoir. « Avec de la fermeté, écrit-il, à Xavier, tout peut se rétablir à merveille et dans un instant le calme et la tranquillité renaître. » Malgré les violentes motions de l'Assemblée, le roi refuse en effet de retirer les troupes qui cernent Versailles ; il annonce au maréchal de Duras sa formelle intention de « ne rien changer à ce qu'il a ordonné pour l'armée ». « Vous ferez bien, sire, lui répond le maréchal avec la hardiesse d'un vieux féodal, si vous voulez garder votre couronne, mais si vous voulez l'abandonner, il sera bon d'avertir votre fidèle et brave noblesse pour qu'elle se retire chez elle et ne prodigue pas en vain son sang pour maintenir sur le trône qui ne voudrait pas y rester. »
« Avec toutes ces assurances et l'expérience que nous avons, ajoute tristement Henri d'Esclignac, nous craignons encore les faiblesses du Roi ; le parti adverse est plein d'audace, et depuis l'arrivée des troupes, le Tiers des Etats Généraux a une bravoure que la peur leur a donnée pour les faire retirer et leur substituer une milice bourgeoise. Cet article fait trembler quand en le compare à celui de l'histoire d'Angleterre en 1649. » (9 juillet.) Funèbre évocation d'une tête royale tombée jadis sous la hache du bourreau.

Dès les premiers jours de 1790, Mme d'Esclignac et sa belle-mère partent pour leurs domaines du Toulousain, et ce long voyage est un nouveau chagrin pour la duchesse. « Combien cela me coûte, mon cher papa ; de me séparer de vous et surtout pour aller si loin ! Plus je m'éloignais de Pont, plus ma douleur augmentait, et j'aurais voulu retourner encore pour vous embrasser de tout mon cœur. » (8 janvier.) Même là-bas elle n'a pas la consolation de trouver le calme : « Le pays est dans la fermentation, mande de Toulouse la vicomtesse au prince tout y est agité. Le duc de Mirepoix est à Rome ; on dévaste ses bois et ses forges. Dieu veuille nous donner la paix ; elle est plus à désirer que jamais » (12 janvier.)

Cependant quelques mois s'écoulent assez tranquilles au château de Castillon, où s'est réunie la famille, où le prince passe même en juin en allant prendre les eaux à Cauterets. Xavière, qui va sur ses deux ans, « grandit et se porte à merveille ; elle est bien gentille et nous regrettons toujours qu'elle ne soit pas petit garçon. Elle ne dit pas grand'chose, mais sa nourrice assure qu'elle dit tout ce qu'elle veut ; elles font de grandes conversations ensemble, qu'elles seules entendent. » (2 avril). Sa fille, l'espoir d'une nouvelle grossesse occupent l'esprit de la duchesse, qui dans ses lettres ne fait plus allusion aux événements publics ; on se croirait revenu aux beaux jours de 1788, alors qu'il faisait si bon vivre.
« Je me porte fort bien, écrit-elle, malgré mon petit paquet, ce qui me fait craindre d'avoir encore une petite morveuse » (27 avril.)
Et pour remercier son père de lui avoir envoyé certain chocolat d'Italie qui paraît lui tenir fort au cœur : « Je serais très fâchée que M. ou Mlle Petit, ait le nez noirci de l'aventure cela ne serait pas très agréable. Je crois qu'il commence à vouloir sauter, mais ce n'est pas encore bien vif... Xavière est bien forte et court beaucoup elle aurait fait un « houzard » déterminé. J'espère que M. Petit ne lui cédera pas en fait de tapage » (26 mai.)
Ce ne fut pas à la lumière des campagnes françaises que l'héritier tant désiré, Charles d'Esclignac, devait ouvrir les yeux. Dès le mois de septembre, le duc, sa femme et sa mère, fuyant les campagnes méridionales de plus en plus troublées, avaient gagné l'Espagne. Le 2 octobre, la duchesse était établie à Vittoria, chez le marquis de Monte-Hermoso, aux portes de la campagne, de sorte qu'elle ne souffre pas « des mauvaises odeurs des villes espagnoles ».
Ils ne sont pas isolés à Vittoria ; « plusieurs Français et Françaises de leur connaissance y sont venus chercher la tranquillité ». Le 13 octobre, Mme d'Esclignac accouche d'un beau garçon, « qui se porte à merveille et grossit à vue d'œil ».

C'est à ce moment que s'interrompt sa correspondance ; sa dernière lettre est datée de décembre 1790.
Les Français affluent en Espagne, mais s'arrêtent pour la plupart à Saint-Sébastien, « malgré la tristesse de cette ville, pour recevoir plus tôt des nouvelles de France ». « Il y a tant de monde que l'on ne trouve plus de logement et que plusieurs personnes ont été obligées d'en demander un dans des couvents de moines. Pour nous, nous vivons fort tranquilles, sommes à la campagne et en menons la vie. »

Le prince Xavier quitta la France vers la fin de 1790, laissant son château de Pont, ses papiers, ses comptes et jusqu'à ses lettres les plus intimes ; il mourut en Allemagne en 1806. La Restauration fera le duc Henri maréchal de camp et pair de France.
Quant à la duchesse, nous ignorons ce qu'elle devint ; nous savons seulement que son très simple roman s'acheva sur la terre paternelle et qu'elle mourut à Dresde, lieu de sa naissance, le 8 mai 1849, dans sa quatre-vingt-unième année.

A. BOUTILLIER DU RETAIL.


C'est le reste d'un songe féodal qui va disparaître seulement ressuscité par les romanesques rêveries d'un Walter Scott au siècle suivant ... l'ordre ancien n'est plus, le désordre nouveau va naître sous les yeux d'une noblesse française déphasée.

Le couchant de la monarchie française qui fut somptueux avec cette touche bourgeoise de presque familiarité intime et qui s'acheva dans l'éclat sanglant de la machine infernale du bon docteur Guillotin ... la tranquillité pieuse des cérémonies domestiques troublée par le sacrifice des martyrs.

Cette aristocratie mourante de la fin du XVIIIème siècle qui s'exténue dans sa profonde inutilité et dans ses charges factices fait penser à la classe politique française de maintenant ; privée de tous ses droits régaliens, ne dirigeant ni le cours de la monnaie, ni la politique militaire, ni les alliances politiques, votant moins de 5% des impôts, ne pouvant gouverner la dépense et s'illustrant par sa corruption active et son esprit de courtisanerie.


Quand la fonction n'est plus exercée l'organe s'atrophie ... si à la fonction politique est substituée une raison administrative et extérieure à la volonté du corps politique alors celui-ci s'étrécit de plus en plus jusqu'à l'inanité.
Le comte d'Artois, futur Charles X, célèbre par son arrogance et sa nullité, dernier roi de France qui fut sacré à Reims, fut aussi le premier émigré de France dès le 16 juillet 1789. Une des trois filles de Jean-François Pomiès fut femme de chambre de la comtesse d'Artois avant de devenir comtesse de Faydit de Tersac en Couserans, dans le Comté de Foix. Charles de France avait épousé une princesse de Savoie et se réfugia à la cour de son beau-frère à Turin. Jean-François Pomiès fit de même en 1793.

On prétend que M. de Talleyrand qualifiait ainsi les émigrés : « des gens qui n'ont rien appris ni rien oublié depuis trente ans. »
On peut parier que nos éminences du jour seraient les premières à prendre la diligence de Roissy en cas de troubles graves ...


Le Populaire (Paris) du 27/3/1931 :

LA DANSE
Lisa Duncan et Georges Pomiès

Il n'y a pas bien longtemps que j'ai vu débuter Georges Pomiès. Il avait alors provoqué en moi une irrésistible sympathie. Sa fantaisie, sa bonne humeur, son goût, sa souplesse, sa vigueur, son esprit annonçaient déjà un talent qui ne tarderait pas à s'imposer. Je n'aurais jamais imaginé que la consécration pût venir si vite.

L'immense Théâtre des Champs-Elysées était plein vendredi dernier, il débordait même d'une foule attentive et empressée. Au programme deux noms, deux noms seulement : Lisa Duncan et Georges Pomiès. Elle : grâce, gentillesse, séduction, noble recherche de l'attitude et du geste. Admirable interprète de l'art qu'illustra Isadora Duncan et que sert aujourd'hui avec tant de ferveur cette jeune femme blonde, souriante, toujours sûre d'elle-même, aussi bien éloignée de tout éréthisme excessif que de vaine sévérité. Lui : mâle robustesse, santé, ironie, précision, souplesse, spirituelle acrobatie, puissance expressive. Ce n'est déjà plus le joyeux « gambilleur » de naguère. Il acquiert maintenant une technique très personnelle, une manière à lui, un art à lui. La salle entière l'a acclamé. Le public lui fait confiance. Je pourrais — ce serait si facile et plus agréable pour Pomiès — lui dire qu'il est parvenu à la perfection, qu'il ne nous reste plus rien à exiger de lui. Eh bien, non ! Je l'estime trop pour le juger avec une légère complaisance.

Je me suis interrogé, j'ai essayé d'analyser mes propres impressions.
L'art de Pomiès, pour aussi original et attirant qu'il soit, semble se situer aux confins de plusieurs arts. Est-ce seulement de la danse ? Qui oserait l'affirmer ? Il fait penser à la fois à la pantomime, au cinéma, au music-hall, Pomiès paraît en effet vouloir réaliser une synthèse de ces éléments divers.
La tentative est curieuse, nouvelle, elle peut — je penche pour cette prévision — nous donner un extraordinaire mime de cinéma. Il a le sens aigu de la parodie, de l'allusion, du symbole et. de surcroît, une incomparable force comique.

Quand il danse avec Lisa Duncan, aucun des deux ne s'accorde à l'autre, les deux natures sont hétérogènes. C'est de leur collaboration que naît leur opposition.

Chacun poursuit son propre rêve et sa propre fin. Elle continue une exquise mission. Lui s'élance avec crânerie vers des disciplines futures. Avec une douce conviction, elle scande des rythmes aimés et respectés. Lui en crée de nouveaux ou, quand les anciens le gênent, les fait éclater. Ses danses à elle sont élégiaques, les siennes à lui sont soumises à une inspiration bien moderne. Le sport, la fantaisie, le fait divers leur donnent de savoureuses indications.

Le beau succès qui lui a été fait vendredi ne grisera pas, je l'espère, Georges Pomiès. Il l'a bien mérité, mais il ne faudrait pas qu'on crût à une réussite éphémère. Ce diable de garçon n'a pas fini de nous étonner et il n'a pas épuisé ses forces secrètes.

Roger LESBATS.


Le génie est si rare quand il se manifeste dans une famille qu'il est bon de le noter !
Mais il est vrai que les Pomiès ont un autre titre de gloire, avoir vaincu le grand Nelson (°1758-1805) dans la seule défaite qu'il a concédée à Santa-Cruz de Ténérife en juillet 1797 face au capitaine de frégate Louis Xavier Pomiès (°6/5/1765 Versailles), fils de Jean-François Pomiès. Son parrain était le comte de Provence, futur Louis XVIII et sa marraine Clotilde de France, future épouse de Charles Emmanuel de Savoie et reine de Piémont-Sardaigne.

Louis Xavier Pomiès fit ses premières armes très jeune embarqué sur l'escadre venue secourir les Insurgents d'Amérique, sur un navire commandé par Hippolyte comte de Sade de Tarascon (°1710-1780), chef d'escadre en novembre 1776 (cousin du célèbre marquis, auteur et embastillé), garde de la Marine en 1730, lieutenant de vaisseau en 1746, qui se distingua au combat d'Ouessant en 1778 en compagnie du comte de Grasse (°1722-1788), fit comme troisième chef d'escadre la guerre d'Amérique, mourut sur mer en fin octobre 1780 à la vue de Cadix commandant le Triomphant et le Magnifique, ville où il ne put être enterré. Il servit sous le comte de Guichen (°1712-1790) dans les combats livrés contre l'amiral Rodney (°1718-1792). Lieutenant général en août 1779 à 69 ans, il reçut le commandement d'une escadre.
Il était habituel à l'époque d'apprendre son métier directement au contact de la mer, les premiers navires-écoles datant de la toute fin du XVIIIème siècle.

La clef du cabinet des souverains, Volume 4, Numéros 276 à 365.
N°311 : Du Sextidi 6 Frimaire An VI — Dimanche 26 Novembre 1797.
Nouvelles étrangères Espagne.
Cadix 26 octobre (5 Brumaire).
L'équipage de la corvette française la Mutine, qui avait été prise par les Anglais à Sainte-Croix de Ténériffe, est arrivé dernièrement dans notre port. Ces braves marins ont aidé les Espagnols à repousser de cette île l'ennemi commun. Ils prétendent, ce qui n'est guère vraisemblable, que l'ex-député Drouet se trouvait parmi eux, sous le nom de Martinay, et se donnait pour le secrétaire d'un envoyé extraordinaire de Hollande à Batavia.

C'est non seulement tout à fait vrai mais encore il obligea Pomiès à l'accompagner dans une excursion au Pic de Ténérife pendant que les Anglais montaient un coup de main contre la Mutine qu'il commandait ! Jean-Baptiste Drouet avait laissé à bord du navire l'argent qu'il convoyait au nom du Directoire pour soudoyer les consciences dans les Indes orientales par manque de confiance dans les indigènes (il ne parlait même pas espagnol).
La récompense de Pomiès pour avoir vaincu Nelson ? On le déchut de sa place dans la Marine en invoquant une prétendue ivrognerie. On peut dire que l'action des révolutionnaires a complètement désorganisé notre Marine qui venait de vaincre les Anglais dans la guerre d'indépendance américaine et qui était pleine de gloire et d'auxiliaires compétents tous formés à la rude école de la mer.

Batailles navales de la France par O. Troude, Paris 1867.

Le Directoire avait fait sortir Drouet de prison en simulant une évasion ; bien entendu il ne pouvait voyager sous son vrai nom d'autant qu'il était en mission secrète pour le compte du gouvernement d'où son identité fictive de Hollandais.
Le cas Drouet qui eut son heure de gloire lors de l'épisode de Varennes est symbolique de l'incurie révolutionnaire. La mise à l'écart de Pomiès quand il rentra en France était un bon moyen de taire cet épisode fâcheux.


Je donne la transcription de l'acte de baptême d'une des trois filles de Jean-François Pomiès qui était née à Versailles le 12/2/1769 et fut baptisée à Giraudon paroisse Saint-Pierre Saint-Paul de Sarcelles le 29/8/1776.

Archives du Val d'Oise, Sarcelles année 1776 le 29 août (vue 19) :

L'an mille sept cent soixante seize, le vingt neuf aoust, Nous Prêtre curé de cette Paroisse soussigné avons suppléé les cérémonies du baptême à une fille née le douze février mil sept cent soixante neuf à laquelle on a imposé le nom de Louise Marie Adélaïde, fille de messire Jean François Pomiès, écuyer, valet de chambre ordinaire du Roy, premier valet de chambre de madame Adélaïde de France, fourier des chevaux-légers de la garde ordinaire du Roy, conseiller intime d'ambassade de la cour électorale de Saxe et de Damoiselle Marguerite Adélaïde Brière, son épouse, femme de chambre de madame Clothilde de France, Princesse de Piémont, demeurant sur cette paroisse, en leur fief de Bertrandy et de Hugot Juslin laquelle en vertu d'une permission accordée par monseigneur l'archevêque de Paris avoit été ondoyée à la maison, le treize du mois de février par messire Le Comte Prêtre de la mission faisant les fonctions curiales dans la paroisse royale de St Louis de Versailles comme il appert par l'extrait tiré des registres de baptême de laditte paroisse, en datte du onze avril mil sept cent soixante quinze signé Dardare, lequel est demeuré annexé à notre minutte.
Le parrain a été Très Haut, Très Puissant & Très Excellent Prince Sa Majesté Très Chrétienne Louis Seize Roy de France & de Navarre représenté par messire Marc Antoine Thierry, colonel, mestre de camp du régiment Dauphin Dragon, chevalier de l'ordre royal et militaire de St Louis, premier valet de chambre du Roy, demeurant à Versailles, paroisse Notre Dame ; Et la marraine Très Haute, Très Puissante & Très Excellente Princesse Madame Marie Adélaïde de France, Tante du Roy Louis Seize, représentée par Dlle Marie Ursule Thérèse Demonville, Dame Le Monnier, première femme de chambre de madame Victoire de France, demeurant susdite paroisse de Notre Dame de Versailles qui ont signé avec nous & avec le père de l'enfant, l'enfant a aussi signé.

Signé Thierry Demonville Lemonnier Bonneau curé Pomiès Brière Pomiès Pomiès.

Marc Antoine Thierry, en juin 1784 fait baron de Ville-d'Avray par Louis XVI (baptisé le 30/12/1732 église Notre-Dame de Versailles - mort le 2/9/1792 à Paris au cours des massacres de la prison de l'Abbaye Saint Germain). maréchal des camps et armées du roi, colonel attaché au régiment Dauphin-Dragons ; mestre de camp de dragons, sous-brigadier des mousquetaires avant sa retraite du service militaire en 1770 ; premier valet de la chambre du roi, intendant général du garde-meuble de la couronne puis commissaire général de la maison du roi. Anobli. En 1789 il était colonel du régiment de Flandres. Premier Maire de Versailles.


Marie Ursule Thérèse Durand Demonville veuve en premières noces d'un commissaire des guerres avait épousé en secondes noces le premier médecin du Roi, Louis Guillaume Lemonnier (°1717-1799), sous les auspices de la comtesse de Marsan née Rohan, toute puissante à la cour et qui lui offrit dans la corbeille de noces une maison à Montreuil qui existe toujours.
Voici un Eloge historique de Lemonnier par Georges Cuvier.
Son frère l'astronome Pierre Charles Le Monnier (°1715-1799) est le père d'une fille qui épousa le mathématicien Lagrange (°1736-1813), inconsolable de son veuvage et lui redonna une seconde jeunesse.

Thierry baron de Ville-d'Avray avait fait fortune au service du roi comme beaucoup des plus proches serviteurs de la royauté, c'était quasiment la norme (tout le monde ou presque fraudait les finances de l'Etat et la cassette royale). De même le couple Pomiès-Brière avait cocher, jardinier, domestiques d'intérieur, maison de campagne etc et était sur la voie d'un enrichissement similaire quand la révolution survint pour briser leurs espérances de vive ascension sociale.

Nelson après sa défaite à Santa-Cruz de Ténérife et ayant été relâché de manière scandaleuse par le gouverneur Guturriez, au grand dam des Français, contre promesse de n'y plus revenir, avait réclamé une pension de 25000 livres au trésor royal britannique ! Il fit de même après chacune de ses victoires navales ... Wellington n'était pas plus désintéressé que cela.

Stendhal reprochait à ce monde de cour non pas sa cupidité mais sa platitude. Il aurait voulu avoir des rentes afin d'avoir de l'esprit impunément ... être introduit dans le grand monde et y dire avec finesse des vérités essentielles sans avoir l'air d'y toucher plus que ça. Mérimée est son disciple mais il n'avait pas son audace ni sa finesse, et c'est un peu du gros sel qu'il répand.
Il faisait la cour à la comtesse de Tascher qui se plaisait à sa conversation mais se méfiait de ses entreprises et le tenait à distance pour conserver sa réputation. Stendhal est un démocrate du siècle des Lumières comme son grand-père le docteur Gagnon, mais qui aurait voulu profiter d'une vie d'aristocrate pour ne pas avoir à faire des compliments à son bottier comme il disait c'est à dire à des gens de sens grossier.
Il y aussi les précepteurs, c'est à dire les clercs ... Julien commence ainsi sa carrière.
Le prince Xavier de Saxe a usé de plusieurs précepteurs pour l'éducation de ses deux fils, deux au moins devinrent célèbres, l'abbé Clouet (°1748-1810) qui devint professeur et bibliothécaire à l'école des Mines de Paris et dont on disait qu'il possédait toutes les langues vivantes et l'abbé Barruel (°1741-1820), fameux contre-révolutionnaire, ami de Burke, qui répandit l'idée d'un complot maçonnique forgé pour détruire l'ordre chrétien. Le défaut de ces deux hommes leur est commun : ils humiliaient les fils du prince, surtout le second Joseph moins brillant que l'aîné Louis qui devait devenir abbé et mourut précocement à seize ans, mais on n'abaisse pas impunément un fils de sang royal ! Joseph devenu le chevalier de Saxe était impétueux, il prit le pli de son temps, professa des idées irréligieuses, insulta ses maîtres, se battit en duel et finit par succomber à trente-cinq ans dans un combat contre un prince russe en laissant son père désolé.
Pomiès dira : « Il n'y a rien contre les moeurs, mais de l'indocilité, de trop savoir ce qu'il est, de mécontenter tous ses professeurs. Le chevalier de Bernes a été jusqu'à me dire qu'à peine savait-il lire. Hauteur de caractère, manque de volonté, goût du cheval et de la danse ; piété nulle. II ne s'est même pas agenouillé dans les églises de la ville et d'après ce que le chevalier de Bernes m'a dit ici, il me paraît qu'il n'avait pas la meilleure conduite et était fort libertin et qu'il avait voulu tirer à la messe son petit livre et qu'on n'y allait que par usage et non pour prier sans se ridiculiser ; que le seconde raison était sa santé et qu'il sentait bien qu'il lui serait impossible d'y suivre les exercices du corps, ni d'y observer le régime qui lui convient. M le chevalier de Saxe est absolument abandonné à luy-même ; sans nuls talents, sans envie d'en acquérir, sans émulation, sans nuls principes de religion ; il est totalement son maître, sort seul, va comme les autres officiers avec la jeunesse ; et est son maître, cela est même indispensable dans son état. Il a le goût des chevaux et des chiens ; il a de la facilité pour les exercices du corps, les aimant, et y réussit ; il n'a nulle politesse, ni savoir-vivre. Voilà tel qu'il est et tel qu'il est connu ; je parle le langage de la vérité à V.A.R. »

Saint-Simon abominait les Rohan parce qu'ils se prétendaient au-dessus des autres ducs et pairs de France de par leur titre de prince étranger comme les Bouillon (c'est curieux comme aujourd'hui les binationaux excipent d'un même privilège une supériorité factice sur les autres Français).
« On les étourdit du grand nom de MM. de Rohan, on les éblouit de leurs dignités et de leurs établissemens, on les accabla de leur rang de prince étranger, et on les mit aisément hors de tout doute sur les preuves, qu'on ne leur présenta que comme une cérémonie dont personne n'étoit dispensé, et dont l'abbé de Soubise avoit plus grand besoin d'être dispensé que personne. »
Le frère aîné de la comtesse de Marsan, le prince de Soubise, duc de Rohan-Rohan et maréchal de France (celui qui selon la légende cherchait son armée à la lueur d'une lanterne à Rossbach) était témoin au contrat de mariage au château de Versailles en 1751 entre la fille de Jean-Baptiste Pomiès, père de Jean-François, et Antoine Laurent de La Gravière. Je pense que le contrat a dû être signé dans les appartements royaux car les autres témoins étaient le dauphin Louis de Bourbon, la dauphine Marie-Josèphe de Saxe, le chancelier de France Guillaume de Lamoignon et le ministre d'état de la guerre le comte d'Argenson.


L'émigration ou les illusions entretenues à grands frais ... et comment Mme de Marsan passa des ors de la Cour de Versailles à la paille d'une auberge.

Journal des débats politiques et littéraires du dimanche 4/6/1922 :

BRUXELLES EN 1792

Pendant ces derniers jours, il a beaucoup été question de la bataille de Jemmapes. Nous avons pensé qu'il n'était pas sans intérêt de rappeler les événements qui ont précédé et suivi la célèbre victoire de Dumouriez, événements qui ont eu une si grande influence sur la situation des émigrés en Belgique.

La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, a marqué le début de l'émigration. Dès le 18 juillet, le comte d'Artois, avec une précipitation qui ne faisait pas plus honneur à son courage qu'à ses sentiments de famille, quitte la France avec ses fils, les ducs d'Angoulême et de Berry. Peu après, le prince de Condé, avec son fils le duc de Bourbon et son petit-fils le duc d'Enghien, part à son tour pour l'étranger. Peu à peu la noblesse croit devoir suivre l'exemple des princes ; il devient de bon ton d'émigrer. Les uns vont s'établir sur la rive gauche du Rhin où ils sont reçus à bras ouverts à Mayence, à Coblence, à Worms ; les autres se réfugient à Bruxelles où la régente, l'archiduchesse Marie-Christine, leur fait le plus favorable accueil.

La Belgique, cependant, traversait à cette époque une crise fort grave et qui aurait dû inspirer aux émigrés de sérieuses appréhensions.

A la fin de cette même année 1789, se plaignant qu'on lui ait supprimé ses privilèges, le pays se révolte contre l'autorité de Joseph II, chasse la régente, les garnisons autrichiennes, nomme un congrès et proclame la République. L'empereur, très affecté de ces événements, meurt de chagrin quelques mois après (février 1790).
Son frère Léopold lui succède et son premier soin est d'étouffer la Révolution dans les Pays-Bas. Le 22 novembre 1790, les troupes autrichiennes rentrent en Belgique, prennent Namur, et le 30 elles paraissent devant Bruxelles. Le Congrès se disperse, la République s'effondre. Le 2 décembre, Léopold II est maître de la Belgique. L'archiduchesse Marie-Christine reprend de nouveau la régence et elle fait une entrée solennelle dans la capitale.
Si la révolution de Belgique avait été de nature à vivement inquiéter les « émigrants », comme on disait alors, la victoire de Léopold et le retour de la régente leur inspirèrent une confiance sans bornes. A partir de ce moment, ils affluent à Bruxelles.
Bien des raisons, et des meilleures, poussaient la noblesse française à faire choix de ce pays comme lieu d'asile. D'abord on y parlait le français, tout au moins dans la bourgeoisie et la société, puis la proximité de la frontière était un avantage inappréciable. Quelques heures de voiture, avec de bons relais, et l'on se trouvait installé dans sa nouvelle résidence. Même facilité pour revenir quand l'effervescence se serait calmée en France et que le peuple « rebelle » serait rentré dans l'ordre, ce qui ne pouvait tarder. Tous les émigrés sont convaincus, en effet, que leur absence sera de courte durée ; quelques mois au plus, en mettant, les choses au pire. Alors, pourquoi s'éloigner ? Tous n'ont pris avec eux que les objets les plus indispensables et de l'argent pour peu de mois. Bruxelles avait encore à leurs yeux un attrait qui n'était pas à dédaigner : la régente y tenait une cour fort agréable et les Français se réjouissaient de pouvoir retrouver dans leur asile rnomentané une société aristocratique et beaucoup des élégances de Versailles.

Les plus riches parmi eux louent des appartements dans les beaux quartiers, dans le haut de la ville, principalement autour du parc ; ils font venir de France leurs costumes, leurs voitures et leurs chevaux. Ils mènent une vie des plus mondaines. Dans la journée, les heures se passent en visites, en réceptions, en goûters ; les femmes se montrent au parc en grande parure. Le soir, à la Comédie, on ne voit que des Français. La nuit, on donne des bals et des soupers. L'été, on se retrouve à Spa ou à Aix-la-Chapelle, où se réunissent les gens de plaisir de toute l'Europe.

Un des principaux centres de réunion des émigrés était le salon de la comtesse de Marsan, l'ancienne gouvernante des enfants de France, qui était restée la grande amie des Princes et leur confidente. Réfugiée à Bruxelles avec une partie de sa famille, elle avait loué, une très belle habitation sur le parc ; elle avait même recueilli un vieil ami à elle auquel elle offrait une généreuse hospitalité, l'évêque de Laon, Mgr de Sabran.

L'évêque de Laon, pair ecclésiastique, premier aumônier de la reine, jouissait à la cour de Louis XVI d'une grande situation. Il la devait à l'illustration de sa famille et aussi à ses vertus. C'était un excellent homme, d'une intelligence assez étroite, que le cataclysme révolutionnaire bouleversa complètement. Il refusa bien entendu avec indignation de prêter serment à la Constitution civile du clergé et il se réfugia à Bruxelles en 1791, en attendant le jour prochain où il pourrait rentrer dans son diocèse. Il avait emmené avec lui, et non sans peine, son vicaire général, mais aussi, ce qui dans les circonstances présentes lui était infiniment plus précieux, son carrosse et ses deux chevaux.

Mme de Marsan groupait autour d'elle tous les émigrés de distinction et chaque jour son salon ne désemplissait pas. Chez elle on devisait de toutes choses, on gémissait sur les malheurs du temps, chacun apportait des nouvelles qui, toutes, invariablement, annonçaient la fin prochaine de la tourmente et le rétablissement intégral de l'Ancien Régime « avec tous ses abus ». On ne peut imaginer les illusions dont se berçaient les émigrés, et avec quelle naïve crédulité ils accueillaient les bruits les plus invraisemblables, s'ils flattaient leurs espérances. Ils se refusent obstinément à voir la réalité. C'est en vain que l'orage devient chaque jour plus menaçant, que les dangers s'accumulent, rien ne peut diminuer leur aveugle confiance dans l'avenir réparateur qui va leur rendre tous leurs privilèges.

C'est dans ces étranges illusions que se passent les années 1790 et 1791.
Au cours de l'année 1792, les événements se précipitent et ils sont d'une gravité exceptionnelle.
Dans les premiers jours de mars, l'on apprend la mort subite de l'empereur. Bruxelles, est dans la consternation. C'est le meilleur appui des émigrés qui disparaît, celui sur lequel reposaient presque tous leurs espoirs. François II le remplace, mais c'est un enfant à peine âgé de 20 ans et qui passe son temps à découper du bois et à construire des maisons de poupées !
Le 16 mars, nouvelle catastrophe : le roi de Suède, Gustave II, qui a promis de rétablir la monarchie en France, est assassiné à Stockholm dans un bal masqué.
Le 30 avril, les Girondins font déclarer la guerre à l'Autriche. Comme la Prusse est alliée de l'empereur, la déclaration de guerre l'atteint également. Cette nouvelle enthousiasme les émigrés enfin les opérations vont commencer contre la France !

La comtesse de Marsan écrit, le 30 avril 1792, à son amie, Mme de Sabran, qui réside en Allemagne chez le prince Henri :
« La guerre qui vient d'être fièrement déclarée par les Jacobins au roi de Hongrie va accélérer le dénouement de cette horrible tragédie. Nous sommes menacés d'une prochaine attaque. Quoique nos forces soient considérables, je ne sais si elles suffiront à défendre ce pays-ci et en même temps à le préserver de la contagion.
» Les troupes autrichiennes se rassemblent à Mons. Il nous arrive aussi 12.000 Prussiens du pays de Clèves pour garder Liège... enfin tout se met en mouvement, il est plus que temps, d'anéantir cette infernale propagande. »
Elle ajoute avec une naïveté déconcertante et qui montre la profondeur des illusions de toute cette société :
« J'apprends dans ce moment un petit succès ; je me flatte qu'il est le présage des grands. Une garde avancée près de Tournai vient d'être bien houspillée par les Autrichiens. Ils ont fait 150 prisonniers, et se sont emparés de 4 canons qui n'ont point été défendus par les Brigands. Le grand avantage de ces deux actions est d'avoir fait connaître le zèle et la fidélité des troupes autrichiennes et l'esprit qui domine dans les troupes de ligne françaises. Elles ont refusé de tirer et, si nous avions eu ici un de nos princes, il est vraisemblable qu'elles auraient passé de notre côté. »
A la fin de juillet 1792, le duc de Brunswick lance son fameux manifeste : il entre en France le 19 août à la tête des armées coalisées. Le 26 août Longwy est pris, le 2 septembre Verdun capitule. Les émigrés exultent et se préparent à rentrer en France.
Mais la roue de la fortune tourne subitement le 20 septembre, Dumouriez gagne la bataille de Valmy et Brunswick bat en retraite ; le 29 octobre, les armées alliées ont complètement évacué le territoire de la République.

Ces nouvelles, en mettant à néant, au moins momentanément, toutes les espérances dont ils se berçaient depuis deux années, avaient plongé les émigrés réfugiés à Bruxelles dans une véritable consternation mais elles n'avaient diminué en rien leur imperturbable confiance dans la sûreté de l'asile qu'ils avaient choisi. Même l'annonce de la marche de Dumouriez sur la Belgique à la tête d'une armée française ne parvient pas à troubler leur sérénité. N'ont-ils pas pour les protéger des troupes autrichiennes nombreuses et éprouvées ?
Dumouriez et ses lieutenants avaient sous leurs ordres près de 80.000 hommes, mais les troupes étaient dans la misère, à peine vétues, en sabots, sans chevaux, mal nourries, mal armées. Confiant dans son étoile et aussi dans l'ardent patriotisme de ses soldats, le général n'hésita pas à tenter la fortune il se mit en marche le 28 octobre, se dirigeant vers Mons.
Autant l'armée française était misérable, autant l'armée autrichienne, sous les ordres du duc de Saxe-Teschen, était dans un superbe état : 26.000 Impériaux bien disciplinés et aguerris attendaient l'attaque des « Carmagnols » sur les hauteurs de Jemmapes. Le 6 novembre, la bataille eut lieu. Les troupes républicaines s'élancèrent à l'assaut au chant de la Marseillaise et en quelques heures, malgré une résistance héroïque, l'armée autrichienne battait en retraite, abandonnant Mons et toute la région.
Le 5 on vivait encore à Bruxelles dans la plus parfaite sécurité, le résultat de la bataille, si bataille, il y avait, ne pouvant être douteux. Le calme des esprits était complet, la journée s'était passée fort paisiblement. A la cour, aussi bien qu'à la ville, visites et divertissements avaient eu lieu comme à l'ordinaire ; d'assez bonne heure, la régente avait regagné ses appartements.

A minuit arrive un officier à peu près mort de fatigue. On réveille la régente et on lui apprend le désastre ses troupes ne sont pas seulement en retraite, mais en fuite, et la capitale est à la merci du vainqueur. Marie-Christine n'eut pas la moindre hésitation et ses réflexions ne furent pas longues ; sur l'heure elle donne l'ordre d'atteler ses équipages et elle prend en toute hâte la route d'Allemagne avec quelques intimes, abandonnant à leur sort le gouvernement et les autorités.

Cependant la nouvelle s'était peu à peu ébruitée dans la ville endormie. Les premiers renseignés avaient couru réveiller leurs ami. En quelques heures l'émoi fut indescriptible et la panique générale. Sans vouloir se rendre compte que, même en mettant les choses au pire, il fallait au moins plusieurs jours à l'armée victorieuse pour gagner Bruxelles, toute la colonie d'émigrés voulait fuir sur l'heure ces terribles Carmagnols dont la réputation la terrifiait et dont elle redoutait, non sans quelque raison, les violences et les vengeances. Dès l'aube les rues étaient encombrées d'une foule éperdue demandant à cor et à cris des moyens de s'enfuir.
Les voitures, les charrettes, les chevaux étaient payés au poids de l'or. Les moins fortunés, c'est-à-dire le plus grand nombre, partaient à pied, emportant dans un drap leurs objets les plus précieux. Hommes, femmes, enfants, vieillards couvraient les routes d'Allemagne et de Hollande ; c'était l'exode lamentable de toute une population frappée de terreur. Le désordre était d'autant plus affreux que les voies de communication étaient déjà envahies par les troupes autrichiennes en partie débandées et qui se hâtaient vers la frontière.

Mme de Marsan et Mgr de Sabran ne furent pas des derniers à s'éloigner.
Plus heureux que bien d'autres, ils avaient leurs carrosses et leurs chevaux et, le lendemain même de la bataille de Jemmapes, ils prenaient la route de la Hollande, abandonnant à Bruxelles la plus grande partie de ce qu'ils possédaient. L'évêque même plus pusillanime encore que sa compagne, la quitta à Malines sous le fallacieux prétexte de préparer les logements. Continuant sa route à marches forcées il ne fait que traverser Anvers et ne se croit en sûreté que quand il foule le sol de la Hollande. Il arrive enfin le 9 à Berg-op-Zoom, complètement harassé, et là seulement il y consent à prendre un peu de repos. Il écrit aussitôt à sa nièce Mme de Sabran pour la rassurer sur son sort. Laissons-le raconter lui-même sa triste odyssée.

Berg-op-Zoom, 9 novembre 1792.
» La nouvelle d'un échec des Autrichiens contre les patriotes français qu'on disait maîtres de Mons a jeté l'alarme à Bruxelles et en a fait partir tout le monde à la hâte. J'aurais désiré remettre la partie au lendemain, mais il a fallu suivre le torrent d'autant plus que Mme de Marsan était fort pressée d'en sortir et desirait que je l'accompagnasse. Je l'ai suivie à Malines.
» Le lendemain, qui était hier, j'ai pris les devants pour lui procurer les facilités de traverser Anvers afin de se rendre ici.
J'y suis arrivé sur les 8 heures toute la populace était en rumeur, insultait et pillait les voitures, qui passaient au plus vite. J'ai eu ma part comme un autre aux huées, mais je n'ai point été pillé. J'ai eu beaucoup de peine à arriver à une auberge pour y attendre Mme de Marsan et sa famille.
» Après avoir attendu 6 heures, j'ai appris qu'elle avait été instruite du mouvement d'Anvers et qu'elle avait rétrogradé vers Malines, en quoi elle a sagement fait, car la sortie était aussi périlleuse que l'entrée. Mmes de Vaudémont, de Laval, de Montmorency ont été gravement insultées, et, sans quelques hommes à cheval qui les accompagnaient, elles auraient couru de grands dangers. Pour moi j'y ai échappé à la faveur d'un train modeste et en prenant la précaution de sortir à pied de la ville ; j'en ai été quitte pour 6 livres que j'ai données à une douzaine de polissons qui m'ont arrêté à une demi-lieue de la ville. Je me suis dépêché de me rendre sur le territoire hollandais et aujourd'hui j'arrive ici où je resterai quelques jours pour attendre des riouvelles de Mme de Marsan.
» Je la crois bien malheureuse et dans une grande inquiétude ; il est affreux à son âge et avec ses infirmités de ne pouvoir trouver un asile sûr et d'être obligée d'errer de côté et d'autre. J'espère pourtant qu'elle pourra retourner à Bruxelles, car on a pris trop tôt l'alarme il paraît que les Autrichiens ont repoussé les Français et sont maîtres de Mons. D'ailleurs le prince de Hohenlohe arrive avec 24.000 hommes et il n'en faut pas tant pour chasser et battre tous ces coquins-là, quelque nombreux qu'ils soient... »

Mgr de Sabran prenait ses désirs pour la réalité. Les Impériaux, battus et bien battus, étaient en pleine retraite sur Liége et le Rhin.
Le lendemain Mme de Marsan, rejoignait l'évêque à Berg-op-Zoom. Son voyage avait été des plus pénibles ; deux nuits de suite la pauvre vieille comtesse avait dû coucher sur la paille dans de misérables auberges. Mais ce n'était pas tout : à plusieurs reprises elle avait pu croire sa vie en danger, tant était grande l'exaltation populaire. Ce n'étaient partout que des cris de Vive la République ! Vivent les libérateurs ! On chantait la Marseillaise, le Ça ira, la Carmagnole ; et les malheureux voyageurs, trop facilement reconnaissables étaient copieusement injuriés et pillés. Comme des paroles on passe facilement aux gestes, beaucoup d'entre eux furent fort maltraités et un assez grand nombre complètement dépouillés de leurs vêtements. C'est principalement entre Malines et Anvers qu'eurent lieu ces scènes déplorables.
La charmante comtesse de Stahremberg, femme de l'ambassadeur d'Autriche à La Haye, grande amie de Mme de Marsan, donne exactement la même note sur la fuite de Bruxelles. Elle avait, elle aussi, été surprise par les événements alors qu'elle séjournait paisiblement dans la capitale du Brabant. Bien qu'elle fût protégée dans une certaine mesure par son caractère diplomatique, elle ne crut pas pouvoir se fier à la discrétion de Dumouriez et elle partit pour retrouver son mari en Hollande. Elle n'y arriva que le 15 novembre, après un voyage très mouvementé. Une lettre d'elle à Mme de Sabran confirme tous les renseignements de l'évêque :

« De La Haye, ce 16 novembre 1792.
» M. Dumouriez m'a fait arriver ici un peu plus tôt que je ne comptais et d'une manière peu agréable, ma bonne petite, car c'est en mourant de peur dans un bateau qui n'enfermait que des ballots et qui ne pouvait servir de retraite qu'aux rats que je me suis précipitée d'Anvers avec Mme de Pardaillan et M. de Jarnac pour fuir cette terre maudite.
» Vous ne pouvez pas imaginer la joie du peuple, l'impatience qu'il avait de recevoir ces tyrans et les excès auxquels il s'est déjà porté. A Anvers plus de 30 voitures y ont été pillées. Tous ces malheureux Français y étaient insultés et ceux qui passèrent payaient au poids de l'or les pas qu'ils faisaient. Les bourgeois se sont armés pour arrêter un peu les désordres, mais, en m'escortant à Anvers jusqu'à l'endroit où je logeais, ils m'ont demandé en grâce d'en partir aussitôt que je pourrais, ne répondant pas d'une multitude de brigands qu'ils avaient peine à contenir.
» A mesure que les Français arrivaient, leur armée a été renforcée. Ils sont depuis deux jours à Bruxelles et marchent sur Malines et Anvers. M. Dumouriez annonçait son arrivée à La Haye pour le 1er de janvier. La facilité qu'il trouve de toutes parts dans sa marche, la fermentation très forte qui règne dans ce pays-ci ne me laissent pas sans inquiétude. Quel malheureux temps ! »

Après avoir pris quelques jours de repos à Berg-op-Zoom, Mme de Marsan et son compagnon de voyage ne se jugèrent pas encore suffisamment en sûreté et ils gagnèrent Breda, charmante petite ville, très bien fortifiée, où se trouvait déjà une assez nombreuse société française ; ils s'y installèrent dans une auberge des plus modestes en attendant les événements.
C'est de là que Mme de Marsan crut devoir écrire elle-même à son amie Mme de Sabran pour la mettre au courant des pénibles épreuves qu'elle venait de traverser. On ne peut qu'admirer cette femme qui, malgré son âge, montre tant d'énergie, et une si touchante résignation dans l'adversité.

« Breda, ce 1er décembre 1792.

» Mgr l'évêque de Laon vous a annoncé, Madame la comtesse, nos derniers désastres ; ils mettent le comble aux malheurs dont nous sommes accablés. Ils auront été sentis vivement dans le pays que vous habitez, mais les secours ne peuvent être que bien lents pour un mal aussi pressant. Notre Brabant est inondé de patriotes français ; c'est une fourmilière inconcevable et bien redoutable.
» On assure la citadelle d'Anvers rendue et notre armée autrichienne retranchée auprès de Liège. M. Dumouriez y a marché et il paraît sûr qu'il y a eu un combat le 27. Le bruit s'est répandu hier qu'il avait été désavantageux aux Français mais je n'ose encore m'en flatter.
» D'un autre côté la Convention Nationale a déclaré la liberté de l'Escaut et a ordonné à ses généraux d'agir en conséquence, ce qui est l'équivalent d'une déclaration de guerre à la Hollande. On attend à La Haye la réponse de l'Angleterre.
Elle décidera aussi de notre marche. Je m'éloignerai avec peine du seul pays d'où je puisse tirer quelque secours. La saison est dure et les chemins affreux pour entreprendre de longs voyages, surtout ignorant où l'on voudra bien nous souffrir. L'évêque seul soutient mon courage par ses conseils et les marques d'amitié qu'il me donne. J'avoue qu'il est aussi exténué que ma vieille machine. Je pense avec satisfaction qu'au moins vous n'éprouvez pas les mêmes inconvénients dans ce moment. Vous n'êtes pas témoin de la situation déplorable de nos infortunés émigrés. J'en ai l'âme déchirée.
» Nos malheureux princes étaient encore à Liège le 26. On parlait du départ de M. d'Artois pour Pétersbourg et de Monsieur pour Madrid. Mgr le prince de Condé mourant de faim avec son armée dans les montagnes de la Forêt-Noire, quel abîme de désolation ! On dit l'Italie menacée. Tout ce qui se passe est si surnaturel qu'il faut baisser la tête et adorer les desseins impénétrables de Dieu, Sa miséricorde est infinie et c'est notre unique ressource. Implorons-le sans cesse.
» Toute ma famille errante avec moi veut que je la rappelle à votre souvenir. »

Dumouriez était entré à Bruxelles le 14 novembre, à Liège le 28 ; le même jour Anvers capitulait. Partout les troupes républicaines étaient accueillies avec enthousiasme. Les Belges, ravis de reconquérir de nouveau leur indépendance, demandaient à grands cris à se mettre en république.
Cependant l'âge d'or que l'arrivée de Dumouriez faisait espérer ne fut pas de très longue durée. Dès le 3 décembre Mgr de Sabran écrivait à sa nièce : « Malgré leur conquête les Français ne font pas fortune dans les Pays-Bas on les déteste partout ; après les avoir désirés à Bruxelles, à Mons, à Louvain, à Anvers, le peuple annonce hautement qu'il ne veut point du régime français et il réclame l'ancienne constitution. Tout cela prépare un retour facile à l'Empereur. »

Ce n'était que trop vrai. Une fois par hasard les prévisions de l'évêque de Laon étaient justes et elles allaient se trouver réalisées beaucoup plus tôt qu'il ne le pensait lui-même.

Voici en effet ce qui s'était passé : la Convention avait envoyé Danton pour examiner la situation et savoir s'il ne conviendrait pas d'annexer la Belgique. Il était accompagné d'une bande de patriotes qui, se considérant comme « en pays conquis », se livrèrent aux plus détestables excès. Leur premier soin fut de vouloir inculquer aux populations la pure doctrine jacobine, et, dans ce but, ils organisèrent partout des clubs « à l'instar de Paris », et partout également à « l'instar de Paris » on commença à se livrer à un pillage en règle. Les riches trésors des églises furent naturellement l'objet des plus ardentes convoitises et les premières victimes du nouveau régime. La conduite des patriotes souleva l'indignation et la colère de ces populations tres attachées à leur religion. En quelques semaines, ces mêmes habitants qui avaient accueilli les Français comme des libérateurs les regardèrent comme « une horde de brigands ».
Révoltés et exaspérés, les Belges parlaient ouvertement de Vêpres Siciliennes et ils rappelaient de tous leurs vœux les troupes autrichiennes pour les délivrer de l'odieuse tyrannie des Jacobins.
Leurs désirs allaient être exaucés. Dès les premiers mois de 1793, l'armée autrichienne, qui s'était reformée pénétra de nouveau en Belgique.

Après avoir échoué dans son attaque sur la Hollande, Dumouriez voulut entraîner son armée contre la Convention, mais elle refusa de le suivre. Le général, se sentant perdu, passa dans le camp autrichien, livrant avec lui les commissaires chargés de l'arrêter. En avril 1793, les troupes républicaines évacuaient la Belgique et repassaient la frontière. Quatre mois avaient suffi pour retourner complètement la situation et faire perdre à la France tous les avantages de la bataille de Jemappes.
Le retour des Autrichiens en Belgique fut une marche triomphale. Partout ils sont accueillis comme des libérateurs, avec des transports de joie et de reconnaissance : quand l'archiduchesse Marie-Christine fait son entrée à Bruxelles sur un char magnifiquement décoré, avec un Amour à ses pieds, le peuple, dans son ravissement, dételle les chevaux et traîne lui-même le char jusqu'au palais, au milieu de l'allégresse générale.
Aussitôt que l'armée française eut évacué la Belgique, les émigrés, persuadés qu'un retour de fortune était désormais impossible, rentrèrent en foule à Bruxelles. Mme de Marsan et son compagnon suivirent l'exemple général, et ils revinrent habiter leur belle demeure du Parc. Hélas les « Carmagnols » y étaient passés, et elle était dévastée de « la cave au grenier », il fallut la remeubler entièrement.
La Belgique n'allait pas jouir longtemps de la tranquillité. En effet, au mois de mai 1794, la situation se retourne encore une fois : les armées républicaines traversent de nouveau la frontière ; elles marchent de succès en succès et la capitale est menacée.
Aussitôt, la panique règne à Bruxelles, les scènes d'affolement que nous avons déjà vues en 1792 se renouvellent, tout le monde prend la fuite. Mais, cette fois, on ne se croit en sûreté qu'au delà du Rhin, et c'est à Munster que Mme de Marsan et l'évêque de Laon vont chercher un asile contre leurs persécuteurs.

Gaston Maugras.


A quoi ressemble une révolution qui mange ses fils les uns après les autres comme Saturne dévorait les siens ?
Il faut bien donner quelques détails pour s'imaginer l'horreur des scènes finales de la Terreur.


LE FIGARO supplément littéraire du SAMEDI 28 MARS 1891

LE BOURREAU
Sous la Terreur

Quel fut le bourreau de Robespierre ? Charles-Henry Sanson ou Henry Sanson ? Les historiens sont loin d'être d'accord à ce sujet, et les documents innombrables que nous possédons sur la Révolution sont, eux aussi, fort contradictoires.

Il est cependant un fait indéniable : Charles-Henry Sanson mourut vers le mois d'août 1793, six mois après qu'il eut exécuté Louis XVI. Ce n'est donc pas lui qui, un an plus tard, guillotina Robespierre. Quelques auteurs ont cependant soutenu que Charles-Henry Sanson exerçait encore lors de Thermidor et il parait que M. Sardou, dans sa fameuse pièce, avait, dès l'abord, fait de l'exécuteur de Louis XVI l'exécuteur de Robespierre. Il ne se serait aperçu de la confusion qu'il avait faite entre Charles-Henry Sanson père et Henry Sanson fils, que sur l'observation d'un ami érudit.
On se croirait donc en droit d'affirmer que Henry Sanson fils, nommé exécuteur vers la fin d'août 1793, guillotina Robespierre en 1794 comme il avait déjà guillotiné Marie-Antoinette, Mme Elisabeth, Danton et Camille Desmoulins.
Maii d'après des documents récemment mis au jour, il n'en serait pas ainsi.
Henry Sanson n'exerça presque jamais effectivement les redoutables fonctions que la loi lui avait imposées à la mort de son père en vertu du droit d'hérédité. Il fut, il demeura toujours le titulaire légal et responsable de la charge, mais pendant plus de cinq ans il ne mit que rarement la main à une exécution. Le seul rôle qu'il paraît avoir conservé était d'inspecter les différentes pièces composant l'échafaud et de surveiller leur démontage et leur remontage suivant les nécessités du service. Le 18 juillet 1794, il se chargea de faire démonter les bois de la place de Grève pour les transporter sur la place de la Révolution. C'est la seule part active que prit Henry Sanson fils à l'exécution des Terroristes.
D'où venait cette invincible aversion que Henry Sanson semble avoir ressentie longtemps pour la guillotine ? Peut-être en faudrait-il chercher l'explication dans le spectacle qu'il eut des derniers moments de son père. On sait, en effet, que Sanson père ne put jamais se consoler d'avoir exécuté Louis XVI, que pendant les derniers jours de sa vie il se voua à de nombreuses œuvres de charité, qu'il fonda même une messe d'expiation à la mémoire du Roi et que, en mourant, il demanda au prêtre qui l'assistait le pardon d'un acte légal qu'il avait toujours considéré comme son propre crime. Et puis, Henry était, dit-on, d'une douceur et d'une sensibilité extrêmes et légèrement « névritique » ; or, les gens nerveux se doivent mal accommoder des brusques sensations causées par le maniement fréquent du couteau.

Quoi qu'il en soit, il me semble prouvé que depuis la nomination de Henry Sanson aux fonctions de bourreau et jusqu'au 12 prairial an VI, celui qui a la haute main sur toute exécution, qui dirige chaque « guillotinade » d'un bout à l'autre, depuis la toilette des condamnés jusques et y compris l'enfouissement des cadavres, c'est non pas Henry Sanson, mais son premier aide. On notifie bien toujours à Sanson les réquisitoires en vertu desquels il devra procéder à tels jour et heure, sur telle place, à l'exécution d'un nombre indiqué de condamnés, parce qu'il est toujours, en réalité, le bourreau légal mais ces réquisitoires sont en même temps signifiés à son premier aide. C'est le premier aide qui préside à la toilette funèbre, c'est lui qui prépare et remplit les charrettes, qui trace la marche des convois, lui qui fait tomber le couteau, lui enfin qui est chargé de faire conduire les suppliciés à leur dernière demeure et de veiller à ce que leur inhumation ait lieu selon les règles prescrites.

Jusqu'en mars 1794, les noms de ces aides sont difficiles à retrouver ; on se perd dans un dédale de noms et de surnoms que chaque auteur orthographie d'une façon différente. D'ailleurs, il est présumable que dans les premiers temps de son exercice, Henry Sanson n'abandonna à son premier aide que les exécutions ordinaires et qu'il dut se réserver les grandes, comme celles de Marie-Antoinette et de Danton.

Mais d'avril 1794 au commencement de 1799 (sauf pourtant une période de trois mois), le premier aide entre les mains duquel Sanson abdique son autorité, c'est un nommé Desmorest. Sanson se tient dans un effacement complet ; le couteau n'est plus manœuvré par lui.
Qu'était-ce donc que ce Desmorest dont aucun auteur ne parle, hormis peut-être Lamartine dans ses Girondins ? Les mémoires et rapports du temps, les livres, les pamphlets, les journaux sont d'un mutisme désespérant. Seuls, les Mémoires de Sanson, par d'Olbreuse, mentionnent, à plusieurs reprises, le nom de Desmorest, mais ils se gardent bien d'indiquer le rôle prépondérant que joua le premier aide dans presque toutes les exécutions de la Terreur et surtout dans celle de Robespierre. Il est vrai que ces Mémoires, qui firent tant de bruit à leur apparition, sont moins une œuvre historique, qu'une vaste supercherie littéraire.

J'ai découvert Desmorest d'une façon inattendue.

Vers la fin de l'Empire, je fus chargé, par un jurisconsulte, de copier quelques pièces au ministère de la justice. Au milieu du dossier que j'avais à transcrire se trouvaient une vingtaine de feuilles dans le format écolier, complètement recouvertes d'une écriture haute, grasse, d'une netteté parfaite, bien qu'un peu tremblée. J'écartai ces feuillets avec indifférence ce n'étaient là, pensais-je, que de vulgaires pétitions ayant mérité l'oubli dans lequel elles étaient plongées.
Mais un jour, en retournant un des feuillets, j'aperçus, au-dessous de la signature du pétitionnaire, ces mots en grosses lettres « ancien bourreau ». Intrigué, je me mis à lire le cahier sans désemparer, et je fus vivement intéressé par les détails nouveaux et curieux que j'y rencontrais. Une journée me suffit pour copier le tout.

Ces pétitions émanaient de Desmorest, l'aide de Henry Sanson. L'ancien bourreau, alors âgé de quatre-vingt-deux ans, s'était retiré dans son pays natal où il vivait avec ses huit enfants, dans la plus grande misère. Un député l'avait engagé à s'adresser au ministre afin d'obtenir quelques secours. Econduit une première fois, il était bientôt revenu à la charge, et pendant plusieurs années il n'avait cessé de poursuivre le ministre de ses réclamations et de remplir les cartons de ses suppliques. Grâce enfin à une haute protection, il avait obtenu les secours si longtemps attendus.

C'est dans ces curieuses pétitions que Desmorest raconte, dans un style coloré, la part considérable qu'il a prise dans les événements de la Terreur. Il s'arrête surtout complaisamment sur les incidents de Thermidor car, pour lui, l'exécution qu'il a faite de Robespierre est une sorte d'action d'éclat, dont le récit doit naturellement forcer l'admiration du ministre en même temps que provoquer sa générosité. Aussi, dans plusieurs de ses pétitions revient-il sur ce fait qu'il a rendu un immense service au pays. « En exécutant Robespierre, dit-il, j'ai sauvé mon pays. Tout Paris fut content d'être délivré de semblables monstres. On me félicitait, on m'acclamait partout. ».
Je ne relaterai ici, parmi les incidents de la vie de Desmorets, que ceux qui se rattachent uniquement à la personnalité de Robespierre, ces incidents empruntent, à de récents événements, un certain attrait d'actualité.

Desmorest naquit à Noyon, petite ville de Picardie, en 1772. Son père était exécuteur des jugements criminels au bailliage de cette ville et l'office de bourreau était strictement héréditaire. La perspective de recueillir une pareille succession l'effrayant beaucoup, il quitta la maison paternelle pour aller prendre du service dans le 7e régiment d'artillerie à Soissons. Il était là depuis huit ans, lorsque son père mourut. Le procureur du gouvernement fit alors demander aux autorités noyonnaises ce qu'était devenu l'enfant mâle du titulaire défunt. On interrogea la mère de Desmorest, elle répondit que depuis le départ de son fils elle n'avait jamais reçu de ses nouvelles, mais qu'un soldat lui avait dit qu'il était volontaire dans un régiment d'artillerie.
Le ministre Merlin, de Douai, donna ordre au général Moulins, commandant la place de Strasbourg, de rechercher Desmorest dans l'artillerie faisant partie de l'armée du Rhin. Il fut arrêté et conduit à Strasbourg devant le général qui lui délivra une feuille de route pour le ministère de la justice à Paris. En arrivant, il fut placé chez Sanson en qualité de premier aide. Il « travailla » pour la première fois à l'exécution d'individus de la fameuse bande des Chauffeurs de pieds. Demorest n'avait pas vingt-deux ans !

De taille imposante, poli et serviable, il se créa des relations dans plusieurs partis politiques, notamment dans le parti royaliste. Il connut intimement M. Legendre de Saint-Aubin, capitaine à la compagnie des Petits-Pères, lequel, un jour, fut arrêté sous l'inculpation d'avoir pris part aux complots de juin et d'août 1792. M. de Saint-Aubin était à la Conciergerie attendant son tour de guillotine. Desmorest, qui avait ses entrées libres à la Conciergerie et qui, de plus, était l'ami de M. Richart, le concierge de la prison du Palais de Justice, alla voir M. de Saint-Aubin la veille du jour où il devait être exécuté.
De concert avec M. Richart, Desmorest fit endosser un déguisement à M. de Saint-Aubin et il réussit à le faire passer à travers le poste et les sentinelles sans qu'il fût reconnu.

Quel était ce Legendre de Saint-Aubin ? Appartenait-il à la branche Rousselin de Saint-Albin, dont le fils, M.Hortensius de Saint-Albin, a publié, en 1873, un chapitre des mémoires de Barras sur le Neuf Thermidor ? Je note, pour les intéressés, un fait particulier. En 1802, Desmorest était à Nice en qualité d'exécuteur. Or, un jour, il vit arriver comme préfet M. du Bouchage, de Grenoble, et comme secrétaire de ce dernier M. de Saint-Aubin, l'évadé de la Conciergerie : « M. de Saint-Aubin, dit Desmorest, me reconnut le premier, il me témoigna une profonde reconnaissance et me promit pour toujours son amitié. Il maria lui-même ma fille à Saint-Goust après l'avoir fort convenablement dotée. »

On le voit, les Labussière n'avaient pas le monopole des évasions.

Le soir même, le bruit courut en ville que M. de Saint-Aubin s'était évadé et qu'il voyait les amis de Danton afin de préparer une réaction. On ne s'expliquait guère cette évasion, le Palais de Justice étant rempli de soldats et de surveillants et les issues en étant gardées par des sentinelles doubles. La rumeur publique accusa immédiatement le bourreau.

Six jours après, un hussard de Chamborant apporta à Desmorest un pli cacheté. A la lecture de l'adresse, le bourreau tressaillit, c'était l'écriture de Robespierre ! Que lui voulait le farouche dictateur ? Desmorest ouvrit la lettre.
Robespierre lui enjoignait de se rendre sur l'heure au Palais de Justice. Pourquoi ? La missive ne le disait pas. Troublé, effrayé par ces lignes entre lesquelles il lui semblait lire la sentence de sa condamnation, Desmorest se rendit au Palais de Justice. En entrant dans le greffe il trouva Robespierre et son frère, Saint-Just et Hanriot.

- Quel est le nombre des condamnés que vous guillotinâtes il y a six jours ? demanda Robespierre à brûle-pourpoint.
- Il n'y a que Fouquier-Tinville qui puisse répondre à cette question. Un réquisitoire en forme m'a été remis et tous ceux qui s'y trouvaient inscrits ont été exécutés. D'ailleurs, les fossoyeurs pourraient en rendre un compte plus exact.
- Oui, répondit Robespierre, mais ces misérables qui doivent, après chaque exécution, m'adresser un rapport écrit, ne l'ont point fait ce jour-là. Ils ont fouillé les poches des exécutés et ils y ont pris de l'argent qui leur a servi à se saouler. De plus, ils ont jeté de l'eau et de la chaux sur les corps en si grande quantité qu'il est actuellement impossible de distinguer les suppliciés récents des suppliciés anciens.

- Tous les condamnés portés sur le réquisitoire ont été exécutés.

- Mais une accusation grave pèse sur vous. Fouquier-Tinville me prévient que vous avez favorisé l'évasion de Saint-Aubin.

Desmorest voulut articuler une dénégation, Robespierre l'en empêcha d'un geste :

- Vous êtes un fourbe, dit-il, un monarchien (sic), un feuillant, un ennemi de la République, et comme tel votre vie m'appartient. Il y a en ce moment à l'Abbaye une vingtaine de conspirateurs de premier choix si vous voulez exécuter tout cela cette nuit même, vous serez sauvé, sinon vous subirez le sort réservé aux traltres.

- Au risque de perdre la vie je ne ferai pas cela, répondit Desmorest. Les exécutions nocturnes sont interdites ; elles ne doivent se faire qu'en plein jour, sur un lieu public et en vertu d'un réquisitoire à moi signifié à la suite d'un jugement de condamnation. Je ne me prêterai jamais à une pareille action.
- Il n'y aura ni jugement ni condamnation, dit Robespierre en se levant vers Desmorest et vous marcherez quand même. Sortez !

Desmorest tourna les talons et s'enfonça à la hâte dans les couloirs en se glorifiant d'en être quitte à si bon compte. Mais il avait à peine mis le pied sur la dernière marche du petit perron qu'on l'arrêta. C'était le 25 avril 1794.

On le jeta dans une des plus sordides cellules du Palais de Justice, qui servaient ordinairement aux forcenés. Deux hommes étaient chargés de le surveiller et d'empêcher qu'il ne communiquât avec qui que ce fût.

Trois mois après, le 27 juillet, à quatre heures du soir, un grand tumulte se produisit dans la cour du Palais de Justice.
On entendait des cris, des jurements, des appels, des menaces. Desmorest crut que sa dernière heure était venue quand tout à coup sa cellule s'ouvrit et M. Richart s'élança dans ses bras en disant : « Allez, vous êtes libre ! Ceux qui vous ont emprisonné sont emprisonnés à leur tour, le peuple vient de les amener ici. »

En effet, les Terroristes venaient d'être vaincus et la Convention, en décrétant leur mort, avait ordonné leur arrestation immédiate.

Dans la soirée, un hussard remit à Desmorest un pli cacheté lui ordonnant de faire édifier l'échafaud sur la place de la Révolution et de se tenir prêt pour la journée du lendemain. On transporta donc les bois de la place de Grève à la place de la Révolution. Je l'ai dit, ce fut Henry Sanson qui se chargea de ce soin.

Le lendemain, Desmorest fut sur pied de bonne heure. Il savait que le Tribunal se réunirait à dix heures et l'ordre avait été donné d'apprêter les condamnés au fur et à mesure qu'ils descendraient du prétoire. Il prit deux aides et se rendit à la Conciergerie. Ce ne fut que vers trois heures que le substitut Liendon invita le bourreau. à préparer Robespierre. Desmorest et ses aides pénétrèrent dans une cellule où ils trouvèrent le tribun couché sur un matelas, les yeux presque fermés, les bras étendus languissamment le long du corps. Robespierre essaya de se mettre sur son séant, mais il n'y parvint qu'avec le concours des deux aides. Dans cette position, la toilette était encore difficile ; on le plaça sur une chaise. Les aides dénouèrent délicatement les bandes de toile qui cachaient sa blessure et ils lui coupèrent les cheveux.

A cinq heures du soir, toutes les formalités étant remplies, on s'occupa de faire monter les condamnés dans les charrettes.

Il est inutile de rappeler les conditions horribles dans lesquelles eut lieu ce fameux convoi qui comprenait les deux Robespierre, Couthon, Saint-Just, Henriot, Lescot, Lavalette, Payan, Dumas, Vivier Simon et dix officiers municipaux. Il y avait deux blessés, un mourant, un cadavre, quinze anéantis et deux ou trois bien vivants, parmi lesquels Saint-Just.
Dans une charrette on jette ensemble le cadavre de Lebas, Saint-Just par devant, Robespierre par derrière, d'autres au milieu, foulant Couthon à demi mort.

Desmorest monte sur le devant de la charrette et le cortège s'ébranle vers le calvaire où tous ces malheureux vont expier leurs crimes sous le couteau même où dix mille de leurs victimes sont déjà tombées.

« Saint-Just était derrière moi, dit Desmorest, aussi debout, la tête haute, regardant la foule avec mépris. De loin en loin, dans les rues étroites, ou lorsque les huées de la foule semblaient s'apaiser, Saint-Just adressait la parole à Robespierre qui faisait mine de ne rien entendre. Robespierre, lui disait-il, tu n'as pas voulu suivre mon conseil et nous avons manqué notre coup. Les noyades, les mitraillades (sic), les guillotines, ce n'était pas cela qu'il fallait pour dompter cette affreuse canaille qui nous injurie maintenant. Il fallait donner l'ordre à nos partisans d'égorger le même jour, à la même heure, dans toute la France, cette armée noire (le clergé) qui nous a vaincus.
» Nous avons voulu nous partager la France et chacun de nous voulait avoir Paris dans son lot. Tu voulais tout accaparer, honneurs et profits ; à moi d'abord, disais-tu, aux autres ensuite, s'il en reste. De là le sujet de ces brouilles fréquentes que l'on nous a tant reprochées. Ah ! Hanriot avait bien prédit que nous finirions dans la boue. Allons, nous voici à destination. Toi, ne nous manque pas, dit-il en se tournant vers moi. »

On arriva place de la Révolution, où cent mille personnes attendaient l'arrivée du cortège. Les voitures n'atteignirent l'échafaud qu'avec beaucoup de peine. De temps à autre, un bruit sourd se faisait entendre, qui jetait l'effroi parmi les condamnés : c'était le couteau qu'un aide faisait fonctionner ! Desmorest se préparait à faire descendre Saint-Just, lorsqu'il reçut un ordre lui prescrivant de commencer par les moins connus et de réserver Saint-Just et Robespierre pour la fin.

Lorsque Robespierre parut sur la plate-forme la foule se mit à crier : « A bas le tyran, à mort le fourbe ! » Desmorest s'approcha de lui pour dénouer les bandes qui entouraient sa tête. Robespierre dit tout bas et avec difficulté, car sa blessure l'empêchait de parler :

- Est-ce bien nécessaire ?

- C'est indispensable, répondit Desmorest.

Et Robespierre ajouta presque furieux :

- Tu as de la chance, toi ; tu étais réservé pour le 8 août. Mon malheur fait ton bonheur. Prends ma tête, mais tu n'auras pas ma queue !

Cent ans après cette parole mémorable, la queue de Robespierre vient tout à coup de reparaître en la personne de M. Clemenceau, tant il est vrai qu'ils ont le don de prophétie ceux que la mort a frôlés de son aile.

Desmorest avait déjà détaché quelques bandelettes. C'était une besogne qui demandait des soins extrêmes. Après avoir enlevé les premiers linges, on ne voyait plus qu'un amas informe de sang et de charpie. Quelle serait l'issue de l'exécution si le couteau venait s'abattre, impuissant, dans ces linges humides ? Tout à coup Robespierre poussa un rugissement de douleur. Une bandelette venait de se détacher en entraînant une partie de la mâchoire. Jamais cri plus poignant, plus plein d'angoisse ne fut jeté par une créature humaine. Un frisson courut dans cette foule tout à l'heure insultante et gouailleuse, les cris cessèrent. Desmorest et ses aides remirent l'appareil en place en passant sous le menton une légère bande de toile qu'ils nouèrent sur le sommet de la tête.
Puis ils entraînèrent Robespierre vers la lunette. Cela n'avait pas duré trois minutes, mais quelles minutes !

Quelques auteurs ont accusé le bourreau d'avoir provoqué le cri de Robespierre en retirant brusquement l'appareil qui maintenait la mâchoire.
Dulaure a été le premier à lancer cette assertion. « J'ai toujours protesté, dit Desmorest, contre une accusation qui ferait de moi un être sans entrailles. J'ai pris toutes les précautions possibles pour éviter à Robespierre la moindre douleur et c'est malgré mes soins qu'une bandelette tomba, déplaçant une partie de la mâchoire du tribun. »

La guillotine chôma enfin.

« Tout Paris, dit Desmorest, fut content d'être délivré de semblables monstres ; on dansait dans les rues et sur les places publiques ; dans les prisons on chantait des cantiques. On me félicitait, on m'acclamait partout. »

Il est une chose que Desmorest ne dit pas, c'est la satisfaction qu'il dut éprouver en guillotinant Robespierre et Saint-Just.
Robespierre l'avait tenu prisonnier pendant trois mois quant à Saint-Just (qui était de Blérancourt, village à trois lieues de Noyon et qui connaissait bien la famille Desmorest), il avait fait mourir dans les prisons noyonnaises le père de Desmorest, parce qu'il avait dit un jour dans la rue qu'il mourrait volontiers pour son Dieu et son roi.

« Mais quelque temps après, continue Desmorest, tout changea de face. Les amis de Robespierre se réveillèrent et tentèrent un coup de main. Ils me poursuivaient de leur colère ; tantôt ils me battaient, tantôt ils me tiraient un coup de revolver. »
Il fit part de sa position à M. Lambrecht, ministre de la justice, qui le nomma exécuteur en chef des Alpes-Maritimes.

Desmorest resta à Nice jusqu'en 1814, époque où il fut commissionné pour le département de la Loire. Il occupait cette dernière charge depuis dix ans, lorsqu'il fut atteint d'une maladie de « contraction de nerfs » qui le força à résigner son emploi. Son successeur devait lui faire une rente de 1,400 francs, mais, ramené en 1848 au rang d'exécuteur adjoint avec un traitement de 1,200 francs, il ne put tenir ses engagements. C'est alors que Desmorest, sans aucune ressource, et chargé d'une nombreuse famille, adressa au ministre de la justice la série de pétitions que l'on connait.

Desmorest était, dans l'intimité, d'une grande douceur et d'une rare affabilité.
Un de ses contemporains me disait : « C'était un admirateur enthousiaste de la nature ; il parlait des fleurs, des arbres avec une tendresse émue. Pour les oiseaux surtout, il avait une prédilection marquée. L'aspect d'un animal mourant le jetait dans une syncope et il ne frappait jamais l'un de ses enfants que contraint et forcé ; encore tournait-il sa main sept fois avant de le faire. »

Il mourut le 25 avril 1857, à Noyon, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Coïncidence bizarre, Robespierre l'avait fait arrêter un 25 avril.

L'aîné de ses fils a été exécuteur à Bordeaux ; le dernier habitait encore Saint-Quentin il y a six ou sept ans.

Duchange.


Il est curieux que la Révolution qui avait aboli l'hérédité des charges n'ait pas aboli l'hérédité de la suprême charge d'exécuteur des hautes oeuvres !

Aux archives de Paris on ne trouve l'acte de décès que d'un seul Henry Sanson le 25 Nivôse An VI ou 14 janvier 1798 dans le 3ème ancien ; à la date du 4/7/1806 habituellement retenue rien. Charles Henry Sanson avait démissionné le 13 Fructidor An III soit le 30/8/1795. Seule la stèle tombale au cimetière Montmartre atteste de sa mort à Paris en 1806. Ce qui est sûr c'est que ce M. Duchange (qui est-ce ?) se trompe. François Joseph Desmorest était né à Compiègne et non pas à Noyon (mort à l'hospice des malades le 25/4/1857 acte 114 vues 396/397 ; son père s'appelait Joseph Desmorest et était beau-frère de Sanson semble-t-il).
Les Desmorest étaient bourreaux de Laon, de père en fils, depuis plus de deux siècles. Cf dynasties des Bourreaux de France.

J'ai corrigé l'orthographe Henriot, il s'agit du général François Hanriot (°1759-1794) guillotiné le 10 Thermidor ; quel crédit accorder aux écrits de Desmorest un demi-siècle après les événements qu'il raconte ? Chacun jugera. Une révolution sociale c'est une époque où les âmes sont à nue ... capables du meilleur comme du pire puisque les conventions sont renversées. Théâtre dans la rue, théâtre sur la scène : tout est passion et déraison.

A la Cour de Versailles le théâtre a lieu en vase clos sous les yeux sagaces du duc de Saint-Simon, on respecte les formes du langage et le vêtement est soigné mais la cruauté n'est pas absente et l'on chasse les rivales et l'on mouche les importuns.

A Paris en 1789 c'est le gros de la troupe qui est formée par le peuple avec les petits procureurs à tous les coins de rue, les clubs où l'on enrage contre ses propres insuccès. Le désordre va croissant jusqu'à l'acmé de la Terreur qui saoule les spectateurs.

Par exemple je doute fort que Desmorest ait fait s'évader M. de Saint-Aubin sans avoir touché de l'argent pour cela ; dans les prisons de la révolution tout était négociable à prix d'or.

Les bourreaux sont des parias qui pratiquent l'endogamie dans la société d'ancien régime ; autant dire que leur parole a une valeur très faible. Un bourreau fréquentant la société royaliste ce serait une étrangeté. Le mieux à faire pour un exécuteur des hautes et basses oeuvres s'il veut conserver sa place c'est de garder le silence et d'être un exécutant fidèle et muet.


Ce Le Gendre de Saint-Aubin appartenait à la même famille que Gilbert-Charles Le Gendre marquis de Saint-Aubin-sur-Loire (°1688-1746) auteur du Traité de l'opinion, ou Mémoires pour servir à l'histoire de l'esprit humain, qui date de 1733 et eut un beau succès de librairie et marqua son temps (c'est Fontenelle qui sur ordre du Chancelier lut l'ouvrage et donna l'autorisation d'impression). Il avait été maître des requêtes ordinaire. Il a publié plusieurs autres ouvrages notamment en 1739 sur les Antiquités de la nation et de la monarchie française mais sans y rencontrer le même écho.

Il était le fils de Charles Le Gendre, seigneur de Saint-Aubin-sur-Loire et de Marguerite Vialet de la Forest. Marquisat par lettres patentes d'avril 1718 enregistrées au parlement le 5/12/1719. Comtes d'Onz-en-Bray et seigneurs de Lormoy.
Ses armes : d'azur, à la faune d'argent, accompagnée de trois têtes de jeunes filles de carnation, chevelées d'or, posées de front 2 et 1, sur un écu antique sans timbre ni supports.


Sous les IIIème, IVème et Vème républiques, il y avait un seul exécuteur des hautes oeuvres nationales, il était donc appelé à voyager pour guillotiner nationalement les condamnés ; quand il déjeunait ou dînait dans une auberge, il restait absolument seul à sa table personne n'ayant envie de partager son repas avec un bourreau.


Le Temps du 24/8/1894 :

L'Agence nationale raconte qu'un ex-bourreau, M. Eugène Demorest, âgé de 83 ans, mis à la retraite à l'époque où il fut décidé qu'un seul exécuteur exercerait dans toute la France, vient de mourir.
M. Demorest, qui était bourreau à Aix et à Bordeaux, s'est éteint hier, dans le logement qu'il habitait, 16, cours de Vincennes. Il vivait là d'une modeste pension de 1,300 francs. Il vivait seul, complètement retiré.


L'orthographe est légèrement fausse puisque le vrai nom patronymique de la lignée est Desmorest ; Paris, 12ème (acte 3494 vue 15) le 22/8/1894 Henry Charles Démorest, mort à 83 ans, comptable, né à Saint-Mihiel (Meuse) le 11/8/1812 (acte 104 vue 146), mort 16 Cours de Vincennes ce jour, fils de Hyppolite Démorest et de Anne Pictet, veuf de Sophie Claire Deville.
Les témoins de la naissance sont Christophe Pictet, 57 ans, exécuteur des arrêts criminels du département de la Meuse, aïeul maternel et Pierre Spierkel, aide-exécuteur, 29 ans, résidence à Luxembourg, oncle maternel de l'enfant.

Comme on le voit même l'acte de décès n'ose pas indiquer la véritable fonction passée.
Pictet, Spierkel ou Bickler : l'orthographe varie probablement parce que les membres de la famille veulent disparaître de la circulation selon les époques vu le renom de leur fonction.

Duchange est certainement le pseudonyme d'un qui veut donner le change ; toujours est-il qu'il a donné dans Le Figaro littéraire du samedi 26 septembre 1891 un autre article sur la même période de la Convention :


LA MAITRESSE DE ROBESPIERRE

Lorsque Robespierre vint habiter chez les Duplay après le massacre du Champ de Mars, la famille de ses hôtes se composait d'un fils âgé de dix-huit ans, et de quatre filles, Sophie, mariée à un magistrat d'Issoire ; Victoire, qui ne se maria jamais ; Elisabeth, qui épousa plus tard le conventionnel Lebas, et enfin Eléonore.

Eléonore Duplay avait alors vingt-cinq ans. Elle était plutôt jolie que belle. Sa figure, charmante et fière à la fois, était encadrée par des cheveux blonds aux boucles ondées qui laissaient à découvert un front pur mais dont la saillie annonçait une volonté virile et l'acharnement obstiné dans les violentes déterminations. Son organe et son regard avaient cette expression de tristesse et de mélancolie qui semble présager quelque chose de fatal dans un avenir prochain. Son teint avait des éclats lumineux qui semblaient rayonner autour du visage en adoucissant les lignes légèrement accentuées des traits.

Elle portait une toilette des plus simples par égoïsme de coquetterie. Une robe de toile, légère comme des ailes de papillon et serrée à la taille par un large ruban, un fichu de mousseline laissaient deviner, plutôt qu'ils ne dessinaient, toute la grâce et l'élégance des formes. Pour coiffure un bonnet de linon surmonté d'une cocarde tricolore.

J'achèverai de peindre mon héroïne en disant qu'elle avait reçu une double éducation, celle qu'on lui avait donnée, celle qu'elle s'était donnée possédée du désir d'apprendre et de pénétrer l'inconnu de la vie des femmes, elle dévorait dans la modeste bibliothèque paternelle, où ils s'étaient égarés, les ouvrages de morale et d'économie politique, tous les traités spéciaux qui ne s'adressent qu'à l'homme, enfin tous les livres qui sont généralement regardés par les jeunes filles comme profonds, sérieux, opiacés, destinés à être reliés et à ne jamais être ouverts.

Telle était la femme qui avait conçu pour Robespierre l'amour le plus vif, en même temps que le plus inexplicable. Je dis inexplicable, parce que le célèbre tribun ne devait pas le privilège de cet amour virginal à de brillants avantages physiques ou intellectuels : tout était simple et vulgaire en lui, maintien, costume, sentiments. Son visage allongé en museau de fouine avait cette pâleur nerveuse qui annonce la santé du corps, mais qui dénote surtout la maladie incurable de l'âme et met dans un relief saisissant la flamme des plus indomptables passions.

L'énergique ciselure de ses traits, l'acuité perçante de son regard paraissaient appartenir beaucoup plus à la diplomatie du tartufe qu'au calme et à l'indifférence de l'homme « incorruptible ». Toujours simplement mais médiocrement vêtu, ses allures étaient celles d'un conquérant qui croit à chaque pas prendre possession de la terre qu'il foule. Il avait le geste dominateur et une parole nette et incisive peu indulgente à la contradiction.
Son esprit bizarre dans son originalité se composait de réminiscences çà et là recueillies dans l'Emile ou le Contrat social, et comme il savait toujours bien choisir ses citations, il laissait croire qu'il les inventait.
Il parlait seul en marchant dans la rue, comme sous l'énervante obsession d'un esprit familier ; quand on le rencontrait ainsi allant aux Jacobins ou à l'Assemblée, chacun lui ôtait son chapeau, de peur qu'il ne lui ôtât la tête.

Il faut dire que sa voix avait une douceur inexprimable et que, quand il parlait, sa figure était sculptée sur toutes les lignes par le feu intérieur de la passion. Les femmes, les dévotes qui l'entouraient et qui le suivaient jusqu'à la Convention ne s'expliquaient pas le charme sensuel et mystérieux qu'elles éprouvaient en l'écoutant. Un effluve magnétique semblait jaillir de ses lèvres et réveillait en elles des émotions confuses d'une vision d'amour ou d'un songe évanoui avant les lueurs du matin.

En résumé, avec ses apparences sévères et graves, avec sa rhétorique sentimentale, sa pâle et triste mine, il inspirait confiance : c'est tout le secret du culte dont il fut l'objet de la part des femmes, tout le secret de l'amour qu'il fit naltre dans le cœur d'Eléonore Duplay.

Cette liaison demeura-t-elle sur le pied d'une douce et innocente intimité ; un mariage secret fut-il contracté entre les deux amants, Saint-Just ayant dû servir de témoin ; les amoureux se contentèrent-ils d'habiter ensemble, attachés par les liens légers d'une union verbale et tacite ? On me permettra de ne point prendre parti dans une question aussi controversée. J'estime, d'ailleurs, que la solution de ce problème, fût-elle même obtenue dans le sens le plus favorable à la mémoire de Robespierre, n'ajouterait pas un fleuron à la couronne que les défenseurs amateurs du « bloc » s'obstinent à poser sur le front du féroce victimaire.

Eléonore partageait régulièrement son temps entre l'étude de la peinture et les soins intérieurs du ménage. Tous les deux jours de chaque décade on la voyait se diriger sur le Louvre en traversant le jardin presque désert des Tuileries : elle allait au cours de Regnault, le célèbre peintre, qui disputait alors au non moins célèbre David le sceptre du talent. L'atelier du maître qui nous a laissé le chef-d'œuvre l'Education d'Achille, était situé dans la galerie du Louvre donnant sur le quai, au-dessous du Muséum ; on y accédait par un couloir qui débouchait sur la rue Froid-Manteau.

Là, trente jeunes filles et femmes de quatorze à vingt-cinq ans se réunissaient tous les jours pendant de longues heures et agitaient sur des palettes « à la Rubens » (?) des pinceaux reproducteurs.
C'était un véritable parterre nuancé, brillant, remuant, vaporeux ; tous les charmes, toutes les séductions.

Une longue frange de cheveux noirs et blonds coupés à la grecque ou noués à la romaine bordait admirablement les copies des chefs-d'œuvre classiques. Des groupes de figures virginales animées par le feu de l'art, de jeunes femmes colorées d'une pensée de gloire s'épanouissaient à l'ombre du ci-devant palais des rois, et leurs yeux en descendant des formes du modèle sur la toile de leurs chevalets avaient parfois une distraction profane à donner au rare passant égaré dans la cour du Louvre.

A deux heures, la séance était suspendue. Alors trente voix, échappées de leurs claviers de perles, lançaient au ciel des roulades de notes fraîches et sonores. C'était un chaos tumultueux de paroles, les réponses arrivaient avant les demandes, l'ordre oratoire était interverti, les points d'interrogation se croisaient au vol et tombaient sur le parquet en perdant leurs formes. Quand le chœur des élèves dépassait le diapason normal, le bon Regnault essayait d'arrêter la verve folle des jolies mutines, mais le chœur se révoltait doucement contre les interruptions paternelles et continuait à s'ébattre dans une gaieté délirante.

Du milieu de ce brillant parterre émergeaient quatre ou cinq fleurs dont les étincelantes corolles jetaient leur éclat sur tout l'atelier, comme des touffes de roses dans un champ de marguerites.

Il y avait d'abord Adèle Tornezy, une brune charmante avec des traits d'une délicatesse exquise, des yeux d'un bleu vif comme le noir, des lèvres veloutées où le sourire et la parole se confondaient toujours ; son joli minois a servi de modèle à Regnault pour son tableau les Trois Grâces ; il y avait de Longueville, aristocrate fort distinguée, la plus influente de l'atelier ; le maître a immortalisé ses traits dans le tableau la Volupté ; il y avait Vallière, la plus belle de toutes ; quoique très jeune encore, elle avait acquis tout le développement merveilleux que la nature donne aux femmes parfaites : la vie circulait avec exubérance sur ce corps superbe qui avait les formes des divinités olympiennes c'est Vénus désarmant le Dieu Mars. Il y avait encore Mme Mongez, une attrayante blonde de dix-huit ans, fraîchement mariée au savant médailliste de ce nom. Il y avait enfin Mlle Hémery que Regnault surnommait « la belle Génoise » ; elle avait dix-huit ans, on n'avait jamais vu de plus beaux cheveux noirs que les siens sur un front aussi pur, un plus beau teint sur un visage angélique. Pendant les mois les plus sombres de la terreur, elle habitait Saint-Denis avec sa mère dont la taille sévère et classique, les cheveux de l'école de Venise avaient, quelques années auparavant, mis en émoi tout le quartier du Marais.
« S'il y a des femmes de cette beauté à Saint-Denis, disait Regnault dans une réunion intime, je ne m'étonne point que saint Denis ait porté sa tête dans cet endroit pour la perdre ». Mlle Hémery se maria vers 1800 et publia des Souvenirs de la Terreur et des notices historiques sur Cambrai, sa ville natale.
Je m'appesantis à dessein sur ces détails, parce qu'ils sont tout à fait inconnus et qu'ils ajoutent des faits nouveaux à la biographie de Regnault, le peintre qui représente cet élément de clarté, de naturel, de facilité qui a établi la réputation de l'école française.

On conçoit facilement que mêlée a ce petit monde aristocratique, fier, hautain, léger, celle que l'on appelait avec malveillance « madame Robespierre », ne pouvait être qu'un élément étranger, un trouble-fête.

Eléonore le comprenait bien ; aussi elle se tenait prudemment à l'écart et évitait de sympathiser étroitement avec des compagnes dont elle n'avait ni la distinction, ni les goûts, ni la position sociale.

Les plus jeunes élèves, restées dans l'ignorance de sa liaison avec le tribun, étaient seules à témoigner à Eléonore une réelle amitié ; sa gravité leur en imposait, la franche rudesse de ses expressions les effarouchait, mais sa bonté les attirait, la bienveillance de son sourire et la sagesse de ses conseils les retenaient auprès d'elle et les y fixaient. Les anciennes, « les dames », comme on les appelait, éprouvaient pour Eléonore un secret sentiment de mépris qu'elles dissimulaient adroitement sous un masque d'emprunt où se ciselaient avec effort les lignes de l'affection et de l'amitié.
Eléonore se croyait aimée, elle n'était que redoutée, dit mademoiselle Hémery, dans des notes curieuses qu'elle nous a laissées. Excepté quatre ou cinq élèves, chacun s'empressait de lui plaire, de la consulter, de prévenir ses désirs ; les petits soins qu'on lui prodiguait contrastaient singulièrement avec la fierté aristocratique de quelques-unes de nous.
Tout discours sur les affaires publiques nous était sévèrement interdit par M. Regnault. Il était impossible que cette recommandation fût exactement observée ; jeunes filles, cœurs d'artistes, c'était double sensibilité.

Toutes les charrettes qui conduisaient au supplice les malheureuses victimes du tribunal révolutionnaire passaient sur le quai sous les fenêtres de l'atelier. Le jour de l'exécution de Charlotte Corday, elles avaient jonché de roses effeuillées le chemin, la via dolorosa que devait suivre le convoi ; à la mort de Marie-Antoinette, elles avaient porté pendant neuf jours des bouquets de scabieuse et d'ancolie en signe de tristesse et d'expiation. Nous versions des larmes à ce spectacle, des témoignages d'indignation, des paroles véhémentes contre les assassins s'échappaient de notre bouche, mais c'était toujours en l'absence d'Eléonore, moins exacte quoique l'une des plus studieuses.

Lorsqu'elle apparaissait à l'improviste, le silence le plus profond succédait spontanément aux discussions les plus vives.
Eléonore, le front soucieux, s'asseyait devant son chevalet, travaillait sans parler ; bientôt on l'entourait, on l'accablait de questions sur sa santé. Je m'indignais intérieurement de ces flatteries qu'Eléonore paraissait mépriser, lorsqu'un instant avant j'avais entendu parler de cette fille avec dédain, critiquer sa mise d'une extrême simplicité qui contrastait avec nos costumes et nos tuniques antiques.

Mais au premier sentiment de dédain inspiré par Eléonore à ses compagnes pendant les premiers temps de son union avec Robespierre, succéda bientôt un autre sentiment plus équitable de reconnaissance et d'admiration. Divers événements dont, en peu de jours, l'atelier fut le théâtre, eurent pour résultat de ramener à la raison ces cervelles volages et de leur faire constater que depuis la promulgation de la loi sur les suspects, Eléonore s'était instituée le gardien, la providence, l'ange tutélaire de l'atelier, et qu'elle couvrait héroïquement de son aile toutes ces têtes fraîches, charmantes et embaumées que le bourreau ne demandait qu'à épouser dans un épouvantable hyménée. C'était grâce à sa générosité, à son dévouement que les trente familles représentées à l'atelier par les plus chéris de leurs membres, avaient pu échapper comme par miracle aux poursuites réitérées du tribunal assassin.

Je pourrais multiplier ici les preuves touchantes du sublime dévouement dont Eléonore fit preuve envers ses camarades d'atelier ; je ne citerai que deux faits : ils suffiront à peindre un côté de cette sympathique figure oubliée par tous les historiens de la Révolution. On a écrit des centaines de livres sur les femmes de cette étrange époque ; nous connaissons notamment dans ses moindres détails le roman poétique et touchant de Lucile Desmoulins ; Eléonore seule est restée dans l'ombre.
Pourquoi ? Ah ! c'est qu'elle ne fut qu'aimante et fidèle : deux qualités qui donnent une place dans le ciel, mais ne donnent pas une seule place dans l'histoire.

Ici, je passe de nouveau la plume à Mlle Hémery qui fut le témoin oculaire des scènes qu'elle raconte.

Ayant besoin pour un de ses tableaux d'une barbe classique, Regnault laissait pousser la sienne depuis trois années. On ne pouvait en imaginer une plus noire, plus épaisse, mieux frisée. Les grandes élèves s'extasiaient à la vue de cette barbe qui effrayait les jeunes, assez dépourvues de goût pour préférer Apollon à Jupiter. La barbe de Regnault devint pour David, ennemi du peintre depuis de longues années, un moyen de persécution. Dans une séance du club des Jacobins, David dénonça la barbe séditieuse et fit voter, séance tenante, un ordre d'arrestation contre Regnault.

Eléonore, prévenue à temps de cette décision par une confidence involontaire de Robespierre, fit passer un mot anonyme à Regnault pour avertir du danger qu'il courait et l'engager à couper sa barbe, ce qu'il fit sans désemparer.

Le lendemain, lorsque le maître vint donner sa leçon, nous jetâmes toutes un cri d'étonnement. M. Regnault était rasé ! Je surpris sur les lèvres d'Eléonore une exclamation de joie.
L'épaisseur de la barbe s'étant opposée pendant trois ans à l'action de l'air sur l'épiderme, son menton et la moitié de son visage étaient d'un blanc mat tout à fait en opposition avec la couleur brune et sanguine du haut de la figure. On croyait voir un demi-masque de Pierrot. Eléonore seule ne riait pas ; elle attendit que M. Regnault regardât son ouvrage pour lui dire gravement : « Ces folles-là trouveraient des échos ; permettez que j'achève votre toilette. » Le sérieux avec lequel elle prononça ces mots frappa M. Regnault et nous rappela à la raison. Je ne sais quel mélange d'indigo et de bistre elle avait tiré d'une boîte à pastels ; elle passa sa main sur le menton de M. Regnault. La solution de couleur qui avait provoqué nos railleries disparut si bien qu'au premier coup d'œil on ne distinguait plus la trace de la barbe. Eléonore parut se recueillir en elle-même avec délices.

Cet incident avait prolongé la leçon ; elle durait encore lorsque Mme Regnault accourut, jetant des cris, disant à son mari de se sauver, qu'on avait été dans son atelier pour l'arrêter ; que, ne l'y trouvant pas, la force armée cernait la rue Froid-Manteau, qu'on avait sommé d'ouvrir pour faire une visite domiciliaire. M. Regnault, aussi éperdu que sa femme, nous priait de le cacher. Nous étions toutes livrées au désespoir. « Vous avez tort, dit fièrement Eléonore, c'est sans doute une méprise on n'oserait jamais arrêter un artiste tel que vous. » Son air prophétique nous rassura et rendit à M. Regnault son énergie.
« Je suis de votre avis, dit-il avec une dignité et un geste romains, je vais me livrer aux sbires de David, nous verrons s'ils oseront m'empêcher de terminer le tableau que m'a commandé la Convention. » (Le Génie de la Liberté planant sur la France, exposé au Salon de 1794.) Sans écouter les cris de sa femme qui s'évanouit, M. Regnault descendit dans son appartement. Eléonore seule s'échappa tandis que nous prodiguions des soins à Mme Regnault. Au bout d'un quart d'heure qui nous parut un siècle, Eléonore remonta précipitamment : sa figure rayonnait, ce qui n'était pas habituel. « Rassurez-vous, mesdames, nous dit-elle, on n'en voulait qu'à la barbe de notre maître : il ne sera pas arrêté. »
Effectivement, il entra presque immédiatement, s'unit à nous pour ranimer sa femme.
« Je ne sais, dit-il, qui m'a rendu le service de m'engager par un écrit anonyme de faire couper ma barbe, mais sans l'ingénieuse idée de Mlle Eléonore, il est probable que je n'aurais pu donner le change, tandis qu'il est bien constaté que je ne suis pas l'homme barbu désigné dans le mandat d'amener quoique les noms fussent les miens, le signalement a prévalu. Le brigadier m'a assuré poliment que je ne serais plus exposé à semblable méprise. »
L'atelier fêta, par un bal improvisé, la délivrance du maître.

Le second trait n'est pas moins touchant : il eut pour héroïne une des compagnes d'atelier d'Eléonore.

Un jour, Vallière arrive à l'atelier la figure décomposée, les yeux rouges ; elle court à moi, m'embrasse, me dit adieu, qu'elle va mourir. Effrayée, je la questionne, elle me raconte en sanglotant que le comité révolutionnaire de sa section a envoyé à ses parents l'ordre de la faire monter sur un char, qu'elle était désignée pour représenter la déesse à la Fête de la Jeunesse. Faute d'obéir, la famille serait déclarée suspecte et incarcérée. Le désespoir de Vallière se communiqua à toutes nos compagnes, ses parents avaient dit qu'ils aimeraient mieux la voir morte que déesse, Vallière se persuadait qu'elle devait mourir.
Mille idées plus extravagantes les unes que les autres furent émises pour parer le coup fatal. Guilbert lui proposa de se défigurer comme la fille du bourgeois de Manosque. En 1516, François 1er allant en Italie passa par Manosque. Les clefs de cette ville lui furent présentées par la fille d'un bourgeois chez qui il logeait. La jeune personne plut au Roi qui ne put le lui cacher. Mais comme elle avait autant de vertus que d'attraits, pour sauver son honneur, elle fit brûler du soufre sur des braises ; la fumée à laquelle elle exposa s'imprégna sur son visage au point de la rendre méconnaissable. Ce trait d'héroïsme nous fit rire malgré notre chagrin. Une autre l'engageait à se cacher. Eléonore arriva : je lui racontai le sujet de nos débats. Je savais qu'elle aimait Vallière, ses larmes le prouvèrent. « Je suis étonnée, dit-elle, qu'ils n'y aient pas pensé plus tôt, elle est si belle ! Je ne vois qu'un moyen de parer à cet ordre absurde. Vallière, dites à votre mère de paraître enchantée du choix du comité ; qu'elle aille demander au président le costume que vous devez mettre. Faites confectionner ce costume dans votre magasin, faites-le voir à tous les voisins, affectez de la joie, que vos ouvriers chantent la Marseillaise. Puis, décadi matin, prenez trois grains d'émétique ; lorsque le cortège viendra vous prendre, il sera facile de prouver que vous êtes malade. Du reste, soyez tranquille, je vous assure qu'on ne vous demandera plus. »

Tout s'exécuta selon l'avis d'Eléonore. Notre gentille compagne garda le lit deux ou trois jours sans être malade ; le comité révolutionnaire fut complètement dupe de la ruse, et une honnête fille ne fut pas exposée aux regards impudiques des immoraux mythologues républicains.

On a fait remarquer avec beaucoup de raison que si les femmes, dès le commencement, ajoutèrent une flamme nouvelle à l'enthousiasme révolutionnaire, en revanche, sous l'impulsion d'une sensibilité aveugle, elles contribuèrent de bonne heure à la réaction, et lors même que leur influence était la plus respectable, préparèrent la mort des partis.
Lafayette est arrêté dans son œuvre par l'influence des femmes flatteuses qui l'enlacent. Les Girondins sont gravement compromis par les femmes ; on connaît les courageuses imprudences de Mme Roland. Le génie de Vergniaud s'endort et s'énerve aux sons trop doux de la harpe de Mme Candeille.

Robespierre est vraiment frappé à mort par une femme, et cette femme n'est ni Catherine Théo, ni Mme de Saint-Amaranthe, ni la Cabarrus, comme on l'a soutenu, c'est Eléonore Duplay, sa propre maîtresse.

Certes, elle est neuve cette thèse qui impute à Eléonore Duplay l'origine du 9 thermidor, et elle provoquera peut-être un sourire de pitié chez les graves écrivains qui se disent historiens. Mais je n'écris pas cette notice pour les historiens : ils sont habitués à voir de haut les affaires de ce bas monde, et lorsqu'ils veulent expliquer un événement qui a changé la face du pays, ils cherchent par-dessus les nuages la cause qui est à leurs pieds.

Est-ce que l'histoire ne nous montre pas à chaque page que tout accroc, tout déchirement social a été fait par l'ongle d'une femme ? Trois femmes résument l'histoire romaine : Lucrèce qui tue la royauté, Virginie les décemvirs, Cléopâtre la république. En 1527, l'amour d'une quatrième femme, d'une princesse française, rend le connétable de Bourbon traître à sa patrie et lui fait détruire Rome qui restait encore debout moins ses Romains.

Toutes les histoires ressemblent à celles-là, et l'histoire du 9 thermidor ne s'écarte pas de la loi commune : une femme prépare le 9 thermidor et fait échouer Robespierre sur un écueil de satin.

La Terreur est surtout personnifiée par Robespierre et Fouquier-Tinville, dont on a essayé vainement de pénétrer les âmes impénétrables. Or, ces deux hommes avaient mis trente millions de têtes françaises sur le tapis du Comité de Salut public, et ils avaient prétendu enchaîner les destins avec de profondes et invincibles combinaisons politiques ; toutes les éventualités de gain et de perte étaient prévues et enlevées au hasard et rectifiées au besoin par le couteau de l'abattoir. Une petite femme qu'ils n'avaient pas prévue se jeta dans la partie sous le nom d'Eléonore Duplay et renversa les calculs infernaux des terroristes avec une phrase imprudemment lâchée.

Vers la fin de février 1794, une jeune et belle « élève-peintre », effrayée par l'enseignement absolu de David, quittait l'atelier du maître et prenait place dans celui de Regnault, dont on vantait la pureté et la facilité du dessin, le charme du pinceau en même temps que la grande vigueur d'exécution. L'histoire ne nous a pas conservé le nom de cette jeune fille ; nous savons seulement qu'elle était la maîtresse de Billaud Varennes. Eléonore Duplay et la jolie transfuge firent bientôt connaissance et se lièrent d'une véritable amitié. Cette liaison ne fut pas exempte de nuages, et un jour, dans une querelle de rivalité, Eléonore menaça la maîtresse de Billaud-Varennes de faire inscrire son nom et celui de son amant sur le calepin rouge de Robespierre.

On va le voir, cette parole devait être fatale au terroriste.

Etrangement frappée du propos d'Eléonore, la maîtresse de Billaud, plus rusée que Mlle Duplay, fit les avances d'une touchante réconciliation pour arriver à la découverte d'un secret qui l'intriguait vivement et qui pouvait être de la plus haute importance pour son amant. Le fils aîné Duplay lui faisait une cour assidue dont elle avait jusque-là repoussé dédaigneusement les hommages. Elle profita de cette circonstance pour promettre une légère faveur en échange de la confidence dont elle avait besoin.
Le fils Duplay ne pouvait la satisfaire, car il était tenu à distance par Robespierre et même par sa sœur. Mais la passion le rendit ingénieux ; il s'adressa à un sacripant nommé Renard, membre influent de la garde occulte dont Robespierre se faisait suivre partout. Ce Renard déployait un grand zèle dans son métier : il possédait à ce titre l'amitié d'Eléonore. Il n'eut pas de peine à en obtenir les renseignements désirés. Eléonore avoua que Robespierre notait véritablement les noms des députés suspects sur des tablettes reliées en maroquin rouge, garnies de plaques d'argent avec un fermoir de même métal. Ce redoutable portefeuille ne le quittait jamais et reposait soigneusement dans une poche déguisée sous le revers droit de son habit.

Billaud-Varennes, informé de cette singularité, se hâta d'en instruire ses plus proches amis tels que Vadier, Fouché de Nantes, Garnier (de l'Aube) et Tallien.

Tallien, perdu de dettes à Paris, avait exercé à Bordeaux une mission proconsulaire. Il s'y était livré à tous les déportements de sa vile nature et en avait ramené une belle femme, Thérèse Cabarrus, dont l'influence avait souvent adouci ses excès. Dénoncé au Comité de Salut public par des patriotes qu'il avait enveloppés maladroitement dans ses proscriptions, il était revenu à Paris pour détourner l'orage. Sa maîtresse avait été arrêtée, détenue dans les prisons du Luxembourg, elle attendait le supplice comme Tallien attendait à son tour une arrestation imminente. Quoique taré, Tallien n'était pas sans courage. Il acceptait de mourir à condition de se venger. Dans le trouble de ses esprits, il proposa à Vadier d'administrer une potion narcotique à Robespierre ou de lui faire enlever ses tablettes par un habile coupeur de bourses mais ce projet n'était pas exécutable. Vadier alla trouver Carnot pour prendre conseil. Carnot était un homme de génie dans ses attributions militaires, mais en politique il n'avait pas une idée. La confidence de Vadier le jeta dans la stupeur et ne lui inspira pas le moindre stratagème habile pour s'emparer du sinistre calepin.

Le hasard fit alors ce que les combinaisons ne pouvaient produire. Couthon donna tout à coup un grand festin auquel il invita précisément les députés qui devaient tomber dans les pièges de Robespierre. C'était dans les premiers jours de juillet. Billaud-Varennes, Carnot, Vadier, Garnier (de l'Aube) s'y trouvaient réunis. La chaleur était excessive, chacun se mit à l'aise et quitta son habit dans le salon de Couthon avant de passer dans la salle à manger.

Carnot, dès qu'il a vu Robespierre se déshabiller sans défiance, forme rapidement le projet de risquer le tout pour le tout. On servait la soupe quand il fait la grimace, feint d'éprouver une violente colique, sort et se dirige vers la chambre à coucher. Mais, s'arrêtant dans le salon et assuré de n'être point suivi, il s'empare du vêtement de Robespierre, va à la poche indiquée, saisit le calepin, l'ouvre à la hâte et aperçoit son nom parmi quarante autres. Il remet le tout en place, quitte rapidement le salon, revient dans la salle à manger par une autre issue et pâlit en s'apercevant que Robespierre n'y est plus. Où est-il ? Couthon répond, sans remarquer l'embarras de Carnot, que Robespierre a eu froid et qu'il est allé se vêtir. Il rentre en effet et se remet à table sans que ses traits impassibles décèlent aucun soupçon.
Mais Carnot en a trop vu pour conserver de l'aplomb, sa tête est en feu ; la présence de Robespierre le fascine comme une tête de Méduse : il a besoin d'air et d'espace ; il faut surtout qu'il débarrasse son cœur du poids qui l'oppresse. Avant le second service, il feint de ressentir une nouvelle indisposition et s'esquive pour ne plus revenir.

Ses premiers pas le conduisent au hasard et ce hasard le met en face de Tallien dont le nom figure sur la liste fatale. Il lui confie ce qu'il vient d'apprendre. « J'en étais sûr », s'écrie Tallien qui l'entraîne aussitôt chez Legendre, chez Barras, chez Fréron, chez Bourdon de l'Oise. La terrible nouvelle n'est plus une feinte, mais le plus profond silence est l'unique garantie de salut qui reste aux têtes proscrites.

Sur ces entrefaites, Tallien, le 7 thermidor au matin, reçut de sa maîtresse cette lettre justement célèbre :

« L'administrateur de police sort d'ici. Il est venu m'annoncer que demain je monterai au tribunal, c'est-à-dire à l'échafaud. Cela ressemble bien peu au rêve que j'ai fait cette nuit ; Robespierre n'existait plus et les prisons étaient ouvertes mais grâce à votre insigne lâcheté il ne se trouvera bientôt plus personne en France pour le réaliser. »
Ce laconique billet augmenta l'énergie de Tallien et lui donna de l'audace pour la lutte suprême. Il comprit que le seul moyen de sauver sa maîtresse, de sauver ses amis, de se sauver lui-même était de renverser Robespierre.

« Qui ne se rappelle les détails de cette mémorable séance du 9 thermidor, la plus dramatique de toutes celles de la Convention ? Les députés debout depuis le matin rendus à l'assemblée avant l'heure ordinaire et parcourant les couloirs en tumulte ; Tallien qui, à l'une des portes de la salle, encourage ses collègues et s'écrie quand Saint-Just se dirige vers la tribune : « C'est le moment, entrons ! » l'anxiété de tant d'hommes qui vont jouer leur tête, l'émotion des spectateurs de ce grand combat, le silence précurseur de l'orage, puis le discours menaçant de Saint-Just, la réplique de Tallien, l'hésitation des députés, les gradations de leur audace, leurs applaudissements d'abord timides, un moment après enthousiastes lorsque Tallien s'écrie :

« J'ai vu se former l'armée du nouveau Cromwell et je me suis armé d'un poignard pour lui percer le sein si la Convention n'avait pas le courage de le décréter d'accusation. ».

Les imprécations retentissent de toutes parts.

« Ah ! qu'un tyran est dur à abattre » s'écriait Fréron.

Enfin, le décret de mise en accusation était rendu contre les deux Robespierre, Couthon, Saint-Just, Lebas. Ces hommes inspiraient encore une telle terreur que les huissiers de la Chambre n'osaient pas se présenter pour les traduire à la barre. Le cri « A la barre ! » devint bientôt général. Les cinq accusés finirent par y descendre.

Le lendemain, Robespierre montait à l'échafaud.

La famille Duplay fut emprisonnée le 9 thermidor ; Eléonore fut relâchée quelques temps après avec son père. La mère Duplay, enfermée à Sainte-Pélagie avec des femmes de mauvaise vie, s'était pendue à la fenêtre de sa prison.

Eléonore mourut sous la Restauration ; elle avait conservé précieusement un médaillon de Robespierre modelé par Collet où se trouvaient reproduits les traits de celui dont elle s'était toujours considéréa comme la veuve.

Duchange.


Il s'agit de Jean-Baptiste baron Regnault (°1754-1829) un des maîtres de l'école néo-classique persécuté par David jusque dans sa barbe.

Que de déclamations solennelles à cette époque, que de postures ridicules, que de fleurs de rhétorique qui ne produisent aucun fruit ! L'enfer politique pavé de bonnes intentions ... ce mauvais théâtre m'a toujours déplu souverainement.

La révolution a échoué ; un petit général a surgi mettant tout le monde d'accord, nous en subissons toujours les conséquences. Il faudra bien un jour songer à achever cette révolution interrompue.

Eléonore Duplay (°1768-1832) est enterrée au Père-Lachaise ; d'après Charlotte Robespierre soeur cadette du tribun, Maximilien n'avait pas de sentiment profond pour elle ; mais enfin pour qui avait-il un sentiment d'attachement profond à part pour ses marottes de paranoïaque politique ?

Les rhéteurs ce sont ces révolutionnaires qui vous disent : « Sois libre ou je te tue ! »


Je reprends un peu l'histoire de mes Pomiès du comté de Foix.
Jean Pomiès l'aîné (°1762-1837) fondateur en 1790 à Foix de la première imprimerie fixe du département de l'Ariège, nouvellement créé, avait comme associé François Loze-Madière (°1761-1829), imprimeur à Pamiers qui eut deux fils Jean Loze-Madière aîné, héritier de l'imprimerie de Pamiers qui épousa une de ses trois filles, Marie-Elisabeth Pomiès et Théodore Loze-Madière, libraire à Foix qui épousa Marie Roques, soeur de Paul Roques, boucher à Foix. Les Loze-Madière et Roques achetèrent un peu avant 1840 le domaine de Montgauzy qui comportait une chapelle Notre-Dame des Anges (fondée en 1509), on y reprit par la suite les anciens pélerinages le 8 septembre de chaque année. L'école normale de Foix qui se trouvait dans le bâtiment de la préfecture depuis 1833 n'avait plus de locaux et s'installa à Montgauzy et le père de Gabriel Fauré en fut le directeur dès 1849 ; il était issu d'une lignée de bouchers de Foix et Pamiers, donc je suppose liés par les liens du sang aux Roques.
Le couple Loze-Madière & Roques eut une fille Catherine Marie Evelina Loze-Madière (°1833-1894) en religion Sœur Sainte-Marie, Révérende Mère du monastère de Notre-Dame d'Alby qui passa trente-trois années de vie religieuse sur cette terre avant de quitter cette terre d'exil pour la patrie céleste, le 12 janvier, à l'âge de 60 ans, laissant après elle le parfum de ses belles vertus ; donc elle était nièce de Marie-Elisabeth Pomiès qui n'eut d'ailleurs pas de descendance.
Ce qui explique mieux les liens de Gabriel Fauré avec les Pomiès et les Tersouly.

Au moment de la Révolution, Jean-François Pomiès (de la branche de Versailles) passa à Pamiers comme commissaire des guerres en 1790, Gaston Arnaud dans son Histoire de la Révolution en Ariège parue en 1904 écrit ceci : Un feu de joie fut allumé aux cris de : « Vive la paix ! Vive le roi ! » Le commissaire des guerres, Pomiès, « vendu à la cour et aux aristocrates » prêta serment au roi. La municipalité donna ensuite un festin et un bal à l'hôtel de ville. Le juge de paix, Vignes, dénonça cette manifestation contre-révolutionnaire à l'Assemblée nationale et au département. La municipalité répondit hypocritement que « le drapeau rouge venant d'être arboré pendant les troubles, le drapeau blanc devait sortir quand le calme était rétabli pour annoncer la paix aux citoyens. »
Au mois de mai, les aristocrates répondent par l'organisation du club Pomiès, ils enrôlent les paysans par l'appât d'un partage et débandent les forces ennemies. Au mois de juin, les deux partis réorganisent leurs assemblées.
Vadier qui était du pays et le féroce ennemi de tous les contre-révolutionnaires dénoncera de nombreux habitants de l'Ariège et notamment les frères Pomiès (Lui et son frère font partie de "la bande noire" contre-révolutionnaire dixit Vadier).

Guillaume Vadier (°1736-1828) est un personnage qui a fait florès sous la Révolution où il a pu assouvir tous ses mauvais instincts ; il n'avait même pas l'excuse d'être né pauvre et ignorant. Déjà canaille sous l'Ancien régime sa pauvre mère disait à qui voulait l'entendre : Vous ne connaissez pas mon fils ! Il faut croire qu'elle en avait fait le tour avant tout le monde car on ne lui connaît aucune vertu sauf son toupet transcendant pour accuser les autres.
Jérôme Darmaing, l'avait traité en 1789 de « fils de laquais » (dans une lettre au Garde des Sceaux, le ministre Breteuil ; Vadier était plus exactement le petit-neveu d'un domestique, cuisinier de François de Camps, évêque de Pamiers) ; il sera donc guillotiné le 11 juin 1794 (23 Prairial An 2) à l'âge de 48 ans en même temps que son frère François Darmaing, avocat de Pamiers, âgé de 61 ans et 63 habitants de l'Ariège seront conduits à Paris pour y être jugés sur dénonciation de Vadier. Les deux Darmaing ont été jugés en vertu de la loi du 22 Prairial qui venait d'être votée et en leur absence, condamnés hors des débats sans autre forme de procès.

Vadier aux yeux de la bourgeoisie de Pamiers était toujours le petit-fils de l'« émigré picard » né à Amiens, arrivé avec François de Camps d'Amiens lui aussi, et à qui l'on battait froid. François de Camps (°31/1/1643 Amiens - 15/8/1723 Paris) était le fils d'un quincaillier-hôtelier et portier de la ville ce dont les écrits du temps lui faisaient grief, devint laquais-secrétaire de Hyacinthe Serroni (°1617-1687), évêque d'Orange puis de Mende puis archevêque d'Albi. Il était érudit et écrivit plusieurs dissertations sur les médailles antiques (il posssédait un riche cabinet) et d'autres ouvrages encore. Il était de mauvaise vie selon les annales du temps. Il sera évêque de Pamiers dès novembre 1685 jusqu'en 1693 mais sans obtenir les bulles du Pape. Vadier passa ensuite au service de son successeur Jean Baptiste de Verthamon (°1646 Limoges ? - 20/3/1735 Pamiers à 89 ans), évêque de Pamiers de 1693 à 1735, président-né des États de Foix.

Voici un exemple de la littérature de bas-étage imprimée par Vadier à Paris à la date du 24 juillet 1793 : Le Montagnard Vadier à M. Caritat, ci-devant marquis de Condorcet, académicien, auteur d'une constitution à la détrempe, rejetée par la convention nationale, et d'une feuille empoisonnée, corruptrice de l'esprit public, appelée « La Chronique », ci-devant président du club hermaphrodite, dit de 1789, etc.


Les dernières paroles de Vadier à la Convention le 9 Thermidor ? Il protesta de soixante ans de vertu ... c'est fou comme la vertu servait à toutes les sauces à cette époque. D'abord il n'avait que 58 ans et enfin ce décompte de 60 ans de vertu c'est compter un peu large il me semble depuis ses premiers vagissements ou même depuis la première pensée de désirs dans les yeux de ses parents naturels !
On passe sur Vadier, Fouquier-Tinville et autres Robespierre, les plus célèbres terroristes. Il reste les moins connus mais non les moins nocifs ... Fréron le fils du journaliste épinglé par Voltaire (L'autre jour au fond d'un vallon, un serpent piqua Jean Fréron, que pensez-vous qu'il arriva ? Ce fut le serpent qui creva).
Celui qui dira à l'assemblée ce jour de Thermidor : « Ah ! qu'un tyran est dur à abattre ! »
Il faut lire ceci : Réponse de Fréron aux diffamations de Moyse Bayle.
On prétend que Moyse Bayle était parent de Pierre Bayle, l'illustre calviniste ariégeois ; il était né en Suisse puisque protestant lui aussi.
Fréron appelle acte de sévérité républicaine les fusillades des royalistes de Toulon ! Il fait preuve de sensibilité, dit-il, en se contentant de mitrailler et d'achever au sabre deux ou trois cent habitants de la ville qu'il avait rassemblé dans un lieu clos.
Certes la Révolution avait aboli la question, acte d'humanité dira-t-on, mais pour la remplacer aussitôt par les exécutions sommaires en grand nombre et les prisons qui se trouvaient vides de prisonniers politiques en 1789 furent remplies par une foule d'inconnus et de gens de toutes origines. Il y a plusieurs moyens de torturer les honnêtes gens et les laisser dans l'incertitude de leur sort pendant de long mois en est un.
On est loin de la douceur de la justice royale avec les persifleurs et les écrivains de toutes obédiences au XVIIIème siècle !
Fréron ou l'illustre critique.


L'école normale de Foix à Montgauzy était mitoyenne du parc du Chalet de Lauquié appartenant à Jean Tersouly ; en novembre 1871 le Conseil général de l'Ariège s'intéresse à l'enseignement qu'on y procure aux futurs instituteurs.

M. Gaillard lit un rapport relatif à la chaire d'agriculture.

La chaire d'agriculture est une institution toute récente. Elle date de 1869 et ne fut qu'un essai destiné à répandre et à vulgariser la science agricole. Le Conseil général vota, à cette époque, une allocation de 800 fr. ; M. le Ministre de l'instruction publique accorda pareille somme, et M. Pihoret, préfet de l'Ariége, nomma M. Rigal, agronome distingué de l'arrondissement de Pamiers, professeur de la chaire ainsi créée. M. Rigal était chargé de faire des cours à l'école normale, aux collèges de Foix, Pamiers et Saint-Girons, aux Instituteurs réunis, et, enfin, au public.

Quels ont été les résultats de cet essai ?

Ils ont été peu appréciables. Mais cela tient à un ensemble de circonstances que révèlent les rapports de M. Rigal et de M. l'Inspecteur d'Académie. Tout d'abord, il faut rendre à l'honorable M. Rigal cette justice, qu'il a mis dans l'accomplissement d'une tâche difficile et pénible un dévoûment au-dessus de tous éloges.

M. Rigal, dans son rapport, expose les difficultés principales qu'il a rencontrées. D'abord, les cours durent être interrompus pendant la guerre. D'un autre côté, sa mission étant peu définie, il s'est trouvé gêné par ce fait, et a dû suivre le seul programme que lui inspirait son désir de bien faire. De plus, à l'école normale, là où ses enseignements et ses efforts devaient être le plus sérieux et le plus efficaces, il s'est trouvé en présence d'un autre professeur d'agriculture, dont la méthode, différente de la sienne, paralysait son enseignement. L'honorable M. Rigal déclare que cette situation n'est plus possible ; la Commission comprend très-bien combien elle était délicate, soit pour lui, soit pour le professeur de l'école normale.
Il y avait dans cette organisation une faute échappée à l'Administration précédente dans la précipitation qu'elle avait mise à créer une excellente institution.

Ainsi, dans l'hypothèse de la création d'une chaire d'agriculture, il faut (et sur ce point l'Inspecteur d'Académie et M. Rigal sont d'accord) qu'un seul professeur soit chargé du cours à faire dans les écoles.

Pour ce qui est de l'utilité de cette institution, le Conseil comprendra les immenses services qu'elle peut rendre.

L'Ariége se prête merveilleusement à toute espèce de culture. Il est incontestable que l'horticulture et l'arboriculture, actuellement si négligées, pourraient être une source féconde de richesses. Un homme des plus distingués en cette matière, M. Tersouly, mû par le seul désir de voir se répandre et progresser leur science, qu'il pratique avec soin, a développé les avantages de l'enseignement de l'horticulture et de l'arboriculture dans une remarquable brochure, qui a dû passer sous vos yeux. Nous nous associons aux voeux exprimés par lui, et lorsque nous parlerons de l'agriculture, nous entendrons parler de tout ce qui s'y rattache.

Malheureusement notre pays si fertile est encore livré à la routine. Les propriétaires qui marchent dans la voie du progrès sont certainement l'exception.
Le paysan traite d'insensé quiconque veut appliquer un système nouveau ; il en résulte que la culture reste dans le statu quo, et que les récoltes, dont le rendement pourrait être doublé, ne donnent qu'une rémunération insignifiante. En serait-il de même si les populations des campagnes connaissaient les progrès de la science, apprenaient à mettre en pratique les procédés nouveaux et en voyaient les effets sous leurs yeux ? Evidemment non. Ainsi, au point de vue de la richesse du pays, un enseignement agricole sérieux est indispensable, à l'école normale surtout qui le propagera ensuite dans les campagnes.

Cet enseignement peut amener encore un résultat tout aussi précieux que la richesse du pays :

On s'est plaint, avec raison, pendant le régime déchu, que la population des campagnes tendait à quitter les champs pour aller dans les grands centres ; une des causes de cette émigration c'était l'attrait d'un bénéfice considérable qu'offrait aux paysans le gouvernement impérial en poussant les villes à entreprendre, à grands frais, des travaux immenses.
Mais aussi on peut l'attribuer à ce que le peuple des campagnes a été laissé dans l'ignorance la plus complète des secrets de la science agricole. N'ayant pour guide qu'une routine vieille comme le temps, l'agriculteur fait un vrai travail de machine. Il ne se figure pas qu'il ait quelque chose à apprendre. Pour lui, l'agriculture n'est pas susceptible de progrès. C'est pourquoi, dès que l'enfant a acquis à l'école quelques connaissances, son père le pousse à utiliser ailleurs son intelligence et son savoir, et c'est ainsi que l'enfant arrive à considérer comme bas et presque dégradant le métier de son père.

L'enseignement sérieux de l'agriculture aurait pour résultat d'attacher aux champs la population rurale.
Quelle science plus attrayante que celle-là ! Que de secrets elle peut dévoiler aux yeux des cultivateurs !
Les connaissances que ceux-ci acquerraient ne seraient-elles pas de nature à les attacher à une profession qui n'est pour eux qu'odieuse et pénible et peu rémunératrice, et qui, par le progrès, pourrait devenir intéressante et lucrative ?

Dans un moment, Messieurs, où l'instruction gratuite et obligatoire est dans l'air, il nous a paru nécessaire de faire passer sous vos yeux toutes ces considérations.

Mais, sans préjuger l'avenir et sans nous en préoccuper, n'êtes-vous pas, d'hors et déjà, surpris de cette lacune énorme qui existe dans l'enseignement ? N'est-il pas inexplicable que des enfants, destinés à devenir des agriculteurs, apprennent l'histoire et la géographie, et qu'il ne leur soit pas dit un mot d'agriculture ? Il est temps de remédier à cet état de choses.
La chaire d'agriculture nous en offre l'occasion, vous ne la laisserez pas échapper.

Il faut que les jeunes gens de l'école normale reçoivent des leçons sérieuses d'agriculture théorique et pratique. Il faut que ces connaissances entrent d'une manière obligatoire dans le programme de l'instruction primaire, dût-on prolonger d'une année les cours de l'école normale. Un professeur est indispensable, la Commission l'appelle de tous ses voeux.

En conséquence, la Commission conclut à ce que la nouvelle chaire d'agriculture soit mise au concours ; qu'une Commission composée d'hommes compétents, choisis par le Conseil général ou par la Commission départementale soit juge de ce concours, trace un programme d'enseignement régulier dans les collèges et surtout dans l'école normale, et détermine les lieux et les époques où le professeur devra faire des conférences publiques pour y exposer les découvertes et les procédés nouveaux intéressant l'agriculture et l'horticulture. Cette organisation arrêtée avec l'agrément de M. le Ministre de l'instruction publique, le professeur aurait pour traitement :

1° 1,000 fr. actuellement attribués au professeur de l'école normale ;
2° 800 fr. que fournirait l'État comme par le passé ;
3° 800 fr. sur les fonds départementaux, dont la Commission propose l'allocation.

Le Conseil décide qu'il alloue la somme de 800 fr. pour qu'elle soit réunie au traitement du professeur d'agriculture de l'école normale.

Il émet le voeu que la subvention de l'État vienne aussi s'y joindre, de façon à ce qu'un traitement de 2,600 fr. soit ainsi consacré à la chaire d'agriculture de l'école normale. Cette chaire devra être confiée à un élève des grandes écoles d'agriculture, qui devra faire en même temps des conférences d'agriculture et d'arboriculture dans différents centres du département. M. le Préfet et la Commission départementale seront chargés de l'organisation de ce service.

Une circulaire de M. le Ministre de l'agriculture, explicative du décret du 3 octobre 1848, indique le but de cette institution en ces termes :

« La ferme-école est une exploitation rurale conduite avec habileté et profit, et dans laquelle des apprentis exécutent tous les travaux, recevant, en même temps qu'une rémunération de leur travail un enseignement agricole essentiellement pratique.

« Ainsi, d'une part, culture fructueuse et par conséquent exemplaire ; de l'autre, enseignement pratique de l'agriculture : voilà le double caractère de la ferme-école.

« Quant à son but principal, il consiste à former d'habiles cultivateurs praticiens, capables soit d'exploiter avec intelligence leur propriété ; soit de cultiver la propriété d'autrui comme fermiers, métayers, régisseurs, soit enfin de devenir de bons aides ruraux, commis de ferme, contre-maîtres, chefs de main-d'oeuvre ou d'attelage.

« L'exploitation doit offrir aux élèves le meilleur enseignement professionnel, et au pays le modèle à suivre le plus profitable et par conséquent le seul bon. »

Le personnel se compose d'un directeur, d'un chef de pratique, d'un surveillant comptable et d'un jardinier pépiniériste.

Un jury d'examen donne les certificats d'aptitude et décerne des primes à la fin de l'année.

Les traitements du personnel, l'indemnité pour entretien des élèves et les distributions des primes aux apprentis, sont à la charge de l'Etat, qui alloue chaque année 20,000 fr.

J'ai cru devoir rappeler, Messieurs, les principes qui présidèrent à la création de fermes-écoles, parce que, depuis le commencement de cette session, l'Assemblée a mis tous ses soins à se rendre un compte exact de toutes les institutions que ses délibérations devaient contrôler.

La ferme-école a donc un double but : former des élèves capables de diriger une exploitation rurale et fournir au pays un modèle permanent du meilleur mode d'exploitation.

Le double but est-il atteint ? Le Conseil général doit s'en préoccuper ; les sacrifices considérables que fait l'Etat doivent, en effet, avoir des résultats certains.

La Commission n'est pas à même de vous apporter un jugement sur la ferme-école de Royat ; elle doit s'en tenir aux renseignements divers qu'elle a puisés auprès d'hommes compétents.

Toute institution, vous le savez, a ses apôtres et ses détracteurs. Il en est ainsi de la ferme-école de Royat.

Certains citent des jeunes gens, sortis de cette école, qui se sont fait remarquer par leur capacité ; mais une infinité d'autres assurent que la plupart sont aussi prétentieux qu'incapables, et presque tous animés du désir d'avoir une sinécure.

D'un autre côté, Royat est-il cette ferme que les agriculteurs du pays peuvent aller voir pour y trouver le modèle de la meilleure exploitation, c'est-à-dire une organisation ayant pour but d'atteindre les meilleurs résultats avec des moyens possibles pour tous, et avec l'économie qui est la base de l'agriculture ?
Ce point est très-contesté ; l'on prétend que la ferme de Royat, montée sur un pied magnifique, serait plutôt une ferme modèle qu'une ferme-école. Dans ce cas, il serait vrai de dire que le but n'est pas atteint, car, d'une part, les apprentis agriculteurs des fermes-écoles y apprendraient des moyens d'application trop dispendieux pour les fermes ordinaires qu'ils sont appelés à diriger, et, d'autre part, les propriétaires du pays ne trouveraient aucun profit à aller s'inspirer, d'un mode d'exploitation qui serait leur ruine inévitable.

Ces observations, que la Commission ne présente que comme simples renseignements, doivent cependant éveiller l'attention du Conseil. Il faut, avant tout, que les sacrifices considérables que fait l'Etat soient justifiés par des résultats. Nous ne pouvons proposer au Conseil que les moyens à prendre pour vérifier toutes choses. Or, nous serions d'avis que la ferme-école eût pour contrôle la Commission que nous vous proposions de charger d'organiser la chaire d'agriculture. Il nous semble qu'une inspection faite chaque année par cette Commission et un rapport adressé par elle à M. le Préfet, jetteraient la lumière sur la marche et l'utilité d'une institution que le public, en général, juge d'une manière fort peu favorable.

Cette organisation doit avoir l'assentiment de M. le Ministre de l'agriculture ; nous proposons de charger la Commission départementale de lui soumettre ces observations.

M. le Préfet fait remarquer que la ferme-école n'est pas subventionnée par le département ; que par conséquent la Commission départementale ne saurait exercer utilement un contrôle ; mais qu'il ne manquera pas de faire part à M. le Ministre de l'Agriculture des observations qui viennent d'être exposées, et lui demandera d'associer le Conseil à l'examen sur place de cette institution et des améliorations ou modifications qu'il y aurait lieu d'y introduire.

Il s'agit de M. Adrien Rigal, ancien professeur départemental d'agriculture, président du comice agricole de Pamiers (en 1890), qui vient de publier un ouvrage très utile pour les élèves des écoles. Ce livre, intitulé, La Vie des Plantes, est un vrai manuel d'agriculture qui intéressera non seulement la jeunesse, mais encore tous ceux qui veulent étudier les diverses cultures du sol.

L'influence de Jean Tersouly est sensible dans ce programme de renouvellement de la science agricole.


Le Populaire (Paris) du 13/10/1933 :

Georges Pomiès

Il était une fois un être de lumière et d'enthousiasme ; un être irréel et disloqué, aimant par dessus tout la vie et les hommes qui souffrent, il se mouvait dans la clarté des projecteurs et donnait à tous un peu de joie. Cet être-là s'appelait Georges Pomiès. Il est mort lundi après avoir durement souffert. Il avait trente ans.

Cette mort, plus que beaucoup d'autres, a quelque chose de révoltant.

Après avoir été dentiste, Pomiès choisit d'être danseur. Il le fut avec ferveur. Venu à la danse à un âge où les autres possèdent déjà une technique sûre et se meuvent selon des règles apprises, routiniers déjà, Pomiès a créé lui-même sa danse, hors de toute règle classique. Il devait faire école.

Il faisait partie des éléments sains de cette génération qui aime par dessus tout le cinéma et le music-hall. La double influence de ces deux arts se retrouvait dans chacune de ses compositions. Nul chorégraphe n'a possédé comme lui le sens de la lumière et du rythme intelligent. Il dansait dans le halo des projecteurs qui l'isolait. Il était, sur scène, hors de toute réalité, et son ombre, compagne inséparable, soulignait chacun de ses gestes.

Mais la danse, pour lui, n'était pas seulement harmonie des gestes. Il voyait plus clair et plus loin. Elle était pensée, elle était lutte. Il lui assignait une place bien déterminée dans le combat pour une humanité meilleure. Pourtant, il n'en faisait pas la servante de doctrines étroites ; mais d'idées larges et fraternelles. Il était libre. Libre était sa technique, indépendante sa pensée. La Danse capable de régénérer le monde ! C'était aussi la grande idée d'Isadora Duncan avec qui il possédait plus d'un point commun et qu'il n'avait pourtant jamais vue danser. Elle, si elle avait pu assister à ses récitals, aurait tout de suite reconnu en lui le créateur de la danse future.

Pomiès n'est plus. Cette pensée revient, obsédante, tandis que j'écris.
Cela semble impossible. Il semble impossible de l'imaginer immobile, lui qui était vie trépidante.

Il réconfortait. Lorsque la vie était dure et décourageante, il fallait voir Pomiès au loin, sur la scène, sourire et affirmer à tous qu'il était encore un peu de joie pour chacun. Et c'étaient : « Confidences, « Patinage », « Général Lavine excentric ». C'étaient aussi cet amoureux « Clair de lune sur l'Alster », « Ibéria », « La dernière Nymphe », qu'il dansait avec Lisa Duncan, et qui permettaient de découvrir un tendre chez ce grand garcon bien bâti.

Maintenant, tout cela est fini. Lisa Duncan ne retrouvera jamais un partenaire aussi digne d'elle ; et nous, un danseur qui nous satisfasse autant : un danseur qui ne cessait d'être humain.
Tout cela est fini : Pomiès est mort.

Anita ESTEVE.


Il y a une différence entre avoir le sens du progrès et avoir en vue la table rase. Dans la danse le corps progresse pas à pas mais la pesanteur ne s'oublie jamais ou presque.

Par sauts et gambades comme disait Montaigne ... et advienne que pourra !


Edouard de Cadalvène (°1799-1852) a marié sa fille unique à un Regnault de Polisy ce qui me donne une perfide occasion de parler de lui. Je précise qu'il ne faut pas le confondre avec son frère aîné Jules de Cadalvène (°1798-1852) qui lui a succédé à la tête de la poste française de Constantinople.


La Presse du jeudi 20/10/1842 :

De Constantinople à Vienne par le Danube

1 Départ – Stamboul – Les Chiens – Le Francisco 1er.

...

– La chaleur du matin peut vous être mortelle, me dit le docteur, et vous n'avez pas encore envie de mourir, n'est-ce pas ? – Je n'en ai ni l'envie, ni le temps. Je suis père de famille, et vous savez, que j'ai de grands travaux à finir. Si je ne meurs pas de la peste, tâchons, mon cher docteur, que je ne meure pas de la quarantaine. – Eh bien ! il faut aller à Trieste par les bateaux autrichiens. Là, vous ferez le spoglio et vous éviterez la quarantaine. – Mais pour faire le spoglio il faut connaître à Trieste quelqu'un qui vous envoie des habits en échange de ceux dont vous vous dépouillez et je n'y connais personne. »
Un avis me fut ouvert alors par M. de Cadalvène, le directeur de la poste française à Constantinople, un de ces rares compatriotes qu'on est si heureux de trouver à l'étranger, ami des arts et des lettres, obligeant, spirituel, et qui brillerait encore dans les salons de Paris, si l'amour du nonchaloir turc, la passion du Kéf ne le retenait en Orient où il donne d'ailleurs une ample satisfaction à son goût pour les médailles.
Le docteur avait parlé à M. Cadalvène de mon hésitation, celui-ci me dit : « Allez chercher l'Italie par l'Allemagne et l'Allemagne par le Danube. On assure que l'Autriche a levé ses quarantaines par Orsova ; embarquez-vous pour Orsova. Vous avez deux bateaux à vapeur qui font ce trajet, l'un qui entre dans le Danube par la bouche Soulipa et va toucher à Galatz ; l'autre, qui dépose les voyageurs à Kustendjé. Le premier part le 19, le second appareille le 14. – Oh ! je suis pour le second. La date me détermine et puis le second doit abrèger le temps.
– Sans doute par Galatz, vous avez trois jours de navigation, de plus deux dans la mer Noire et un dans le bas Danube, – Bien obligé de vos deux jours sur la mer Noire ! Je laisse à Mithridate le bonheur de pouvoir dire :

Doutez-vous que l'Euxin ne me porte en deux jours
Aux lieux où le Danube y voit finir son cours.

J'ai besoin de repos, non de fatigue, j'irai par le plus court. En partant par Kustendjé, je devais gagner huit jours, c'était énorme. Il n'y avait pas à balancer. Je ne voulus cependant pas changer l'itinéraire que m'avait tracé le ministre de la marine, sans l'assentiment de M, l'ambassadeur de France. Je lui soumis mon projet, et lui demandai son aveu, qu'il me donna le plus gracieusement du monde.
– Je ne perdis pas une minute. Je me hâtai de descendre à l'office du paquebot du Danube, craignant de ne pas trouver de place pour le prochain départ, bien qu'on m'eût annoncé, que jusqu'alors cette voie de Constantinople à Vienne avait été bien peu fréquentée.

...

Auguste Jal (°1795-1873), historiographe et conservateur des archives de la Marine.


Je suis ravi de trouver ce mot de nonchaloir à qui Baudelaire a fait un sort ...
Si vous voulez lire l'article en entier qui est fort drôle n'hésitez pas à recourir aux bons services de Gallica (la suite aux 22/10/1842, 23/10/1842, 24/10/1842).

La question d'Orient a taraudé les chancelleries pendant tout le XIXème siècle ; il semblerait que ce tarabustage ne soit pas tout à fait terminé ...

Je recommande la lecture de l'ouvrage d'Edouard de Cadalvène et de Jules de Breuvery paru en 1836 (sur Google Books par exemple) consacré aux trois ans qu'ils ont passé en Egypte et jusqu'en Nubie pour éprouver ce que tout voyageur européen bien né ressentait en terre musulmane : l'état d'abandon des populations et l'oppression publique d'un tel régime fondée sur l'incurie politique et la religiosité outrée et abrutissante (cf une recension dans le Journal des débats du 23/8/1836).

Les voyageurs de ce temps comme Jal – auteur du précieux Dictionnaire critique de biographie et d'histoire qui a sauvé du désastre quelques actes d'état-civil de Paris avant la Commune – savaient causer ... non seulement à leurs commensaux pendant les longs voyages mais encore à leurs lecteurs sédentaires. Aujourd'hui tout est raccourci mais tout est ennuyeusement a-littéraire.


Qu'est-ce que je reproche aux plumes d'aujourd'hui ? Lisez par exemple sur son site personnel les papiers que l'universitaire Thomas Piketty publie régulièrement dans Libération ; on dirait les prophéties de Jérémie, le ton du bonhomme est insupportable. Nous prend-il pour ses élèves et des demeurés de la comprenette ? Non seulement est à l'oeuvre une absence totale de sens littéraire et de soin du style, mais encore une énorme infatuation à asséner des vérités élémentaires comme si l'on découvrait la Lune et l'attraction universelle des corps à tout instant !
Ces gens dont la volonté de puissance est éloquente ne sont que des laquais de la pensée ; ils n'ont en eux ni modestie de gens bien élevés, ni soin particulier pour se déguiser et se présenter à tous de la manière la plus élégante. Ils parlent à des murs ...

Ces Normaliens sont odieux et même s'ils disaient vrai – ce qui est pour le moins contestable – on n'aurait pas envie de partager notre monde avec eux. Ils nous le rendraient haïssable ...

Discrétion, ironie, finesse ... ils ne savent rien de tout cela ! Ce sont des barbares habillés de chiffres et de diktats. Un écrivain qui se prend pour un patron de multinationale ferait mieux de se replonger dans le dictionnaire et y prendre quelques leçons de modestie et de bienséance. On peut tout insinuer quand on est un grand écrivain tant qu'on ne prétend rien imposer ; la race c'est de survoler les basses contingences plus que de vouloir les régir comme un vidangeur et un égoutier de la pensée.

Un écrivain n'est pas un commissaire politique ... quand bien même serait-il docteur ès je ne sais quoi ! Un écrivain arrondit les angles d'une société et présente sa critique sociale sous le jour le plus favorable ; certes le pamphlet est un genre à part entière mais un pamphlétaire ne joue pas sur les deux tableaux : être un savant objectif et un malicieux prescripteur du réel tel qu'on doit le voir !
Le mélange des genres c'est la fin de la littérature et le début de tous les abus.


Pour en finir une bonne fois avec la culture ...
La nuit du 4 août restera fameuse parce que cette nuit dans un élan à nul autre pareil tous les privilégiés du régime se dépouillèrent de ce qui faisait la substance même de leur statut. Pris d'ivresse ils piétinèrent les traditions (on ne disait pas alors la culture terme employé exclusivement en matière agricole et pour le monde paysan) et mis à nu ils ne surent que faire de leur nudité sinon quelques mois après monter à l'échafaud en ployant la tête pour offrir un cou nu au bourreau.
La culture c'est donc la tradition qui reste quand on a tout oublié ; c'est l'ensemble des habitus d'une population donnée, depuis la chasse à la courre pour les plus fortunés et la pêche à la mouche pour les plus impécunieux ou l'habitude de se découvrir devant les dames de qualité et les honnêtes gens en général.
Il y avait deux conditions pour se présenter au Roi de France, à Versailles ou dans tout autre palais où il lui plaisait d'élire sa résidence : porter une épée sur le côté comme un gentilhomme (quand bien même on n'aurait pas eu de quartiers de noblesse en règle) et se munir d'un chapeau afin de l'ôter en présence de sa majesté très chrétienne ; ces deux accessoires pouvaient être loués à l'entrée du château de Versailles.

En nos temps très démocratiques il n'est plus question d'aborder quelque excellence que ce soit afin de la saluer ; je devais me rendre récemment à la maison de Radio-France à Paris et je trouvais une forteresse en état de siège, une étroite guérite et des portiques de sécurité empêchaient tout contact entre le peuple et les messagers de la bonne parole.
Aucun prêtre en chaire, aucune excellence archiépiscopale n'aurait rêvé de telles précautions quand les Suisses coiffés de leur bicorne n'étaient là que pour la parade et frapper de leur hallebarde entrée et sortie des offices comme au théâtre les coups de bâton du brigadier.

Nos quasi-élites portent des jeans et se font photographier au télé-objectif par des paparazzis ... c'est ce qui reste du cérémonial de cour ! Le bon peuple regarde de loin ou sur papier glacé ceux qui imitent son genre sans vergogne ...

Sous l'ancien régime les gens qui voulaient s'instruire des dernières découvertes de la science avaient des cabinets de curiosité où les curieux venaient pour admirer les productions de la nature ainsi que les machines issues de l'ingéniosité humaine. D'autres acclimataient les espèces exotiques que les naturalistes avaient rapporté à grand frais des contrées lointaines – je rappelle que l'Europe qui a souffert de la glaciation il y a moins de vingt mille ans est de toutes les régions du globe la plus pauvre en espèce florales, en fruits et autres merveilles de la nature qui sont répandues à profusion en Amérique, aux Indes comme l'on disait, en Asie et en Afrique.
Comme le théâtre et l'opéra ces loisirs coûteux font partie de la superstructure d'une société devenue assez aisée pour s'enrichir de telles découvertes, il naît donc de nouveaux loisirs, de nouvelles curiosités, une nouvelle soif de savoir et d'aller plus loin ; ce n'est pas encore un métier que d'apprendre mais c'est déjà une passion. L'invention d'un nouveau monde, d'un autre regard sur les choses qu'on appellera par abus : culture, ou mieux encore culture savante.


De l'état poétique ou du malheur d'avoir un écrivain dans sa famille (pièce semi-burlesque et héroïco-comique).
Il y a un état poétique, il n'y a pas seulement une production poétique. Le poète vaticine quand les autres hommes vaquent à leurs occupations.
Sade, grand poète dans sa prose, jaillit hors de sa famille pour y semer le scandale jusqu'à l'enfermement constitutif même de sa grandeur, il n'est pas un prisonnier politique à la Bastille avant le 14 juillet 1789, il est un prisonnier poétique car ses dissipations mettent en péril l'équilibre social d'abord avec des actes puérils ou indignes puis avec des mots, sa vengeance sur les institutions. Sade est l'écrivain par essence révolutionnaire, l'écrivain des lumières noires (on connaît son animosité pour Restif de La Bretonne qui empiète sur ses plate-bandes mais promeut le bonheur de la jouissance dans un style bas, chose inqualifiable aux yeux du marquis ; Restif est un promeneur du plaisir, un dilettante des petites morts auprès des jolies femmes ou filles, il gyrovague comme en villégiature dans un Paris fantasmatique alors que Sade fréquente les backs-rooms de la vie et s'incruste dans les consciences avec des fouets et des marques ; deux poète immondes donc mais grandioses).
Baudelaire, grand lecteur des deux précédents, est indissociable de ses mauvaises fréquentations avec le vin, le haschich et l'opium ; il réfute la poésie bourgeoise de son temps et il invente le désordre comme palliatif à l'ennui. Il est donc à la source de toute la poésie moderne qui se réclame de la chanson populaire ou encore de l'hermétisme ; face à la vie bourgeoise qui trône de plus en plus dans toutes les contingences, il fait un retour vers la vie animale et les instincts les plus sauvages de l'enfant inassouvi que chacun porte en soi. C'est une grande conscience critique, ce qui le différencie des poètes du siècle précédent ; au nom du christianisme il dénonce l'état d'insuffisance de l'homme et son inachèvement essentiel. Qoiqu'il puisse rêver, il sera toujours en-deça de son rêve ... l'ordre bourgeois révolutionnaire est un inaccomplissement.
Avant Baudelaire, les dissipations du poète sont un accident, après lui c'est son essence même ; il est donc bien le premier poète moderne.

Jean Racine s'amende après Phèdre que la cabbale fait tomber mais pas Baudelaire après son procès : il s'exile mécontent.
Même Jean de La Fontaine présente sa rétractation en entrant à l'Académie française et avoue que ses Contes érotiques sont une offense au bon goût des honnêtes gens, il fera une fin chrétienne et se confessera.
Après Voltaire qui rate sa sortie aux yeux des clercs, on n'attendra plus la résipiscence des écrivains pour les condamner fermement, il n'y a plus de poète de cour qui vaille et qui tienne. Je crois bien que le seul Hugo remportera les Jeux floraux de Toulouse ... mérite dû à sa virginité d'enfant du lys avant de déchirer sa carte du parti moral (mais est-ce qu'on déchire jamais ce genre de carte ?).

Est-ce qu'on peut respirer dans une atmosphère tout à fait rationnelle c'est la question que pose la poésie moderne.


L'Égypte et la Turquie de 1829 à 1836 par Ed. de Cadalvène et J. de Breuvery, tome II.
Ca allait déjà mal à Gaza à cette époque ; les cheikhs prétendaient dépouiller les chrétiens ou leur imposer le kharadj et les Bédouins du Sinaï passaient leur temps en disputes éternelles ... (pages 461 et suivantes).
La crainte du bâton est toute-puissante en Egypte, et cet argument dont ils reconnaissaient la justesse commença à faire impression sur les Bédouins (page 465).
On en est toujours là ...

En page 419 l'exécution à Kous d'un chrétien marié à une musulmane ...


Voici deux portraits datant de 1748 peints par le peintre Dumoulin du frère âgé de vingt-cinq ans et de la soeur âgée de vingt-et-un ans (je pense avoir identifié correctement ces deux portraits contrairement aux commissaires priseurs de la vente à Bordeaux du 23/3/2013).

Antoine Laurent de La Gravière (°1722-1767), lieutenant de la maréchaussée de Meaux époux en 1751 à Versailles de Susanne Jacqueline Pomiès.

Jean-Laurent-de-La-Graviere.jpg (19764 octets)

On reconnaît sur la manche d'Antoine Laurent de La Gravière les trois galons de lieutenant de la maréchaussée (en survivance de son père) et il tient son tricorne sous le bras.

Marie Elisabeth Laurent de La Gravière (°1726-1803) épouse en 1751 à Versailles de Jean-Baptiste Pomiès.

Elisabeth-Laurent-de-La-Graviere.jpg (21695 octets)

Vasari Auction.
Elle tient un petit chien sur son bras que l'on voit mieux dans la Gazette Drouot.
Question : comment le petit chien a-t-il fait pour poser ?

Leur mère Marie Huot de Grandcourt (°1698-1765) avait un frère Jean François Huot de Grandcourt (°1699-1770), procureur au parlement de Metz qui avait épousé à Metz en 1726 Françoise de Lévy, petite-fille de Louis Anne de Lévy, filleul de Louis XIV quand il avait abjuré la religion juive pour le catholicisme. Ce Louis Anne de Lévy simple clerc de notaire reçut en cadeau la charge de procureur au parlement de Metz sur ordre du Roi-Soleil.
Il y avait en effet à Metz une petite minorité d'habitants juifs qui, quand la Lorraine fut rattachée à la France, conserva ses droits ancestraux malgré la prohibition de cette religion dans le royaume de France depuis Jean II Le Bon.

Je suppose que Dumoulin était un peintre local qui exerçait son modeste talent à Meaux car je n'ai pas de renseignements particuliers sur lui. Il faudrait que je fouille les archives de Meaux pour en savoir plus ...
Toujours est-il que François Laurent de La Gravière, exempt à Lagny puis lieutenant à Meaux, père des deux portraiturés, fit baptiser un fils Jean-Claude à Lagny en 1737 avec comme parrain Claude de Vabois, sgr de Gisy-Les-Nobles et de Michery (en Bourgogne), capitaine au régiment d'Enghien-infanterie (Condé), gentilhomme de la chambre du roi et comme marraine son épouse Jeanne Catherine Angélique Malet, fille de Jean Roland Malet (°1675-1736), financier du règne de Louis XIV qui en récompense de ses bons et loyaux services envers la royauté fut élu à l'Académie française en 1714 (c'est l'évêque de Mirepoix, Jean-François Boyer, qui lui succédera dans son siège académique – très lié avec les Pomiès). Il est le premier à avoir fait paraître de précieux documents sur l'histoire financière de la monarchie : Comptes rendus de l'administration des finances du royaume.
La dot de la mariée Angélique Malet lors de ses premières noces avec Louis Hosdier (°1688-1727), conseiller d'Etat, premier président en la Cour des Monnoies de Paris, commissaire-général des Monnaies de France, se monta en 1718 à 160 000 livres ! Ceci pour dire que son père était un partisan fortuné ...
Ce Jean-Claude Laurent de La Gravière, exempt de la Maréchaussée à Lagny-sur-Marne, ci-devant officier de cavalerie publia des Lettres en vers d'une étrangère à un François, & du comte d'Essex à Elisabeth, Reine d'Angleterre ainsi que Les Idilles de Gessner en vers françois (à la suite).
Vers à la Reine Marie Leczinska 1765. Postscriptum à la Maréchale de Berchény s'étant chargée de faire agréer les vers précédents à la Reine l'auteur l'en remercie par ceux qui suivent.
En 1783 Laurent de La Gravière le Jeune, alors retraité et pensionné, imagina un échange entre Régulus et son épouse (Discours de la femme d'Attilius Regulus et réponse).

Le physique d'Elisabeth Laurent de La Gravière me paraît un peu ingrat mais il est vrai qu'elle épouse un homme qui a l'âge de ses parents et en est à son troisième mariage : ceci compense cela !
Et puis il vaut mieux connaître le loup qu'en rester aux petits chiens, non ?

Par leur mère les Laurent de La Gravière sont Lorrains, il est donc logique qu'ils aient une prédilection particulière en faveur du Roi Stanislas, duc de Lorraine et de Bar et de sa fille la Reine de France ; quant au Maréchal Berchény (°1689-1778) c'est un militaire à la carrière exceptionnelle dont la famille hongroise (originaire de Transylvanie) s'est illustrée depuis des siècles sur tous les champs de bataille. Il s'est installé à Luzancy, non loin de Meaux et de Lagny, dans un beau domaine.


Journal des débats du dimanche 20/3/1927 :

En flânant

Le voyage à Reims d'Antoine-Nicolas Duchesne

Je voudrais vous conter comment le jeune Nicolas-Antoine Duchesne, botaniste et jardinier, s'en fut de Versailles à Reims pour assister au sacre du roi Louis XVI.
Il était né à Versailles, en 1747, d'Antoine Duchesne, architecte, peintre et prévôt des bâtiments du roi, qui, lui-même, avait succédé dans cette charge à son père.
Ses goûts avaient porté Antoine-Nicolas à étudier la botanique et le jardinage. C'étaient deux sciences à la mode. Jean-Jacques avait dit : « Tant que j'herborise, je ne suis pas malheureux. » Les studieux et les studieuses élèves de M. de Jussieu s'étaient donc répandus dans les champs des environs de Paris pour enrichir leurs herbiers. D'autre part, c'était le temps de la grande querelle entre les derniers défenseurs de Le Nôtre et les partisans des jardins irréguliers, et il n'était bourgeois possédant une petite campagne qui ne s'ingéniât à transformer son lopin de terre en jardin anglais ou chinois.

Duchesne n'était pas un de ces amateurs botanistes ou jardiniers de raccroc. L'art des jardins n'avait pas de secrets pour lui, et il nourrissait pour les plantes et les arbres une passion profonde, ingénue.
D'ailleurs, sa curiosité s'étendait aux choses de l'architecture que son grand-père et son père avaient pratiquée toute leur vie.

En 1775, il avait vingt-huit ans, n'était point marié et vivait en famille au Grand-Montreuil, faubourg de Versailles, auprès de son père et d'une de ses tantes. Son petit récit de voyage, formé de douze lettres à son père (1), nous fait entrer dans l'intimité de ces bourgeois du temps passé, assez semblables à ceux que l'on voit dans les tableaux de Greuze.

Un jour, il confie à son père son désir de se rendre au sacre du roi, et lui montre sur la carte de Cassini l'itinéraire qu'il a choisi. Il s'écartera des routes par où se dirigeaient vers la ville du sacre les bourgeois et les seigneurs, les dignitaires de la couronne et les petites gens, les pèlerins et les badauds. La cour et le roi suivaient un itinéraire en quelque sorte rituel, par Compiègne, Soissons, Fismes et Tinqueux.
Mais, de toutes parts et par tous les chemins, en voiture, à cheval, à pied, arrivait une foule fervente ou curieuse, qui, rôtie par le soleil d'été, les vêtements enfarinés et les gosiers desséchés par la poussière crayeuse de la Champagne, se désaltérait à tous les cabarets, quêtait un gîte à toutes les hôtelleries. Et cette multitude devenait plus dense à mesure qu'elle approchait de Reims, car, à dix lieues à la ronde, il n'était Champenois qui ne voulut, ces jours-là, contempler les merveilles que son père avait vues et lui avait racontées. Duchesne remontera donc la vallée de la Marne et gagnera Reims en moins de quatre jours, à pied ou avec les montures d'occasion qu'il trouvera sur la route.
C'est un voyage de quarante lieues, où les gîtes sont incertains.

À sa grande surprise, il ne trouve chez son père ni opposition, ni encouragement.
« Ce libre arbitre, dit-il, que j'exerce si peu, me semblait un étrange état. » Il se décide pourtant, malgré sa tante qui, elle, ne dissimule pas sa désapprobation. Et, accompagné d'un de ses amis nommé Chavonay, garçon sans mélancolie, il quitte la maison paternelle le 5 juin, à trois heures et demie du matin.
A Saint-Cloud, nos voyageurs s'embarquent sur la galiote, grand bateau couvert qui remonte la Seine jusqu'à Paris. Ils traversent la ville par une chaleur étouffante, et, à sept heures du matin, arrivent chez des amis qu'ils ont à Saint-Maur-les-Fossés, sur la Marne. Là, ils se reposent, vont à la messe, bavardent, font deux parties de tric-trac et déjeunent joyeusement. A trois heures et demie, ils se remettent en route.
A Noisy, ils ont la chance de trouver un cheval de paysan, jettent un coup d'oeil sur les superbes châteaux de Noisiel et de Champs, se font nommer quelques plantes par une paysanne qu'ils croisent sur le chemin, tombent sur Lagny et vont demander l'hospitalité à la ferme toute voisine de Saint-Laurent, où demeurent d'autres amis des Duchesne.

Le lendemain, à quatre heures du matin, une grosse fille de basse-cour vient donner de grands coups de poing à la porte de leur chambre. En route ! Ils verront Lagny au retour. On n'a point trouvé de chevaux pour eux, ils gagneront donc Meaux à pied. Sur le chemin ils observent les vignes de Montevrain : elles sont « échalassées et dégarnies du pied à près de dix-huit pouces de haut. » – Il y a beau temps qu'on ne voit plus de vignes à Montevrain, on n'y voit même plus d'échalas. – Ils admirent le château de Chésy. – Il y a beau temps qu'il a disparu, le château de Chésy ; il ne reste que des bâtiments anciens très insignifiants et une maison moderne qui, hélas ! est beaucoup moins insignifiante. Il est intéressant, mais mélancolique de se promener ainsi en France à la suite des voyageurs d'autrefois. On voit combien a changé la figure de notre pays, jadis si charmante, si variée. Quel trésor nous avons dilapidé !

A Meaux, Duchesne aperçoit « avec vénération » la cathédrale de Bossuet. Encore un pèlerinage qu'ils feront au retour. Impossible de flâner. On leur a découvert un cheval et une charrette qui va les transporter, par La Ferté-sous-Jouarre, jusqu'à Luzancy. Là ils arrêtent, curieux de regarder les jardins irréguliers que le maréchal de Bercheny vient de faire dessiner et qu'il a meublés de fabriques à la mode nouvelle. Je laisse la parole à Duchesne il faut bien que nous fassions connaissance avec les deux voyageurs.
« La vue d'un bout de jardin dans le genre libre m'a fait renvoyer très vite l'importune voiture et nous avons été visiter ces nouveautés faites par le maréchal de Bercheny, seigneur du lieu, sur le bord du chemin. Un carrefour nous a indiqué, vis-à-vis la route de Moras, le sentier de l'hermitage. A moitié chemin, on trouve une hutte assez élevée, soutenue par quatre troncs d'un pied de diamètre et couverte de chaume, faisant pavillon carré. Au-dessus de la barrière qui ferme l'escalier de bois, on lit cette inscription :

A l'amour, ainsi qu'aux chasseurs,
Un belvédère est nécessaire ;
Aux uns pour observer la terre,
Aux autres pour guetter les coeurs.

Cette portion de bosquets rustiques est de six à sept arpents au plus et sans eau ; mais le grand chemin passe au pied, et plus bas, au-dessous d'un joli vallon, on voit circuler la Marne. Ceci me rappelle une réflexion du philosophe Chavonay en lui voyant faire tant de détours : « Les rivières, dit-il, ne sont pas paresseuses ; elles prennent toujours le plus long. »
Il fut décidé entre nous que c'est parce qu'elles n'aiment pas à monter.

» On a profité des creux d'anciennes carrières pour y planter du bois et faire circuler des sentiers ; mais j'ai été indigné de l'indécence de représenter une chapelle avec son clocher pour servir de boudoir et de salon de compagnie, encore plus de la grotte où un hermite est peint sur des planches découpées, posé en adoration au pied d'une croix pour le tourner en ridicule. Je vous fais grâce des deux quatrains.

» Le chemin qui descend au village est fort bien accompagné par un sentier couvert d'un fourré de broussailles, et l'avenue voisine qui conduit dans la plaine est bordée négligemment de roches qui rompent l'entrée entre les arbres et tiennent lieu de fossé. Au haut de ce chemin, est une croix sur un pied décoré de coquillages simples, aussi bien que les marches du prie-dieu sont disposés au-devant ; mais, à coup sûr, les pèlerins de l'hermitage les fréquentent peu. »

Mis en bonne humeur par toutes les inventions du maréchal de Bercheny et ayant planté là cheval et charrette, Duchesne et Chavonay se remettent en route sur les coteaux de la Marne.

« De ce moment, la route s'est trouvée charmante. Croûtes surtout est un vignoble délicieux. La Marne passe au pied. Des sureaux de haute tige multipliés dans les vignes parfumaient l'air : nous avons arraché l'aveu que le fruit sert à colorer le vin. Une jolie fontaine dans une auge de roche à demi-meule, bien taillée : l'eau exquise. »

Ne sentez-vous pas, dans ces quelques lignes, la délicieuse allégresse de la promenade, de la vraie promenade, de celle qu'on fait à pied, en humant l'air des coteaux et en buvant l'eau des fontaines ?

On les a munis de lettres pour les chanoines de Charly qui pourraient sans doute leur offrir une hospitalité moins redoutable que celle des auberges, mais ils brûlent Charly : Duchesne n'a nulle envie d'aller, comme il dit, « vicarier chez des inconnus » et perdre en conversations son temps « qui n'est destiné qu'à faire route, manger, dormir ou prendre la plume pour faire cette relation ». Puis, il faut être à Reims le surlendemain ; mieux vaut allonger l'étape et, d'une traite, gagner Château-Thierry.
Après avoir admiré les « détours de la Marne » ils arrivent enfin à Château-Thierry, traversent rapidement la ville et la jugent « assez vilaine ». Pardonnons-leur ce blasphème : ils sont fourbus et ne sont point sûrs de leur coucher. Ils battent les hôtelleries du côté du port. Enfin, ils en trouvent une qui les veut bien accueillir.
Malheureusement, il y a eu quelques émeutes sur les marchés du pays, et les troupes appelées à Château-Thierry occupent tous les logements. Une douzaine de soldats a élu domicile dans la pièce qui commande la chambre que l'on a donnée aux deux passants. A trois heures et demie, un roulement de tambour destiné à réveiller les militaires fait sauter de leur lit Duchesne et Chavonay.

Ils sortent de Château-Thierry par la grande route de Châlons. Elle est ennuyeuse, cette grande route mais les deux gaillards ont de bons yeux et le réveil en sursaut ne leur a point troublé la vue. Ils observent la nature du calcaire qui sert à ferrer la chaussée, les lourdes charrettes attelées de bœufs qui descendent des Vosges, les grosses sources qui, en cet endroit, ravinent la colline et font de charmantes cascades, les animaux minuscules qui, sous les chutes d'eau, adhèrent aux cailloux, la flore aquatique poussée au fond des ravins où les ruisseaux se perdent de place en place, la diversité des arbres plantés au bord du chemin, les vastes landes de genévriers et de bruyères où se reposent les rouliers vosgiens autour de leurs voitures dételées. Ils parviennent à Dormans vers huit heures, prennent un « vigoureux déjeuner » à l'auberge du Port-Mahon, passent le bac de la Marne et, sur l'autre rive, se trouvent « dans les prairies de Virgile ». Impression fugitive. Car les voici maintenant dans l'aride et crayeuse Champagne et, piquant au nord dans la direction de Reims par des chemins de traverse, ils arrivent à Ville-en-Tardenois. Ils ne sont plus qu'à quatre lieues de Reims, ils touchent au but de leur voyage.
Parvenus à l'étape avant trois heures de l'après-midi, ils se frisent et se font la barbe en vue de leur entrée dans Reims. Leur hôtesse prend même soin de lessiver leurs bas et leurs chemises. Et, en homme qui se sent les épaules un peu meurtries par le poids de son sac, Duchesne fait alors cette réflexion qui a plus d'une fois traversé la cervelle de tous les amateurs de voyages pédestres : « Cela nous a prouvé que notre paquet était encore plus gros qu'il n'était nécessaire, et j'en serai plus hardi à l'avenir à le diminuer encore, puisque nous voici à Reims avec tout linge blanc. »

A deux heures du matin, il part avec les deux enfants et la bru de son hôtesse : eux aussi veulent voir le sacre. A une petite lieue de la ville, il se sépare de ses compagnons. Il a découvert quelques pieds de coquelourde, comme il n'en a jamais vu dans la campagne, ainsi que du serpolet à grandes fleurs. Il fait de ses trouvailles un paquet qu'il mettra à la poste, le destinant au jardin paternel.

Avant six heures il est à l'entrée du faubourg de Vesle. Il y déjeune d'une omelette. A sept heures et demie, il s'installe avec Chavonay dans le logement qui leur a été réservé, rue d'Oignon, chez M. Milson, vitrier.

Reconnaissez que ce botaniste passionné était un solide tempérament et un rude marcheur. Mais ces prouesses n'étonnaient personne. En ce temps-là le sport n'avait pas aboli le goût de la marche, ni l'auto celui de la promenade.

Un autre jour, je vous conterai le retour de nos voyageurs.

ANDRÉ HALLAYS

(1) Ces douze lettres ont été publiées en 1902 par Henri Jadart qui était bibliothécaire de la ville de Reims, sous ce titre : Relation du voyage à Reims d'Antoine-Nicolas Duchesne.


L'art militaire a mauvaise presse de nos jours ; il n'en a pas toujours été ainsi ...


Journal des débats du 25/7/1895 :

AU JOUR LE JOUR
« RÉFLEXIONS ET SOUVENIRS DU CHEVALIER DE RAY ».

En éditant cette œuvre ignorée, M. Lucien Mouillard, l'érudit historien des Régiments sous Louis XV, a voulu nous mettre à même de mieux apprécier les hommes de guerre, parfois méconnus qui commandèrent, au siècle dernier, les armées de la France. – L'auteur, le chevalier de Ray, fils de soldat et, dès l'enfance, profondément épris de gloire militaire, embrassa de très bonne heure la carrière des armes. Il servit d'abord pendant la guerre de Bavière, puis prit part en Flandre, en Italie, à Minorque, en Hanovre, en Allemagne, à toutes les campagnes de 1743 à 1762. Au bout de 48 années de service, parvenu au grade de lieutenant-général et comblé d'honneurs, il se confina dans la retraite où, presque septuagénaire, il écrivit, vers 1787, ces Souvenirs, qui ne forment pas moins de trois volumes in-folio.

De ce manuscrit énorme et quelque peu indigeste, l'éditeur n'a extrait que la matière de 300 pages, particulièrement intéressantes par les précieux détails que donne le vieux général sur la vie et sur les sentiments intimes de ses collègues et de ses supérieurs. Il n'est point de militaire distingué de cette période qu'il n'ait vu de près et qu'il ne caractérise d'un mot. Parmi les cent généraux plus ou moins célèbres qu'il cite, ses héros préférés sont le maréchal de Saxe, les deux de Broglie, Chevert, de Castries et bien d'autres ; mais il ne manque pas de rendre aussi justice à des hommes tels que le maréchal de Vaux, « le modèIe de la sagesse, de la constance et de la fermeté », – Bercheny, « le père du soldat, l'ami de l'humanité », – ou encore Gribeauval, « le régénérateur de l'artillerie française, l'admiration de l'Europe ».

Ce qui domine par-dessus tout en ce livre instructif, c'est l'amour, on pourrait dire la vénération passionnée, du chevalier de Ray pour la guerre : « J'ai été le témoin, écrit-il, de tant de belles actions à la guerre, j'y ai vu de si beaux traits d'humanité pour réparer les maux qu'elle entraîne, que je ne puis me résoudre à la regarder comme un fléau détestable, mais comme un temps d'épreuves salutaires, pendant lequel se commettent les grandes actions, ces actions héroïques qui font l'honneur de l'humanité ! »
– F. D.

Augustin Louis Erard marquis de Ray, entrée en service le 14/12/1739, Capitaine le 27/5/1743, Major le 22/1/1752, Aide-major de la Gendarmerie avec rang de Mestre-de-Camp le 15/1/1758, Mestre-de-Camp d'un Régiment de Cavalerie le 30/5/1760, Brigadier le 25/7/1762, Major de la Gendarmerie le 26/4/1764, Maréchal de Camp le 3/1/1770, Lieutenant-Général le 1/1/1784, Commandeur le 9/12/1771 puis Grand-Croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis le 25/8/1784.
Il ne faut pas le confondre avec son frère aîné Louis Augustin Erard baron de Ray, brigadier des armées du roi, nommé en 1745 pour commander en chef les troupes françaises dans les Indes ; fut fait prisonnier à son passage sur l'escadre française commandée par le marquis d'Albert. Il a continué ses services dans les guerres de Flandre et du pays d'Hanovre, tué à la bataille de Bergen en 1759. Famille de Normandie.


Ce sont de rudes marcheurs nos sujets du siècle des Lumières et leur trekking vaut bien celui de nos apprentis-bobos du XXIème siècle ... en pleine régression et confusion mentale d'après-nation. Je remarque qu'ils gardent leur religion toute simple de leurs pères et qu'elle n'est pas plus absurde que la religion actuelle du métissage des races et des cultures ! La majorité des garçons étant à trente ans ceci explique que le jeune Antoine-Nicolas Duchesne (°1747-1827) ne s'émancipe pas si facilement que la jeunesse au jour d'aujourd'hui.

La seconde partie de l'article d'André Hallays est moins bonne à mon goût car il y prend un peu trop la parole et ne laisse pas l'estimable Duchesne nous montrer ce XVIIIème siècle dans ce qu'il a de meilleur, le goût de la nature, une religiosité apaisée, le sens de la recherche scientifique et esthétique, l'expression d'un équilibre de la civilisation qu'on peut dire française de bout en bout avant que le mercantilisme anglais ne submerge le vieux monde.


Journal des débats du dimanche 3/4/1927 :

En Flânant

Le voyage à Reims d'Antoine-Nicolas Duchesne

LE RETOUR

J'ai conté comment le jeune botaniste Antoine-Nicolas Duchesne et son ami Chavenay étaient venus de Versailles à Reims pour assister au sacre de Louis XVI. Suivons-les aujourd'hui sur le chemin du retour.

Duchesne reste toute la semaine à Reims et c'est une semaine bien remplie. Là où la protection de M. d'Angivillers, directeur et ordonnateur général des bâtiments et jardins du roi, ne peut lui faire obtenir une place, il se faufile, il voit toute la cérémonie du sacre, le carrousel, la cérémonie du Saint-Esprit, la cavalcade, la procession du Saint-Sacrement, et il narre tout à son père. En même temps, il badaude par les rues de Reims, regarde et décrit les aspects de la ville, visite et explore les monuments. Grâce à lui, nous pouvons nous faire une idée des richesses et des magnificences que les siècles avaient accumulées à Reims, que la Révolution a commencé de détruire et que les Allemands ont anéanties. Mais il est inutile de refaire avec Duchesne un tableau du sacre on en connaît le cérémonial par tant de livres et d'estampes ! Inutile aussi de suivre notre voyageur dans ses promenades à travers Reims, car, de tant d'admirables monuments, il ne reste plus aujourd'hui que de rares vestiges dans la cité nouvelle qui s'est rebâtie sur les décombres de la ville écrasée par les obus.

Rejoignons nos voyageurs à leur sortie de Reims.

Pour revenir à Paris, ils vont suivre à peu près le même itinéraire qu'ils avaient choisi pour se rendre à Reims. Ils gagneront la Marne à Damery et descendront la vallée. Cette fois, ils auront le temps de flâner et regarderont avec plus d'attention les châteaux, les églises et les jardins devant lesquels, peu de jours auparavant, ils n'ont fait que passer, et à quelle allure !
Première halte chez M. Lagoille de Courtaignon, qui possède un château dans les bois, au sud de Reims. Il a invité Duchesne à venir voir son parc et une belle collection d'histoire naturelle, botanique et minéralogie qui appartient à sa tante, Mme de Courtaignon. Duchesne arrive au château, et, « après une toilette faite à la porte d'une glacière », est présenté à l' « élève et ancienne amie de Jussieu ».
Elle lui fait admirer ses herbiers, ses échantillons de bois, de graines et d'écorces, ses fossiles, ses minéraux. Il n'est pas dupe de cet empressement dont « le fin mot, dit-il, est que le cabinet est à vendre ». Ayant vu les collections de Mme de Courtaignon et visité le parc, il reprend sa route vers Damery, dont il passe le pont : « Les voûtes en sont en tiers-point ; il y a sept arches très petites, mais bien plus intelligentes que celles du Pont-Royal qu'on veut bien trouver beau. » Puis il va donner un coup d'œil aux « plantations à l'anglaise » que M. de Meulan vient de faire exécuter à Saint-Martin d'Ablois, sur les dessins du célèbre horticulteur Prescott. Il les critique en connaisseur. On le voit, Duchesne ne perd pas son temps.

Désormais nous ne le suivrons plus étape par étape. Sans doute sa relation est égayée de plaisants épisodes, de fines remarques sur les mœurs et le parler des naturels de la vallée ; rien n'échappe à cet esprit curieux. J'insiste de préférence sur les observations que lui suggère la visite des églises et des jardins, car il aime l'architecture par tradition de famille, et le jardinage, étant jardinier de son état.
On a souvent prétendu que les monuments du Moyen Age n'avaient retrouvé d'admirateurs qu'à l'aube du romantisme, que le Génie du christianisme avait révélé au dix-neuvième siècle la beauté de l'art ogival méconnue par tous les artistes et tous les amateurs des deux siècles précédents. Cette opinion est devenue presque un dogme pour les historiens de l'art français. Cependant, elle n'est pas rigoureusement vraie. Au dix-septième et au dix-huitième siècle, on a achevé et même construit des églises gothiques. Assurément elles n'étaient pas d'un style très pur, et cela prouve que leurs auteurs connaissaient mal la construction médiévale, non pas, qu'ils la méprisaient, bien au contraire.
S'ils qualifiaient de barbare la sculpture des vieux portails, les grands architectes de l'âge classique ont montré dans leurs écrits théoriques qu'ils connaissaient très bien le prix des grandes œuvres du Moyen Age. Enfin, dans la seconde partie du dix-huitième siècle, on pouvait déjà pressentir une évolution du goût public, car, au milieu des fabriques villageoises ou néo-grecques qui meublaient les jardins irréguliers, on voyait apparaître de fausses chapelles, de faux ermitages, de fausses ruines en faux gothique.

Duchesne n'aime guère ces colifichets.
En revanche, il est affranchi du préjugé classique, et c'est avec une grande liberté d'esprit qu'il juge, date et admire les magnifiques églises gothiques de la vallée de la Marne.

Il s'arrête à Essommes devant la belle collégiale que nous avons vue avant la guerre telle que lui-même l'a décrite, et qui, endommagée par les obus, est maintenant à demi restaurée.

« L'église, dit-il, est le reste d'une grande église d'un fort beau gothique, avec des vitres peintes comme à Saint-Crépin de Château-Thierry... Toute la nef qui se ruinait a été abattue ; on a refait un portail romain d'une architecture romaine fort simple et l'ancien chœur partagé sert pour tout... » – Toute la description est de la même exactitude.

A Meaux, il se place près de la cathédrale pour la voir plus à son aise, et il écrit: « L'architecture est du bon gothique, avec double bas-côté, la croisée au milieu, et non au sanctuaire comme à Reims... Le jubé a été supprimé quand on a fait les deux autels d'assez mauvais goût qui ferment, à sa place, le devant du chœur... Les stalles sont belles. »
Apercevant le chapeau rouge du cardinal de Bissy, qui est suspendu à la voûte de la cathédrale : « Ce joujou, dit-il, fait un effet singulier. Etait-ce donc un successeur de Bossuet qui devait s'imaginer que ses titres pouvaient faire honneur à l'église de Meaux ? Heureusement, la chaire, qui est petite et d'une vraiment vieille menuiserie, semble publier, au milieu de ces nouveautés, qu'elle a eu le privilège de recevoir le seul évêque de Meaux dont le nom soit connu dans toute l'Eglise ? On n'a pas encore osé porter la main sur ce monument vénérable. »
Hélas ! la Révolution devait porter la main sur ce « monument vénérable » et de quelques panneaux anciens, plus ou moins détériorés, on a refait une chaire neuve. Détruites aussi « les belles stalles ».
Et maintenant, pour commémorer Bossuet, un amas énorme de sculptures emphatiques et banales encombre la cathédrale récurée et grattée.

Au retour, Duchesne s'arrête à Lagny.
« L'abbaye, dit-il, en est le seul bâtiment remarquable ; il est en pierre et brique.
Il y a un corps de logis moderne, la porte est fort ancienne avec des coulisses de herses et un certain air de forteresse. Plus haut est l'église, dont il ne reste que le chœur et un portail moderne fort simple appliqué au devant depuis qu'on a détruit les commencements de construction de la nef. L'architecture gothique est du bon temps et ce morceau achevé aurait été remarqué... On y retrouve, comme à Reims, la croisée placée très près du sanctuaire... »

Il avait du coup d'œil et du goût, cet humble et lointain prédécesseur des grands antiquaires du dix-neuvième siècle.
Enfin, pour achever de peindre celui que nous avons pris pour compagnon de route, je veux citer une dernière page tirée de sa relation. Reçu à Saint-Laurent par les amis chez lesquels il a passé une nuit en se rendant au sacre, il s'aperçoit que ceux-ci ont mis en culture une ancienne propriété d'agrément, et il en est révolté dans son cœur de jardinier :

« Ce lieu bâti et planté pour le luxe, comme on le voit sur un plan qui reste accroché dans le corridor, a été converti par M. et Mme Guérin en un domaine utile. Les deux feuilles du parterre, entourées de contre-espaliers, sont semées cette année en blé ; un grand boulingrin à gauche l'était l'année dernière ; mais Mme Guérin l'a fait remettre en pré, attendu que cette denrée qui vient sans frais de culture lui paraît la plus profitable à des bourgeois. Aussi en a-t-elle mis partout, dans les allées ci-devant de décoration, dans le verger et même dans le potager, un petit attenant lui suffisant.

» Je crois que vous eussiez eu peine à renoncer aussi courageusement à toutes les grâces, à la fois, et je conçois combien M. Guérin nous doit trouver ici de luxe.
Ce qui m'a le plus choqué ce sont les débris subsistants d'une glacière, d'un petit canal jadis empoissonné, et même du bassin en face de la maison. Les eaux sont conservées, dit-on, et l'on veut se ménager ou à d'autres le moyen de rétablir tout cela. Chacun a son goût.

» Ce qui m'a fait le plus de plaisir, ou plutôt la seule chose qui ait pu me paraître agréable dans ce lieu où, spectateur désintéressé, l'argent qu'il peut produire m'était indifférent, c'était une allée en terrasse, longue de 128 toises, qui tombe perpendiculairement à droite sur le dernier pavillon du petit château ; elle est bordée d'arbres, de charmilles négligées, qui en rendent la promenade fraîche en plein midi et vraiment agréable. Ce sont les délices de ces dames, et je sens qu'il doit être charmant d'y rêver. »

Il y a quelques jours, me promenant dans la vallée de la Marne, je voyais les énormes écriteaux qui annoncent le lotissement de tant de vieux domaines, je pensais aux jardins que l'on va dépecer, aux parcs que l'on va raser et je me rappelais la plainte si touchante qu'arrachaient à Antoine-Nicolas Duchesne les premiers méfaits de l'utilitarisme. Depuis cent cinquante ans, combien de chefs-d'œuvre de l'art des jardins ont été anéantis autour de Paris !
De Lagny, par Chelles et Montreuil, toujours avec le fidèle Chavenay, Duchesne s'achemine vers Paris et regagne la maison paternelle du Grand-Montreuil.

Ce brave homme devait passer sa vie tout entière à Versailles ; il y fut professeur à l'école centrale, professeur au lycée ; il fonda la Société d'agriculture de Seine-et-Oise et rédigea pendant vingt ans l'annuaire du département. Il publia des Considérations sur le jardinage et des opuscules sur Versailles. II mourut en 1827, âgé de quatre-vingts ans. Il aurait donc pu assister au sacre de Charles X, comme il avait assisté à celui de Louis XVI. Et comme le vieillard se fût diverti s'il était alors retourné à Reims et s'était remémoré les souvenirs de l'autre sacre ! Cette scène par exemple :
Avant le roi, six princes étaient entrés dans la cathédrale ; ils représentaient les six anciens pairs ; le second, en pénétrant dans le chœur, avait levé la tête de côté et d'autre et laissé tomber sa couronne : « Ah, diable » avait-il dit, tandis qu'on s'empressait à la ramasser. Le second des pairs, c'était le comte d'Artois !

Il n'est pas douteux que Duchesne, en 1827, eût mis plus de trois jours pour aller à pied de Versailles à Reims.

André Hallays.

Louis La Goille (mort le 18/12/1741), chevalier, seigneur de Courtagnon, Saint-Remi-sur-Bussy et la Croix-en-Champagne, Conseiller du roi en ses conseils ; grand-maître enquêteur, général-réformateur des eaux et forêts de France, Champagne, Brie et Luxembourg et procureur du roi en la juridiction de Châlons est le grand-maître des eaux et forêts au département de Champagne de 1725 à 1741 dont comme neveu et héritier Marie-Louis La Goille (°1726-1797), chevalier, seigneur de Courtagnon, Presle, Mauvrain, La Hovette, Saint-Remy-sur-Bussy et La Croix-en-Champagne, ancien capitaine de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, demeurant au château de Courtagnon en 1789.

Arthur Prescott (°1736), jardinier du prince de Conti en 1776, franc-maçon à Paris.
En 1773, Marie-Charlotte Hippolyte de Campet de Saujon, comtesse de Boufflers-Rouverel, l'idole du Temple, achète également près du château du Coq, un beau domaine avec un immense jardin à la française de 10 ha (de la rue d'Auteuil au boulevard Beauséjour). Selon le jardinier paysagiste Thomas Blaikie, qui le visite en 1785, elle le fait transformer dès 1775 par un jardinier anglais, il écrira dans son journal (Diary of a Scotch Gardener) : « Suis allé à Auteuil voir les jardins de la madame la comtesse de Boufflers, œuvre de M. Prescott passablement bien faite. » Mme de Boufflers s'y retire en 1776, quand, à la mort du prince de Conti, le Grand Prieur, elle doit quitter le Temple. Selon Blaikie, Prescott avait également dessiné les jardins du parc de Saint-Leu, propriété de Louis Philippe Joseph d'Orléans, duc de Chartres qui était un fervent anglophile.


Dans la mesure du possible je corrige les petites erreurs d'André Hallays ; par exemple pour d'Angivilliers, il s'agit de Charles Claude Flahaut (°24/1/1730 Saint-Rémy en l'Eau en Beauvaisis - 19/12/1809 Altona banlieue de Hambourg, Allemagne dans sa 80ème année), comte de la Billarderie, seigneur d'Angiviller, conseiller en Ses conseils, mestre de camp de cavalerie, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint Louis, commandeur de celui de Saint-Lazare, membre de l'Académie des Sciences, directeur et ordonnateur général des bâtiments du roi Louis XVI. Le comte de la Billarderie d'Angivillers, directeur et ordonnateur général des bàtiments, arts, académies et manufactures royales était considéré comme ministre à Versailles, et avait le droit de communiquer avec le roi. Successeur de M. de Marigny, frère de la Pompadour (son frère aîné Charles François Flahaut qui sera guillotiné avait épousé en premières noces sa soeur née Poisson et Auguste Charles César, l'aîné des trois frères, avait été nommé intendant du jardin du Roi à la mort de Buffon en 1788).
Le duc de Morny descendait par la main gauche du comte de Flahaut (°1785-1870), lui-même fils illégitime de Talleyrand (à ce que prétendait lui-même le demi-frère de Napoléon III – tout cela est absolument naturel plaisantait-il dans la conversation), ci-devant évêque avant la Révolution.

On peut dire que la pointe extrême de la civilité c'est la France et les Français à cette époque avec tous les vices que l'on veut ; l'utilitarisme américain est loin encore de nos consciences. On accueille Benjamin Franklin à bras ouverts comme le maréchal Berchény avant lui, parce que chacun de ces deux hommes vient recevoir en France le prix de ses qualités fondamentales d'homme du monde et d'homme de la civilisation ouverte. La Révolution au fond c'est l'excès de vertus qui vient détruire ce bel ordonnancement. On abolit la liberté de conscience au nom d'une liberté abstraite et le vice trop humain au nom de la vertu guillotinante.

Une civilisation est comme un organisme individualisé, elle a besoin de temps pour se développer et conserver son équilibre avec le milieu extérieur tout en développant des échanges intenses avec ce qui l'alimente en énergie.
Un pur économiste style Piketty croit que le seul drame c'est que Bill Gates dispose d'un Boeing qui l'attend à l'aéroport et pas moi ! Eh bien je suis désolé de lui dire que ce fantasme marxiste est hors sujet. Le drame ce serait que Bill Gates et moi nous n'ayons pas de langage commun pour communiquer et d'une façon générale ce serait de donner à une entité abstraite comme l'Etat une espèce de regard universel sur les choses et les hommes ne dépendant de rien, ni de personne c'est à dire indépendante de l'opinion publique somme des opinions individuelles.
L'individualisme est la clef de voûte de nos démocraties, c'est de la diversité de nos regards que naît l'infinie richsse d'une société et la pérennité d'une civilisation. Il faut maintenir vivantes les conditions de perpétuation de l'individu contre l'Etat moderne ou contre toute forme d'oppression idéologique – Je pense à tout ce qui prend la forme d'une religion, dogme absolutiste, non discutable par la raison qui viendrait même heurter notre instinct de survie personnel. On sait que la religiosité, ce qui relie les hommes proprement, la loi du groupe en somme, peut prendre des formes variées et toutes discutables que la passion alimente.
Cette religiosité qui se nourrit à toutes les sources a vu récemment une nouvelle forme post-moderne : le catastrophisme de type scientifique. Je ne vous ferais pas la liste de toutes les grandes peurs du XXème siècle et du début du XXIème siècle ...
Heureusement quelques esprits sceptiques résistent toujours et encore aux emballements populaires !

Le langage est une forme symétrique d'échange qui arrive à vaincre les dissymétries données de la nature : c'est une chance que cette bourse à la valeur ... l'ordinateur universel qui maîtriserait tous les langages aurait un avantage décisif sur nous !


Nouvelles ecclésiastiques.
Du diocèse de Meaux du 4 août 1744 (pages 127 & 128).
François Laurent de la Gravière doit régler une question de dispense pour cause de parenté concernant un nommé Courtier de Charmentray qui veut épouser sa cousine ; il se heurte à l'évêque de Meaux, Antoine René de La Roche de Fontenilles pourtant son ami (son frère le comte Jean Antoine de La Roche de Fontenilles, chevalier de Malte puis marié en 1735 avec Marie-Anne Duché, sera témoin en 1751 au double mariage du fils et de la fille du prévôt) qui le confond avec un autre Courtier, probablement janséniste avéré qui refuse la Constitution Unigenitus : « Le suppliant, qui tel qu'on le connait dans le pays, aurait signé l'Alcoran plutôt que manquer son mariage, fit tout ce qu'on voulut, eut des dispenses, et se maria. »

Nouvelles ecclésiastiques.
Du diocèse de Meaux du 3 avril 1747 (pages 53 & 54).
MM. de La Gravière père et fils, prévôt de la maréchaussée à Meaux pour se conformer aux instructions de l'évêque Jean-François Boyer, chef de facto de l'Eglise de France, se présentent le 28 décembre 1746 à l'abbaye Notre-Dame de Faremoutiers près de Coulommiers afin d'en expulser quatre soeurs jansénistes réfractaires aux ordres du roi d'où scène amusante des lettres de cachet que l'on ne veut pas montrer et embrassades des soeurs, la mère de Sainte-Fare s'exclamera : « Oui, je crois que chez les Turcs il y a plus d'humanité ! »

Description de la généralité de Paris : contenant l'état ecclésiastique et civil de cette généralité.
1759 Election de Meaux. Entreposeur du tabac : M de La Gravière.
François Laurent de La Gravière ayant cédé sa charge de lieutenant de la maréchaussée à son fils aîné Antoine, est devenu entreposeur du tabac de la ville de Meaux et est mort avant 1765.

Le 2 décembre 1750, sentence du commissaire extraordinaire du conseil d'état François Laurent de La Gravière condamnant l'hermite Jean Belleton, à être rompu vif, pour avoir assassiné l'hermite Charles-François Vannet. Sentence du lieutenant de la maréchaussée de Meaux, condamnant Jean Belleton, dit frère Jean-Baptiste, à être rompu vif, pour avoir assassiné le frère Benjamin, hermite (imprimé à Paris en 1751 chez Veuve Valleyre).
La nuit du 28 au 29 juillet 1750, le frère Charles François Vannet, ermite de Saint-Saturnin, âgé de 68 ans, dit frère Benjamin, de bonne famille de la ville de Besançon, fut assassiné dans son lit à coups de couperet et de couteau par le frère Jean-Baptiste, âgé d'environ 35 ans, de la ville de Senlis. Il le traîna et l'enterra dans le jardin de l'ermitage.
Qui a dit que la religion adoucissait les moeurs ?

Antoine René de La Roche de Fontenilles (°1699 - 7/1/1759 Meaux à 60 ans au palais épiscopal, inhumé en la cathédrale Saint-Etienne de Meaux le mardi 9/1/1759 par Philippe Pidoux, prêtre licencié en théologie de la maison et chaire royale de Navarre, doyen et chanoine de l'église cathédrale, témoins Guillaume Anne Lucy, prêtre aumônier dudit seigneur évêque, Philippe Marly, avocat en parlement, bailli, Jacques Michel, aussi chanoine du chapitre, Vauson du Bordes, etc, vue 40), chanoine de l'église de Paris, nommé le 7/9/1737 évêque de Meaux, premier aumônier de Madame, conseiller du roi en ses conseils, abbé commandataire des abbayes de Saint-Faron de Meaux & d'Auberive & prieur de Saint-Pierre d'Abbeville, fils du marquis de Fontenilles François de La Roche (°1648 - mort en 1728 à 80 ans) et de Marie-Thérèse de Mesmes (°1667 - morte à Paris le 6/1/1755 à 87 ans). Leur fils aîné Louis Antoine de La Roche marquis de Rambures, maréchal de camp, né en 1695, mort à Paris le 28/6/1755 à 59 ans.


Jean-François Boyer issu d'une véritable famille de bourgeois auvergnats et fanatiques (sur une fratrie de dix, neuf épousèrent l'état ecclésiastique) persécuta les jansénistes comme les philosophes naturalistes soutiens de l'Encyclopédie.
Les Pomiès qui étaient à son service ont gardé un esprit de religion très poussé ; voici ce que note le curé Martial Séré en 1888 après son retour de son pèlerinage à Rome :


Onze jours à Rome : souvenirs et impressions par Martial Séré, prêtre du diocèse de Pamiers à Loubières (éditeur : imprimerie Veuve Pomiès de Foix, 1888) :

Arrivé à Carcassonne par le train de Toulouse à 1h 26 de l'après-midi le 29 janvier 1888, il s'empresse de passer à l'imprimerie de François Pomiès qu'il ne trouve pas car il était marguillier de la paroisse.

C'est là que vint me trouver le suisse de la cathédrale pour me prier, au nom de M. Fournier, vicaire général d'aller me placer aux bancs des fabriciens.
Confus de cette gracieuseté, je remerciai le suisse, mais il fallut se rendre à ses instances. Je ne m'en repentis pas, car j'ai trouvé, au banc de la Fabrique, M. Pomiès, imprimeur, un fervent catholique et un compatriote, que je n'avais pas rencontré chez lui quelques instants auparavant.
Je note cette particularité, cet heureux incident de mon voyage comme témoignage de reconnaissance pour une attention qui m'a profondément touché.
Merci à Monsieur le Vicaire général.


En 1777 Jean-Joseph Teissié (°1749 Bordeaux, Gironde - mort le 24/6/1806 à Carcassonne à 57 ans dans sa maison du Carré du Pech, acte 39 vue 114) devint imprimeur à Carcassonne. Jean-Joseph Teissié-Laplante, fils du seigneur de Chouvignac, qui devint, lors du Concordat, imprimeur de l'Evêché, service qui est depuis resté attaché à cette imprimerie, qui fut en 1806 dirigée par la veuve Teissié née Marie Laffon (°1752-1829) et passa en 1811 entre les mains de son gendre Bernard Vincent Gardel-Teissié (°1775-1832) dont la veuve Gardel Teissié (°1777-1845) prit la succession en 1832 pour la céder en 1833 à son gendre Louis Pomiès-Gardel (°1807-1871). Cette imprimerie est aujourd'hui dirigée et ce depuis 1871 par François Pomiès (°1818-1900), frère de Louis et qui épousa la seconde soeur Gardel.

Entre parenthèses c'est à François Pomiès que le célèbre abbé Boudet (°1837-1915) confia en 1886 l'impression de son opus magnum, publié à compte d'auteur, et censé dévoiler les secrets du trésor des Templiers entre autres choses ... il a fait couler plus d'encre que les Pomiès n'en ont jamais utilisé dans leurs imprimeries de Foix et de Carcassonne !
Le seul et unique livre vraiment connu sur les cinq continents qu'ils ont imprimé est digne des mystagogues.

En 1887, l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse donne son opinion (rapporteur spécial M. Lapierre qui ne cache pas son admiration pour la vive imagination de l'abbé, admiration teintée d'ironie) :

M. l'abbé Boudet, curé de Rennes-les-Bains (Aude), présente à l'Académie, pour la médaille d'or : La vraie langue celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains. (Carcassonne, 1886.) Nous ne pouvons entrer dans la critique détaillée de ce livre pour discuter les hypothèses fantaisistes et les affirmations aussi gratuites qu'audacieuses qui semblent accuser une imagination très féconde. Se plaçant à un point de vue exclusivement religieux, l'auteur fait sans cesse intervenir des autorités qui n'ont rien à voir avec la linguistique telle qu'elle est constituée de nos jours : la Bible, les auteurs latins, de Maistre, Chateaubriand, Figuier, etc. Nous n'avons pas été peu surpris d'apprendre que la langue unique qui se parlait avant Babel était l'anglais moderne, conservé par les Tectosages. C'est ce que M. Boudet nous démontre par de prodigieux tours de force étymologiques. L'Académie, tout en reconnaissant dans ce volume une somme de travail qui mérite quelque respect, ne croit pas devoir consacrer par une récompense ce système aussi hardi que nouveau de reconstitution historique.


Les Plantations en Irlande ou comment transformer la population, les moeurs et la politique d'un pays tout entier en quelques décennies.
C'est dans ces années-là d'expropriation que la famille Cologan quitte l'Irlande pour s'installer aux Canaries où elle fera noble souche (Joseph Regnault épousera en 1850 Mlle Levaillant de Jolival veuve de Don Juan Cologan). On retrouve les Coghlan et les Cologan, deux familles distinctes mais unies par les liens du sang, à la petite cour d'Angleterre des Stuart à Saint-Germain-en-Laye.

Le capitalisme moderne n'en agit pas autrement avec des méthodes en apparence plus douces ... l'Occident est ravagé par la passion de détruire des cultures ancestrales en son sein même après avoir expérimenté la méthode outre-mer.


Une petite énigme à résoudre : un acte difficile à lire dans les archives de Seine-et-Marne.

11/4/1757 Eglise Saint-Christophe de Meaux 1757 vue 395 de la numérisation, page de droite du registre :
L'an mil sept cent cinquante sept le onzième avril a été baptisé par nous curé soussigné Antoine Louis né aujourd'hui fils de sieur Antoine Laurent de La Gravière, écuyer, lieutenant de la maréchaussée de cette ville et de dame Susanne Jacqueline Pomiès (Pommiès) son épouse de cette paroisse.
Le parrain sieur François Michel Pomiès (Pommiès) intéressé dans les affaires du Roi et oncle de l'enfant représenté par Pierre Claude Dufour, compagnon charpentier, la marraine demoiselle Catherine Henriette Fromentin épouse du sieur Charles Dominique Doüy, concierge du Roi au château de Bellevüe et valet de chambre de Madame la Dauphine représenté par Constance Susanne Dufour ; le représentant et la représentante ont signé, le père absent.
Signé : Pierre Claude Dufour C.S Dufour Germain curé.

Le nom du château royal est difficilement lisible mais il commence par un B : s'agit-il de Bellevue et de sa dépendance de Brimborion à Meudon appartenant au Roi et à Mme de Pompadour ? Ou encore Bourron Marlotte, proche de Fontainebleau, où le roi Stanislas séjourna en 1725 ? Après analyse plus fine, je crois pouvoir affirmer qu'il s'agit de Bellevue.
Catherine Henriette Fromentin doit être la soeur de la seconde épouse défunte de Jean-Baptiste Pomiès, père des précédents.

Il faut lire Charles Dominique Dhoey ou d'Hoey, concierge du château de Bellevue, qui doit faire partie de la famille du peintre Jean de Hoëy (°1545 Leyden Pays Bas - 1615) concierge et valet de chambre du roi à Fontainebleau en 1608 (petit fils du peintre Lucas de Leyde par sa fille Marguerite de Leyde) époux à Troyes en 1578 de Marie Ricoveri alias Marie Recouvre fille de Antoine Ricoveri et de son fils Claude d'Hoey ou Doué (°14/10/1585 Troyes - mort le 10/1/1660 à Fontainebleau, inhumé à Avon, abbaye de Barbeau en Brie), peintre et vallet de chambre ordinaire du château de Fontainebleau époux de Gabrielle Tabouret (morte avant 1660), sa soeur Françoise de Hoëy est l'épouse d'abord du peintre Ambroise Dubois (°1543-1615) puis en 1617 du peintre Martin de Fréminet (°1567 Paris - 1619 Paris), premier peintre du roi Henri IV, chevalier de l'ordre du roi.
Jean de Hoey, petit gendre du peintre Domenico Ricoveri dit Dominique Florentin, sculpteur de François 1er, fixé à Troyes, a eu trois fils Claude, Jacques et Jean de Hoey ou Dhoey ou Doué ou de Hory (mort après 1670). Les orthographes sont extrêmement variables d'autant qu'il s'agit d'un nom d'origine flamande (cf le Dictionnaire critique de biographie et d'histoire de Jal sur Gallica).

Natalis Rondot 1897 : Un Florentin, peintre, sculpteur et graveur, que le Rosso avait amené en France avec lui et que nous connaissons bien pour avoir longtemps étudié son œuvre à Fontainebleau, à Paris et surtout à Troyes (arrivée vers 1540), Domenico Ricoveri del Barbiere (°1501 Florence) dit Le Florentin ou Maître Dominque Ricouvry. Il avait travaillé en Italie et en France avec Le Primatice.

Voici un article du Figaro littéraire du samedi 25/6/1887 qui retrace la vie du Roi et de la favorite en titre dans leur retiro de Bellevue et du Brimborion :

LE RAILWAY DES MOULINEAUX A PUTEAUX

Depuis qu'il fait très beau, toute une légion de terrassiers s'est abattue sur la banlieue occidentale de Paris, et travaille avec ardeur à la construction d'une nouvelle ligne de chemin de fer. Si nous sommes bien informé, cette ligne décrétée d'utilité publique an mois de décembre 1875, doit aller de l'esplanade des Invalides à Puteaux. Elle traversera les plaines maraîchères et industrielles d'Issy, desservira le crayeux village des Moulineaux, poudré comme une petite maitresse, mais à blanc de Meudon, et passera devant l'issue de ses fameuses carrières. Puis, au risque de troubler la quiétude des promeneurs, de Sèvres à Saint-Cloud, elle panachera de fumée blonde et secouera de sifflets stridents les vertes rives de la Seine; enfin, gravissant les hauteurs de Suresnes, coupant à travers jardins, prés et vignes, parallèle à la ligne de Paris à Versailles, dont elle doublera les aqueducs, passerelles et viaducs, elle ira la rejoindre à la crête de la colline, près de larges plants de roses du Chante-Coq.

Entre Sèvres et Ie Bas-Meudon, le futur railway qui vient de s'ouvrir une tranchée profonde dans le flanc même de la colline siliceuse, côtoie le parc de la propriété que l'on nomme encore Brimborion ; un peu plus loin, le long de la Seine, il passera devant la façade de la maison bourgeoise édifiée, en 1858, sur les fondations des communs du petit château de Louis XV. Il en a pris, croyons-nous, une faible portion du jardin : le dégât n'est pas de conséquence.

Brimborion, ce nom léger, sémillant, qui sonne si bien, – n'est-il pas vrai ? son dix-huitième siècle, – s'étale banalement, aujourd'hui, en tête d'un acte ministériel de mise en vente, collé au-dessus de la porte. En le lisant, l'idée nous est venue de pénétrer dans l'ex-vide-bouteille royal et nous en avons franchi le seuil, en nous donnant l'apparence d'un homme qui pourrait acheter 90,000 francs un domaine historique.

C'est pendant l'année 1748, dans le brillant de la faveur de Mme de Pompadour, que Sa Majesté très chrétienne et très galante acquit, non pas Brimborion, mais ce qui le devint plus tard et qu'on appelait alors d'un nom typique et singulier : le Taudis. L'an de grâce 1748 marque dans les fastes du flamboyant Rococo.
On commençait de construire Bellevue, cette merveille d'élégance, si vite achevée, sitôt disparue, et dont tant de descriptions élogieuses nous font déplorer la perte. Les ouvriers, très nombreux, se hâtaient, sous les yeux connaisseurs de la marquise, d'exécuter les plans des architectes favoris : MM. d'Assurance et d'Isle. Le Roi, assez amoureux de sa maitresse pour s'intéresser à tous ses caprices, et prenant goût à la création de Bellevue, comme si lui-même l'eût ordonné, allait, venait, s'évertuait parmi les gens de métier selon plusieurs témoins dignes de foi, il parlait avec eux familièrement, « les encouragait par sa présence et les honorait de ses conseils ». Après cette petite débauche d'activité et de popularité, et s'être un instant reposé sur un trône de rocaille et de gazon, à côté des paniers de l'irrésistible Antoinette, le nonchalant Louis XV s'estimait heureux sans doute d'aller souper et coucher dans la petite maison du Taudis, précieusement située au bas du château dont la situation avait ravi les regards de Mme de Pompadour et décidé de son choix.

On inaugura joyeusement Bellevue le 24 ou le 25 novembre 1750 ; ce même jour, le Taudis reçut à souper une partie des invités. Et quels invités ! C'était, comme on dirait maintenant, la crème ou le gratin de la cour. Ils portaient, ces magnifiques dames et seigneurs, des costumes dont le simple énoncé nous éblouit. Assurément la marquise les avait imaginés, et son « crayon divin », chanté par Voltaire, les avait peut-être dessinés. Jugez-en par ces mots de d'Argenson : « Toute la cour – appelée au voyage – aura un bel uniforme pourpre brodé d'or, même les valets de chambre auront le même uniforme dont la marquise donna le drap ; les vestes seront aussi pourpre et or, d'une étoffe fabriquée à Lyon. »
Songez aux merveilleux satins brochés et multicolores que les canuts tissaient alors dans la seconde ville de France, et vous avouerez que les Orientaux, aux vêtements féeriques, étaient éclipsés.
Malgré le luxe extravagant des habits de gala, et le splendide effet que l'assemblée devait produire aux bougies, la fête « ne fut pas agréable ». Il fumait continuellement dans les appartements du plus galant des châteaux, les invités séchaient les murs, une humidité pénétrante, gâtant les opulentes étoffes, tombait sur les épaules nues des dames et, comble de mésaventure, Mme de Pompadour s'avisa de contremander les illuminations et le feu d'artifice, afin de n'en pas donner le spectacle à une foule de badauds qui pensaient s'en régaler la vue, du bout de la plaine de Grenelle. Tout ratait. La noble compagnie éternuait, toussait, s'enrhumait.
Le Roi finit par l'emmener souper au Taudis, où les cheminées ne fumaient pas. Elle eut néanmoins le temps d'applaudir un pot-pourri de circonstance : l'Amour architecte, composé par le duc de La Vallière pour le théâtricule de la maison, et n'oublia pas de se pâmer au clou de la pièce, lequel était un tableau représentant une montagne en gésine : un génie accoucheur la délivrait, elle enfantait le château de Bellevue, et le chœur chantait les qualités et l'heureux avenir d'un poupon si bien doué.

Pas si bien doué, pourtant, s'il en faut croire l'opinion que M. d'Argenson confiait à son journal intime, pendant l'hiver de 1750 : « Le Roi est de plus en plus mécontent de Bellevue, où il fait grand froid et de la fumée (toujours) il s'y est mortellement ennuyé... l'on assure qu'il n'y retournera pas, et qu'il sera purgé mercredi... »

Il sera purgé mercredi ; ... voilà qui en dit plus qu'un long discours. Evidemment, le château capable d'aigrir la bile de Sa Majesté au point de l'obliger à prendre médecine, était à jamais condamné. Eh bien ! non, d'Argenson, le censeur, le raisonnable empêcheur de danser en rond, qui se plaignait sans cesse des prodigalités du maitre, rêvant sous le plus insouciant des règnes un prince économe et sage, d'Argenson ne pouvait lutter contre les enchantements de la marquise. La Pompadour, à force d'ingénieuses inventions, sut effacer la fâcheuse impression première, et constamment piquer, émoustiller le penchant de Louis XV pour la nouveauté. Un jour mémorable, elle le conduisit devant un parterre de fleurs aux nuances délicieuses, il en voulut cueillir une, elle le laissa faire en souriant, et il détacha de sa tige un œillet... en porcelaine tendre, tout parfumé de la plus fine essence. Ces fleurs provenaient de la Manufacture de Sèvres, récemment établie dans le voisinage, grâce à la protection toute-puissante de la châtelaine de Bellevue.

Le 22 juin 1757, Louis XV acheta Bellevue, c'est la preuve qu'il s'y plaisait. Il conserva, non plus le Taudis, mais Brimborion, car la marquise avait débaptisé le pavillon royal de son nom vulgaire. Brimborion fut le Trianon de ce Versailles de la galanterie.

Qui ne sait ce qu'il advint depuis de l'adorable château ? Louis XVI en fit don, pour leur servir de résidence, à Mmes Adélaïde et Victoire – Graille et Chiffe, – ses tantes, et Mesdames, imitant Marie-Antoinette, semèrent les jardins de fabriques champêtres, dans le genre de celles du Petit-Trianon. On en était encore au culte innocent de la nature. Mais vint bientôt le culte de la liberté. Au début de la Révolution, le lendemain du 14 juillet, effrayées, Mesdames s'enfuirent, se hâtant d'émigrer. Et Bellevue fut changé en caserne, puis, la caserne démolie, le terrain vendu à l'encan, quantité de maisons de plaisance en couvrirent l'emplacement, pour la plus grande satisfaction des bourgeois de Paris. Comme il arrive souvent, le petit château sans importance survécut au grand château majestueux, Brimborion resta ce qu'il était, et longtemps encore sa blanche façade, en bordure de la Seine, a fait rêver les navigateurs des bateaux-mouches et les promeneurs pédestres.

Il y a trente ou trente-cinq ans, savez-vous qui possédait Brimborion ? C'était le célèbre chanteur que le trop spirituel M. Choufleuri énumérant les attractions musicales de sa « soirée » appelle le grand tambour, le tambourini ! Antonio Tamburini égayait, lui aussi, de fêtes charmantes, l'ex-pavillon royal, et, citoyen de Sèvres, du moins par goût, il organisait les sociétés orphéoniques de sa commune d'adoption.

Il y a deux ans, Brimborion, bien vieux, bien délabré, – et n'avait-il pas déjà beaucoup duré pour un brimborion ? – Brimborion s'en allait en poussière, les escaliers fléchissaient sous les pas des visiteurs, les sculptures des plafonds s'écaillaient, les boiseries chantournées abandonnaient les murs, et les portes refusaient obstinément de s'ouvrir ou de se fermer. Cependant les curieux, race de gens intrépides, ne cessaient pas de vouloir contempler de près les pauvres débris des antiques splendeurs. On les menaçait en vain d'un écroulement subit de tout l'édifice, ils bravaient le danger de s'ensevelir sous des ruines immortelles. Las de conjurer par leur éloquence un malheur qui devenait inévitable, les propriétaires, M. le général persan Samana et consorts, ont fait démolir les pierres inquiétantes, et un carré de terre, où la végétation n'a pas repoussé, désigne maintenant la place où s'élevait Brimborion.
Eh quoi ! dira-t-on, il n'en subsiste rien ? Rien, sinon des arbres, des arbres superbes, dont quelques-uns, plus que centenaires, ont ombragé les hôtes d'antan, et des vases, dont les formes pures et délicates vantent le mérite incomparable de l'art du dix-huitième siècle.

A Saint-Cloud, la nouvelle ligne coupera en deux le parc d'une très aristocratique villa : la villa de Béarn, à Mme la comtesse de Béarn. Vous avez dû remarquer, en flânant le long de la Seine, les fossés profonds qui en précèdent les murs de clôture et sa grille d'honneur, dans le goût monumental du passé ? Ce nom de Béarn nous remémore la respectable et si intelligente douairière qui, parmi tant de grandes dames à seize quartiers et davantage, en état de monter dans les carrosses du Roi, consentit seule à chaperonner la Du Barry, qu'elle présenta à la Cour, en 1769. Certes, ce fut un événement que cette présentation extraordinaire, où la favorite, si joliment attiffée et coiffée, en « habit de combat », parut, dit Michelet, « décente et plus modeste que bien des femmes de la Cour », et où ses plus grands ennemis, selon MM. de Goncourt, ne purent « échapper au charme de la femme et renoncérent à calomnier sa beauté. »

La comtesse de Béarn, largement récompensée de sa complaisance, acquit aussitôt de grandes propriétés aux environs de la Ville et de la Cour. Ici même, probablement.
Mais le parc de Béarn nous rappelle de plus graves, de poignants et récents souvenirs.
C'est dans ces allées, ce jour-là, ce jour d'un cruel hiver, trempées de neige, boueuses, sans ombre, parmi ses arbres aux branches festonnées de givre, que le matin du 19 janvier 1871, les francs-tireurs des Ternes attaquèrent soudain les Allemands, les poursuivirent, impétueux, les chassèrent à la pointe de la baïonnette, ô braves gens presque tous morts dans ce combat généreux ! Maîtres de ce champ de bataille, voisin de l'héroïque plateau de Montretout, ils le gardèrent, ivres d'espérance, pendant quelques heures d'illusion !...

Louis Barron.

Le piquant de l'affaire c'est que le Dauphin, élève assidu de son précepteur Jean-François Boyer, était très pieux et presque vertueux et que Mme de Pompadour eut le plus grand mal à se faire accepter de lui ; c'est par l'entremise de la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe épousée en 1747 (sa seconde épouse) que la réconciliation put se faire. Les Pomiès et alliés étaient donc au coeur de ce mini-drame à la Cour de France.


Nous brûlons beaucoup de civilisations afin de parvenir à un état final plus tôt ? Pourvu que nous ne mettions pas le feu à la maison entre temps ...

Le XVIIIème siècle invente l'idée de progrès éclairé par la raison ; le XIXème imagine les effets du temps sur la nature et sur les sociétés humaines, il a en propre pour la première fois une conscience historique et préhistorique tout en même temps.
On sait que j'ai dit que Regnault avait été un des premiers à conceptualiser cette profondeur du temps et à y associer l'idée de probabilité.
Le XXème siècle étendra la probabilité à tout système fermé qui évolue librement sous un certain nombre de contraintes.
Habituellement on faisait intervenir le hasard tel que le précisait Cournot comme la rencontre de séries indépendantes. L'idée de Regnault, de Maxwell, de Clausius, de Boltzmann, de Bachelier etc c'est l'idée d'ergodicité. Le mouvement brownien est le plus simple de ces phénomènes apparents (génériquement simple mais pas forcément simple en réalité).


C'est le 250ème anniversaire, cette année, de la mort de Madame de Pompadour ; son action politique est controversée mais il n'en reste pas moins qu'elle a été un fidèle soutien des arts, des belles-lettres et des sciences. Pour preuve son appui au jeune Bougainville (et puis l'histoire du travesti qui accompagne Louis-Antoine de Bougainville dans son voyage autour du monde est très pompadour).


Journal des débats du 29/10/1929 :

FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS
du 29 octobre 1929

REVUE DE GÉOGRAPHIE

Bougainville

Nous ne pensons pas que le premier centenaire de la naissance de Louis-Antoine de Bougainville ait eu l'éclat de celui que nous célébrons en ce moment. Il y avait alors dix-huit ans que l'illustre navigateur était mort, et le discours de M. de Lacépède à ses obsèques avait dû être considéré comme suffisant à cette époque où les rivalités entre les corps bleus et rouges de l'ancien régime, la guerre du Canada et celle de l'Indépendance américaine étaient encore trop proches pour être jugées avec toute l'équité désirable. Les paroles prononcées à Sainte-Geneviève (aujourd'hui le Panthéon), par le président du Sénat impérial devant le tombeau de Bougainville nous donnent un aperçu exact de cette vie pleine d'intelligence, de bravoure et de bonté :

Depuis près d'un demi-siècle, le comte de Bougainville recevait les hommages de ses contemporains ; aujourd'hui commencent ceux de la postérité. L'histoire recueillera, dans les fastes des sciences, de la navigation et de la marine française, tout ce qu'elles doivent à Bougainville, l'amitié fidèle s'entretiendra de sa bonté, de sa bienfaisance, du charme de son esprit. Ses enfants porteront son nom avec un noble orgueil ; les navigateurs le proclameront sur les mers lointaines, où chaque île, chaque promontoire, chaque détroit rappelleront sa gloire, ...

Ces principaux passages que nous avons détachés de l'éloge funèbre du grand voyageur prouvent la grande estime en laquelle le tenaient ses pairs.

La majorité des biographes de Bougainville, tant en France qu'à l'étranger, se sont surtout inspirés pour le dépeindre du récit détaillé de son voyage autour du monde, qu'il a lui-même publié. La plupart des ouvrages et articles parus au siècle dernier ne sont qu'un décalquage de ses propres mémoires ou de ceux de ses compagnons pendant son périple : le prince de Nassau, Vives et Commerson, le fondateur des prix de vertu que son aventure avec son fidèle domestique « Barré » a rendu célèbre. Nous n'entreprendrons pas de raconter une fois de plus ce qui n'est pas une nouveauté pour les lecteurs du Journal des Débats. Mais nous signalerons un fait moins connu, c'est que cette aventure, où la morale et la vertu furent quelque peu malmenées, valut, cependant, à Jeanne Barré, un brevet de pension du Roi ; par ce brevet, sur parchemin, en date de 1er décembre 1785 (Invalides de la Marine), qui est contresigné Maréchal de Castries, le Roi octroie une pension de 200 livres à Jeanne Barré.

En considération de ce que, à la faveur d'un déguisement, elle a fait le voyage autour du monde, sur un des bâtiments commandés par le sieur de Bougainville, où elle se consacra particulièrement au service du sieur de Commerson, médecin-botaniste, et partagea les travaux et les périls de ce savant avec le plus grand courage, et enfin de sa bonne conduite.

La récente exposition rétrospective des colonies françaises de l'Amérique du Nord qui a eu lieu à la Société de Géographie nous a permis de voir de nombreux portraits et de compulser d'intéressants documents concernant Bougainville et les hommes de son temps qui jouèrent un rôle important en Amérique au XVIIIe siècle. Bougainville, que sa famille, gens de robe, destinait au barreau, fut, paraît-il, d'abord avocat. Il entra en 1753 dans le bataillon de Picardie, puis nommé secrétaire d'ambassade à Londres, il fut reçu membre de la société royale pour son « Traité du calcul intégral » qu'il avait publié à vingt-deux ans et dédié à d'Argenson, ministre de la guerre. La rupture des relations diplomatiques entre l'Angleterre et la France, en 1756, le trouve au camp de Richemond où il était aide de camp de Chevert ; il a alors vingt-sept ans, les appuis de Mme de Pompadour, de Mme Hérault (qu'il appelle sa bonne maman), de son oncle d'Arboulin et ses quelques connaissances de la langue anglaise le feront désigner comme aide de camp de Montcalm au Canada. Arrivé à la Nouvelle-France, Bougainville, plein d'entousiasme, suit partout Montcalm et participe à la prise de Chouagen ; il écrit aussitôt à son frère pour lui annoncer la bonne nouvelle :

J'ai goûté le plaisir que donne la première victoire, mon cher frère ; j'envoie à notre belle-maman le journal de notre expédition. Bien entendu que ce journal, qui est pour elle seule, sera aussi pour l'historiographe du roi. Cette prise, au reste, est l'une des plus importantes que l'on pût faire dans l'Amérique. Je vous le prouverais aisément, mais je n'en ai pas le temps. Si Sa Majesté voulait faire frapper une médaille sur cet événement, qui en vaut la peine tout autant que bien d'autres, Vivant, que vous connaissez, est en état de vous donner tous les éclaircissements dont vous pourriez avoir besoin. Au reste, si le ministre ne juge pas à propos de faire imprimer notre journal comme supplément à la Gazette de France, il faut que vous lui fassiez voir le jour par la voie du Mercure ou de quelque autre journal toutefois, vous y feriez les changements convenables, car le style se ressent un peu, je crois, de la rudesse des camps et des bois de l'Amérique.
... Je n'ai pas un instant à moi. A peine avons-nous le temps de manger et de dormir. Cette campagne est bien rude ; le général, qui a fait celle de Bohême, trouve celle-ci encore plus fatigante. J'oubliais de vous dire que j'ai tranché de l'inscriptionnaire. Sur les centres de Chouagen, nous avons planté une croix et un poteau aux armes de France. Sur la croix, j'ai donné pour devise : In hoc signo vincunt ; sur le poteau : Manibus date lilia plenis. Cela peut être fort mauvais. A la bonne heure ; à la guerre comme à la guerre...

La prise de Chouagen fut le signal de la rivalité entre le marquis de Vaudreuil, gouverneur du Canada, et Montcalm, chacun s'attribuant la gloire de la victoire.
L'animosité des deux chefs atteindra souvent Bougainville, et les biographes canadiens, voulant défendre le marquis de Vaudreuil, parce qu'il était né sur le sol de la colonie, n'osant attaquer Montcalm, rejetterront. les fautes commises sur Bougainville ; parmi ceux-ci, on peut citer l'abbé Casgrain qui essayera dans ses mémoires, en toute occasion, de diminuer notre héros, et l'attaquera même sur le terrain religieux en le taxant de janséniste. Le principal biographe de Bougainville, M. de Kerallain, descendant du célèbre navigateur, a publié une réfutation des arguments de l'abbé Casgrain, et il donne, en la commentant (1), copie de la lettre de Bougainville à son frère, motif d'un des mécontentements de l'abbé :

« Je deviens dévot. Je suis très bien avec tous les prêtres et Jésuites de ce continent. Je suis de leurs parties de campagne et je parle théologie tout comme un autre. Il est vrai que, de temps en temps, il me faut entendre quelques invectives contre Jansénius ; mais alors je tousse, je crache et je proteste en secret contre ces propos. Ce pays est bien l'esclave de la Constitution. On n'y voit pas un janséniste ; l'on se défie même des gens qui savent ce que c'est. » L'abbé Casgrain se récrie aussitôt que la conduite de Bougainville manquait de franchise et de dignité. Nous regrettons, ajoute M. de Kerallain, pour l'éducation de ce critique sévère, que ce fût la seule conduite que Bougainville eût à tenir en la circonstance, et que précisément le silence soit recommandé par les journaux religieux comme la seule attitude respectueuse qui convienne aux catholiques du monde entier dont les idées ne s'accordent point en ce moment avec les vues politiques du Saint-Siège. Si un jeune capitaine de dragons avait osé tenir tête au clergé sur le terrain théologique, on eût blâmé son outrecuidance. Il garde le silence ; on l'accuse d'hypocrisie.

Le jugement de l'abbé Casgrain est vraiment trop partial, car Bougainville, quelques années plus tard, accomplissant son périple, assista à l'expulsion des Jésuites au Paraguay, et ses mémoires le montrent favorable à ces religieux.
La situation ne s'arrangeant pas, il vint en France, désigné par Vaudreuil pour demander des renforts. Il fut reçu par le ministre de la marine, l'ancien lieutenant de police Berryer. Devant les sollicitations pressantes de Bougainville qui lui dépeignait le triste état des troupes au Canada, le ministre répondit que la situation intérieure de la France, qui était mauvaise, ne lui permettait d'accorder qu'un renfort de 400 hommes, puis il termina l'entretien en disant : « Ma foi ! quand la maison brûle, on ne s'occupe pas des écuries ». Bougainville, piqué au vif, répondit : « En tout cas on ne dira pas, Monsieur le ministre, que vous parlez comme un cheval. »
Bougainville regagna le Canada avec ses 400 hommes, c'était tout ce qu'il avait pu obtenir. Après la perte du Canada, il revint en France et habita chez Mme Hérault, Faubourg-Saint-Honoré.

Après avoir servi quelque temps en Allemagne, sur les bords du Rhin, Bougainville fut désigné, en 1763, pour aller occuper au nom de la France les îles Malouines (les Falklands). Un récit savoureux de cette expédition qui dura une année a été publié par Dom Parnety, aumônier de l'Aigle, un des deux vaisseaux qui servirent à cette entreprise. Ce voyage aux Malouines fut le premier commandement maritime de celui qui devait mourir vice-amiral ; car Bougainville est un des rares chefs, avec le comte d'Estaing, qui aient cumulé les grades de général et d'amiral ; d'Estaing portait de préférence le titre de son grade dans l'armée de terre parce qu'il le croyait plus utile pour son avancement que celui de la marine. Sa mission accomplie, Bougainville rentra en France, mais pas pour longtemps ; deux ans plus tard, il repartait à bord de la frégate La Boudeuse, accompagnée de la flûte l'Etoile, pour les Malouines, mais cette fois pour les céder aux Espagnols. C'est en quittant ces îles qu'il accomplit son fameux voyage de circumnavigation qui dura de décembre 1766 à mars 1769. Ce bel exploit est trop connu pour recommencer à en donner ici tous les détails ; pour l'accomplir il a fallu à Bougainville beaucoup de bravoure, car, peu de temps auparavant, le passage du cap Horn avait inspiré à l'explorateur anglais Anson une grande terreur qui était encore présente à toutes les mémoires ; il fallait donc faire preuve d'un réel courage pour oser s'aventurer à son tour dans ces parages.
Cet important voyage fait sous son autorité personnelle avait donné à Bougainville une grande expérience de la navigation et une indépendance de caractère qui se pliaient difficilement devant la volonté d'autrui.

A partir de l'année 1775, il participa aux évolutions d'escadre (aujourd'hui nous dirions grandes manœuvres, innovation inconnue des Anglais) dirigées cette année-là par le comte de Guichen (commandant la Terpsichore ; Bougainville, capitaine, en second) en 1776, par le comte du Chaffault (le duc de Chartres, commandant le Solitaire ; La Motte-Picquet, capitaine de pavillon ; Bougainville, capitaine en second) ; enfin en 1777, toujours sous la direction du comte du Chaffault (Bougainville commandant le Bien-Aimé). On voit qu'au moment de partir pour l'Amérique, Bougainville était fort apte à commander un navire de guerre, et les nombreuses attaques qu'il a dû subir plus tard, ainsi que d'Estaing, de la part des officiers du corps rouge, sont complètement injustifiées. En effet, peu d'officiers de la marine de guerre avaient exercé des commandements comportant une aussi grande responsabilité et navigué dans des mers à peu près inconnues pendant trois années environ sans jamais avoir eu d'avaries graves et n'ayant perdu que sept hommes de son équipage.

Le départ de Bougainville pour aller défendre les insurgents d'Amérique se fit précipitamment. Le 15 mars 1778, il reçut de l'amiral d'Orvilliers l'ordre de se rendre sur-le-champ à Toulon pour y prendre un commandement. Il arriva dans cette ville le 30 et s'embarqua aussitôt sur le Guerrier, vieux vaisseau qui datait de 1751 et qui, malgré trois radoubs de 1766 à 1770, était loin de valoir une construction récente (2). Bougainville n'était pas très satisfait de son nouveau commandement et ses souvenirs le montrent clairement. La lecture de son livre de bord et de ses journaux militaires nous permettent de le suivre pendant son séjour à cette escadre. Avec sa franchise habituelle, il critique l'incertitude, les hésitations de son chef, il nous dépeint les intrigues des Américains tories (royalistes), le succès de la prise de la Grenade et l'échec de d'Estaing devant Savannah, et enfin le retour en France, dans une situation des plus pénibles. En 1781, le comte de Castries, ministre de la marine, ayant fait choix du comte de Grasse pour diriger une escadre, Bougainville fut désigné pour commander l'Auguste. C'est sur ce vaisseau qu'il participa à la bataille navale des Saintes, où la flotte française fut anéantie. Le comte de Grasse n'hésita pas à jeter les responsabilités du désastre sur Bougainville qu'il accusa de ne pas avoir exécuté les ordres reçus, de manquer de bravoure et de capacité maritime ; Bougainville se disculpa en montrant son livre de bord et sa table des signaux. Au cours de ses bruyants démêlés avec le comte de Grasse, le comte d'Estaing, le duc de Chartres et le maréchal de Lévis prirent parti pour Bougainville.
Le résultat de cette défaite fut que le roi envoya Grasse à sa terre de Tilly et interdit à Bougainville, pendant quelque temps, le voisinage de la cour. Pendant cette demi-disgrâce, il fut nommé, le 19 janvier 1784, chevalier de Cincinnati et prépara un projet de voyage au pôle Nord qu'il ne put mettre à exécution.
Au début de novembre 1790, au moment où les événements s'assombrissaient, il fut nommé commandant en chef, à peu près vice-amiral de l'armée navale ; mais ce commandement s'arrêta le 5 février 1791.
Au mois de mai de la même année, il refusa le grade d'amiral – qui n'avait été jusqu'alors qu'une charge simplement honorifique, mais que l'on voulait assimiler au grade de maréchal de France, – en prétextant que la discipline militaire, sans laquelle aucun commandement n'est possible, était anéantie.

Pendant les deux grandes journées de la Révolution, le 20 juin et le 10 août 1792, la princesse de Tarente compte Bougainville au nombre des quelques loyalistes du trône. Plus tard, Napoléon, en souvenir de ces deux journées, appelait toujours Bougainville « le vieux royaliste », ce qui n'empêcha pas l'Empereur de lui accorder le titre de comte, de le nommer membre du Sénat impérial et grand officier de la Légion-d'Honneur. En 1796, il avait été reçu membre de l'Académie des sciences.

C'est donc couvert d'honneurs et d'ans qu'en 1811 la mort est venue le surprendre. Le vieux navigateur, triste et vieilli, habitait alors 5, passage des Petits-Pères. Il avait eu la douleur, en 1806, de perdre sa femme, beaucoup plus jeune que lui, qui, depuis la mort de son second fils, survenue accidentellement dans leur propriété de Suines, n'avait pu se remettre et languissait tristement. Son fils aîné Hyacinthe, capitaine de frégate, courait les mers, le troisième, Alphonse, capitaine de dragons, guerroyait à travers l'Europe, et le dernier, Adolphe, était page de l'Empereur. C'est donc à peu près seul que Bougainville s'éteignit le dimanche Ier septembre 1811 (la lettre de faire part de son décès que nous avons eue entre les mains et l'inscription que nous avons pu lire sur son tombeau donnent cette date ; ses biographes écrivent d'habitude le 31 août).
Après un service célébré le 5 septembre en l'église Notre-Dame-des-Victoires, il fut transporté au Panthéon, comme nous le disons plus haut.

Dans le cimetière de Saint-Pierre de Montmartre où se trouve le tombeau de la famille Bougainville, il a été élevé un petit monument à la mémoire du grand explorateur qui porte l'inscription suivante : « A Louis-Antoine de Bougainville, circumnavigateur français. » Ce sont, avec celui érigé à Papeete le 14 juillet 1909, en souvenir du premier Français qui ait débarqué à Tahiti, les deux monuments qui rappellent la gloire de celui qui fut un grand navigateur et un grand capitaine.

G. Grandidier.

(1) René de Kerallain : La jeunesse de Bougainville et la guerre de Sept Ans. Paris, 1896.
(2) Lacour-Gayet, La marine militaire sous Louis XVI.


Jeanne Barret (1740-1807) et le naturaliste Commerson (°1727-1773) compagnons de voyage.

J'ai commis une erreur un peu plus haut dans cette page ; ce n'est pas la grande révolution française de 1789 qui a aboli la question – je me demandais aussi comment cette période avait pu avoir une aussi bonne idée au milieu de tant de mauvaises – mais le garde des sceaux Chrétien François de Lamoignon de Basville (°1735-1789).
Le seul mérite de la Révolution est de ne pas l'avoir rétabli ... c'est bien le moins quand on se dit inspiré par les lumières de la raison !

Commerson était un original dans un siècle qui n'en manquait nullement et où l'on n'avait pas encore inventé la révolution du politiquement correct qui consiste à châtrer les bons esprits afin de masquer l'indigence des mauvais, si j'ai bien compris.


Le Temps du mardi 7/2/1933 :

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Nous ne pensons pourtant honorer en M. de Montyon que le récompenseur des actions vertueuses. Or, quelque souci qu'on ait de ne point troubler ce culte, on ne saurait celer que l'académique bienfaiteur n'eut point, là, le mérite de l'originalité. Les prix de vertu avaient été inventés avant lui, et par un personnage si pittoresque qu'il est facile et plaisant d'en refaire le portrait.
Il se nommait Philibert Commerson, était né près de Bourg en 1727, et la gloire lui vint d'avoir tourné autour du monde avec Bougainville ; mais quand l'Académie des sciences l'élut et quand le cordon de Saint-Michel lui fut décerné, le pauvre explorateur était déjà mort à l'île de France.
Ce Commerson, un peu médecin, s'adonnait à la botanique avec une passion délirante. Sous les cieux les moins favorables à sa santé, il allait fouillant les herbes et les ronces. L'équipage des deux navires de Bougainville le prenait pour un fol, et lui en éprouvait une colère qui donne à sa correspondance un ton relevé. Il herborisa en Amérique du sud, à Tahiti, à Madagascar.
Lalande et Cuvier lui ont rendu hommage : « C'était un homme d'une activité infatigable, dit celui-ci. S'il eût publié lui-même le recueil de ses observations, il tiendrait un des premiers rangs parmi les naturalistes. » Mais on n'a conservé de son œuvre que quelques lettres ardentes et quelques feuillages magnifiquement baptisés, dont la Pulcheria Commersonia...

Voltairien, Commerson abhorrait Voltaire, qu'il avait abordé et dont il a écrit simplement : « Beau génie dans la République des Lettres, ce n'est qu'un coquin dans la société. » La coquinerie de Voltaire avait été de lui offrir un emploi de secrétaire avec vingt louis de traitement. Son orgueil agressif devait causer à Commerson mille mésaventures, au nombre desquelles peut se compter son Testament inexécuté. Il assignait une destination à sa dépouille : l'amphithéâtre des gens à scalpel ou l'ensevelissement « en terre ou sous les eaux, sans cercueil, dans une vieille et simple serpillière ». Ainsi réglé l'avenir de « sa partie corruptible », Commerson fondait un « Prix de vertu », sous les espèces d'une médaille de deux cents livres, destiné à récompenser chaque année « la meilleure action connue dans l'ordre moral et politique ». Les revenus de deux blanchisseries qu'il possédait sur la rivière de Chalaronne, près de Châtillon-lès-Dombes, étaient affectés à cette donation.

Il faisait aussi quelques dons à sa gouvernante, Jeanne Baret, dite de Bonnefoi. Cette personne fut l'héroïne de l' « histoire masquée » qui est l'un des chapitres du Voyage de Bougainville. Commerson avait emmené avec lui autour du monde la fidèle paysanne et l'avait fait se déguiser en valet. Aotourou, le Tahitien salace, découvrit la supercherie, d'où scandale dont se réjouirent tous les officiers et marins de la Boudeuse et de l'Etoile. D'après l'astronome Lalande, le fondateur du « Prix de vertu » était sobre, mais « trop peu réservé sur d'autres points »... Jean Lefranc.

Le Temps du 5/2/1898 :

Causerie Scientifique

LA NATURE ET LA VIE
L'ODORAT CHEZ LES BÊTES

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Parmi ces faits, il ne s'en est point encore trouvé de très extraordinaires, qui se puissent comparer à celui dont il vient d'être question mais ils ont leur intérêt, et, à force d'en recueillir, peut-être pourrons-nous nous faire une idée plus exacte du phénomène. « Rassemblons des faits pour nous donner des idées, » a dit Buffon, et, pour le présent, nous rassemblons.
On a donné beaucoup d'interprétations de ces faits.

Les uns ont cru à un sens spécial, sans rien prouver d'ailleurs ; d'autres croient plutôt à l'utilisation des sens existants, ou de l'un d'eux. La vue et l'ouïe sont généralement hors de cause, semble-t-il, mais l'odorat ne peut-il jouer un rôle ?

La question mérite d'être considérée.

Il est bien certain que l'odorat, chez l'homme civilisé, ou soi-disant tel, est un sens atrophié.
N'étant plus, dans les conditions de vie faites par la civilisation, cultivé et utilisé comme il l'est chez le sauvage, ou chez beaucoup d'animaux, dans la lutte pour l'existence, ce sens a beaucoup perdu de sa finesse. Nous pourrions même supporter une perte plus prononcée sans que cette atténuation de nos moyens fût de nature à nous exposer à de véritables dangers, sans que nos chances de réussir dans la lutte quotidienne fusssent sérieusement diminuées.
Les renseignements que nous fournit l'odorat sont souvent utiles, précieux parfois ; ils sont rarement indispensables.

Il n'en va pas de même chez le sauvage. L'odorat lui est d'un grand et fréquent secours : il en fait usage sans cesse et, naturellement, il le cultive, il le perfectionne, il le développe, à la chasse, à la guerre et dans les besognes quotidiennes. Aussi est-ce chez les races sauvages ou peu civilisées qu'on trouve l'odorat le plus fin.
Du Tertre, dans son Histoire générale des Antilles (vers 1665), rapporte que certains nègres distinguent à l'odorat la piste de l'Européen de celle du nègre, bien que l'odeur du nègre – à notre avis de blancs – soit plus forte et plus pénétrante.

A l'occasion, les blancs jouissent d'un odorat très fin, eux aussi. C'est ainsi que, dans le Journal des savants pour 1684, on relate le cas d'un religieux de Prague qui connaissait les personnes de ses relations à l'odorat aussi bien qu'à la vue. Chaque personne, disait-il, a son odeur spéciale. Ce moine allait même jusqu'à distinguer, par l'odorat toujours, les personnes de mœurs réservées de celles qui vivaient dans le désordre.
Vous me direz peut-être que cela n'est pas bien difficile à tout prendre – malgré d'inévitables erreurs – mais observez qu'il en jugeait non par des parfums surajoutés et assez éloquents, mais par l'odeur naturelle. Ce religieux avait commencé un traité de la science des odeurs, mais j'ignore s'il l'a jamais achevé. Dans le même ordre d'idées, toutefois, il existe un livre d'Andrée (en anglais ou en allemand ?) sur l'odeur caractéristique des différents peuples.
Ce genre de sensibilité est fréquent chez les sauvages. Lorsque le naturaliste Commerson s'embarqua pour suivre Bougainville dans son voyage, il se fit accompagner d'une amie qu'il aimait tendrement, du nom de Hortense Barré.
Mais, prévoyant que Bougainville ferait des objections, Commerson déguisa Hortense en homme, et la fit passer pour son domestique. Bougainville n'y vit que du feu, et tout l'équipage pareillement. Mais quand le vaisseau relâcha à Tahiti, la supercherie fut vite découverte, grâce au flair des Polynésiens. « Ça, un homme, allons donc... Croyez-vous nous tromper avec ces vêtements ? C'est bon pour des Européens de se laisser prendre à de si faibles malices... Nous avons notre nez, et il nous apprend que cet homme est une femme des plus authentiques... »

Il n'est d'ailleurs pas besoin d'être sauvage pour reconnaître un caractère particulier à l'odeur de la femme.

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Henry de Varigny.


Il y a un océan de littérature sur Bougainville et son voyage – c'est bien le moins pour quelqu'un qui a traversé tant de mers – et ses pittoresques accompagnateurs. La découverte de nouveaux mondes à la lumière de la raison et non plus seulement à la lumière de l'intérêt des conquistadors et des missionnaires a fait entrevoir une étrange relativité des choses à nos explorateurs civilisés.

Cette révolution relativiste – est-il bon ? est-il méchant notre sauvage ? – la seule société européenne l'a accompli ; et le voyage de Darwin un siècle plus tard sera le pendant de celui de Bougainville. Révolution morale et physique. Ebranlement du dogme et des certitudes toutes faites données quasiment à la naissance comme un don du ciel. La Nature n'a pas dit tout son secret ... voilà ce que chuchotent dans le creux de l'oreille ces explorateurs philosophes qui entrevoient un coin du ciel des anciens temps.


Charles-Edmond Regnault de Beaucaron (°1860-1944) a écrit beaucoup d'ouvrages qui sont des fourre-tout ou pots-pourris, ensemble de bouts-rimés des chroniques de la province d'ancien régime ; mais enfin puisque la vie de nos ancêtres était ainsi faite – et valait-elle moins que les nôtres avec leur décousu ? – j'en cite ici quelques exemples (il faut savoir légèreté garder) :


Le XIXe siècle du vendredi 30/8/1907 :

Le « citoyen clocher »

Un amusant échantillon de la phraséologie révolutionnaire : En 93, dit M. Regnault de Beaucaron, un parent de Beaumarchais, de Musset et du chevalier d'Eon, qui a entrepris de déterminer la physionomie particulière des périodes de notre histoire nationale à l'aide des traditions familiales et des archives particulières, le clocher du fameux hôpital de Tonnerre, classé depuis comme monument historique, fut démoli par cette raison égalitaire « qu'il dépassait la hauteur des autres maisons ».

Ce travail fut fait par un charpentier du crû. Dans le mémoire qu'il présenta à la municipalité, ce brave homme, d'un civisme ingénu, parle « des journées employées à la pesée des plombs et fers du citoyen clocher de la ci-devant église (2 ventôse, an 2). »

Le XIXe siècle du vendredi 1/6/1906 :

CHRONIQUE

Un ancêtre d'Alfred de Musset

Nascuntur poetœ ... l'axiome latin a raison. Pour faire un orateur, il suffit d'un commis-voyageur ; mais pour composer un poète, la nature s'y prend à plusieurs fois, se livre à une longue et minutieuse élaboration, dont le secret nous échappe.

Toujours l'enfant chéri des Muses a été amené au jour par une série de sélections mystérieuses, et c'est pourquoi Richepin, cet admirable ouvrier de vers, le dernier romantique peut-être, feignait de s'étonner de voir les roses naître du fumier humain et les poètes des épiciers. Il doit savoir, au fond, que le hasard d'un jour ne fait pas tout et que l'instinct poétique se transmet, avec des sautes de caprice, des combinaisons, des variations de formes infinies, des interruptions inexpliquées.

L'homme supérieur est le produit de son milieu autant que le boutiquier du coin.

Justement, un érudit bourguignon, M. Regnault de Beaucaron, vient de mettre en lumière les souvenirs anecdotiques et historiques d'une quantité d'anciennes familles de l'Est. Le dépouillement de ces papiers intimes, de ces livres de raison, complété par un commentaire vivant et substantiel, va de 1175 à nos jours. A chaque page se détachent des noms qui aboutissent à la consécration de la notoriété, de la gloire pour quelques-uns : le chancelier Pasquier, Buffon, le chevalier d'Eon, Brantôme ; Jean Bart, qui n'appartient pas tout à fait à Dunkerque, malgré les biographes ; Azéma, qui gouvernait l'île Bourbon au moment où eut lieu le naufrage du Saint-Géran et essaya de sauver le navire en perdition ; le mathématicien La Hire, dont la carte lunaire orne encore le grand escalier de la bibliothèque Sainte-Geneviève ; Hue, le compagnon de la famille royale au Temple ; Chauveau-Lagarde, le défenseur de Marie-Antoinette, de Mme Elisabeth et de Charlotte Corday ; la duchesse d'Etampes, Etienne Porcher, Guillaume Budé, etc. J'en passe. Mais je ne saurais omettre, dans cette longue commémoration, Alfred de Musset, qui se rattachait à la famille Regnault de Beaucaron par son aïeul maternel, Guyot des Herbiers, et par les Daret.

Un type, ce Guyot des Herbiers. En 1790, il était juge du district du deuxième arrondissement parisien. Royaliste ardent, il avait sauvé de l'échafaud, en le cachant chez lui, le baron de Batz, qui avait formé le projet romanesque d'enlever du Temple la reine et ses enfants. Plus tard, il entra au Conseil des Cinq-Cents, fut nommé secrétaire du bureau, fit partie du Corps législatif. Son gendre était Victor-Donatien de Musset, le grand-père de l'auteur de Rolla, qui fut tour à tour séminariste et soldat. Aux environs de Tours, ce dernier, qui était un contre-révolutionnaire décidé, voyant, un jour, des gendarmes emmener un condamné politique, les suivit. Pendant qu'ils étaient à l'auberge, il profita de leur inattention pour attirer à lui le prisonnier, le dissimuler dans une charrette à foin et le mettre hors de danger en s'esquivant par des chemins de traverse.

Il n'échappa, d'ailleurs aux poursuites qu'en se réfugiant à l'armée, où il fit la seconde campagne d'Italie sous les ordres du général Marescot.

Guyot des Herbiers n'était pas seulement un homme d'action. Il cultivait la poésie légère, et les vers que M. Regnault de Beaucaron a trouvés de lui dans ses papiers de famille révèlent le tour aisé, la grâce enjouée du dix-huitième siècle :

L'hymen avec la joie a tant d'antipathie
Qu'on n'a que deux bons jours : l'entrée et la sortie.
Si l'on en trouve plus, c'est par un cas fortuit,
L'on a cent mauvais jours pour une bonne nuit.
La plus grande douceur qu'on trouve en mariage
Ne vient que de l'espoir qu'on conçoit du veuvage,
Et rien ne doit jamais y faire consentir,
Que pour avoir un jour le plaisir d'en sortir.
Quoi, s'attacher toujours à la même personne,
Ne pouvoir la quitter si la mort ne l'ordonne,
Attendre son bonheur d'un funeste trépas,
Et voir incessamment ce que l'on n'aime pas !
Nourrir mille chagrins, mille remords dans l'âme
Et mourir de dépit de voir vivre une femme !
...
Il faudrait remonter jusques au premier homme,
Savoir si le serpent ne le trompa qu'en pomme...

Sans doute, ces vers ne valent pas les Nuits ; ils n'en expriment pas moins, avec un abandon qui n'est pas dénué de charme, l'épicuréisme aimable d'une race vaillante et fière, habile aux affaires, prodigue de sa vitalité généreuse, dévouée à l'amitié, faible seulement devant l'Amour, suivant l'ancienne formule.

Ils sont la paraphrase du quatrain fameux, daté de 1647, que l'on voit encore gravé à gauche du perron de la mairie de Chaource (Aube), près du grillage où s'affichent les publications de mariages :

Cornu, cornard ou cornichon,
Qui passe parmy ceste rve,
Ny passe que la teste nve
Povr ty choysir vn capvchon.

Un sous-préfet voulut faire effacer cette inscription qu'il jugeait offensante pour sa vertu prudhommesque. Mais le maire de Chaource, parent peut-être des Beaucaron, s'y opposa et gagna son procès.

Alfred de Musset avait la poésie dans le sang, on le voit. C'était aussi, comme l'a dit Louis Veuillot, un vrai coq gaulois. Il ne serait peut être pas difficile de retrouver, dans son ascendance, les traces du scepticisme qui éclate dans ses œuvres avec un accent si déchirant :

Que les oiseaux des mers désertent le rivage
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort, se recommande à Dieu.

Les Musset, par les Barrault, sont parents des Daret. Ici se place une anecdote intime racontée par Mme Lardin de Musset : « Mon oncle Daret, dit-elle, était moins que pratiquant. Au moment de sa mort, son curé étant venu le voir, il tourna la tête du côté du mur et ne voulut ni écouter ni répondre. Lorsque sa femme arriva à son tour à son heure dernière, le curé vint lui proposer les sacrements, mais, à son grand étonnement, il se vit opposer un refus catégorique.

« — Comment, madame, dit-il à ma tante, vous si bonne, si charitable, si catholique, vous refusez la suprême consolation ?
« — Monsieur le curé, répondit-elle, où Daret est, je serai !

« Connaissez vous une plus parfaite application de l'article du Code civil qui prescrit à la femme de suivre son mari ? »

Nietzsche a prétendu que la volonté de vivre inconsciente des générations obscures n'avait d'autre but que la production du Surhomme.
Il n'est pas, dans tous les cas, sans intérêt de montrer ce que les génies reconnus doivent à l'effort du Passé, aux vertus et aux travers de ceux qui leur ont transmis, avec leur sang, jusqu'aux formes de leur pensée, et ont ainsi ébauché le plan de leur action future.

Fatalisme de la Race, dernier mot de la Destinée peut-être !

Noël Amaudru.


Evidemment il est très incorrect de parler de la race et de l'atavisme culturel en ce moment dans ce bas-monde qui est le nôtre ! Mais le libre-arbitre étant ce qu'il est je rappelle les on-dit d'il y a un siècle avec franchise et dans franchise il y a Franc, race dont nous sommes issus malgré nous.

Victor Donatien de Musset de Pathay (°6/6/1768 - 8/4/1832), adjudant du Génie, nommé chef de bureau des archives et du comité central du Génie en 1803, époux par contrat le 2/7/1801 de Edmée Claudette Guyot des Herbiers, fille de Claude Antoine Guyot des Herbiers (°1745-1828), membre du corps législatif et de Marie-Anne Daret est le propre père de Louis Charles Alfred de Musset (°11/12/1810 Paris - 2/5/1857 Paris), notre poète des Nuits et de Rolla et non pas son aïeul comme prétendu ci-dessus et comme on le voit la grand-mère maternelle de Musset est une Daret.

D'autre part Noël Amaudru (°1850-1936), qui a vraiment du mal à lire avec exactitude, confond la mairie de Chaource avec celle de Lantages, ancien château de la seigneurie dont les Regnault étaient admodiateurs et châtelains (quelque chose comme régisseurs au nom de la famille noble des Balathier de Lantages) où se trouve l'inscription amusante sous forme de quatrain (page 22 des Souvenirs anecdotiques et historiques d'anciennes familles sur Gallica).

Les pêle-mêle de Regnault de Beaucaron sont empreints de son esprit de classe mais enfin il est docteur en droit et précis quand il s'agit de transcrire les scénettes du passé ; il gomme juste ce qui pourrait détoner avec l'atmosphère généralement heureuse et embellit un peu trop les ressorts profonds de la classe bourgeoise ! Mais il est vrai que nous ne lisons pas un auteur philanthrope juste un avocat assureur .... mais enfin toucher terre quand on s'enquiert du passé et de nos aïeux plutôt que lire un tableau idéalisé n'est pas mauvais non plus.


Si vous cherchez un écrivain à l'imagination enfiévrée qui nous narre les chroniques de son temps alors tournez-vous vers Nicolas Restif de La Bretonne qu'on a appelé le « Rousseau du ruisseau » et parfois aussi le « pithécanthrope de Balzac » (Paul Bourget).

Le chartiste Alfred Jacobs (°1827-1889) épousa en 1860 une descendante de Rétif de La Bretonne (les deux orthographes se lisent) ; il est malheureusement devenu fou deux ans après son mariage sinon il nous aurait peut-être laissé un grand livre sur le « Hibou » de Paris qui nous manque toujours. Sébastien Mercier a voulu continuer les Nuits de Paris mais sans le génie et la chaleur de l'illustre marcheur. Il aurait mieux fait en nous donnant cette biographie absente d'un auteur auto-biographique par excellence mais menteur par vocation de romancier.

Ce qui fait qu'au final nous sommes mieux renseignés sur les grands que sur les petits qui formaient le peuple de France et ce malgré Restif !

Intimité de la Cour de France dans La revue des Deux Mondes des mois de septembre-octobre 1911 :


CE QU'ÉTAIT LE ROI DE FRANCE

LA POPULARITÉ ET LE « BON PLAISIR » DU ROI.

– LE « FRONT POPULAIRE » DE LA MONARCHIE

« Quelle haute idée nos pères ne devaient-ils pas avoir de la royauté, écrit Bonald, puisqu'ils respectaient des rois qui marchaient pour ainsi dire au milieu d'eux, dépouillés de tout l'éclat qui les environne aujourd'hui ! » La monarchie avait « un front populaire, » pour reprendre l'expression de Sébastien Mercier.

Dès la fin du XIe siècle, Guibert de Nogent oppose la bonhomie paternelle des rois de France à la hauteur des souverains étrangers : « Chez les rois de France, dit-il, on trouve toujours une naturelle simplicité ; ils sont parmi leurs sujets comme l'un d'entre eux. » Le palais des premiers Capétiens offre le spectacle d'une intimité coutumière entre monarque et sujets. Nous avons vu qu'il était ouvert à tout venant. Le jardin du Roi, à la pointe occidentale de la Cité, est devenu « le Jardin de Paris. » Le souverain, sa femme, ses enfans, sa famille, s'y mêlent à la foule des bourgeois. Les étudians allemands qui fréquentent l'Université de Paris, en raillent Louis VII. « Le roi de France, disent-ils, vit parmi ses sujets à la manière d'un bourgeois, civilement ; il n'a pas l'allure d'un monarque qui doit marcher entouré de soldats et de gardes. » (Lettre de J. de Salisbury à Gérard Pucelle.) Au fait, on voit le Roi se promener à pied par la ville ; chacun l'aborde et lui parle, sans plus de façon. Les chroniqueurs nous ont conservé un dialogue qui se serait noué de la sorte entre un jongleur et Philippe-Auguste. L'histrion réclame du prince un secours en argent, parce que, dit-il, « je suis, Seigneur, de votre famille. Et comment es-tu mon parent ? lui demande le Roi.
Je suis votre frère, Seigneur, par Adam ; seulement, son héritage a été mal partagé et je n'en ai pas eu ma part.
Eh bien reviens demain et je te la donnerai. »
Le lendemain, dans son palais, Philippe-Auguste aperçoit le jongleur parmi la foule qui s'y presse. Il le fait avancer et, lui remettant un denier :

– Voilà la portion que je te dois quand j'en aurai donné autant à chacun de nos frères descendus d'Adam, c'est à peine si, de tout mon royaume, il me restera un denier.
L'anecdote est-elle authentique ? Du moins la transmission par les contemporains en est caractéristique des contingences que nous voudrions définir.

Le Florentin Francesco Barberino vient en France sous le règne de Philippe le Bel. Il est tout surpris de voir le terrible monarque, — qui répandait, comme le dit Dante, son ombre sur l'Europe entière, — se promener dans les rues de Paris, où il rend avec simplicité leur salut aux bonnes gens qui passent.
Barberino croise Philippe le Bel arrêté au coin d'un carrefour par trois ribauds qui ne payaient pas de mine. Le Roi restait là, les pieds dans la boue ; il était coiffé d'une toque blanche ; après avoir écouté patiemment les doléances des compagnons, il conversa quelque temps avec eux. Et l'Italien ne manque pas de noter le contraste que fait la bonhomie de ces façons royales avec la morgue des seigneurs florentins.

Charles V, au témoignage de Jouvenel des Ursins, « vouloit tout ouïr et savoir, et, quelque déplaisance qu'il dût avoir, il se montrait patient ; il s'enquéroit du nom de ceux qui estoient venus, de la manière de les reconnoistre ; il se les faisoit montrer, les appeloit par leurs noms comme s'il les eût connus de tout temps, s'informoit de leur estat, de leur ville, de leur pays et leur donnoit toujours quelque confort. »

Chastellain raconte que Charles VII : « mettoit jours et heures de besogner à toutes conditions d'hommes et besognoit de personne à personne, distinctement à chacun, une heure avec ducs, une autre avec nobles, une autre avec estrangers, une autre avec gens mécaniques (artisans), armuriers, voletiers, bombardiers et autres semblables. » Il laissait sa porte ouverte : pénétrait qui voulait, pour lui parler librement les gentilshommes en armes, et jusque dans la chambre du Roi.

« Vous savez que chacun a loi d'entrer qui veut, » disait à Chabannes le futur Louis XI.

Au cours de leurs célèbres dépêches, les ambassadeurs vénitiens du XVIe siècle constatent que « nulle personne n'est exclue de la présence du Roi et que les gens de la classe la plus vile pénètrent hardiment, à leur gré, dans sa chambre intime. »
En 1561, l'ambassadeur Michel Suriano parle de ces rapports familiers entre princes et sujets : « Les Français ne désirent pas d'autre gouvernement que leurs rois. De là vient l'intimité qui règne entre le monarque et ses sujets. Il les traite en compagnons. Personne n'est exclu de sa présence, les laquais et les gens de la plus basse condition osent pénétrer dans son cabinet secret. » En 1577, un autre ministre vénitien, Géronie Lippomano : « Pendant le dîner du roi de France, presque tout le monde peut s'approcher de lui et lui parler comme il ferait à un simple particulier. » Et, en 1603, Angelo Badoer : « Le roi de France, quand il est en représentation, donne une plus haute idée de sa grandeur que ne le fait le roi d'Espagne... Mais hors d'apparat il est le monarque le plus affable du monde. » « Cette grande familiarité, note Suriano, rend, il est vrai, les sujets insolens, mais aussi fidèles que dévoués. » Ce qui est également l'opinion de Robert Dallington, secrétaire de l'ambassadeur anglais auprès de Henri IV. Il l'expose en son intéressant Aperçu de la France en 1598 dont M. E. Émerique a récemment publié la traduction : « Les rois de France sont très affables et familiers, plus qu'il ne convient, écrit le diplomate anglais ; mais c'est la coutume du pays. » Dallington pense aux cours d'Angleterre, de Suède et de Pologne, « où les princes ont plus de majesté et, par suite, plus de respect de la part de leurs sujets. » Duchesne, à son tour, compare sur ce point les rois de France à leurs voisins d'Espagne. Ceux-ci ne se montrent que rarement à leurs peuples. « Si un roy de France traitoit ses sujets comme cela, s'il se tenoit caché quinze jours à Saint-Germain ou à Fontainebleau, on croiroit qu'il ne seroit plus. Les François veulent presser leur prince, aussi bien en la paix comme à la guerre. » Par la manière dont les rois vivent avec leurs sujets, déclare Fontenay-Mareuil, « ils paraissent plutôt leurs pères que leurs maîtres. » Ce sont les « familiarités » dont parle Choisy.

Les diplomates étrangers sont étonnés de voir Henri IV disposer lui-même les sièges de la Grand'Chambre, où il doit leur donner audience. De même aux soirées de la Cour. Le Roi range son monde une petite baguette à la main, il fait élargir le cercle des spectateurs au milieu duquel doivent trouver place les comédiens italiens. A quoi Henri IV s'entendait à merveille.
« Vous n'auriez vu dans aucune résidence un salon mieux disposé, ajoute Dallington mais rien n'est plus dérogatoire à la majesté royale. »

Sous Louis XIII, encore, les divertissemens de la Cour ont des allures populaires : on y danse aux chansons des bourrées et des branles, des tresses et des caroles, jusqu'à des sabotières, — dames et cavaliers formant des rondes, en se tenant par la main et en tournant avec l'entrain des noces de villages. Les distances s'effacent : les femmes engagent les hommes en leur présentant des bouquets ; le Roi même prend part à l'assemblée comme un simple particulier ; la première venue peut le venir inviter à la danse.

Venons à Louis XIV.

« S'il est un caractère singulier en cette monarchie, écrit-il lui-même en ses Mémoires, c'est l'accès libre et facile des sujets au prince ; » et, dans ses fameuses instructions pour le Dauphin : « Je donnai à tous mes sujets sans distinction la liberté de s'adresser à moi, à toute heure, de vive voix et par placets. »

Il écrit encore : « Je m'imposai pour loi de travailler régulièrement deux fois par jour, et deux ou trois heures chaque fois, avec diverses personnes, sans compter les heures que je passais seul en particulier, ni le temps que je pouvais donner aux affaires extraordinaires, s'il en survenait, n'y ayant pas un moment où il ne fût permis de m'en parler, pour peu qu'elles fussent pressées, à la réserve des ministres étrangers, qui trouvent quelquefois, dans la familiarité qu'on leur permet, de très favorables conjonctures, soit pour obtenir, soit pour pénétrer et que l'on ne doit guère écouter sans y être préparé. »
Ce qui inspire à La Bruyère ces lignes si souvent citées : « La vraie grandeur est libre, familière, populaire. Elle se laisse toucher et manier ; elle ne perd rien à être vue de près : plus on la connaît, plus on l'admire... Son caractère est noble et facile, inspire le respect et la confiance, et fait que les princes nous paraissent grands, et très grands, sans nous faire sentir que nous sommes petits. »

Façons auxquelles répondent la tenue et l'habillement du Roi. En dehors des cérémonies où il doit se parer d'atours traditionnels, son vêtement est commun et simple. Les visiteurs sont surpris de constater que maître Robert de Sorbon, « fort aimé de saint Louis et toujours proche de lui, est habillé de plus riche camelin que le monarque. » Après être revenu de sa première croisade, le bon Roi ne met plus que des vètemens de si mince valeur qu'il estime en faire tort aux pauvres qui ont coutume d'en obtenir la « livrée, » et il charge son aumônier de les en indemniser jusqu'à concurrence de 60 livres (6 000 francs de notre monnaie) par an. Sans pousser la modestie de leur garde-robe aussi loin, ses successeurs revêtent également des surcots de petit prix, des pourpoints de futaine. Il était établi par la Cour des Comptes, suivant Bodin, que Louis XI portait un chapeau graisseux et des vêtemens de l'étoffe la plus grossière ; en ces registres on rencontre des mentions comme la suivante : « 20 sols pour une nouvelle doublure de laine au vieux manteau du Roi. » Jusqu'à François Ier, prince de la Renaissance, « on trouve personnages de petite étoffe, et quelquefois de vile condition, qui en font autant et plus que lui, » observe l'évêque Claude de Seyssel. Aussi quand était annoncé au palais quelque ambassadeur étranger, vite le Roi se faisait-il apporter une pièce de drap d'or, qu'il se faisait attacher sous les aisselles, afin de paraître un peu. Henri IV porte des habits fripés, délavés par la pluie ; Louis XIII des pourpoints aux tons neutres, ternes, en étoffe de bure. Locatelli, qui visite la Cour de Louis XIV, ne peut retenir son étonnement ; est-ce vraiment là ce prince si magnifique ? les gentilshommes de son entourage sont plus richement vêtus que lui. Il est habillé d'un simple justaucorps tirant sur le brun, avec une mince broderie, et, sur l'épaule le bouton d'or (rubans tenus par un bouton) qui distinguait le Roi parmi ses courtisans. Louis XV fut peut-être plus élégant, car il aimait, comme Marie Leszczynska, les belles soieries de Lyon. La tenue de Louis XVI eût convenu au plus obscur de ses sujets un habit gris le matin ; pour l'après-midi un uniforme de nuance foncée, en drap uni, sans ornement, broderie ni dentelle.

Ainsi qu'au Moyen âge, au XVIIe siècle encore, on entrait dans le palais du Roi comme dans un moulin. Contrairement à ce qui se verrait de nos jours, tout y était banal, hors la chapelle.
Les étrangers ne cessent d'en exprimer leur surprise. J'allai au Louvre, écrit Locatelli en 1665, « je m'y promenai en toute liberté et, traversant les divers corps de garde, je parvins enfin à cette porte qui est ouverte dès qu'on y touche et le plus souvent par le Roi lui-même. Il suffit d'y gratter et l'on vous introduit aussitôt. Le Roi veut que tous ses sujets entrent librement. » Dans le jardin des Tuileries, le « jardin du Roi, » avant que Louis XIV ne transférât sa résidence à Versailles, le public coudoie le ménage royal, ainsi qu'il le faisait sous saint Louis et sous Philippe le Bel dans le Jardin de Paris. Locatelli y assiste à de petites scènes intimes entre Louis XIV, Marie-Thérèse et le Dauphin, scènes qu'il rapporte avec beaucoup de grâce :

Un soldat, en passant devant le Dauphin, inclina sa hallebarde, mais l'enfant âgé de cinq ans, irrité de ce que le soldat ne s'était pas découvert, dégaina une petite épée qu'il portait, en criant :
— Holà ! bâtonnez-moi cet homme assez hardi pour passer devant moi sans ôter son chapeau !
Mais la Reine fit tendrement remarquer à son fils :
— Suivant les règles militaires, ce soldat ne devait pas ôter son chapeau, mais seulement incliner sa hallebarde, ce qu'il a fait.
Mécontent de ces paroles, dit Locatelli, le Dauphin repousse la Reine de la main et s'enfuit vers le Roi assis derrière la grille du jardin d'où il suivait des yeux la fin d'une revue.
Louis XIV, à l'arrivée de son fils, le prit entre ses bras et le couvrit de baisers, quand la Reine les rejoignit.
« Elle tenait dans ses mains, dit notre Italien, une tige de laitue confite, — sans doute de l'angélique. Son fils s'arrêta court à cette vue, et, saisissant de ses mains les deux bras de sa mère, il s'efforçait de s'emparer de la friandise. Mais la Reine dit, en la levant en l'air :
« — Si vous la voulez, mon mignon, j'exige d'abord que vous pardonniez au soldat l'injure qu'il ne vous a pas faite. »
Le petit bonhomme était toujours irrité et détournait la tête ; alors le Roi :
— Pour vous faire changer d'idée, ne suffit-il donc pas que votre père et votre mère vous disent qu'il n'a pas commis de faute ?
« Le Dauphin leva à ces mots les mains et le visage vers son père, comme pour l'embrasser ; le Roi se mit tout près de son fils et lui dit :
— Pardonnez-vous au soldat ?
— Oui, monsieur, répondit le Dauphin à mi-voix.
— Et pourquoi ?
— Parce que papa et maman le veulent.
Et aussi parce que c'est votre devoir, ajouta le Roi. Puis il se pencha pour recevoir son baiser, et le Dauphin, lui jetant un bras autour du cou, faisait, de l'autre, signe à sa mère de lui donner cette friandise. La cérémonie terminée, le Roi et la Reine se retirèrent, ayant entre eux leur fils, qu'ils tenaient chacun par une main.

Ce jardin des Tuileries, Colbert aurait voulu le réserver à la Cour, l'interdire au public ; mais Perrault combattit son opinion :
« Les jardins du Roi, disait-il, ne sont si grands et si précieux, qu'afin que tous leurs enfans puissent s'y promener. » Louis XIV se rangea à son avis et le jardin des Tuileries resta ouvert à tout le monde ; comme le sera le parc de Versailles. Un peuple si nombreux en remplissait certains jours les allées et les bosquets que Louis XIV ne pouvait plus s'y promener. La foule, qui se répandait dans ces magnifiques résidences, ne laissait pas que de s'y livrer à des excès ; au point que le Roi, effrayé des dégâts commis, ordonna en 1685 de ne plus laisser entrer dans les jardins que « les gens de la Cour et ceux qu'ils mèneraient avec eux ; » mais bientôt le Roi revient aux traditions. Il va jusqu'à faire enlever les grilles qui entouraient les bosquets, voulant, raconte Dangeau, « que tous les jardins et toutes les fontaines fussent pour le public ! » Et les dégâts de reprendre avec un vandalisme nouveau : mutilation des fontaines, plombs volés, marbres brisés, inscriptions d'amoureux gravant sur les chefs-d'œuvre des Coysevox et des Girardon leurs « lettres » l'une dans l'autre ; mais Louis XIV tint bon et ses jardins, comme ses palais, restèrent ouverts à tous.

Locatelli assiste aussi à la toilette de la Reine qui se fait en public. Entre qui veut. « Pendant qu'on la coiffait, elle portait un léger corset de toile blanche, bien garni de baleines, serré à la taille, et une jupe si étroite qu'elle semblait enveloppée dans un sac de soie. La Reine coiffée, des pages apportèrent ses vêtemens de dessus, d'une jolie étoffe à fleurs, alternativement bleues et or sur fond d'argent. Ils la lacèrent et achevèrent de l'habiller ; mais les femmes placèrent les bijoux de la tète et du corsage. Sa toilette terminée, elle se tourna vers les étrangers, fit une belle révérence et vola, pour ainsi dire, à l'appartement de sa tante, la Reine mère. »

Comme la Reine et comme la Dauphine, le Roi s'habillait sous les yeux de tous. Certains bourgeois trouvaient une distraction à s'en aller au Louvre « pour le seul plaisir de voir le Roi, ne pouvant se lasser de le considérer, soit pendant son dîner, soit dans la cour du Louvre, lorsqu'il y descendait pour assortir des attelages de différens chevaux. »

La maison du Roi devenait une place publique. On imagine la difficulté d'y maintenir l'ordre et la propreté. Du matin au soir s'y pressait une cohue turbulente et bruyante, où se mêlaient toutes sortes de conditions. Les dessous et les encognures des escaliers, les couloirs, les balcons, les tambours des portes, paraissaient des lieux propices à satisfaire les besoins de la nature. Les couloirs des châteaux du Louvre, de Vincennes, de Fontainebleau, se transformaient en sentines. Pour entrer chez la Reine, les dames relevaient leurs jupes. Jusqu'au troisième tiers du XVIIe siècle, le Louvre est signalé pour ses odeurs et ses « mille puanteurs insupportables » qui faisaient un étrange contraste avec la splendeur des appartemens royaux.
C'était une des raisons qui motivaient les déplacemens continuels de la Cour alors on aérait les chambres, on les désinfectait « en les parfumant de bois de genièvre. » « Louis XIV et Monsieur (le Duc d'Orléans), écrit Madame Palatine, avaient été habitués dès l'enfance à des maisons sales, de sorte qu'ils regardaient la chose comme naturelle, mais sur leurs personnes ils étaient fort propres. » Bussy-Rabutin admire Louis XIV d'être parvenu à mettre un peu d'ordre dans sa demeure et à lui donner « la propreté du particulier. »

Ces traditions de vie commune, il n'était pas possible de les modifier. Les souverains eux-mêmes sentaient qu'ils n'en avaient pas le droit. Ainsi Louis XIV fut amené, en 1671, à la résolution de transférer à Versailles la demeure de la monarchie. A Paris, avec l'accroissement de la ville et la multiplication des rapports entre le Roi et ses sujets, la famille royale en était venue à ne plus pouvoir respirer. Il en fut d'ailleurs à Versailles comme au Louvre. « Un jour, écrit Viollet-le-Duc, que je visitais, étant très jeune, le palais de Versailles avec une respectable dame de l'ancienne Cour, passant dans un couloir empesté, elle ne put retenir cette exclamation : « — Voilà qui me rappelle un bien beau temps ! »
A Versailles comme au Louvre, les appartemens du Roi demeurent ouverts à tout venant. Les étrangers, Madame Palatine, Mme d'Osnabrück, se plaignent du tumulte qui règne à la Cour de France, de la presse, des odeurs dont on y est incommodé : on risque d'y être étouffé. « Nous passâmes, écrit l'Anglais Arthur Young qui en est tout surpris, à travers une foule de peuple et il y en avait plusieurs qui n'étaient pas trop bien habillés. »

Et l'on imagine quel monde finissait par envahir ainsi la demeure royale des personnages louches, réputés dangereux ; en 1682, un « grand prêtre italien, nommé Pitoli, qui a des relations suspectes avec les gouvernemens étrangers ; il se promène tout le long du jour dans le château de Versailles ; » des huguenots comme Cottereau : « Il est très souvent à Versailles, approche de fort près Sa Majesté. » Cottereau fait de fréquens voyages en Angleterre, publie des libelles contre Mme de Maintenon ; il se répand à son ordinaire contre le Roi en discours tels qu'il serait à craindre « qu'il ne fit quelque coup qui porterait préjudice à toute la France. »

De temps en temps, à vrai dire, on donnait un coup de balai, quand le palais de Versailles en arrivait à être encombré de mendians qui y exerçaient leur profession comme dans la rue. Nous lisons dans le Journal de Dangeau, à la date du 2 juillet 1700 : « On a mis sur pied cinquante Suisses pour chasser du château les gens qui y gueusaient. »

Un filou ne dépouille-t-il pas de ses ornemens le chapeau que Louis XIV vient de déposer sur une table ? Sous la Régence, le jeune Louis XV est installé au Louvre. Les voleurs de la bande de Cartouche se répandent familièrement dans les diverses salles du Palais. A l'un des bals qui s'y donnent, Louison, frère de Cartouche, vole au prince de Soubise son épée à poignée d'or estimée 23 000 livres. Un autre jour, « dans une salle attenant à celle où le Roi mange, » Guillain, Marcant, Ferront et Prévost dit Coste, ce dernier, tailleur de son métier, tous affiliés à la troupe de Cartouche, vident les poches des nombreuses personnes qui se trouvaient là.

En une lettre adressée au lieutenant de police par un certain Nicolas Blondat, le 30 octobre 1765, on voit passer cette cohue bigarrée qui, du matin au soir, se pressait dans les appartemens du Roi :

« J'ai l'honneur de vous rendre compte que, le 25 août dernier, jour de la fête du Roi, — étant à Versailles avec la dame Millot (cette jeune personne, Marie-Marguerite Millot, était la maitresse de Blondat), pour y voir les appartemens du château, nous fîmes rencontre du sieur Lardier, exempt de la prévôté de l'hôtel, duquel je suis connu depuis plusieurs années, qui me proposa de rester avec lui jusqu'à ce que le Roi fût passé, que nous découvririons sûrement quelques voleurs de montres et de tabatières. Je lui représentai que cela ne se pouvait guère, attendu que j'étais accompagné d'une dame. Il me répondit qu'il allait la conduire, dans un endroit où elle nous attendrait. Il la conduisit à la porte d'un des appartemens de Mesdames... » On se croirait dans la rue.

Lors des fêtes données à Versailles, au mois de juin 1782, en l'honneur du grand-duc Paul de Russie, fils de Catherine II, les grilles du parc sont ouvertes, et la masse du peuple s'engouffre dans les cours, dans les allées, remplit la terrasse : « La foule, avide de voir, se pressait avec tant d'indiscrétion qu'à un moment le Roi, se sentant poussé, se plaignit ; le grand-duc, qui était près de lui, s'éloigna un instant :

« — Sire, dit-il, pardonnez-moi, je suis devenu tellement Français, que je crois, comme eux, ne pouvoir m'approcher de trop près de Votre Majesté.

« Il était facile, écrit le docteur Nemeitz, de voir souper Sa Majesté. Elle recevait à sa table toute sa famille et, à moins qu'il n'y eût déjà trop de monde, ce qui arrivait parfois, on était admis. D'ailleurs on pouvait toujours être admis quand on arrivait de bonne heure. » On sait la pudeur farouche de Louis XIll et qui se traduisait par des brusqueries. Ceci se passe encore au Louvre. Le Roi remarque dans la foule une jeune personne fort décolletée. « La dernière fois qu'il but, lisons-nous dans un livre d'édification de 1658, — où ce trait de vertu est cité avec éloge, — le Roi retint une gorgée de vin en la bouche, qu'il lança dans le sein découvert de cette demoiselle. »

Fréquemment, entre le Roi et les assistans, des gens du peuple, la conversation s'engage gaillarde et familière. Des échos en sont conservés par les lettres de Mme de Sévigné et les Mémoires de Saint-Simon. « Il y eut l'autre jour une vieille décrépite qui se présente au dîner du Roi. Elle faisait frayeur, écrit Mme de Sévigné à sa fille. Monsieur (le Duc d'Orléans) la repoussa en lui demandant ce qu'elle voulait. « — Hélas ! Monsieur, lui dit-elle, c'est que je voudrais prier le Roi de me faire parler à M. Louvois. » Le Roi dit « — Tenez, voilà M. de Reims (frère de Louvois), qui y a plus de pouvoir que moi. »

Le public était plus particulièrement admis au « grand couvert, » qui avait lieu régulièrement tous les dimanches et, — ce qui est à noter, — les jours de fête dans la famille royale. Celle-ci s'y trouvait réunie tout entière, y compris les princes du sang.

Louis XIV, qui s'acquitta avec tant d'énergie et de conscience de son métier de Roi, s'astreignit à dîner ainsi en public jusqu'aux derniers jours de sa vie, jusqu'au 21 août 1715, — il devait mourir le 1er septembre. Son état de fatigue ne lui permettait plus de quitter sa robe de chambre. « J'observai, note Saint-Simon, qu'il ne put avaler que du liquide et qu'il avait peine à être observé. »

Sous Louis XV, les Parisiens, les provinciaux, viendront assister au repas du Roi, pour admirer sa prestance, son élégance, mais plus encore son adresse à faire sauter le haut de la coque d'un œuf, d'un seul coup du revers de sa fourchette.
— Attention ! Le Roi va manger son œuf !

Les dames assises auprès du souverain s'écartaient de lui pour que la foule le pût mieux voir. Louis XV savait l'amusement que ses sujets prenaient à ce détail, aussi s'astreignait-il à manger le plus souvent possible des œufs à son grand couvert.
« Les badauds, assure Mme de Genlis, qui venaient le dimanche à Versailles, retournaient chez eux, moins enchantés de la belle figure du Roi que de l'adresse avec laquelle il ouvrait ses œufs. »

Quand est apporté le dessert, le Roi fait présenter, aux dames présentes, des fruits et des glaces. Parmi elles se trouve, en 1772, une jeune Genevoise, Rosalie de Courtaut. « On offrit, dit-elle, les glaces du dessert aux dames qui étaient là pour voir. Je les trouvai bien bonnes. »

On allait de même assister au dîner des enfans de France à Versailles, ou dans les villes où ils passaient, quand ils étaient en voyage.

Pour faciliter le transport des habitans de Paris jusqu'à Versailles, avait été organisé un service d'omnibus appelés, les uns, des « carrabas, » les autres des « pots de chambre. »
Mercier en donne la description. Ceux qui prenaient place sur le devant étaient appelés des singes, et ceux que étaient assis à l'arrière de la voiture étaient appelés des lapins. « Le singe et le lapin, écrit Mercier, descendent à la grille dorée du château, ôtent la poudre de leurs souliers, mettent l'épée au côté, entrent dans la galerie, et les voilà qui contemplent à leur aise la famille royale et qui jugent de la physionomie et de la bonne grâce des princesses. Ils font ensuite les courtisans tant qu'ils veulent. Ils se placent entre deux ducs, ils coudoient un prince trop empressé, qui retient son geste quand il l'a outrepassé, et rien n'empêche le singe et le lapin de figurer dans les appartemens et au grand couvert comme les suivans de la Cour. »
Aussi, comme le note encore Mercier, dans toute la France on s'entretenait de la cour de Versailles, et il était rare que dans le village le plus écarté il n'y eût quelqu'un qui ne pût dire de visu, pour y être venu en carraba ou en « pot de chambre, » comment le Roi était fait, combien la Reine aimait les « pommes d'orange, » si la Dauphine était jolie et si les princesses marchaient d'un bon air.

Il n'est pas douteux que la familiarité de ces façons royales n'ait beaucoup contribué à développer les sentimens que la personne du souverain éveillait dans le cœur des Français et qui demeurèrent très vifs pendant tant de générations. Les ambassadeurs vénitiens en France y voient « une cause de la force de la monarchie en France. » Chacun, dit Rétif de la Bretonne, et ceux mêmes qui ne l'avaient jamais vu, considéraient le Roi comme une connaissance intime ; » parole remarquable et où se caractérisent profondément les sentimens que les Français éprouvaient pour leur prince.

Ces faits apparaîtront dans leur relief, on les placera dans leur vraie lumière, si l'on compare cette vie populaire de nos vieux rois, à l'existence que mènera aux Tuileries Napoléon devenu empereur, ce Napoléon qui gravira cependant les marches du trône aux acclamations des Français. « L'Empereur et l'Impératrice, écrit M. Frédéric Masson, se laissent encore aborder par les gens de la Cour, mais les gens de la ville sont derrière les balustrades. Quant au peuple, contenu par une double haie de grenadiers, il voit de loin passer ses souverains comme à l'Étoile, ou bien d'en bas il les aperçoit au balcon de la Salle des Maréchaux. L'armée, la Garde même n'a le droit d'acclamer son Empereur qu'en défilant sous les fenêtres de son palais (1). » Certes, Napoléon aime son peuple et tient à lui témoigner cette affection il lui prodigue « des jeux comme à Saint-Cloud et aux Champs-Elysées des feux d'artifice, des victuailles, du vin, des illuminations ; mais ce qui seul le satisfait, on le lui refuse. C'eût été de voir son Empereur, le suivre, l'acclamer, participer à son triomphe et à sa joie. »
« Ce sont les caractères, dit M. Frédéric Masson, du nouveau régime (2). »

La Révolution a passé, un autre monde a vu le jour.

...

Frantz Funck-Brentano.

(1) Frédéric Masson, Marie-Louise, p. 124-25.
(2) Frédéric Masson, Napoléon chez lui, p. 264.


La suite de l'article — ou plutôt de la série d'articles — de Funck-Brentano (°1862-1947) est tout à fait intéressante mais je vous la laisse la découvrir sur Gallica.

La monarchie était organisée comme une grande famille ... nombreuse ! C'est ce qu'il faut retenir. Et dans une famille, il y a toujours des privilégiés et des laissés pour compte ...

Il faut quand même rectifier le tir : Louis XIII n'était pas prude, il était homosexuel ; mais les historiens de l'époque de Funck-Brentano vont jusqu'à soutenir mordicus qu'Henri III était orthodoxe dans ses moeurs et qu'il affectait son inversion !
Officiellement l'actuel roi d'Espagne descend de François d'Assise de Bourbon (°1822-1902) qu'on appelait Paquita dans l'intimité et époux légitime d'Isabelle II reine d'Espagne (°1830-1904) ; en fait la reine avait de nombreux amants et pour cause et donc il est peu probable que sa descendance soit issue des oeuvres de son mari. On faisait comme si ...

Je suppose qu'il faut s'appeler Stéphane Bern pour se pâmer d'admiration devant les vertus des monarques ! Les rois et les reines étant des hommes et des femmes comme les autres, ils sont enclins aux mêmes passions ... juste exacerbées ou tempérées par leur position sociale particulière. Il faut vraiment beaucoup d'imagination pour leur prêter une nature différente ...

En 1896, c'est dans la Bibliothèque de Criminologie que Marc-André Raffalovich publie une étude sur Uranisme et unisexualité où un chapitre est consacré à Monsieur, frère du Roi, duc d'Orléans et époux de La Palatine.
Il y avait donc depuis la classification célèbre du médecin légiste Ambroise Tardieu au milieu du XIXe siècle un lien considéré comme évident entre inversion et crime ! Et comme évidemment il est difficile de dire que les familles royales sont infestées d'un tel vice qui pousse au crime on essayait par tous les moyens d'écarter cette idée des esprits. On attribuait à son éducation particulière le tempérament de Monsieur, son goût des franfeluches et des ameublements, ses liaisons tumultueuses avec le chevalier de Lorraine etc. Au fond on en avait fait un pédéraste pour l'éloigner du trône et éviter une nouvelle Fronde, c'était la thèse admise.
Il en reste certainement quelque chose aujourd'hui ...

En clair les historiens sont tributaires de leur temps, de ses censures, de ses incompréhensions, de ses limites et il leur faudrait beaucoup d'imagination pour s'abstraire de tels écarts à la raison. La froide raison qui ne connaît que les faits ... comme autant d'expériences vitales.


Comme je poursuivais pendant mes congés d'août mes recherches sur la famille Pomiès originaire du Comté de Foix, je suis tombé sur un personnage étonnant : mais chaque chose en son temps !
La dernière des sept enfants du couple Jean François Pomiès & Marguerite Adélaïde Brière (°1737-1819) s'appelait Eugénie Pomiès (°1773-1840) ; elle s'est mariée deux fois avec le même homme en pleine tourmente révolutionnaire, d'abord en 1792 en l'église Saint-Louis de Versailles puis en 1795 toujours à Versailles dans la maison d'une dame Barbier par le curé réfractaire et non-jureur de Voisins-le-Bretonneux, Jean-Pierre Dieulouard. En janvier 1798, sa mère sera obligée de divorcer fictivement d'avec son mari qui avait décidé d'émigrer dans le royaume de Piémont-Sardaigne se sentant menacé dans ses fonctions de commissaire des guerres au service d'un régime devenu quasiment délirant et fou furieux de la résistance qu'il rencontrait dans ses menées révolutionnaires ; divorce simulé comme beaucoup d'autres à cette époque afin d'échapper aux confiscations et vexations légales.
Eugénie Pomiès avec l'accord de ses parents se maria donc avec Jean-Jacques Guindre (°1767 Lubersac), pharmacien patenté de son état et neveu de feu Jean Guindre (°1704-1791), inventeur du sel désopilant, ci-devant au Grand-Commun, à Versailles, apothicaire de feu madame la Dauphine et de madame la comtesse de Provence. Ayant perdu la fortune léguée par son oncle, il relança la fabrication de cette eau désopilative ou sel de Guindre, et se refit un état en s'installant pharmacien au 5 rue Sainte-Anne à Paris, tant et si bien qu'il racheta en 1807 le dit château de Louvois qu'il avait possédé entre 1793 et 1798. Il ne s'agit pas du grand et magnifique château de Chaville qui avait été détruit avant même la Révolution mais d'un relais de chasse, fort élégant, situé sur la commune de Viroflay, dépendance du vieux château du ministre de la guerre et de son père Le Tellier, chancelier de France.
Après la révolution de 1830, ils cédèrent la pharmacie familiale au sieur Auguste François Brutus Noël Léonard (°1794-1856) qui se fit appeler Léonard Guindre, c'est cet original sur lequel Charles Yriarte (°1833-1898) a écrit un chapitre entier d'un livre paru en 1864 et réédité en 1868. Il avait épousé en 1824 la fille du professeur de pharmacie Louis Isidore Nachet (°1757-1832).
Une autre fille Marguerite Euphrasie Pomiès (°1770-1808) épousa le peintre Augustin Bluteau (°1763-1829), élève de Jean-Jacques Lagrenée Le Jeune (°1739-1821) et de Louis-Gabriel Moreau aîné (°1740-1806), il exposa au Salon des paysages et fut professeur au collège de Juilly (près de Meaux).
Marguerite Euphrasie Pomiès est morte en janvier 1808 des suites de ses couches ayant donné naissance à Paris le 25/11/1807 à Marguerite Euphrasie Bluteau.


Le couple Guindre-Pomiès revendit cette maison de Louvois en 1829 à leur nièce Marguerite Euphrasie Bluteau et à son mari François Cyrille Delatasse ou Cyrille de La Tasse, receveur des contributions directes de l'arrondissement de perception de Claye (auteur d'un manuel de comptabilité rurale en 1825, imprimerie de Mme Huzard à Paris puis réédité chez Paul Dupont jusqu'en 1862), demeurant à Versailles ; leur descendant Jean Cyrille Henri Delatasse, né à Claye le 13/1/1829, mort dans la nuit du 12 au 13/4/1884 à Viroflay, Yvelines, déclaré le 14/4/1884, à 55 ans étant célibataire (témoin Georges Delatasse, 36 ans, professeur, dmt à Versailles au 31 rue de la Paroisse, frère du défunt, acte 29, vue 220), soutiendra une thèse de licence en droit à Paris le 11/2/1858. Il est sous-chef de bureau à la caisse des dépôts et consignations à sa mort.
Son frère cadet Georges fera une bonne oeuvre vers 1900/1902 en lançant une souscription pour le rachat d'une esclave à baptiser sous le nom de Mariette-Eugénie-Berthe, par l'intermédiaire des Missions d'Afrique d'Alger. Dmt 13 puis 23 rue de la Bonne Aventure à Versailles.

Etienne Sulpice de La Tasse (°11/10/1759 Faremoutiers - mort après 1826 à Faremoutiers), ancien huissier époux à Faremoutiers le 15/1/1788 de Marie Marguerite Dupuis (°14/11/1758 Faremoutiers - morte avant 1826 à Faremoutiers) dont François Cyrille de La Tasse (°28/1/1796 ou 8 Pluviôse An 4 Faremoutiers, Seine-et-Marne - mort le 19/4/1883 Viroflay, Yvelines à 87 ans, témoins Henri de La Tasse, employé à la caisse des dépôts et consignations, 54 ans, dmt à Viroflay et Georges de La Tasse, 35 ans, professeur, dmt à Versailles, 31 rue de la Paroisse, acte 33 vue 153), 47 ans en 1843, propriétaire, dmt à Villeparisis en 1826, époux à Viroflay, Yvelines le 4/10/1826 (vues 300/301) de Marguerite Euphrasie Bluteau (°25/11/1807 Paris, 3ème ancien au 5, rue Sainte-Anne, fille d'Augustin Bluteau et de Marguerite Euphrasie Pomiès - morte le 15/4/1883 Viroflay, Yvelines à 76 ans, déclarée le 16/4/1883, témoins Henri de La Tasse, 54 ans, employé à la caisse des dépôts et consignations, dmt à Viroflay, fils de la défunte et Georges de La Tasse, 35 ans, professeur, dmt à Versailles au 31 rue de La Paroisse, fils de la défunte, acte 31 vues 152/153), dmt chez son oncle Jean-Jacques Guindre à Viroflay en 1826, dmt à Paris, 2ème au 14 rue Gaillon en 1843, 35 ans dont une fille Berthe Marie Marguerite de La Tasse (°9/8/1843 Viroflay, Yvelines, déclarée le 10/8/1843, témoin Jacques Nicolas Levasseur, 57 ans, dmt 48, Faubourg Poissonnière à Paris, acte 39 vue 433 - 19/8/1893 Versailles, Yvelines en sa demeure au 93 avenue de Saint-Cloud à 50 ans, témoins Olivier Georges Frédéric de La Tasse, 45 ans, professeur de lettres, dmt 93 avenue de Saint-Cloud, frère de la défunte et François Weber, 54 ans, professeur au lycée Hoche, dmt à Versailles, 15 rue du Refuge, ami, acte 972 vue 166), célibataire, sans profession.
Témoins du mariage à Viroflay en 1826 : Rémy de La Tasse, 69 ans, rentier, dmt à Paris au 30 quai de Gesvres, oncle de l'époux, Joseph Grandhomme, 21 ans, employé, dmt à Paris au 24 rue Bourtibourg, ami de l'époux, Jean-Jacques Guindre, 59 ans, propriétaire, oncle de l'épouse, dmt à Viroflay, Julien Roussel, 38 ans, employé au ministère de l'intérieur, dmt à Paris au 3 rue des Forges.

François Cyrille de La Tasse (°1796-1883) avait comme oncle Jean-Baptiste Delatasse notaire à Faremoutiers du 17/10/1775 au 19/1/1813 et un parent proche Alexandre Sulpice Delatasse (°1784 Faremoutiers - 19/11/1863 Paris, 3ème à 79 ans au 126 rue Vieille du Temple, témoin Jean Louis Augustin Cotel, 55 ans emballeur, dmt 132 rue de Paris, Paris, 20ème, gendre du défunt, et Pierre Désiré Champenois, 38 ans, fleuriste, dmt 18 rue des Filles du Calvaire, petit-gendre du défunt, acte 1541 vue 25), fabricant et marchand de couleurs pour décors et bâtiment en 1827/1839 au 5 rue du Faubourg du Temple, rentier à sa mort, veuf de Louise Geneviève Sophie Fieffé.
Louise Geneviève Sophie Delatasse épouse à Paris le 6/7/1833 Jean Louis Augustin Cotel.
Ce qui explique le lien entre le peintre Bluteau et la famille Delatasse chez qui il devait acheter ses couleurs.

Pierre Denis Sulpice Delatasse, débitant de tabac époux de Caroline Béranger dont Joachim Louis Sulpice Delatasse (°11/5/1818 Faremoutiers, témoins Etienne Sulpice Delatasse, 60 ans, huissier royal et Joachim Ferdinand Béranger, 58 ans propriétaire et débitant de tabac, les deux grands-pères de l'enfant, vue 246), sous-lieutenant le 1/10/1844, élève de l'école des Beaux-Arts de Paris en 1838 (élève d'Adhémar), propriétaire à Faremoutiers, maire de la ville de 1861 à 1870 qui se marie à Paris, 2ème ancien le 22/6/1848 avec Marie Eugénie Dreue.

François Cyrille de La Tasse, 52 ans, propriétaire époux de Marguerite Euphrasie Bluteau, 38 ans dont Olivier Georges Frédéric de La Tasse (°18/1/1848, déclaré le 20/1/1848 Viroflay, Yvelines, témoins Louis Gabriel Huet, 48 ans, propriétaire et Etienne Emile Ardillier, 40 ans, entrepreneur, l'enfant a été présenté par François Cyrille de La Tasse, père de l'enfant, acte 7 vue 603).
C'est ce qu'on appelle une noblesse au sécateur ...
Le Temps du 13/8/1862 : Concours général des lycées et collèges de Paris et Versailles. Classe de quatrième Histoire 1er prix Georges Olivier Frédéric Marie Delatasse, de Viroflay (Seine-et-Oise), lycée de Versailles.
Le Temps du 11/8/1863 Concours général Delatasse de Viroflay qui obtient un 3ème accessit en Histoire lycée de Versailles ; il doit encore s'agir de lui.
1870 : Delatasse, élève de l'Ecole des Chartes, à Paris.

Almanach du commerce de Paris 1844 : Delatasse propriétaire au 14 rue Gaillon.
Almanach du commerce de Paris 1845 : Delatasse propriétaire au 23 rue de la Chaussée d'Antin.


Augustin Bluteau (°1763-1829) : paysage italien de fantaisie vers 1800.

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Il a fait d'autres paysages par exemple de la région de Mortefontaine chère au coeur de Gérard de Nerval.


Le peintre Charles Edouard Chaise (°1761-1799) avait épousé Marie Adélaïde Bluteau (°1762) et était donc le beau-frère d'Augustin Bluteau et son témoin de mariage en 1793 à Versailles avec Euphrasie Marguerite Pomiès. Il était professeur de dessin à l'Ecole centrale de Seine-et-Marne sise au ci-devant château de Fontainebleau à sa mort. Peintre d'histoire néo-classique, son seul tableau majeur se trouve au musée de Strasbourg (un autre au musée de Reims). Charles-Édouard Chaise fut élève de Jean Bonvoisin (°1752-1837) en 1775, puis de Jean-Jacques Lagrenée le Jeune et donc condisciple d'Auguste Bluteau.

Thésée vainqueur du Minotaure vers 1791 (détail).

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Eugénie Pomiès (°1773-1840) a été baptisée Pomiès de Beaupré le 27 novembre 1773 à Saint-Louis de Versailles, fille légitime de Jean François Pomiès de Beauprez, conseiller de légation de la Cour de Saxe, premier valet de chambre de Madame Adélaïde de France et valet de chambre ordinaire de Monseigneur le Dauphin (futur Louis XVI), et de Marguerite Adélaïde Brière, femme de chambre de Madame de France (Marie-Joséphine de Savoie comtesse de Provence épouse du futur Louis XVIII).
Or Charles Pomiès (°1872-1956) père du danseur Georges Pomiès passa toute sa jeunesse au Havre où il étudia à l'école des Beaux-Arts de la ville et s'y inscrivit sous le nom de Pomiès de Beaupré (il y remporte un 1er prix à l'école municipale des Beaux-Arts pour une académie d'après La Bosse décerné le 29 juillet 1886 par M. Marion maire du Havre, cf Le Courrier du Havre et Le Scapin — s'agit-il d'Abraham Bosse ?) ce qui prouve qu'il connaissait l'histoire familiale et n'avait pas oublié l'époque versaillaise de ses aïeux (son père était un artiste musicien, sa mère une artiste lyrique et son grand-père Pomiès fut capitaine de l'armée belge nouvellement formée après la Révolution de 1830).

Marie Elisabeth Laurent de La Gravière (°1726-1803) fut femme de chambre de Madame Victoire de France de 1764 à 1778 puis de Madame Elisabeth de France jusqu'en 1778, soeur de Louis XVI et qui fut guillotinée ; sa nièce et petite-fille de son époux Jean-Baptiste Pomiès, Françoise Elisabeth Laurent de La Gravière (°5/10/1754 Meaux, Seine-et-Marne - 5/8/1829 Versailles à 75 ans en son domicile au 33 avenue de Saint-Cloud, acte 590 vue 124), fut chanoinesse de Meaux avant la Révolution, chassée de son couvent comme les autres pensionnaires, elle vint vivre à Versailles avec sa soeur aînée Marie Jeanne Suzanne Laurent de La Gravière (°4/9/1753 Meaux), femme de chambre de la Comtesse d'Artois qui laissa sa charge en survivance à sa cousine germaine Louise Marie Adélaïde Pomiès (née en 1769) qui épousera le comte Vincent-Claude de Faydit de Terssac (°1749-1820), colonel du Génie, chevalier de Saint-Louis (par lettre close du Roi le 8/11/1787 ; pension royale de 400 livres le 18/6/1786) et chevalier de la Légion d'honneur (brevet du 26 Prairial An 12 ou 15/6/1804 signé par Lacépède grand chancelier de l'ordre) à Saint-Sulpice où son frère titulaire de la cure Jean-Joseph de Faydit de Terssac (°1739-1788) s'était illustré quelques années auparavant en refusant une sépulture chrétienne à Voltaire puis plus tard en 1784 en ayant des entretiens prolongés avec le mourant Diderot encore plus incroyant pourtant.
Cf Revue Persée : La mort de Diderot par Louis Marcel, chanoine de Langres, 1925.
Vincent-Claude de Faydit-Tersac servit en Indes à Pondichéry, il eut les honneurs de la Cour le 7 avril 1788 et fut désigné pour présenter les ambassadeurs de Tippo Saëb Sultan (°1750-1799) le 10 août 1788 à Versailles au monarque (ils avaient débarqué à Toulon le 9 juin 1788 venant des Indes). On les rembarqua presque de force à Brest en octobre 1788 sur la frégate La Thétis lassés d'eux. Ils arrivèrent le 19 mai 1789 à Pondichéry. Par la suite il dirigea les fortifications de Cette (Sète) en 1789 puis de Montpellier jusqu'à sa retraite en juin 1814.

Voici ce qu'écrit dans ses Mémoires laissées en manuscrit lors de son émigration par le comte Pierre Paul de Faydit de Terssac (°1736-1820), aîné des huit frères (j'ai corrigé une mauvaise lecture du manuscrit c'est le jeudi 14/8/1788 et non le 14/4/1788 que son frère le curé est mort) :

A la fin du mois de juin 1788, le comte de Brienne, ministre de la guerre, passa à Caen où il s'arrêta, allant à Cherbourg pour y visiter les travaux. Comme j'avais l'honneur d'être connu de lui, il me demanda avec empressement des nouvelles de mon frère, curé de Saint-Sulpice, qui était parti fort malade de Paris pour aller aux eaux de Vichy. Je ne pus lui en donner de plus récentes que celles qu'il avait eues à Paris.

Pendant le temps que le ministre mit pour aller et revenir de Cherbourg, j'appris que mon frère était à la dernière extrémité à Nevers, venant de Vichy. Le ministre me permit de partir pour me rendre auprès de lui ; lorsque j'arrivai, il était un peu revenu du délire où il avait été pendant longtemps, mais il lui en restait encore trace ; sa tête était extrêmement faible. Je trouvai auprès de lui le plus jeune de mes frères qui était à Paris de retour, depuis l'année précédente, des grandes Indes. Il avait volé auprès du curé, dès qu'il le sut si mal à Nevers. Mme la marquise de Lugeac, qui était sa paroissienne, était aussi accourue à son secours. On croyait le malade sauvé, mais je fis observer que les mains n'étaient pas dans l'état naturel, qu'elles étaient un peu enflées, ce qui annonçait une hydropisie. Mon frère, ainsi que la marquise de Lugeac, se flattaient que cette enflure, qui se manifestait aussi aux jambes, n'était rien ; elle alla toujours croissant. Cependant, quelques jours après mon arrivée, je m'aperçus que sa tête se dégageait. Deux prises de poudre qu'il prit à deux jours d'intervalle, l'ayant beaucoup purgé, il sortit, comme par enchantement, de l'état d'abattement et de tristesse où il avait été plongé ; il reprit de la gaieté, et ses idées étaient parfaitement nettes. Je le crus hors d'affaires, je m'empressai de l'écrire à ma famille et à quelques-uns de mes amis. Il fit, pendant sa maladie à Nevers, un codicille par lequel il me faisait don de tout ce que je pouvais lui devoir, tant du chef de notre père que de notre mère ; ce codicille a été déposé à Paris chez Me P. Saint-Gilles, notaire.

Mon plus jeune frère, qui était auprès du malade à Nevers, en était reparti deux jours après notre réunion, pour retourner à Paris, il était obligé de s'y trouver à l'arrivée de trois ambassadeurs des Indes que le Nabab Tipo-Saïb envoyait au roi. Mon frère avait été détaché de Pondichéry, l'année précédente, par le gouverneur pour annoncer cette ambassade au roi. Je l'informais exactement de l'état de notre frère qu'il aimait tendrement ; je lui appris que je le croyais hors de tout danger.

Le curé de Saint-Sulpice alla de mieux en mieux jusqu'à la fin de juillet, mais ses jambes étaient fort enflées et j'en étais alarmé. Il avait reçu le viatique dans sa maladie ; il alla faire ses dévotions à l'église, dès qu'il fut en état de sortir. Il avait le plus grand désir de se rendre à Paris ; nous nous mîmes en chemin, dès qu'il fut en état de se soutenir.
Nous fûmes trois jours en voyage, autant qu'il peut m'en souvenir.
La marquise de Lugeac ne le quitta pas pendant cette route qu'elle nous fit faire fort commodément ; son maître d'hôtel eut soin de pourvoir à tout. J'étais seul avec mon frère dans une voiture fort douce de Mme de Lugeac ; j'avais donné la mienne à ses gens. Le curé, qui ne se flattait pas de se rétablir de cette maladie, fut dans la plus grande joie de se retrouver à Paris. Il se mit à prier en rentrant dans la ville pour en rendre grâces à Dieu, qui lui donnait par là même le moyen de mettre ordre à des papiers de conséquence concernant son ministère, et qui regardaient tout plein de personnes ayant eu confiance en lui. Etant arrivé très fatigué, il voulut s'occuper de ses papiers et, s'étant mis sur un fauteuil, dans son cabinet, il nous indiquait des liasses de lettres, à mon frère et à moi, et se les faisait donner pour les brûler en sa présence ; il nous montrait tous les papiers à conserver ; tous étaient dans le plus grand ordre. Après avoir terminé cette opération, il nous dit gaîment, et comme s'il ne faisait que partir pour un voyage de quelques jours :

« Je puis mourir à présent ; ces papiers de correspondances, que j'ai eues avec des personnes m'ayant donné leur confiance, m'ont causé la plus grande inquiétude dans ma maladie. Actuellement je mourrai content ; mes affaires temporelles sont en ordre. J'ai fait des acquisitions considérables de mon prédécesseur pour le tirer d'embarras, et pour payer ses dettes, j'ai été obligé d'en contracter beaucoup. Les bâtiments, que j'avais projeté de faire construire pour ma paroisse, m'ont mis dans le cas d'acheter plusieurs maisons à crédit ou payées par des emprunts que j'ai faits. Toutes ces acquisitions, comme celles que j'avais faites de mon prédécesseur, existent, les loyers des maisons suffisent au payement de rentes viagères et perpétuelles ; elles sont un gage assuré à mes créanciers, auxquels elles sont hypothéquées. »

Il me parla de son testament qu'il avait fait depuis quelques années ; il aurait voulu le refaire, mais il ne se sentait pas la force de s'en occuper ; il me dit qu'il comptait bien sur l'amitié de ses frères pour ne pas réclamer contre les dispositions qu'il contenait. Il s'occupa de la résignation de sa cure ; il voulut d'abord la faire en faveur de M. l'abbé de Floirac, vicaire général de Paris, qui le remercia et ne voulut pas l'accepter ; il la fit en faveur de M. l'abbé de Pancemont, vicaire général de Lyon.

L'hydropisie, dont mon frère était menacé à la suite de sa maladie, fit des progrès rapides. Il mourut, le 14 août 1788, vers une heure après midi, ayant conservé sa connaissance jusqu'au dernier soupir.
Il avait reçu les derniers sacrements quelques jours avant sa mort, étant en surplis et en étole sur son fauteuil. Il parla assez longtemps aux nombreux assistants et à tous les prêtres de sa communauté, en leur faisant aux uns et aux autres ses adieux les plus touchants. Il souffrit beaucoup pendant les derniers jours de sa vie par sa respiration gênée, à mesure que l'hydropisie gagnait la poitrine. Il supportait toutes ses souffrances avec une grande résignation, sans jamais témoigner la moindre impatience, ni sans se plaindre jamais.

La veille de sa mort, je lui disais :

« Mon frère ; vous souffrez beaucoup ? »

« Oui, me répondit-il, c'est une grâce que le bon Dieu me fait, je lui ai toujours demandé de me faire beaucoup souffrir, avant de me sortir de ce monde ».

Il me répéta encore ensuite les mêmes paroles. Il était sur un fauteuil, les yeux presque toujours fixés sur un grand crucifix, qui faisait, au-dessus de la cheminée, le principal ornement de sa chambre.
Une demi-heure avant qu'il expirât, sentant que le dernier moment s'approchait, il nous dit à mon frère et à moi d'une voix qui s'éteignait et en nous tendant la main :

« Mes frères, je vous en prie, passez dans le salon ».

Voyant que nous ne voulions pas le quitter, il insista en disant :

« Laissez-moi seul, je vous en prie ». Il resta entre les mains de son valet de chambre et d'un chirurgien de sa maison. Après que son confesseur l'eut vu, il voulut nous épargner la douleur de le voir expirer. Il fut exposé sur un lit de parade, pendant trois jours, et enterré avec pompe dans le caveau des prêtres (ainsi qu'il l'avait désiré), après avoir été porté dans un cercueil de plomb par les rues Petit-Bourbon, Tournon, Vaugirard, etc

La résignation qu'il avait faite à M. l'abbé de Pancemont n'ayant pas eu le temps d'être admise en Cour de Rome, l'archevêque de Paris lui fit le titre de la cure, qui est à la nomination de l'abbé de Saint-Germain des Prés ; à ce moment, la charge se trouvait vacante. Les religieux de cette abbaye, qui prétendaient avoir la nomination au défaut de l'abbé, firent aussi le titre à l'abbé de Pancemont ; par ce moyen, chacun conserva ses droits. Le roi, sur la demande de L'archevêque de Paris, avait accordé au curé de Saint-Sulpice une pension de vingt mille livres sur les économats au moment de sa résignation. Le brevet n'en fut pas expédié, parce que M. de Brou de Marville, directeur, se trouva absent, et la mort de mon frère arriva bientôt après. Il avait eu le choix d'une abbaye ou de cette pension : il avait opté pour la dernière ; disant qu'il ne croyait pas vivre assez longtemps pour payer des bulles.

Quelques jours après la mort du curé, son testament, qui avait été déposé, entre les mains du supérieur du pensionnat de Saint-Sulpice, fut remis. Après la levée des scellés, qui avaient été apposés, on procéda à l'inventaire ; il ne fut terminé qu'au bout de cinq ou six mois, suivant l'usage des officiers de justice qui font payer par vacations qu'ils font très courtes pour les multiplier et payer très chèrement.

Cette opération m'obligea de séjourner à Paris jusqu'à la fin du mois de février 1789. J'ai fait, depuis que je suis hors de France, un long mémoire sur toutes les affaire qui la concernent, autant que mes souvenirs me l'ont permis, et d'après les documents que j'avais pu recueillir à Paris. J'y ai laissé beaucoup de notes que j'avais prises, ainsi que des plans de maisons ; tout cela est resté avec les autres papiers, les meubles et tous mes effets dans l'entresol que j'occupais dans la grande maison dépendant de la succession sise sur la place Saint-Sulpice ; j'y ai laissé aussi mon cabriolet en partant de Paris ; il y avait encore dans mon appartement des effets appartenant au marquis de Mailholas et à mon frère du régiment d'Auvergne ; je ne compte pas les recouvrer jamais.

Pierre-Paul de Faydit de Terssac était baron de Lescure, chevalier de Saint-Louis, lieutenant au régiment de Traisnel (alias régiment de Beaujolais) pendant la guerre de Sept Ans puis major du régiment d'Artois (enfin lieutenant-colonel) ; il porte d'ailleurs une appréciation peu flatteuse sur les aristocrates et leur comportement pendant l'émigration plus soucieux d'intrigues que de combattre ; toujours est-il qu'il est logique que son cadet Vincent-Claude soit allé faire sa cour dans la maison de la comtesse d'Artois et y ait remarqué une jeune fille de vingt ans, filleule du roi, à qui il demanda sa main malgré l'écart d'âge assez considérable. Ils sont d'ailleurs compatriotes du comté de Foix ce qui leur fit une occasion de se rapprocher.

Qui était la marquise de Lugeac en Auvergne ? Jeanne Charlotte Victoire Elisabeth de Baschi (°1741-1798), la propre nièce de la Pompadour et qui épousa le 1er juillet 1754 à Versailles notre beau Lugeac (°1720-1782) favori du roi (là encore plus de vingt ans de distance entre les époux ne font pas peur aux marieurs ; double mariage des deux soeurs Baschi en l'église Notre-Dame, vues 27 & 28).
Charles Antoine de Guérin dit le beau Lugeac.

André Guillerme, professeur au Conservatoire des Arts&Métiers écrit dans Bâtir la ville en 1995 : Faydit Terssac de Montlong, capitaine chargé de la défense de Brest rédige un fascicule sur le calcul des revêtements en 1774, un an après que son collègue de promotion, Coulomb présente le sien à l'Académie (texte repris par Emilie d'Orgeix plus récemment en 2011).
Ce Mémoire du 15/3/1774 essentiellement géométrique conservé au dépôt de les fortifications (et discuté par le chef de bataillon du génie Mayniel en 1808 dans son Traité expérimental analytique et pratique de la poussée des terres et des murs de revêtement) n'est pas de Jean Georges de Faydit de Terssac de Commanies (°1737), sieur de Monlong dit le chevalier de Terssac, second des huit frères, qui était capitaine-commandant dans l'infanterie (pensionné et retraité en 1782) mais de Pierre de Faydit de Terssac (°1740), ingénieur du roi, capitaine chargé des fortifications à Brest en 1774/1775 avec son cadet Vincent-Claude (°1749-1820), ingénieur du roi et alors lieutenant, admis à l'école du génie de Mézières le 4/11/1769. Il est d'ailleurs possible que ce texte soit écrit à deux mains. Toujours est-il que le physicien et ingénieur militaire Charles Augustin Coulomb (°1736-1806) n'est pas de la même promotion que Pierre et Vincent-Claude ! On a du cadet alors à l'armée de la côte de Coromandel de 1781 à 1787 : « Mémoire sur le moyen de fermer l'aidée de Karikal en la mettant d'abord à l'abri des incursions des Indiens et en disposant les ouvrages de manière qu'ils fassent partie d'un projet de bonne défense qu'on pourrait exécuter par la suite, « par le chevalier de Faydit-Tersac et La Lustière, Pondichéry, septembre 1785 (8 pages et 2 plans en couleur).

Voyages de Guibert dans diverses parties de la France et en Suisse, faits en 1775, 1778, 1784 et 1785 ,... ouvrage posthume publié par sa veuve chez d'Hautel à Paris, 1806.

L'opinion de M. de Tersac, (c'est le nom de cet ingénieur), est que le Languedoc, auroit dû s'attacher à faire un port à Aigues-Mortes, plutôt qu'à Cette que la nature n'a point favorisé, et qui sera toujours un grand objet de dépense pour la province, sans qu'elle y parvienne à un grand succès. Il y avoit moins de difficultés à vaincre à Aiguës-Mortes : la position de la côte étoit plus favorable ; elle y forme une espèce de rade naturelle au lieu que Cette est à une pointe beaucoup plus exposée. Je suis loin d'avoir un avis à moi, d'après un aperçu aussi superficiel que celui que me donne M. de Tersac, mais cela me laisse toujours à penser.

Jacques-Antoine-Hippolyte comte de Guibert (°1743-1790) époux de Louise-Alexandrine Boutinon de Courcelles (°1758-1826), fille d'un commissaire des guerres du régiment des gardes-suisses. Elle fera imprimer aussi les lettres passionnées de Mlle de Lespinasse à son époux (felix culpa dit un biographe).

Il s'agit de Vincent-Claude en poste à Sète en 1789 ; il sera à l'armée des Pyrénées Orientales d'avril 1792 à la fin de l'An 3 soit jusqu'en septembre 1795 ; il recevra son frère aîné à Montpellier, retour d'exil, de juin à septembre 1802 qui devait être charmé de l'accueil de sa jeune belle-soeur pour s'attarder autant de temps avant même de retrouver sa propre famille à Saint-Girons (qui reviendra d'Espagne seulement en décembre 1803).

Parmi les descendants de Pierre-Paul, on trouve le comte Jean de Faydit de Terssac (°15/8/1881 Saint-Lizier - 25/9/1914 hôpital de Saint-Maur à Verdun à 33 ans), élève de l'école des Chartres, licencié en droit, maire de Saint-Lizier, caporal au 44è régiment d'infanterie coloniale, mortellement blessé au combat de Lacroix-sur-Meuse, mort pour la France, fils de feu le comte Paul Gaudens Henri Urbain de Faydit de Terssac (°1850-1894), avocat, sous-préfet, maire de Saint-Lizier et de Madeleine Françoise Marie Thérèse Vanderdonck (°1855-1920).
On le trouve dans le Tableau d'honneur de la guerre 1914-1918 sur Gallica mais pas dans Mémoires des hommes site officiel de l'armée.

Vincent-Claude de Faydit de Terssac (°1749-1820) prend sa retraite le 30 juin 1814 et reçoit le titre honorifique de colonel du génie ; il a 65 ans c'est largement l'âge de quitter le métier militaire certes mais il aurait pu continuer encore quelque temps, mais comme il n'a pas émigré contrairement à son frère aîné on peut supposer que ses sentiments politiques sont très mitigés à l'égard des blancs qui rentrent en force dans les fourgons de l'ennemi ; le 4 juin la Charte constitutionnelle est octroyée et le 14 juin le comte d'Artois, de funeste renom, nommé lieutenant-général du royaume de France ; Vincent-Claude a prêté serment à Bonaparte lors de sa remise de la Légion d'honneur afin de défendre les principes d'égalité ce n'est pas pour en faire un marchepied à des incapables comme les ultras. Il n'attend pas d'être poussé vers la sortie pour dégager des cadres de l'armée.

J'ai travaillé une bonne partie de la nuit, j'ai donc pas mal de choses à vous raconter !
Louis Xavier Pomiès de Beaupré (°1765), le futur capitaine de frégate et vainqueur de Nelson, avait été baptisé dans la magnifique chapelle du château de Versailles avec comme parrain Louis Stanislas Xavier de Bourbon, futur Louis XVIII et comme marraine Marie Adélaïde Clotilde Xavière de Bourbon, future duchesse de Savoie et Reine de Piémont-Sardaigne ; ce qui lui permit par faveur spéciale d'être intégré dans l'Ecole des Pages de Monsieur, frère du roi qui comptait douze élèves choisis dans la noblesse, école dirigée par un gouverneur, avec sous-gouverneur, précepteur, aumônier et huit maîtres (plus cinq autres répétiteurs) pour enseigner les mathématiques, le dessin, l'Allemand, l'écriture, les armes, la danse, le voltigé, la connaissance du cheval. Il s'agissait donc d'une éducation soignée.
Almanach de Versailles 1775 (pages 147 & 148).
Je suppose que le voltigé c'est ce qu'on nomme aujourd'hui la gymnastique ? Dans la mesure où la haute voltige consiste à faire des exercices acrobatiques sur le dos d'un cheval.

Jean-Baptiste Pomiès (°1709-1775), garçon de la chambre de Madame à sa mort, a laissé une veuve Marie Elisabeth Laurent de La Gravière (°1726-1803) qui n'était pas dans la misère puisqu'elle cumulait à sa retraite en 1778 trois pensions pour un total de 2.800 livres, elle avait servi la Dauphine puis Madame Elisabeth de France (°1764-1794), soeur de Louis XVI qui partagera sa captivité et sera guillotinée au final. Songeant à ses vieux jours, elle se remariera en 1778 à Saint-Louis de Versailles avec un célibataire, vieux garçon de cinquante-et-un ans, Pierre Rubin dit Rebin (°1727-1784), natif de Mieussy en Savoie dans le Faucigny, diocèse de Genève, riche négociant en étoffes de soie et mousselines, installé à Versailles ; il avait un frère et associé pour qui il testera en 1782, Joseph Rebin, marchand de toiles père de Michel Rubin dit de Méribel, écuyer, lieutenant de la louveterie de monseigneur le comte d'Artois époux de dame Emilie Félicité Christine Poncet dont notamment Alphonse Pierre Rubin de Méribel (°2/7/1787 Versailles - 12/6/1853 Paris, 12ème ancien ou 6ème nouveau, dmt rue de Vaugirard), chevalier de la Légion d'honneur le 19/8/1824, intendant militaire à Lons-le-Saulnier (Jura) et Alexandre Rubin de Méribel (°15/8/1781 Versailles - 2/1/1857 Paris, 17ème aux Batignolles).
Pour donner un élément de comparaison Jean-François Pomiès cumulait en 1787 cinq pensions sur le trésor royal pour un total de 5.790 livres à comparer aux 400 livres obtenues en 1787 par Vincent-Claude Faydit de Terssac, ingénieur du roi et capitaine du génie pour ses services à Pondichéry !

Un entrepreneur capitaliste au Siècle des Lumières : Oberkampf par Serge Chassagne (Editions Aubier 1980) :

Son père était cultivateur, Pierre Rebin se lance d'abord dans le commerce des vins de Bourgogne à Châlons en société avec son cadet François. Ils y sont naturalisés en septembre 1753. Après 1760, Pierre vient à Versailles, tandis que François reste à Châlons. Au commerce des vins, il ajoute celui des toiles et tissus dans lequel il s'enrichit rapidement fournissant notamment les maisons royales en linge — il épouse en 1778 une femme de chambre de Mme Elisabeth. Il meurt à Versailles le 28 août 1784. Son inventaire après décès (A.D Yvelines minutes Raux-Rauland 6 septembre 1784) chiffre à 18.648 livres son mobilier et à 164.200 les marchandises en magasin ...
Rebin possédait une campagne aux Loges, près de Jouy, et cela peut expliquer ses relations d'amitié avec Oberkampf, qui en septembre 1787 rachète pour 100 ...
... le versaillais Rebin, au bal masqué donné à Versailles pour le mariage du comte d'Artois, en novembre 1773. A cette occasion les Maraise soupent d'ailleurs chez les Rebin avec les Mallet. Elle reçoit souvent à « partager sa soupe » les intimes de son mari : l'abbé Goy, le négociant Ruffault, Cadet de Senneville, avocat-conseil de la Ferme ...
Tissage fondé en 1803 et filature en 1805. Pierre-Samuel Joly, qui meurt en décembre 1811, laisse une masse successorale d'1,7 million de francs. On se souvient que le négociant versaillais Rebin recevait les Mallet et les ...
Introduits dans les circuits d'échanges internationaux, tels Pourtalès ou le versaillais d'origine savoyarde Pierre Rubin dit Rebin qui fréquente les ventes des compagnies des Indes, française et anglaise, aussi bien que les foires suisses de Zurzach et de Toggenbourg.
Note : les Mallet banquiers protestants d'origine genevoise et Renée Catherine de Maraise (°1737-1822) cf Mme de Maraise une femme d'affaire au XVIIIè siècle par Serge Chassagne, 1981.
Versailles, septembre 1753. — Lettres de naturalité accordées à Pierre et à François Rebin, natifs de la paroisse de Mieussy, diocèse de Genève, fils de Joseph Rebin et de Claudine Roch, de la même paroisse, demeurant tous deux à Châlons-sur-Saône.
9 août 1754, à la charge d'aumôner chacun la somme de cinquante livres applicables à l'hôpital général et aux pauvres honteux de la ville de Dijon.

Pierre Rubin, possesseur d'une belle fortune, testa à Versailles, le 28 janvier 1782, en faveur de son frère Joseph et de sa soeur Madeleine de Mieussy ; mais cette succession n'a pu être recueillie. Pierre Rubin, surnommé Rebin, a quitté ses montagnes du Faucigny pour tenter fortune auprès de la Cour, et, dans son testament, il n'oubliera ni les fondations pieuses, ni les dons en faveur de son pauvre village. Pierre Rebin possédait des vignes à Jouy en Josas.

On peut se demander dans quelle mesure ce n'est pas son épouse qui a fait opposition à l'exécution du testament ...

Auguste Jal écrit ceci dans Souvenirs d'un homme de lettres :

LES RÉDACTEURS DU MIROIR.

Je débutai dans le Miroir, si je ne me trompe, en avril 1821, par un article nécrologique sur un peintre de grande espérance, mort très-jeune, nommé Léon Pallière et dont j'ai retrouvé plus tard le neveu revenant du Paraguay avec un album très-intéressant. Mais quoique j'eusse particulièrement dans mes attributions au journal le théâtre et les arts, je ne tardai pas à entrer dans la mêlée politique, qui nous coùta plusieurs procès, où les deux Dupin nous défendirent. Dans un d'eux la verve gauloise de l'aîné égaya fort l'auditoire en nous faisant triompher. Le journal l'en remercia en lui donnant avec un distique d'Emmanuel Dupaty : — Quoi ? un Miroir.

Ceux qui ont vu M. Dupin pourraient croire que c'était là encore une malice de notre journal, s'autorisant de son propre nom, pour obliger son avocat à regarder plus souvent une figure qui n'était rien moins que charmante. Les petits journaux, on le sait, le nommaient Dupin laid-né.

Il n'en était pas de même de nos rédacteurs qui n'avaient pas à craindre de voir leur image, au moins pour la plupart, à commencer par M. de Jouy, qui jusque dans ses derniers jours garda les airs d'un homme du monde. Mais ils avaient d'autres mérites, qui peuvent recommander leur mémoire. Et c'est par là que j'aime à me rappeler les temps où faisant sous eux mes premières armes, j'ai appris à rechercher dans leur conversation, souvent brillante, les grands comme les aimables côtés de notre profession.

Pour parler d'abord de M. de Jouy, j'ai à rectifier moi-même ce que j'ai dit ailleurs de sa naissance. Le Moniteur du lundi 7 septembre 1846, annonçant sa mort à Saint-Germain-en-Laye, le fait naître à tort en 1769, au petit village de Jouy, dans la vallée de Bièvre. Voici son acte de naissance : « L'an mil sept cent soixante-quatre, le 19 octobre, Joseph, né ce même jour, fils légitime de Pierre Étienne, marchand de toiles, et de Magdelaine Lautour, a été baptisé par nous soussigné, prêtre de la Congrégation de la Mission, faisant les fonctions curiales. Le parrain a été Joseph Rebin, marchand de toiles, et la marraine, Claudine Marie Gillotte, fille de Jean Baptiste Gillotte, lesquels et le père ont signé avec nous : P. Étienne, Gillotte, J. Rebin et Caron (Paroisse Saint-Louis de Versailles). »

La Biographie des Contemporains, dont M. de Jouy fut le collaborateur, ne voulut sans doute pas avouer une origine aussi médiocre pour un des chefs du libéralisme, ami de l'égalité ; tandis que le procureur général Bellart, lorsqu'il fut anobli, demandait, en mémoire de son père, charron dans le quartier du Marais, de porter une cognée à côté de la fleur de lis dont le roi l'honorait. Quoi qu'il en soit, M. de Jouy avait été successivement élève à l'école des Ponts-et-Chaussées, militaire, vaudevilliste, administrateur, auteur dramatique et journaliste.

Fait sous-lieutenant dans l'Infanterie des colonies, le 5 mars 1781, il avait accompagné à Cayenne M. le baron de Bessner, gouverneur de la Guyane française ; et, dans la traversée il avait été gravement blessé à la jambe droite, le 13 octobre 1781, à bord de la Négresse, frégate qui faisait partie de l'escadre de M. de Kersaint, commandant l'Iphigénie.

Il était allé ensuite dans l'Inde en qualité de lieutenant dans la légion de Luxembourg, grade auquel il avait été nommé le 29 décembre 1786 ; puis il avait passé de la côte Coromandel au Bengale, où le commandant de Chandernagor, M. de Montigny, l'avait fait son aide de camp (15 novembre 1788). Mais notre ancien agent chez les Marattes, malgré la recommandation de M. de Conway, gouverneur de l'Inde française (1), n'avait pu lui procurer d'emploi pendant les seize mois qu'il avait passés près de lui (25 février 1790). Il était donc rentré en France où il avait été volontaire dans la garde nationale de Versailles, le 12 juin 1791. — Trois mois après, le 15 septembre, il était fait lieutenant au 1er régiment d'infanterie, puis capitaine, le 1er août 1792. Nommé provisoirement par Dumouriez, le 20 octobre de cette année, aide de camp du lieutenant général O' Maran, et confirmé dans cet emploi le 31 décembre, il avait fait avec ce général commandant en chef de l'armée, sous Cassel, la première campagne de la guerre de la Révolution et avait été blessé près de lui gravement à la main droite, à l'affaire de Bon-Secours.

(1) Henri Beyle (Stendhal), dans sa correspondance de 1822, fait une biographie romanesque de M. de Jouy, le Bookmaker alors à la mode (p. 198, 1er volume).

Mais alors ce n'était pas la guerre qui était la plus dangereuse. — Fait adjudant général sur le champ de bataille de Furnes, il n'échappa que par la fuite aux poursuites qu'encourait alors un homme, réputé traître pour n'avoir pas voulu porter un toast à Marat. — Lorsqu'il s'échappait, il vit, près de Saint-Roch, passer dans la fatale charrette O'Maran, son général, et le conventionnel Gorsas, son ancien maître de pension de Versailles. — Revenu, après le 9 thermidor, de Suisse où, comme le duc d'Orléans, il avait vécu à Reïchenau en se faisant professeur, il avait été nommé chef d'état-major de Menou, sous Paris. Il avait contribué, le 2 prairial, au triomphe de la Convention sur les Terroristes ; mais dans un temps de factions, quand les partis s'accusent et se dénoncent, après avoir été deux fois arrêté, deux fois relâché, sous l'inculpation d'avoir conspiré avec lord Malmesbury, il avait été heureux qu'en dernier lieu son ancien condisciple Tissot le protégeât. Il quitta alors le commandement de la place de Lille et l'armée, mais il fallait vivre ; il se mit à faire du théâtre avec M. Dieulafoy et Charles Longchamps, à qui l'on dut plus tard le Séducteur amoureux.

Deux remarques : le parrain Joseph Rebin doit être le frère de Pierre Rebin et Etienne de Jouy (°1764-1846) a donc fréquenté Vincent-Claude Faydit de Terssac sur la côte de Coromandel.
J'insinue donc qu'Etienne de Jouy a connu la maison de Pierre Rebin et qu'il en a tiré son pseudonyme d'apparence noble ; il était né dans la soie mais il lui fallait une particule pour mieux s'y asseoir.

Incident académique : Jean d'Ormesson est né sous-Chateaubriand, un enchanteur qui se voudrait drôle ... c'est aussi l'apôtre du conservatisme qui ne conserve plus rien. Pour être réactionnaire et de droite il faut être crétin comme Denis Tillinac mais comme vous le savez sans doute il est interdit d'être idiot à Normale Sup' : les Ernest de la célèbre école sont censés être tous doués d'esprit et la preuve c'est qu'ils tournent en rond sans s'en rendre compte.

Eglise Saint-Louis de Versailles année 1774 vue 47 page de gauche :

L'an mil sept cent soixante quatorze le vingt neuf novembre, Antoinette Margueritte Couperain maîtresse de clavecin de Mesdames de France, décédée d'hier âgée de soixante neuf ans, a été inhumée par nous soussigné prêtre de la Mission faisant les fonctions curiales, en présence des sieurs Adrien François Raffeneau de Lisle porte malle du Roy, et Clément Desmeures huissier de la chambre de la Reine, qui ont signé avec nous.
Signé : Raffeneau Delisle Desmeures Dardane prêtre.

Il s'agit de Marguerite-Antoinette Couperin (°19 Septembre 1705 Paris – 28 Novembre 1774 Versailles) membre de l'illustre dynastie des Couperin, fille de François Couperin Le Grand. On sait que les filles de Louis XV – et leur frère le Dauphin – étaient très musiciennes et que Beaumarchais a su les conquérir en venant leur donner quelques leçons particulières.

Eglise Saint-Louis de Versailles année 1775 vue 36 page de droite :

L'an mil sept cent soixante quinze le quatorze octobre, Marie Louise de Cury, veuve de Messire Michel Richard de Lalande, écuyer, chevalier de l'ordre royal de Saint-Michel et Surintendant de la Musique du Roy, âgée de quatre-vingt trois ans, décédée d'hier, a été inhumée par nous prêtre de la mission faisant les fonctions curiales en présence de Mr Claude Coulom docteur et professeur en médecine, son gendre et de Mr Guillaume Hubert Desvillettes, prêtre bachelier de Sorbonne, et autres qui ont signé avec nous.
Signé : Coulom Marie Hubert Desvillettes prêtre Dunois Dammery Cagnyé prêtre.

La seconde épouse de Delalande s'est occupée, comme la veuve du comte de Guibert, au bon renom de son mari en faisant éditer ses oeuvres avec soin (elle jouait de la viole de gambe).

On trouve beaucoup d'actes concernant les musiciens de la Cour dans les registres des deux paroisses de Versailles comme le mariage de Rodolphe Kreutzer à qui Beethoven dédicacera sa célèbre sonate. On sait que la Chapelle du Roi était renommée dans toute l'Europe et son opéra non moins connu par son faste. Mozart fera deux voyages à Paris (et à Versailles évidemment) pour tenter d'y imposer son talent assez vainement il faut bien le dire (en 1763/1764 et en 1778).

Les Pomiès avaient l'oreille juste ; Marie Tersouly qui avait épousé Jean Pomiès et avait été l'élève de Gabriel Fauré était désespérée parce que son gendre Jean Regnault chantait faux ...
Mon père chantait juste avec un bel organe de baryton ; il avait peut-être hérité de l'oreille de sa grand-mère Madeleine Pomiès (et de tous les Pomiès de la création ; le danseur Georges Pomiès a commencé sa carrière en imitant de manière burlesque Maurice Chevalier).

Il semble que je sois le premier – du moins sur le net – à avoir découvert l'acte de décès de la fille de Couperin Le Grand.
Qui disait : la vie sans la musique ne serait qu'une tragique erreur ?

Les Philidor, les Francoeur et les Couperin sont si nombreux qu'on a bien du mal à les situer les uns par rapport aux autres comme les Bach en Allemagne.

Un petit acte que je note pour mon cousin André Giard, fils de Louis Giard et de Monique Regnault.

Eglise Saint-Louis de Versailles année 1767 vue 32 page de droite :

L'an mil sept cent soixante sept le deux aoust, Louis André Giard garçon potager de la Bouche du Roy, âgé de trente deux ans, époux de Jeanne Baptiste Le Noir, décédé d'hier (1/8/1767), a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse par nous soussigné prêtre de la mission faisant les fonctions curiales, en présence de Messire Jean Thomas Coquignon, prêtre du diocèse, de Louis Jacques de Bonne, commis de la Marine & de Jean François Cottin de la Bouche du Roy soussigné avec nous.
Debonne Cottin Barroux prêtre.

Eglise Saint-Louis de Versailles année 1772 vue 10 page de gauche :

L'an mil sept cent soixante douze le vingt janvier Germain Louis Giard, Page de la Musique du Roy, fils de deffunt Louis André Giard, garçon à la Bouche du Roy et de Jeanne Baptiste Lenoir, décédé d'hier âgé de huit ans et demie a été inhumé par nous soussigné Prêtre de la Mission faisant les fonctions curiales en présence de Claude Lenoir, son oncle et de Pierre Levesque, maître des Pages de la Musique du Roy, qui ont signé avec nous.
Lenoir Levesque Comte prêtre.

Il est émouvant ce petit chantre de la chapelle royale ...

Ce qui fait penser aux propos de Louis XIV en 1711 à Michel Richard de Lalande : « Vous avez perdu deux filles qui avaient bien du mérite ; Moy, j'ay perdu Monseigneur. La Lande, il faut se soumettre. »
Il oubliait de préciser que le Dauphin de France n'avait guère de talent, hormis d'être un gros mangeur et un grand chasseur devant l'éternel alors que la femme et les filles de son maître de musique étaient des artistes accomplies.

Eglise Saint-Louis de Versailles année 1773 feuillet 9 vue 14 page de droite :

L'an mil sept cent soixante treize le dernier jour de février Michel Pomiès, capitaine, aide-major du régiment de Blois infanterie, âgé de trente neuf ans, mort d'hier, a été inhumé par nous soussigné prêtre de la mission faisant les fonctions curiales en présence de Jean François Pomiès, frère du défunt et de Messire Paul de Ganderatz, chapelain ordinaire du Roy, lesquels ont signé avec nous.
Signé : De Ganderatz Pomiès Malherbe Mauba Titeux prêtre.

L'abbé Paul de Ganderatz (°1719 Vic-en-Bigorre, Hautes-Pyrénées - 6/1/1795 ou 17 Nivôse An 3 Versailles à 75 ans en son domicile au 58 rue Jean Jacques, feuillet 85 vue 112), chapelain de madame Adélaïde était réputé pour sa voix de stentor.

Souvenirs d'un Page de la Cour de Louis XVI par Félix comte de France d'Hézecques baron de Mailly (publié en 1873) : Le jour du dimanche des Rameaux la cour sortait aussi avec le clergé, portant de longues branches de palmier desséchées. On s'approchait de la porte de la chapelle pour entendre la voix tonnante d'un chapelain, l'abbé de Ganderatz, qui ébranlait les voûtes en chantant, pour se faire ouvrir les portes, ce verset de la liturgie Attellite portas etc. Il est fort difficile de rencontrer une voix aussi puissante ; elle faisait vibrer les vitres de l'édifice.

François Anatole Gruyer Chantilly Les Portraits de Carmontelle 1902 :
L'Abbé de Neuville, frère du fermier général. En pied, assis de profil à gauche à la porte d'un pensionnat, et le brocanteur Girard, debout devant lui, de profil à droite. L. C. De Carmontelle delin. 1761. Ce portrait, qui n'est pas signé par le graveur, est attribué à Delafosse.
Le Chevalier Richard de Lédans, qui avait bien connu Carmontelle et ses amis, fut le premier possesseur des dessins originaux conservés aujourd'hui au Musée de Chantilly. Il a dit des deux personnages ici représentés : « M. Girard étoit grand connoisseur en peinture, d'aucuns disent : un peu gobe-mouches. Le petit abbé, son camarade, aimait mieux les croûtes du magasin de l'Opéra. Il était connu pour le plus ardent coureur de filles de tout le clergé de France. Et ce n'est pas peu dire, Saquerdi ! comme disait le bon et naïf abbé de Ganderatz. »

Le Matin du 9/4/1889 :

QUATRE-VINGT-NEUF

Jeudi saint 9 avril 1789.

A Versailles et dans toute la France, la journée entière est consacrée aux offices. La philosophie a envahi les salons et les académies, mais elle n'a pas encore modifié les coutumes elle n'a fait aucun tort aux paroisses.

Les cérémonies royales du jeudi saint sont touchantes et méritent d'être rapportées. Elles se passent dans la chapelle du château.
L'évêque de Sarlat donne l'absoute, l'abbé de la Boissière, vicaire général de Valence, prononce un sermon sur l'humilité. Faisant allusion au lavement des pieds, il dit que la religion chrétienne est la seule qui fasse courber le front des rois devant les pauvres.

Avant la messe, le roi lave les pieds de douze pauvres. Un dîner leur est servi, et Sa Majesté fait l'office de maître d'hôtel.

Le prince de Condé, grand maître de la maison du roi, précède Louis XVI, les plats sont apportés par Monsieur, par Mgr le comte d'Artois, Mgr le duc d'Angoulême, Mgr le duc de Berry, S. A. S. le duc d'Orléans, LL. AA. le duc de Chartres, le duc de Montpensier, le duc de Bourbon, le duc d'Enghien. Le roi présente aux mendiants les mets apportés par ces princes, les plus nobles du monde.

Ensuite, le roi et la reine, accompagnés de Mme la comtesse d'Artois, de Mme Adélaïde, de Mme Victoire, de Mme Elisabeth, se rendent à la chapelle du château, où la grand'messe est célébrée par l'abbé de Ganderatz et chantée par la musique du roi. Le sermon de la Cène est prêché par l'abbé de Boulogne.
La reine a procédé, de son côté, aux mêmes cérémonies. Elle a lavé les pieds de douze pauvres femmes et les a servies à table, accompagnées de toutes princesses de la famille royale.

Mgr le comte d'Artois va faire à Notre-Dame de Versailles la communion publique, tandis que le roi remet à son grand-aumônier, l'évêque de Metz, la barrette cardinalice que le pape vient de lui envoyer.
L'évêque de Metz prend le nom de cardinal de Montmorency.

Le Comté de Bigorre n'est pas loin du Couserans et du Comté de Foix et puis les Pomiès aimaient tellement la musique ...

Gazette de Paris du 18 avril 1788.

Le Ravensworth, arrivé ici le 27 Mars, avoit quitté la rivière de Bengale le 7 Octobre dernier, & Madras le 27. Pendant sa relâche au cap de Bonne-espérance, il a vu arriver les deux Ambassadeurs que Typpo Sultan, envoie en France. Ils ont été reçus, dans cet établissement Hollandois, avec tous les égards & toutes les distinctions possibles.

De Versailles le 16 Avril 1788.

Le Marquis de Balivière, le Chevalier de Faydit-Terffac, le Marquis Camille du Blaifel & le Comte du Parc de Barville, qui avoient eu l'honneur d'être préfentés au Roi, ont eu celui de monter dans les voitures de Sa Majefté, & de la fuivre à la chasse ; les deux premiers le 7, & les deux derniers le 11 de ce mois.

Il s'agit de l'ingénieur Vincent-Claude de Faydit de Terssac, capitaine du génie.

Il est possible que le professeur de mathématiques Michel Pommiés (°1777-1827) qui a écrit le premier manuel de l'ingénieur du cadastre en 1808 soit un descendant de Jean-Baptiste Pomiès (°1709-1775) qui s'est marié très jeune et a eu une nombreuse postérité à Paris dont notamment le capitaine Michel Pomiès (°1734-1773) et François Michel Pomiès, intéressé dans les affaires du Roi et garçon de la chambre de Mesdames de France. Michel Pommiés avait été baptisé à Saint-Eustache comme fils de Jean Pomiès bourgeois de Paris (de même que Jean-François Pomiès en 1738) ; il a rajouté par la suite un m à son nom peut-être par souci de symétrie géométrique !
N.B : Non en fait son père Jean Baptiste Pommiés est né début 1734 à Lembeye dans les Pyrénées Atlantiques c'est à dire en Gascogne.

Auguste Jal nous donne des informations précieuses sur Carmontelle (°1717-1806) qui s'appelait de fait Louis Carrogis, fils d'un cordonnier de Paris mais lui-même né à La Bastide de Bousignac-les-Mirepoix, Philippe Carrogis, en 1677 ; ce qui veut dire que Carmontelle était pays avec les Pomiès que je pense être de Mirepoix. Jal suggère que son pseudonyme littéraire lui vint par imitation de Marmontel afin de se donner un air plus noble comme Arouet devint M. de Voltaire par anagramme.

Saquerdi ou plutôt saquerdié ! Pour sacredié ; juron du patois parisien.
Grammaire du patois picard : Au commencement et dans le corps des mots, cre, devant une consonne, devient quer par métathèse : Quervaison, quer nom, saquer nom, saquerdié, pour crevaison, cré nom, sacré nom, sacredié.

Girard et l'abbé de Neuville par Carmontelle.

Girard-Neuville.jpg (42106 octets)

M. l'Abbé de Neuville, Ecuyer Clerc tonsuré, dans un fauteuil, montrant à lire à un nommé Girard, successivement Brocanteur, gendre du sieur Blavet, employé au cabinet d'estampes du Roi, puis renvoyé.

Michel Blavet (°1700-1768), compositeur et instrumentiste virtuose, flûtiste le plus doué de son temps.

Pierre Louis Mirleau de Neuville, écuyer, clerc tonsuré, abbé, frère cadet du fermier général de 1758 à 1780 Louis Antoine Mirleau de Neuville (°1701-1780), de Jean Baptiste Mirleau de Neuville de Marcilly et de Louis Grégoire Mirleau de Neuville de Saint-Héry (°1712-1783), directeur des fermes à Caen, tous fils de Antoine Pierre Mirleau de Neuville (°1675-1757), fermier général de 1745 à 1757, secrétaire du roi en 1737.

En 1779 l'abbé Jean-Louis fit son testament en faveur du Sieur Bénigne de la Neuville receveur des gabelles à Béziers et Jeanne-Odette Blavet, son épouse, et de Charles Michel Élisabeth Girard. Mais ne mourut presque nonagénaire qu'en 1809.
Quant à sa sœur Jeanne Louise Blavet, à peine âgée de 17 ans, elle épousa Charles Girard, peintre à Paris, domicilié rue Neuve et des Petits Champs, mais originaire de la région de Metz. Nous possédons son contrat de mariage établi le 7 avril 1739 par Maître Roger.
Il y a donc un lien de famille entre les deux hommes qui se regardent face à face en souriant.
Charles Girard (mort avant 1781), sous-garde des estampes et dessins du Cabinet du roi ; demeurant rue Neuve des Petits Champs, paroisse Saint-Roch, mariée à Jeanne Louise Blavet ; le 18 septembre 1750, moyennant 10 000 livres réglées à fonds perdus, le second duc de Ruffec et son épouse lui constituent une rente viagère de 1 000 livres réversible sur son fils Charles Michel Elisabeth Girard laquelle grève ensuite la succession de Saint-Simon (en 1786 valet de chambre de la Reine et courrier principal du Bureau des consulats au département de la Marine, demeurant à Versailles).
Il s'agit d'Armand Jean de Rouvroy (°1699-1754), fils cadet du duc de Saint-Simon.

Le chevalier Richard de Lédans ou Lédan (°18/4/1736 Mirecourt, Vosges - 1816 Paris, 1er dmt 21 rue de Richelieu), d'abord garde du corps au service du roi Stanislas en 1754 puis lieutenant aux Grenadiers de France en 1757, capitaine de la Légion de Saint-Victor à Saint-Domingue en 1758, capitaine au régiment provincial de Senlis en 1773, lieutenant-colonel d'infanterie pensionné en 1779, chevalier de Saint-Louis, gouverneur des Pages de Madame, comtesse de Provence, résidant à Versailles aux Ecuries de Madame, rue d'Anjou entre 1779 et 1789. Il était l'ami le plus proche de Carmontelle qui résidait au 22 rue de Vivienne et qu'il avait rencontré lors de ses campagnes d'Allemagne (comme pour Carmontelle son nom est d'emprunt).

On a le sentiment qu'on va entendre leur conversation, leurs dernières impressions mutuelles sur les événements du monde et leurs bonheurs du jour ; le petit abbé a vraiment l'air d'un suceur de chattes ... ce n'est pas la pudeur qui doit l'arrêter !


En janvier 1768 Jean-François Pomiès écrit une lettre au prince François-Xavier de Saxe où il lui annonce qu'il doit se rendre d'urgence à Gif-sur-Yvette au chevet de Madame Lecomte (°1681-1768) née Brière, la grand-mère de sa femme Marguerite Adélaïde Brière et sa tutrice au moment de son mariage en juin 1762 puisqu'elle était orpheline, et qui est à la dernière extrémité. Elle meurt le dix-sept et est enterrée le dix-huit par sept prêtres et vicaires des environs de Gif, ce qui prouve le caractère pie de sa mort édifiante comme l'on disait et qu'elle multipliait les oeuvres charitables ... trois petits-enfants signent le registre, deux par alliance, Pomiès et Louis Alexandre Paul Vauglaine, marchand d'étoffes de soie à Paris et un issu de ses oeuvres Jean Baptiste Sébastien Lecomte ou Le Comte (°18/11/1737 Paris - 23/5/1793 Famars, Nord), lieutenant de cavalerie au régiment de Noailles. Il s'illustrera sous la Révolution, sera nommé général de brigade et commandera l'avant-garde de l'armée quand il sera tué par le prince de Cobourg à la bataille du camp de Famars. Au mois de juin de cette année 1793, le commissaire des guerres Pomiès franchit le Rubicon et comme il se trouve à l'armée des Alpes il rejoint la Savoie et passe à l'ennemi. A-t-il su la mort de son cousin quelques jours auparavant ?

Gif-sur-Yvette et Jouy-en-Josas sont proches et les Rébin comme les Vauglaine (on trouve beaucoup d'autres orthographes Vauglenne, Vanglaine, Vanglenne pour cette famille parisienne) font le commerce de la soie qui était très lucratif.

On trouve le nom du général Lecomte dans les galeries historiques au château de Versailles, galeries ouvertes quand Louis-Philippe ordonna d'y créer un musée à toutes les gloires de la France.
Cf Galeries historiques du palais de Versailles.



Le fils de Louis XIV avait une maîtresse qui s'appelait La Choin ; on imagine le genre de relation entre le gros Dauphin et La Choin ... mais comme l'amour est inconditionnel le roi-soleil ne pouvait dire : le Dauphin est un gros plein de soupe et un bon à rien !
Le père d'Edouard VIII, le roi Georges V détestait son fils qu'il considérait comme un dégénéré et il redoutait plus que tout qu'il monte sur le trône ; on sait que ses amours avec la Wallis Simpson ont réglé le problème et donné un bon prétexte pour l'écarter de la couronne qu'il déshonorait par ses accointances avec les Nazis et tous les personnages douteux qui admiraient le caporal Hitler. Je pensais à cela en regardant hier soir une émission consacrée à l'illustre renégat qui fit pâlir les midinettes et les âmes sensibles qui lisaient les gazettes des années trente. La France entretint sur un grand pied jusqu'à sa mort ce pauvre hère ...


Mais laissons donc ces tristes personnages à leur situation d'oubli profond ou dans le coin obscur où l'histoire les a relégués.
Je parlais des dynasties de musiciens à la Cour de Versailles et j'oubliais les Jadin !

Le Figaro du jeudi 7/11/1867 :

On nous apprend la mort de M. Adolphe Jadin, ancien garde du corps, membre de la Société des auteurs dramatiques.
Il avait quitté l'armée en 1830, après le voyage de Cherbourg, et avait alors été l'un des rédacteurs de la Quotidienne, puis de l'Union.

Il laisse plusieurs pièces de théâtre et de nombreux articles dans les revues, journaux et biographies.

Il était fils de Louis Jadin, compositeur de musique et ancien gouverneur des pages sous la Restauration.

Son frère, Godefroy Jadin, peintre de la vénerie, s'est acquis une brillante renommée dans les arts.

Adolphe Jadin est mort à soixante-treize ans à l'Isle-Adam, où il vivait retiré avec sa femme et sa fille, et où ses obsèques ont eu lieu le 1er novembre.

Le plus connu aujourd'hui est le prodige Hyacinthe Jadin (°27/4/1776 Versailles, baptisé le 28/4/1776 à Notre-Dame, le parrain Hyacinthe Bauden, ordinaire de la musique du Roy, la marraine Marie Adélaïde Godonnesche, morte à 51 ans le 2/10/1786, inhumée le 3/10/1786 à Notre-Dame de Versailles, épouse de François Philippe Hannès Desjardins, aussi ordinaire de la musique du Roy, mort avant 1786, vue 42 - 27/9/1800 ou 5 Vendémiaire An 9 à Paris au 9 rue des Prés), mort phtisique à vingt-quatre ans, fils de François Jadin (°7/8/1731 Gray, Haute-Saône - mort à Versailles le 11/6/1790 à 58 ans et demi, inhumé le 12/6/1790 à Notre-Dame, vétéran de la musique du Roi et huissier du cabinet de Madame Victoire de France, témoins Adrien Paul Jadin aîné, Valentin François Jadin, Louis Jadin, Georges Jadin, ses fils, De La Brière etc, feuillet 43 vue 51), premier basson à la Chapelle royale de 1760 jusqu'en 1789 et huissier de Madame Victoire de France époux de Marguerite Raiffer (morte après juin 1790) qui eurent sept enfants tous nés à Versailles. Il fait donc partie d'une tribu de Versailles.

Sébastien Godonnesche (mort avant 1789), ordinaire de la Musique du Roi époux de Madeleine Thérèse Roblin (°1709 - 16/2/1789 Notre-Dame de Versailles à 80 ans, inhumée le 17/2/1789, témoins Huet gendre et Huet ses petit-fils, vue 23), parents de Marie Adélaïde Godonnesche (°1735-1786) épouse de François Philippe Hannes Desjardins, hautbois de la chapelle du Roi, petit-fils de Jean-Baptiste Hannès Desjardins (mort en 1689), grand hautbois de la Chambre du Roi Louis XIV.
Guillaume François Hannès Desjardins Moulairy (mort avant 1789), musicien de la chapelle et chantre du Roy époux de Louise Françoise Morel (morte le 3/4/1789 à 70 ans, inhumée le 4/4/1789 Saint-Louis de Versailles, témoins Claude François Hannès Desjardins Moulairy, son fils et Jean Baptiste Charles Pinsot, ancien commis de la Guerre, vue 20).

Au cimetière Montmartre on trouve :
Louis-Godefroy Jadin, artiste peintre, chevalier de la Légion d'honneur, né le 30 juin 1805, décédé le 24 juin 1882.
Louis-Emmanuel Jadin, compositeur de musique, ex-gouverneur des Pages de la Musique du Roi, né le 21 septembre 1768 (baptisé le 22/9/1768 à Notre-Dame de Versailles, parrain très haut & très puissant monseigneur Paul Emmanuel chevalier de Hambourg Montmorency, premier baron chrétien, capitaine de la compagnie des gardes du corps de son nom représenté par Jacques La Boulvanne, officier de Maison, la marraine très haute très puissante dame Madame Louise du Guesclin du Chesac de Gesvres représentée par Françoise George Villette, fille majeure, vue 66), décédé le 11 avril 1853, dans sa 86e année.
Justine-Louise Baron, son épouse, – qui ne lui survécut que 2 jours, après 60 ans de ménage, née le 8 mars 1772, décédée le 14 avril 1853, dans sa 81e année.
Anne-Antoine Jadin, née Hamel, décédée le 7 mars 1846, dans sa 22e année (leur belle-fille je suppose).
(Montmartre, 10e et 13e divisions.)

Dans l'inventaire de Marie-Josèphe de Saxe, dauphine de France paru en 1883, ces lignes :

M. Emmanuel Jadin possède un buste en terre cuite de Le Moyne, fort joli, que Sainte-Beuve décrit ainsi dans le onzième volume de ses Lundis :
« Mais le pastel, s'il livre toute la physionomie, déguise toujours un peu les contours ; le profil d'un buste est plus inexorable, et nous avons ce buste aussi pour la Dauphine. Dans un charmant portrait, terre cuite, du sculpteur Le Moyne, appartenant à notre excellent peintre Jadin, il m'est permis de voir, d'examiner en tous sens cet agréable et piquant visage ; tout est riant, animé ; l'éclat du teint devait achever la grâce ; mais il y a ce nez dont il a été plus d'une fois question, et qui inquiète ; on se demande enfin comment il était : c'est un nez assez prononcé, et qui, selon la remarque d'un fin physionomiste, promet déjà celui de Louis XVI. »

Nous voici donc revenus aux Saxe !

Biographie Michaud :

JADIN (Louis-Emmanuel), compositeur français, né à Versailles, le 21 septembre 1768, et mort à Paris, en juillet 1853. Fils d'un habile violoniste attaché à la chapelle du roi, son père lui enseigna les principes de son art, et le fit entrer aux pages de la musique de Louis XVI. Après sa sortie de la maîtrise de la chapelle royale, le jeune Jadin reçut des leçons de son frère, Hyacinthe Jadin, pianiste d'un grand talent, puis devint accompagnateur au théâtre de Monsieur, et occupa cette place jusqu'au départ des chanteurs italiens, en 1792. Pendant la révolution, Jadin qui s'était déjà fait connaître comme compositeur par plusieurs ouvrages représentés sur divers théâtres, écrivit beaucoup de morceaux d'harmonie pour la musique de la garde nationale, et un grand nombre de pièces pour les fêtes patriotiques. En 1802 il fut nommé professeur au Conservatoire, et joignit à cette place, en 1806, celle de chef d'orchestre du théâtre Molière, qui existait alors rue Saint-Martin. Après la Restauration, en 1814, il quitta son emploi de professeur au Conservatoire pour aller remplir les fonctions de gouverneur des pages de la musique du roi, et occupa cette position jusqu'en 1830, époque à laquelle la chapelle royale ayant été supprimée, il fut mis à la retraite. Jadin se retira à Montfort-l'Amaury ; il vint ensuite séjourner quelque temps à Versailles, puis se fixa au milieu de sa famille, à Paris, où il mourut dans sa quatre-vingt-cinquième année. Il avait été décoré de la Légion d'Honneur en 1824. C'était un homme excellent, ami surtout des jeunes artistes ; il fut un des premiers à encourager les essais de Boiëldieu, qui, disons-le, n'oublia jamais la bienveillance que lui avait témoignée Jadin au début de sa carrière. Louis Jadin jouait bien de plusieurs instruments, particulièrement du violon et du piano ; il passait de son temps pour un des meilleurs accompagnateurs de Paris. Comme compositeur il fut aussi l'un des plus féconds ; sa musique, gracieuse et purement écrite, eut beaucoup de succès.

Jadin avait eu deux frères, dont il était l'aîné.

Le second, Hyacinthe JADIN, pianiste distingué, né à Versailles, en 1776, et mort à Paris, en 1800, fut professeur au Conservatoire lors de la fondation de cet établissement ; il a laissé des Œuvres de piano, des Trios et des Quatuors de violon qui attestent son mérite comme compositeur.

Paul Adrien Jadin (°12/8/1762 Versailles), musicien dans les Gardes du Corps du Roi.

Valentin François Jadin (°8/12/1763 Versailles), professeur de piano.

Georges JADIN, frère des précédents, né à Versailles, le 31/8/1773, fut élève de Richer pour le chant, professa le chant à Paris jusqu'en 1813 ; on connaît de lui deux recueils contenant chacun six Romances.

Adolphe Jadin, auteur dramatique français, fils du précédent, né à Paris, le 4 mai 1794.
Il embrassa fort jeune la carrière militaire, mais occupa ses loisirs à travailler pour le théâtre.
On a de lui : Fanfan et Colas, opéra-comique en un acte, musique de son père (théâtre Feydeau) etc.

Louis-Godefroy Jadin, peintre français, frère du précédent, né à Paris, le 30 juin 1805. Il commença de bonne heure à étudier la peinture chez M. Rochon père, puis chez Abel de Pujol et Hersent. Paul Huet, Bonington et Decamps le guidèrent tour à tour dans ses premières études. il exposa pour la première fois en 1831.
Ses principaux tableaux sont appréciés pour la vigueur de l'exécution et la chaleur des tons.
M. Godefroy Jadin a obtenu des médailles d'or aux expositions de 1834, 1841 et 1855, et a été décoré en 1853 de la croix d'Honneur.

Biographie de François-Joseph Fétis : JADIN (Jean) professeur de violon et de piano, fut attaché pendant quelques années à la chapelle des archiducs gouverneurs des Pays-Bas, à Bruxelles, puis se fixa à Versailles, où il entra dans la chapelle du roi. Il est mort en cette ville à l'aurore de la révolution française. Il a fait graver à Bruxelles cinq œuvres de symphonies, quatuors et trios de violon.

Fétis s'emmêle les pinceaux ... c'est François Jadin le père. C'est le Namurois Jean-Baptiste Jadin (°1744-1790), violoniste qui a fait publier les 5 oeuvres susdites à Bruxelles mais qui résidait à Paris et qui était le frère ou le demi-frère du musicien François Jadin de même que Georges Jadin (°1742), membre de la chapelle de Charles de Lorraine en 1763 à Bruxelles, bassoniste à la chapelle du Roi à Versailles et qui eut un talent distingué sur son instrument d'après Fétis.

Leur père commun Nicolas Emmanuel Jadin (°1704-1758) reçoit une éducation musicale à la cathédrale de Saint-Aubain à Namur, il émigre en France en 1720 et devient hautboïste au régiment de Bauffrémont en 1731.
François Jadin succèdera en septembre 1770 à Jean-Baptiste Hotteterre comme grand hautbois à la Musique du Roi ; il joue au Concert spirituel de 1768 à 1782.


Georges Lenotre a une vision assez irénique de la guerre entre les blancs et les bleus.

Le Temps du 6/8/1913 :

LA PETITE HISTOIRE

FRÈRES ENNEMIS

On pourrait dire de l'armée de Condé ce que Napoléon disait de Robespierre et de la révolution du 9 thermidor : « C'est un procès jugé, mais non plaidé. » La chose, vue en gros, et telle que l'exposent les manuels n'est point facilement excusable : dix mille gentilshommes français, parmi lesquels se trouvaient un très grand nombre d'officiers, émigrant en temps de guerre et prenant service à la solde de l'étranger, c'est là un fait qui révolte nos sentiments patriotiques et qui paraît à peine explicable. Il faudrait, pour l'examiner avec équité, nous refaire des mentalités d'autrefois, ce qui n'est point aisé, et rechercher les raisons personnelles de chacun de ces proscrits volontaires, ce qui est impossible. On peut assurer que, à part quelques écervelés et quelques « snobs », tous quittèrent la France s'y croyant loyalement contraints par des motifs d'honneur, mais, comme on dit, « la mort dans l'âme ». Les princes avaient commis la faute de donner l'exemple. Par une conviction atavique, nos pères considéraient que la patrie était là où se trouvaient les membres de l'illustre maison royale qui n'eut jamais d'égale dans les annales du monde et avec laquelle l'âme de la France s'était identifiée pendant dix siècles. Il importerait aussi de connaître, autrement que par quelques traits isolés, avec quel entrain les partisans de la Révolution favorisèrent l'émigration des nobles contre laquelle ils réclamaient, en même temps, les mesures les plus draconiennes ; ces départs augmentaient le stock des biens nationaux et rassuraient les acquéreurs timorés, en les débarrassant de la présence des dépouillés. On fit tout pour empêcher ceux-ci de reparaître, et les portes du pays se fermèrent derrière eux jusqu'à ce que leurs biens eussent été partagés et émiettés de façon définitive. Graves questions qui mériteraient une étude approfondie dont s'atténuerait peut-être l'impopularité qui pèse sur ces fugitifs à contre-cœur.

Quoi qu'il en soit, ceux qui avaient quitté la France avec l'espoir d'y rentrer bientôt connurent de cruelles désillusions. Je ne parle point ici des pauvres hères qui, partis avec quelques louis en poche, se virent, au bout de six semaines, réduits à la misère et s'ingénièrent à entreprendre de petits métiers ; leur cas, certes, est pittoresque ; mais plus tragique est celui des officiers qui, soucieux de déroger le moins possible et de continuer à porter l'épée, même après les rudes déceptions de Valmy, composèrent l'armée qui se groupa autour du prince de Condé et de son fils le duc de Bourbon. Ce que ces obstinés souffrirent nous est révélé par les notes de l'un d'eux, le chevalier de Pradel de Lamase, très récemment publiées. Qu'on manquât d'argent, de pain, de vêtements ; qu'on couchât sur la neige ; qu'on fût sans munitions, sans ambulances, sans abri, c'étaient là détails infimes et dont nul ne songeait à se plaindre ; ce qui ressort avec évidence de cette relation écrite au jour le jour, c'est qu'une seule privation paraissait à ces Français insupportable : celle de la France elle-même.

On sait qu'après avoir employé à équiper et à nourrir sa troupe tout l'argent qu'il possédait, le prince de Condé, à bout de ressources, dut réclamer l'aide de l'empereur d'Autriche. Celui-ci, avec bien des marchandages, consentit à prendre les condéens à sa solde, à condition qu'ils accepteraient un chef de son choix. Il fallut s'y résigner et Wurmser fut nommé commandant en chef de l'armée des gentilshommes français. La campagne de 1793 contre les troupes républicaines s'engagea dans ces conditions ; les émigrés se battaient en héros, si bien que, à Vienne, leur bravoure parut inquiétante.
Ce que l'empereur d'Autriche redoutait le plus, c'était une victoire due au concours des condéens ; il savait bien que ceux-ci ne lui permettraient pas d'en abuser au détriment de leur patrie. Le but des alliés était bien différent : l'armée de Condé combattait seulement pour rétablir les Bourbons sur le trône ; l'Autriche et la Prusse se souciaient peu de cette restauration et rêvaient de s'annexer l'Alsace et la Lorraine et de reconquérir les Pays-Bas. D'où conflit perpétuel entre ces confédérés, unis en apparence.
Les condéens, maintenus à l'arrière-garde, n'entraient en ligne que pour protéger la retraite des troupes autrichiennes, chaque fois que celles-ci étaient repoussées par les républicains ce qui arrivait d'ailleurs presque aussi souvent qu'il y avait bataille. L'armée royaliste faisait-elle mine de reprendre l'avantage ? Vite son commandant allemand la ramenait sur les derrières, en attendant qu'on lui fît supporter de nouveau tout le poids de la défaite de ses alliés ; et chacune de ses actions d'éclat était punie comme un acte de trahison ; on la menaçait de suspendre la solde, et on décida, un jour, de la supprimer en effet ; si bien que le prince de Condé, indigné, vida sa bourse ne contenant plus que 94 louis, qu'il partagea entre ses compagnons : neuf sous pour chacun d'eux, – de quoi faire un repas. Puis il écrivit à l'empereur d'Autriche, réclamant pour lui-mème une place de grenadier à 15 kreutzers par jour. Par fortune, l'Angleterre, apprenant sa pénurie, expédia de l'argent et l'armée noble put rentrer en campagne. Mais dans la crainte qu'elle ne pénétrât en France, Wurmser, et après lui Colloredo, sur l'ordre de Vienne, l'immobilisaient sur la rive droite du Rhin en contremarches incessantes. On comprend l'exaspération qu'entretenaient dans le camp royaliste ces lourdes tracasseries ; jamais alliés ne furent l'un à l'autre plus hostiles, et à cette hostilité s'ajoutait, de la part des Allemands, une méconnaissance absolue du caractère français : « Pourquoi n'êtes-vous pas resté dans l'armée républicaine, demandait un général autrichien à un lieutenant de Condé ? Est-ce que les gens qui tiennent. le pouvoir à Paris ne payent point les gages des officiers ? » Le gentilhomme essaya poliment de faire comprendre à ce lourdaud que, en France, personne n'a jamais considéré la profession des armes comme un métier lucratif et que les motifs de l'émigration étaient tout autres. L'Allemand, ébahi, indiquait, par sa mimique, qu'il était fixé depuis longtemps sur le caractère des Français dont la légèreté est incorrigible et dont l'esprit, à l'évent se refuse à prendre la vie par son côté sérieux.

Parfois, en dépit des ménagements obligatoires, la patience échappait à ces jeunes militaires fougueux et désintéressés en présence de ces insolents hobereaux d'Allemagne qui jadis faisaient antichambre à Versailles avec les laquais de nos grands seigneurs et s'en tenaient pour honorés. Un jour, le chevalier de Lamase dut porter, en qualité d'estafette, certains papiers à un général allemand. Celui-ci le reçut fort mal :

– Messieurs les émigrés, vous nous donnez bien de l'embarras, grommela-t-il.

– Monseigneur, répliqua le chevalier en désignant la rive gauche, la rive française du Rhin, nous vous en donnerions bien davantage si nous étions de l'autre côté...

Le général mit l'impertinent dehors, déposa une plainte, et le prince de Condé, après avoir ri aux larmes, dut punir le chevalier. Lui-même, bien qu'altesse royale, était tenu à Vienne en grande méfiance. Les cours d'Autriche et de Prusse, s'engageaient à pousser vigoureusement l'effort, contre la République s'il acceptait, pour prix de ce concours, la cession de l'Alsace à l'Allemagne ; Condé avait répondu, au nom de ses hommes, « qu'il ne connaissait pas un émigré qui ne préférât un exil perpétuel à l'amoindrissement de sa patrie », et du jour où il eut ainsi refusé de se rendre complice d'un démembrement de la France, ses relations avec l'état-major autrichien furent plus tendues encore qu'auparavant. On rendit pourtant aux condéens le droit de se battre, en octobre 1793, lors de l'attaque de Wissembourg ; Wurmser les mit en avant pour enlever la ville dans laquelle ils entrèrent les premiers. Ils y furent reçus en libérateurs aux cris de « Vive le roi ! » et chacun des habitants tint à honneur d'héberger un de ces compatriotes heureux, comme on pense, de revivre la vie de France. Il y avait bien longtemps qu'ils n'avaient fait d'aussi bons repas et couché dans d'aussi bons lits. Mais le lendemain, leurs alliés allemands pénétraient à leur tour dans la ville qu'ils traitèrent en pays conquis et du coup, les Wissembourgeois regimbèrent, ne se gênant pas pour dire qu'ils préféraient la tyrannie de la Convention au joug brutal des Prussiens, dont ils ne voulaient à aucun prix – opinion que les condéens, très sincèrement, approuvaient fort.

Car, au contact journalier avec leurs soi-disant alliés, les gentilshommes de l'armée royaliste en étaient arrivés à aimer leurs ennemis, j'entends par ennemis ces républicains français, « ces patriotes, ces carmagnols », contre lesquels ils bataillaient.
Les « carmagnols », de leur côté, montraient une sympathie non déguisée pour ces adversaires nés comme eux sous le ciel de France et qu'ils combattaient vaillamment, mais à contre-cœur. En échangeant des horions et des coups de sabre, on se sentait en famille et l'on y allait gaiement. C'est ce sentiment manifeste qui domine tout le livre de notes alertes et pittoresques du chevalier de Lamase, document précieux pour l'étude de l'émigration et contribution extrêmement intéressante et toute nouvelle à l'histoire du sentiment patriotique français survivant intact aux pires dissensions politiques. (Notes intimes d'un émigré ; le chevalier de Pradel de Lamase, officier à l'armée de Condé, publiées par MM. Paul et Martial de Pradel de Lamase. 1 vol. in-8°.)
Dès la première rencontre, à Rulsheim, on s'admire entre royalistes et républicains une sorte de camaraderie gouailleuse s'établit entre les deux camps. On cause, d'un côté du Rhin à l'autre. Nul n'ignore avec quelle facilité la voix porte à travers les ondes liquides, et les sentinelles, le soir venu, échangeaient de la rive droite à la rive gauche, des propos ironiques.

– Eh ! là-bas, camarade criait un soldat condéen, envoie-moi donc ton capitaine, le savetier : j'ai besoin de faire ressemeler mes bottes !
– Tu ne pourrais pas le payer avec tes 15 kreutzers, répondait la voix d'un républicain. Chez nous les bottes neuves coûtent aujourd'hui mille livres (on était au temps de la grande baisse des assignats) et les ressemelages deux cents...

Une autre fois un patriote interpelle ainsi un royaliste de garde sur l'autre bord :
– Bonjour, esclave du tyran. Comment ça va ?
– Je suis beaucoup plus libre que toi, riposte l'émigré. Tiens, un pari ! Je vais crier : Vive la nation ! de toutes mes forces, et je te défie de crier : Vive le roi !
Et aussitôt, il clame : Vive la nation ! d'une voix de stentor qui fait trembler le rivage.
– A ton tour, maintenant !
Le patriote ne se risqua pas ; mais la grand'garde royaliste entendit les rires des républicains tout amusés de cette provocation.
– J'ai gagné mon pari, constata l'émigré.
– Je te payerai à la prochaine bataille !
Et, de fait, quand on en venait aux mains, on s'égorgeait consciencieusement. Condé, son fils, le duc de Bourbon, et son petit-fils, le duc d'Enghien, étaient populaires au camp des « bleus ».
On les y estimait pour leur bravoure et leur générosité ; dans une charge de cavalerie, le duc de Bourbon eut la main droite entaillée par un dragon républicain qui, en lui assénant son terrible coup, cria : « Vive le duc de Bourbon ; nous l'aimons bien tout de même ! » Il ne l'aima pas longtemps, car dix coups d'estoc s'abattirent instantanément sur lui...

Les chefs de l'armée patriote eux-mêmes rendaient hommage à la loyauté de leurs adversaires ; à Ehbling, un général républicain envoya son aide de camp pour prévenir le duc d'Enghien qu'il aurait le regret de l'attaquer le lendemain, s'excusant de la liberté grande sur les nécessités de la stratégie. Et ainsi s'engageait – qui l'eût cru ? – entre, ces irréconciliables, une sorte de guerre en dentelles qui ne le cédait en rien aux chevaleresques courtoisies du temps de Fontenoy. Quand on eut quitté le Rhin pour batailler sur le Danube, la fraternisation fut plus complète encore et, le 8 septembre 1796, comme l'on célébrait, au camp de Condé, une messe militaire, on aperçut, de l'autre côté du fleuve, les « carmagnols » groupés pour, assister pacifiquement à ce spectacle. Au moment de l'élévation, annoncée par un coup de canon, quelle ne fut pas la surprise des officiers royalistes de voir une quantité de soldats républicains s'agenouiller dévotement pour recevoir, en même temps que leurs compatriotes ennemis, une commune bénédiction.
Il me semble que si j'étais peintre je choisirais ce sujet-là de préférence à quelque scène de carnage.

G. LENOTRE.

L'émigré Joseph de Pradel de Lamaze, né en 1763, mort en 1843, était fils de Jean de Pradel de Lamaze (°1727-1805), chevalier, époux de Marie de Lubersac de Chabrignac, demeurant à Allassac en Corrèze.
Jean-Baptiste-Joseph de Pradel de Lamaze (°1772-1841), le seul fils des neuf enfants du couple qui n'émigra pas.

Leur oncle et grand-oncle, parti en Louisiane fin 1713, Jean de Pradel de Lamaze (°1692-1764) fut témoin de toute la période militaire de la colonisation de la Louisiane et y joua un rôle actif jusqu'aux environs de 1731.


Nous sommes en 1913 veille de 14 ; il ne faut pas réveiller les démons de la division ...

Il ne faut pas oublier que Napoléon Bonaparte a fait tirer au canon sur les Royalistes depuis les marches de l'église Saint-Roch et a fait enlever le duc d'Enghien en Allemagne pour le faire exécuter sans jugement sinon de pure forme dans les fossés du château de Vincennes ; ce n'est quand même pas anodin ! Quand il se plaignait du traitement des Anglais à Sainte-Hélène il avait la mémoire un peu courte.


Eglise Saint-Louis de Versailles année 1747 vue 32 :

L'an mil sept cent quarante sept le deuxième jour du mois de juillet Marie Anne Anceau âgée d'environ soixante dix neuf ans, veuve de feu François Couperin, organiste ordinaire de la chapelle du Roy, décédée ce même jour, a été inhumée dans le cimetière de cette paroisse par nous soussigné prêtre de la mission faisant les fonctions curiales en présence de Jean Biot écuyer fourrier des Logis du Roy et de Jacques François Rolland porte table ordinaire de la Reine lesquels ont signé avec nous.
Signé : Lafond prêtre Biot Rolland.

Tout est ordinaire chez Couperin sauf sa musique ...


On dit que les veuves d'aujourd'hui ne font pas tant d'histoires ; mais quand on est veuf d'un Roi ?
Jean-François Pomiès était cousin germain à cause de sa femme de Sébastien René Durand Demonville (°1728-1774), écuyer, premier huissier du cabinet de Louis XV et huissier de la maison militaire de Monsieur, frère du Roi, si bien qu'il vivait perpétuellement au contact du monarque qui sera emporté par la petite vérole le 10 mai 1774 ; désemparé, ayant perdu son maître, il errait comme une âme en peine dans les appartements royaux tant et si bien qu'il fit qu'il attrapa la petite vérole royale et mourut le 2 juin comme par imitation ...
P.S : Il existe deux actes de décès établis à son nom l'un paroisse Saint-Louis, l'autre paroisse Notre-Dame, son cousin signe aux deux.

Sébastien René Durand de Monville était certainement amateur de bonne musique car ses témoins de mariage en 1767 se nomment les Sieurs Jean François Thomas de la Bussière, écuyer, seigneur dudit lieu, gouverneur des Pages de la chambre du Roy, Charles François Le Tourneur, maître de clavecin (1742) des Enfants de France et de Madame la Dauphine (il demeurait en 1761 paroisse Saint-Eustache à Paris) et de son décès Jean Alexandre Hellouin de Menibus, écuyer, sieur du Quesnay, commandant de la cavalerie du Roi dès 1751, Pierre Tallien du Vergé, garçon de la Musique du Roy, Nicolas Mesny, commis des Menus Plaisirs du Roy et messire Claude Nicolas Lebrun, chapelain de Monseigneur le comte d'Artois et prévôt du chapitre de Madame.
Il avait été élève au collège royal de Nanterre où le 27 août 1744 à midi et demi lors de la cérémonie de remise des prix de fin d'année, lui et ses condisciples donnèrent une représentation théâtrale, Jupiter vengé ballet meslé de récit qui sera dansé (écrit et composé par le régent de rhétorique, les danses sont de la composition de M.Rameau). Il y jouait le rôle de Lysandre.

Il avait épousé Sophie Victoire Antoine, la fille de François Antoine (°1695-1771), le célèbre chasseur de la Bête du Gévaudan. Pour dire le vrai il y en eut plusieurs et le marquis d'Apchier abattit la sienne ... comme un garde-chasse du coin en fit de même. Mais pour l'honneur du nom du Roi on dit que c'était la bonne bête qui avait été abattue en Auvergne par le garde des chasses royales dépêché exprès par sa Majesté pour le bon plaisir des populations.


Eglise Notre-Dame de Versailles année 1785 vue 38 :

L'an mil sept cent quatre vingt cinq le neuf avril, Mr Jean François Tergat, pensionnaire et ancien officier du Roi et chef du gobelet de Madame la Comtesse de Provence, veuf de Marie Louise Thibault, décédé d'avant hier, âgé de quatre-vingt trois ans, a été inhumé par nous curé soussigné en présence de Mr Jean Jacques Tergat, son fils, écuyer, capitaine d'infanterie, lieutenant des Gardes du Roi en la Prévôté de l'Hôtel de sa Majesté, de Mr Hubert Robert, de l'Académie royale de peinture et peintre du Roi demeurant à Paris au Louvre, neveu du défunt qui ont signé avec nous.
Signé : Tergat Robert Belloc Dutilloy Levasseur Brocquevielle curé.

Il s'agit bel et bien d'Hubert Robert (°1733-1808) qui a peint les galeries du Louvre à l'état de ruine romantique dans l'esprit du temps.

Eglise Notre-Dame de Versailles année 1785 vue 103 :

L'an mil sept cent quatre vingt cinq le vingt novembre, Mre Bernard de Bury, Surintendant de la musique du Roi, veuf de dame Marie Françoise Mouchot, décédé d'hier, âgé de soixante-cinq ans quatre mois, a été inhumé par nous prêtre curé soussigné en présence de Mre François de Bury, écuyer, fils du défunt, de Mre Pierre François Comte de Montfaucon de Rogles, Mestre de Camp d'infanterie, chevalier de l'ordre Royal et Militaire de Saint-Louis, écuyer de Madame Adélaïde France, gendre du dit défunt qui ont signé avec nous.
Signé : De Bury Montfaucon Jacotet prêtre Fallet prêtre L'abbé Grellet

En 1741, Bernard de Bury acheta pour 6000 livres la charge de Claveciniste de la Chambre de Marguerite-Antoinette Couperin, qui l'avait héritée de son père François Couperin au titre de la survivance. Il en attendit 37 ans la jouissance aux dires de sa fille ...
Mlle Marie de Bury, fille majeure épousa par contrat à Versailles le 4 mai 1773 puis à Notre-Dame le 4/5/1773 (vues 26 & 27) le Comte de Montfaucon de Rogles, maréchal des logis de la compagnie des Grenadiers à cheval de Sa Majesté, avec la signature du Roi et de la famille royale (Mercure de France).
En fait Mlle Couperin mourut en novembre 1774 : cela fait donc 33 ans.

Une Dynastie des musiciens français : Les Couperins, organistes de l'Eglise par Charles Bouvet, 1919.

Eglise Notre-Dame de Versailles année 1785 vue 106 :

L'an mil sept cent quatre vingt cinq le trois décembre, Charles Baudouin, ancien ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de France, âgé de quatre-vingt dix ans passés, décédé d'hier, a été inhumé par nous soussigné prêtre de la mission faisant les fonctions curiales en présence de Me Jacques Raux Rauland, ancien notaire au bailliage royal de Versailles, et de Mr Jean Jacques Emard, commissaire de police au dit bailliage qui ont signé avec nous.
Rauxrauland Emard Masson Gaumes prêtre.
Note : Jacques Raux Rauland est mort à 72 ans le 14/11/1786 a été inhumé à Notre Dame le 15/11/1786.

Je note ce type d'acte pour les renseignements historiques qu'ils procurent à des historiens des ponts et chaussées.


Les larmes de Marie-Antoinette (des choses qui arrivent)

Par Jesús Jiménez Villanueva (Publié dans l'Opinion le 23 Octobre 2011)

           Dans la matinée du 26 mai 1797, La Mutine corvette de la République française s'ancre dans le port de Santa Cruz de Tenerife, commandée par le capitaine Louis Stanislas Xavier Pomiès. Le capitaine du port Don Carlos Adam note parmi ceux qui avaient débarqué, un individu à l'air insolent, froid et distant ; j'ai parlé avec Pomiès qui m'a dit qu'il montrait les mêmes manières et le même ton avec tous ; étant donné la personnalité de ce dernier, Pomiès semblait impressionné. Donc, avec une grande curiosité, j'ai demandé au marin français l'identité du personnage arrogant. Sa réponse a surpris Don Carlos Adam. Ce n'était rien moins que Jean-Baptiste Drouet, maître de poste qui découvrit et fit arrêter Louis XVI à Varennes, le matin du 22 Juin 1791, atteignant à peine la frontière avec l'Autriche, où il fuyait avec son épouse Marie-Antoinette, sa sœur et ses deux enfants. Drouet était devenu l'un des personnages les plus populaires dans la France de la Révolution et de la guillotine. Cette arrestation a coûté un an et demi plus tard sa tête au roi français ; et quelques mois plus tard, le 16 Octobre 1793, a perdu la reine Marie-Antoinette, qui, jusqu'au dernier moment, disent ceux qui l'ont vu, a gardé sa dignité.

          « Drouet est un extravagant ; parfois à le voir, il ressemble à un fou. Et dans ses rêves, il parle de Marie-Antoinette qu'il voit de ses yeux et je ne sais pas quoi d'autre ... il balbutie les mêmes incohérences au cours de la nuit où je l'ai entendu marmonner, et toujours les mêmes propos. Il me donne des frissons quand je l'entends » a dit Pomiès au capitaine du port Don Carlos Adam.

La carrière de la corvette La Mutine.
D'abord sous pavillon Français puis après sa capture en rade de Sainte-Croix de Ténérife sous pavillon Anglais.


Sa célébrité lui avait monté à la tête ... devenu intouchable il se croyait une espèce de héros républicain ! Drouet ectoplasme révolutionnaire comme beaucoup qui se croit rentrés par la grande porte dans l'histoire. Il le paye de cauchemars récurrents. L'habit de héros antique est trop grand pour sa chétive personne ...


Jean-François Pomiès suggère au prince Xavier de Saxe en 1775 d'échanger le château de Chaumot (dans l'actuelle Yonne) contre celui de Pont-sur-Seine (dans l'Aube), ce qui sera fait en mai 1775 moyennant 1.300.000 livres de principal et 12.000 livres de pot de vin ; il connaissait ce château qui se trouve sur la route de Paris à Provins et jusqu'à Rhèges berceau des Laurent de La Gravière où sont nés sa belle-mère et son beau-frère, leur oncle Antoine Laurent était curé à Viâpres-le-Petit et leur cousin germain François Huot de Grandcourt (°30/4/1717 Plancy l'Abbaye, le parrain honorable homme François Corrard maire et la marraine damoiselle Geneviève Moret lesquels ont signé avec nous Sorel curé de Plancy, registre 1706-1726, vue 52), fils de honorable et honneste personne Jean Huot de Grandcour, pensionnaire du Roy et de damoiselle Marie Véron, se marie à Plancy le 1/3/1756 (vue 78), dont cinq enfants tous nés à Plancy en Champagne.
Le prince conservera le château jusqu'à la Révolution et quittera la France en 1790 sans demander son reste.

En juin 1778 le comte de Lusace (c'est ainsi qu'il se faisait nommer en France) établit son quartier général à Dinan avec comme aide de camp le major-général Marie Antoine Bouët de Martange (°1722-1806) ; chargé de rassembler un camp militaire à Paramé en Bretagne sous les ordres du maréchal de Broglie, il confia le soin de l'instruction de l'infanterie au général suisse Nicolas François baron de Bachmann (°1740-1831), frère cadet du major-général des Gardes suisses Jacques Joseph Antoine Léger de Bachmann (°1733-1792) qui fut guillotiné à Paris en place du Carrousel le 3 septembre 1792.
Le lieutenant baron de Saiffert servait sous les ordres du prince pendant la guerre de Sept ans puis fait colonel en 1769 en Bretagne en 1778 (on retrouve son nom sur les actes des registres à Chaumot et à Pont-sur-Seine).

A la mémoire du Baron Nicolas-François de Bachmann An-der-Letz, 1831.

Le printemps et l'été 1776, la comtesse de Lusace née Claire Spinucci (cara Chiaretta) prend les eaux à Bagnères-de-Luchon, je suppose sur les conseils de Pomiès qui était originaire des Pyrénées ariégeoises. Les thermes de Bagnères (dans le comté de Comminges) comme son nom l'indique datent de l'Antiquité romaine. Ils étaient revenus à la mode depuis que le maréchal-duc de Richelieu, ami de Voltaire, était venu prendre les eaux en 1763 et 1769 avec une partie de la Cour (les ponts et chaussées avaient construit par le biais de la corvée une route carrossable en 1759 et des thermes avaient été refaits en 1761).

La frontière entre le Languedoc et la Gascogne est très découpée dans la région, cf des précisions sur wikipedia le Comminges
Quand Jean-François Pomiès déclarera au prince de Saxe au moment de leur brouille en 1784 que dans un an d'ici il va prendre sa retraite en Gascogne ce n'est qu'une promesse de Gascon ... qui plus est né à Paris et qui ne mettra les pieds dans le pays de son père qu'au moment de la Révolution quand il sera envoyé comme commissaire des guerres à Toulouse, Foix et Pamiers.

Le comté de Foix est resté indépendant très tard dans l'histoire de la monarchie française ce qui fait qu'il ne fait partie à proprement parler ni de la Gascogne, ni du Languedoc. Il a eu son propre régime sous ses comtes qui guerroyaient et qui battaient monnaie et dont le plus célèbre est resté Gaston Phébus.
A mon avis il a plus de liens avec la Gascogne ne serait-ce que par son union avec le vicomté de Béarn en 1290 (à l'origine il dépendait des comtes de Toulouse).

Revue des deux Mondes janvier-février 1912 :

On peut consulter notamment, dans l'ouvrage de M. de Boutry, Autour de Marie-Antoinette, le chapitre sur le Voyage de Joseph II en France, p. 289-301.
Un des correspondans du prince Xavier de Saxe, le sieur Pommiès, ajoute les détails suivans sur l'un des incidens qui firent le plus de bruit à Versailles : « L'empereur a été au pavillon de Louveciennes et a causé un quart d'heure avec Mme du Barry, qui était sortie dans ses jardins pour lui laisser la liberté de voir plus à son aise le pavillon. L'Empereur ayant demandé si la maîtresse de la maison était absente, on lui a dit qu'elle était dans le jardin. Alors il a été la chercher, lui a donné le bras jusqu'au pavillon, et ils ont causé d'une manière fort agréable. L'Empereur en a été charmé. » Lettre du 22 mai 1777, Archives de Troyes.

Madame du Barry vaut mieux que sa réputation ; le prince de Saxe avait de l'admiration pour elle.


Eglise Sant-Louis de Versailles année 1782 vue 33 :

Antoinette Charlotte Besson (°1709-1782).
L'an mil sept cent quatre vingt deux le dix neuf juin, Antoinette Charlotte Besson épouse de Messire Jean Rodolphe Perronet, chevalier de l'ordre du Roy, son architecte et premier ingénieur des Ponts et Chaussées de France, des Académies des sciences de Paris et de Stockholm et autres, décédée hier, âgée de soixante-treize ans, a été inhumée par nous soussigné prêtre de la mission faisant les fonctions curiales, en présence de Messire Pierre Charles Le Sage, sous-ingénieur des Ponts et Chaussées et de Messire Joseph Jacinthe de Prinsac, écuyer qui ont signé avec nous.
De Prinsac Le Sage Fiteux prêtre.

Il s'agit bien évidemment de Perronet l'illustre créateur de l'école des Ponts et Chaussées.

Il faut lire Joseph Hyacinthe de Tholomese de Prinsac (°23/12/1732 Quimperlé, Bretagne baptisé le 24/12/1732 en l'église de Saint-Colomban, fils de noble homme Joseph François de Prinsac et de dame Perrine Hyacinthe Geraldin dame de Prinsac, parrain et marraine Alain Le Boulban et Elisabeth Lucas qui ne savent signer devant messire Goüy prêtre de Saint-Colomban, vue 347 page de gauche) qui obtient la lieutenance en second de la compagnie de Trauroux le 4/11/1757, vacante par l'abandonnement du sieur de Montdardier, officier au régiment d'infanterie de Berry, au service de Montcalm, époux de Dame Anne Cherpitel (°1751 - morte à Saint-Mandé, Val-de-Marne, au 5 rue de la Charbonnière le 23/12/1833 à 82 ans passés, acte 6 vues 23/24, dont deux filles), filleule de Perronet qui sans descendance testera en sa faveur. Il a défendu Québec et a participé à la Bataille de Sainte-Foy, lors de la guerre de Sept ans. Il fut chef de bataillon (chef d'escadron) de l'armée nationale parisienne pendant la Révolution. Le village de Preissac au Québec lui doit son nom par je ne sais quel tour de passe-passe orthophonique.
Joseph François de Taulemeze de Prinsac épouse Perrine Hyacinthe FitzGerald de Géraldin, fille de Jean FitzPatrick FitzGerald, Irlandais de nation (Fitzgerald devient Geraldin en Français de l'époque), fils de Jean François de Prinsac (°1650-1730), capitaine de cavalerie, mort aux Invalides de Paris (cf dossier).
D'une autre branche son cousin germain François-Marie de Prinsac (°1736 Fontenoy), capitaine d'infanterie, chevalier de Saint-Louis, qui fit lui aussi les mêmes campagnes en Amérique était le frère cadet de Michel de Prinsac (°1734-1762), lieutenant de cuirassier au service de l'empereur d'Autriche, tué à la bataille de Schweidnitz, fils de Claude François de Prinsac (°1691-1777), page de Madame Royale, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, lieutenant-colonel au service du roi de Pologne Stanislas, ci-devant général commandant la maréchaussée de Lorraine & Barrois, allié à Madelaine Huvé (°1711-1781), fille de Ignace Huvé (°1678-1741), capitaine-prévôt du comté de Fontenoy et nièce de Nicolas Huvé, lieutenant-particulier du bailliage de Vôges séant à Mirecourt (donc des Lorrains encore et encore !).
A l'origine les Prinsac au XVIème siècle étaient des vassaux des comtes de Foix et tenant de la Réforme. Il faut savoir que Pamiers à cette époque était une place forte des Protestants. L'un François-Henri de Prinsac (°1560-1587) fut massacré par les Ligueurs à la Motte Saint-Héray et son fils Charles François Bertrand de Prinsac (°1579-1628), capitaine de cavalerie fut tué au siège de La Rochelle.

On peut noter que François Laurent de La Gravière fut Gendarme dans les Chevaux-Légers de Berry (père d'Antoine, Marie-Elisabeth et Jean-Claude).

Claude Vacant : Quelque mois plus tard, Perronet établit le 5 septembre 1782, une donation en faveur de sa filleule, Mademoiselle de Prinsac, dont la mère avait racheté la maison de campagne de Luzancy, près de Saint-Maur.
Je suppose qu'Anne Cherpitel (°1751-1833) était la soeur ou la nièce de l'architecte parisien Mathurin Cherpitel (°1736-1809), architecte du Roi qui a construit de nombreux hôtels particuliers à Paris dont celui de Necker et celui du comte de Châtelet.


Le second des trois beaux-pères de Jean-Baptiste Pomiès (°1709-1775) fut René Danjou (°1680-1766), écuyer, sous-gouverneur des Pages de la Chambre du Roy sous les ordres du duc de La Trémoille (on dit La Trémouille !). En 1736, il s'agissait de Charles Armand René de La Trémoïlle (°1708-1741), pair de France, prince de Tarente, comte de Laval et de Montfort, premier gentilhomme de la Chambre du roi, chevalier de l'ordre du Saint-Esprit, une des plus nobles et anciennes maisons de France.
René Danjou époux d'une demoiselle Molé avait un autre gendre Jean-Etienne Dautrepe (°1714 Paris - 1799 Paris), reçu maître-écrivain en 1734 (élève de Michel), expert-juré en écritures, syndic des écrivains de Paris, membre de l'Académie royale d'écriture devenue par lettres patentes du Roi données à Versailles le 23 janvier 1779 Bureau académique d'écriture. Valentin Haüy fut nommé agrégé de cette Académie.
Dautrepe alias d'Autrepe a composé plusieurs ouvrage notamment un Eloge de Colbert, en 1759 un Traité sur les principes de l'Art d'Ecrire & sur ceux de l'Ecriture et un autre traité de finance et comptabilité sous forme de conversation à la mode du temps. Il a aussi écrit Pilobouffi, tragédie en cinq actes en 1755 sans signer cette parodie burlesque ou cette pochade comme on voudra la nommer. Elle commence ainsi :

CARMAGNOLE entre le chapeau enfoncé sur la tête, & paroit enseveli dans une profonde rêverie. CASCARET le suit.

Cascaret à Carmagnole :

SEIGNEUR, depuis six mois admis par vos bontés,
A l'honneur de manger la soupe à vos côtés
Je sens de ce bienfait toute la conséquence,
Et mon coeur aujourd'hui plein de reconnoissance,..


Tablettes de renommée ou du vrai mérite, et d'indications générales des artistes célèbres, et autres personnes d'un mérite distingué dans chaque genre... par Mathurin Roze de Chantoiseau, 1791 :

ÉCRIVAINS.

Brard du Clos, rue Montorgueil, élève de Roland, réunie à la légèreté de la main pour les traits, l'art d'enseigner ses élèves, de manière à leur faire faire les progrès les plus rapides.
Dautrepe, rue Faydeau, ancien et célèbre professeur renommé pour la belle écriture, les comptes étrangers, et la tenue des livres, a fait plusieurs traités sur les principes de l'art d'écrire, les calculs et la vérification des écritures.

PAILLASSON, écrivain du Cabinet du Roi et vérificateur.
— Discours et Dissertation sur la vérification des écritures, lus à l'Académie des experts écrivains. Paris, Lebreton, 1762, in-12. Avec Dautrèpe.

L'ARITHMÉTIQUE
DE LA
NOBLESSE COMMERÇANTE
OU
ENTRETIENS D'UN NÉGOCIANT
ET D'UN JEUNE GENTILHOMME,
SUR L'ARITHMÉTIQUE
APPLIQUÉE AUX AFFAIRES DE COMMERCE DE BANQUE ET DE FINANCE,
Par M. D'AUTREPE, Syndic des Experts-Jurés-Ecrivains.
PREMIER ENTRETIEN.
DES PRINCIPALES NOTIONS DE L'ARITHMÉTIQUE, ET DES QUATRE PREMIERES REGLES.
Paris 1760

Tableau universel et raisonné de la ville de Paris, 1759.

FINANCES

Il n'est pas étonnant que dans un siècle, où les dépenses de toute espéce se font si fort multipliées, on se foit porté avec tant d'empressement du côté qui paroit offrir l'acquisition la plus prompte & la plus facile des moyens propres à se contenter sur tous les goûts : mais il est, en même tems fort singulier, que dans une affaire soumise par état au calcul, on ait souvent si mal calculé.

Les Finances ne font bien connues, ni de celui qui s'y livre ni de celui qui n'y est point employé : l'un pour bien voir est trop près, l'autre trop loin.
Quelques fortunes rapides & considérables qui s'y font faites autrefois, ont donné le désir & peut-être l'espoir de les égaler ; voilà l'origine de cette excessive activité, qui détermine les Pères de famille à vouloir faire de leurs enfans ce que l'on appelle des Financiers, ils ne voyent que les avantages, & n'apperçoivent point les obligations.

La science de l'Ecriture, & celle de de l'Arithmétique ne font que les premiers élémens de ceux qui veulent embrasser cette branche importante de l'administration ; on se les procure par l'éducation la plus ordinaire, & qui rend même ces secours communs à beaucoup d'autres Professions.

Celle-ci exige des connoissances plus étendues ; l'étude, l'analyfe & l'application des Loix particulières à cet état ; les principes bien réfléchis de la Régie, ou, si l'on veut, de la manière de gouverner les hommes & de profiter des choses ; & cela relativement à chaque branche d'administration dans laquelle on peut se trouver employé, foit en chef, foit en fous ordre ; voilà ce que l'on feroit en droit d'attendre, & ce que l'on aimeroit à recevoir de la part de ceux qui se consacrent aux Finances par le vœu de leurs familles, ou par leur propre choix.
A ces dispositions de l'esprit, il feroit essentiel de joindre celle d'une âme assez élevée pour s'occuper sans cesse du bien public & général, sans jamais les sacrifier à des vues personnelles & particulières, c'est-à-dire, étroites & bornées, puisque la partie ne sçauroit jamais entrer en comparaison avec le tout.

Nous n'aurions, après cela, qu'à placer ici la liste des charges que l'on peut acquérir dans les Finances, de Receveurs Généraux, de Trésoriers, & des intérêts que l'on peut obtenir dans les différentes affaires, & des Emplois que l'on peut occuper chez les uns & les autres.

Les premiers de ces trois objets d'établissement exigent un commencement de fortune ; le troisiéme suppose de la capacité ; tous ont besoin de protection.

C'est à ceux qui se préparent, ou qui destinent leurs enfans à ces fortes d'Etat, à consulter sur tous ces diftérens points, leur position & leurs facultés.

Les bons Maîtres d'Ecriture & d'Arithmétique, dont les instructions font si nécessaires dans la plupart des professions, mais singulierement indispensables dans celles-ci, font trop connus, pour qu'il foit besoin de les indiquer dans cet article : nous obferverons feulement, que parmi ceux de ces Maîtres, il paroît convenable de préférer pour les jeunes gens que l'on destine aux Finances & ceux qui joignent aux meilleures méthodes d'écrire & de calculer, l'attention de préparer leurs élèves, par des Etats & des Tableaux, particulièrement propres aux Finances, aux différens Emplois qu'ils peuvent avoir par la fuite à remplir dans les Bureaux de la Cour, de la Ville, des Provinces & des armées, tant pour le courant de la Régie, que pour la Comptabilité.

Voici les noms de ceux qui paroissent s'être attachés à cette partie de l'instruction des jeunes gens que l'on destine aux Emplois.

MM. Dautrepe, (a) aux grandes Ecuries, près Saint Roch. Rolland, rue Culture Sainte Catherine. Royllet, rue de la Verrerie. Henard, rue des petits Champs, près la Croix. Vallain, rue de la Comédie Françoise. Et Paillasson, rue de l'Arbre-sec.

(a) A composé un Traité sur les principes de l'Art d'Ecrire & sur ceux de l'Ecriture, qui est actuellement fous presse, & qui doit paroître incessamment.

L'Année littéraire (Paris).

Dictionnaire raisonné de bibliologie par Gabriel Peignot 1802.

Estienne Jean Maximilien Dautrepe, reçu maître écrivain le 29/8/1732, directeur du Bureau académique en 1789 d'après Au tombeau des secrets de Christine Métayer, 2000.

Encyclopédie méthodique (chez Panckoucke). Arts et métiers mécaniques.


Le plus beau est peut-être contenu dans le Journal général de France qui en 1768 publie une recension de son Eloge de Jean-Baptiste Colbert.


M. Colbert est le restaurateur de l'Ecriture dont il faisait très grand cas. Le fameux Barbedor était de son temps. On s'avançait sous son ministère, avec le seul talent d'écrire, avec ce qu'on nomme une belle main. Nous avons connu dans notre jeunesse un vieux Financier, qui du dernier rang des Bureaux, où on l'appellait le Michel-Ange des petits O, était parvenu à être Receveur Général des Finances de Montauban. Ainsi M. Dautrepe rend à ce Ministre le tribut de reconnaissance que lui doit l'Art de l'Ecriture, aujourd'hui bien subordonné.


Je cherche vainement quelque chose qui nos jours s'apparenterait à la belle main de l'écrivain-juré ... moi qui suis habitué à déchiffrer les affreux scribouillis de certains curés et les plus vilains encore des notaires et autres clercs d'études qu'on nomme aussi saute-ruisseaux !

Il y a certainement de belles choses à dire sur la main mais elles sont toutes prises en mains si je puis dire ... et l'on ne fait que redire en plus mal. La main est l'artifice de l'âme et le truchement le plus fin du corps ... il ne faut pas gâcher les grâces qui nous sont octroyées par la nature.

Histoire abrégée de l'écriture, et moyen simple d'enseigner & d'apprendre par Jacques Dubois, 1772.

C'est le premier art au monde ... il n'y a pas de doute là-dessus ! Et il est en passe de s'éteindre ...

Devrais-je retourner le couteau dans la plaie ou la plume sur l'écritoire ? Il y a une grande différence entre la musique écrite et la musique improvisée. Le jazz est tout entier une musique d'improvisation et d'excitation comme les airs doux ou graves du ménestrel le seront par essence et si Beethoven était un fabuleux improvisateur, tant qu'il était capable d'entendre sa propre musique, on sait qu'il ne devint le grand Beethoven de la légende qu'à sa table de travail, en se remémorant ses variations libres et en les retravaillant. Certes l'excès de travail peut parfois briser le charme mais enfin il surajoute souvent à l'épure musicale une solide construction articulée qui distingue les chants et danses du sauvage, les rythmes populaires qui font se trémousser les villageois dans des danses endiablées avec l'art de la composition souveraine qui aboutit aux grandes constructions de Bach et de Beethoven.
Ce qu'on perd en spontanéité on le regagne, ô combien, en approfondissement !

Il y a les peuples capables d'étudier les tables de l'écriture et il y a ceux qui sautillent sur place et répétent ad libitum toujours les mêmes schémas. Il y a ceux qui jettent des ponts vers l'avenir et déchiffrent l'univers et ceux qui s'assoient dans la brousse pour entendre le tam-tam ... chacun son rythme, chacun son souffle !
La disgression essentielle du monde c'est l'écriture qui nous la permet. L'oralité ce sont les vacances de la mémoire ...


Je reviens à mes Pomiès inépuisables en vérité (ce qui est le cas de tout sujet sur lequel on se penche avec attention).
Jean-Baptiste Pomiès (°1709-1775), écuyer et garçon de la chambre des deux Dauphines successives avait fondé en 1757 une sucrerie industrielle située rue de Reuilly dans le Faubourg Saint-Antoine à Paris avec comme caissier Louis Dufour de Montlouis, écuyer, intéressé dans les affaires du roi, dmt paroisse Saint-Eustache, Paris, fils de Pierre Dufour, écuyer, maître d'hôtel du Roi.
En janvier 1764 trop à l'étroit elle s'installe au Petit-Bercy dans l'ancien château des Béthune-Sully et c'est son fils aîné François-Michel Pomiès, écuyer, valet de chambre de Mme la Dauphine qui prend sa succession et la direction de l'établissement est confiée à Jean-Baptiste Alexis Aubry de la Perrière, secrétaire du Roi, chef de fourière du Roi ; les autres associés sont François-Nicolas Loir, écuyer, contrôleur au change de la monnaie de Paris ; Philogène Hennet, contrôleur de la caisse des amortissements ; et les sieurs Dalibard, Bernard, et toujours Dufour de Montlouis.

Un nom doit retenir notre attention : Thomas-François Dalibard, intéressé dans les affaires du roi, qui est un naturaliste et un physicien français, linguiste et traducteur, né le 5 novembre 1709 à Crannes-en-Champagne (près de Loué dans la Sarthe, François Dalibard, fils d'honneste homme Thomas Dalibard, notaire royal de cette paroisse et de demoiselle Marie Françoise Gareau ses père et mère légitimes, baptisé l'onzième novembre de la présente année - 11/11/1709 - par maître Mathurin Le Balleur prêtre avec la permission de monsieur le prieur de Brains et est né du cinquième du mesme mois a eu pour parrain vénérable et discret maistre François Tuffière prestre et pour marraine damoiselle Marie Le Balleur veuve de feu honorable Toussaint Viel en son vivant baillif de Loué et d'Anvers sous Montfaucon, vue 189 BMS 1683-1709, lecture difficile), mort peu avant le 10/6/1778 à Paris (succession vacante, demande de curateur par sa veuve, accordé le 19/6/1778).
C'est Thomas François Dalibard, qui à Marly-la-Ville, est l'un des premiers à constater expérimentalement l'analogie entre la foudre et l'étincelle, durant l'orage du mercredi 10 mai 1752 à l'instigation de Buffon qui veut faire vérifier les idées de Benjamin Franklin, ce qui rendra définitivement célèbre l'Américain partisan de la liberté des colonies.

Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales : DALIBARD (Thomas-François). Naturaliste français, né à Crannes en 1705, mort à Paris en 1779. C'était l'élève et l'ami de Buffon. Dalibard a le mérite d'avoir le premier adopté et vulgarisé en France le système sexuel et les principes de Linné, et celui d'avoir vérifié par l'expérience la belle théorie de l'électricité et des paratonnerres établie par Franklin. L'épouse de Dalibard était une femme de lettres, connue par diverses productions peu importantes.
Note : Elle s'appelait Françoise Thérèse Aumerle de Saint-Phalier première épouse de Dalibard, morte en 1757, avait fait jouer la Comédie de la Rivale Confidente. Elle fit imprimer un Ballet de la Renaissance des Arts. Receuil de poesie par Mlle de St.-Ph avec les airs noté à la fin de Françoise-Thérèse Aumerle de Saint-Phalier Dalibard et Vincent Le Sueur (1751).
DALIBARD, (Françoise-Thérèse Aumerle Saint-Phalier, Dame) de Paris, mourut dans la même ville, le 3 juin 1757, à l'âge d'environ 34 ou 35 ans. Ayant perdu son père assez jeune, elle fut élevée sous la conduite de sa mère, qui lui permit de suivre le goût qu'elle avait pour les lettres. A un esprit cultivé elle joignit une belle figure. Elle épousa Dalibard, auteur de l'Histoire des Incas, et des Expériences sur l'Électricité. Sans postérité.
On lui doit : Le Porte-Feuille rendu, ou Lettres historiques, 1749, in-12. — Les Caprices du sort, ou Histoire d'Émilie, Paris, 1750, 2 vol. in-12. — Recueil de Poésies, Amsterdam, 1751, 1 vol. in-12. — La Rivale confidente, comédie en 3 actes et en prose, jouée au théâtre italien en 1752, impr. en 1 vol. in-12. Ses ouvrages n'ont point eu de succès, et n'en méritaient pas. Ils ont été publiés sous le nom de Mademoiselle Saint-Phalier.
Histoire des Femmes cèlébres dans la Litterature Françoise, Volume 5 par Joseph de Laporte.
Sa seconde épouse fut Marie Anne Donnadieu, qui fut sa veuve, sans postérité de son mariage avec Dalibard.

Dalibard fit ses humanités à Angers. Jacques-Armand Dupin de Chenonceaux (°1727-1767), fils du fermier général Claude Dupin, fut mis en pension à Paris, rue de Seine, chez M. Dalibard, botaniste et physicien, ami de Buffon (c'est Jean-Jacques Rousseau qui lui succédera dans ce préceptorat difficile). L'amitié de Buffon lui avait facilité cette ascension, il fréquentait les soupers de l'Hôtel Lambert et rencontrait des gens en place comme Voltaire et Fontenelle. Après le refus de Rousseau, il devint le caissier de M. Louis Dupin de Francueil (°1715-1786), receveur général des Finances et aura son bureau rue Saint-Marc chez celui qui sera le grand-père de George Sand.

En septembre 1793, la raffinerie de sucre sera vendue au sieur Lerouge négociant à Paris puis à Armand Théodore Santerre (°1753 Paris, Bercy - 1835 Beauchery), brasseur de son état (depuis 1772 à la Grande-Pinte) et frère d'Antoine Joseph Santerre (°16/5/1752 Paris baptisé en l'église Saint-Médard - 6/2/1809 Paris), patron de profession et révolutionnaire de vocation qui mena l'assaut des Tuileries le 10 août 1792 emmenant le Faubourg Saint-Antoine avec lui et, peu de temps après, qui fut nommé général en chef des sections armées.

Historiquement il s'agit de la première raffinerie de sucre de Paris et une des premières installations industrielles de l'époque. Elle recevait les sucres bruts de Nantes par le canal d'Orléans. Lieu d'innovation et d'expérimentation dans les années 1780 elle sera fortement encouragée par l'Académie des Sciences.

Nouvelles recherches sur la France 1766.
En page 229 quelques lignes sur la raffinerie de Bercy prouvent bien la nouveauté de cet établissement.

Le Voyageur à Paris 1788 : Raffinerie de Sucre, à Bercy. Cette raffinerie, établie à Bercy depuis plusieurs années, fournit du sucre très-blanc & très-beau : les ateliers en sont curieux.

Mémoire de 1787 par M. Boucherie, Raffineur à Bercy, près Paris.


A un moment donné Jean-François Pomiès sollicite un prêt de 80.000 livres auprès du prince Xavier de Saxe qui le lui accorde car il a des difficultés à rembourser le banquier Kornmann ; je me demandais pourquoi de tels besoins d'argent ? Mais si Jean-Baptiste Pomiès et ses fils se sont lancés, très à l'aube de la Révolution industrielle, dans la construction d'établissements de raffinage de sucre de canne (la betterave n'est pas encore exploitée), je conçois mieux une telle demande de capitaux.
Je savais les Pomiès en avance sur leur temps en ayant fondé la première imprimerie de l'Ariège en 1790, je ne les savais pas à ce point des précurseurs en développant les premières industries modernes en France dès 1757.

Pour mémoire l'histoire de la maison Michelin est assez similaire : Jean-Baptiste Daubrée (°4/4/1761 Sierck Moselle - 1810 Paris), marchand-brasseur épousa Adélaïde Tétard (°1781-1847) dont sept enfants, l'aîné capitaine de chevaux-légers de l'armée royale après la Révolution de 1830 se lance avec son cousin le notaire Aristide Barbier dans le raffinage de sucre de betterave en Auvergne, à la suite de déboires divers et variés (inondation de leurs installations par une crue de l'Allier), ils se reconvertissent dans la fabrication de machines agricoles puis d'objets en caoutchouc et les petits-fils du notaire les frères Michelin rebaptisent l'industrie en Etablissements Michelin et Cie en 1889.
Le témoin principal du mariage Daubrée-Tétard en 1794 était Jacques Barbier de Noisy (°1750), architecte, qui construit dans les années 1770, le château de Panloy en Charente-Maritime, pour le baron de Saint-Dizant, demeurait au n° 12 de la rue des Bourdonnais à Paris, fils de Jean-François Barbier (mort le 22/11/1787), écuyer, marchand de soie, fournisseur de la cour de Louis XV, bourgeois de Paris marié le 9/7/1742 avec Geneviève Cagnard (°1711-1810).
Jacques Barbier de Noisy, parisien, second prix de l'Académie d'architecture en 1779, fit le voyage de Paestum et de Sicile en 1784 pour y admirer et dessiner les édifice antiques. Cf Histoire de l'art chez les anciens, Volume 3 par Johann Joachim Winckelmann, 1803.
Les Regnault d'ailleurs descendent des Daubrée de Lorraine.
Adélaïde Tétard, devenue veuve, fonde un pensionnat pour jeunes filles, la maison orthopédique Daubrée dans le Marais qui connut de célèbres élèves comme Louise Ackermann et où le jeune Berlioz venait donner des leçons de guitare aux demoiselles en manque de bonnes manières souvent Anglaises (le fils Daubrée épousera une Ecossaise nièce du savant chimiste Charles MacIntosh qui découvrira le secret pour rendre le caoutchouc imperméable à l'eau). L'écrivain-journaliste Louis Ulbach se mariera avec la fille de la seconde directrice Mme Closter-Lemaire.

Le banquier Guillaume Kornmann est très célèbre dans l'histoire des lettres pour la polémique qu'il eut avec Pierre Caron de Beaumarchais entre 1787 et 1789 sur fond d'adultère et de compromissions financières entre ministres et partisans.
Il avait pris la succession de son oncle Jean-Philippe Kornmann (mort peu avant le 3/12/1777 rue Saint-Martin, Paris) banquier à Paris, paroisse Saint-Nicolas des Champs (déjà en 1751). Les frères Kornmann étaient banquiers à Strasbourg à l'origine et avaient des liens avec la Suisse.


La découverte qui popularisa le nom de Franklin dans le monde entier, n'était pas cependant tout à fait imprévue. Rappelons les faits par leurs dates. Les premières lettres de Franklin, dont la dernière était datée de Boston, 16 mars 1752, furent aussitôt, après leur apparition, publiées en français par les soins de Buffon. C'était dans cette dernière lettre que Franklin avait proposé les verges de fer pointues, pour attirer la foudre ; mais, ayant jugé l'expérience impraticable, il ne l'avait point exécutée. Mais ce que Franklin avait cru impraticable, Dalibard, le traducteur de ses Lettres, l'exécuta à Marly, près de Paris, et il en fit le récit dans un mémoire présenté le 13 mai 1752 à l'Académie des sciences. Après avoir décrit en détail son appareil, qui consistait en une verge de fer pointue, de 40 pieds de hauteur (12 mètres), placé sur un corps isolant, Dalibard continue son récit en ces termes : « Le mercredi 10 mai 1752, entre deux et trois heures après midi, le nommé Coiffier, ancien dragon, que j'avais chargé de faire les observations en mon absence, ayant entendu un coup de tonnerre assez fort, vole aussitôt à la machine, prend la fiole avec le fil d'archal (bouteille de Leyde), présente le tenon du fil à la verge de fer, en voit sortir une petite étincelle brillante, et en entend le pétillement ; il tire une seconde étincelle plus forte que la première et avec plus de bruit. Il appelle ses voisins et envoie chercher M. le prieur. Celui-ci (il se nommait Raulet) accourt de toutes ses forces ; les paroissiens voyant la précipitation de leur curé, s'imaginent que le pauvre Coiffier a été tué du tonnerre ; l'alarme se répand dans le village ; la grêle qui survient n'empêche point le troupeau de suivre son pasteur. Cet honnête ecclésiastique arrive près de la machine, et, voyant qu'il n'y avait point de danger, met lui-même la main à l'oeuvre et tire de fortes étincelles. La nuée d'orage et de grêle ne fut pas plus d'un quart d'heure à passer au zénith de notre machine, et l'on n'entendit que ce seul coup de tonnerre. Sitôt que le nuage fut passé, on ne tira plus d'étincelles de la verge de fer. »

Ce fut là tout un événement dans Paris. Tout le monde s'y entretenait du phénomène de Marly, qui eut son pendant sur la place de l'Estrapade, dans Paris (expérience de Delor). « L'admiration, raconte un célèbre physicien de l'époque, l'abbé Nollet, monta jusqu'à l'enthousiasme. La plupart de ceux qui apprirent la nouvelle crurent de bonne foi, et sur la parole de ceux qui le leur disaient, que les foudres du ciel seraient désormais en la puissance des hommes, et que, pour se garantir du tonnerre, il suffirait dorénavant de dresser des pointes sur le sommet des édifices. Quelques personnes mêmes assuraient d'un ton fort sérieux qu'un voyageur en rase campagne pouvait s'en défendre en mettant l'épée à la main contre la nuée ; les gens d'Eglise, qui n'en portent pas, commençaient à se plaindre de n'avoir pas cet avantage ; mais on leur montra dans le livre de M. Franklin, qui était comme l'Evangile du jour, qu'on pouvait suppléer au pouvoir des pointes en laissant bien mouiller ses habits, ce qui est extrêmement facile en temps d'orage. »

Expériences faites en France par Buffon et Dalibard.

— En France, où les théories de Franklin trouvèrent un adversaire dans l'abbé Nollet, ses lettres ne furent d'abord connues que par une mauvaise traduction.
M. de Buffon, le célèbre naturaliste, alors intendant du jardin du Roi, en eut connaissance et engagea un de ses amis, Dalibard, à en publier une nouvelle.
Ce travail, précédé d'une histoire abrégée de l'électricité, eut un très grand succès et excita vivement la curiosité du public.

A l'exemple de l'abbé Nollet, qui peu auparavant, avait fait des expériences publiques avec la bouteille de Leyde, un ami de Dalibard, nommé Delor, qui possédait, place de l'Estrapade, un cabinet de physique bien garni, attira la foule chez lui.

D'un commun accord, Buffon, Dalibard et Delor élevèrent, le premier sur la tour de son château de Montbard, le second sur sa maison de campagne de Marly-la-Ville (Val d'Oise), le troisième sur le toit de sa maison, de hautes tiges de fer isolées, pour tirer l'électricité des nuages.

Le caprice des troubles atmosphériques favorisa Dalibard le premier. Le 10 mai 1752, tandis qu'il était absent, un orage éclata sur Marly. Son jardinier, instruit de ce qu'il avait à faire en la circonstance, courut chercher le curé qui se livra à des expériences et, devant une foule rapidement amassée, tira des étincelles de l'appareil.

L'Académie des sciences reçut, quelques jours après, avec la plus vive curiosité, le récit de ce qui s'était passé.

Une semaine plus tard, c'était le tour de Delor. Le lendemain, le château de Montbard était visité par la foudre.

Vivement intéressé par ce qu'on lui avait rapporté de ces faits intéressants, le roi désira qu'ils fussent reproduits devant lui. Une installation fut faite par Delor dans la propriété du duc d'Ayen, à Saint-Germain, et permit la constatation de ces phénomènes avec lesquels nous sommes familiarisés aujourd'hui, mais qui, tout nouveaux alors, excitaient une curiosité extraordinaire.

Autres expériences. — Cette curiosité s'accrut lorsque Lemonnier démontra que l'électricité existait dans l'air, même par un temps serein, plus encore, lorsque Romas, à Nérac, eut l'idée [avant que Franklin n'eût, de son côté, fait la même expérience (1)] d'aller chercher l'électricité dans les nuages au moyen d'un cerf-volant.

(1) Romas réclama vainement de Franklin la constatation de sa priorité. Son mémoire, Moyen de se garantir de la foudre dans les maisons, ne parut qu'après sa mort, en 1776.

On trouve l'écho de l'étonnement général qu'avaient produit ces découvertes dans le récit emphatique que Lacépède consacre à leur commentaire au commencement de son Essai sur l'Electricité naturelle et artificielle. Après avoir peint le tableau d'un orage, il continue ainsi : « Au milieu de cette consternation universelle, le philosophe seul, intrépide, ose aller enchaîner la foudre jusque dans le siège de son empire. Il s'avance seul, un frêle et léger instrument à la main. Les vents élèvent à la hauteur des nuages la faible machine qui va combattre la foudre. A peine a-t-elle atteint la région de tonnerre que les éclairs l'environnent. Tout l'orage se ramasse et se concentre autour d'elle et à l'aide d'un léger conducteur, le philosophe, à qui la nature entière paraît obéir, le dompte et le dirige. Je le découvre à la clarté des éclairs, garanti, par le fruit de ses expériences et de ses veilles, du danger qui l'environne, conduisant pour ainsi dire, le nuage affreux qui recèle la mort et osant seul affronter l'orage, le maîtriser et observer la nature dans son spectacle le plus imposant. »

Louis XV enchanté par Dalibard lui accorda immédiatement une pension de 1.200 livres. La place de secrétaire à la recette des généralités de Metz, Toul et Verdun que ses amis Buffon et Daubenton lui obtinrent lui rapportait 10.000 livres par an.


Le chimiste Michel-Jean-Jérôme Dizé (°1764-1852), sa vie, ses travaux, par A. Pillas trésorier-payeur général, son petit fils et Antoine Balland (°1845-1927) pharmacien principal de l'armée, chez J.-B. Baillière et fils (Paris), 1906 :

Les paragraphes qui suivent ont été publiés en janvier 1845 dans Le Biographe universel : revue générale biographique et littéraire, article Dizé chimiste.

A l'appui de l'opinion émise ici par notre honorable collaborateur sur la protection éclairée, réelle et efficace que le duc d'Orléans accordait aux arts et à l'industrie, qu'il nous soit permis d'ajouter quelques réflexions.

M. le duc d'Orléans père de S.M Louis-Philippe faisait plus que protéger les arts industriels, il les protégeait avec le sentiment de leur dignité et de leur haute valeur sociale, sentiment qui conduit non pas au mercantilisme industriel, mais aux grandes et utiles entreprises, d'où dépend, en grande partie, le bien-être matériel des sociétés. Que si l'on veut bien examiner de quelle déconsidération jouissaient les arts industriels avant 1789 ; combien, dédaignés par la noblesse, relégués dans une certaine classe de la société incapahle de les comprendre, ces arts souffraient de gênes diverses dans leurs développements, leurs progrès, on verra soudain dans M. le duc d'Orléans un homme nouveau, précieux à la société, avancé pour son époque, que l'amour de la science guidait, et non un vain désir de popularité, comme se sont plu à le débiter ses détracteurs en un mot, un homme digne précurseur de son auguste fils. A ces considérations nous joindrons quelques exemples irrécusables.

La fabrique de sucre royal établie à Bercy (Seine) par MM. Boucheries frères, le fut sous les auspices de S. A. R. le duc d'Orléans. Le nouveau genre de raffinage de sucre employé par ces messieurs, donna au sucre un degré de pureté et de beauté que les autres raffineries d'Orléans, de Bordeaux, de Bayonne, n'avaient jamais obtenu. Le sucre de la raffinerie de Bercy fut distingué par la dénomination de sucre royal.

Ce livre qui paraît tout à l'honneur de S.A.R le duc d'Orléans (Philippe-Egalité), on dirait, énonce des contre-vérités manifestes puisque c'est Pomiès et ses fils qui ont établi la raffinerie de Bercy dès 1757 (le duc de Chartres avait alors 10 ans), les raffineurs Jonas Boucherie et Antoine Boucherie (°15/9/1745 Bordeaux), d'une famille protestante de Bordeaux qui possédait une raffinerie dans cette ville, y venant faire leurs expériences vers 1778 mais n'y ayant pas la part principale et les risques encourus par toute entreprise industrielle ; tout ceci se passe bien avant Benjamin Delessert (°1773-1847) et sa célèbre raffinerie de sucre de betterave à Passy ce qui fut un effet bénéfique du désastreux blocus continental de Napoléon.

L'Industrie du Nord et du Pas-de-Calais : journal du commerce et de l'industrie, agriculture, littérature, beaux-arts, sciences, théâtre, nouvelles locales, feuille d'annonces.

Douai, le dimanche 18 juillet 1858.

L'ARCHEOLOGIE DU SUCRE.

Suite.

Au XVIIe siècle, Guy Patin, dans sa correspondance, s'exprime ainsi : « J'entretins hier au soir M. le premier président de Lamoignon. Il me demanda si les anciens avaient connu le sucre ; je lui dis que oui, que Théopraste en parlait dans son fragment du miel, où il en fait de trois sortes, l'une qui est des fleurs, et c'est le miel commun, l'autre qui est de l'air, qui est la manne des Arabes, et la troisième des roseaux, qui est le sucre. Pline l'a connu aussi et en parle sous le nom de sel des Indes. Galien et Dioscoride l'ont nommé sacchar, et c'était, en ce temps-là, une chose bien rare. »

Legraud d'Aussy, jésuite, dans son Histoire de la vie privée des Français, publiée en 1782, ne nous apprend rien sur les origines du sucre que nous ne sachions déjà ; mais il nous raconte qu'en 1778, deux Bordelais, les deux frères Boucherie, annoncèrent un perfectionnement important dans le raffinage du sucre. De 100 livres de sucre brut, les plus habiles raffineurs ne retiraient ordinairement, que 67 livres de sucre fin : les frères Boucherie assuraient que par leur procédé nouveau ils en retiraient 90. Deux chimistes leur contestèrent le mérite de leur perfectionnement, et des raffineurs, sans doute par rivalité de métier, ne voulurent pas reconnaître la vérité de leurs résultats. Pour répondre à leurs adversaires, les frères Boucherie établirent à Bercy une raffinerie qui devint florissante : on y travaillait par leurs procédés, et quoique leur fabrication fût supérieure, les produits ne se vendaient pas plus cher.

Thomas Luc Augustin Hapel Lachênais (°1760-1808) fait de très longues recherches sur la Canne à sucre, la fabrication du sucre et du rhum et publie notamment un nouveau procédé du terrage du sucre. A cette époque, les cristaux formés dans la liqueur résultant de la concentration du jus de la Canne étaient égouttés, puis terrés dans des pots de terre, appelés des formes. Ces pots n'étaient pas fabriqués à la Guadeloupe ; les Anglais tenant la mer, l'arrivage de ce matériel indispensable était des plus irréguliers et souvent déficient. Hapel imagina un perfectionnement des caisses en bois, destinées à remplacer ces poteries, qu'il avait vu employer, en 1784 dans la raffinerie royale de Bercy ; ce dispositif nouveau était bien approprié à la main-d'œuvre de qualité inférieure dont on disposait alors dans les îles. Il a ainsi rendu service à l'industrie, en lui donnant le moyen d'obtenir du sucre à grain plus uniforme, plus blanc, et avec un rendement supérieur.

Procès-verbaux des séances de l'Académie des sciences volume 1800-1804 SÉANCE DU 6 VENDÉMIAIRE AN 10 (28/9/1801) :

Le Citoyen Deyeux lit, en son nom et au nom du Citoyen Fourcroy, le Rapport suivant sur un Mémoire, dans lequel le Citoyen Hapel La Chenaye propose un nouveau procédé pour le terrage du sucre :

Avant de donner la description de ces sortes de caisses, l'auteur prévient que la première idée de cette substitution appartient aux Citoyens Boucherie, qui, il y a quelques années, avoient à Bercy, près Paris, une assez belle raffinerie de sucre.

Note. Le citoyen Hapel La Chenaye est mal renseigné : les frères Boucherie n'ont jamais été les possesseurs de la raffinerie royale de Bercy.

Ce sont les fonderies normandes de Romilly-sur-Andelle qui fournissaient le cuivre et l'étain laminé nécessaires aux cuves de la raffinerie royale de Bercy.

Le XIXe siècle du jeudi 9/9/1909 :

Vieilles Adresses par Alcanter de Brahm

Et saluant au passage l'orfèvre-joaillier-bijoutier Faucheur qui entretient l'argenterie, monte les diamants et pierres fines, se charge de toutes sortes de racommodages et tient boutique dans la Vieille-rue-du-Temple, au-dessus de l'égout, ce qui laisse supposer tout de même moins d'élégance que chez Boehmer et Dossange, au Palais-Royal qui vendirent le « collier de la Reine », chez les frères Roëttiers, à l'entrée de la Chaussée-d'Antin.

Certains d'entre les épiciers de la fin du dix-huitième siècle sont achalandés on ne saurait mieux, notamment ce Lassalle, fabricant de chocolat de Mme Elisabeth de France, sœur du roi ; il tient maison rue Saint-Honoré entre les rues du Four et des Prouvaires, et conserve le dépôt des sucres royaux de la nouvelle raffinerie de Bercy. Outre son chocolat, son sucre et ses parfums, vous eussiez trouvé chez lui café moka, et autres, thé Hisvin, Impérial, Peaku et verd de Tunkin, Salop (?), Sagou de Chine, Hucle d'Aix, Pâte d'Italie et de Naples, saucissons de Boulogne et d'Arles, jambons de Bayonne, fromages d'Angleterre, Chester, Glocester, Parmesan, Rochefort, Sassenage et autres ; des truffes marinées, anchois, olives, fruits secs, dragées, Rum et Rak de la Jamaïque, véritable eau-de-vie d'Andaye, et autres marchandises en si grand nombre qu'il serait impossible d'en donner un état bien détaillé. Que serait-ce, en effet, si le détail était complet ?

Tablettes royales de renommée ou de correspondance et d'indication générales des principales fabriques, manufactures et maisons de commerce, d'épicerie-droguerie, vins, liqueurs, eaux-de-vie et comestibles de Paris et autres villes du royaume et des pays étrangers par Mathurin Roze de Chantoiseau, chez Vve Duchesne (Paris), 1786 :
BOUCHERIES frères, cloître Saint-Merry, entrepreneurs de la raffinerie de sucre de Bercy, dont la beauté ne le cède en rien au sucre royal, et coûte beaucoup moins.

Affiches, annonces et avis divers, ou Journal général de France N°58 du mercredi 27 février 1793 :

Grande et belle RAFFINERIE de Sucre sur le bord de la rivière de Seine à Bercy près Paris. A vendre par autorité de Justice sur affiches & publication au Tribunal des Criées du Département de Paris. Cette Raffinerie a été louée jusqu'au 1er Janv. 1792 8000 livres ; elle occupe un terrain de 31 toises de face sur la rivière, 108 toises de profondeur, & 3115 toises de superficie clos de murs dont 717 toises sur lesquelles sont la Maison bourgeoise composée des plus beaux Appartemens ornés de glaces ; les Angars, Atteliers, Magasins & dépendances, 315 toises en Cours & 2083 toises en Jardins plantés d'arbres fruitiers en grand nombre & en plein rapport, petite Futaie en marronniers & tilleuls & Verger. On adjugera conjointement avec l'immeuble &, si bon semble aux Enchérisseurs, les ustensiles de la Raffinerie, & les glaces des Appartemens pour le prix fixe 18.948 livres 2 sols montant de l'estimation qui en a été faite par procès-verbal. S'adresser aux Citoyens Glandaz Homme de Loi rue de l'Homme-Armé au Marais N°5 qui communiquera les titres, Gondouin, notaire, rue des 4 Fils au Marais, Boiste, Vieille rue du Temple N°112.

La vente à l'encan par les révolutionnaires de toute la richesse et l'industrie de la Nation ... le spéculateur Lerouge acquiert quelques éléments de cet ensemble avant de le revendre au brasseur et polisseur de glaces Santerre qui en fera meilleur usage en le rendant à sa destination première.

Antoine-François Foucroy (°1755-1809) écrit en 1800 dans son Système des connaissances chimiques et de leurs applications aux phénomènes de la nature et de l'art :

C'est un fait bien constaté aujourd'hui par des expériences exactes, et qui résulte particulièrement de celles des frères Boucherie, qui, dans la raffinerie de sucre de Bercy près Paris, ont fait beaucoup d'observations importantes et précises sur cette matière.

Il est clair que cette industrie royale dont le directeur jusqu'à sa mort en 1785 était Aubry de La Perrière avec comme adjoint François-Nicolas Loir n'a jamais appartenu aux frères Boucherie.

Le duc d'Orléans n'est pour rien dans tout cela ; n'étant pas Roi de France, malgré tout son désir de supplanter son cousin Louis XVI, comment vouliez-vous qu'il accorda le titre de raffinerie royale de Bercy à cet établissement et de sucre royal aux productions de la dite sucrerie ?
Le comte d'Eu, son beau-père, et duc de Penthièvre, l'homme le plus riche de France, mourut de chagrin quand il apprit que son gendre avait voté la mort du Roi de France ... sa belle-fille la princesse de Lamballe avait eu sa tête promenée dans Paris au bout d'une pique !


Quarante années d'immigration assassine cela laisse des traces ... c'est l'âme d'un peuple qu'on crucifie ! Révolution génétique et involution du caractère d'une nation.


Le chimiste Dizé avait été l'élève de Darcet au Collège de France, ce professeur de chimie à qui la Révolution demanda de bien étranges travaux !

L'Echo d'Alger du dimanche 10/7/1921 :

CHRONIQUE DE L'ACTUALITÉ

La macabre odyssée de deux squelettes illustres

A l'occasion du tri-centenaire de La Fontaine, né le 8 juillet 1621, nous offrons à nos lecteurs la primeur du curieux et original article suivant, d'André Dollé, sur les vicissitudes subies par les cendres du « Bon Fabuliste » :

De pieux pèlerins vont se rendre au Père-Lachaise et se recueillir devant la dalle funéraire de La Fontaine qui voisine en paix avec celle de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière.

D'avance, je leur crie : Casse-cou ! Hé oui, je vous mets au defi de me dire avec certitude : « Voici la tombe de Molière et voici la tombe de La Fontaine ! » Et lorsque vous aurez lu ma peu banale mais véridique histoire, vous abonderez dans mon sens !

Au coin de la rue Montmartre et de la rue du Sentier, à Paris, exista jusqu'en 1880 le Marché Saint-Joseph élevé sur l'emplacement du cimetière du même nom.

Le 22 juin 1792, une grande animation régnait parmi les membres de la section révolutionnaire armée dénommée « de La Fontaine Montmartre », qui avait son siège à la chapelle Saint-Joseph. Il ne s'agissait rien moins que de changer le nom de ladite section pour lui donner le nom de « section de La Fontaine-Molière », en l'honneur des deux écrivains enterrés dans le cimetière adjacent.

Et après maintes parlotes et controverses, la motion suivante fut adoptée :

La section armée de La Fontaine Montmartre prend le nom de Section armée de Molière et de La Fontaine. Mais ce n'est pas assez que la section, pour rendre hommage à ces deux grands Français, se fasse gloire de porter leurs nom, il faut encore qu'elle leur érige des monuments attestant son respect pour eux, des monuments qui les vengent en quelque sorte de l'injustice de leur siècle qui a balancé à leur donner la sépulture (1).

(1) Ceci est tout au moins exact pour Molière qui, en tant que comédien, avait été inhumé dans le « coin des condamnés et des mort-nés. »

Le citoyen Moreau, architecte de la section, et l'abbé Fleury, desservant de la Chapelle, furent chargés d'exhumer les restes. Cette opération eut, lieu, peu après, ainsi qu'en fait foi le curieux procès-verbal dont nous respectons le style et l'orthographe :

La section de la fontaine Montmartre, en prenant possession de la nouvelle cazerne, près l'église Saint-Joseph, a pris le nom de Molière et La Fontaine. A raison de ce que les cendres de ces deux grands hommes reposoient dans le cimetière de ladite chapelle et désirant rendre aux mannes de ses deux hommes dont les rares talents ont illustrée leurs siècles, les honneurs que dicte une juste reconnaissance. En conséquence, ladite section a chargé le citoyen Moreau, architecte chargé des travaux du Comité dans sa nouvelle demeure, de faire l'exhumation de ces deux corps, et après avoir consulté les registres de la paroisse Saint-Eustache qui portent :

1° Que l'an 1673, le mardi 29 février, défunt Jean-Baptiste Poquelin de Molière, tapissier, valet de chambre ordinaire du roi, demeurant rue Richelieu, proche l'arcade des peintres a été inhumé dans le cimetière de Saint-Joseph ; 2° les historiens et la tradition qui désigne l'inhumation de feu Molière dans ledit lieu, près les murs d'une petite maison située à l'extrémité du cimetière ; 3° Consulté mêmes registres qui portent que l'an 1695, le jeudi 14 avril, défunt Jean de La Fontaine, âgé de 76 ans, demeurant rue Plâtrière, a été inhumé au cimetière dit, en une fosse particulière, auprès du crucifix.

... En conséquence, le citoyen Moreau, architecte, empressé de répondre aux demandes du Comité de la section, procéda aux recouvrements, fit creuser la terre aux lieux indiqués en présence du citoyen Fleury, vicaire.
Le vendredi 6 juillet 1792, quatre heures après-midi, l'on découvrit :
1° Près des murs, le corps de Molière qui nous a apparu avoir été mis dans un cercueil de chêne d'un pouce d'épaisseur, ainsi qu'il a paru par les fragments déposés avec les ossements, dans une veine de terre sablonneuse à trois pieds de profondeur. Il fut, en présence, des témoins, relevé avec soin et déposé dans un coffre fermé à la clef, et puis transféré sur une caisse de sapin de deux pieds de long sur un pied et demi de large et d'un demi-pied de haut.
Depuis cette époque, il a été déposé, dans la cave de l'église Saint-Joseph, sous la garde du citoyen Fleury.
2° Au pied du crucifix, à cinq pieds de profondeur, un seul corps qui a paru avoir été renfermant les ossements de La Fontaine, et des ossements aussi paraissaint indiquer l'époque annoncée par lesdits extraits, et, en présence desdits commissaires, le corps fut levé de terre et déposé en la cave de la chapelle de Saint-Joseph, dans une caisse de sapin de deux pieds de long sur un pied et demi de large et un demi-pied de haut.
Ledit exposé reconnu conforme à la vérité et ont signé : MOREAU, FLEURY.

Peu après, les deux caisses funèbres furent trimballées de la cave au grenier, ainsi que nous l'annonce cet extrait du procès-verbal :

Depuis le travail ordonné par l'assemblée générale pour la décoration du chef-lieu de la section et de la suppression de la cave, les caisses renfermant les ossements de La Fontaine et de Molière ont été déposées, en présence du citoyen Fleury, dans une chambre dite grenier, au-dessus du corps de garde du chef-lieu de la section.
La minute du présent procès-verbal est entre les mains du citoyen Chéry, garde des archives, procès-verbaux et sceaux de laddite section, demeurant rue Saint-Joseph, n°22.

Ces « augustes débris », comme les nommaient pompeusement les gazettes, ont-ils été traités avec tout le respect voulu ? On est en droit d'en douter si l'on considère les négligences et les profanations dont font foi les documents.
Mentionnons d'abord l'indiscrétion d'un enthousiaste, l'auteur comique Cailhava qui se vantait d'être possesseur d'une dent de Molière. Il raconte avec emphase sa visite aux reliques :

J'ai pressé sur mon sein, écrit-il, les têtes de ces deux hommes de génie, je les ai baisées religieusement : celle du fabuliste inimitable m'a fait verser des larmes d'attendrissement. Je me suis prosterné devant celle du premier des comiques et j'ai sollicité, j'ai obtenu la permission de le ceindre d'un bandeau sur lequel me défiant de moi-même, je me suis borné à écrire un seul vers emprunté à l'un de ses chefs d'œuvre :

« C'est un homme qui ... Ah !! ... un homme ..., un homme enfin ! »

Et il ajoute dans une note :

La tête de Molière a plus de largeur d'une tempe à l'autre, et celle de La Fontaine du front à l'occiput.

Des fragments des ossements de La Fontaine et de Molière se répandirent en quelques mains.

M. Ulric Richard Desaix a publié en 1880 une brochure intitulée : « Les reliques du cabinet du baron Vivant Denon », où il expose que ce baron, directeur des musées impériaux. mort en 1825, avait rassemblé un certain nombre d'objets de haute curiosité, parmi lesquels des fragments d'os de Molière et La Fontaine.

Au Musée de Cluny, on a vu longtemps, sur le bureau du duc de Créquy (dans la salle des Couronnes), un fragment de l'os maxilliaire inférieur de Molière inscrit sous le numéro 3674 du catalogue, don du docteur Cloquet. avec ce certificat :

Sous la Convention Nationale, on avait exhumé et transporté à l'hôtel des Monnaies les os des hommes illustres de la France, afin de les convertir en verre phosphate, acide de chaux, et d'en faire des coupes consacrées à la reconnaissance publique. Quelque temps après, la décision fut révoquée. Mais le chimiste Darcet, qui devait faire l'opération chimique, retint comme une relique ce fragment de la mâchoire inférieure de Molière, qui m'a été donné par son fils, essayeur en chef de la Monnaie.

Signé : Jules CLOQUET,
Membre de l'Institut.

Ainsi, les deux caisses n'avaient pas sejourné longtemps dans le grenier de la chapelle Saint-Joseph. Il résulte de ce certificat, confirmé par le journal L'intermédiaire des Chercheurs et des Curieux (année 1864, page 109) que sur un ordre du Comité du Salut Public, on transféra les ossements à la Monnaie pour en tirer des coupes dans lesquelles le peuple aurait bu patriotiquement à la « République » !

Mais le plus singulier de l'histoire, c'est l'étrange constatation qui résulte d'un procès-verbal du 18 Floréal, an IV, rédigé lors du retour des caisses dans le grenier, après leur petit voyage.

Dans la caisse portant le nom de Molière, nous remarquâmes tous les ossements d'un corps humain entassés. Dans la caisse portant le nom de La Fontaine, nous vîmes aussi tous les ossements d'un corps humain, à l'exception de la mâchoire inférieure.

A l'exception de la mâchoire Inférieure ! Voilà maintenant que la mâchoire manquait à La Fontaine, alors que du propre aveu de l'amateur de reliques, elle avait été prise à Molière ! ...

Comment ce quiproquo a-t-il pu se produire ? Méprise ? ... Cela semble douteux ! Interversion des contenus dans les contenants au cours d'un emballage hâtif ? ... C'est fort probable. Il est à croire, en effet, que, lorsque les restes mortels furent redemandés à Darcet, les deux squelettes furent replacés dans les caisses avec précipitation par un personnel insouciant ou inexpérimenté qui mit les ossements de Molière dans la caisse de La Fontaine et vice-versa.

Mais là ne se bornent pas les tribulations des pauvres reliques.

L'an V, Millin, dans un article du Magasin encyclopédique, les rappelle à la mémoire de ses concitoyens :

Quoique la section, dit-il, ait abjuré, dans les temps révolutionnaires, les noms de Molière et de La Fontaine pour celui de Brutus, le dépôt sacré y existe toujours. Il serait digne du Gouvernement de donner à ces deux hommes célèbres une sépulture digne d'eux.

Cet article n'eut pas de résultat immédiat.

Ce ne fut que l'année suivante qu'on transporta les deux caisses à la Municipalité du IIIe arrondissement.

Le 24 Vendémiaire an VII, sous le Directoire l'Administration Centrale du département de la Seine prit un arrêté disposant que : « les cendres de Molière seront transférées à l'Ecole Centrale du Panthéon, et celles de La Fontaine à l'Ecole Centrale des Quatre Nations ».

Cet arrêté ne fut pas suivi d'exécution, et les restes des deux écrivains ne firent pas le nouveau voyage dont ils étaient menacés.

Le 18 Floréal an VII, l'Administration du Muséum des Monuments Français se rend à l'Administration municipale du IIIe arrondissement pour transférer à nouveau les deux squelettes. Nous publions de l'acte rédigé à cette occasion le curieux extrait ci-dessous :

Le président nous montra, sur une planche à droite, vers la fenêtre, deux caisses de sapin de même dimension. Nous les prîmes avec empressement dans nos mains et les portâmes sur le poêle pour les examiner ; sur la première, toute couverte de poussière, nous lûmes à grand'peine : C. de Molière, et sur l'autre, aussi poussiéreuse : C. de La Fontaine.

« Nous fîmes ouvrir la première. Nous remarquâmes les ossements d'un corps humain entassés qui nous parurent être ceux d'un homme d'une stature médiocre, faible, cacochyme et de l'âge de 50 ans. Ouverture faite de la seconde, nous vîmes tous les ossements d'un corps humain, à l'exception de la mâchoire inférieure, qui nous parurent être ceux d'un homme de stature avantageuse et que nous jugeâmes septuagénaire... »

Cette fois, les deux squelettes reçurent asile dans deux sarcophages. Ils y restèrent jusqu'en 1817, époque à laquelle on les transféra au Père-Lachaise où ils sont encore.

Le procès-verbal que l'on vient de lire corrobore l'erreur qui a dû être commise au détriment de Molière et de La Fontaine, et nous incite une fois de plus à penser que c'est le bon fabuliste qui repose, à l'heure actuelle, sous la dalle de Molière, et le grand comique sous la dalle de La Fontaine.

Ainsi opère-t-on souvent, en France, lorsque l'on veut trop bien faire ! ...

André Dollé.


On retombe dans une espèce d'animisme qui n'ose pas dire son nom ! Boire dans une coupe fabriquée avec les os et la cendre des grands hommes par le biais de la science chimique ! Et afin de réparer une injustice des temps anciens ... par une superstition de plus.

Darcet n'a pas fait ce qu'on lui demandait : il devait trouver ridicule une telle proposition !
Quanr à son élève Dizé, je viens d'ouvrir un petit article qui lui est consacré.


J'ai trouvé quelques articles dans l'Echo d'Alger des années trente consacrés à Georges Pomiès qui m'ont paru très acceptables.


L'Echo d'Alger du 26/12/1929 :

Georges Pomies et Génia Nikitina à l'Atelier

Que de remerciements ne devons-nous pas à M. Charles Dullin pour les remarquables spectacles de danse « Pomiès-Nikitina » qu'il offre en ce moment au public parisien, en son théâtre de l'Atelier et combien devons-nous féliciter ces deux artistes d'avoir eu l'heureuse idée d'associer leurs talents si opposés ! De ce fait même ces représentations forment un tout d'où la monotonie est rendue impossible. De plus il suffit de citer au hasard les noms de Honegger, Paderewski, Bach, Milhaud, Poulenc, Schumann, Strawinski, Lully, pour affirmer que le plaisir auditif est en ce programme un remarquable complément au plaisir visuel.
Pomiès, c'est l'intelligence mise au service de la fantaisie la plus débridée, mais la plus consciente. Chaque geste trouve son inspiration à la source du comique le plus vivant. Que ce soit dans gambade, tennis, général Lavine excentric, séductions, ce danseur, qui se double d'un admirable mime, nous transporte à chaque fois sur un plan nouveau. Genia Nikitina danse comme une fleur s'épanouit. Elle se meut, indifférente, semble-t-il, au public qui la regarde, avec une apparence de facilité qui est le plus bel éloge que l'on puisse faire à sa technique, et lorsque les applaudissements éclatent de toutes parts, elle semble aussi effarouchée qu'une dryade surprise. Elle a surtout excellé dans « Mazurka, St-Georges, Coquette », pièces faciles. Le succès indiscutable que Pomiès et Nikitina ont obtenu, les « bis » impérieux du public à la fin du spectacle pour leur valse de Poulenc.

Richard Poulet.

L'Echo d'Alger du 14/4/1930 :

J'ai signalé dans ma quinzaine théâtrale du 26 décembre dernier, le très grand succès des galas de danse donnés par Georges Pomies et Génia Nikitina à l'Atelier. Depuis la renommée de ces deux artistes n'a fait que s'affirmer. Aussi je pense utile de signaler ici qu'Alger pourra les voir et les applaudir mardi 20 avril au théâtre de l'Alhambra.

L'Echo d'Alger du 25/4/1930 :

Les danseurs Pomiès et Génia Nikitina

Comme il y a un art et une littérature d'avant-garde, il y a une chorégraphie d'avant-garde, et le célèbre danseur Pomiès, qui donnera très prochainement un spectacle de danses à l'Alhambra est certainement le représentant le plus en vue et le plus personnel de cette chorégraphie.

Là où d'autres ne font qu'imiter ou plagier, lui fait œuvre personnelle et il nous propose un art neuf qui ne doit rien à tout ce que nous connaissons, ou du moins, si peu et d'une façon si indirecte qu'on peut le dire vraiment neuf, art parfois un peu abstrait dans ce qu'il entend exprimer mais qui possède une puissance d'expression extraordinairement vivante.

Pomiès, a dit Louis-Léon Martin, est d'aujourd'hui ; il est de l'époque de la lucidité, de la logique et de la synthèse.

Esprit très cultivé, il a su donner un sens à la danse acrobatique, un sens profond, sous l'humour apparent du mouvement ou de l'attitude. Les déhanchements brusques, sa marche désarticulée, ses gestes anguleux et cassés ont une signification précise qu'il souligne encore par un costume unique : pull-over vert uni et pantalon de flanelle beige, simple et sobre à dessein pour faciliter la compréhension du spectateur.

Bien entendu il ne doit rien à la danse classique et les qualificatifs de gracieux, de joli, d'harmonieux jureraient d'être accolés à son nom.

Il entend exprimer comme il le veut tout ce qu'il ressent, ou ce que lui suggère telle ou telle musique. Il la commente à sa mémoire.

C'est donc un danseur très original, très actuel que nous verrons bientôt sur la scène de l'Alhambra. Il nous arrive de Paris, après un récital à l'Atelier où il a obtenu le plus grand succès auprès des spectateurs avertis qui fréquentent ce théâtre. Nous ne doutons pas qu'il suscite ici les mêmes curiosités et les mêmes sympathies des gens qui recherchent avant tout dans un spectacle une émotion neuve en même temps qu'un enseignement nouveau.

— Pomiès, a dit M. Lucien Lebourg est un ami des sports et de la vie au grand air. Ce qu'il présente maintenant sur la scène, c'est un bel exercice sportif intelligemment corrigé. Mais quelle admirable propagande pour la vie naturelle ! Son spectacle c'est le résumé d'une réunion d'athlétisme auquel le rythme ajoute au fond peu de choses.

Mlle Génia Nikitina, qui accompagne M. Pomiès, appartint, il n'y a pas longtemps, à la fameuse troupe de la « Chauve-Souris ». C'est dire que son art est directement inspiré de la chorégraphie russe. Fort jolie femme, elle apparaît sous différents costumes et dans des numéros d'une grande variété. Elle ajoutera à ce récital toute sa grâce féminine et toute sa grande virtuosité de danseuse étoile.

G.-S. Mercier.

L'Echo d'Alger du 28/4/1930 :

A L'ALHAMBRA

LE RECITAL DE DANSES

NIKITINA-POMIES

Deux étoiles de la danse : Nikitina et Pomiès. Génia Nikitina, qui fut l'étoile de la « Chauve-Souris » de Balieff, est tout simplement adorable.

C'est une danseuse qui danse comme une fleur s'épanouit. Elle se meut, indifférente, semble-t-il au public qui la contemple, avec une grâce troublante.

Son charme s'impose en vainqueur et avec son bel entrain, elle fait de ses danses gaies une chose indéfinissable.

Pomies n'est point un artiste ordinaire. Souple, gracieux, caricatural, acrobatique, irréel, hallucinant, il cherche à révéler un état d'esprit, une manifestation psychologique. Il fait ce qu'il veut de son corps et de son intelligence.

Ces deux merveilleux artistes ne se produiront qu'une fois à l'Alhambra, demain soir. Ils trouveront certainement auprès du public algérois le triomphal succès qu'ils ont rencontré en France sur toutes les grandes scènes où ils ont dansé.

L'Echo d'Alger du 2/5/1930 :

ALHAMBRA

Les danseurs Pomiès et Nikitina

C'est, je crois, la plus émouvante joie pour un esprit curieux que de découvrir une chose belle et neuve, qui éveille en lui tout un monde de sensations inéprouvées.

Cette joie, la chorégraphie de Pomiès vient de nous la donner, totale. Dès la première danse, en effet, nous recevions ce choc joyeux qui est la résonance de l'œuvre d'art en nous. Car Pomiès est un étonnant artiste et ses danses sont des expressions concentrées d'intelligence et d'art. Concentrées n'est peut-être pas le mot juste, car elles sont un débordement de vie et de jeunesse, un épanchement tumultueux de mouvements et de gestes, mais admirablement contrôlés dans leur désordre apparent. On discerne vite à travers cette gesticulation qui d'abord, apparaît effrenée, une pensée directrice, une volonté énergique, guidées par une longue et pénétrante observation.

Sûrement Pomiès est un esprit cultivé et profondément artiste. Il y a trop d'intentions dans la moindre de ses compositions pour qu'il ne le soit pas.

Mais, et c'est là en quoi nous l'admirons surtout, cette intellectualité ne nuit pas un moment à la spontanéité, à l'expression du geste. Aucune recherche dans la stylisation du mouvement, rien dans l'ensemble qui rappelle une épure qui s'animerait ; mais au contraire un art vivant, ardent, exubérant ; un danseur souple, acrobatique, précis, félin. Il n'a rien voulu dans son vêtement qui nous distraie, et il s'habille uniquement d'un pantalon ample et d'un pull-over de couleur vive qui laisse au torse toute la beauté de sa ligne et de son volume mouvants.

Pomiès, ainsi, a créé un genre bien à lui. Certes, il a pris quelque chose aux désarticulations des Américains, aux piétinements des nègres, mais c'est surtout au sport qu'il doit, car sa danse est une synthèse de tous les sports. On n'en peut plus douter après son numéro sur le tennis et sur la boxe qui est une chose admirable dans sa pureté et sa vérité dépouillées de tout agrément étranger. Mais quel attrait, quelle puissance encore dans le tragique « Georgian blues », dans l'hallucinant « Clement's charleston », dans l'humoristique « Général Lavine » et dans cette série de « Séductions » qui résume, en quelques pas, l'esprit du nègre, du Russe, de l'Espagnol, de l'Américain et du Français quand ils aiment !

Et que dire aussi de ces curieuses parodies où l'on retrouve encore, plus vrais que nature, bon nombre de danseurs célèbres !

Pomiès vient de s'imposer à Paris où la critique vient de lui rendre un hommage unanime. Nous y joignons le nôtre. Nous ne saurions oublier maintenant le geste étiré, assoupli ou désarticulé de ce danseur, non plus que son visage aigu avec ses yeux ingénus, étonnamment bleus sous ses cheveux fous.

Tout autre est l'art de Mlle Génia Nikitina, sauf dans deux ou trois numéros de son programme où l'on discerne l'influence de Pomiès. Tout imprégné de souvenirs classiques il garde une tenue, un style qui lui viennent de principes immuables. Mais la danseuse supplée à l'inexpression du métier appris par une vivacité, une grâce, un sentiment ravissants et bien féminins. Sa jeunesse éclatante, son corps d'une plastique impeccable, les expressions spirituelles ou attendries de son fin visage prêtent à sa danse un charme irrésistible. Sa polonaise, sa valse, son menuet, sa mazurka sont très purs dans leur expression, tandis que, dans les « Pièces faciles », « Coquette » et « Saint-Georges », elle pousse beaucoup plus loin la recherche et l'intention.

Les délicieux costumes que M. Aguet a composés pour elle ajoutent un attrait très caractéristique à ces danses.

Ai-je besoin d'ajouter que le succès de ces deux rares artistes a été très grand ?

G.-S. Mercier.

L'Homme libre (Paris) du 17/10/1930 :

Cirque d'Hiver. — Le Cirque d'Hiver présente ce soir, pour la première fois, sur une piste, le danseur humoriste Georges Pomies, un des plus nouveaux, plus modernes, plus imaginatifs danseurs contemporains, à tel point qu'il est baptisé par ses camarades des « Variétés » internationales « le danseur français ». Pomies, dans la piste du Cirque d'Hiver, sous les projecteurs blafards venus de l'immense « en haut » ; Pomies dans ses danses nouvelles qui sont la synthèse du sport et de la chorégraphie fantaisiste ; Pomies dans ses imitations si plaisantes ; voilà pour le Cirque une nouveauté du plus grand intérêt et une véritable « découverte » artistique.


Nikita Balieff (°1877-1936) fut un concurrent et un émule de Serge Diaghilev (°1872-1929) au temps où les Russes représentaient le meilleur de l'art chorégraphique.

Encore une fois le wikipedia francophone, décidément en-dessous de tout, n'a aucun article décent sur Balieff qui a pourtant parcouru notre pays avec sa troupe après son exil en 1917 (il n'y a pas non plus d'article sur Alicia Nikitina alias Génia ou Jénia).
C'est moi qui avait créé l'article sur Astruc l'introducteur des Ballets russes en France et le fondateur du Théâtre des Champs-Elysées !

Bel article récent sur Jean Darcet.

Pomiès se sépara de Génia Nikitina au profit de Lisa Duncan dont l'art était plus proche du sien.


Vogue (Paris) du 1/10/1922 :

Une artiste russe qui a su conquérir Paris.
Genia Nikitina est la charmante artiste russe qui contribua au succès du théâtre de la Chauve-Souris dans le rôle de l'inoubliable Katinka. Nous espérons l'applaudir cet hiver, avant Londres, où elle fut si goûtée l'an dernier.

La Rampe du 5/4/1925 :

Une Étoile de danse

Depuis quinze jours, les parisiens ont applaudi sur la scène d'un théâtre des Boulevards, une singulière mais captivante artiste : c'est, sombre et svelte, dans le manteau de ses cheveux noirs tombant jusqu'au sol, infiniment souple dans des pas dont la grâce voile harmonieusement la précision mathématique, l'étoile russe, Eugénie Nikitina.

Au cours de l'hiver, à Constantinople, à Rome et à Nice, demain à Madrid et à Londres, cette bizarre jeune artiste à l'oeil clair, hier encore dame d'Odessa chassée vers le théâtre par le triomphe du bolchévisme, oublieuse, avec le fatalisme slave de ses fortes études en lettres latines et en droit, fait applaudir une formule qui semble toute nouvelle : la combinaison, en les genres les plus variés, — Bacchanale de Glasonoff, comme Danse indoue de Delibes, — du goût moderne avec les principes traditionnels de cette danse « nobile » qui nous valut les grandes prima gamba italiennes.

Souhaitons qu'Eugénie Nikitina ne tarde pas à nous revenir.

Les Potins de Paris du 12/6/1927 :

« MERCURE » ET « LES FACHEUX » Le comte de Beaumont et Serge de Diaghilev, le premier organisateur des Soirées de Paris, le second directeur des Ballets Russes, viennent d'ajouter à leur spectacle Mercure, musique d'Eric Satie, décors et costumes de Picasso.

Tout est étrange. Mais Vera Petrova, charmante et légère, a obtenu un gros succès pour ses débuts d'étoile.

Les Fâcheux, avec la chorégraphie nouvelle de M. Massine, sont une pantornine-ballet non sans pittoresque.

Roméo and Juliett est un spectacle ingénieux.
Mais La Chatte est délicieuse, avec Serge Lifar, danseur d'envergure, et Nikitina, ballerine agile aux gestes harmonieux.

L'Europe nouvelle du 18/6/1927 :

Passer d'OEdipus à la Chatte de Sauguet, c'est sauter d'un coup aux antipodes. Mais auprès d'OEdipus comme la Chatte paraît claire et facile ! Je n'hésite pas à employer ce dernier terme, bien qu'il ait pris, à notre époque de musique « savante », un sens assez péjoratif. Comme si facilité et nature n'étaient pas synonymes. « Je ne sais si ma musique est bonne ou mauvaise, me disait un jour Sauguet, mais si elle est bonne, tant mieux, car je ne saurais pas en écrire une autre. J'écris simplement celle qui me fait le plus de plaisir. » Où l'on mesure le talent de Sauguet, c'est à la qualité du plaisir qu'il nous procure, et je n'hésite pas à dire que celui-ci est très grand.
La Chatte est, sans contredit, l'œuvre la plus jeune et la plus fraîche de ces dernières années. Quant à l'affabulation, elle est des plus simples c'est à peu de choses près le mythe bien connu d'Esope : La chatte amoureuse. Un jeune homme amoureux d'une chatte prie Aphrodite de la métamorphoser en femme, afin de lui témoigner sa tendresse. Aphrodite l'exauce. Mais une souris venant à passer, la femme se jette à sa poursuite et redevient chatte sous les yeux du jeune homme, affolé de chagrin.

Sur cette donnée, Balanchine a composé une chorégraphie ravissante, où Nikitina et Lifar se sont surpassés. Ce ballet fut le plus gros succès de la saison. A juste titre, d'ailleurs, car d'un bout à l'autre de l'oeuvre règne une émotion constante, mais mesurée, surveillée par une pudeur, une discrétion admirables. Quelle joie de rencontrer une partition où tout est à sa place et pas une ligne à reprendre ! C'est une telle musique, je pense, que Stendhal eût aimée.

Le Petit Parisien du 2/4/1932 :

NIKITINA RENTRE A PARIS

Nous reverrons bientôt à Paris une des plus belles danseuses du ballet Diagheleff, Mlle Alice Nikitina, dont le nom est étroitement lié avec le ballet les Biches, une des remarquables créations du génie de Diagheleff. Mlle Nikitina nous avait quitté pour remporter des succès à Londres, où elle fut « l'étoile » de la Cochran's Revue.
Elle revient après une absence de trois ans pour renouveler ses succès de jadis, sur la scène de l'Opéra-Comique au mois de mai. On la verra encore une fois dans les Biches, ainsi que dans deux nouvelles créations et dans la Princesse Cygne.

La Revue hebdomadaire d'août 1932 :

Les musiciens sauront gré aussi à Mlle Nikitina, une des dernières étoiles découvertes par Diaghilew et à son brillant compagnon d'affiche M. Witback d'avoir fait large accueil sur leur programme dansé aux noms de MM. Strawinski, Prokofieff, Erik Satie, Nabokoff, voire même Sauguet.

Marius Petipa trouve d’autres interprètes ductiles en Varvara Nikitina, qui triomphe dans Coppélia en 1884.
Etait-elle parente avec la créatrice russe de la reprise du célèbre ballet français ? Elle a donné ses Mémoires en 1959 (Nikitina by Herself, Allan Wingate, London, version traduite du Français par la baronne Mary Budberg).
Alice Nikitina (°21/2/1900 Saint-Petersbourg, Russie - 8/6/1978 Monte-Carlo) : elle aurait été pu être l'héroïne des chaussons rouges.


Les Pomiès de Foix et de Versailles étaient liés à Mirabeau ; Mirabeau résume en entier ce qu'était devenu la noblesse de Cour à la fin de la monarchie absolue, ayant épousé les passions populaires tout en ayant gardé les vices aristocratiques. Le besoin d'argent à tout prix, la déculturation religieuse et le cynisme comme moyen de gouvernement des masses. La différence essentielle avec le temps de la Fronde par exemple ce sont les journaux qui sont devenus immenses en cette fin du XVIIIème siècle alors que les Mazarinades ne touchaient guère que le peuple de Paris et d'une manière fort courte ; la démagogie bat donc son plein par le truchement de ce géant balbutiant : la presse.
La déliquescence de tout l'Etat français se fait sentir par la multiplication des scandales sur lesquels un Beaumarchais surfe pour employer un mot de nos jours alors que les sanctions restent légères ; en 1600 on décollait les têtes des coupables, en 1780 on envoie pour quelques semaines au cachot ; les bonnes familles exilent dans les îles leurs mauvais sujets joueurs de tripots comme le jeune Dupin de Chenonceaux ou exceptionnellement à la Bastille tel le marquis de Sade qui y est expédié par sa bellle-mère, la présidente de Montreuil.
Enfin la morale bourgeoise des robins fait eau de toutes parts ... et la noblesse n'a plus guère de vertu à échanger contre les indulgences du ciel.

Qu'est-ce qui liait les Pomiès à ce gredin de Mirabeau ? Je ne le sais point trop mais ils correspondaient et imprimaient ses nombreux factums (Mirabeau avait une écurie de nègres car il était bien trop occupé à satisfaire ses vices pour tenir la plume et Chamfort très introduit à la Cour lui narrait les potins du jour et rédigeait ses discours ; il faudra parler un jour du cas Chamfort cet éternel mécontent de tout et de lui-même en premier lieu).
A un moment donné il fut question d'un mariage entre une fille du prince Xavier de Saxe et un fils du comte de Caraman, Victor Maurice Riquet de Mirabeau, réputé cousin éloigné du marquis de Mirabeau dit l'Ami des Hommes, projet auquel était mêlé Jean-François Pomiès et qui échoua.


Le Figaro Littéraire du samedi 28/9/1907 :

Mémoires d'un valet de chambre

CONTEMPORAIN DE FIGARO

Que les valets de romans et de comédies avaient autrefois de l'intrigue, de l'invention, de l'esprit et, pour tout dire, de la science du monde ! Mais eurent-ils jamais aucune existence réelle ?
Frontin, Crispin, Figaro ne perdaient-ils pas toute contenance, dès que Regnard, Lesage, Beaumarchais n'étaient plus en eux et, comme on disait, ne les sifflaient plus ! Et, par exemple, au temps où le Barbier de Séville fit son étourdissante apparition, quelle espèce d'homme pouvait bien être, au naturel, le valet d'un de ces seigneurs libertins, perdus de réputation et de crédit, emprunteurs de toutes mains, viveurs au jour le jour, frondeurs de toute autorité domestique ou sociale, sans cesse placés entre un décret de prise de corps, une sentence d'interdiction et une secourable lettre de cachet, n'ayant de ressources assurées que dans leur rouerie mais aussi, ne faillant jamais d'un bon mot, d'une épigramme maligne, d'un expédient ingénieux, d'un plaidoyer subversif et attendrissant ...
Que pouvait bien valoir le serviteur de tels maîtres, parfois atroces comme un Fronsac, souvent pleins de talents comme un Champcenetz, mais toujours séduisants ?
Selon nous, la réponse n'est point douteuse. Le plus fameux, comme aussi le plus spirituel et le plus sympathique des valets de cette espèce, Figaro, eut une vie réelle, personnelle, en chair et en os. Beaumarchais ne l'a point créé ; il l'a observé tant à ses côtés, chez lui-même, que chez ses amis et connaissances. Il ne l'a pas copié non plus mais il l'a peint d'après nature à la manière de Molière peignant un Tartufe, avec le sentiment d'une vérité supérieure à l'exactitude servile, sans même forcer les traits, mais non sans les emprunter de droite et de gauche, afin de substituer à la physionomie banale d'un particulier celle du type représentatif d'un milieu et d'un temps. Et bref, de tels valets, dignes de tels maîtres, existaient si bien en réalité que voici l'un d'eux. Il s'appelait Legrain, était né en 1752 dans un petit village, de l'Aisne, et, fils de pauvres paysans, avait été élevé, dit-il comme le sont les gens de la campagne : « Dès l'instant que l'on peut travailler, c'est par là que l'on commence ; et l'hiver, l'on va à l'école jusqu'à douze et quatorze ans. »
Il servit dans le pays, d'abord chez des Bénédictins, puis chez un abbé de Vauclair qui avait quarante domestiques et qui donnait à déjeuner à Mesdames de France quand elles acceptaient, dans le voisinage, l'hospitalité de la comtesse de Narbonne. Legrain plut à Mesdames ; ce succès lui donna sans doute l'idée fixe de venir faire fortune à Paris, Il y arriva en 1780, avec ses talents et sa bonne volonté pour tous bagages. Il n'était déjà plus un novice, mais il avait de la probité (sans excès de scrupules) et de l'honneur même. D'avoir entendu cent fois dire d'autrui, « plat comme un bas valet », l'avait dégoûté, non de servir, mais d'être servile. Il ne tenait pas la friponnerie dans sa profession, pour l'exercice obligé d'un droit. Il aimait à manger, sans goinfrerie ; à boire, sans ivrognerie, et à goûter au reste, sans vice. La chère de ses maîtres avait ses préférences ; et il ne mettait d'eau dans son vin que s'il était mauvais. Il s'en expliquait naïvement : « Quand l'on boit, que l'on mange comme les maîtres, l'on ne peut se plaindre. » Ou encore : « Bien boire, bien manger, bien travailler ne fait pas de tort à son maître. Aussi, je fais tout cela »

Il usa d'un peu d'artifice pour faire agréer ses services par la marquise de Tourzel, mais elle n'eut pas lieu de s'en plaindre. Au bout de quatre mois, Legrain s'aperçut que le service des femmes ne lui convenait pas, et il demanda son congé. La marquise de Tourzel était une bonne et honnête grande dame ; et si l'on reconnaît un valet à ce qu'il ne peut tenir un quart d'heure sans calomnier ses maîtres, Legrain était un phénomène, puisqu'il joue les siens en ces termes :

Mme la marquise se levait du matin. Elle avait six enfants, des gouvernantes pour les soigner, mais elle était la première gouvernante ; et M. le marquis de Tourzel, il était peut-être possible d'être aussi bon mari et bon père, cela était bien rare, avec la cadence et l'ordre qui régnaient dans cette illustre maison. Son valet de chambre me dit un jour : « J'ai pris M. le marquis au berceau. Voilà trente-cinq ans que je suis avec lui. Je parierais ma tête contre 12 sols qu'il n'a jamais vu d'autre femme que la sienne et Mme la marquise la même chose ! » Je lui réponds : « Chose bien rare, surtout dans le grand ».

On était en avril 1781. Le comte de Mirabeau, récemment sorti du donjon de Vincennes et à peine rentré en grâce chez son père, eut besoin d'un domestique. Sur la recommandation de Mme de Tourzel, il prit Legrain. Le comte était panier-percé au point de laisser tomber et dormir sous les meubles des écus, de six livres qui faisaient grand défaut dans sa poche. Il éparpillait de même ses livres et ses papiers, et ne voulait pas qu'on y touchât. Legrain eut le don d'y mettre de l'ordre tout de suite, sans contrariété. Mirabeau lui offrit 200 livres de gages, la nourriture, la livrée et sa garde-robe. Le premier article n'était guère qu'un bon billet ; et le dernier devait être quasi rien pendant longtemps.
Mirabeau était sorti nu comme ver du donjon ; il ne possédait encore que deux ou trois habits avec culottes, peu de bas et de souliers, et treize chemises. Ce qu'il quittait n'était plus guère mettable, tant il usait, étant gros, remuant et négligé.
« Mes profits ne seront pas grands ! », réfléchit Legrain. Mais un de ses nouveaux camarades venant à lui dire : « Votre maître n'est pas trop aisé ... Si vous restez trois semaines, vous êtes un bon garçon. – Il est donc possible que je reste un mois », répliqua Legrain. Le marquis de Mirabeau ne lui tint pas des propos plus engageants :

– Ah ! ça mon ami, ton maître est bourrreau d'agent ! il n'en a guère je te prie de ne le pas toujours croire. Si tu as un peu d'argent, qu'il te demande quelque chose, dis-lui que tu n'en as pas ...

Mirabeau et Legrain s'accordèrent pourtant : tous deux travailleurs infatigables, aimant la vie forte et gaie, des plus familiers, ils se querellaient souvent mais ces brouilles duraient peu.
Ils passèrent deux mois à Paris, puis l'été et l'automne au château du Bignon, campagne fraîche et pittoresque que le marquis de Mirabeau appelait « son panier de verdure ». En plein hiver, le comte annonce son départ. pour la Franche-Comté. Legrain accepte de l'y suivre. Un avocat est aussi du voyage. L'oncle de cet avocat certifie à Legrain, qui n'en doute pas, que son maître va en ambassade. En route tout marcha bien jusqu'à Sens. A Brinon, ce fut mieux. Pendant une brève balte, « la cuisinière de la dame du frère de M. l'avocat » eut des bontés marquantes pour Legrain dix-sept ans, jolie figure, jolie gorge ... Legrain repartit ventre à terre pour se délasser. Mais à une journée de là, un essieu se rompit ; il fallut mettre la voiture sur une charrette. Legrain soupira :

– Monsieur, j'aurais mieux aimé qu'elle se brise à Brinon chez le frère de M. l'avocat, que de se faire une égratignure ici. – Oh ! je t'entends ! ... fit le comte du même ton.

Il parut à l'auberge de Salins que l'ambassade devenait épineuse : « Legrain, lui dit à l'oreille son maître, ne prononce pas le nom de Mirabeau que je ne te le dise ! – Cela suffit, Monsieur ! »
On prend la route de Pontarlier. Il y avait au moins quatre pieds de neige en plaine ; c'était bien pis en montagne où l'on avançait comme en pays d'ours ou de loups, car on n'y voyait personne. Un homme pourtant croise la carrossée : « Qu'on arrête, voilà Bourrier » s'écrie Mirabeau. Legrain regarde et ne voit qu'un barbier ; mais Mirabeau l'embrasse, l'assied auprès de lui et le décide à rebrousser chemin. Il paraît que le témoignage de ce Bourrier, qui était autrefois le logeur et le traiteur du comte à Pontarlier, a fait trancher (en effigie) la tête de celui-ci ; et sans se déconcerter, Legrain songe : « Voilà une belle ambassade ! » On brûle l'étape de Pontarlier où ne descend que M. l'avocat ; on arrive aux Verrières-Suisse et ici, même scène d'embrassades et de remémoratifs avec la maîtresse de l'auberge, dame Lisette. Pour le coup, Legrain devient si attentif qu'en peu d'instants il est au fait de tout, il a pris une résolution, et à table, où Mirabeau le fait dîner avec lui ainsi que dame Lisette et le barbier qui n'était pas un homme ordinaire, il s'explique :

– Pardon, monsieur le comte, si je vous interromps ! – Parle. – Monsieur, quand je suis parti du Bignon, l'oncle de votre avocat m'a dit que vous étiez nommé ambassadeur et que j'allais faire mon chemin avec vous ; il parait que cela soit possible en fait de chemin, mais pas en fortune ... Quoi qu'il en soit, soyez sûr de moi. Ayez tort ou raison, je ne vous quitte pas que vous ne soyez débarrassé. – Je puis donc compter sur toi ? – Oui, monsieur le comte, en service et probité. D'ailleurs, monsieur votre père m'a dit qu'il se reposait sur moi. Je lui ai donné ma parole. Cela suffit.

Mirabeau, condamné cinq ans auparavant à perdre la tête sur l'échafaud pour rapt et séduction de Sophie de Monnier, allait poursuivre l'anéantissement de cette sentence. Il se constitua prisonnier à Pontarlier. Le geôlier lui céda son logement pour prison et se contenta de sa prison pour logement. Ce brave homme avait six enfants, dont deux « demoiselles » de dix-sept à dix-neuf ans ; la mère buvait ; lui-même levait le coude volontiers. Mlle Babet servait en particulier Mirabeau. Celui-ci, l'instruction finie, entendait être transféré à Besançon et y plaider lui-même sa cause devant le parlement (ce qui lui fut refusé) ; et d'autre part, il demandait au Conseil d'Etat de Neuchâtel d'interdire aux témoins suisses de déposer en France sur les faits qui s'étaient passés en Suisse.
Legrain était son unique courrier dans ces deux villes ; il s'absentait donc fréquemment ; doux surcroît d'ouvrage pour Babet.

Legrain faisait des prouesses à pied comme à cheval. Quatre traites consécutives de quinze lieues chacune, en deux journées et demie, dans le plein hiver, la neige effaçant les routes, c'était sa mesure la plus ordinaire. Mirabeau, cavalier infatigable, admirait cela : « Te voilà déjà ? – Je n'ai pu revenir plus tôt. – Je le crois bien ... Comme te voilà fait ! – Comme le temps. »
Mais les commissions dont Legrain était chargé se trouvaient, si possible, encore mieux exécutées.

La veille du prononcé de l'arrêt, à Neuchâtel, Legrain s'avisa de visiter les juges en commençant par le chancelier et de leur plaider la cause du ravisseur de Sophie. Un gentilhomme français que son domestique défend par pur attachement, au pied levé, cela était bien curieux et n'allait pas sans flatter l'esprit démocratique de ces magistrats. Mais le discours de Legrain était bien franc et bien juste aussi, comme son accent.
Un arrêt favorable fut rendu ; et Legrain fit les visites de remerciement avec un bonheur égal. « Viens donc que je t'embrasse » lui dit Mirabeau en le revoyant. Le service valait l'accolade. Etaient-ce les vertus du vieux vin d'Arbois qui tiraient ainsi merveilles de Legrain au point de nous tenter de dire qu'il n'est bons Gascons que de Picardie ? Oh ! le bon vin ! il est prodigieux ce qu'il en buvait ; mais il faut dire qu'il lui tenait souvent lieu de nourriture, de repos et même de sommeil. Peut-être lui inspira-t-il certain jour, sur le coup de midi, de venger un peu lestement les injures de son maître.

L'avocat du Roi au tribunal de Pontarlier était le sieur Pion. Legrain, traversant la grand'rue à cheval, ventre à terre, – il allait à Besançon – des chiens coururent après lui.

– Parmi ces chiens, raconte-t-il, il se trouva M. Pion, l'ennemi juré de mon maître et n'aimant pas plus le domestique ... Comme j'avais un bon fouet de poste, que je savais bien le manier, je n'ai pas voulu lui couper les yeux, je lui ai seulement, coupé la langue et les deux oreilles ...

Cris, rassemblement, procès-verbal, envoi immédiat à Besançon d'un ordre d'arrestation ; mais quand cet ordre arrive, l'endiablé cavalier est déjà de retour à Pontarlier, sa mission remplie.
Il trouve le père de Babet effaré, et Mirabeau inquiet des suites de cette grave affaire. On convient que Legrain retournera à Besançon pour s'y remettre à la justice. Mais lui, il a juré qu'il ne subirait aucune condamnation. Le voilà défendant sa cause avec le même entrain et la même réussite que celle du comte, à Neuchâtel ; il est relaxé. Il n'a pas nié le coup, il l'a expliqué ; il n'a pas menti, il a seulement accommodé la vérité à son intérêt. Telle était l'adresse, dans les cas difficiles, du Figaro de Beaumarchais tel était son cynisme enjoué et plaisant : « Je n'emploierai point ... disait Figaro, les grandes phrases d'honneur et de dévouement dont on abuse à la journée ; je n'ai qu'un mot mon intérêt vous répond de moi ... »

L'affaire du marquis de Monnier se termina aussi pacifiquement, par une transaction après laquelle maître et valet s'en furent chercher fortune à Neuchâtel. Mirabeau y vendit son ouvrage sur les Lettres de cachet et un affreux recueil, l'Espion dévalisé. Il tenta aussi d'intéresser à sa présence dans le voisinage de l'Etat troublé de Genève le ministre des affaires extérieures de France, comte de Vergennes, qui ne daigna pas l'occuper. Adieu donc l'ambassade ! Pour distraire ses loisirs forcés, il se souvint de Mlle Babet et lui donna rendez-vous aux Verrières, à l'auberge de dame Lisette, où Sophie, fugitive, l'était venue rejoindre autrefois. Il permit aussi à Legrain d'inviter une bonne amie à qui il avait promis le mariage. Babet eut la migraine et ne put venir ; ce fut partie remise pour elle. Seule, la bonne amie de Legrain se présenta. Mirabeau jeta les yeux sur cette Suzanne de son Figaro ; et il paraît qu'il fut plus heureux que le comte Almavivà ...

Mirabeau se retourna ensuite vers sa femme. Il ne l'avait pas revue depuis huit ans. Il comptait opérer sa réunion avec elle rien qu'en reparaissant à ses yeux. Il gagna la Provence et, trouva, en arrivant, de grandes difficultés à son projet. Il faudrait plaider. En attendant, raconte Legrain, « nous restâmes plusieurs mois (octobre 1782 - janvier 1783) au château de Mirabeau. J'étais bien content. Je n'avais pas grand'chose à faire. La nourriture était plus forte que l'ouvrage. » Lorsqu'ils descendirent ensemble à Aix, une foule de créanciers assiégèrent Mirabeau. Ce fut à Legrain, avec sa belle langue, de les renvoyer contents et les mains vides.
Mais eux partis, Legrain chapitrait son maître.

– Monsieur le comte, il parait que vous devez beaucoup plus que vous n'avez à recevoir ! – Oh ce sont de petites dettes criardes ; Je tâcherai de payer tout cela au premier moment ! – Monsieur, je n'y vois pas trop de possibilité. – Voilà comme tu es toujours. Je ne te parle pas de deux juifs à qui j'ai fait des billets de 150.000 francs : ils m'en ont prêté, tout au plus, 80.000 ! – Vous leur devez toujours comme s'ils vous avaient prêté la somme en entier. Passons là-dessus : vous avez au moins 80 louis de petites dettes criardes, ce qui fait, comme vous savez, beaucoup dans la basse classe. – Tu vois comme ils sont tous contents de me voir ! – Cela sera encore mieux quand vous les aurez payés.
Mirabeau avait retrouvé une « pacotille d'habits » abandonnés par lui en 1775 et qu'il céda pour trois louis à un juif. Legrain trouva que ce marché lui faisait tort. En effrayant un peu le juif, il se fit rendre le paquet, s'en appropria une partie et recéda le reste pour huit louis. Ainsi bien vêtu et bien argenté, il loua une loge grillée à la Comédie et s'y rendit avec sa bonne amie, La salle était comble. On vint le prier de recevoir un monsieur et une dame, et il y consent.
C'était Mirabeau avec une maîtresse d'occasion : « Vous ne rougissez pas ? dit-il à Legrain. – Non, Monsieur, vous devez être trop heureux que je vous cède la moitié de ma loge à la Comédie, en payant, tout le monde est égal, comme en Paradis ! » Mirabeau planta là sa compagne, et Legrain dut la reconduire, non sans maugréer : « Quand je retournerai à la Comédie, ce sera au parterre, observa-t-il. Comme j'avais un habit de comte sur le dos, j'ai voulu lui faire honneur. »

Quelque temps après, Mirabeau, que le jeu assommait, – au contraire de sa mère, qui eût joué la tète dans l'eau, – se laissa entraîner à un cavagnole où il gagna 150 louis. Legrain les alla toucher le lendemain. Il dit à son maître, en les lui remettant :

– Je vais vous donner un conseil, quoique je sois une bête. – Voyons ce beau conseil. – Eh bien, monsieur, vous devez à peu près 100 louis de petites dettes criardes, il faut payer tout cela. C'est pour les trois quarts à de pauvres gens qui ne manqueront pas de répandre dans la ville qu'ils sont payés. Vous voyez qu'ils vous chérissent déjà avant de l'être. – Tu as raison. Eh bien, tu garderas l'argent et tu te chargeras de cela...

Ainsi fut fait ; et une meilleure renommée récompensa Mirabeau pour cette bonne pensée de son valet. Là-dessus, l'inévitable et fameux procès de 1783, où le comte se révéla le premier orateur de son temps, s'engagea. Il plaida en réunion ; sa femme plaida en séparation, et elle l'emporta. Période fertile en incidents, et que Legrain raconte bien ; mais de l'écouter nous mènerait loin.
Rentrons à Paris. Nos deux héros sont célèbres, mais ils n'ont point d'argent, et le pouvoir les persécute. Du besoin naît la zizanie. Mirabeau et Legrain voulurent compter ; ils se disputèrent, en vinrent aux mains. Legrain s'en alla, puis revint, deux jours après, réclamer son dû. Mirabeau attendait de lui des excuses, pour se réconcilier, mais l'entêté Picard ne voulait point céder, au moins le premier.

– Monsieur le comte, nous avons raison tous les deux. Vous pouvez prendre un domestique, si vous n'en avez pas, et moi, un autre maître. Vous aurez plus tôt trouvé un mauvais domestique que moi un bon maître ! – Eh bien, en attendant, voilà des commissions, il faut les faire et vous voyez que ma chambre est sens dessus dessous ...

Quand Mirabeau lui disait toi, il était de bonne humeur ; quand il disait vous, cela allait mal. Legrain s'acquitta de la besogne ; mais le lendemain, il voulut partir tout de bon.

– Comment ! tu veux me quitter ? – Vous devez savoir, si je vous sers dans ce moment, que ce n'est pas en qualité de domestique, c'est par attachement et reconnaissance. – Allons ! qu'il ne soit plus question de rien ! Fais ton ouvrage comme à l'ordinaire, ne me quitte pas ! – J'ai une place, je suis sûr d'être reçu, je sais le prix de la maison, tout cela me convient. Je suis bien sûr, en n'entrant pas là, que je ferai une sottise ! Enfin, je me détermine à rester avec vous, monsieur.

Ils ne se séparèrent plus ; et quand Mirabeau fut mort, Legrain servit sa mémoire avec la même fidélité. Entre temps, il avait épousé la bonne Henriette, la femme de chambre de Mme de Nehra ; dont le dévouement au tribun mourant fut admirable quoique enceinte, elle le veilla sans relâche durant toute la semaine fatale. Dans cette catastrophe, Legrain parut égal à lui-même et aux circonstances, selon son rang. La fortune inouïe de son maître ne l'avait ni surpris, ni enivré, ni surpassé. De même qu'il a rapporté avec beaucoup de sens, de force et de vérité les conversations et les discours de Mirabeau sur les sujets les plus relevés, il a retracé le tableau de son agonie avec une sobriété et une exactitude exemplaires. Mirabeau avait passé sa dernière nuit à souffrir cruellement, sans plainte, et en ne s'occupant que des affaires de la France :

Le matin, il aperçoit la verdure des arbres de son jardin et dit : « Menez mon lit auprès de la croisée, que je la voie avant de mourir » et il dit, étant arrivé auprès : « Belle verdure, tu parais à l'instant que je m'en vais ! »

Puis le récit de Legrain se fait soudain pénible, haletant. Il semble qu'on n'en perçoit les bouts de phrase qu'entrecoupés de sanglots :

Quelque temps toujours parlait, tout à coup baisse tout à fait ; la parole lui manque. Toujours connaissance jusqu'au dernier soupir, fait signe que l'on lui donne une plume, et dit adieu, pour toujours, à tout le monde qui était dans la chambre, et à tous les Français, fait signe à sa garde-malade (Henriette), qui le soutenait, de se détourner pour ne pas le voir passer. C'était une fière révolution dans la rue ! Comme tout le monde était dans le plus morne silence, pendant trois jours ...

Le manuscrit s'arrête là ; Legrain fait silence à son tour ; et je vois ce bon serviteur, – l'ami, le confident et le bienfaiteur de son maître, – je le vois pleurer à chaudes larmes en se remémorant, vingt-cinq ans après, cette funèbre matinée d'avril 1791.

Après l'apothéose de leur héros, Legrain et sa femme cherchèrent, pour se retirer, un lieu où son souvenir fût familier à tous, bien vivant et bien honoré.
Ils crurent le trouver à Pontarlier. Mais cette petite ville se hâta de suivre les pires variations de la grande : elle dépanthéonisa Mirabeau autant qu'elle put, en jetant par terre et en brisant une urne et une table de marbre qu'elle lui avait dédiées, avec des serments de gratitude et d'admiration éternelles. Lors de cette laide revirade, Mme de Nehra, passant en Suisse, fut arrêtée à Pontarlier et incarcérée dans la chambre de Mlle Babet où Mirabeau, en 1782, avait purgé sa contumace. Elle y reçut les soins et les consolations du ménage de ses bons anciens serviteurs ; et ce fut d'après ses indications que le fils adoptif du tribun, G. Lucas de Montigny, ramena Legrain à Paris en 1815 et donna à sa vieillesse alerte et conteuse les loisirs de « se mettre en écrit ».

Il n'y a pas, dit-on, de grand homme pour son valet de chambre ; et sur ce proverbe, le marquis de Mirabeau renchérissait : selon lui, il était plus juste de dire qu'il n'y a pas de valet de chambre pour grand homme.

Dauphin Meunier.


Nous avons la correspondance de Jean-François Pomiès, qui n'est pas un faquin (son langage est d'un ton beaucoup plus relevé que Legrain car il a toujours vécu à la Cour), avec le prince Xavier de Saxe, qui n'a rien d'un gredin et reste gentilhomme jusqu'au bout des ongles, donc nous savons qu'un valet de chambre (en l'occurrence plutôt homme d'affaires et d'entregent, un go between dirait-on de nos jours) n'est pas forcément un esprit bas !

Ce qui est frappant c'est de voir tous ces phénomènes de Cour se reconstituer sous la Vème République comme si nous étions encore sous une Monarchie absolue ; s'il y avait une vraie démocratie en France cela ne se produirait plus. Qu'est-ce qu'une démocratie authentique sinon celle où le peuple a le premier et le dernier mot et qu'on n'attend pas une sentence auguste tombée des cintres comme dans un théâtre antique.
Le choeur tragique qui commente l'action c'est celui du peuple, certes, mais les faits les dits des rois devraient être réduits à la portion congrue. Je n'aime guère cette surexposition de quelques-uns, acteurs politiques qui surjouent toujours un peu leurs rôles, aux dépens de tous. Une machinerie bien huilée devrait se passer de mots historiques et histrioniques. Tant pis pour l'art de dire, tant mieux pour l'art de faire ! Du moment qu'on a perdu l'art de se taire à bon escient ...

Beaumarchais et Mirabeau ont beaucoup de charmes : le charme des démagogues quand ils empruntent le langage des valets pour mieux contrefaire les maîtres. Avec ces deux hommes finit la Monarchie absolue qui ne se défendit guère en la personne de Louis XVI.

Mirabeau était un jouisseur non sanguinaire, il n'aurait pas rejoint les assassins de la Terreur dans leur grande entreprise de rénovation du peuple français par le sang ; il en était donc une victime toute désignée sauf s'il avait pris la tangente mais était-il homme à fuir comme un poltron ses responsabilités ? Sa vie le dément. Talleyrand et Chateaubriand se réfugièrent en Angleterre ; mais on n'a jamais prétendu qu'ils firent preuve d'un grand courage physique ou moral dans leur vie de triomphants.
On peut donc être un homme douteux quant au rapport avec l'argent et valeureux quant au rapport à la mort. D'ailleurs son frère qu'on nommait Mirabeau-Tonneau contre lui Mirabeau-Tonnerre, et tout aussi perdu de vices, combattit les armes à la main en levant une légion de hussards de la mort pour la purification des idées nobles par le sang versé.


Au sujet de Champcenetz cité plus haut.
Mercure français pour l'année 1748.

Jean-Louis Quentin de Richebourg (°1723-1813), chevalier, marquis de Champcenetz (seigneurie en Brie) était le gouverneur du Bourg & Château de Meudon, Bellevue & Chaville, premier valet du chambre du Roi ensuite commandant de l'équipage du daim à la suite de son père Louis Quentin de Richebourg (°1689-1760).
Le concierge du château de Bellevue à l'époque de la Pompadour était Dominique Doüy époux Fromentin, belle-soeur de Jean-Baptiste Pomiès. Ils possédaient une maison à Versailles sise rue Saint-Pierre, près de l'église Saint-Louis, qu'ils louaient (j'en profite pour corriger mon erreur de lecture : j'avais cru qu'il s'agissait de Doäy au lieu de Doüy).

Nous commencerons par Champcenetz, le collaborateur, l'ami particulier de Rivarol, qui l'appelait son clair de lune ; il s'agit du chevalier Louis René de Champcenetz (°1760-1794), écrivain, chevalier de Malte, fils de Jean Louis, gouverneur des Tuileries en 1779 dont le fils aîné Louis-Pierre (°1754-1822) dirigeait la capitainerie royale des chasses de Meudon et Chaville en 1789.
Rivarol disait de Champcenetz : Je le bourre d'esprit. C'est un gros garçon d'une gaîté imperturbable.

Mémoires du comte Alexandre de Tilly pour servir à l'histoire des moeurs de la fin du 18e siècle.
Conversation du XVIIIème siècle :
Rivarol. La louange est un charmant correctif.
Champcenetz. Oui, oui ; mais vous êtes un u... u... u... usurpateur.
Rivarol (riant). Et vous un bégayeur, mais cela vaut encore mieux que de prendre de l'humeur.
Chamfort. Personne ici ne songe à en avoir.


La France s'est considérablement enrichie tout le long du 18e siècle depuis la Régence jusqu'à la catastrophe révolutionnaire qui a anéanti toute l'industrie naissante et tout l'artisanat de luxe. D'où tous ces arts de charme, ces loisirs qui permettent la conversation et le développement des salons où l'on cause et où l'on réfléchit parfois un peu trop !

Le fils Champcenetz était un oisif qui n'avait aucune ambition politique, il a malgré tout été guillotiné au nom de l'épuration des consciences : un homme qui prend son parti de rire de tout ne peut être qu'un fâcheux exemple aux yeux d'un incorruptible comme Robespierre.
Napoléon Bonaparte défend la mémoire de Robespierre et met en doute les motivations des hommes du 9 Thermidor ; cela peut se comprendre à plus d'un titre, il était l'héritier du dogme égalitariste sans qui il serait resté officier d'un grade subalterne, il n'avait pas eu de part directe à la grande Terreur et enfin cette époque ayant déblayé le terrain de tous les hommes raisonnables et courageux que la France d'alors comptait elle laissait le champ libre à un jeune ambitieux de gloire militaire et de pouvoir tout azimut. Bonaparte n'étant ni un démocrate, ni un jouisseur, il pouvait alors assouvir ses rêves d'épopée impériale du pont d'Arcole à l'île de Sainte-Hélène où il gravait au ciseau sa statue pour la postérité. Dans des moments de rare lucidité, il disait parlant de Jean-Jacques Rousseau : il aurait mieux valu pour la France que ni lui ni moi nous n'ayions jamais existé !

Bonaparte est un étrange composite : une éducation moderne, rationnelle et scientifique, sur un terreau d'homme de la Renaissance italienne ; un condottière qui serait né dans le pays le plus civilisé de la Terre en plein XVIIIème siècle, un mongol au milieu des porcelaines précieuses ; l'humus n'a pas fait son travail et n'a pas transformé la brutalité des éléments primitifs en rose épanouie. Talleyrand l'appelait l'inamusable ! C'est à dire l'homme qui ne connaît pas les arts d'agrément. Louis XIV est plus avancé que Napoléon, il promeut la bourgeoisie autour de lui ce qu'un Saint-Simon lui reproche amèrement, tourné vers les formes archaïques de la monarchie espagnole, alors que Napoléon Bonaparte ne rêve que d'une noblesse guerrière qui rejette loin en arrière le commerce et l'industrie juste comme des supplétifs de la civilisation avec la religion comme seule richesse des pauvres. On peut penser qu'il a fait revivre le mythe du héros antique et donné son idée du surhomme à Nietzsche, l'anti-bourgeois par excellence.

Il faut noter que Bonaparte admirait le fanatisme musulman de la religion la plus guerrière de la Terre (il l'avait contemplée de près en Egypte) et regrettait à certains moments de n'être pas né au milieu de ces peuplades aussi démunies soient-elles en intelligence et en moyens pour assouvir leurs soifs de carnages.

Précision importante.
Il sera facile de m'opposer Nietzsche à Nietzsche et de me dire qu'il existe un philosophe qui passe de l'exaltation de Wagner à celle de Bizet, des héros torturés à l'intellect compliqué de l'enchanteur de Bayreuth aux valeurs instinctives de la gitane de Séville et à ses passions brûlantes, qu'il vilipende le nationalisme prussien contre l'universalisme français etc mais dans la mesure où il est le philosophe de la transmutation des valeurs il est anti-bourgeois par définition puisqu'il sape systématiquement le socle immuable sur lequel la bourgeoisie de son temps prétend s'asseoir, qu'il démontre sans consteste que les valeurs culturelles sont contigentes et que le héros tragique se rit des interdits qu'il outrepasse. Il cambriole les valeurs de la société ... enfin Nietzsche a opéré la grande transgression humaine de la philosophie en y montrant à l'oeuvre une lutte pour la survie plus qu'une sagesse supérieure. Il descend une à une toutes les idoles pour mieux exalter l'homme supérieur dans sa solitude suprême : c'est l'homme des sommets.


Thomas Piketty est un supra-étatiste.
L'Etat français crée des problèmes qu'il ne sait pas résoudre : créons un super-état, nous répond-il !
J'admets avoir commis une erreur il y a une douzaine d'années en croyant qu'à marché unique il fallait une monnaie unique, ce raisonnement était beaucoup trop simple ; il faut dire qu'il faut une monnaie unique pour un état unique, c'est plus juste.
La conclusion qui s'impose c'est qu'effectivement garder l'euro suggère la création d'une autorité étatique centrale. Mais qui veut dissoudre la France dans la Germanie ? Pas moi.
Si l'état fait défaut ou outrepasse ses attributions, il faut résorber l'état mais conserver l'âme de la nation ; je l'ai déjà dit : la France et les Français valent mieux que leur état ; nos institutions sont faillies, il faut les modifier profondément et faire naître la démocratie que nous méritons par nos efforts constants depuis plus de deux siècles.

La constitution de 1958 a été faite pour un seul homme qui avait à résoudre le problème crucial de la décolonisation face à une armée hostile et des forces puissantes dans les colonies. Ce qui a été fait alors montre d'ailleurs les limites du pouvoir d'un seul contre une multitude.
Moi-même homme libre par excellence si j'entrais à l'Elysée je serais ligoté par le système alors que dire de n'importe quel autre ?
Il faut un contrepoids au système étatique et ce contrepoids c'est le peuple dans son entier qui le représente mais on doit organiser la balance des effets et des causes afin d'éviter de faire verser l'attelage dans les fossés de l'histoire. La terreur révolutionnaire nous apprend où l'on ne doit pas aller. Il y a des guides qui sont les principes les plus humains représentés en chacun de nous comme une matrice pour la civilisation.

Dans mon éloge de Regnault en juillet 2013 j'ai parlé de bonheur, j'aurais pu parler d'humanité si le mot n'évoquait pas je ne sais quelle utopie un peu indistincte. L'unité nationale c'est l'ensemble des références culturelles qui fondent notre humanité. On souhaite que cela soit une sphère en expansion constante ; on ne le préjuge pas.


Il faut contenir la vérité dans certaines bornes afin qu'elle continue à exprimer une vérité supérieure.
Celui qui vise l'universel doit d'abord concevoir une solution locale à un problème précis. C'est un principe qui ne souffre pas d'exception. On n'a jamais vu un génie aussi brillant soit-il qui ne sachant pas résoudre de problème particulier serait capable de s'élever à la hauteur d'une solution universelle. Galois disait qu'il fallait sauter les étapes du calcul intermédiaire, il ne disait pas qu'il ne fallait pas savoir calculer ... commencez donc par ponctuer le réel avant d'élaborer des synthèses magistrales et audacieuses.

Pas plus que les Français les Allemands ne veulent faire partie d'un conglomérat indistinct ; cela clôt le débat pour un long temps.


Quelques notes sur l'imprimerie en comté de Foix :

Revue de Comminges 1989.

PAMIERS ET LE COMTE DE FOIX - XVIe - XVIIIe SIECLES.

A une époque et dans une région où la personnalité des prélats joue un rôle déterminant, pour avoir un exemple d'ouvrage publié par un juriste, il faut retourner en comté de Foix, à Pamiers en 1522 : l'évêque Pierre de Lordat est le dédicataire d'un ouvrage rarissime dont l'auteur, juge d'appeau à Pamiers, connu par ailleurs, Jean Coronée, commente un texte religieux « De contemnenda Morte », œuvre d'un carme italien, Baptiste Spagnoli, dit « le Mantouan » : Cette curieuse impression, décrite ailleurs (6) est signée d'Eustache Mareschal, typographe, originaire de Lyon, qui travaille à Toulouse entre 1519 et 1543, tantôt seul tantôt en collaboration avec deux autres confrères : Jean Demoysel et toujours Arnaud-Guillem du Boys : impression, techniquement encore très proche des incunables, mais soignée et attachante comme beaucoup d'œuvres toulousaines de la même période. Cette rareté bibliographique a bien été imprimée dans « la ville métropolitaine du pays de Foix » ainsi que l'indique sans contestation possible le folio 43 « Méminérit, candidus lector, excusos hos Commentarios Appamiis que Fustatum metropolitana urbs ... ».

En comté de Foix et ailleurs, les guerres religieuses interrompent le bel élan de la Renaissance. La longue période qui s'étend entre l'œuvre exceptionnelle de Mareschal et l'établissement à Pamiers du toulousain Jean-Florent Baour, n'empêche pas les œuvres concernant la région de paraître, bien sûr à Toulouse, parfois à Paris. Dès 1539, un livre remarquable par la typographie et la personnalité de l'auteur, « Les Annales de Foix » de Guillaume de la Perrière, paraît chez Nicolas Vieillard et chez le même l'année suivante, le juriste appaméen Bertrand Hélie, l'un des dédicataires de l'œuvre de 1522, publie « Historia Fuxensium Comitum... in Quatuor Libros distincta ...», autre bel in 4°, orné de gravures.

Durant le XVIIe siècle, outre les œuvres confiées aux parisiens, Nicolas de la Noue par exemple, en ce qui concerne Henri de Sponde, on s'adresse à Toulouse : le savant prélat lui-même donne à Raymond Colomiés les « Ordonnances synodales » de 1629 et 1630. De même l'historien Delescazes pour son « Mémorial historique ... » ; mais c'est Raymond Bosc qui signe « Le Tableu de la Bido del Parfait Chrestia » du père Barthélémy Amiliat, deux textes célèbres et toujours utiles.

La polémique suscitée par la publication du « Traité de la Régale » de Mgr de Caulet et plus spécialement par sa brochure « Sentence d'excommunication contre trois jésuites du collège de Pamiers » continuent aujourd'hui à poser un problème : on ignore toujours où ils ont été publiés. « L'imprimerie épiscopale » qui est sensée en avoir assuré la réalisation n'a apparemment laissé aucune trace, et les écrits postérieurs du chanoine Cerles, fidèle de Caulet, sont également toujours un sujet de recherche.
L'imprimeur habituel de l'évêque, Jean Pech, fut poursuivi en vain, et Mme de Mondonville, fondatrice de la congrégation des Filles de l'Enfance, à Toulouse accusée, elle aussi en vain, d'avoir un atelier qui aurait servi à ses amis de Pamiers. Grands problèmes qui marquèrent le siècle, et personnages d'une exceptionnelle stature.

(6) Marie-Thérèse Blanc-Rouquette, Contribution à l'histoire de l'imprimerie en pays de Foix sous l'ancen régime, (Bulletin de la Société ariégeoise des sciences, lettres et art, 1982).

Les successeurs de Mgr de Caulet s'adressèrent à des imprimeurs toulousains et ce n'est qu'en 1750 que s'installera à Pamiers l'imprimerie de Jean-Florent Baour, reçu libraire à Toulouse, qui, du reste n'obtint son brevet d'imprimeur qu'en 1759. Il échangea son poste avec Jean-Pierre Faye, nommé à Toulouse, dès 1765. Ce dernier ne sut pas réussir à Pamiers et, en 1775, André Larroire fut autorisé à le remplacer. Imprimeur, après le toulousain Pech, des Etats du pays de Foix entre autres, on lui doit quelques œuvres d'une belle venue.

Il fit parti pendant la révolution de la municipalité de Pamiers, puis nommé directeur du Comité de sûreté générale à Foix. Il y emporta une partie de son matériel. Mais Louis Fontès, beau-frère de Baour, l'y avait devancé. Il confia également au sieur Servolle une presse pour la ville de Tarascon devenue chef lieu de district. C'était trop. Larroire et Servolle quittent l'Ariège pour Toulouse. Revenu à Foix en 1798, Larroire y trouve Pomiés, imprimeur de la Préfecture et associé à Fontès dont il achètera plus tard l'atelier. Larroire rejoint Toulouse où il meurt vers 1820.

Dès lors et comme dans la plupart des villes, imprimeurs typographes et lithographes vont se succéder, tant à Pamiers qu'à Foix. Et Louis Lafont de Sentenac en donne à la fin de son étude sur « Les débuts de l'imprimerie dans le Comté de Foix » des listes irréprochables (7).

(7) Louis Lafont de Sentenac, « Les débuts de l'imprimerie dans le Comté de Foix », Pomiès 1899.

François Etienne de Caulet (°1610-1680), évêque janséniste de Pamiers après avoir été à la tête du séminaire de Saint-Sulpice fondé par Jean-Jacques Olier (°1608-1657) dont plus tard, au 18ème siècle, Jean Joseph Faydit de Tersac (°1739-1788) présidera les destinées. On comprend bien le genre de liens que les Pomiès ont eu avec ce courant rigoriste du catholicisme à travers Jean-François Boyer, évêque de Mirepoix (qui a néanmoins persécuté les Jansénistes avec la même intransigeance qu'ils auraient eu s'ils avaient réussi à dominer dans la société française) et la famille Faydit de Tersac (du Couserans).
On remarquera que la perte de l'indépendance du comté de Foix et les guerres de religion ont été fatales à la réception du nouvel humanisme qui s'étend en France depuis la Renaissance des lettres.

Madame de Mondonville, toulousaine née de Juliard (°1624-1703) avait épousé Charles de Turle, seigneur de Mondonville (près de Toulouse en Haute-Garonne), conseiller au parlement de Toulouse. Elle est une figure du Jansénisme résistant.


Revenons à Jean-François Pomiès qui a vécu de très près les derniers jours de la Monarchie de droit divin. Il était en effet le confident favori de Madame Adélaïde, fille de Louis XV. Si le Comté de Foix était très arriéré sous le joug de ses évêques, la Cour elle était trop avancée ... discordance de temps !


Revue des deux mondes de 9/1909 à 10/1909.

AU COUCHANT DE LA MONARCHIE

IV (2)

(2) Voyez la Revue des 1er et 15 février et du 15 septembre.

L'EXIL DU DUC D'AIGUILLON

LES INCIDENS DU SACRE

1

Les derniers grondemens de l'émeute coïncident, presque jour pour jour, avec l'anniversaire du règne. Douze mois avaient suffi pour qu'à l'acclamation succédât l'invective et que l'espoir exalté du début fît place à la méfiance de la masse populaire. Il nous faut quitter à présent ces bas-fonds de misère pour des régions bien différentes, j'entends pour ce monde de la Cour, auquel les mœurs de la vieille monarchie donnaient une part si importante à la direction de l'État. Là aussi, la bonne volonté n'avait été que passagère. Des factions, des « cabales, » s'étaient bientôt formées, se jalousant, se combattant, se disputant les « grâces, » le crédit, l'influence. Un an avait coulé, et tout n'était que trouble, agitation, discorde. « On dit un mal affreux de la Reine, écrit au prince Xavier de Saxe un des correspondans qui le tenaient au courant des nouvelles (3). On regarde la Cour comme une pétaudière et on en parle avec une légèreté incroyable. Tout va très mal dans toutes les parties. Les Choiseulistes crient terriblement contre le Roi, les princes du sang s'en moquent, les anciens parlementaires le détestent, et les nouveaux le méprisent. Voilà le tableau fidèle du jour ; il est bien affligeant pour les gens attachés au Roi, qui veut le bien et qui ne le fera point. »

(3) Lettres du sieur Pomiès au prince X. de Saxe. Archives de l'Aube.

Le premier rôle, dans la nouvelle pièce qui commence, n'appartient pas aux frères du Roi. Le Comte et la Comtesse de Provence, retirés à l'écart, hors de l'intimité royale, et presque uniquement occupés de spéculations financières, sa contentaient, tout en thésaurisant, de fronder à voix basse. Leur malveillance cachée ne dépassait guère les limites de leur petit cercle restreint, composé de gens complaisans, pour la plupart obscurs et sans influence politique. Le Comte d'Artois montrait moins de réserve. Le dérèglement de ses mœurs, ses continuelles fredaines, l'impertinence de ses propos, poussaient parfois à bout le débonnaire Louis XVI, l'obligeaient de rappeler à l'ordre un jeune écervelé qui ne respectait rien. Mercy en rapporte un exemple, qui peint assez exactement les rapports des deux frères. Le Roi, dans une chasse à Versailles, tue par mégarde une poule faisane ; le Comte d'Artois fait aussitôt de même ; de quoi le Roi l'ayant repris sur le ton de la plaisanterie « Mais vous en avez bien tué une vous-même ! répond le prince avec aigreur. Je vous demande pardon, monsieur, réplique alors Louis XVI, je croyais être chez moi. » « Cette petite leçon, dit Mercy, n'en imposa guère à M. le Comte d'Artois, qui a trop peu d'esprit, trop de violence et de suffisance, pour pouvoir être ramené à ses devoirs par des voies de douceur (1). » Les lettres de l'ambassadeur montrent en effet le jeune prince comme abusant « avec la dernière indécence, » fût-ce dans un cercle officiel, de la douceur et de l'indulgence fraternelles, « passant vingt fois devant le Roi, le poussant, lui marchant presque sur les pieds, sans la moindre attention et d'une façon vraiment choquante. »
La Reine elle-même, quelle que soit sa prédilection pour ce fâcheux beau-frère, est bien forcée d'avouer qu'il va quelquefois un peu loin « Il est vrai, confesse-t-elle (2), que le Comte d'Artois est turbulent et n'a pas toujours la contenance qu'il faudrait ; mais ma chère maman peut être assurée que je sais l'arrêter dès qu'il commence des polissonneries, et, loin de me prêter à des familiarités, je lui ai fait plus d'une fois des leçons mortifiantes. »

(1) Lettre du 1er octobre 1774. – Correspondance publiée par d'Arneth.
(2) Lettre du 16 novembre 1774. Ibidem.

Les vrais amis de Marie-Antoinette regrettent que ces « leçons » ne soient pas plus sévères et ne portent pas plus de fruits. Les fréquens tête-à-tête de la souveraine avec le Comte d'Artois, leurs promenades, leurs chasses en commun, leurs mutuelles confidences, leurs longs chuchotemens à l'oreille, toute cette intimité publiquement affichée fait prévoir « le danger prochain que la Reine ne soit compromise par la légèreté du prince son beau-frère (1). » Dans tout cela, d'ailleurs, rien autre chose que des étourderies, point d'autre mal que celui d'affaiblir encore, dans l'âme d'un peuple impressionnable, le respect de ses maîtres et le prestige du sang royal.

(1) Lettre de Mercy-Argenteau du 18 mai 1775. Correspondance publiée par d'Arneth.

Mesdames, tantes de Louis XVI, activaient de leur mieux ce travail de désaffection. La période de sagesse, de désintéressement apparent de la politique, qui, après leur petite vérole, avait suivi leur rentrée à Versailles, avait trop peu duré ; le naturel avait vite repris le dessus ; les intrigues, les sottes « tracasseries » avaient reparu de plus belle. Quelques rebuffades de la Reine, en aigrissant leur bile, les poussent bientôt aux représailles, mais l'étroitesse de leur cerveau réduit toute leur opposition à de ridicules taquineries sur des futilités. Ainsi, un beau matin, les deux Comtesses de Provence et d'Artois refusent d'aller faire leur cour à la Reine, comme c'était l'usage quotidien, et l'on apprend que ce refus est l'oeuvre de Madame Adélaïde, dont les conseils ont décidé ses nièces à ces façons maussades. Un mois plus tard, à propos des soupers où le couple royal, contrairement à la mode introduite par Louis XV, a décidé de paraître en commun et de manger à la même table, vives protestations de Mesdames, scandalisées par cette innovation. Louis XVI, inquiet, hésite, est sur le point de reculer (2). Il s'ensuit une scène de ménage, qui se termine par la victoire de Marie-Antoinette, non sans laisser chez les vieilles filles un nouveau levain de rancune. La Reine, il faut l'avouer, triomphe sans ménagemens. Toute fière d'avoir secoué le joug qui a pesé sur sa jeunesse, elle fait parade de son indépendance. « Pour mes tantes, écrit-elle, on ne peut plus dire qu'elles me conduisent. »
Et elle ne perd nulle occasion de réprimer leurs « prétentions » et leurs « petites jactances. »

(1) Lettre de Mercy-Argenteau du 18 mai 1775. Correspondance publiée par d'Arneth.
(2) Les lettres de Mercy signalent à ce sujet un petit trait de faiblesse et de dissimulation de Louis XVI, affirmant à la Reine qu'il compte, sur cette question, prendre l'avis de Madame Victoire, tandis qu'en réalité il s'était adressé à Madame Adélaïde. Madame Victoire était la plus douce des soeurs et la moins malveillante pour Marie-Antoinette.

Après de multiples échecs, Mesdames paraissent enfin renoncer à la lutte. Elles se terrent à Bellevue, ne se montrent plus à Versailles que les jours de parade, affectent un grand détachement de toutes les affaires de l'Etat. Mais on imagine quelles rancœurs fermentent dans leurs âmes ulcérées. Tout, chez elles comme dans leurs entours, proteste contre les usages introduits à Versailles, censure les mœurs et les « façons nouvelles. » Plus Marie-Antoinette est gaie, frivole, facile dans ses rapports avec ses familiers, audacieuse dans ses amusemens, inconséquente dans ses propos, plus ses trois tantes sont fières, raides, empesées, austères, plus elles conservent « le grand ton des belles années du règne de Louis XV (1). » Bientôt ce blâme discret ne suffit plus à leurs ressentimens. Ce sont d'aigres critiques, des sarcasmes amers sur les toilettes, les ajustemens de la Cour, l'excentricité de son luxe. Tout est prétexte au blâme, même les choses les plus innocentes. Quand Marie-Antoinette inaugure la mode des grandes plumes balancées en panaches au-dessus de la tête, Mesdames parlent avec mépris de cet « ornement de chevaux, » et font des gorges chaudes aux dépens de leur nièce. De ces médisances sans portée, elles passent aux insinuations plus dangereuses. Toute l'existence privée de Marie-Antoinette est passée au crible à Bellevue, commentée et dénaturée avec une savante perfidie, et les historiettes scandaleuses, d'abord colportées à voix basse dans le salon des trois princesses, se répandent de là dans Paris, empruntant à cette origine un semblant d'authenticité qui en décuple le venin. « Ce que l'une avançait, l'autre le confirmait, et la troisième rendait l'anecdote incontestable (2). » Elles en vinrent ainsi peu à peu, dit un contemporain, « aux calomnies atroces et aux propos terribles. » C'est à Bellevue que naît l'appellation qui conduira plus tard la Reine à l'échafaud ; ce sont ses tantes qui, les premières, l'ont baptisée du nom de l'Autrichienne.

(1) Mémoires de Soulavie.
(2) Ibidem.

Rien jusqu'alors, il faut le proclamer hautement, ne pouvait excuser la violence de ces attaques. Les grandes folies de jeu, les prodigalités ruineuses, les mascarades nocturnes, les escapades au bal de l'Opéra, n'avaient pas encore commencé, donné prise aux légendes dont, par la suite, aucun effort ne pourra dissuader la crédulité populaire. Dans la réalité, on n'avait sous les yeux qu'une princesse de vingt ans, capricieuse, avide de plaisir, exagérant les modes, roulant dans sa cervelle légère des plans de fêtes, de distractions mondaines. Elle ne voit point de mal à ces passe-temps inoffensifs. C'est de bonne foi, et en badinant sans malice, qu'elle écrira à son ami d'enfance, le comte Xavier de Rosenberg (1) « Mes goûts ne sont pas les mêmes que ceux du Roi, qui n'a que ceux de la chasse et des ouvrages mécaniques. Vous conviendrez que j'aurais assez mauvaise grâce auprès d'une forge ; je n'y serais pas Vulcain, et le rôle de Vénus pourrait lui déplaire beaucoup plus que mes goûts, qu'il ne désapprouve pas. » Louis XVI n'avait guère, en effet, que d'indulgens sourires pour cette frivolité gracieuse. A peine, de loin en loin, risquait-il timidement un conseil de sagesse, sous le couvert d'une galanterie, comme ce jour où, choqué de l'immensité des panaches qui surmontaient la coiffure de sa femme, il lui offrait, « pour remplacer les plumes, » une aigrette de diamans. Il avait grand soin d'ajouter qu'elle pouvait accepter ce bijou sans scrupule, puisqu'il n'avait entraîné nulle dépense, n'étant composé que des pierres « qu'il possédait autrefois comme Dauphin (2). »

Par malheur, le public français ne jugeait pas les choses avec cette sereine bienveillance. Habitué depuis plus d'un siècle à l'austérité morne de l'existence des reines de France, au formalisme étroit qui régnait dans leur cour, il s'étonnait d'abord, et se scandalisait ensuite, de ces façons inusitées, de cette gaîté pimpante, de ces allures simples et familières qui semblaient faire de la souveraine l'égale, presque la camarade de ceux qu'elle mêlait à ses jeux. Il en vint peu à peu « à regarder la Reine du même œil qu'il voyait les maîtresses du feu Roi (3). » Les propos imprudens de Marie-Antoinette avivèrent cette hostilité. On colporta des railleries déplacées sur l'économie de Turgot, qui, disait-elle, pensait sauver l'État en rognant çà et là quelques valets d'office et quelques marmitons.

(1) Lettre du 11 avril 1775. Correspondance publiée par d'Arneth.
(2) Correspondance secrète de Métra, 9 janvier 1775.
(3) Réflexions historiques, par le Comte de Provence, loc. cit.


Le Prince Xavier de Saxe disait déjà de sa nièce qu'elle avait tout de la légèreté d'une Autrichienne ! Donc je ne sais si ce sont Mesdames qui ont employé les premières ce nom disgracieux aux oreilles des Français.


Le Nobiliaire de Guienne et de Gascogne : revue des familles d'ancienne chevalerie ou anoblies de ces provinces, antérieures à 1789, avec leurs généalogies et leurs armes ; Traité héraldique sous forme de dictionnaire. Tome 4 / par M. O'Gilvy puis M.J. de Bourrousse de Laffore consacre une longue introduction à Louis XVI dont je donne des extraits (je supprime les notes généalogiques qui sont jointes ; on les trouvera sur Gallica).

LOUIS XVI CHOISIT POUR SON PREMIER MINISTRE JEAN-FRÉDÉRIC PHELYPEAUX DE PONTCHARTRAIN, COMTE DE MAUREPAS.

Louis XVI, avant de monter sur le trône, fut systématiquement éloigné des affaires publiques par le duc de Choiseul, premier ministre, et par la comtesse du Barry, favorite du vieux roi.

Agé de vingt ans, il prend les rênes de l'État le 10 mai 1774, et, docile aux avis des princesses ses tantes (mesdames Adélaïde,Victoire et Sophie de Bourbon ou de France), choisit pour ministre dirigeant Jean-Frédéric Phelypeaux de Pontchartrain, comte de Maurepas, secrétaire d'Etat et des commandements de Sa Majesté, ayant le département de la marine et de la maison du Roi, de 1715 à 1748. Le jeune Roi se confie désormais à la vieille expérience de M. de Maurepas, ordonne d'enfermer pendant quelque temps madame du Barry dans un couvent, et se fait sacrer à Rheims le 17 juin 1775. La Reine, madame Clotilde, madame Elizabeth, assistent au sacre dans une tribune, ainsi que le duc de Choiseul, dont l'exil est levé.

Prince au coeur noble et généreux, Louis XVI veut introduire dans son royaume toutes les améliorations susceptibles de rendre son peuple heureux. Il n'épargne, pour atteindre ce but, ni les recherches, ni les efforts : il s'adresse aux hommes d'expérience, aux novateurs, aux philosophes. Il mérite, par son zèle, par ses louables dispositions, notre reconnaissance et l'indulgence de l'histoire. Il n'a pas, à la vérité, su toujours allier à sa bonté naturelle la fermeté nécessaire pour faire triompher le bien, surtout pour arrêter le mal. Ce manque d'énergie, de persistance dans la volonté, sera, aux yeux de la postérité, le principal, peut-être le seul défaut de son organisation ; le désir de faire le bien a été jusqu'à sa dernière heure sa constante préoccupation, et c'est de cela surtout qu'il faut se souvenir.

D'Alembert, le marquis de Condorcet, Bailli, Marmontel, La Harpe, Condillac, l'abbé Morelet, en un mot, le parti des philosophes, proclamaient que Turgot, l'intendant de Limoges, était le seul homme capable de rétablir les finances et de soutenir la monarchie ébranlée. Le Roi, séduit par les promesses des philosophes, appelle au ministère d'Etat de sa maison le vertueux premier président de la Cour des Aides de Paris, Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, chevalier, fils de Guillaume II de Lamoignon, seigneur de Malesherbes, chancelier de France de 1750 à 1768, et celui-ci petit-fils de Guillaume Ier de Lamoignon, premier président du Parlement de Paris en 1658.

Il nomme au ministère de la Marine, puis au contrôle général des finances, Anne-Robert-Jacques Turgot, baron de L'Aulne, né à Paris en 1727, maître des Requêtes en 1753, intendant de Limoges depuis 1761, frère puîné du chevalier Turgot (Etienne-François), gouverneur général de la Guyane française, et fils de Michel-Etienne Turgot, prévôt des marchands de Paris sous Louis XV.

Sur la recommandation de Turgot, Louis XVI appelle au ministère de la guerre, le 10 octobre 1775, après la mort du maréchal comte du Muy, le lieutenant général comte de Saint-Germain (Claude-Louis), né en 1707, près de Lons-le-Saunier, et dont le père était colonel d'un régiment de son nom.

MM. de Saint-Germain et Turgot annoncent, l'un dans l'armée, l'autre dans le monde financier, des réformes qui doivent rendre la France heureuse et prospère. Dans toute réforme, le monarque, confiant et inexpérimenté, espère trouver une amélioration du sort de ses sujets.

Il adresse à son ministre dirigeant des lettres intimes sur les affaires de l'État. Il raconte, émet son avis, consulte. Il se laisse voir tel qu'il est, et non tel que des historiens, amis ou ennemis, l'ont représenté. On pourrait dire qu'il rédige, sous la forme de lettres autographes, des confidences intimes à son premier ministre. Ces écrits, positivement émanés de lui, à la différence des documents officiels, qui sont inspirés ou rédigés par des conseillers, font connaître son intelligence, son aptitude, son caractère. L'histoire peut-elle demander de plus sûres garanties pour motiver ses jugements ?

Le Roi écrit de Fontainebleau la première lettre que j'aie à rapporter :

« Fontainebleau, le 15 novembre 1775.

» Je reçois votre lettre, Monsieur, dans laquelle vous me rendez compte de la conférence que vous avez eue avec M. de Saint-Germain. Je ne doute pas qu'il ne marche sur de bons principes et avec de la fermeté. J'attends avec impatience de son travail. — J'arrive demain à Versailles, regrettant peu Fontainebleau, où, depuis quelques jours, il fait un temps abominable ; mais au lieu de vous y trouver, j'y trouve le cardinal de La Roche-Aymon, avec son croc garni d'un évêché de plus. J'ai ouï dire que l'assemblée du clergé le demande pour l'abbé de Bourdeilles ; d'un autre costé, l'abbé de Merey, grand vicaire de Sens, est fort recommandé par le pape. Si vous aviez un avis dessus le choix, je vous prie de me le mander par Thierry, que je charge de vous remettre cette lettre.
Les nouvelles que vous me donnez de votre estat me font plaisir ; mais je ne trouve pas que vos forces reviennent assez vite ; j'espère que cela ne tardera pas. — Adieu, Monsieur, soignez bien votre santé que j'aime de tout mon coeur.

» LOUIS. »

(Original écrit en entier et signé de la main du roi, cacheté de ses armes sur cire rouge. La lettre est adressée : « A monsieur de Maurepas. » — Elle fait partie des archives de madame Samuel de Bourruusse de Laffore, au château d'Artigues, près Tonneins, Lot-et-Garonne.)

Nous aurons occasion de constater qu'en général, sur chaque parti à prendre, le jeune monarque sollicite l'avis et adopte la manière de voir de M. de Maurepas.

Le Roi espère beaucoup du caractère ferme, des idées nouvelles de M. de Saint-Germain ; on le voit dans cette phrase : « J'attends avec impatience de son travail. » — Le comte de Saint-Germain, entré au ministère de la guerre, s'occupe d'introduire de grandes réformes dans l'armée. Il veut d'abord faire adopter la discipline allemande, beaucoup plus sévère que la discipline française. Il détruit ensuite les corps privilégiés : les mousquetaires gris et noirs, les grenadiers à cheval, les gendarmes, les chevau-légers. Il réforme les inspecteurs, bons partout, et dont on ne peut se passer en France, dit le général baron de Besenval. Il mécontente les plus grands et les plus puissants seigneurs, dont il se fait des ennemis intéressés à le perdre.

Le comte de Maurepas, opposé à toute réforme, savait que le meilleur moyen de discréditer dans l'esprit du roi les hommes qui s'annonçaient comme des réformateurs, était de mettre leurs théories à l'épreuve. Il ne manquait pas de saisir l'occasion de faire ressortir les inconvénients ou les dangers de ces théories, à mesure qu'elles étaient appliquées. — Il usa de la sorte le ministre des finances et celui de la guerre, Turgot et Saint-Germain. Ce dernier avait ajouté à toutes ses fautes celle de s'adjoindre le prince de Montbarrey comme collaborateur pour diriger son ministère. Six mois après, le 27 septembre 1777, Montbarrey remplaçait le comte de Saint-Germain en qualité de ministre de la guerre.
Louis XVI travaillait assidûment avec M. de Maurepas, avec les ministres, ou seul dans son cabinet. Il était plein de bonne volonté, d'ardeur pour le service public. Quand il avait étudié une affaire, il la soumettait au jugement du mentor qu'il s'était donné. — Un jour, il annonce dans une de ses lettres intimes à M. de Maurepas, qu'il désire acquérir et joindre à la forêt de Saint-Germain, le parc de Maisons appartenant au comte d'Artois :

« Mon projet est d'avoir le parq de Maisons pour le joindre à la forest de Saint-Germain. Je ne me soucie que le parq et point du tout de la terre. J'ai proposé l'échange au comte d'Artois, qui m'a paru y acquiescer avec peine. Je lui ai proposé le Vésinet, il m'a dit qu'il étoit bien maigre. Je lui ai dit que mon désir n'étoit point de le tromper ; que j'avois toujours désiré d'avoir le parq de Maisons pour augmenter la forest de Saint-Germain, et que je ne voulois le faire que de gré à gré. Il m'a répondu que si je lui envoiois un de mes ministres, il traiteroit avec lui. Voilà où les choses en sont restées ; mais il m'a paru qu'il feroit monter ses prétentions haut. Je scai qu'il désire le domaine utile de Saint-Germain ; outre que le maréchal de Noailles et le duc d'Ayen après ça ont l'usufruit, je ne veux pas lui donner rien qui tienne à Saint-Germain. Je lui ai proposé le Vésinet ; si on ne peut pas le contenter avec, il y a le domaine du Pont-du-Pecq, et après celui du Pont-de-Chatou, qu'on peut offrir successivement. Je joins ici l'état du revenu de Maisons, du Vesinet et des Ponts, autant que j'ai pu me le procurer ; c'est ce qu'il faut comparer avec les convenances mutuelles. »

(Original écrit de la main du Roi ; mêmes archives.)

Une autre fois, le roi rédige tout un règlement, l'écrit de sa main, l'adresse à M. de Maurepas, et y joint la lettre suivante :

« Je vous envoie, Monsieur, un beau grifonage, lui écrit-il à ce sujet ; j'espère que vous pourrez le lire et qu'il ne troublera pas votre repos à la campagne.
C'est le résultat de mes réflexions sur le règlement du service de la bouche. Vous verrez que j'ai tâché d'allier ma commodité personnelle avec la stricte règle, en évitant les doubles emplois, et ne voulant pas créer une charge de commissaire de plus. Il y a à la fin plusieurs questions sur des cas de service que je n'ai pas trouvé réglé dans le règlement. Si vous croyez que la chose puisse s'exécuter comme je la propose, écrivez à Thierry d'estre jeudy ici ; vous en conférerez avec lui, et il pourra refaire tout de suite le règlement. Alors je pourrais donner les derniers ordres dimanche à M. Amelot et à M. Necker, car je voudrois que la chose ne traînât pas, tout le monde en étant informé. Adieu, Monsieur, j'espère que l'air de la campagne vous fait du bien ; vous devez y avoir bien chaud.

» LOUIS. »

(Original écrit en entier et signé de la main du Roi ; mêmes archives de madame Samuel de Bourrousse de Laffore.)

Il réunit par ce règlement les officiers des petits appartements à ceux de la bouche, supprime les officiers du gobelet, règle le nombre ainsi que les grades et les attributions de chacun, pour le service de la bouche, de la cuisine, de la table, des grands et petits couverts, des grands festins, des mariages des princes, des voyages à Marly, Choisy, La Muette, Fontainebleau, les voyages de Saint-Hubert. Il veut nommer aux emplois, etc. Tout ce règlement, rédigé dans un esprit d'ordre et d'économie, prouve avec quel soin minutieux le roi s'occupait des affaires, et contrôlait personnellement sa dépense. (Voir l'Appendice.)

IV

DUEL ENTRE LE COMTE D'ARTOIS ET LE DUC DE BOURBON.

Pendant l'hiver de 1778, un événement regrettable émut profondément la ville et la cour. Il dut son importance et son retentissement surtout à la haute position des personnages qui le firent naître, ou qui s'y trouvèrent mêlés.

Le duc de Bourbon, fils du prince de Condé, avait épousé en 1770 mademoiselle d'Orléans (soeur du duc de Chartres, qui fut depuis duc d'Orléans, et enfin Philippe-Égalité). Après quelques années de mariage, une vive discussion surgit entre les époux, parce que le duc de Bourbon poursuivait de ses assiduités la jeune comtesse de Canillac, placée près de la duchesse. Les vives plaintes de la duchesse franchirent l'enceinte du Palais-Bourbon, et furent connues du public. Madame de Canillac se retira quelque temps de la cour, puis reparut avec le titre de dame du palais de madame Elisabeth, soeur du roi.

Le jour du mardi-gras, les jeunes princes et princesses assistaient, selon leur habitude, au bal masqué de l'Opéra. Le comte d'Artois, léger, aimable, galant, porte un costume sous lequel il se croit sûr de n'être pas reconnu. Il profite de son déguisement pour se promener avec la comtesse de Canillac et lui faire la cour. Mais que ne devinerait pas une femme jalouse dont l'amour-propre est froissé ! La duchesse de Bourbon ne pardonnait pas au comte d'Artois de lui avoir, dans son début dans le monde, offert ses hommages et de n'avoir point persisté. Elle joignait à une antipathie fort naturelle pour madame de Canillac, la mortification de trouver encore cette jeune et belle dame sur son chemin. Elle voyait en madame de Canillac une double rivale qui l'emportait toujours sur elle. Il n'en fallait pas davantage pour raviver sa haine, enflammer sa colère, lui faire oublier la prudence et le sentiment des convenances. La duchesse ne quitte pas le comte d'Artois et madame de Canillac ; elle les suit partout, les gêne, les torture par des propos embarrassants et piquants.
Enfin, la comtesse n'y tenant plus, quitte le bras du prince et se perd dans la foule. Le comte d'Artois espérant être délivré de cette espèce de persécution, va s'asseoir. La duchesse s'assied près de lui, et continue de lui faire des plaisanteries amères. Bientôt, oubliant toute mesure, elle prend par les barbes le masque du comte d'Artois, le lève avec violence et casse les cordons qui l'attachaient. Le prince, transporté de colère par un si grand oubli des convenances, et par le danger d'être aperçu, rend outrage pour outrage : il écrase de sa main le masque de la dame dont il vient de recevoir une insulte, voit la duchesse de Bourbon, et sort de la salle sans proférer une parole.

Cette longue scène, qui avait fini par être violente, s'était passée au milieu d'une foule tumultueuse, sans que le prince et la princesse eussent été reconnus.

Le jeudi soir, la duchesse de Bourbon ayant beaucoup de monde à souper chez elle, et croyant que le prince avait raconté son aventure chez la comtesse Jules de Polignac (indiscrétion qu'il n'avait pas commise), dit à haute voix devant ses convives : « M. le comte d'Artois est le plus insolent des hommes, et j'ai été sur le point d'appeler la garde à l'Opéra pour le faire arrêter. »

Après un tel éclat, la scène du bal masqué de l'Opéra est bientôt racontée, expliquée, commentée, connue dans tous ses détails. Comme il arrive en ces sortes d'affaires, chacun prend parti : la reine pour son beau-frère, les Parisiens pour la duchesse, les femmes surtout dont la domination et la prééminence semblaient attaquées. Le public était hostile à la famille royale, particulièrement à la reine et au comte d'Artois, sans qu'il soit aisé d'en indiquer le motif. Il restait fidèle à son système d'opposition en se prononçant contre le frère du roi, soutenu d'ailleurs par la reine, que tant de gens cherchaient à perdre dans l'esprit public. Si la duchesse avait eu des torts graves, ce qui n'est pas contestable, il faut convenir que la manière violente et peu respectueuse dont on avait agi avec elle, choquait le préjugé des hommes et révoltait l'amour-propre des femmes. Le prince l'admettait.

Dans les salons, sur la place publique, cette querelle est le sujet des conversations. On proclame que le comte d'Artois ne peut refuser au duc de Bourbon outragé, une réparation les armes à la main. Tout retard apporté au combat est interprété au détriment du frère du Roi, fait douter du courage de l'offenseur.

Le Roi, voulant ménager une réconciliation, convoque dans son cabinet les principaux personnages intéressés dans cette affaire. Il espère que la duchesse déclarera qu'elle n'a pas eu l'intention d'offenser le Roi, ni la famille royale, c'est-à-dire le prince son frère, et qu'alors le comte d'Artois présentera ses excuses. « Ma volonté, dit-il, est que le passé reste dans l'oubli, et que surtout on n'en parle plus. » Le mot de famille royale fait la principale difficulté. A Versailles, dans toutes les cours, les descendants et les frères du monarque se regardent comme formant seuls la famille royale, et tous les princes du sang soutiennent qu'ils en font partie. La duchesse de Bourbon assure que jamais son intention n'a été de déplaire au Roi ; mais elle n'ajoute pas : et à la famille royale ; aussi le comte d'Artois ne lui fait aucune réparation. Le Roi, voyant la difficulté surgir, n'ose l'aborder et la résoudre, comme sa position souveraine lui en donnait le droit, lui en imposait le devoir ; et, toujours faible, il lève la séance. On se retire plus brouillé qu'on ne l'était. Le mécontentement augmente à Versailles et surtout à Paris. Les propos deviennent de plus en plus blessants pour l'honneur du comte d'Artois.

Le duc de Bourbon ne peut pas demander au Roi l'autorisation d'appeler son frère en duel ; il ne veut pas envoyer un cartel qui pourrait servir de prétexte à des rigueurs contre lui. Il se rend à cheval au bois de Boulogne, à Bagatelle, petite maison du comte d'Artois. Il demande au concierge si le prince n'y viendra pas dans la journée, et quand est-ce qu'on l'y attend, témoignant ainsi le désir de le rencontrer en un lieu écarté.

Le comte d'Artois, informé de cette démarche et de la disposition des esprits, décide que le combat doit avoir lieu. Le Roi et la Reine pensaient comme leur frère, mais sans le lui dire. Ils n'ignoraient pas tout ce qu'avait de redoutable pour lui l'habileté du duc à manier l'épée. Ils espéraient peut-être que le fils des Condé ménagerait le sang royal. Le comte d'Artois, adoptant l'avis d'un de ses conseillers intimes, le lieutenant général baron de Besenval, annonce bien haut au jeu de la Reine, mais sans affectation, que le lendemain matin il fera une promenade, se rendra au bois de Boulogne, et dînera chez le baron de Besenval à Paris. Il n'ignorait pas que des amis empressés iraient le soir même à Paris rapporter ce propos au Palais-Bourbon.

Le lendemain, le prince de Condé et son fils le duc de Bourbon, étaient au rendez-vous avec un grand nombre de seigneurs, entre autres M. Hurault de Cheverny, marquis de Vibraye (brigadier de cavalerie depuis le 20 avril 1768, comme les marquis de Béon et de Tourny, et qui fut nommé maréchal de camp le 1er mars 1780). Le comte d'Artois arrive à la porte des Princes avec le chevalier de Crussol, capitaine de ses gardes et frère du duc d'Uzez. Apercevant les Condé, il descend rapidement de sa voiture, marche droit au duc de Bourbon : « Monsieur, lui dit-il en souriant, le public prétend que nous nous cherchons. — Monsieur, répond le duc en ôtant son chapeau, je suis ici pour recevoir vos ordres. — Pour exécuter les vôtres, reprend le comte d'Artois, il faut que vous me permettiez d'aller à ma voiture. » Il prend son épée et rejoint le duc de Bourbon sans perdre de temps ; les deux princes, suivis seulement de leurs capitaines des gardes, s'éloignent du groupe des seigneurs et s'arrêtent à une vingtaine de pas dans le bois.

Le comte d'Artois avait mis l'épée à la main ainsi que son adversaire.
« Vous ne prenez pas garde, Monsieur, dit le duc, que le soleil vous donne dans les yeux. — Vous avez raison ; il n'y a point de feuilles aux arbres, répond le comte d'Artois, cela est insupportable. Nous n'aurons d'ombre qu'au mur, et il n'y a pas mal loin d'ici ; mais n'importe, allons. »
Et mettant leurs épées sous le bras, les deux princes causent ensemble en marchant côte à côte. Arrivés au mur, les deux capitaines des gardes ôtent aux princes leurs éperons. Le duc demande l'autorisation d'ôter son habit, qui pourrait le gêner. Le frère du roi jette aussi le sien, et l'un et l'autre découvrent leur poitrine. Le combat commence. Les deux adversaires ferraillent assez longtemps. Tout à coup, le comte d'Artois s'anime, se colore, et fond avec rapidité ; la pointe de son épée disparaît dans la chemise du duc de Bourbon.

Les deux capitaines des gardes, croyant l'un des combattants blessé, s'avancent pour les prier de cesser le combat. « Un moment, Messeigneurs, dit le chevalier de Crussol, si vous n'approuvez pas la représentation que j'ai à vous faire, vous serez les maîtres de recommencer ; mais, à mon avis, en voilà quatre fois plus qu'il n'en faut pour le fond de la querelle, et je m'en rapporte à M. de Vibraye, dont l'opinion doit avoir poids en cette matière. — Je pense absolument comme M. de Crussol, répond M. de Vibraye, et qu'en voilà assez pour satisfaire la délicatesse la plus scrupuleuse. — Ce n'est pas à moi à avoir un avis, dit le comte d'Artois, c'est à M. le duc de Bourbon à dire ce qu'il veut ; je suis à ses ordres. — Monsieur, répond le duc en baissant la pointe de son épée, je n'oublierai jamais l'honneur que vous m'avez fait. » Aussitôt le comte d'Artois prend le duc dans ses bras et l'embrasse. Les deux princes avaient déployé une courtoisie et une loyauté chevaleresques, dont le récit m'a, je l'avoue, ému jusqu'aux larmes.

Les princes cédèrent-ils aux conseils de leurs capitaines des gardes, comme le chevalier de Crussol l'a raconté au baron de Besenval, ou ce même Crussol fut-il obligé de montrer l'ordre exprès dont il était porteur, et par lequel le roi défendait de continuer le combat ? C'est ce que les mémoires du temps ne permettent pas de décider.

Le comte d'Artois, à peine arrivé à Paris chez le baron de Besenval, se rend, d'après l'avis de ce dernier, chez la duchesse de Bourbon pour lui faire ses excuses. Il venait de se battre loyalement et courageusement ; il faisait un acte de courtoisie chevaleresque et de bonne politique en se présentant au Palais-Bourbon. Une lettre, dans laquelle la reine conseillait et le roi approuvait cette démarche, était arrivée par les soins prévoyants de M. de Besenval ; mais il ne fut pas nécessaire d'avoir recours à cette lettre, le prince ayant adopté et immédiatement suivi l'avis qui lui était donné. La duchesse reçut le comte d'Artois très froidement ; le prince de Condé et le duc de Bourbon l'accueillirent au contraire avec beaucoup d'empressement et de témoignages de respect ; ils le reconduisirent jusqu'à la porte extérieure du palais.

Le public connaissait les détails du combat, également honorable pour les deux princes ; il savait que le comte d'Artois avait réparé sa faute envers les dames en allant faire des excuses à la duchesse chez elle. Il n'ignorait pas que cette duchesse avait, par un acte audacieux et difficile à pardonner, provoqué l'injure qui avait mis l'épée à la main de deux princes du sang. Le comte d'Artois avait, pour une faute, accordé deux réparations, l'une au mari, l'autre à la femme ; il s'était en cela montré plus généreux et plus courtois qu'on n'était en droit de le demander. On devait s'attendre à une réaction du sentiment public en sa faveur. La Reine l'avait pensé, elle s'était trompée. Le duc de Bourbon, en entrant à l'opéra, fut couvert d'applaudissements, ainsi que la duchesse ; et quand la Reine arriva avec le comte d'Artois, elle entendit pour la première fois les murmures des Parisiens, murmures qui devaient grossir avec le temps, devenir plus menaçants, se transformer en vociférations et ne pas cesser avant que le peuple en délire, qui les proférait, n'eût assouvi sa rage dans le sang de cette noble et malheureuse reine.
Le Roi devait punir deux princes du sang qui s'étaient battus malgré sa défense. Il annonce à M. de Maurepas sa volonté à cet égard, dans une lettre autographe arrivée jusqu'à moi :

« Je vous envoie, Monsieur, une lettre que vous ferez tenir à M. le duc de Bourbon comme vous voudrez. Elle est pour l'envoyer à Chantilly sans voir personne jusqu'à nouvel ordre de ma part. Vous jugez bien que ce ne sera pas bien long. Je dis simplement que j'ai appris que l'affaire entre lui et le comte d'Artois, à laquelle j'avais deffendu de donner des suites, en avait eu, et que pour cela je l'envoie à Chantilly. Je dis de même au comte d'Artois d'aller à Choisy. Tout ce qui me revient est également à la louange des deux.

» LOUIS. »

(Original faisant partie des archives de madame Samuel de Bourrousse de Laffore, au château d'Artigues, près Tonneins. — Au dos de celte lettre, écrite et signée par le Roi, et dont le cachet sur cire rouge porte l'empreinte des armes royales, est écrit : « A monsieur de Maurepas. »)

L'exil des princes fut de huit jours.

Les lettres de Louis XVI me semblent remarquables par la simplicité, le naturel, la clarté, la concision, et par la bonté qui les dicte toujours.

...

Un autre jour, l'abbé de Vérone fait une peinture fraîche et animée de quelques importants de Versailles.
« J'ai trouvé bien des connoissances qu'autrefois j'appelais des amis. L'épidémie de cour les a gagnés, ils en sont presque gangrenés. A peine ont-ils le temps de me dire deux mots. Ils ont l'air de possédés. A les voir et les entendre, on croirait qu'ils sont occupés des plus intéressantes affaires de l'État. Toujours volant à des rendez-vous de la part de quels grands ; ils me quittent, semblent prendre la route du logement de quelque accrédité. Je tourne la tête, passe mon chemin et les retrouve une minute après. Comme je ne suis pas dupe de leur stratagème, je ris de leurs airs et vais me consoler dans quelque coin, en me livrant à mes réflexions. »

Il termine par ces mots : « Le Roi signa hier (2 juillet 1780) le contrat de mariage de mademoiselle de Polignac avec M. le duc de Grammont. Mon oncle de Montault était de la partie, attendu la parenté. »

L'abbé DE VERONE. »

(Original dans mes archives.)

...


Les importants de Cour sont toujours les mêmes à notre époque ...

De Gaulle a fait de la France une république de droit divin ; cela se justifiait dans la mesure où le général avait une conception mystique de notre pays, gesta dei per francos, à qui il attribuait une mission exemplaire parmi les nations de notre planète.
A l'heure où il est de bon ton de fondre notre pays dans une entité de nations plus étendues et d'enter notre race sur d'autres races, cette vision des choses devient bancale et il y a quelque chose de dérisoire à cultiver notre singularité tout en voulant être les mêmes que les autres ! Il faut choisir ... c'est toute la politique. La noblesse d'un choix c'est de sacrifier certaines préférences et d'accepter par abnégation une perte d'une partie de nous-même pour mieux rehausser ce qui reste.


Eglise Notre-Dame de Versailles année 1751 vue 54 page de gauche :

L'an mil sept cent cinquante et un le dix huit septembre le même jour et an que ci-dessus Anne Marie de Caix, fille majeure, ordinaire de la musique du Roy, âgée d'environ trente six ans, décédée d'hier, a été inhumée par nous prêtre soussigné en présence de Charles de La Montagne lieutenant de dragon au service du Roy d'Espagne et de Joseph Yard commis du bureau de la Guerre et de François de Venet ordinaire de la musique du Roy qui ont signé avec nous.
De La Montagne Yard (?) Deucenet (?) Bailly prêtre.

Anne Marie de Caix (°1715 Lyon - 17/9/1751 Versailles) était la fille aînée de François-Joseph de Caix cousin germain de Louis de Caix d'Hervelois (°1677-1759), joueur de viole et compositeur de la chapelle du Roy.
Cf en page 242 Mémoires du duc de Luynes sur la Cour de Louis XV : 1735-1758.

La Marie-Anne de Caix est une pièce pour basse de viole de son oncle.
Association Caix d'Hervelois.

Je relève ces actes car le plus souvent personne n'a songé à les noter et ils peuvent servir à des historiens de la musique (le duc Charles Philippe d'Albert de Luynes °1695/1758 donnait une mauvaise date).

Il y a en fait deux soeurs qui portent presque les mêmes prénoms : Anne-Marie de Caix et Marie-Anne Ursule de Caix !

Le 12 novembre 1788 mourait à Paris ou Bordeaux (?) Marie Anne Ursule de Caix, veuve de Grassy (mort à Bordeaux en 1774), musicienne de la Chambre du roi.
Pension civile GRASSY (Demoiselle Marie de Caix, épouse du sieur) M de R 1762 sans retenue en considération de ses services en qualité de musicienne ordinaire de la chambre du roi 1000 livres. En tout état de cause il est sûr qu'elle est bien la fille aînée (depuis la mort d'Anne-Marie de Caix) de François Joseph de Caix ordinaire de la musique du Roy, dmt à Versailles, cf plus bas.
Sa tante était la veuve Bretonne ou Bresonne marchande de musique grande rue Mercière à Lyon qui vendait elle aussi les pilules Belloste, cf Affiches mercredi 12 août 1761.
Novembre décembre 1760 Arrêts du Conseil du Roi Vu la requête présentée au Roi en son Conseil par le sieur Florio Grassi, Médecin Chirurgien du Roi de Pologne, et Marie-Anne Ursule de Caix, son épouse, héritière du sieur de Caix alors associé avec le sieur Belloste pour la fabrication et la vente des Pillules de Belloste (Augustin Belloste, né en 1654, Premier Chirurgien de feu Madame Royale Douairière de Savoye, médecin pendant 60 ans. Il a écrit un Traité du mercure, réimpression 1756, dont un fils unique Michel Antoine Belloste docteur en médecine à Turin, mort en 1758 dont une veuve dmt à Paris en 1760).
M. Florio Grassi, chirurgien et accoucheur au service de sa majesté le roy de Pologne, électeur de Saxe.
L'un des aéronautes, né à Dresde en 1753, était agrégé au collège des médecins et s'appelait le docteur Frédéric-Antoine de Grassi, mort à Bordeaux le 20/4/1815 (il émigre à la Révolution en Amérique puis revient à Bordeaux, administrateur de l'institut des sourds-muets et des hospices civils, médecin pour les épidémies, membre du conseil général du département, président du comité de vaccine, de l'Académie de médecine et des sciences). Il était fils de Florio de Grassi, ancien médecin du roi de Pologne et mort à Bordeaux en 1774. Candide Frédéric-Antoine de Grassi, né â Dresde en 1753, était fils du Dr Florio-Hyacinthe, qui avait été médecin du roi de Pologne, il fut le premier aéronaute bordelais avec Perrier (il a sa rue à Bordeaux).
Le Sr. Florio Grassi, Vénitien, Correspondant de l'Académie royale de Chirurgie de Paris, Médecin-Chirurgien de Sa Majesté le Roi de Pologne, Electeur de Saxe, possède le secret d'un Elixir excellent.
1751 Elixir de M. Florio Grassi. Si nous avons parlé fort succinctement dans notre Feuille du 7 Septembre de l'Elixir que débite le Sieur Florio Graffi, Vénitien, rue Saint Martin, vis-à-vis la rue des Ménestriers.
1752 M Florio Grassi de la Musique du Roi de Pologne Electeur de Saxe. Florio Grassi, élève de Pierre Gabriel Buffardin, attaché à la musique du roi de Pologne, électeur de Saxe, qui joua avec goût. La vie musicale lyonnaise voit également apparaître un curieux personnage, Florio Grassi, qui hérite du fonds de la veuve Debrotonne en 1762. Se présentant comme vénitien... médecin-chirurgien de Sa Majesté le Roi de Pologne.
Acte le 1/7/1760 Marie Anne De Caix dmt à Versailles avenue de Saint-Cloud veut épouser à Notre Dame de Versailles Florio Hyacinthe Grassy majeur et veuf, médecin chirugien du roi de Pologne électeur de Saxe, preuves de mort de Marie Thérèse Fromyn, première femme, morte à Dresde en Saxe le 26/4/1757 sous la domination du roi de Prusse alors. Le curé de Versailles refuse le mariage faute d'acte de décès. Permission accordée par Nicolas Regnault vicaire général de l'archevêque de Paris de l'official de Paris vu les témoins. Le mariage a dû avoir lieu à Paris avant novembre décembre 1760 (rien à Versailles).
En novembre 1760 dans le Mercure de France la dame veuve Belloste médecin à Turin, dmt à Paris place Saint-Sulpice, se plaint que les Dlles de Caix dmt à Versailles avenue de Saint-Cloud ont annoncé le 12/9/1760 dans la Gazette d'Amsterdam qu'elles vendent les pilules de son défunt époux. En 1757 dans les Affiches, annonces et avis divers le fils unique de Belloste, qui est médecin à Turin dit que ses pilules se vendent chez le sieur De Caix Ordinaire de la Musique du Roy dmt à Versailles avenue de Saint-Cloud près du Pavillon Royal.
Il a dû avoir de son premier mariage un autre fils à moins qu'il ne s'agisse plutôt d'un frère, flûtiste et compositeur Pietro Florio Grassi (né vers 1730 en Italie à Venise - mort au Havre ou à Londres en 1795) attaché à la chapelle de Dresde en 1756, qui vient à Paris puis qui s'installe à Londres vers 1760 dont un fils G. Florio né à Dresde flûtiste qui accompagne la cantatrice Mara en Allemagne en 1803.
« Outre cella le Sousigni travaillant de puis trois ans ä faire encore un autre Ecolier, qui est le fils de Florio Grassi agi de 10 ans du quel il ose ».
Pietro Florio Grassi fut l'élève du Français Pierre Gabriel Buffardin (°1689-1768), flûtiste de la Cour de Dresde de 1715 à 1741. Pierre-Gabriel Buffardin, né à Avignon le 29/6/1689, mort à Paris le 13/1/1768, emmené à Constantinople par l'ambassadeur de France, entra le 26 novembre 1715 au service de l'électeur de Dresde. Il avait eu pour élèves, à Dresde, Quantz, Gœtzel et Grassi.
Pierre-Gabriel Buffardin, the celebrated flautist who once gave Jacob Bach lessons in Constantinople. Jacob Bach est le plus jeune frère de Jean Sébastien Bach („fratello dilettissimo") chez qui Buffardin se rendit à Leipzig.


Quelques scènes charmantes.
Christine de Saxe (°1735-1782), qui obtint la coadjutorerie de la princesse Charlotte de Lorraine en 1764, et en 1773 fut nommée abbesse de Remiremont était la soeur cadette de Marie-Joséphe de Saxe (°1731-1767) épouse du Dauphin.


La dauphine Marie-Joséphine de Saxe, mère de Louis XVI par le P. Emile Régnault, 1875.

S'il faut en juger par les messages pleins d'abandon de la princesse Christine, le cordial accueil qu'elle reçut à la cour dépasse tout ce qu'il est possible de se représenter : il semble vraiment qu'elle ne sache plus tarir, en racontant les mille particularités qui s'entrecroisent sous sa plume. Nous ne relèverons, dans cette correspondance « à cœur ouvert, » qu'un incident de détail qui va nous permettre de rappeler ici le charmant épisode avec lequel se clôt l'année 1763.

La future abbesse de Remiremont parle en effet volontiers du grand « concert de musique italienne » que Marie-Josèphe fit donner dans ses appartements, pour payer à sa sœur les gracieux droits de la bienvenue ; mais l'occasion allait s'offrir, un an plus tard, à la Dauphine elle-même de goûter en ce genre la plus agréable des surprises.

Vers la mi-novembre, quatre étrangers de mince apparence, comme gens qui cherchent fortune, étaient entrés à Paris. On parut prêter d'abord une médiocre attention à ce pauvre maître de chapelle allemand, accompagné de sa femme, et qui conduisait par la main deux enfants « de la plus jolie figure du monde. »
Celui qui les crayonne ainsi d'un trait aurait voulu, dès le premier jour, intéresser son public à ces deux petits « prodiges ; » mais la cour de Versailles était en deuil, et la faveur n'arrivait pas vite à Marie-Anne et à son frère Wolfgang. Il n'était pourtant pas tout à fait un inconnu, ce musicien ambulant de Salzbourg, qui répondait au nom de Léopold Mozart, et dont les enfants avaient été choyés naguère à Vienne, avec tant d'amabilité, par une archiduchesse, destinée à devenir bientôt dauphine et reine de France. Aussi, le deuil de cour ayant pris fin, ce fut lutte ouverte chez Mesdames à qui ferait meilleure fête au virtuose de sept ans et à sa sœur.

Pendant les quinze jours qu'ils passèrent à Versailles, la princesse Josèphe, dont les aptitudes musicales nous sont déjà connues, se délecta plus que personne à les interroger et à les entendre. Sitôt qu'ils arrivaient, raconte l'heureux maître de chapelle, la Dauphine et les filles de Louis XV s'empressaient autour d'eux, « les caressaient et s'en faisaient embrasser mille et mille fois. » Puis il écrit ces triomphantes paroles où l'on sent percer tout l'orgueil paternel : « Ce qui a paru le plus extraordinaire à messieurs les Français, c'est que, au grand couvert qui a lieu dans la nuit du nouvel an, non-seulement on nous fit place à tous, près de la table royale, mais monseigneur Wolfgangus dut se tenir tout le temps près de la reine, lui parla constamment, lui baisa les mains et mangea à côté d'elle les mets qu'elle daignait lui faire servir. »

Hélas ! ce « nouvel an, » qui s'ouvrait par des fêtes, allait s'achever pour la Dauphine dans un deuil inexprimable. Le moment est venu de retracer les souvenirs d'une catastrophe que j'ai appelée « la plus grande douleur de sa vie. »


A la mort du Dauphin, Jean-François Pomiès aidera Marie-Josèphe de Saxe à classer les papiers de son époux.


Dix jours se passent. La Dauphine est devenue mère. Sa nouvelle fille, Marie-Clotilde de France, vient de naître au baptême presque aussitôt qu'à la vie, comme si la sainte Église avait eu hâte de saisir cette enfant de bénédiction à qui elle préparera un jour des autels. Le Dauphin écrit encore le 27 septembre 1759 à François-Xavier de Saxe :
L'ambassadeur postillon Pomiès vous apportera, mon cher frère, les meilleures nouvelles de votre sœur. Le lait est passé sans le moindre accident. Elle est au cinquième jour, et jamais elle n'a eu de couches si heureuses. Je souhaite qu'il trouve les affaires de Saxe en aussi bon état.


Certains pensent que les hommes devraient cesser de s'inventer ; qu'il faudrait s'en tenir à un texte dans lequel tout se tiendrait une bonne fois pour toute.
Foin de mariage homosexuel, foin de pma, foin de gpa nous disent les plus avancés, foin d'avortement, de contraception, de vaccination, nous disent les plus moraux, foin de république, d'élections, nous disent les plus purs, foin de tout le nouveau qui ne soit pas une répétition de tout l'ancien ; il faut que les choses restent en l'état, le climat comme les jours qui ne passeront plus, notre vie doit être pyramidale et répétitive comme un beau et pur triangle, les Egyptiens l'avaient déjà dit ! Le triangle n'est-il pas la forme parfaite ? A moins que ce ne soit la sphère ? Mais trois dimensions ne sont-elles pas déjà un peu trop ? Flatland ce serait mieux, un plat pays dans lequel des êtres undimensionnels se mouvraient pour la plus grande joie des géomètres euclidiens !
Toutes ces complications ... car enfin si on laisse faire les choses où irons-nous ? Bientôt la mécanique quantique puis l'adn qui jamais ne se repose, d'enchaînements en enchaînements ne serions-nous pas conduits à nous prendre pour des créatures imparfaites et qui sait inaccomplies ? La simplicité est la mère de l'innocence : restons miraculeusement ignorants ! Ne nous creusons pas la tête, on finirait par y découvrir je ne sais quelle vacuité qui pourrait nous troubler.

L'homme occupé de rien, à rêvasser sur des néants, voilà le dernier mot de la sagesse ! Pourquoi des faits et encore des faits ? Et toujours des classements à reprendre encore et encore ... banissons l'imagination conduite par la raison et retournons à la simplicité de nos aïeux : le remuement des berceuses, la douce somnolence, la rétrogradation vers l'animalité.

Jean-Jacques Rousseau avait déjà la hautaine mélancolie de la vie des champs alors qu'il s'avançait vers Paris où la gloire allait rejaillir durement sur lui !


Je respecte les lois quoique les lois ne soient point faites pour moi ; mais sont-elles faites pour quelqu'un en particulier ?
Les lois ne sont pas écrites pour définir la pensée mais pour induire un comportement social ; elles ne peuvent ni créer une pensée neuve, ni empêcher une pensée déviante de la norme sociale. Penser ce que vous voulez des us et coutumes de votre époque mais ne m'empêcher pas de penser à côté de vous toute autre chose !

L'univers de la pensée est à la fois plus petit et plus grand qu'un homme ; il ne contient pas tout ce qu'il est mais il déborde largement tel ou tel individu en particulier malgré qu'il ait besoin de chaque esprit pour s'accomplir pleinement. C'est une intégrale bornée qui tend vers l'infini ; une sommation de nombres irréels et de quantités finies. Les quantités finies dont je parle peuvent être explorées par le moyen de la résonance magnétique nucléaire ou toute autre méthode d'exploration non-invasive du cerveau puisqu'elles sont portées par des flux d'échanges électriques de neurones à neurones et de flux chimiques de groupes de neurones à groupes de neurones mais elles ne sont pas le contenu abstrait de la pensée qui se projette ailleurs, dans un autre univers post-neuronal. Un nombre n'est pas un objet ...

La pensée est par essence solitaire, l'univers de la pensée est multiple.


J'ai déjà dit que la question fondamentale pour une civilisation est celle du langage et de l'écriture.
Il n'y a pas de civilisation en-dehors de l'écrit ; il peut y avoir des sociétés, autant qu'on en veut, mais elles sont particulières et limitées. Mon grand-oncle René Driout avait écrit une thèse en 1939 intitulée La Civilisation des îles Marquises : il s'agissait clairement d'un abus du sens qui est devenu de plus en plus commun — hélas ! — à partir des années trente dans ce que l'on ne nommait pas encore l'ethnologie (cette thèse était publiée en Sorbonne dans la section lettres).

Un livre qui exclut les autres livres est manifestement une abomination : une entreprise de suprématie qui n'ose pas dire son nom.
Le langage universel déborde largement le langage particulier que l'on emploie et toute écriture est limitée et ne saurait être confondue avec une caractéristique universelle. Même le langage des nombres possède des limites que l'on peut étudier au moyen d'une discipline que l'on nomme logique mathématique et dont l'on peut réaliser une approximation concrète en passant d'une machine de Turing abstraite parce qu'infinie à un ordinateur qu'on qualifiera de fini dans lequel des successions d'état donnent des résultats probants.


Je suis passé rue Geoffroy Saint-Hilaire où voisinent deux bâtiments bien distincts, la mosquée de Paris et le jardin des plantes et son museum ; d'un côté le temple de la science, de l'autre celui de l'inconscience !


On connaît aussi l'erreur de Chinois qui consista à tomber dans la codification administrative c'est à dire l'orthodoxie mandarinale ; la surcorrection de l'écrit par l'écrit ... comme s'il était un tout en se coupant de l'imaginaire et surtout de ce que nous nommons nous occidentaux le grand livre de la nature c'est à dire le souci de l'expérimentation. L'Empire chinois tomba donc de l'anarchie créée par l'avancée des occidentaux au communisme, forme moderne du tout-écrit.
Comment se sortira-t-il de ce dilemne quand les fruits de la croissance à marche forcée seront taris ? Nul ne le sait ... peut-être retombera-t-il dans ses ornières anciennes, la répétition concrète des formes que l'écriture chinoise symbolise si bien.
On sait que l'alphabet occidental est étonnamment abstrait ; qu'il n'a plus guère de rapport avec le dessin, que le graphisme y est des plus sommaires et qu'il nous a délivré de la ressemblance avec les choses qu'il désigne. Il permet son envol à l'imagination et le nombre y joue un rôle grandissant. La digitalisation est devenue numérisation ... le langage binaire se suffit presque à lui tout seul pour désigner le nombre comme étendue et substance, comme incarnation divine de la diversité du monde.

La Chine a encore une longue marche à faire pour rejoindre l'esprit qui préside à nos destinées.


Faire la guerre à un état est une chose, faire la guerre à un esprit en est une autre ; on peut combattre avec des armes contre des actes de guerre, on ne peut combattre qu'avec des idées contre un état d'esprit.


Contr'un 5 octobre 2014.
Il paraît que dimanche prochain les escargots, ayant oublié leur hermaphroditisme primitif, défileront cornes contre cornes dans les rues de Paris pour protester de l'ambiguïté des sexes. Je ne voudrais pas avoir l'air rabat-joie mais de mémoire d'escargot on n'a jamais vu quelque chose de plus baveux qu'un défilé de petites bêtes qui rampent sur leur pied ventral.

Enfin je vous livre quand même une page de Jean Genet qui oncques ne fut escargot parmi les écrivains de langue française ... et la seule bave qu'il répandait sur le papier n'était pas du gras mucus mais un venin anti-bourgeois qu'il crachait tel un aspic.


Présentation des poèmes érotiques de Straton de Sardes.

... Que dire de ces publications ? Et de toute la littérature homosexuelle. Ce qui surprend d'abord c'en est le jeu superficiel. En effet, à partir d'une telle passion, s'il s'engageait dans la recherche méthodique, logique, rigoureuse, le pédéraste finirait par découvrir — ou l'instaurer — un système, qui toujours davantage l'écarterait du monde, davantage lui ferait perdre pied, le couperait de tous contacts avec l'ordre social. Bref, le retranchant de ce monde dont le lien est éthique, cette recherche le précipiterait dans l'esthétique, c'est à dire dans un univers désespéré, solitaire, où chaque règle se découvre et ne se lie qu'avec les règles de cet univers. Hélas, quand elle n'est pas le récit de mornes turpitudes — toujours solitaires encore que les partouzes y soient nombreuses — la piteuse littérature de nos folles peureusement, pieusement vient se placer sous l'invocation du Ciel qu'elle charge de tout ordonner : le sens des vices ou leur transfiguration. Je la vois peu chercher et découvrir dans le vice lui-même un ordre strict, nécessaire. Tantes, folles, pédales, tapettes, la responsabilité vous affole. Vous réglez vite, et l'y oubliez, dans la pissotière votre dévergondage. Ou vous l'offrez à Dieu qui l'absorbe et l'écoule dans le total infini de ses profits et pertes. Pourtant, n'est-ce pas, on n'ouvre pas la braguette du facteur — ni celle du boulanger — on n'y fouille pas d'une main — ni d'une langue — tremblantes mais avides, sans que tout un ordre élaboré sur le continu, sur ce qu'implique le couple et son amour, ne soit remis en question. Elle serait donc naïve, votre revendication, lopes énervées qui voulez présenter l'homosexualité comme une variante, à peine changée, de la passion d'un homme pour une femme si elle ne révélait le souci de socialiser — par comparaison — vos amours. Trop de rigueur et de logique risquent d'entraîner ces folles trop loin de l'ordre, que, logiquement, elles achèvent. Ils — elles — se présentent donc parés de sentiments tendres, sans dangers, sans prolongements moraux surtout. Toutefois, cette passion — la nôtre ainsi que toutes — ne pourront se poursuivre et se signifier que dans le monde des symboles, ces folles qui écrivent devront évoquer les objets symboliques qui les bouleversent — pôles, ou relais — de cette passion, les : sexes, cuisses, pissotières, uniformes, que sais-je encore, moi ? et donc les mots qui les expriment. Il en résulte une étrange littérature où s'érigent, dans les corbeilles de myosotis des phallus, des muscles ou des situations tendus.
Mais la Grèce dites-vous ? Si la niaiserie sentimentale de notre époque d'audace sexuelle s'enlace aux manches, aux bites, aux verges congestionnées, la Grèce, dirigée vers le seul plaisir doit échapper à cette littérature cochonne et tendue ? Ma foi, si j'en juge par ces poèmes que l'on m'a prié de présenter, les folles étaient là-bas et autrefois ce qu'elles sont ici : des coquins.


Le nombre est l'horizon métaphysique qui borne notre vue ; des explications subtiles seraient nécessaires ...

Les hétérosexuels ont toujours eu tendance à exagérer avec leur morale sexuelle alors par souci de symétrie et goût nécessaire du scandale un Jean Genet en rajoute dans la provocation. Ordre et désordre tout ceci sonne un peu faux ... mais cela fait de jolies figures de style.


Même si je ne suis pas Jean Genet avec son acrimonie d'enfant abandonné, j'admettrais volontiers comme lui qu'il n'y a rien à attendre de la bourgeoisie française d'aujourd'hui qui est devenue une classe rentière et administrative.
Les mesures à prendre pour sauver le pays — et sa langue — sont trop fortes et demandent trop de caractère et d'attentions pour celle — cette classe sociale — qui s'est habituée depuis quarante ans à tant de facilités ! Les mauvaises habitudes ont la vie dure comme l'on dit ...

Le langage et son double.
Ce qu'on appelle la culture administrative dans l'empire du milieu.

S'il faut sacrifier la nurserie administrative de la bourgeoisie pour sauver la France, je crois qu'il n'y a pas à hésiter !


On ne peut pousser à son terme ni la foi, ni le scepticisme ; ne faire confiance qu'à la foi c'est l'aveuglement de la raison, ne croire que dans l'idéal sceptique c'est paralyser son action.
On doit donc parier raisonnablement sur notre place dans le monde, les deux infinis sont inaccessibles ; il n'y a pas de chance nulle pour l'homme, il n'y a pas de pouvoir infini pour l'humanité.

Il y a une marche critique qui ressemble à une marche au hasard mais qui pourtant se dirige vers un but grâce à l'accroissement de nos connaissances.

L'analyse de cette marche qu'on appelle aussi mouvement brownien se trouve chez Regnault et chez Bachelier ; elle a eu beaucoup d'applications pratiques et d'implications philosophiques ; il en reste encore à trouver sur le plan politique, je suppose.

Ceci n'empêche pas la fantaisie poétique et l'amusement subséquent bien au contraire ! Il y a des rencontres heureuses au titre de la sérenpidité comme dirait quelque savant lexicographe.


J'ai ouvert une nouvelle page Regnault car l'ancienne semble bloquée :

Jules Regnault.


15/10/2014 :

(Boursier.com) — Le Prix Louis Bachelier de la Fondation Natixis pour la Recherche Quantitative a été décerné cette année à Josef Teichmann. Ce grand prix biennal est parrainé et décerné par l'Académie des Sciences, en association avec la Société de Mathématiques Appliquées et Industrielles (SMAI). Il a été remis officiellement sous la Coupole de l'Institut de France.

Le prix Louis Bachelier de la Fondation Natixis récompense un chercheur de moins de 45 ans pour l'ensemble de ses contributions à la modélisation mathématique en finance.

Josef Teichmann est professeur de Mathématiques Financières à l'Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich (ETH Zurich), qu'il a rejoint en 2009, après neuf années passées à l'Université de Technologie de Vienne. Ses travaux en mathématiques financières portent tout spécialement sur les problèmes de structure par terme des risques financiers que l'on rencontre sur les marchés de taux, de matières premières et les marchés de produits dérivés.

La contribution des mathématiques financières est de deux natures. Elles contribuent d'abord au développement, à l'analyse et à la mise en oeuvre de nouvelles approches quantitatives qui offrent une description plus rigoureuse et une meilleure compréhension des risques du système économique et financier dans lequel les institutions financières opèrent. Ensuite, elles contribuent à former les étudiants à l'utilisation pratique de ces modèles, de façon responsable. Je suis honoré de cette distinction et reconnaissant à l'Académie des Sciences, la Fondation Natixis et la SMAI de mettre en valeur par ce prix ce domaine de recherche, a déclaré Josef Teichmann.

Damien Mezinis.


Construire une fusée pour aller sur la Lune c'est un problème technique ; faire de l'économie c'est un problème humain.
Bien entendu il y a des conditions aux limites, ces conditions sont représentées par des nombres mais les normes du fonctionnement des sociétés sont déterminées par la qualité de l'instruction et par ce que l'on appelle le génie de l'homme.
Quand Regnault publie en 1863 son ébauche d'une science de la Bourse, il devra utiliser un stratagème courant dans l'édition : celui du prête-nom, de l'homme de paille comme on dit dans les affaires d'argent, il le fait si habilement d'ailleurs que certains s'y tromperont. Mais pourquoi donc un pseudonyme alors qu'il présente un travail de mathématiques appliquées ? Parce qu'il touche au coeur de la morale des sociétés modernes, l'échange monétaire, l'argent comme grand égalisateur des idées et des êtres. Il y a des égalités qui font scandale ... et des nombres qui sont comme un fer rouge sur la peau du genre humain.
Non il n'y a pas d'essence divine de certaines naissances, non la foi ne peut nous guider dans nos élans, il y faut la raison qui manipule les nombres. Il y a des risques à prendre mais ces risques sont justifiés à priori par les probabilités et à postériori par les statistiques. Regnault, le premier, est un maître dans l'art de manipuler ces domaines où l'humain trop humain s'efface devant la loi, la loi de l'attraction universelle des valeurs, c'est à dire des richesses créées par l'humanité.
La Bourse n'est pas un faux-semblant : c'est la grande prêtresse de l'église où chacun est amené à apporter sa participation et l'action est le symbole de nos espérances et de nos connaissances de ce futur que l'on désire ardemment.

Soit alors vous préférerez la régression à l'infini vers les premiers vagissements de l'entendement ... que vous appelerez tradition si vous voudrez !


Que le palais de Versailles soit un théâtre cela ne fait guère de doute ! Qu'au coeur de cette demeure royale il y a deux théâtres dans le théâtre : la chapelle et l'opéra ; et que le dix-neuvième siècle tentera d'y rajouter un troisième avec la galerie des batailles consacrée à toutes les gloires de la France y faisant entrer l'histoire en majesté de la Nation à la place du lit vide du Roi de France. L'histoire cette grande coucherie d'un peuple avec lui-même ...

Dans une couche il se passe des choses que l'on cache plus ou moins, des exaltations subites, la procréation du genre humain, des crimes parfaits, des rêves portant sur le futur ou le passé et beaucoup de naïvetés et de frayeurs qui tiennent à la nature profonde de l'homme. Le royauté de droit divin se confond avec ce lit fameux où se produisent tant d'évènements. Il faut remplir la vacuité des hommes n'est-ce pas ?


Fado express.
Le rythme du fado est lancinant mais il arrive que cette langueur du désespoir prenne des allures plus endiablées ...


David Madore nous fait une énième panade sur les races et le racisme et certains de ses lecteurs, encore jeunes, tombent dans le panneau. Ainsi ce bout de message que je relève et que je commente.

Vicnent (2014-10-29T11:28:59+0100)

« Pour moi, il est un fait acquis que la science a montré que la notion de race n'existe pas. »

Pensées en vrac (c'est moi).

La Science avec un très très grand S alors ?

Comment dirais-je ? L'esprit de la science, avec des minuscules, c'est justement le doute constructif ; on récolte des faits qu'on essaye de construire en théorie. Mais jamais, jamais on ne se paye de mots ...

Il est possible — il est même certain — que le mot race est un mot grossier ; c'est un peu comme quand on emploie le mot génie à propos d'un homme qui a telles ou telles dispositions pour l'art ou qu'on parlait d'un héros pour celui qui avait accompli un acte exceptionnel.

Tout ceci se référait à un ordre supra-humain : les races des dieux, les races des hommes, les races des hommes-singes etc.

Mais si l'on fait de la science alors on note les différences et les ressemblances et on essaye de classifier tout cela ! C'est moins sommaire et c'est plus difficile ...

...

On peut rentrer dans l'intimité du sujet après de longues études. Encore quelques siècles et l'humanité n'aura plus de secret pour nous mais pour l'instant motus et bouche cousue ! Méfions-nous des mots et des imprécations qu'ils recèlent ...


Moi j'assume très bien mon racisme mais tout le monde ne peut pas le porter aussi élégamment ! Question de classe ... il faut être dépourvu de haine déjà et puis avoir une vue philosophique des errements des hommes.


Un petit exemple des problèmes que l'on rencontre dans l'évolution des sociétés humaines. Il y a ce que l'on appelle la mondialisation qui est l'intensification des échanges entre les hommes avec ou sans déplacement de populations. Certaines sociétés humaines sont encore très fermées et endogames, c'est le cas des îles Féroé dont les habitants descendants des vikings installés ici il y a plus de mille ans puis christianisés par Saint-Olav pratiquent l'endogamie par force plus que par choix ; leurs coutumes alimentaires sont fixées par le cadre de vie car ils subsistent grâce à la pêche aussi bien des poissons abondants en Atlantique nord que des globicéphales alias dauphins (je rappelle que les dauphins comme les orques sont des carnassiers et donc des concurrents directs de l'homme dans la prédation : autant dire que ni les Islandais, ni les Féringiens ne les considèrent amicalement pas plus qu'un berger ne ferait des yeux doux à un loup). Arrivent Paul Watson et ses Sea Shepherd qui veulent non seulement faire respecter l'interdiction de la chasse à la baleine, qui est une convention internationale, mais encore interdire la chasse aux mammifères marins comme les dauphins d'où des heurts avec la population locale. Il n'est en soi pas plus cruel de tuer un dauphin qu'une vache et son veau ou un cochon. D'autre part les dauphins de cette espèce là ne sont en rien menacés d'extinction.
Imaginons une vague d'immigration massive vers les Féroé (c'est improbable vu le peu de ressources de ces îles qui sont plutôt sujettes à l'émigration de leur jeunesse), il pourrait y avoir substitution rapide de population et donc des coutumes alimentaires.

Ceux qui veulent mettre de la morale à toute force là-dedans diront que les Féringiens sont des brutes épaisses et les Sea Shepherd de douces créatures civilisées ... que les premiers sont comme des racistes qui discriminent brutalement nos frères les dauphins ! Etc.


Quel rapport me direz-vous entre le racisme et le régime alimentaire ? Eh bien ! il y a tout à voir. Dis-moi ce que tu manges et je te dirai ce que tu es, vieux proverbe qui a toujours ici sa nécessité. Il y en a un autre qui présente un grand intérêt : nécessité fait loi.
Les parisiens pendant le siège de Paris en 1870/1871 mangèrent tous les animaux du jardin des plantes et à peu près tout ce qui leur tombait sous la main même les chiens qui sont pourtant des animaux de compagnie familiers aux européens (ils n'en redevinrent pas moins civilisés pour autant une fois l'orage apaisé). Le cannibalisme est réprouvé par notre morale mais l'on sait que les jeunes gens qui lors d'un crash aérien se sont retrouvés isolés dans la cordillère des Andes mangèrent leurs compagnons d'infortune et ceux qui ne le firent pas périrent faute de protéines car nous sommes malgré tout des omnivores avec des besoins vitaux de carnivore.
Bien entendu la philosophie peut justifier toute sorte d'abstinence ... sexuelle, alimentaire ou autre ! Mais la réalité biologique dépasse la fiction philosophique.

David Madore est un garçon intelligent et instruit mais ses propos sont tout à fait hors sol ! Ce sont des propositions de professeur de mathématiques qui n'ont rien à voir avec aucune réalité tangible.


Comme il y avait une discussion sur ce que devait être les principes universitaires je me suis mis en tête d'écrire les dix commandements de l’université ; en quelque sorte les tables de la loi de la vie scientifique.

1er commandement :

L’université est le lieu saint du savoir ; dieu reste à la porte de son temple.

2e commandement :

Il ne sera pas reconnu de droit d’aînesse à un sexe sur l’autre, ni de séparation de genre entre les hommes et les femmes.

3e commandement :

L’université ne reconnaît pas le vol d’idées mais ne connaît que le partage de l’intelligence.

4e commandement :

Le savoir seul tu honoreras à l’exclusion de tout artifice et de toute tromperie sur l’étendue de tes connaissances.

5e commandement :

Tu abomineras les faux dieux de l’ignorance et de la malhonnêteté intellectuelle.

6e commandement :

Tu chercheras à transmettre ce que tu sais librement et sans faire commerce et usure de ton savoir.

7e commandement :

Tu consacreras tes jours à la connaissance et tes nuits au repos ; et si tes rêves te viennent en aide alors tu loueras l’esprit qui veille en toi.

8e commandement :

Tu ne jalouseras pas l’intelligence d’autrui, ni ses succès qui sont aussi les tiens et tu répandras sa bonne fortune comme si c’était la tienne.

9e commandement :

Tu surveilleras tes arrières-pensées et tu ne publieras que quand tu seras sûr de ton fait et de ton savoir comme de toi-même.

10e commandement :

Tu ne croiras pas que ton savoir est infini et te prévient de l’erreur à l’avenir parce que tu as réussi quelque chose dans le passé.

Ces tables du Vieux de la Montagne (c'est moi qui en descend) sont toutes dévolues à la faiblesse de l'homme ; si l'homme était une créature plus fiable, plus raisonnable, dont la puissance serait mieux mesurée aussi, sa liberté trouverait des bornes naturelles qu'il s'interdirait de franchir. Il saurait sa place et l'expérience lui apporterait le surcroit de sagesse nécessaire. Mais la vie sociale est pleine d'embûches et l'histoire des hommes un long calvaire pour s'extraire des folies de la déraison.


Le 20 août 1871 eut lieu à Foix le double mariage des deux filles aînées de Jean Tersouly, l'une avec l'ex-conducteur des Ponts&Chaussées Adolphe Réveillac, devenu associé dans l'entreprise de travaux publics de son futur beau-père et la cadette avec l'imprimeur-libraire Jean Pomiès.
Parmi les témoins de ce double mariage des entrepreneurs, ingénieurs et conducteurs des P&C, amis et complices de l'aimable Jean Tersouly, un capitaine de zouaves qui fit les campagnes d'Afrique et un peintre d'histoire, compositeur de mélodieuses chansons à ses heures, Hippolyte Lazerges (°1817-1887) qui fut père d'un autre peintre orientaliste Paul Lazerges (°1845-1902). En septembre 1835 Vaccari, peintre et dessinateur italien installé à Alger vendit son entreprise lithographique, première du genre dans l'Algérie nouvellement conquise par la France, aux sieurs Lazerges père et fils, boulangers à Alger, dont le fils alors âgé de 18 ans deviendra notre peintre académique et reconnu par l'école des Beaux-Arts comme tel (il y enseignera dès 1845 et y aura son fils comme élève). Les Lazerges sont originaires d'Allières en Ariège, canton de la Bastide de Sérou non loin de Foix, d'ailleurs un des membres de cette famille le géomètre de la ville de Foix Antoine Lazerges était ami des Tersouly dès le début du XIXème siècle.
L'oncle d'Hippolyte Lazerges, Joseph François Marie Mazas, 29 ans en 1816, était imprimeur à Narbonne (ceci explique mieux les liens des Lazerges avec cette activité plus intellectuelle que celle de boulanger).
Il existait une école Lazerges à Alger qui fut débaptisée après l'indépendance.
Jean Tersouly, fils et petit-fils de boulangers (originaires de Rieux-de-Pelleport), était un républicain et un progressiste et parmi ses amis, on compte Henri Déramond (°1823-1880), avocat au barreau de Paris, bâtonnier, maire de Foix en 1876/1880 et poète républicain sous le nom de Jules Taléry qui a publié deux recueils qui en font un peu le Lamartine de l'Ariège comme d'ailleurs fut son ami Raoul Lafagette (°1842-1913) considéré comme le chantre des Pyrénées.

Le marquis de Talhouët-Roy (°1819-1884), député et sénateur de la Sarthe, ministre des travaux publics (un des hommes les plus riches de France grâce à l'héritage de son grand-père le comte Roy, ministre des finances), fut témoin au mariage de la belle-soeur de Jean Tersouly, fille de mon aïeul le docteur Frédéric-Auguste Davesne (°1797-1872) en décembre 1864 à Ris-Orangis en compagnie de son beau-frère Arrighi duc de Padoue (°1814-1888), polytechnicien, conseiller d'Etat, préfet, député, sénateur, vice-président du Sénat, ministre de l'Intérieur, lui-même beau-frère d'Edouard-James Thayer (°1802-1859), polytechnicien, directeur des postes, conseiller d'Etat, sénateur.
Jean Tersouly connaissait personnellement aussi bien Jules Mirès à qui il avait confié ses intérêts financiers que le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III et affairiste notoire à qui l'on doit notamment Le Vésinet.

En 1879, Jean Tersouly deviendra actionnaire et administrateur de l'établissement thermal d'Ax-les-Thermes ; ses entreprises eurent une conséquence tragique : en 1875 il fonda le crédit industriel et commercial de l'Ariège, banque dont il confia la gestion à son gendre Jean Pomiès mais cette société fit faillite en 1879 entre les mains du jeune entrepreneur qui préféra se suicider d'un coup de pistolet en laissant une veuve de vingt-cinq ans et deux petites filles !


Les sentiers de la gloire sont pavés de simulacres.
De Gaulle fut une entité historique ; bénéfique et maléfique ; maintenant faisons l'histoire des Français puisqu'ils méritent bien eux aussi de la France.

Il n'y pas de grand homme le 11 novembre ; il y a un grand peuple.
Depuis ceux qui ont tenu l'arrière en fabriquant des obus et des munitions, en produisant de la nourriture et en ravitaillant les tranchées jusqu'aux poilus qui disposaient de leurs vies pour le bien de leurs familles, de leurs villages et de leur terre natale, tout s'est lié pour permettre une grande victoire au prix du sang, de la sueur et des poux, des engelures et des pieds pourris et des années qui suivirent pour les vies brisées par la souffrance.
C'est l'idée de victoire qui était belle plus que sa réalité ...


Comme j'avais donné les états de service de mon grand-père maternel Georges Théodore Chartier (°1873-1940) qui passa plus de sept ans sous les drapeaux (trois ans pour le service militaire entre 1894 et 1897 et 4 ans et demi en 1914/1918), je donne ceux de son frère cadet Léon Auguste Chartier (°7/1/1879 Neuvillalais) marié à René dans la Sarthe en 1910. Il y en avait aussi un autre l'aîné René François Chartier (°1871-1955) qui fut classé dans les services auxiliaires pour cause d'infirmité à une jambe.

Classe 1899. Conseil de révision : bon.
Cheveux et sourcils châtains, yeux roux, front large, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, visage rond, taille 1m66, degré d'instruction niveau 3.
Arrivée au corps du 13ème régiment d'artillerie le 16/10/1900, 1er canonnier servant le 12/11/1901, trompette le 20/9/1902. Congé le 19/9/1903 en attendant son passage dans la réserve. Certificat de bonne conduite accordé.
Période d'exercice au 31ème régiment d'artillerie du 21/8/1906 au 17/9/1906 ; et une seconde période du 2/8/1909 au 18/8/1909.
Arrivé le 3/8/1914 ; passé au 29ème régiment territorial d'infanterie le 17/12/1914 ; passé au 331ème régiment d'infanterie le 18/8/1917 ; passé au 18ème escadron du train des équipages le 20/10/1917.
Citations :
Cité à l'ordre du régiment le 14/8/1917 : excellent soldat qui dans les circonstances souvent difficiles a toujours donné l'exemple du plus complet dévouement.
Ordre général du 30/1/1918 : Bien que sérieusement intoxiqué au cours d'un bombardement par obus à gaz a continué à assurer son service et a demandé à ne pas être évacué. Quartier général 68ème division.
Campagne contre l'Allemagne : Intérieur du 3/8/1914 au 30/12/1914 ; aux Armées du 31/12/1914 au 22/2/1919.
Décorations :
Croix de guerre avec étoile de bronze.
Médaille militaire par décret du 1/12/1918, J.O du 7/12/1918.

Les citations et décorations de Georges Théodore Chartier ne sont pas rapportées sur sa fiche signalétique (cela ne veut pas dire du tout qu'il n'en eut aucune).

La médaille militaire est strictement réservée aux non-officiers c'est à dire aux soldats du rang les plus valeureux qui ne peuvent obtenir la Légion d'honneur ; les maréchaux de la grande guerre comme Foch et Pétain se sont fait attribuer indûment cette dite médaille militaire !


Alexandre Grothendieck est mort ; c'était un génie des mathématiques, ce n'était pas un génie de la vie en collectivité.
Si l'on considère qu'un homme politique est celui qui a la capacité, pour de plus ou moins bonnes raisons, d'entraîner le plus grand nombre d'hommes possible à sa suite, alors il était l'antinomie parfaite de l'homme politique.
Etait-il plus ou moins névrosé que la moyenne du genre humain ? Vaste problème ... on peut supposer que le développement d'une faculté supérieure à la moyenne soit comme la compensation à la fragilité d'un équilibre humain mais on connaît des grands esprits parfaitement équilibrés ! Ni Jean-Sébastien Bach, ni Mozart n'ont montré de troubles de la personnalité et Henri Poincaré, hormis sa célèbre distraction, était parfaitement intégré au cadre académique de son époque. Nous chercherons donc ailleurs les secrets du génie !
Que dire de son écologie radicale et non-violente ? Qu'il a essayé de la rendre logiquement cohérente en refusant tout bénéfice qu'aurait pu lui attirer son statut social mais que l'on voit bien les limites de son engagement : il n'a pas refusé sa pension de retraite et il ne s'est pas mis à gratter la terre pour assurer sa subsistance. En clair c'est un écologiste des villes réfugié dans une belle campagne, celle des montagnes pyrénéennes ! Rien de très radical ... ce n'est pas Rambo survivant en milieu hostile. Juste un paisible retraité de notre époque civilisée.

Pour en revenir au conflit ouvert entre Paul Watson et ses Sea Shepherd (les bergers des mers) et les habitants des îles Féroé, je considère de mon point de vue, que les véritables écologistes sont les Féringiens qui vivent en symbiose avec leur environnement depuis plus de mille ans. Ils prélèvent juste ce qu'il leur faut en matière de nourriture, ils n'ont pas d'industrie polluante et vivent quasiment en autarcie sur le plan démographique.
Par contre ils sont victimes de la pollution des mers par le monde industriel — empoisonnement au mercure notamment de la chaîne alimentaire — or qui représente l'avancée du monde industriel venant dicter de nouvelles normes de vie (de nouvelles normes morales) sinon les Sea Shepherd avec leur matériel technologiquement très avancé ? Bateaux high-tech (le Brigitte Bardot), hélicoptères et ulm contre navires en bois des Féringiens !
Ma pensée profonde c'est que ces gens usurpent le titre de véritable écologiste et sont le témoignage criant de vérité de l'imposture médiatique.

Si demain il n'y a plus de pétrole, les Féringiens reviendront à leurs techniques de chasse et de pêche traditionnelles ; par contre Paul Watson comme Yann Arthus-Bertrand ou Nicolas Hulot cesseront toute activité et toute publicité mensongère pour un monde techno-scientifique qui se veut agneau blanc comme lait alors qu'il ressemble davantage à un loup prédateur de ressources pas forcément inépuisables.

Ces gens-là me font penser au Judge Dredd qui répète sans cesse : Je suis la loi et l'ordre ! Et puis à un moment donné, il a une révélation, il se rend compte qu'il n'est qu'un produit, le résultat d'une manipulation génétique, à la fin du film il renonce à devenir juge suprême et retourne à son simple boulot de flic de ville.
Au moins le temps d'un éclair, il se soumet à une interrogation philosophique sur l'essence de ses actes et de sa personne. On reconnaîtra que l'arrogance morale de Paul Watson et de ses émules n'a elle pas de borne. Jamais, au grand jamais, ils ne se présentent à nous autrement que comme dépositaire d'une autorité suprême. Venue d'on ne sait où ...

La philosophie c'est ce qui fait quitter le confort moral que donnent les religions c'est à dire l'ordre social de la collectivité pour l'introspection individuelle. Trop de philosophie tue peut-être le sens social ou bien lui rajoute une dimension supplémentaire selon la capacité de chacun à s'adapter à un nouvel ordre de l'esprit et une nouvelle manière de voir le monde.


Je signale cette année le mariage d'Augustin Laudet (né en 1987, petit-fils de Christiane Regnault) avec Laetitia de Saizieu (°1986) fille d'Hubert de Saizieu de Paul et de Diane d'Abbadie, sixième d'une famille de sept enfants ; son grand-père maternel Bertrand baron d'Abbadie est mort le 20/4/2014, propriétaire du château d'Ithorrotz, en pays Basque (il a eu dix enfants tous en vie).

Le mariage d'Alban Grison (°1985), arrière-petit-fils de Suzanne Regnault, qui épouse le 14/4/2012 Anne-Solenne Lecocq, fille de Dominique et Bénédicte Lecocq. Dont une fille Aliénor Grison (°6/3/2013).
Son frère cadet Arthur Grison qui se fiance le 17/8/2013 à Mlle Sophie.
Leur soeur Amélie Grison qui a un fils Roch depuis le 20/7/2013.
Cf site de la famille Grison.

P.S : Désolé de ne pas pouvoir suivre avec plus d'attention les divers évènements de la famille Regnault mais ses membres sont vraiment trop nombreux pour mes faibles forces.


Je suis en train de travailler sur les archives de l'Ariège qui sont maintenant en ligne. J'étudie les Tersouly et les Pomiès et leurs alliés. Pierre Tersouly (°1785-1863) fut boulanger puis cultivateur, lui et Jeanne Prades (°1789-1860) eurent quatorze enfants ! Ils sont morts au domaine de Lauquié qui appartenait à leur fils Jean Tersouly (il y employait son oncle par alliance Vincent Baby 1786/1862 comme jardinier à Montgauzy-Lauquié). Il avait deux frères Guillaume mort en bas-âge et François Tersouly (°1826-1850) qui mourut célibataire à Marseille à 23 ans. Il est déclaré terrassier à sa mort. En fait il servait de prête-nom à son frère aîné dans une société de travaux publics avec comme associé Antoine Nuget ; à sa mort il fallut défaire les liens et il y eut un procès devant le tribunal de commerce des Bouches-du-Rhône qui nous donne des renseignements précieux sur les activités de Jean Tersouly avant 1850 à Marseille.
1° Les fournitures faites pour les chantiers nationaux à la rue Breteuil, au mois d'avril 1848 ; 2° Les travaux exécutés à la rue Saint -Savournin ; 3° Les travaux exécutés pour les chemins vicinaux de Château-Gombert ; 4° Les travaux exécutés à la campagne du sieur Victor Cheval ; 5° Enfin, les travaux qui s'exécutent pour le syndicat du grand Cyprès, à la Croix-Rouge ; plus des travaux pour l'administration du canal de Marseille.
Le tribunal rendit raison aux hoirs Tersouly c'est à dire en fait à Jean Tersouly qui récupéra les fonds engagés. Je suppose qu'il connut Jules Mirès aussi à cause des liens qu'il avait à Marseille car l'on sait que le célèbre financier fonda la Société des ports de Marseille, où il reçut la Légion d'honneur en septembre 1860 des mains de Napoléon III et où il mourut en 1871. Acquéreur le 23 janvier 1856 des terrains de la Joliette, du Lazaret et d'Arène pour 19,5 millions, ces dépenses somptuaires entraînèrent sa liquidation et sa ruine.

Tersouly devait se prononcer à l'origine Tressouli car on trouve les deux formes dans certains actes ; il faut bien concevoir qu'on se trouve dans la sphère d'influence de la langue d'oc et qu'au fil du temps on a transformé les mots de la langue des pays du sud de la France en mots compréhensibles dans la langue d'oïl, langue du vainqueur.


Il n'y a pas que la langue qui s'érode au fil du temps, on peut espérer que certaines formes de pensée seront remplacées par d'autres plus élaborées et rationnellement plus pertinentes.

Le Parti pris d'écrire 2.